Le lendemain matin, Beckett se leva et fit les mêmes gestes que tous les autres jours. Mais quand elle sortit de la douche pour boire son café, elle trouva Castle dans la cuisine qui avait préparé des pancakes.
- Tu ne dors plus ?
- Non. Je t'accompagne ce matin.
- Tu sais que je ne vais nulle part aujourd'hui ? Je ne risque rien.
- Je sais. Prends ton petit déjeuner pendant que je me douche. Je reviens.
Il disparut et réapparut vingt minutes plus tard.
- Tu as déjeuné, ou on peut y aller ?
- J'ai déjeuné, mais pour le moment, tu ne vas nulle part.
- Castle, j'ai plein de dossiers à consulter.
- Et on va s'en occuper. Mais d'abord, je dois refaire tes bandages.
- Parce que tu es aussi infirmier ?
- Reste tranquille.
Il prit le sachet de la pharmacie et sortit tout ce dont il avait besoin. Il s'installa sur la table basse, en face de Beckett et défit ses bandages. Il vérifia ses sutures et vérifia qu'il n'y avait pas de rougeur, signes d'une infection. Puis il désinfecta les cicatrices, mit des compresses dessus et refit les bandages.
- Voilà !
- Je dois reconnaître que tu es doué de tes mains !
- Tu en doutais ?
- Oh, non. Je sais ce que tu es capable de faire avec tes mains, mais jusqu'à présent tu ne faisais pas des bandages avec ! dit-elle avec un regard pleins de sous-entendus
- Il faut savoir cacher ses talents !
Ils se rendirent au poste. Ils sortirent ensemble de l'ascenseur, chacun un café à la main. Après avoir posé leurs affaires, ils étudièrent le tableau blanc. Comme ils étaient les premiers, ils étaient assis côte à côte, main dans la main. Beckett avait déposé sa tête contre son épaule. Puis ils se rendirent dans la salle de réunion. Les gars avaient bien avancé dans l'étude des dossiers. Il restait encore un bon quart à lire. Ils reprirent leurs places respectives.
Gates arriva une heure après eux et fut surprise de les voir. Que Beckett soit déjà arrivée, elle en avait l'habitude. Mais Castle. Elle se souvint de la réaction qu'il avait eue en apprenant qu'elle était blessée. A ce moment, il n'avait pas pu cacher ses sentiments, ni sa peur. Il n'avait pas feint. D'ailleurs, Ryan lui avait dit que c'était lui qui l'avait forcé à rentrer chez elle après les soins. Personne, à part lui, n'avait une telle emprise sur elle. Personne, à part lui, ne pouvait l'empêcher de travailler. Et il était là. Il travaillait avec elle. C'était la meilleure équipe qu'elle n'avait jamais eu. « Quelle gâchis ces deux années », pensa-telle, « que de temps perdu ». Elle était heureuse pour eux.
- Lieutenant, monsieur Castle !
- Bonjour chef, répondirent-ils ensemble
- Beckett, comment ça va ?
- Ça va, chef
- Vous avez pu voir qui c'était ?
- C'est arrivé trop vite. Je pense qu'il ne s'attendait pas à ce qu'on vienne. Les gars qui m'accompagnaient ont pu le décrire ?
- Non plus. Et les dossiers ?
- On devrait terminer l'examen aujourd'hui et ainsi voir si parmi les suspects il y en a un qui aurait été susceptible de faire ça.
- Et la mère maquerelle ?
- On attend qu'elle réapparaisse. Elle est en voyage « d'affaires ».
- « Affaires », oui ! Bien, continuez. Et lieutenant ?
- Oui chef.
- Pas d'heures sup ce soir ! C'est un ordre !
