Salut mes cobayes !
C'est depuis mon lit, avec 40 de fièvre et deux couvertures que je vous écris… Et oui, si vous doutiez qu'il soit possible d'attraper une angine en plein été : ne doutez plus !
Heureusement, les microbes ne sont pas transmissibles par écrans interposés… (J'espère pour vous !). Comme je suis un peu dans le pâté, il est possible qu'il reste des fautes dans ce chapitre, je vous prie de m'en excuser !
Bonne lecture !
Chapitre 14 : Sangsue et Entrevue.
On introduisit Tony dans une salle circulaire, située tout à l'avant du vaisseau.
Le poste de pilotage.
Une immense baie vitrée rectangulaire cerclait les lieux. Quatre postes de pilotage, constitués de fauteuils et de panneaux de contrôle lumineux occupaient une bonne partie de l'espace. A chacun des postes, un pirate manipulait divers leviers et boutons, dans un ronronnement continu rassurant.
A quatre endroits différents, plusieurs pirates se regroupaient autour de tables, probablement en réunion stratégique et organisationnelle.
Plus loin, une immense table en verre supportait un poids impressionnant de documents et d'objets : des manuscrits, des photographies, des badges, des composés électroniques et tout un joyeux capharnaüm s'entassait là.
Et, assise à côté d'une pile de livres, occupée à jongler avec un poignard, se trouvait Nebula.
Lorsque les yeux, noirs et perturbants, se posèrent sur Tony, il sentit une pression presque physique l'accabler.
Le poignard vola si vite qu'il n'aurait pu l'éviter, même si l'envie lui en avait pris.
La lame se ficha dans la porte derrière lui, deux centimètres au-dessus de sa tête.
-Tu as une minute. Abruti.
Le ton calme de Nebula contrastait avec son apparence.
Il se dégageait de sa silhouette bleue et athlétique moulée dans une combinaison de combat pourpre un magnétisme certain, renforcé par les plaques de métal incrustées à même sa boite crânienne.
« Elle est plutôt pas mal, si on aime le genre cyborg exotique… »
Ce constat déplacé disparut bien vite de l'esprit du milliardaire, alors que la garde rapprochée de Nebula avançait vers lui.
« Bordel je dis quoi moi ? »
Il choisit de jouer le tout pour le tout. Après tout, l'improvisation lui réussissait plutôt bien.
Et depuis quelques temps, il côtoyait un maître, en matière de mensonges…
Un genou à terre, une main sur le cœur, il énonça à vive allure :
- Je vous prie d'excuser mon retard. Je rentrais de la mission que vous m'avez confiée, lorsque j'ai eu des informations sur votre Némésis. J'ai fait un crochet pour aller vérifier. Malheureusement, la piste ne menait nulle part.
Un léger tic déforma le visage lisse de la petite fille de Thanos. Son ton n'était pas moins dur lorsqu'elle répondit.
- Ta mission était pourtant strictement prioritaire.
Tony se mordit les lèvres, en un faux signe de repentir. Il s'inclina plus bas encore.
- J'aurais aimé vous amener sa tête sur un plateau.
L'argument parut convaincre Nebula.
- C'est louable. Et ta mission ?
- Un franc succès, rétorqua Tony, sans avoir la moindre idée de ce en quoi consistait la tâche de Dane.
Une certaine excitation sembla parcourir la salle. Ceux qui travaillaient dans un recoin suspendirent leurs gestes pour prêter une oreille. Nebula elle-même se crispa légèrement. Elle descendit de son perchoir pour s'approcher de Tony, et lui ordonna de se relever dans un geste nerveux.
- Quand sera-t-elle prête ? demanda-t-elle, et sa voix trahissait une certaine émotion.
Il fallut une seconde à Tony pour prendre sa décision.
Il y avait huit gardes armés jusqu'aux dents dans cette pièce. Deux fois plus dehors. Nebula elle-même était une artiste martiale de premier ordre. Sans l'aide de Loki, et sans armure, il ne pouvait pas espérer l'emporter dans un affrontement direct.
C'était une occasion en or, mais trop risquées. Les probabilités de réussite passaient sous les deux pour-cent, et Tony, malgré ses nombreux défauts, n'était pas suicidaire.
Enfin, pas aujourd'hui en tout cas.
Il fallait qu'il se donne du temps. Créer un plan subtil, de meilleures circonstances. Peu importait la mission dont on parlait, il lui fallait suffisamment de temps pour retrouver Loki et mettre au point un plan d'action précis.
