Bonjour mes cobayes,

Comment allez-vous ?

Je vous présente le troisième chapitre e cette fiction, j'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture !


Chapitre 3 : Prise de conscience


La pièce de bois roulait entre ses doigts. Même dans la semi-obscurité de la chambre, même avec un taux d'alcoolémie crevant le plafond, même les mains tremblantes, il l'aurait reconnue entre mille.

Le roi noir, trouvé en équilibre précaire sur son balcon quelques mois auparavant, ne le quittait jamais vraiment. A force de l'observer et de le manipuler, il en connaissait chaque détail, chaque aspérité.

- Qu'est-ce que tu fabriques avec ce truc ? L'interpella une voix joueuse à l'autre bout du lit.

- Tais-toi, tu me déconcentres, grogna-t-il avant de s'asseoir sur le matelas.

Il tangua un peu.

Une paire de bras vint s'enrouler autour de ses épaules, pour son plus grand déplaisir. Un parfum vanillé lui donna la nausée, et son estomac menaça de 'abandonner une fois de plus.

Quelques mèches brunes caressèrent son dos, et il repoussa doucement Carole – ou était-ce Estelle ?

- Allez quoi, insista la jeune femme. On a encore une bonne partie de la nuit devant nous…

Cette idée révulsa le milliardaire, et il se redressa brusquement, enfilant le premier jean à portée de mains.

- Peux pas. J'ai du boulot.

Elle rit, de ce rire agaçant qu'ont parfois les humains intellectuellement diminués.

- Tu peux rester jusque demain matin, Jarvis t'enverra un taxi.

- Voyons Tony, il est quatre heures du matin, tu es complètement saoul : tu ne vas tout de même pas me faire croire que tu comptes travailler ?

« Eh ben si, grognasse ».

Il quitta la chambre sans rien ajouter, conscient d'être bien trop médisant envers sa déjà lointaine conquête. Ce n'était pas elle, la fautive, la responsable de son humeur massacrante.

Depuis deux semaines, au rythme hallucinant d'une beuverie par jour, les femmes et les bouteilles s'enchaînaient pour l'abrutir, sans résultats. Il demeurait toujours ailleurs, incapable de penser à autre chose qu'au gouffre béant qui creusait ses souvenirs.

Il fourra le roi noir dans une des poches et descendit à l'atelier, la bouche pâteuse et le pas incertain.

Que voulait-il faire exactement, à part fuir la succube trop causante ?

Il ne savait plus. Dans le doute, parvenu à destination, il déboucha une nouvelle bouteille de Cognac.

Il rumina durant plusieurs minutes, debout et tanguant au milieu de l'atelier.

Ce fut la voix de Jarvis qui le tira de cette sombre méditation.

- Puisque vous êtes réveillé, Monsieur Stark, mademoiselle Potts a laissé un message pour vous… Désirez-vous l'entendre ?

- 'suisplusàçaprès, grommela l'intéressé.

Jarvis possédait fort heureusement son brevet de décryptage d'homme aviné. Le visage de Pepper s'afficha sur un écran holographique.

Son front se parait de ce pli inquiétant qui annonçait les mauvaises nouvelles : elle semblait furieuse, et triste également.

- Tony. Lorsque tu as disparu, les actionnaires de Stark Industries sont venus me chercher pour me confier la gestion de ton empire. J'ai accepté sans hésiter une seule seconde. Je ne savais pas où tu étais, je ne pouvais pas te sauver, mais je pouvais au moins m'assurer de la pérennité de ton entreprise. Tu es revenu depuis plusieurs mois maintenant, et je suis lasse. Lasse d'arriver chaque matin pour te trouver dans un état déplorable, lasse de me demander, chaque soir lorsque je pars, si tu ne seras pas plongé dans le coma à mon retour. Je suis lasse de gérer Stark Industries, qui n'a plus de Stark que le nom. Il est temps que tu prennes tes responsabilités, et que tu grandisses. Je te rends la gestion de ton patrimoine, et je retourne auprès des miens.

Le silence l'enveloppa quelques secondes. L'image de Pepper se mordilla les lèvres et soupira une dernière fois.

- Je suis désolée.

Le message prit brusquement fin, et Tony ne put qu'exploser de rire.

- Monsieur ?

- C'est rien, J, le rassura Tony, essuyant des larmes aux coins de ses yeux. C'est trop drôle…

Son sourire fondit bien vite cependant. Les Vengeurs médisaient dans son dos, Fury le surveillait en permanence dans sa propre tour, et maintenant, Pepper l'abandonnait.

Une fois de plus.

- Il faut trouver un autre directeur, J. Je n'ai pas la tête à ça. Je…

Une alerte sonore l'interrompit, et une carte des Etats-Unis s'afficha sur tous les supports technologiques de la pièce.