- Compris, chef
Elle les laissa à leurs dossiers et rejoignit son bureau. Beckett ne lui avait rien dit sur sa relation avec Castle. Elle comprenait pourquoi : elle vivait sa première histoire d'amour depuis qu'elle était sortie de l'hôpital avec un homme qu'elle aimait depuis des années, mais elle ne s'en souvenait pas. Comme elle ne se souvenait pas des autres. Et elle voulait la garder un peu pour elle, pour eux. C'était compréhensible. Elle en avait fait tout autant quand elle avait connu son mari. Car une fois que tout le monde est au courant, on est sujet aux railleries de ses collègues. Voilà pourquoi elle ne dirait rien. Elle attendrait que Beckett vienne lui annoncer la nouvelle.
Ils furent rejoints par Esposito et Ryan, deux heures après leur arrivée. Beckett observa un moment le latino. Il ne disait pas un mot, restait le nez dans ses dossiers. C'était pas gagné.
Castle se leva pour aller chercher des cafés, mais il fut rejoint par Ryan et Beckett. Kevin prit des nouvelles de sa chef. Puis ils évoquèrent leurs congés, et prirent des nouvelles de Jenny. Puis ils retournèrent dans la salle de réunion. Castle déposa un café devant Esposito.
Vers 13H, l'étude des dossiers fut terminée. Beckett donna le signal pour la pause. Ryan partit avec Esposito, Castle et Kate allèrent dans le parc en face du commissariat. Comme ils le faisaient avant de partir dans les Hamptons. Ils mangèrent devant la boutique d'un vendeur ambulant puis s'installèrent sur leur banc, l'un en face de l'autre. Ils profitaient de leur pause enlacés l'un contre l'autre.
Une heure plus tard, tout le monde avait repris sa place dans la salle de réunion.
Alors que Ryan et Esposito réinstallaient les panneaux de Corman sur les murs de la salle, tels qu'ils étaient dans son bureau, Beckett et Castle faisaient la synthèse de ce qu'ils avaient trouvé dans ses dossiers. Sur un nouveau tableau blanc, Beckett nota les noms des suspects dans deux colonnes différentes : une pour les violences domestiques, une pour les maltraitances. Ils se retrouvèrent avec plus de 100 noms.
Maintenant, il fallait vérifier dans les fichiers s'ils étaient connus des services de police. Un vrai travail de fourmis. Elle demanda au gars de s'en charger. Ils sortirent de la pièce et s'installèrent devant leur bureau. Castle alla préparer des cafés. Il en donna un à Beckett, puis déposa une tasse devant Esposito et Ryan.
- Je peux aider ? demanda-t-il à Ryan
- C'est pas de refus, mais tu n'as pas d'ordinateur
- Et celui de Beckett ?
- Tu sais, elle n'aime pas qu'on fouille dans ses affaires !
- Je ne vais pas fouiller. Tu me montres comment on fait et je m'occupe de vérifier les noms.
- Ok, mais tu n'ouvres pas ses fichiers !
- Promis
Ryan regarda Beckett. Elle était devant les panneaux de Corman. Il alluma l'écran, se connecta sur le fichier de la police, mit son mot de passe et indiqua à Castle la marche à suivre.
- Ecoute, avec Espo, on a commencé les violences domestiques prends ceux pour les maltraitances et quand on a fini, on t'aide. Ok ?
- Entendu.
Il prit sa liste de noms et commença à pianoter sur le clavier.
La méthode était simple : il tapait le nom du suspect, puis il appuyait sur la touche « enter » si le suspect était inconnu de la police rien ne se passait, dans le cas contraire, toute sa fiche signalétique apparaissait sur l'écran.
Pendant ce temps, Beckett lisait les dossiers qu'ils avaient ramenés de chez Corman. Assise devant les panneaux, elle essayait de faire des liens entre ce qu'elle lisait et ce qu'elle voyait. Mais pour le moment, c'était le flou total.
Elle prit son téléphone et composa un numéro.
- Je suis le lieutenant Beckett du 12th.
