Salut mes petits cobayes, voici le chapitre 5 ! J'essaye de m'astreindre à un rythme de publication plus régulier, et également à une taille de chapitre plus conséquente. Je ne garantis rien, mais je fais des efforts !

Merci pour tous vos encouragements ça me motive à me bouger un peu !

Myrzi :Merci pour ce petit mot enthousiaste ! C'est un vrai plaisir pour moi de savoir que des gens lisent mes textes, et trouvent une forme de satisfaction à le faire ! J'espère que cette suite te conviendra tout autant !


Chapitre 5 : Dante's View


Tony, immobile dans le brusque silence, demeura interdit une longue minute.

Depuis quelques temps, il lui semblait que son cerveau rouillé peinait à lui amener les bonnes conclusions.

Mais que venait-il de se passer, exactement ?

Il regarda sa main droite ou luisait encore le rétropulseur. L'attaque avait été incisive, brutale, inévitable. Et visiblement très ciblée. Dans quels ennuis se trouvait sa Némésis ?

Il se sentit soudain mal à l'aise dans ce lieu qu'il ne parvenait pas à reconnaître, tout en lui trouvant des accents familiers.

Au moment où il décidait de repartir, ses yeux accrochèrent le roi blanc tombé au sol.

Pris d'une intuition, il le ramassa et le fit rouler entre ses doigts.

Quelque-chose le dérangeait à propos de cette pièce, sans qu'il ne parvienne à définir précisément la raison de son trouble.

Il la rangea aux côtés de son propre pion, et quitta rapidement les lieux.

Steve l'attendait sur l'embarcation, profitant du soleil tranquillement assis sur le pont. En découvrant la moue sinistre de son ami, il l'interpela, avec plus de bienveillance que de curiosité.

- Alors ?

Tony lui révéla platement l'enchaînement des évènements qu'il venait de vivre. Au fur et à mesure de son récit, les yeux du Capitaine s'agrandirent.

L'ingénieur garda pour lui le détail des pièces d'échecs, ainsi qu'une phrase du Jotun qui le perturbait plus que les autres.

« Je n'ai plus que toi, et tu ne t'en souviens pas… Mais ça n'a aucun sens, cette phrase ! Qui dit çà à l'un de ses ennemis ? Était-ce une référence à un temps où nous étions alliés, après qu'il m'ait lavé le cerveau comme il l'a fait à Clint ? Ai-je vraiment aidé ce type ? Mais pourquoi m'aurait-il alors ramené tranquillement chez moi, plutôt que d'exiger une rançon, ou même me tuer, tout simplement ? »

- En tous cas, il avait l'air en sale état conclut sombrement le milliardaire. Je veux dire, pour un dieu, c'était la déchéance extrême.

- Je ne connais qu'un seul dieu, rétorqua Steve hautain, et crois-moi, il ne s'habille pas comme ça !

Tony esquissa à peine un sourire désabusé. Côtoyer Thor de manière semi-régulière n'empêchait pas Steve de s'accrocher fermement à sa religion monothéiste. Grand bien lui fasse : Tony aurait aussi aimé avoir quelqu'un à prier, ces derniers temps…

C'est dans une ambiance morose qu'ils regagnèrent la tour Stark. Steve tenta à plusieurs reprises de lancer la conversation, mais l'ingénieur y coupait court à chaque fois, plongé dans ses pensées.

A peine arrivés à Manhattan, Tony fila s'enfermer dans l'atelier, sous le regard morose de Steve.

Tony s'affala sur un canapé en cuir matifié par l'usure et installa les deux pièces du même jeu d'échecs sur la table basse.

- Jarvis, scannes-moi ça, tu veux ?

- Tout de suite Monsieur.

Un faisceau de lumière bleue caressa les deux rois et Jarvis apporta les conclusions :

- Quelques éraflures différentes, même matériau, même année de construction. Une différence de poids de onze virgule sept grammes.

Cette information fit tiquer l'ingénieur. Il n'y avait à priori aucune raison valable à cette différence de poids.

- On a quelque chose pour voir à travers le bois, J ?

- Pas à ma connaissance, Monsieur. Voulez-vous que je travaille sur le sujet ?

Tony chassa la proposition d'un geste de la main.

- Pas le temps. On va y aller à l'ancienne.

Il donna une pichenette sur chacun des deux rois.

- Le blanc sonne creux. C'est pour ça qu'il est moins lourd. Dum-E, amène-moi une scie automatique.

