Bonjour mes Cobayes.

Comment se passe l'expérience ? Pour vous j'entends, pour ma part c'est un franc succès, je m'amuse à écrire cette fic et j'adore lire vos réactions et vos spéculations !

Nous voici donc de retour en plein cœur de la vallée de la mort…


Chapitre 6 : Faiblesses.


Tony n'aimait pas spécialement Deadpool auparavant. Il ne le détestait pas non plus : les deux hommes se contentaient d'une indifférence polie.

Le milliardaire lui reprochait sa folie, son humour douteux et son instabilité. Impossible de savoir pour qui il se battait réellement : c'est cela, le problème avec les mercenaires.

A ce moment précis, l'indifférence de Tony se mua en une légère exaspération.

Le masque d'Iron man se referma sur son visage dans un chuintement métallique.

Wade s'approcha tranquillement, un sabre dans chaque main. Même sous sa combinaison rouge et noire, on devinait une moue sarcastique et pleine de défi.

- Tony Stark, laissez ce prisonnier à sa place. Et puis, je le pensais votre ennemi. Ne me faites pas croire que vous avez dévasté la moitié de mon quartier général pour le sauver ? Loki serait une princesse, et non un prince ? On m'aurait menti sur la marchandise ?

Tony tendit une main en avant, menaçante. La lumière bleue du rétropulseur ne sembla pas dissuader le mercenaire.

- A moins que vous ne vous joignez à la course pour le livrer à ses poursuivants ? C'est injuste, se plaignit Wade avec une voix enfantine, vous êtes déjà blindé de fric ! Laissez-en un peu aux autres…

« Désolé, je viens le sauver parce qu'il a la clé de mon amnésie, même si j'aurais adoré le savoir en mauvaise posture, torturé par Nebula et croupissant au fond d'un cachot » ne parut pas une réponse très adaptée à Tony. Une fois n'est pas coutume, il choisit donc de conserver le silence.

Wade soupira, déçu. Sans plus attendre, il combla d'un bond la distance qui le séparait d'Iron man.

Les katanas ripèrent sur le métal, émettant un crissement douloureux.

Tony para les premières attaques sans la moindre difficulté, ripostant à chaque occasion. L'espace exigu que constituait la prison rendait le combat confus et brouillon. Bientôt, sous les impacts violents, plusieurs murs s'effondrèrent, agrandissant ainsi le terrain de jeu.

Tony surveillait Loki du coin de l'œil, lorsque la pluie de coups qui pleuvait sur lui le lui permettait.

Il décochait un coup de poing magistral vers Wade lorsque le demi-dieu chancela dans sa cellule. Appuyé sur le mur, ses genoux menaçaient de l'abandonner à tout moment.

Les phalanges rouge et or s'écrasèrent contre le plexus ennemi, vidant l'air des poumons meurtris et brisant quelques côtes au passage.

Deadpool s'écrasa contre un mur, hilare. Il s'étira, et un craquement ignoble apprit à Tony que l'insupportable venait de régénérer ses os brisés.

Du sang constellait son costume déchiré par endroit, mais ne semblait pas l'importuner.

« Bon dieu, c'est moi le seul mortel de la pièce, et c'est moi qui doit me taper Monsieur pouvoir guérisseur. Plus inutile que ça, tu meurs, Loki » songea amèrement l'ingénieur, qui commençait à s'inquiéter de cette situation pour le moins inégale.

« Je pourrais lui trancher la tête qu'il ne me laisserait pas tranquille. Un seul moyen de m'en sortir, donc. »

Joignant le geste à la pensée, Tony se rua vers la cellule qui contenait le Jotun.

Une explosion arracha les barreaux, projetant une pluie d'éclats métalliques dans tout le sous-sol.

Wade se protégea le visage d'un bras, alors que les fragments de fer rebondissaient contre l'armure de Tony.

Il agrippa sa Némésis par la taille, et leva les yeux vers le plafond.

Wade comprit ses intentions une seconde trop tard.

- A plus, le dégénéré, grommela Tony en explosant le plafond de terre.

L'étrange duo traversa le quartier général à la verticale, sous une pluie de décombres.

Le sorcier à moitié inconscient pesait étonnement lourd, au vu de sa silhouette maladive du moment.

Tony se rappela vaguement un avertissement de Thor au sujet de la constitution Asgardienne, et se félicita d'avoir intégré un multiplicateur de forces à la plupart de ses armures.

Une fois arrivés dans l'air brûlant du jour, Tony s'éloigna de quelques centaines de mètres.

Cependant, peu habitué à avoir un passager de ce poids, il dut vite se rendre à l'évidence : ils n'iraient pas bien loin ainsi.

Ils atterrirent sans élégance sur un promontoire suffisamment loin de Deadpool et ce qu'il restait de sa bande.

- Ca y'est, voilà l'autre qui est officiellement dans les vapes, grogna l'ingénieur en allongeant sans douceur son passager sur le sol rugueux.

Un instant, il resta debout à l'observer, subjugué par l'improbabilité de cet instant.

La chaleur lui pesa immédiatement, l'urgence d'une solution de repli également.