- Que puis-je pour vous, lieutenant ? demanda son interlocuteur
- J'enquête sur le meurtre du procureur adjoint Corman. Nous avons trouvé des dossiers concernant une affaire de stupéfiants. Apparemment, il était en contact avec un de vos inspecteurs mais son nom ne figure dans aucun des dossiers. Pourriez-vous me dire qui est cet inspecteur ?
- Je ne suis pas au courant. Il ne s'occupait pas de violences domestiques ?
- Exact. Mais il semblerait qu'il voulait changer d'affectation pour travailler comme procureur adjoint aux stupéfiants !
- Vous m'étonnez là lieutenant. On m'aurait averti… Ecoutez, je me renseigne et je vous rappelle.
- Merci
Elle raccrocha.
Qu'est-ce que c'était cette histoire ?
Il enquêtait sur une affaire de drogues et personne ne semblait au courant.
Elle avait besoin de place. Elle remit dans les boîtes en carton les dossiers des affaires qu'ils avaient étudiés, puis étala sur la table les dossiers trouvés au domicile de Corman. Elle prit un bloc-notes et réexamina les dossiers un à un, notant le moindre détail. Au bout d'une heure de recherches, elle jeta son carnet sur la table et se plaça devant la fenêtre en soupirant.
Elle fut sortie de ses pensées par une tasse de café qui apparut devant ses yeux. Reconnaissant la main qui la tenait, elle tourna la tête vers Castle
- Merci. Tu sais toujours quand j'ai besoin d'un café !
- Je te connais bien. Tu t'en sors ?
- Non, rien ne colle pour le moment. Cette enquête commence à m'agacer !
- Tu vas trouver. Tu trouves toujours.
- Ben, pour celle-là, c'est mal parti… Au fait ?
- Oui ?
- Qui t'as permis d'utiliser mon ordinateur ?
- Heu…
- C'est gentil ! Je sais que tu n'aimes pas la paperasse. Ça nous aide beaucoup tout ce que tu as fait.
- Si je le fais, c'est que je veux bien. Et comme ça, tu peux faire autre chose.
- Et vous en êtes où ?
- Je pense que Ryan et Esposito auront fini ce soir, mais moi…
- Quel est le problème ?
- Je ne savais pas qu'il y aurait… Quand je vois tout ce qu'ils sont capables de… A des enfants
- Laisse finir les gars, ils ont l'habitude.
- Non, non. Mais quand je vois leur visage…ça me fait penser à Alexis et…
- Castle, tu as été un bon père. Quand on voit ce qu'elle est devenue, tu n'as pas à te sous-estimer. Tu ne l'as jamais frappé. Même pour les punitions, tu lui appliquais celles qu'elles te disaient.
- Oui, mais… Bon, j'y retourne. Je vais en regarder encore quelques-uns avant qu'on rentre. Et tu n'oublies pas : pas d'heures supplémentaires !
- Je ne risque pas d'oublier, puisque tu es là pour me le rappeler !
Il retourna devant son écran et elle se remit sur ses dossiers en souriant. Un « ding » caractéristique se fit entendre.
- Bonjour la compagnie !
- Slaughter ! dirent les trois hommes
- Qu'est-ce que vous faîtes là ? demanda Ryan
- J'ai un rencard avec une belle poupée ! Où est le lieutenant Beckett ?
- Qu'est-ce que vous lui voulez ? demanda Castle
- Un problème l'écrivain ? Il se trouve qu'elle veut me voir, donc me voilà. Alors ?
- Dans la salle de réunion, dit Esposito
- Merci bien. Peut-être qu'avec un peu de chance, j'aurai plus qu'un entretien !
Il se dirigea vers la salle de réunion, frappa et entra sans attendre de réponse
- Salut, lieutenant ! Il paraît que vous me cherchez ?
- Heu…
- Slaughter, en quoi pouvez-vous nous aider ? demanda Castle, s'étant aperçu que Beckett ne le reconnaissait pas
- Toi, l'écrivain, tu sors. On m'a demandé de passer, alors je suis venu parler au lieutenant Beckett.
