Coucou mes lapins.

Ça va toujours ?

Voici la suite de cette aventure. J'espère que ça va vous plaire.

Bonne lecture,

Laukaz


Chapitre 17 : De l'autre côté du miroir


Steve raya distraitement l'esquisse qu'il griffonnait sur un coin de journal.

Le papier se déchira un peu. Natasha, de l'autre côté de sa tasse de café, l'interrogea :

- Tu t'inquiètes ?

- Je ne sais pas. Il m'a dit qu'il allait régler cette histoire lui-même, et que je devais le laisser tranquille.

- Et c'est ce que tu vas faire ?

Steve hésita avant de répondre. Il pointa du menton les ouvriers qui travaillaient avec acharnement autour d'eux.

Le passage de Wade Wilson avait laissé des traces dans l'ensemble de la tour. Les travaux avançaient rapidement, sous la direction vigilante des Vengeurs demeurés là.

- Quand je le laisse gérer quelque chose, ça aboutit à la destruction. J'ai envie de le lui faire confiance, mais sans nouvelles depuis deux semaines, je t'avoue que je commence à m'inquiéter…

Natasha approuva la justesse du propos et s'étira paresseusement, avant de se resservir une tasse de café.

- Je peux me renseigner, si tu veux.

Steve la remercia d'un sourire.

Oui, il serait plus tranquille ainsi.


Les heures s'étirèrent, lentes et pernicieuses, emplies de silence et d'angoisses muettes.

La présence continuelle de gardes devant leur cellule empêchait les deux détenus de converser à voix haute.

Loki avait bien cherché à joindre l'esprit du milliardaire par télépathie, mais celui-ci demeurait obstinément silencieux.

Comme il ne voulait pas s'imposer d'une manière fort peu élégante dans le cerveau de son compagnon, Loki renonça à la praticité de la télépathie. Et pourtant, il fallait qu'ils parlent. Qu'ils mettent au point un plan prenant en compte leur situation imprévue.

- Que feront-nous, quand elle revient ?

- Vous allez dérouiller, répondit en écho une voix sourde de l'autre côté du mur.

Les gardes pouffèrent. Loki prit sur lui pour ne pas arracher la porte de celle geôle et leur faire avaler leurs langues.

- Tu te démerdes, rétorqua Tony, un éclat furieux au fond des pupilles. Tu m'as emmené là-dedans, tu te démerdes.

- Je la tue, donc ? répondit le Jotun hautain.

- Oui, et t'en profites pour lui demander d'augmenter notre solde !

De nouveau, des rires gras. Insupportables.

Loki inspira profondément.

Rester maître de soi.

Devant le silence persistant de Tony, il abandonna, dans un rictus :

-Qu'il en soit ainsi alors.

- Pourquoi tu m'as embarqué là-dedans ? Le harangua brusquement Tony, comme s'il n'avait jamais écouté la première partie de la discussion.

- J'avais besoin de ton aide, gronda Loki, pour qui rappeler cet état de fait était douloureux.

- Oui, pour que les mercenaires te lâchent la grappe. Mais après ? T'es grand. T'aurais pu te débrouiller tout seul !

L'intéressé ne répondit pas.

Il faut dire que l'argument n'était pas tout à fait faux.

- C'était quoi, un piège ? Pour qu'on se retrouve coincés ici ? A quel moment je découvre que tu as encore menti, et que l'objectif réel ne va pas me plaire ?

Loki n'y tient plus. Ignorant les rires gras qui accompagnaient leur échange, il força un passage télépathique vers l'esprit de son compagnon.

- « L'objectif réel, stupide mortel, c'était de t'avoir près de moi. »

- « Pour me tuer ? Me torturer ? T'avais pas besoin de ça, t'y arrivais déjà très bien à distance ! »

- « Stupide ! »

- « Pour quoi, alors ? »

- « Parce que j'aime ça ! »

L'incongruité de cette remarque cloua le bec de l'ingénieur.

Il n'eut pas le temps de comprendre exactement ce que Loki essayait de lui dire un fracas attira leur attention à quelques mètres de là.