- Bon. Jarvis, l'endroit le plus sûr à mille kilomètres d'ici ?

L'intelligence artificielle ronronna quelque secondes avant de formuler la réponse attendue.

- Votre tour, monsieur.

- Évidemment.

Il se laissa tomber au sol, assis en tailleur dans l'armure qui se transformait en sauna.

Aucune zone d'ombre en vue ne lui donnait le moindre espoir d'adoucir cette situation.

- Envoie le Quinjet. Je ne suis pas sûr que l'armure dispose de suffisamment d'énergie pour nous ramener tous les deux.

- Dois-je prévenir…

- Bien sûr que non. Merci, J, conclut hâtivement Tony.

Le casque libéra à nouveau son visage, et il fut déçu de ne pas ressentir la moindre brise susceptible de le rafraîchir.

Il jeta un œil au corps blafard immobile à ses côtés, imaginant que la déshydratation ne devait pas l'aider à reprendre des forces.

Il s'assit de mauvaise grâce à sa droite, de manière à lui procurer un peu d'ombre.

Le gantelet de l'armure quitta sa main droite, qu'il déposa sur le front agité de tics nerveux.

A sa grande surprise, la peau du Jotun était glacée.

« Eh bien, comme quoi il n'y a aucune raison d'être prévenant et de s'inquiéter pour cette ordure. »

Il se redressa et fit les cent pas, impatient de voir atterrir le jet.

Son vœu fut exaucé de longues minutes plus tard, et il chargea avec peine son fardeau à l'intérieur du véhicule.


Tony fit tourner le Cognac au fond de son verre.

Il s'était promis, et il avait promis à Steve de diminuer sa consommation.

Mais les évènements de la journée méritaient bien une entorse à cette promesse. En tous cas, c'est ce qu'il venait de décider à l'instant.

Il hésita quelques secondes avant d'avaler le contenu du verre d'un trait, et de se resservir. L'alcool réchauffa sa gorge et détendit légèrement ses muscles.

Les bruits d'eau cessèrent dans la salle de bains.

Le temps de se resservir une fois encore, et Loki entraient lentement dans la chambre ou l'attendait son sauveur.

Il avait repris conscience deux heures après leur arrivée à la tour. Tony l'avait jeté dans la salle de bain avec une pile de vêtements propres et faisait les cent pas en l'attendant.

L'arrivée du Jotun, dans un jean râpeux et un tee-shirt trop large acheva de mettre Tony mal à l'aise.

« Je suis encore en train de faire une connerie… »

Il lui désigna un club en cuir, et Loki s'y traîna.

Le voir ainsi, silencieux, déprimé et presque soumis, n'augurait rien de bon. Tony aurait préféré le trouver égal à lui-même : moqueur, dédaigneux et provocateur.

C'était peut-être l'un de ses tours ?

- Bon, magne-toi de me faire un topo détaillé, avant que je ne change d'avis et dise à ton frère de venir récupérer sa propriété.

Un froncement de sourcils désapprobateur lui répondit, mais rien de plus.

« Décidément, il n'est pas en forme. Si je n'avais pas tant envie de l'étrangler, je m'inquièterais.»

- Tout d'abord, il faut que je récupère des forces.

- Je ne te compte pas t'offrir des vacances dans ma tour.

Loki chassa la remarque d'un geste de la main. Ses doigts vinrent masser sa tempe douloureuse.

- Lorsque tu m'as vu, dans cette ferme en ruine… Je récupérais un puissant artefact. Les pierres des Nornes. Elles sont censées me rendre mes pouvoirs. Pour une raison que j'ignore, elles n'ont pas fonctionné, et j'ai juste eu l'énergie de me téléporter un peu plus loin. Ton ami rouge et noir n'a plus eu qu'à me cueillir…

Il grimaça à ce souvenir visiblement douloureux.

Tony s'approcha de lui et croisa les bras, dans une attitude de défi menaçante.

- Qu'est ce qui te fait croire que ton histoire m'intéresse ? Ce que je veux, c'est comprendre. Pourquoi moi ? C'est quoi ton délire avec les pièces d'échecs ? Qu'est-ce que tu me veux ?

- C'est toi qui me poursuis, rétorqua Loki, ses pupilles vertes animées d'un éclat mauvais. C'est toi qui es obsédé par moi.

Tony sentit ses mâchoires se crisper bien contre sa volonté. Il franchit la distance qui le séparait du Jotun et appuya ses mains sur les accoudoirs, dominant sa Némésis de toute son arrogante hauteur.

- Tu n'as plus que moi, mais je ne m'en souviens pas, susurra-t-il, reprenant à dessein les mots utilisés par Loki quelques heures plus tôt à peine.

Entendre ses propres paroles teintées d'autant d'amertume et de sarcasme déstabilisa l'Asgardien, qui prit sur lui pour n'en rien montrer. Les lèvres pincées, il conserva un silence obtus, détournant les yeux du regard pesant du Vengeur.

- Parle ou je te mets dehors. Mieux, je t'envoie à l'autre insupportable en noir et rouge. Frais de port offerts.