- Castle travaille avec moi, alors il a le droit d'être ici.
- C'est comme vous voulez. J'ai une enquête en cours alors…
- Entendu … Castle, tu…
- Ok.
- Donc vous enquêtez sur le meurtre de Corman !
- Vous savez quelque chose ?
- Faites-moi un topo pour commencer !
- Ok. Suivez-moi, fit-elle en ouvrant la porte et en se plaçant devant le premier tableau blanc. Donc, le procureur adjoint Corman a été retrouvé mort au côté de cette jeune femme, Alison Adams. Ils ont reçus trois balles chacun. On sait qu'elle travaillait comme escort pour une dénommée Monica Danner.
Ensuite, nous sommes allés chez Corman et on a trouvé ça, ces documents, ces photos… Sa femme nous a appris qu'il voulait s'occuper d'affaires de stupéfiants au lieu de ce qu'il faisait. On a étudié ses dossiers en cours. Mais pour le moment, on n'a rien de probant. C'est pour ça que j'ai appelé chez vous.
- Je connaissais Corman. Il avait bien une relation avec cette Alison Adams mais pas celle que vous croyez.
Quand elle s'est fait arrêter en flagrant délit, il était chargé de l'inculper. Si vous vérifiez, vous verrez qu'elle n'a pas de casier.
- Elle lui servait d'indic ?
- Il avait découvert qu'elle fréquentait un dénommé Freddy Hopper qui travaillait pour Carlo Encoporo, dit-il en lui montrant les photos correspondantes aux deux hommes
- Et cet Encoporo…
- C'est un gros poisson. Jamais pris. Comme César Valez que vous m'avez empêché de coffrer !
- Bien. Autre chose ?
- Non. Je ne vois rien d'autre !
- Je vous remercie, dit-elle en l'accompagnant à la porte de la salle
Il partait quand il se retourna et la coinça contre la porte. Castle se leva.
- Pour me remercier, vous pourriez peut-être dîner avec moi ?
- Je suis désolée, mais pour l'instant mes soirées sont assez occupées !
- Vous ne pouvez pas vous libérez pour un soir ? Cette enquête ne sera pas résolue aujourd'hui ou demain !
- Ecoutez, Slaughter ! Je vous ai dit que j'étais occupée. Alors maintenant, écartez-vous, fit-elle en le poussant
- Il y a un problème ? demanda Gates qui avait vu la scène
- Non, chef. Le lieutenant Slaughter s'en allait, dit Beckett
- Oui, c'est ça. Lieutenant, Capitaine dit-il en se tournant vers la sortie. Qu'est-ce que t'as l'écrivain ? demanda-t-il en voyant Castle debout
Slaughter quitta le 12th. Beckett retourna dans la salle. Castle reprit sa place. Gates retourna dans son bureau souriant en repensant à la réaction de Castle.
Deux heures plus tard, Beckett alla voir les gars et regarda leurs recherches. Puis elle se plaça à côté de Castle, regarda les siennes. Puis elle se retourna et se plaça devant le tableau blanc et rajouta les dernières infos que Slaughter lui avait donné. Elle recula et s'assit sur son bureau. Elle scrutait le tableau.
- Les gars ? Des nouvelles de Monica Danner ?
- Elle arrive dans la soirée, donc on pourra la faire venir demain, dit Ryan
- Non. J'irai la voir avec Castle. Je suis curieuse de voir où elle travaille.
- Et toi Castle ? demanda Esposito
- Ecoute, Esposito, on va arrêter là tes sous-entendus. Sache que je suis avec quelqu'un et que contrairement à toi, je ne regarde plus ailleurs !
- C'est quelqu'un qui a divorcé deux fois qui dit ça ?
- Je n'ai pas trompé mes ex-femmes. Mais qu'est-ce que tu me veux à la fin ? demanda-t-il en se levant brusquement.
