Salut mes lapins. J'espère que vous allez bien.

Pour ce nouveau chapitre, je n'ai rien de dire à plus que ce que le titre raconte :p

Bonne lecture !


Chapitre 20 : Retrouvailles.


Tony ferma les yeux, en attente du choc.

Mais le choc ne vint pas.

Cette fois, pourtant, il ne n'espérait pas s'en sortir. Il avait abattu un second colosse, quelques heures plus tôt. La fatigue menaçait de le submerger, et Malthael partageait cette lassitude. Un épais brouillard recouvrait désormais le terrain de jeu et il leur était impossible de voler. Ils marchaient donc, côté à côté, depuis des lustres. Ils s'arrêtaient parfois pour dormir, quelques heures à peine, avant de repartir.

Ils avaient rejoint la case souhaitée, la case de départ du cavalier noir. Il s'y trouvait un kiosque, et sous le kiosque, une table et deux chaises, et sur la table, deux tasses de thé. A moitié vides.

Tony sût immédiatement la direction à prendre.

L'instinct, peut-être. Ou peut-être était-ce une caractéristique de cet endroit, sorti tout droit de son cerveau tourmenté.

Toujours est-il qu'il était persuadé d'être sur la piste de Loki lorsque la silhouette du troisième colosse se découpa face à lui.

Il ne l'avait pas aperçu plus tôt, à cause de la brume épaisse, qui étouffait toute chose de son voile blanc et humide.

Déprimant.

La surprise acheva de le figer. Il porta la main vers le fourreau de sa lame, conscient qu'il était trop tard.

Le colosse leva le bras pour lui porter le coup fatal, mais celui-ci ne vint pas.

A la place, Tony entendit un bruit qu'il aurait pu reconnaître entre mille, et pour une bonne raison. Le son d'un choc sur du vibranium. Le son exact qui l'avait accompagné chaque jour, alors qu'il développait un bouclier pour Steve.

Et, de fait, lorsqu'il ouvrit les yeux, Steve se tenait devant lui, le bras levé en signe de protection, l'épée du colosse stoppée par son bouclier. A ce contact, l'arme de l'ennemi se teinta de blanc et implosa en un millier de particules. Comme une gangrène, le bras immense fut contaminé à son tour, bientôt suivi par tout le corps de fer. En une seconde, le monstre s'évanouissait dans les airs, les particules blanches emportées par le vent.

Steve fit face à Tony, les paupières papillonnantes.

- Stark ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Enfin plutôt, qu'est-ce que je fais ici ? Non, pour être exact… C'est quoi, « ici » ? Et pourquoi je ressemble à un fantôme ?

La célèbre combinaison du patriote avait été délavée à l'extrême. Parfaitement blanche, ainsi que son bouclier seulement percé de son étoile. Noire.

Tony peina à accepter la réalité des faits, jusqu'à ce que Steve s'avance vers lui pour l'étreindre avec force.

- Je rêve, je crois. Tu n'es qu'un rêve, une création de mon esprit. En tous cas, tu es un allié. Un protecteur. Une tour, peut-être ?

Steve consentit à relâcher son étreinte, et dévisagea un moment l'ingénieur.

- Je ne comprends pas tout. Est-ce encore une de tes expériences, je ne sais quelle réalité augmentée ou toute autre diablerie ? En rapport avec les internets ?

Tony marqua un temps d'hésitation.

Ce capitaine-là sonnait vraiment trop comme le vrai Capitaine pour n'être qu'une création de son esprit.

Comme en réponse à cette pensée, Steve poursuivit.

- Et je ne sais pas, mon ami, je ne me sens pas comme un rêve. Je me sens… Vivant. Je me souviens m'être assoupi dans le canapé, devant cet épisode de cette série compliquée que tu m'as fait découvrir...

Il palpait ses muscles, la peau de son visage, pour vérifier que tout ceci était bien réel. Tony eut un pincement au cœur.

- Je n'espère pas mon pote. Si on meurt ici, on meurt dans la vraie vie.

- … Comme tout le temps, non ? Mourir c'est mourir, rien de nouveau.

- Je veux dire… Ici, c'est dangereux. On a de grandes chances de mourir.

Steve lui répondit d'un sourire éclatant, avant de ranger le bouclier dans son dos.

- Ouais. Comme chez nous, à Manhattan. Comme à la maison.

Il n'avait pas tort.

- Bon. Tu me fais un petit topo ?

Tony ne savait pas par ou commencer. Il décida de passer sous silence ses souvenirs fraîchement retrouvés, et se contenta d'expliquer à son allié les évènements les plus récents. Ensemble, ils prirent la direction de l'immense montagne qui trônait à quatre cases de là. Tony l'avait vue, avant que ce brouillard ne tombe.