- Dans deux jours, répondit-il avec placidité.
Une certaine fébrilité s'empara des différents groupes de travail répartis dans la pièce. Nebula elle-même s'agita.
- Deux jours ? Mais c'est merveilleux !
Un de ses lieutenants s'approcha d'elle et lui serra l'épaule avec familiarité.
- Mais il faut que tu partes tout de suite…
Elle hocha la tête, en pleine réflexion.
- Oui. Il y a deux jours de voyage. Fais-moi affréter une navette, je décolle dans la minute. Et fichez-moi cet abruti dehors ! lança-t-elle, comme si elle venait juste de se souvenir de la présence de Tony.
Sans rien comprendre au théâtre qui se jouait ici, Tony fut brusquement conduit à la sortie et on claqua la porte derrière lui.
Il lui fallut une bonne minute à errer sans but dans les couloirs pour comprendre que Nebula venait de lui passer sous le nez.
Pour au moins quatre jours.
Loki n'allait pas être content.
- Est-ce une plaisanterie de mauvais goût, mortel ?
- Oui bah t'es malin, j'aurais bien aimé te voir à ma place ! T'aurais fait quoi, d'abord ?
- Je lui aurais transpercé le cœur de ma lance, voilà tout…
- « Gnia gnia gnia, transpercé le cœur de ma lance », le singea Tony avec humeur. On a dit qu'on ne la tuait pas !
Les deux hommes tournaient en rond dans le local où ils s'étaient retrouvés.
Une petite pièce accolée à l'habillement, pleine de draps, de combinaisons et de rideaux à la sobriété toute militaire.
- En tous cas, l'un de nous deux aura été efficace, souligna Loki en tendant une main, paume vers le ciel, à l'ingénieur.
Les petites araignées métalliques y reposaient sagement, clignotant d'une lumière verte de bon augure.
Une étude succincte du contenu de leur micro-processeur en apprit davantage aux deux intrus.
Tout d'abord, ils analysèrent un plan détaillé du vaisseau.
De nombreux étages s'entassaient, constitués de dortoirs, de salles d'entraînements, d'armureries et de bibliothèques.
De nombreux dossiers attirèrent l'œil de Tony.
Rien de détaillé, beaucoup d'administratifs. S'ils cherchaient des plans de conquête, ce n'était pas stocké dans les serveurs accessibles aux araignées. Mais ces renseignements pourraient leur être utiles…
- Voyons… « répartitions des dortoirs », « planning prévisionnel d'entraînement », « règlement intérieur »… la vache mais c'est une sacré organisation, ce vaisseau !
Loki, impatient, attira l'attention de son partenaire.
- Concentrons-nous. Que fait-on ? Suit-on Nebula ?
Tony répondit par la négative.
- On a quatre jours avant son retour. Ça nous permet de mettre au point un plan d'enfer.
- Dans l'optique ou notre réelle identité n'est pas découverte d'ici là…
- Ne soit pas pessimiste.
- Je ne….
Une sonnerie stridente résonna dans l'ensemble du bâtiment. Tony soupira.
- Si j'en crois le règlement intérieur, c'est l'heure du couvre-feu. On devra se contenter de ça pour ce soir, et lire la suite demain.
Il parcourut rapidement les lignes du fichier concernant les dortoirs.
- Apparemment, tu es au vert, et moi au rouge. On ferait mieux d'y aller.
Le regard que le Jotun fit peser sur lui à ce moment était indescriptible.
Il contenait toute la haine, tous les reproches et tout le désespoir du monde.
Loki, prince d'Asgard, dieu de la tromperie, sorcier de renom, membre de la Cabale, des Dieux Perdus, manipulateur des organisateurs des Actes de Vengeance ; ancien allié d'Amora, de Dormammu, des Géants du Froid, des Géants des Tempêtes, de Héla, de Lorelei, de Skurge, de Karnilla, de Tyr, employeur d'Igron, créateur de l'Homme-Absorbant et bien d'autres : tenu de partager sa chambre avec de stupides créatures. Il lui faudrait du temps pour s'en remettre.
La situation ne s'arrangea pas lorsque le demi-dieu laissa son allié devant une porte bariolée de vert, avant de s'engouffrer dans la pièce.
Il faillit tourner de l'œil.
Un carrelage de mauvais goût, une enfilade de lits superposés qu'il doutait capables de soutenir son poids, et, le pire, un amoncellement de Krees et d'humains bruyants, inélégants et vulgaires.