Il allait s'avancer vers le latino, mais Beckett se leva et le bloqua une main sur le torse
- Tu me cherches depuis que je suis revenu. La seule ici qui pourrait me faire des reproches c'est Beckett.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? demanda Gates qui avait entendu crier et qui vit que Beckett empêchait Castle de se jeter sur Esposito.
- Rien, fit Castle sur un ton qui en disait long. Alors Esposito ? Qu'est- ce que tu me reproches ?
- Castle, calme-toi ! dit Beckett, lui bloquant toujours le passage, sachant qu'il ne la pousserait pas
- Non, je veux savoir. Tu me reproches de ne pas avoir été là ce jour-là ? C'est ça ?
- Et les gars, pourquoi vous criez comme ça ? On vous entend dans tout le service, fit Lanie en arrivant et se figeant en voyant la scène
- Allez, vas-y. Tout le monde t'écoute.
- Très bien. Tu as raison. Tu l'as laissé tomber. Où tu étais ce jour-là ?
- Je n'étais pas dans cet hôtel. Mais elle le savait depuis la veille que je ne serai pas là.
- Arrête-toi maintenant ! cria Beckett. Espo, ferme-là toi aussi. Je te l'ai déjà dit hier.
- Je ne comprends pas comment tu peux prendre sa défense, fit le latino. Tu es vraiment naïve !
- Ne l'insulte pas, Esposito. Elle est loin d'être naïve. Sauf peut-être quand elle a pensé que tu pouvais l'aider. Tu étais où toi quand elle se battait seule contre le sniper ? Quand elle était suspendue à ce toit ? Ah, oui ! J'oubliais ! Le grand Esposito était étendu au sol !
- Castle, non ! cria Lanie en se précipitant vers Esposito qui venait de s'écrouler sur sa chaise
Castle avait besoin d'air. Il prit sa veste et sans un regard pour personne se jeta dans l'ascenseur et sortit. Beckett le regarda interloqué, puis tourna la tête vers Esposito. Elle s'approcha de lui et Lanie
- Pourquoi tu as continué comme ça. Je te l'ai dit hier que ça allait mal finir. Je t'ai déjà dit que tu n'y es pour rien dans ce qui m'est arrivé. Je suis la seule responsable. Tu ne perdras pas ton sentiment de culpabilité en le reportant sur lui. Je savais qu'il ne serait pas là, c'est pour ça que j'y suis allée avec toi. Mais c'était ma décision, mon choix. Pas le tien. Pas le sien. Et crois-moi : il s'en veut autant que toi, si ce n'est pas plus !
- Laisse Kate, je m'en occupe, dit Lanie
- Oui, Kate. Lanie a raison. Va chercher Castle, dit Gates
Beckett regarda sa chef surprise
- Je vous ai vu dans la salle de repos, hier ! reprit Gates avec un sourire
- Oh !
- Allez, va le chercher.
Kate se retourna et prit l'ascenseur. Dans la cabine, en attendant la descente, elle remarqua un creux dans une paroi mais n'y fit pas plus attention que ça. En sortant, elle demanda aux agents s'ils avaient vu Castle. L'un d'eux lui dit qu'il l'avait vu aller dans le parc en face. Elle traversa, malgré la circulation, en slalomant entre les voitures. Une fois dans le parc, elle essaya de le trouver en commençant par les endroits où ils allaient ensemble. Mais il n'y était pas. Et puis elle le vit, arc bouté devant une fontaine.
- Castle ! cria-t-elle en courant vers lui
En entendant son nom, il se retourna et elle plongea dans ses bras. Il la serra dans ses bras aussi fort qu'elle le serrait. Leur cœur battait aussi fort l'un que l'autre. Puis lentement, leurs rythmes ralentirent, toujours à l'unisson, jusqu'à atteindre un battement normal.