Et Loki était là-bas. Il le savait.


L'ascension s'éternisait. Les nappes de brouillard s'enchevêtraient les unes aux autres, détrempant leurs vêtements d'une humidité glacée.

Ils ne voyaient pas à plus d'un pas devant eux. Plusieurs fois, Tony tendit la main, comme pour essayer de capturer cette brume qui lui filait entre les doigts.

Sans succès.

Puis, graduellement, alors que la souffrance irradiait de leurs muscles malmenés, le voile blanc s'éclaircit.

Moins dense, constitué de volutes légères qui s'effilochaient à leurs côtés.

Bientôt, ils furent au-dessus du brouillard.

« Le brouillard, c'est comme les nuages. Au-dessus, il y a toujours le soleil, qui brille quelque part… »

Et puis, brusquement, le ciel d'un bleu presque chimique.

Tony marqua un temps d'arrêt, une main appuyée sur un point de côté qui lui mangeait le bas du ventre.

Steve le rejoignit et ils observèrent émerveillés, le spectacle dévoilé soudainement.

Ils surplombaient maintenant l'épais manteau cotonneux.

Face à eux, une vallée profonde s'offrait au regard, parsemée de forêts de feuillus. Les arbres se paraient de rouge, d'orange et de jaune, les couleurs éclatantes d'un automne improbable, sublimées par la lumière chaude du soleil déclinant. Au fond de la vallée ruisselait un mince cours d'eau, encadré par des hêtres au feuillage d'or, des chênes d'ambre et des érables rouge comme des rubis. Leurs souffles rapides formaient une légère buée dans l'air frais.

Après avoir traversé l'immense contrée déserte, vierge de tout être vivant, découvrir ainsi ce lieu enchanteur avait quelque chose de doux et d'apaisant.

Le plus surprenant demeurait l'herbe. Un tapis fraîchement né, qui remplaçait désormais la pierre sous leurs pieds.

Tony devina la main de Steve qui serrait affectueusement son épaule. Sans un mot, ils se remirent en route.

En levant les yeux, ils aperçurent leur objectif désormais visible, bien plus proche qu'escompté.

Le sommet. A quelques centaines de mètres, à peine.

La douce euphorie que venait de ressentir Tony s'évapora comme neige au soleil.

Au-dessus d'eux, sur le point d'atteindre le sommet, deux silhouettes s'étaient retournées et étudiaient leur ascension.

Deux silhouettes qu'il identifia sans peine.

L'instant s'étira, sans qu'aucun des quatre protagonistes n'ose le moindre mouvement.

Steve prit la décision pour tous.

- Bon. Ben voilà. Ils sont en noir, on est en blanc : je crois que l'affrontement est inévitable. Allons-y, Tony.

Soudain, les jambes de l'ingénieur lui parurent bien lourdes. Mécaniquement, il emboîta le pas à son allié, ses yeux ne parvenant pas à se détacher du visage de Loki, grave et impassible.

Et à chaque pas qui le rapprochait de son ennemi, sa colère se fissurait, fuyait pas tous les pores de sa peau. les mots qu'il avait prémâchés des heures durant, répétés jusqu'à les connaître par cœur, l'abandonnaient sans crier gare.

Lorsqu'il se trouva à moins d'un mètre, droit dans le silence, disséqué par les yeux de Nebula, la colère avait presqu'entièrement fondue.

- C'est le moment où on se bat ? demanda poliment Steve à l'intention des nouveaux venus.

Nebula s'approcha de lui, lui serrant l'épaule.

- Non. C'est le moment où on laisse ces deux-là tranquilles. Je crois qu'ils doivent parler. En attendant, je vais t'expliquer qui est l'ennemi. Le vrai ennemi. Thanos. Nous ne jouons pas selon les règles de ce lieu, ajoute-t-elle en l'emmenant plus loin. Allons en discuter, tu prendras ta décision en toute connaissance de cause.

Et, bientôt, comme dans un rêve, ils disparurent du champ de vision de Tony, le laissant seul avec un sorcier visiblement embarrassé.

Il comprit, alors qu'il hésitait entre étouffer le grand homme entre ses bras et lui coller son poing en pleine figure, à quel point il s'était trompé.

Toute cette colère, cette rancœur accumulée ces derniers mois… Il n'avait pas su l'interpréter, et l'avait dirigé contre la mauvaise personne.

Maintenant qu'il se tenait ici, face à lui, tout cela lui apparaissait était d'une clarté absolue.

Cette peine, cette angoisse, cette obsession de retrouver la mémoire… Et puis, plus tard, ce ressentiment, ce dégoût.

Cette colère absurde.

Rien de tout cela n'avait jamais vraiment été dirigé contre Loki.