Tony reconnut immédiatement le code de l'alerte, et Jarvis confirma ses soupçons.

- Monsieur ? Il semblerait que la signature magique de Loki vienne d'apparaître à moins d'une heure de vol.

Déjà, Tony se ruait vers son dressing pour enfiler une armure.

- Monsieur, aux vues de votre état, puis-je vous suggérer d'avertir les Vengeurs de votre départ, et de quérir leur aide ?

Tony sentit son cœur battre plus vite que jamais, et l'adrénaline chassa pendant quelques instants les stigmates du sommeil et de l'alcool. Ses pupilles, rivées sur la carte clignotante, s'étrécirent.

- Pas un mot, Jarvis. A personne. Cette enflure est pour moi.


Le signal se déplaça lentement alors que Tony parcourait les cieux. Ses yeux ne quittaient pas le radar, chaque seconde lui faisant craindre une disparition de la signature de sa Némésis. Il poussa l'armure dans ses retranchements pour gagner de précieuses secondes sur le temps de vol.

Alors qu'il survolait une ferme en ruines, non loin de la frontière avec le New Jersey, la prudence et la discrétion lui apparurent comme des valeurs inutiles.

Loki était caché là-dedans.

Il changea de cap et fonça directement sur la masure. Des pierres grises et affalées formaient à peine deux étages branlants dont une aile complète était effondrée. Les poutres apparentes de la charpente ne supportaient plus que quelques tuiles, recouvertes par la moisissure.

Tony arracha une partie de la charpente en pénétrant dans la maison par ce qu'il restait du toit, dans une cacophonie extraordinaire.

L'armure traversa sans mal le parquet humide et rongé par la pourriture, et son propriétaire se retrouva au Premier étage.

Il traversa, furibond, ce qui avait dû être une cuisine, pour gagner un salon dont ne subsistait qu'un manteau de cheminé effondré, au milieu de meubles renversés.

Loki se tenait face à lui, visiblement surpris de cette apparition bruyante et inattendue.

Tony chancela en touchant la terre ferme.

L'alcool, la colère et la rage l'empêchaient d'aligner deux pensées cohérentes.

La seule chose qu'il savait alors, c'est que dos à la cheminée se tenait le responsable de son état désastreux.

Son cerveau embué analysa avec peine la situation.

Un Loki vêtu comme un simple mortel tenait entre ses mains un coffre de bois patiné par le temps.

Pas de casque, pas de lance, pas de sourire moqueur ou de remarques cyniques.

Seule la surprise, et une immense lassitude au fond de ses yeux fatigués.

Mais l'étrangeté de cette situation n'interpella pas le milliardaire, qui se focalisait sur une seule donnée : son ennemi était là, à portée de mains. Bien trop enfermé sur son propre malheur, aveuglé par son envie de comprendre, il ne releva pas la maigreur alarmante du dieu, ni les nombreuses estafilades qui marbraient sa peau.

Dans un cri de rage, il se rua sur Loki. Ses poings se refermèrent sur le col du Jotun, et son élan, couplé à la force de l'armure, lui permit de l'encastrer à moitié dans la cheminée.

Le sorcier ne fit aucun geste défensif, alors qu'un poing ganté de métal s'écrasait contre sa joue. Plusieurs fois.

Tony frappa, aveuglément, jusqu'à ce que le silence résonne étrangement à ses oreilles.

Le cerveau bourdonnant, la vision floue, il s'éloigna à peine de Loki, troublé par son absence de réaction.

- Espèce d'enfoiré ! Bats-toi ! Maintenant tu vas tout me dire !

Mais le prince Asgardien se contenta de l'observer, le regard dépourvu cependant de son habituel mépris.

- Anthony Stark… Dans quel état es-tu ?

- Dans quel état je suis ? Mais tu te fous de moi ? C'est ta faute, cracha l'intéressé, s'approchant de nouveau pour poursuivre ce qu'il avait commencé.

Loki eut un geste de recul, serrant plus fort le coffre dans ses bras. Tony s'attendait à un éclair, une illusion, une bonne parole : rien ne vint.

- Si tu crois que ta passivité va m'empêcher de te coller une raclée…

De nouveau, les gants métalliques se refermèrent sur les bras du Jotun. La pression appliquée fut si forte que les poignets d'un être humain normal n'y auraient pas survécu.

- Parle !

Loki secoua doucement la tête. Ses yeux cherchaient ceux du milliardaire, comme pour y trouver une étincelle rassurante : la marque que le Tony Stark qui l'avait accompagné dans ses précédentes aventures était toujours là, quelque part, enfoui sous les décombres de ses échecs et de ses peurs. Il ne distingua rien d'autre qu'un violent désespoir.