- Je suis désolé, dit Castle. Mais je ne pouvais plus…
- Je sais, je sais. Je l'avais averti hier. Je lui avais demandé d'arrêter. Il rejette la faute sur toi, parce qu'il n'arrive pas à se dire qu'il n'y est pour rien. Alors il se venge sur toi. Tu ne dois pas lui en vouloir malgré tout. Souviens-toi que vous étiez amis.
- Je comprends ce qu'il ressent, car je ressens la même chose.
- Tu n'y es pour rien, toi non plus. Arrête de t'en vouloir, dit-elle en se détachant de lui et en le regardant.
- Je ne peux pas. C'est ancré en moi. C'est gravé dans mon cœur.
- Il faut que tu arrêtes de te faire du mal à cause de moi, à cause de cet accident. Avec tout le mal que je t'ai fait avant, tu mérites d'être heureux.
- Mais je suis heureux, Kate ! Je suis heureux car tu es avec moi. Je t'aime tellement, si tu savais à quel point !
- Je t'aime aussi, Castle.
Il se pencha vers elle et déposa un léger baiser sur ses lèvres. Puis, alors qu'il lui caressait les lèvres avec la langue, elle les écarta. Ils s'embrassèrent profondément mais tendrement, aucun des deux ne cherchant à prendre le dessus. Ils partageaient simplement leur amour. Aucun des deux ne voulait quitter l'autre mais ils durent malgré tout se séparer pour pouvoir respirer. Ils gardèrent leurs lèvres collés se donnant pleins de petits baisers en souriant. Puis elle se blottit contre son torse.
- Il faut qu'on retourne au poste, dit-elle
- Je sais.
En voulant lui prendre le bras, elle frôla sa main. Le contact le fit grimacer.
- Qu'est-ce que tu t'es fait ?
- J'ai cogné dans la paroi de l'ascenseur.
- Je comprends mieux pourquoi il y a un creux dedans. Viens vers la fontaine.
Elle sortit un mouchoir de sa poche, le trempa dans l'eau et entoura sa main avec, non sans avoir vérifié qu'il n'avait pas de fracture
- Je ne savais pas que tu avais des talents d'infirmière !
- Tu sais après presque deux ans à l'hôpital, j'ai eu le temps d'apprendre à repérer certains signes. Mais il va falloir que tu arrêtes de frapper avec cette main. C'est la deuxième fois que je m'en occupe, et tu vas finir par te casser quelque chose !
Pendant ce temps-là au poste, Lanie, Ryan et Gates essayaient de calmer Esposito. Castle avait frappé fort, comme si le sniper venait de le sécher au sol à nouveau. Mais au fond de lui, il savait qu'il avait raison. Malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de lui lancer des piques, juste pour le blesser.
Mais quand les autres lui annoncèrent que Beckett et Castle étaient ensemble, il s'en voulut encore plus. Il avait toujours souhaité que cela arrive. Et là, il les blessait. Il comprit mieux pourquoi elle lui avait dit que quand il s'en prenait à lui, c'est comme s'il s'en prenait à elle.
Quand il entendit l'ascenseur, il se dirigea vers lui. Il vit Beckett et Castle sortirent. Celui- ci se figea. Beckett qui tenait son bras le sentit se crisper. Mais il se détendit quand Esposito lui tendit la main. Castle allait l'imiter, mais il se rappela qu'il était blessé. Il la montra au latino et lui tendit l'autre. Javier sourit et changea de main et ils se donnèrent une poignée sincère. Puis Esposito lui fit signe de venir dans la salle de réunion.
Beckett rejoignit les autres. Tout le monde la regardait.
- Quoi ? demanda-t-elle
- Comment il est ? demanda Gates
- Il va bien, maintenant. A part sa main il s'est défoulé dans l'ascenseur. Lanie, tu pourras regarder ?
- Oui. Dès qu'il revient
- Je ne t'ai pas demandé comment il va, mais comment il est ?