Un pirate gigantesque armé d'une matraque impressionnante se montra à eux, les dominant de sa stature de géant.

- Emmenez-moi ça au poste de commandement ! tonna-t-il, alors que les gardiens de la cellule se pressaient à ses pieds comme autant de chiots enamourés.

On les releva, on les saisit brusquement, par les épaules, les avant-bras, on les poussa dans le dos jusqu'à les extraire de la geôle, des cercles d'acier passés autour des poignets.

Loki se mordait l'intérieur des joues pour ne pas les envoyer d'un geste s'encastrer dans les murs attenants. Sentir sur sa personne les doigts indignes de ces créatures abominables le révulsait. Il se promit de leur faire regretter cette humiliation.

On les promena à travers tout l'étage, sous les regards accusateurs, parfois amusés des pirates qui déambulaient dans les couloirs.

Finalement, ils furent projetés dans la salle des commandes sans douceur, accompagnés de la montagne de muscle qui devait servir d'officier.

Bien entendu, Nebula, assise nonchalamment sur l'un des bureaux de verre, les attendait.

Elle semblait d'un calme Olympien. Bien plus inquiétant qu'une démonstration de colère.

- Bon, alors. Vous êtes qui ?

Loki tenta un regard vers son complice, qui l'ignora royalement.

« Tu veux jouer à ça ? Très bien. On va jouer à ça. »

D'un coup d'épaule, Loki se libéra de l'emprise du soldat qui le maintenait en place. Il écarta les mains et, comme si elles avaient été faites de papier, les menottes cédèrent, se brisant en mille morceaux de métal qui tintèrent au sol.

Les pirates firent un geste pour se jeter sur lui : Nebula les retint d'une main levée en l'air.

- Qui es-tu ?

D'un geste théâtral, Loki retira le nano-masque qui couvrait son visage, dévoilant sa véritable identité. Au même moment, sa peau bleutée de Kree fondit, ses vêtements disparurent, remplacés par sa parure d'Asgardien, d'or et d'émeraude. Les épaules droites, le regard fier, drapé d'arrogance, il était de nouveau lui-même.

Tony avait esquissé un pas vers lui pour l'en empêcher : trop tard. Retenu par ses geôliers, il n'avait pu empêcher le désastre.

Nebula se redressa souplement pour s'approcher du sorcier, félin à l'aguet.

- Je t'ai cherché tout ce temps, et finalement, c'est toi qui a la politesse de te présenter à moi ? susurra-t-elle.

Un accent de colère planait dans son ton mesuré.

- Et l'autre ?

- Tony Stark.

Le milliardaire jura. Un pirate tenta de lui arracher le nano-masque, sans succès. On lui libéra les mains juste à peine pour qu'il se débarrasse du subterfuge et révèle son visage. L'un des officiers gratta légèrement la peau des mains de Tony pour mettre à jour l'artifice : de la peinture acrylique.

Nebula reporta son attention vers lui.

- Je ne vous interrogerai pas, Monsieur Stark, sur la profondeur des relations que vous entretenez avec celui qui a failli détruire Manhattan. Vos alliés, sur Terre, le feront probablement très bien à votre retour. Y'a-t-il encore la peine de mort, dans l'état ou vous résidez ?

- Non. Mais rassurez-vous, je m'arrangerais pour que vous soyez enfermée dans deux mètres carrés toute votre vie.

Nebula rit.

Un rire plutôt agréable à l'oreille, franc et cristallin. Elle lui tapota gentiment l'épaule.

- Bien sûr.

Son attention se reporta de nouveau sur Loki.

La pièce maîtresse. Celui qu'elle avait traqué sans relâche des mois durant.

- Je peux savoir par quel processus de réflexion stupide votre duo a décidé qu'il serait judicieux de venir sur mon territoire ?

- Que comptes-tu faire de la pierre d'infini ? Rétorqua Loki, prenant la jeune femme par surprise.

Elle allait le rembarrer sèchement, mais il poursuivit, l'empêchant de parler :

- Je connais son emplacement. Peut-être pourrions-nous nous entendre ?

