Bonjour mes petits cobayes,
Tout d'abord un grand merci, vous êtes de plus en plus nombreux à suivre mes délires et à me laisser des petits mots, ce qui est très agréable !
J'espère que ce chapitre 7 ne vous fera pas regretter vos actions :D
Bonne lecture,
Laukaz
Chapitre 7 : Nornheim
Les deux premiers jours, l'activité du Jotun fut extrêmement réduite.
Pour être plus spécifique, il ne fit que dormir, vaguement recroquevillé sur le canapé.
Ces quarante-huit heures semblèrent durer une éternité pour Tony.
Il quittait peu sa chambre, soucieux de laisser un dieu de la ruse – peu importe qu'il fut mal en point- seul dans ses appartements.
Il eut donc tout le loisir de l'observer, de l'étudier, de le couvrir d'insultes mentales et de s'interroger.
Plus les heures s'étiraient, moins il trouvait de réponses plausibles à ses questions.
Le premier soir, Loki s'éveilla en sursaut, crispé et la peau couverte de sueur.
Tony, qui lisait les nouvelles sur son Starkphone, sursauta avant de le dévisager.
Son invité papillonna des yeux avant de s'allonger de nouveau.
- Tu devrais manger, grogna le milliardaire, pointant du menton le plateau installé sur la table basse en verre.
L'Asgardien refusa d'un hochement de tête, avant de s'abandonner de nouveau au sommeil.
Après avoir consulté trente fois le site du New York times, douze fois Sciencedaily et avoir complètement trié ses sept boîtes mails, il fut à cour d'occupations.
Steve vint frapper à sa porte plusieurs fois, inquiet. Tony prétexta une angine, doublée d'une flemme magistrale de quitter ses draps : on le laissa tranquille.
A l'aube du troisième jour, Loki parvint à s'extraire de son état semi-comateux.
Il se redressa précautionneusement pour s'asseoir sur le canapé.
- Ça va mieux ? s'enquit Tony, qui ne semblait plus capable de s'exprimer autrement qu'en grognant.
- Oui.
La voix encore hésitante ne convainquit personne : ni Tony, ni Loki lui-même.
Alors, le sorcier s'assit en tailleur, moins mal à l'aise dans ses vêtements de simple mortel que Tony ne l'aurait cru.
De nouveau, il ferma les yeux.
Mais cette fois-ci, il ne dormait pas.
L'ingénieur eut le temps de commander deux fois Thaïlandais avant que son hôte ne sorte de sa méditation.
Ses joues avaient repris de la couleur. Même si de lourds cernes pesaient encore sur ses pommettes, il paraissait plus vivant que mort.
C'était nouveau.
Alors, seulement, il consentit à se nourrir.
L'attente dévorait Tony. Une barbe de trois jours lui mangeait désormais les joues.
Il voulait poser des questions, mais ne souhaitait pas qu'une surcharge d'efforts ne propulse son invité de nouveau dans les bras de l'inconscience.
Quand le Jotun parvint enfin à se lever et faire quelque pas, Tony démarra aux quatre tours. Frustré par les cinq longs jours d'inactivité et d'angoisse, qu'il avait exclusivement passé à tourner et retourner les évènements au fond de son esprit, il ne perdit pas une seconde :
- C'est quoi la suite du programme ?
Loki le jaugea du regard. Le silence qui survint, perturbant, s'étira plusieurs secondes.
Toute l'arrogance, toute la malice qui habitaient le sorcier lors de sa tentative d'asservir la terre avaient disparu.
- C'est ça, la suite du programme, murmura-t-il.
Joignant le geste à la parole, il fourragea sous un coussin pour en sortir un sac de toile.
Il l'ouvrit délicatement, et trois pierres jaunâtres aux contours irréguliers tombèrent dans sa main ouverte.
- Voici les artefacts que j'étais venu récupérer, dans cette ferme. Les pierres des Nornes.
Tony haussa un sourcil déçu. En apparence, on aurait dit de simples cailloux ramassés au bord d'un chemin quelconque.
Et autre chose le décevait.
Pas de « stupide créature », pas de « mortel », pas de haussement de sourcil dédaigneux.
Il aurait voulu que Loki retrouve de sa superbe, de son sale caractère. Comme ça, il aurait pu le rembarrer sèchement. Ce calme résigné l'énervait plus encore que les sarcasmes habituels du prince.