- Comment ça ?
- Tu es avec lui, non ? Alors comment il est avec toi ?
- Oh, d'accord. Bien. Il… On s'entend bien… Il s'inquiète pour moi… Je ne sais pas quoi te dire…
- Bien.
- Tu vas le renvoyer ?
- Pourquoi ?
- C'est mon partenaire
- Et vous êtes ensemble depuis ?
- Un mois
- Je vous ai observé depuis hier. Vous faites du bon travail. Tant que vous restez discret, je ne vois rien à dire.
- Merci, Vicky
- Bien, quand ils seront de retour, rentrez chez vous. On reprendra demain.
Esposito et Castle réapparurent peu de temps après. Lanie demanda à Castle de s'asseoir sur le bureau pour examiner sa main
- Elle n'est pas casser mais tu vas avoir un bel hématome dit-elle en lui faisant un bandage, après avoir trouvé le matériel dans la trousse de secours. Il va falloir la laisser au repos. Désolée, Kate ! rajouta-t- elle avec un regard malicieux
- Il n'en n'a pas besoin, répondit-elle avec un regard encore plus malicieux en regardant Castle et se rappelant leur ébat de la veille
- Ben, voyons ! Tu vas me faire croire que tu fais ça sans les mains !
- Crois ce que tu veux !
- Castle ? demanda Lanie
- Je pourrai te montrer, mais tu risques de te brouiller avec ta meilleure amie et moi, je risque de la perdre. Alors, vois ça avec Javier ! répondit-il en regardant Kate, se rappelant la même chose qu'elle.
- Vous êtes désespérant tous les deux ! J'en viens à me demander si ce n'était pas mieux quand vous vous amusiez à vous tourner autour !
Tout le monde quitta le 12th.
Au cours de la soirée, alors qu'ils étaient enlacés sur le canapé, regardant un film à la télé, Beckett remarqua que Castle était plongé dans ses pensées. Il jouait à faire des boucles avec ses cheveux, mais il avait les yeux fixés sur le mur.
- A quoi tu penses ?
- Hm…
- Castle ! dit-elle en lui caressant la joue et en se redressant pour qu'il la regarde
- Je pensais à ce que tu m'as dit aujourd'hui.
- Je t'ai dit de ne plus…
- Non, je ne parlais pas de ça. Mais d'Alexis !
- Alexis ! On n'a pas parlé…
- Tu m'as dit que je ne l'avais jamais frappé…
- Tu en es incapable !
- C'est pas ça le problème. Tu as ajouté que j'étais incapable de la punir aussi …
- Et ?
- Comment tu peux savoir que c'est elle qui me disait quoi lui donner comme punition ?
- Je le sais. Lanie a dû m'en parler, ou Alexis
- Non, ça ne tient pas debout ce raisonnement, dit-il en se redressant, se retrouvant assis à côté d'elle.
- Martha, alors !
- Non, écoute-moi, dit-il en lui prenant les mains. Tout le monde t'a raconté ce qu'était ta vie d'avant à ta sortie du coma. Mais ils ne t'ont jamais parlé de moi car j'étais absent. Même ma mère et Alexis ne t'ont rien dit à mon sujet. Alors comment tu peux savoir ça ?
- Je ne sais pas. Quelqu'un a dû m'en parlé puisque je ne m'en…
- Voilà. Tu y arrives enfin !
- A quoi ?
- Tu te souviens !
- Arrête. Dieu sait que j'aimerai retrouver la mémoire, mais…
- Si, tu la retrouves. Mais ce qui est étrange, c'est que pour le moment, tu ne te souviens que de choses qui me touchent de près : les pommes, chaton, maintenant ça !
- Ce sont des coïncidences
- Ça commence à en faire beaucoup !
- Ouais, ben, c'est comme ça. On ne va se prendre la tête avec ! fit-elle en se levant.
- Où vas-tu ?
- Me coucher !