La surprise défigura les traits de Tony. Il voulut se jeter sur le sorcier, lui coller un bon coup de poing dans le nez, le frapper jusqu'à réussir à le faire taire.

Alors c'était ça, la vérité ? L'objectif réel de Loki ? Une alliance ?

- Je ne te crois pas, répondit simplement Nebula, ignorant parfaitement Tony qui se débattait comme un beau diable tout en insultant son partenaire de tous les noms.

Un sourire carnassier s'étira sur les lèvres du Jotun. Sa main plongea entre les plis de sa cape pour en extraire le joyau et l'élever dans la lumière.

Une seconde de surprise figea l'assemblée.

- Saisissez la ! ordonna Nebula, fébrile.

Plusieurs officiers se dirigèrent d'un pas entendu vers Loki. Un cercle de puissance les repoussa brutalement, les envoyant voler à travers la pièce.

- T-t-t, un peu de patience chère amie…

Loki jouait avec la pierre, la faisant rouler entre ses doigts, amusé de la rage non contenue qui animait son ennemie.

Deux pirates tentèrent à nouveau leur chance, mais ne parvinrent pas à s'approcher à moins de trois mètres du sorcier.

- Je ne laisserais jamais ces créatures indignes s'approcher d'un tel bijou, énonça-t-il calmement. Explique moi quel est ton objectif, et, peut-être que nous pourrions nous entendre…

Être ainsi à la merci d'autrui n'était pas dans son habitude. Nebula grinça des dents, les poings serrés de rage contenue.

- Pourquoi est-ce que j'ai cherché à te tuer, d'après toi ?

- Par vengeance, car j'ai débarrassé cette terre de Thanos, ton père ?

Cette information percuta Tony de plein fouet. Loki, se débarrasser du titan fou ?

- Pas tout à fait. Tu me l'as volé. Il était à moi ! Sa mort devait m'appartenir !

Le sujet lui tenait visiblement à cœur. Tremblante, les lèvres pincées, elle faisait les cent pas au cœur du poste de pilotage, fusillant Loki du regard à chaque occasion.

- Après tout ce qu'il m'a fait. Je planifiai sa mort depuis si longtemps. Et tu me l'as volé. Vous me l'avez volé, corrigea-t-elle en perforant Tony de ses prunelles grises.

Une nouvelle information au rang de celles qui figèrent Tony.

Lui. Et Tony. Détruisant Thanos.

Un mal de crâne phénoménal lui rongeait les tempes.

La douleur s'accentuait lorsque ses yeux se posaient sur l'éclat fascinant de la gemme d'infini. Elle l'attirait comme un aimant, mais sa proximité lui était douloureuse.

Il ne parvenait pas détacher son attention de la pierre.

- Approche, murmura Loki à l'attention de Nebula.

L'intéressée le jaugea du regard. Il l'encouragea d'un signe de la main.

Lentement, elle combla la distance qui les séparait.

- Thanos est ici. Enfermé dans l'un des mondes merveilleux de l'esprit.

- Laisse-moi le rejoindre. Et le tuer.

- C'est un aller sans retour. Il n'y a pas de porte de sortie. Une fois piégée dans les mondes merveilleux de l'esprit, tu n'en sortiras plus. Jamais.

- Peu m'importe.

Quelques secondes d'un regard silencieux scellèrent l'accord tacite.

Nebula s'approcha davantage, les doigts tendus vers l'objet de puissance dont l'aura forcissait à chaque instant.

Un sentiment d'urgence étreignit Tony.

Il fallait qu'il s'approche, lui aussi. Sans savoir pourquoi, il le fallait.

Un vrombissement se fit entendre, suspendant l'instant. Les officiers, surpris, scrutaient l'ensemble du poste de commande pour déterminer l'origine du bruit.

La réponse les percuta de plein fouet.

L'armure préhensile à propulsion autonome, Mark 42, fit une entrée fracassante. Ce n'était rien de le dire, puisqu'elle explosa la porte d'entrée avant de fondre sur son propriétaire pour le recouvrir de sa gangue protectrice.