- Génial. Des cailloux.
- Il s'agit d'artefact d'une grande puissance, corrigea le sorcier. Un simple contact avec ces pierres aurait dû me permettre de récupérer la majeure partie de mes facultés. Pourtant, rien de tel ne s'est produit.
- Ce ne serait pas la première fois que tu casses un de tes jouets.
Loki referma ses longs doigts autour des reliques. Les sourcils froncés, le doute ombrait son visage.
- Il me faudrait plusieurs mois de repos pour récupérer l'ensemble de ma puissance et de mes capacités magiques. Ces pierres étaient censées accélérer le processus. J'ai besoin d'elles.
Tony soupira a en fendre l'âme, affalé dans le canapé.
- Tu peux pas appeler le service après-vente ?
Loki ne releva pas le sarcasme.
- Il faut que je récupère suffisamment pour me rendre auprès de la personne qui m'a fourni ces objets à l'origine. Elle doit savoir de quoi il en retourne. Ensuite, une fois que je disposerais de toute ma force, nous pourrons nous attaquer au vrai problème.
- Et dans combien de temps tu pourras faire ça ?
La pointe d'impatience qui transparaissait dans la voix de l'ingénieur était à peine masquée. Pour s'occuper, il remplit un verre de jus d(orange – il prenait sur lui pour éviter le Cognac- et le porta à ses lèvres.
Loki reprit sa position de méditation, les paupières closes.
- Nous disons, un noyage inter-dimensionnel pour deux personnes, aller-retour, plus de quoi parer à une ou deux attaques… D'ici trois jours, je devrais en être capable.
Tony s'étouffa avec son jus de fruit et toussa une bonne minute. Les joues rouges et les yeux humides, il reposa le verre dans une mimique dégoûtée.
- Une minute, s'étrangla-t-il lorsqu'il retrouva l'usage de la parole. Tu veux dire que tu restes encore trois jours ici ? Ça ne va pas être possible !
Mais, déjà, le Jotun ne l'écoutait plus.
- Serait-il possible de couper la source de toute cette agitation ?
Un vague " va te faire voir" lui répondit : Loki interperéta cela comme un refus d'obtempérer.
Tony, assis derrière le bar d'acier chromé qui séparait sa chambre en deux, pilotait un drone nouvelle génération à l'aide de son Starkphone.
L'engin de mort émettait un vrombissement aigu qui venait de tirer Loki de sa concentration.
-'suis chez moi. 'fais ce que je veux.
Loki soupira, résigné. Impossible de méditer dans de telles conditions.
- Tu t'ennuies ?
- Bravo le génie. Ça va faire une semaine que je poireaute ici a te regarder dormir. C'est ça ou t'étrangler dans ton sommeil. Et crois-moi, j'ai longuement hésité.
L'esquisse d'un sourire ourla les lèvres du sorcier, qui prit l'humain en pitié.
- Soit. Si cela peut- te distraire et te rendre de meilleure compagnie, jouons aux échecs.
La grimace qui défigura le visage de l'ingénieur n'aurait pas été pire si on venait d'insulter sa famille au grand complet.
Le drone s'écrasa sans grâce sur la table basse. L'une des trois hélices fluorescentes s'empêtra dans une pile de magazine qui traînait là et se détacha du corps de l'appareil. Tony jeta négligemment son Starkphone sur le bar.
- Écoutes-moi bien mon gars, t'as pas l'air d'avoir compris la situation. Je ne suis pas ton pote, je ne suis pas ta baby-sitter, je ne suis rien d'autre qu'un de tes ennemis qui t'offre un minuscule sursis avant de te botter le cul. Que ce soit bien clair : toi et moi, on a jamais joué aux échecs, on ne joue pas aux échecs, et on ne jouera jamais aux échecs. Et maintenant, magne-toi de retrouver tes forces, qu'on avance.
La sécheresse de la réponse ne surprit qu'à moitié l'Asgardien, qui répondit d'une voix lointaine :
- Je peux t'assurer qu'au moins l'une de ses affirmations est fausse.
Tony le fusilla du regard, attendant une justification.
- C'est toi qui m'as appris à jouer, mortel. Tu étais certes dans un état d'ébriété fort avancé, mais tout de même.