Il fut tenté, l'espace d'une longue minute, d'en appeler aux forces surnaturelles pour se débarrasser de ce mauvais moment.
Mais il fallait voir plus loin.
Il caressa distraitement la gemme verte logée au fond de sa poche.
Ce contact le réconforta.
Dans l'un des mondes immatériels crées par la gemme d'infini gisait Thanos, l'un de ses pires ennemis. L'avoir en permanence à portée de mains était pour le moins jouissif.
Il reconnut le format des numéros placés à la tête des lits : le même que ceux inscrits sur le badge de Ra.
Il gagna donc, la mort dans l'âme, la tête basse et évitant le moindre contact visuel, le mètre carré qui lui était alloué.
Et il pria qu'on le laisse tranquille.
En vain.
A peine s'asseyait-il contre la tête de lit, une masse imposante s'écroulait à ses côtés.
Un humain.
Un répugnant humain, grand sourire plaqué sur le visage, une grosse paluche lui tapant l'épaule.
Cette familiarité le révulsa.
- Alors mon pote, c'était comment ?
- Bien, répondit Loki, prenant sur lui pour adresser la parole à cette fourmi plus hideuse que les autres.
- T'as pas l'air dans ton assiette… Tu commences par quoi demain ?
C'était une excellente question. Que faisaient exactement les pirates, sur ce vaisseau ?
- Pas la moindre idée, répondit-il, flegmatique.
Le nouveau venu l'observa silencieusement.
- Eh ben… Ta légendaire maniaquerie et ton organisation du diable prennent un coup !
- C'est la fatigue…
Le nouveau venu leva les yeux au ciel. Il se saisit du badge de Ra déposé négligemment sur les draps. Il se pencha sur le côté du lit et le glissa dans un lecteur que Loki n'avait pas encore aperçu.
Une sphère holographique s'éleva.
Son contenu ressemblait fort à un emploi du temps.
- Eh ben voilà… Prise d'otage, techniques de négociation et biochimie. On sera ensemble pour le premier !
« Quelle malchance… Biochimie ? Comment cela, biochimie ? Mais que se passe-t-il vraiment ici ? ».
Une furie bleue et rousse se jeta sur lui, l'empêchant d'essayer d'en apprendre davantage.
Voyant deux lèvres pleines et affamées se ruer vers lui, le sorcier eut un mouvement de recul instinctif, saisissant les bras de l'intruse pour la retenir.
Cette dernière l'observa étrangement, un sourcil haussé et la colère prête à poindre.
- Qu'est ce qui te prend ?
Le cerveau de Loki ne fit qu'un tour.
Alors comme ça, Ra avait une petite amie.
Il fit ce qu'il faisait de mieux : il mentit. Et avec élégance.
C'est d'une voix émue, doublée d'un regard romantique, qu'il répondit :
- Laisse-moi te regarder une minute… Tu m'as tellement manqué.
Sa prise sur les poignets s'adoucit. La remarque détendit les épaules de la jeune kree dont il ignorait même le nom.
Il l'attira vers lui pour la serrer dans ses bras, alors que le gros humain à côté de lui pouffait de rire.
- Bon ben je vais vous laisser les gars, vous devez avoir des choses à faire... Ra, on se voit demain !
- Oui oui…
« Comment ça, des choses à faire ? Certainement pas !»
La nouvelle venue se blottit près de lui, et commença à l'abreuver de questions et de paroles. Loki comprit très vite à quel genre de pipelette il avait affaire.
Autour d'eux, personne ne semblait intéressé par ce spectacle. Peu à peu, les pirates du dortoir rejoignirent leur lit, et le silence finit par tomber, entrecoupé par les nombreux chuchotements de Okaï – il avait appris son nom au fur et à mesure de la discussion à sens unique.
Entre deux histoires inintéressantes, qui n'avaient même pas l'utilité de lui révéler des informations utiles sur cet endroit ou Nebula, Loki sentit une main venir se promener sur son torse.
Devinant très rapidement les intentions de la jeune femme, il murmura :
- Pas ce soir. Je suis épuisé.
Dans l'obscurité silencieuse, il devina l'air surpris d'Okaï, mais la jeune femme n'ajouta rien. Un léger soupir la traversa, alors qu'elle se calait dans ses bras pour dormir.