Elle avait bien voyagé, depuis la mallette grise dissimulée dans un placard lors de leur arrivée sur Sanctuaire. Tony l'avait activé en découvrant Nebula dans la pièce.

Enfin équipé, l'ingénieur repoussa les pirates qui le maintenaient immobile d'un geste.

La montagne de muscle se dressait sur son chemin : elle fit la rencontre douloureuse d'un poing de fer doublé d'un multiplicateur de force et s'écroula dans un gargouillement peu engageant.

Face à lui, Tony assista, impuissant, au contact de Nebula et de la gemme de l'esprit.

Les pupilles dilatées, la bouche ouverte en une moue de béatitude, transfigurée par le pouvoir de l'artefact, la jeune femme se décomposait de l'intérieur.

Un miroir vert et liquide s'éleva dans la pièce, écumant et source de sons stridents. Ses bords flous et rutilants aveuglèrent tous les spectateurs. Des flots de conscience, des souvenirs, des lieux mythiques : un maelstrom d'émotion émanait du portail.

Tony crut perdre la raison.

Des milliers d'images défilèrent derrière ses paupières en l'espace d'une seconde. Des souvenirs dont la netteté garantissait l'authenticité.

Devant lui, Nebula disparut, aspirée par la porte du néant. L'aura verte balaya la salle, mettant les hommes à genoux, morts sur le coup.

Tous, sauf Loki, qui tenait encore la pierre en main, et Tony.

Tony, insensible aux effets de la pierre.

Insensible grâce au réacteur ark niché dans sa poitrine.

Ce fut le point de départ. Comme l'eau se transforme en glace à partir d'un seul cristal, ce simple souvenir en enclencha une myriade d'autres, avalanche spirituelle dévastatrice.

Il se souvint.

De tout.

Chaque détail, chaque mot, chaque lieu. Les odeurs, les sons, les sensations. Toutes les sensations.

Il se souvint, et un mélange de chagrin et de rancœur l'envahit, comprimant sa gorge, amenant des larmes au bord de ces cils. Des élans contradictoires l'envahirent. Il les repoussa tous, incapables d'analyser froidement la situation.

C'était impossible.

Le regard de Loki croisa le sien.

C'était impossible. Ou bien l'était-ce ?

Il lui avait menti. Il lui avait caché tout ceci. Il l'avait manipulé.

Il fit un pas vers le Jotun.

Le sorcier, les yeux dilatés de stupéfaction, comprit un peu tard l'évènement auquel il assistait.

La puissance de la pierre avait fait sauter le verrou sur la mémoire de l'humain, et lui rendait un plein accès aux souvenirs de leurs aventures.

Il lut les reproches, la peine et la colère chez l'ingénieur.

Il n'était pas prêt pour une confrontation. Il n'était pas prêt à faire face aux reproches. Il n'était tout simplement pas prêt à avoir cette discussion, à subir la colère de l'humain.

Un sentiment rare le traversa.

La peur.

Il n'était pas prêt à se battre contre Tony.

Ses yeux se fixèrent sur la gemme d'infini, sur le portail qui l'aveuglait presque.

La solution de facilité.

Sans plus réfléchir, il franchit la distance qui le séparait du miroir, et se laissa fondre au cœur du néant.

Tony, en proie à des centaines de sentiments opposés, assista impuissant à la disparition du demi-dieu à la suite de Nebula.

Son sang ne fit qu'un tour, il prit sa décision immédiatement, repoussant au fond de lui les cascades d'émotions nées de cette révélation.

Tant pis, s'il s'agissait là d'un aller sans retour. Tant pis s'il devait passer la fin de son existence à le traquer au cœur d'un monde spirituel.

Mais Loki ne s'en tirerait pas comme ça.

Il le trouverait, et il le forcerait à s'expliquer.

Il se jeta en direction du portail dont les bords se rétractaient déjà, attestant de sa faiblesse.

Il percuta la surface noire et liquide.

Tout disparut.

Dans le poste de commande, il ne restait plus qu'une pierre verte gisant sur un sol jonché de cadavres.


Voilà pour vous mes choupinous. Ça vous convient ?

Dites-moi tout !

La bise,

Laukaz