Une moue d'incompréhension lui répondit. Tony, concentré, tentait de déterminer la véracité de cette information. Loki se mordit la langue. En avait-il trop dit ?
A son plus grand soulagement, Tony chassa la remarque d'un geste de la main.
- Si t'as le temps de dire des conneries, t'as le temps de reprendre des forces.
Loki soupira et se remit à la tâche.
Jamais il n'aurait pu imaginer vivre une situation aussi étrange que celle-ci.
Tony tomba à genoux au sol, une main sur la bouche pour tenter de maîtriser son malaise. Son estomac menaçait de lui faire subitement défaut.
Loki le regarda de haut, narquois.
- Me voilà rassuré, il y a certaines choses qui ne changent pas.
Une fois les papillons noirs disparus de la vision de l'ingénieur, il consentit à se mettre debout.
Le spectacle qui s'offrit à lui le fit chanceler. Les trois jours de plus qu'il avait sacrifié à attendre Loki se trouvaient récompensés par ce simple paysage.
La nuit englobait toute chose.
Des milliers d'étoiles luisaient dans un ciel sans commune mesure avec celui de la Terre.
A l'horizon, éclairées par la lueur des astres, se découpaient des montagnes bleues aux à-pics vertigineux. Leurs pieds foulaient une roche dure et blanche, couverte de poussière. Çà et là, d'immenses rochers perçaient le sol, le déchirant comme des dents monstrueuses.
Les premières secondes, Tony crut que Loki l'avait emmené sur la lune.
Il changea d'avis lorsqu'une créature violette, qui tenait du croisement hasardeux entre un iguane et un dinosaure miniature, feula dans leur direction. Plusieurs compagnons rejoignirent l'animal, agitant leurs crêtes d'épines dorsales dans un mouvement hypnotique.
Loki leva une main, et un globe gris vint envelopper les créatures, qui disparurent à son contact.
- Des démons mineurs, répondit Loki à la question muette de son collègue. Bienvenue à Nornheim.
- C'est encore loin ?
- Geindre ne te fera pas avancer plus vite, stupide créature.
Tony jeta un regard mauvais au demi-dieu, qui, selon toute évidence, retrouvait un peu de son sale caractère habituel.
- Tu ne pouvais pas nous téléporter directement au bon endroit?
- La téléportation n'est pas une science exacte, surtout lorsqu'on la pratique dans des endroits reculés comme celui-ci. Mais je ne vois pas pourquoi je m'ennuie à te répondre : qu'est-ce qu'un cerveau comme le tien pourrait comprendre à la subtilité de tels arts ?
Chaque minute que Tony passait en compagnie du Jotun lui faisait regretter d'avoir accepté ce marché.
Pourtant, le paysage méritait le détour.
Ils marchaient depuis de longues heures, en direction de l'une des montagnes ciselées découpée sur l'horizon.
Leur destination se trouvait bien avant cependant : Tony la découvrit d'une manière inattendue.
Ils contournaient depuis plus de deux heures un immense rocher dressé vers le ciel, comme un morceau de volcan posé là. C'est un regard du sorcier vers les hauteurs qui attira l'attention de son compagnon de route.
Il fut surprit d'apercevoir, sur le flanc de la roche mauve, une construction majestueuse suspendue à plus de cent mètres du sol.
Une magistrale volée de marches taillées à même la pierre permettait de rejoindre le château – car c'en était bien un.
D'immenses cubes de pierres jaunes, imbriqués les uns-aux autres, léchaient la paroi violette comme autant d'excroissances mutantes.
Des tours carrés, des donjons bruts et massifs, des corps de bâtiments larges et solides : l'ensemble composait une citadelle suspendue, imprenable et démesurée.
- Voici Nornkeep, commenta simplement Loki. Tiens-toi correctement devant la reine. Je ne voudrais pas que tu me couvres de ridicule.
Tony serra les poings au fond de ses poches.
Avec un peu de chance, une armée de démons-dragons leur tomberait dessus et dévorerait Loki.
Avec un peu de chance.
Voilà pour ce nouveau chapitre!
Les événements risquent de se précipiter au prochain, j'espère que vous êtes bien accrochés! :D
La bise,
Laukaz.