- D'accord pour cette fois. Mais demain, 12h30, dans la salle désaffectée du troisième. Et t'as pas intérêt à te défiler !
Ce projet avait tout pour donner la nausée au demi-dieu, qui ne répondit pas. La conversation prit fin ainsi.
Avoir une sangsue dans les bras était extrêmement inconfortable.
A peine la jeune fille endormie, Loki décida de passer ses nerfs sur quelqu'un.
C'est donc un cri télépathique qui tira Tony du sommeil où il venait de trouver refuge quelques minutes à peine auparavant.
- Monsieur Stark , je vais vous tuer. Votre plan vous vaudra une mort lente et douloureuse.
- On en est revenu au stade ou on se vouvoie ? lui répondit la voix de Tony. Je ne savais pas qu'on pouvait parler comme ça, c'est plutôt pratique. Il faudrait poser un brevet…
Ses pensées, encore confuses et teintées de sommeil, s'organisaient peu à peu.
- Pourquoi tu me réveilles, le gothique ?
L'intéressé lui envoya une image mentale de la situation.
La télépathie, outre l'intérêt très évident de permettre à deux personnes éloignées de communiquer, facilitait énormément la compréhension.
En plus des mots, il était facile de transmettre des ressentis, des émotions, des souvenirs. En quelques fractions de secondes, Tony découvrit le contenu de la soirée de son allié.
- Rude… Enfin ça va, elle pourrait être plus moche, ne te plains pas !
- Peut-être que tu choisis tes partenaires en te fixant sur des éléments aussi futiles que leur apparence physique, mais c'est loin d'être mon cas !
- Ben sur quoi alors, leur capacité à conquérir un monde ?
- Sur quelque chose dont tu es dépourvu, mortel : un intellect ! Quel est le programme de demain ?
- Ne pas se faire remarquer. Découvrir ce que Nebula est partie chercher. Nous préparer pour son retour.
Loki marqua un temps de réflexion. Il devina les intentions de Tony à travers le lien télépathique.
- Tu penses utiliser les nanomasques ?
- Ce sont nos meilleures armes… On met HS un des lieutenants qui a accès au poste de pilotage, on lui vole son identité et on va fouiner un peu là-bas. Je suis sûr qu'il y a toutes les informations nécessaires.
- Et sinon, Monsieur le Génie, une idée de comment se débarrasser de cette sangsue ?
Tony ressentait étrangement le dégoût de Loki envers cette femme, son malaise et même jusque le poids qui pesait sur ses bras.
Il compatit.
- Jette là par-dessus bord.
- Non, ceci est le sort que je TE réserve, mortel. Je pourrais la tuer, là, maintenant. Cela ressemblerait à un simple arrêt cardiaque, et…
- Ça suffit, qu'est-ce qu'on a dit avec le fait de tuer des gens ?! C'est une vraie manie !
- Dixit un vendeur d'armes !
- Repenti !
La nuit s'étira ainsi, mélange houleux de sarcasmes, d'ébauches de plans et d'hypothèses.
Une certaine satisfaction étreignait le Jotun.
Visiblement, Tony avait mis de côté son ressentiment et son mépris. Bien sûr, on était loin de la relation qu'ils avaient pu partager l'année précédente, mais c'était un début.
Le milliardaire paraissait moins obsédé par l'idée de recouvrer la mémoire. De toute évidence, il s'agissait toujours de son objectif premier, et il ne le perdait pas de vue. Mais son attitude, d'auto-destructrice, devenait stable et réfléchie.
Loki masqua de son esprit la légère amertume que lui évoquait le souvenir de leur temps passé ensemble. Inutile que Tony le découvre par le lien télépathique.
Les temps changent, et on ne refait pas le passé. Leur rapprochement n'avait été qu'une improbabilité sur le chemin de la vie, un éphémère moment qui n'aurait jamais dû exister. L'un comme l'autre, mais pour des raisons différentes, ils étaient passés à autre chose.
Maintenant, il fallait avancer.
Lorsqu'une sonnerie servant de réveil retentit le lendemain matin, ils n'avaient pas cessés de converser.
Aucun des deux n'avait dormi.
Et la journée promettait d'être longue…
Voilà pour vous mes cobayes…
Merci pour votre soutien constant, c'est super motivant ! On est sur des chapitres au rythme un peu plus lent que d'habitude, j'en suis bien consciente. J'ai envie de prendre mon temps, ce serait dommage de précipiter les choses =D
A très vite,
Laukaz.