- C'est ça, le grand Iron-man ? Le héros que tout le monde aime ? Quelle déception.

La réplique, crachée avec hargne, n'améliora pas l'humeur de Tony.

- Parle.

- Si tu m'aides à me débarrasser de Nebula, je te confierais un moyen de retrouver tes souvenirs.

Tony s'accroupit en face du demi-dieu pour capter son attention.

- Je pourrais t'obliger à me dire la vérité.

Loki eut un sourire désabusé.

- Non. J'ai connu des siècles de tourments : rien de ce que ton cerveau pourrait inventer ne me forcerait à parler. Mais ce serait bien digne d'un héros, de torturer un ennemi en position de faiblesse.

Tony se mordit la langue et s'éloigna, crispé.

Un point pour Loki.

Il s'approcha de la grande baie vitrée. L'appel du Cognac était difficile à ignorer.

« L'aider contre Nebula. Après tout, c'est une ennemie des Vengeurs. Ça ne m'engage pas à grand-chose, à part peut-être débarrasser l'humanité d'une menace imminente. Et ça me permet de rester auprès de lui. Mieux vaut avoir ses adversaires à portée de main. Garde tes amis près de toi et tes ennemis plus près encore… »

- Quel est le programme ?

Comme il lui tournait le dos, il ne put distinguer le léger soulagement qui perça le masque impassible du demi-dieu.

- Il me faut quelques jours de répit. Je dois récupérer suffisamment de forces pour aller chercher des réponses. J'ai besoin de la magie des nornes. Malheureusement, les réponses ne se trouvent pas dans cette dimension.

Tony grinça des dents. Ses doigts attrapèrent machinalement une bouteille et un verre.

- Tu comptes donc rester ici plusieurs jours ?

Seul le silence lui répondit, lourd d'affirmation.


Le sommeil le fuyait.

Les lumières de la ville filtraient à travers les larges baies-vitrées, illuminant ses appartements.

Steve était venu le chercher : il avait poliment refusé sa compagnie, prétextant une migraine.

Il ne pourrait pas le fuir éternellement : demain, il lui faudrait noyer les soupçons et paraître devant ses collègues. La présence de Loki devait demeurer secrète.

Ils ne comprendraient pas.

« Comment pourraient-ils ? Moi-même, je ne suis pas sûr de comprendre… »

Il se tourna et se retourna entre ses draps.

Comprenant que l'insomnie ne le laisserait pas tranquille de sitôt, il quitta sa chambre. Dans l'obscurité, même ses appartements lui paraissaient étrangers. Une étagère en verre contenant divers souvenirs de missions projetait des ombres mouvantes sur le sol en marbre. Il se glissa dans le couloir cerné de peintures hors de prix achetées par Pepper lorsqu'elle travaillait encore pour Stark Industries.

Ses pas l'emmenèrent jusqu'au large canapé d'angle ou sommeillait le dieu moqueur.

Les mains croisées sur sa poitrine, droit et serein : on aurait pu le croire mort, sans le léger soulèvement de son torse à chacune de ses profondes respirations.

Tony l'étudia une longue minute durant, en proie à des sentiments pour le moins contradictoires.

Il voulait le tuer. Il voulait débarrasser la terre de sa présence, lui faire payer ses crimes, New York et les autres.

Il imagina un instant ses mains se refermer autour de la gorge gracile.

Ce serait si facile. Loki n'avait jamais été si faible, réduit à moins qu'un humain.

Et pourtant, conscient de cet état de faiblesse, il était venu à lui. Il dormait tranquillement dans son salon, dans son canapé, comme s'il ne risquait rien. Comme s'il était à l'abri…

Tony n'avait pas l'habitude de ressentir une telle violence. D'autant plus qu'elle se partageait avec l'étrange volonté de voir le Jotun guérir. De le retrouver lui-même, dans sa majestueuse puissance.

Pour pouvoir le battre à armes égales ?

Et dire qu'il ne suffisait que d'un geste, que d'une petite minute à empêcher l'oxygène d'alimenter ses poumons… Et alors, il aurait commis un déicide, et peut-être que le poids qui pesait sur ses épaules s'allégerait quelque peu.

Ses doigts avancèrent légèrement vers la gorge du dormeur.

Ils se stoppèrent à moins d'un centimètre de la peau frémissante. Quelques spasmes agitèrent les paupières du prince. Sa bouche se tordit et ses muscles se contractaient, comme prêts à un choc.

Tony serra le poing qui s'était approché du rêveur. Il le serra à s'en faire mal, ses ongles entaillant sa chair.

« Non. Je ne suis pas un tueur. Pas ce genre de tueur. Peu importe ce qu'il a fait de moi pendant ces deux mois, il ne m'a pas transformé en monstre. N'est-ce pas ? »

Mais ni sa conscience, ni sa mémoire ne trouvèrent quoique ce soit à dire pour le rassurer.


Merci de me lire, et merci pour tous vos retours, c'est très motivant. J'espère que le virage un peu plus sombre de cette suite ne vous dérange pas. Il faut bien les faire souffrir un peu, nos héros, car qui aime bien châtie bien, non ? :D

A très vite,

Laukaz.