C'était le résultat de la macération des regrets enfouis quelque part dans son cerveau.

Evidemment, il lui en voulait. D'avoir pris la décision pour eux deux, sans le consulter. Mais ce n'était pas ça, la source de ses maux. C'était plus profond. Plus intime et dérangeant.

La sensation d'être passé à côté de quelque chose, d'avoir gâché une histoire, avant même qu'elle ne puisse commencer.

Du gâchis. Voilà ce que c'était. De la frustration. Des tas de possibles, exterminés dès la naissance.

« Et si… ».

Et s'ils avaient pris le temps ? Et s'ils en avaient discuté ?

Cette brusque confrontation à la réalité perturba l'ingénieur autant qu'elle le soulagea.

Il n'était plus en proie au dilemme de Schrödinger. Il ne se voilait plus la face. Car de toute évidence, il avait éprouvé, dans un passé proche, de réels sentiments pour le demi-dieu stoïque qui lui faisait face. Une amitié improbable tout d'abord, et puis autre chose. De l'affection. Il lui fallait être honnête, du désir également. De la confiance.

Tout cela avait été si brusque, si rapidement éteint. Et si prometteur, pourtant.

Du gâchis.

Et il était là, désormais, à philosopher sur ses erreurs passées, sur ses mauvaises interprétations, sur ses choix. Les choix qu'on lui avait laissé, et les autres. Et Loki l'observait, méfiant, attendant la sentence.

Elle vint.

- Asseyons-nous.

Les deux hommes gravirent les derniers mètres qui les séparaient du sommet. Ils s'installèrent côte à côte, à même le sol, face à cette vue magnifique et au silence troublant.

- Pourquoi es-tu venu te réfugier ici ?

Loki choisit ses mots. Il devinait l'importance de cette conversation, et l'impact qu'auraient ses propos.

- Par faiblesse. Je n'étais pas prêt à avoir cette conversation.

- Et maintenant ?

- Non plus. Mais il semblerait que je ne dispose pas du luxe que représente le choix…

- C' est désagréable, n'est-ce pas ? Ne pas avoir le choix…

Loki ne trouva rien à ajouter.

- Je t'en veux, d'avoir choisi pour moi.

- C'était la seule chose à faire

Loki le disséquait des yeux, l'analysant à chaque seconde. L'humain, gêné, fuyait ce regard pénétrant.

- On aurait pu au moins en discuter. Essayer de trouver une solution. J'étais pas pressé, j'aurais pu rester encore un peu loin de chez moi, le temps qu'on trouve…

C'est un rire triste qui lui répondit.

- A quoi bon ? Pour qu'au bout d'une semaine, un mois, un an, tu comprennes ? Que tu veuilles retrouver chez les tiens, et que tu consentes enfin à l'inéluctable, à la perte de tes souvenirs ? Et moi, dans l'histoire… J'aurais eu une semaine, un mois, un an de souvenirs de plus à tes côtés. A porter seul, sans personne avec qui le partager. Une semaine, un mois, un an à m'attacher davantage à ta détestable personne. C'est autant de souffrances supplémentaires au moment de la séparation… Vouloir repousser l'inévitable aurait été de l'égoïsme de ta part. Ne pas te laisser le choix, c'était mon propre égoïsme. Ma manière de me préserver.

Tony caressait distraitement les brins d'herbe nouvelle sous sa main, les entortillant entre ses doigts.

Pensif.

Il n'avait pas envisagé cet aspect de la chose. Pas une seule fois. Pour lui, Loki avait cherché à se débarrasser de sa présence au plus vite, voilà tout. Mais visiblement, c'était un malaise plus profond, plus latent. La lutte contre la peur de souffrir.

Une heure peut-être passa, sans qu'aucun mot ne soit prononcé. Le froid commençait à insensibiliser les membres de Tony.

Était-ce cela, ce que le Jotun ressentait au quotidien ? Cette torpeur austère et sans fin ?

Il avait voulu avoir une discussion avec Loki mais, une fois face à lui, il n'avait plus rien à dire. Les mots se révélaient inutiles, fades et creux, bien loin de la réalité de ses sentiments.

Il y avait eu trop de souffrances, de solitude et d'incompréhension. Pour l'un comme pour l'autre. Peut-être qu'il était simplement temps de faire table rase du passé, et de reprendre à zéro.

- On devrait repartir sur des bases plus saines, murmura-t-il finalement, conclusion étrange à cette discussion tout aussi étrange.

- Repartir, oui. Mais repartir d'où ?

Quelque chose d'intense brillait au fond des yeux d'émeraude. C'est par télépathie que Loki poursuivit sa phrase, plantant les mots directement dans l'esprit de son vis-à-vis.