- Parle ! répéta l'humain, au bord des larmes.

Un murmure lui répondit.

- Je ne peux pas, Tony. Je ne peux pas, et c'est mon silence qui te protège.

- Mais fermes-là ! s'emporta l'ingénieur, et l'un de ses poing acheva de détruire ce qu'il restait de la cheminée. Ça n'a aucun sens !

La frustration dévorait son âme. Il cherchait depuis si longtemps les réponses à ses questions, il avait tout tenté pour combler les vides de sa mémoire… Et les réponses étaient là, à portée de doigts. Et Loki, qui préférait énoncer des platitudes, qui s'amusait surement de le voir rongé par l'obsession…

- Ecoute-moi bien, enfoiré. Tu as exactement quinze secondes pour commencer à parler, et à ma dire ce qu'il s'est passé pendant ces deux mois. Passé ce délai, je vais t'arracher la tête, et peu importe si ton frère m'étripe pour cela. Je suis sérieux, Loki. Très sérieux.

- Je sais.

Loki peinait à détacher le regard de l'épave qui le menaçait.

Voilà ce qu'était devenu Anthony Stark. Un fou, replongé dans ces vices, excessif en tout, perdu.

- Je suis désolé, murmura-t-il simplement.

Sans aucun signe avant-coureur, il ouvrit le coffre.

Ses mains se refermèrent sur une dizaine de simples pierres, colorées et polies par l'âge.

Quelque chose ne dut pas se dérouler comme prévu, car le regard du demi-dieu se teinta d'horreur lorsque ses doigts entrèrent au contact des pierres. La terreur, voilà ce qui l'animait. La terreur la plus absolue.

Tony raffermissait sa prise sur son adversaire, mais déjà, Loki n'était plus là, et il ne serait que du vide.

Ébahi, il fallut plusieurs secondes à Tony pour comprendre qu'il était bel et bien seul. Le radar intégré à l'armure ne parvenait plus à détecter la signature unique du sorcier.

Disparu.

Le retour à la réalité, brutal, frappa l'ingénieur comme un coup de poing à l'estomac.

L'incompréhension, la solitude et la rancœur se fondirent en un seul bloc : Tony se laissa mollement glisser le long d'un mur. Des larmes incontrôlables, synthèse de ces mois d'obsession, noyèrent ses yeux.

- Regarde ce que tu as fait de moi… Regarde…

Sa propre image le percuta, et il détesta immédiatement cet être faible et instable qu'il était devenu. Assis dans une ferme en ruine, avec probablement une teneur en alcool dans le sang dix fois trop élevée, et plus aucune raison de vivre, si ce n'était alimenter sa propre folie.

Cela ne pouvait pas durer.

C'est la voix mal assurée qu'il requit l'assistance de son intelligence artificielle.

- Jarvis. Appelle le Capitaine Rogers. Je crois que j'ai vraiment besoin d'aide….


Cette fois, c'était la dernière. Il était allé trop loin. Son corps l'abandonnait, trop affaibli. Sa magie épuisée ne pouvait plus guérir son corps trop longtemps maltraité. Il avait désespérément besoin de dormir, de manger, de récupérer ses forces.

Mais c'était impossible.

« Ils vont revenir, bientôt. Ils vont me trouver, je ne suis pas à l'abri, ils vont venir… Pourquoi ne fonctionnent-elles pas ? »

Les pierres des Nornes, et leur pouvoir extraordinaire… Les pierres qu'il avait lui-même dissimulé, en sûreté, en cas de coup dur. Elles ne le reconnaissaient pas, elles refusaient de lui prêter leur puissance, elles…

« Pourquoi ? »

Son seul espoir venait d'éclater en mille morceaux. Il avait misé le tout pour le tout sur cette dernière option, et il avait échoué.

Vidé de ses forces, incapable de bouger après cette ultime téléportation, il sentit l'inconscience le gagner. Il ne savait même pas où il avait atterri, sa vision se constellait d'étoiles noires et il peinait à organiser ses pensées.

Il voulut se mettre à l'abri, en sécurité…

Mais y'avait-il encore un seul endroit au monde où il fut en sécurité ?

Au moins, il aurait voulu s'asseoir contre un mur, plutôt que d'être recroquevillé à même le sol. Pour être dans une position plus digne lorsque ses ennemis lui tomberaient dessus.

Il s'évanouit avant.


Et voilà pour ce nouveau chapitre ! J'aime bien les faire souffrir un peu nos deux oiseaux, j'espère que vous n'y voyez pas d'inconvénients ? =D

J'attends de vos nouvelles avec impatience !

La bise,

Laukaz.