Le petit robot s'exécuta, et, bientôt armé de gants de protection et d'un masque, Tony découpait la pièce. Il prit bien soin d'y aller doucement pour ne pas abîmer ce qui se dissimulait potentiellement à l'intérieur.

Une odeur de brulé s'éleva dans l'atelier, et la tête du roi roula au sol, triste fin s'il en est.

Tony s'empressa de récupérer la partie centrale, et fut stupéfait d'y découvrir… Un circuit imprimé.

- Un circuit imprimé ? Quand on voit les problèmes de Thor avec la technologie, on a du mal à imaginer que son frangin irait bricoler ce type de choses… J ?

- Il semblerait, à première vue, que nous nous trouvions face à un composant classique des GPS, monsieur.

L'information papillonna dans le cerveau de Tony.

- On a de quoi extraire les données ici ?

- Je pense que l'unité centrale fera l'affaire…

- Allons-y alors.

Tony déposa avec mille précautions la pièce sur un coussin holographique et le scanner démarra rapidement, accompagné de multiples bips angoissants.

La procédure fut bien trop longue au goût de Tony, dont les doigts tapotaient nerveusement toute surface à portée de main.

Après quelques minutes pesantes, une carte se constitua dans l'air face à lui. Une cible rouge clignota, bougeant de continent en continent.

Tony sentit la tension qui l'habitait grimper d'un cran, alors que le point refusait obstinément de demeurer fixe. Texas, Portugal, Tanzanie, Congo, Philippines, Arizona, Californie, Californie, Californie…

Tony se pencha en avant, ses mains broyant presque le malheureux dossier de chaise qui se trouvait devant lui.

Un zoom fit grossir la Californie, et la cible se riva à un emplacement défini.

Dante's View. La vallée de la mort.

« La bonne blague… »

Un étrange sentiment de malaise l'habitait.

Un GPS, dans une pièce d'échec, dans la main d'un dieu ennemi. La situation avait de quoi surprendre.

- Rien de plus, J ?

- J'en ai bien peur, Monsieur.

- Ça pourrait être n'importe quoi… Des coordonnées ennemies, alliées, une feinte… Admettons que j'aille là-bas, sur quoi je vais tomber ?

- Au minimum, un magnifique point de vue panoramique qui surplombe toute la vallée de la mort…

Les épaules de Tony s'affaissèrent. Jarvis se mettait au sarcasme, maintenant ?

Le milliardaire étudiait rapidement les possibilités qui s'offraient à lui, peu nombreuses au demeurant.

- Soit j'y vais seul, énonça-t-il à voix haute. Je prends le risque de me faire trouer, mais en même temps, je suis sûr que l'affaire demeure secrète. Soit j'emmène deux-trois potes… C'est plus sûr, mais ça pourrait me retomber dessus. Soit je n'y vais pas.

- Je prépare une armure et une excuse valable pour vos collègues ? s'inquiéta l'intelligence artificielle.

Tony jura. Jarvis croyait le connaître mieux que lui-même ? Mais pourquoi irait-il, d'abord, dans un endroit inconnu, pour peut-être aider l'un de ses adversaires ?

- Il n'y a rien de bon pour moi là-bas, j'en suis sûr, argumenta-t-il.

Et en même temps, il se sentait coupable.

« Coupable de quoi ? De peut-être laisser un enfoiré notoire dans de sales draps ? Qu'est-ce que ça peut bien me faire, après tout ? Qu'il crève, et qu'il me foute la paix !»

Il croisa les bras dans une attitude rebelle. L'armure choisie par Jarvis flotta jusqu'à lui et le toisa de son regard vide.

« Alors quoi, c'est ça le complexe du héros ? La manie de vouloir sauver tout le monde ? Mais je ne veux pas le sauver-lui ! Je veux des réponses… »

En plein débat intérieur, il fixa l'armure de longues minutes, combattant ses envies contradictoires et irrationnelles.

- C'est décidé, je n'irai pas, conclut-il en se laissant tomber sur un tabouret.


Malheureusement, l'armure choisie ne disposait de l'option « thermorégulation » qu'en vol. A peine Tony eût-il posé le pied en plein milieu du parking attenant à Dante's View que la chaleur fondit sur lui.

Il avait tenu vingt heures. Vingt heures durant, il s'était promis de ne rien faire et de reprendre une vie normale.