- Avant ou après que je te jette à travers la baie vitrée de ta maudite tour ? Que tu m'enfermes dans cette prison indigne ? Que je tente de t'égorger ? Avant ou après avoir lié cette étrange amitié ? Avant ou après cette nuit où tu m'as fait l'amour ?

Le regard de Tony glissa, fuyant les yeux brûlants et inquisiteurs.

Quelques souvenirs s'imposaient à lui, avec la netteté des évènements que l'on n'oublie pas.

Il se racla la gorge. Prit sur lui pour masquer sa gêne.

- Je n'en sais rien. Je crois qu'on pourrait déjà essayer de reconstruire les bases. Des bases que tu as fissurées, par ton choix unilatéral, et que j'ai achevé de détruire, en me voilant la face aussi longtemps. Mais peut-être qu'on pourrait en discuter autour d'une tequila, quand on sera sorti d'ici ?

Loki ne répondit rien, mais un sourire naquit sur ses lèvres.

Un sourire très particulier, que Tony ne lui avait pas vu depuis bien longtemps. Cette moue à la fois satisfaite et moqueuse.

Le Jotun lui tendit la main.

Tony la considéra, une longue minute, avant d'attraper les doigts gelés, et de les mêler aux siens. Ils restèrent ainsi, assis dans le silence, le regard fixé vers l'horizon.

Le poids accumulé sur leurs épaules respectives au cours des six derniers mois sembla s'alléger un peu.


Steve et Nebula débarquèrent peu après.

Le capitaine semblait bouleversé, et pas spécialement à l'aise dans ce monde.

Lorsqu'il fut clairement établi que désormais, ils seraient tous quatre dans le même camp, et que leur objectif était de retrouver Thanos pour le détruire, il dût prendre sur lui.

Etre allié avec Nebula et Loki d'Asgard. Deux grands ennemis, combattus maintes fois en d'autres lieux, en d'autres temps.

Tony jaugeait du regard l'armure de ses alliés.

Noire comme la nuit.

- Au moment du jugement final, le fait que vous soyez du côté noir ne jouera-t-il pas en votre défaveur ? Est-ce que, vraiment, vous pourrez vous en sortir ?

Loki et Nebula échangèrent un regard entendu, avant d'hausser les épaules.

- Je me fiche éperdument de sortir d'ici, tant que Thanos est mort, confia Nebula.

- Pour ma part, j'aimerais autant vivre, rétorqua Loki, sarcastique. Mais j'ai toujours joué selon mes propres règles, et cela me réussit plutôt bien…

- Tu disais pas ça quand t'étais enfermé dans le QG de Deadpool, avec trente kilos de moins et des cicatrices plein la tronche !

La remarque avait fusé, naturelle. Elle amena un sourire sur les lèvres du sorcier.

Peut-être, finalement, qu'un retour à la normale était envisageable…

- Regardez !

L'appel effaré de Nebula interrompit l'échange, et tous se tournèrent dans sa direction.

Face au vide, elle pointait du doigt l'horizon.

Le brouillard s'était levé sur la vallée, révélant tout un coteau planté de vignes aux couleurs chaudes.

Au milieu du vignoble, un manoir de pierre noire se dressait, fier et orgueilleux, ses tours effilées s'élevant vers les cieux comme pour caresser les étoiles.

La sombre bâtisse était déjà bien inquiétante à elle seule. Le plus inquiétant, cependant, c'était l'armée de colosse qui occupait l'entièreté de la vallée.

Innombrables, debout et immobiles, ordonnés en cohortes monstrueuses.

Beaucoup plus que le nombre théorique de pions sur un plateau de jeu d'échec. Des milliers.

- C'est quoi ce bordel ? S'inquiéta tout à fait légitimement l'ingénieur. Ce n'est pas dans les règles !

- J'ai tout de suite beaucoup moins de scrupules à tricher, confia Loki, qui ne reçut que des regards noirs en réponse.

- Et on fait quoi ?

Cette vision cauchemardesque renforça plus que jamais la volonté de Tony. Son doigt pointa le manoir, intransigeant.

- On va là. On botte le cul de Thanos. Et on rentre à la maison.

- Et pour eux ? se renseigna Nebula, pour qui cette armée de colosses noirs ne présageait rien de bon.

- Eux ? S'ils nous gênent, on leur botte le cul aussi. Des questions ?

Les quatre alliés improbables s'observèrent, résignés.

Non.

Pas de questions.


Voilà pour ce chapitre. J'espère qu'il vous plaît. Je ne sais pas si vous vous attendiez à ce type de retrouvailles ? Peut-être un poil plus… Violentes ? J'y ai pensé aussi. Mais je crois que cet univers chelou adouci notre cher Iron-man. C'est le paysage bucolique, que voulez-vous…

A très vite !

Laukaz