Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 163e nuit du FoF sur le thème "dehors"
Personnages : Drago & Scorpius (post livre)
Quand Scorpius vint se planter devant lui en lui déclarant le plus sérieusement du monde qu'il devait lui parler, Drago ne fut pas étonné. Il avait bien remarqué que, depuis quelques temps, son fils semblait tourmenté. Il avait bien tenté de lui tirer les vers du nez, mais chacun de ces « pourquoi es-tu triste ? » était resté sans réponse. Ne voulant le brusquer, Drago n'avait pas insisté, se contentant de rappeler à Scorpius qu'il serait là le jour où il changerait d'avis et voudrait se confier. Le voir passer à l'action lui procura donc un grand soulagement.
Et une grande surprise, également. Drago devait en effet bien avouer avec la plus grande humilité qu'il n'avait pas vraiment imaginé que le tourment de son fils tiendrait en l'aveu de son homosexualité. Et pourtant, il était là, les bras se tortillant sous l'effet d'un stress mal camouflé, attendant sa réponse.
Le problème, c'est que Drago ne savait pas vraiment quoi répondre à cela. Dire qu'il était ravi par cette annonce aurait été un mensonge. Dans l'éducation qu'il avait reçu, un homme était censé aimer une femme, un point c'est tout. Imaginer son fils tenir la main d'un autre garçon, le chérir et l'embrasser était ainsi... déroutant. Pourtant, en entendant ces quelques mots – je suis amoureux d'un garçon – sa première réaction n'avait pas été la surprise, mais plutôt le soulagement. En voyant Scorpius si miné ces derniers temps, les mots « harcèlement » ou « envies suicidaires » avaient valsé dans son esprit. Apprendre qu'il n'en était rien avait enlevé un poids de ses épaules. Son instinct avait donc parlé : il préférait son fils homosexuel que malheureux ou martyrisé. Cela ne voulait-il pas tout dire ?
Drago comprit alors qu'au fond, cette révélation ne changeait donc pas grand chose à la préoccupation première qui ne l'avait jamais quitté depuis qu'il était devenu père : il voulait que son fils soit heureux.
- Et bien... je te remercie de t'être confié à moi, dit-il avec un petit sourire en décidant d'être sincère. Je... je ne te promet pas de tout comprendre, ni d'être toujours parfait dans mes mots. Mais je te promet d'essayer.
- Vraiment ? balbutia Scorpius. Vous... vous n'êtes pas... fâché ?
- Pourquoi le serais-je ?
Mais au moment même où ces mots franchirent ces lèvres, Drago se rendit compte de l'idiotie de sa question. Si il avait eu la même conversation avec son propre père, n'aurait-il pas été inquiet à l'idée que Lucius ne le jette dehors ? Sa mère, elle, se serait sûrement opposée à son renvoi, mais aurait tout fait pour le pousser à enterrer cette révélation. Elle aurait parlé de phase, se serait empressée de le marier à une fille de la bonne société et n'aurait jamais remis le sujet de le tapis. En somme, elle aurait tout fait pour ne pas entacher la bonne réputation de la famille Malfoy. Le reste des familles Sang-Pur n'était pas différent. Alors que Scorpius s'inquiète de sa réaction n'était au fond pas étonnant. Leur milieu pouvait être impitoyable avec ceux qui ne correspondaient pas au schéma pré-établi.
Drago décida donc de laisser tomber une barrière et fit quelque chose qu'il n'avait que rarement fait : il prit Scorpius dans ses bras et parla à cœur ouvert.
- Je suis désolé de t'avoir fait croire que tu ne pouvais pas te confier à moi, chuchota-t-il. Jamais je ne pourrais t'en vouloir pour être qui tu es. On ne choisi pas qui l'on aime. Et même si je suis surpris je... je pense qu'au fond de moi, cette surprise n'est due qu'à mon absence de repères dans ce domaine. Car si l'on prend le temps d'y réfléchir, fille ou garçon, ce n'est pas si différent. C'est juste de l'amour. Et l'amour, ça ne peut pas être une mauvaise chose.
Quand il sentit les bras de Scorpius lui rendre son étreinte en murmurant « Merci », Drago sut qu'il avait bien fait de s'exprimer avec sincérité. Peut-être devrait-il le faire le faire plus souvent, songea-t-il.
- Je t'aime, conclua-t-il.
- Moi aussi, chuchota Scorpius.
Une larme coula alors sur sa joue. Avant, Drago en aurait été horrifié – son propre père lui avait suffisamment répété que les hommes ne devaient pas pleurer. Mais cette fois-ci, il l'accueillit avec reconnaissance. En la laissant couler, il acceptait de se montrer vulnérable devant son fils et, de ce fait, autorisait celui-ci à l'être également.
Alors au fond, cette larme était la preuve qu'il était peut-être un meilleur père que le sien ne l'avait été pour lui.