Sans qu'il n'arrive à se l'expliquer, cette décision le rongeait et l'obsédait plus encore que la perte de ses souvenirs. Incapable de dormir, l'appétit coupé et une inquiétude viscérale au fond de l'estomac, il s'était rendu à la décision de Jarvis.

« Cette IA me connaît mieux que moi-même, tout compte fait… »

Il flotta tranquillement jusqu'au premier point de vue. Il faisait bien trop chaud pour marcher, et le soleil violent pesait comme un maléfice sur les lieux abandonnés.

D'ici, il pouvait distinguer le parcours de golf du diable, l'immense plateau couvert de sel qui fendait le désert. D'ici, il ressemblait à un océan gris figé par le temps.

Tony soupira. Les coordonnées précises indiquaient cet endroit très exactement, ce mètre carré ou il se tenait.

Mais ici, à part la chaleur, le soleil et la vue, il n'y avait rien.

- Je suis au bon endroit, et il n'y a rien… Il faut creuser.

- Au sens métaphorique, Monsieur ?

- Au sens physique, Jarvis.


Creuser s'avérant une activité ingrate et fatigante, Tony modifia légèrement sa stratégie. Il fit scanner l'ensemble du périmètre par Jarvis, jusqu'à découvrir dans une falaise un léger courant d'air qui attestait d'une porte cachée.

La découvrir et la forcer ne lui posèrent aucun problème d'autant qu'il venait de décider de ne pas faire dans la dentelle.

La roche implosa dans un désordre de terre et de poussière pour libérer l'entrée d'une grotte creusée à même la falaise.

Une demi-douzaine de soldats vêtus de gris furent visiblement surpris par l'irruption d'Iron-man lui-même dans leur quartier général.

Tous se ruèrent vers leurs armes, et Tony décida dont que, de ce fait, il s'agissait d'ennemis : il visa dans le tas.

« J'ai déjà perdu assez de temps avec les singeries de ce Jotun. Qu'on en finisse ! »

Le brouhaha déclenché par l'altercation attira d'autres hommes et femmes, certains en tenue civil, d'autres en uniformes un, même, à moitié nu.

Tony distribua des salves de rétropulseurs en navigant dans les différents couloirs sinueux qui se présentaient à lui.

Il ne savait pas exactement où il allait, mais il y allait.

Finalement, cette planque n'était pas aussi grande qu'il l'aurait cru, et il en eut vite fait le tour. Derrière lui, un sillon de soldats hors-jeu gisait au sol, dans un concert de grognements douloureux.

Chaque porte gardant l'entrée d'une nouvelle salle creusée dans la roche portait une inscription.

« Sympa, les architectes », songea Tony en découvrant le mot « Cellules » gravés sur l'une d'elle.

Il la défonça sans ménagement, et assomma les deux gardes en faction de l'autre côté.

La chaleur, bien que plus supportable qu'au dehors, rendait l'atmosphère presque douloureuse. Une humidité malsaine flottait dans l'air : Tony sentit des gouttes de sueur perler le long de son front.

Il s'assura qu'aucun soldat ne se cachait dans ce nouveau couloir et le casque de son armure se désassembla pour lui permettre de respirer.

La prison ne contenait que deux geôles. L'un d'elle était vide. Dans la deuxième, Loki l'attendait visiblement, serrant les barreaux entre ses doigts maigres.

Comme lors de leur dernière rencontre, il paraissait plus mort que vivant. Mais une nouvelle dureté luisait au fond de ses prunelles vertes, inflexible. Une collection de bleus et d'estafilades marquait la peau de son visage et de ses bras nus. On l'avait battu, de toute évidence.

- Tu es venu.

Sa voix, sifflante, attestait de plusieurs côtes cassées. Il portait toujours le tee-shirt noir dont il était vêtu quelques jours plus tôt, lorsqu'une silhouette surgie du néant l'avait poignardé dans le dos. Une large tache vermeille s'étalait toujours sur son rein droit.

L'image même de la déchéance fit frémit Tony.

- Tais-toi, rétorqua-t-il, troublé. Je vais poser des questions, et tu vas répondre. Si tes réponses ne me satisfont pas, je te laisse croupir ici.

A sa plus grande surprise, le sorcier hocha lentement la tête. Il ne l'aurait jamais deviné si conciliant.

- Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Je suis prisonnier.

- Tes pouvoirs ?

- Epuisés, comme moi.

- Pourquoi ?

- J'ai utilisé toutes mes réserves pour survivre durant six mois.

- Qui veut te tuer ?

- Tous les mercenaires de ce monde, et des autres mondes.

- Qui a lancé le contrat ?

- Nebula.

L'enchaînement vivace des phrases crachées avec hargne pour l'un et lassitude pour l'autre se suspendit un instant.

Cette dernière information surprit Tony. Il parcourut sa mémoire à la recherche de données.

Nebula, la fille de Thanos. Dont on avait plus de nouvelles depuis … Depuis l'arrivée imminente de l'armée de Hulks.

Tony s'approcha davantage de la porte en fer qui retenait un Loki vidé de ses forces.

- Pourquoi voudrait-elle te tuer ?

- Car j'ai participé à la destruction de son père.

Les données s'empilaient dans l'esprit de Tony. Alors comme ça, d'après le prince des mensonges, Thanos n'était plus ?

Un bruit de cavalcade fit sursauter le Jotun, mais ne perturba pas l'ingénieur.

Lorsque deux hommes surgirent dans la pièce, Tony les accueillit d'une salve d'énergie qui les cloua au mur, sans même leur accorder un regard.

- Nous ne devrions pas rester, remarqua Loki.

Ses mains, toujours crispées sur les barreaux, s'affermirent. Il reprit, la voix de plus en plus hésitante.

- Il va revenir.

- Qui-donc ?

- Wilson.

Le nom, murmuré dans un rictus hargneux, ne laissait aucun doute sur l'affection que Loki portait au mercenaire rouge et noir.

Il était temps pour le milliardaire de prendre une décision. Il couvrit sa Némésis d'un regard méprisant.

- Donne-moi une seule bonne raison de t'aider.

La prise de Loki sur les barreaux se détendit. Ses doigts glissèrent le long du métal et il chancela, les paupières à demi closes. Tony dut tendre l'oreille pour capter sa réponse.

- Je t'expliquerai. Je te laisserai le choix de te souvenir ou non. Nebula prépare quelque chose contre la terre qui l'a privée de son père...

- Je pourrais m'en charger seul avec le SHIELD et te confier aux gens qui te cherchent, souleva très justement Tony.

Toute trace de combativité abandonna le jotun. Il baissa la tête, le visage fermé, ses lèvres craquelées et enflées peinant à chuchoter sa réponse.

- Tu pourrais.

C'était l'instant crucial. Le moment de décider, de prendre un virage déterminant pour la suite des évènements.

Tony contempla la maigreur du demi-dieu, devenu l'ombre de lui-même. Il savait déjà ce qu'il allait faire, avant même de venir ici. Il se voilait la face, simplement. La curiosité le dévorait. Il détacha chaque syllabe :

- Tu es mon ennemi. Je te méprise. Pour être exact, je te hais. A la moindre occasion, je te confierai à Asgard, ou au Shield. Mais moi, contrairement à toi, je suis un héros. Un type bien. Un gentil. Et même si tu es la pire pourriture de tous les mondes, je ne peux pas laisser quelqu'un dans cet état-là.

- Je suis ravi de l'entendre, murmura Loki.

Mais sa voix défaite contrastait avec sa tentative d'ironie.

L'Asgardien chercha le regard de l'ingénieur, pour tenter d'y retrouver une trace du Tony qu'il avait connu. Une lueur, quelque chose d'autre que ce froid dégoût dont il le couvait désormais…

Il ne vit qu'une rancœur, mêlée d'incompréhension et de ressentiment.

Ce constat lui était douloureux, d'une souffrance presque physique.

« Je ne pensais pas qu'il serait si facile pour toi de m'oublier, Tony Stark, et de revenir à cet état de malveillance et de dédain…»

Il se contraignit au silence, de peur de laisser entrevoir sa peine et son amertume.

A ce moment précis, une voix railleuse s'éleva à l'autre bout de la pièce, les tirant tous deux de leurs pensées respectives.

- Ben alors les gars, vous faites une soirée sans moi ? Fallait le dire, j'aurais rapporté des chimichangas…


Et voilà, déjà la fin de ce chapitre 5… J'espère qu'il vous convient :p

Si vous vous sentez d'humeur curieuse, j'ai posté un OS steampunk/aventure/romance sur Nikola Tesla et l'un de ses disciples. Ça s'appelle Obsessions et je me suis plutôt appliquée sur l'écriture, alors si vous voulez y jeter un œil, j'en serais ravie!

A très vite,

Laukaz