Hello, everyone ! Ca avance, petit à petit, mais ça avance !

Franchement à chaque fois que je vois un nouveau commentaire arriver, je sautille comme une gamine devant mon ordi... ( ' v ' ) C'est bête, mais ça me fait toujours super plaisir !

TakutoKoh : Fujimaki-sensei avait dessiné Mukkun en chef pâtissier dans la Character Bible, alors j'ai pas pu m'empêcher de sauter sur l'idée. Je trouve ça trop mignon aussi xD Pour Akashi, désolée, je ne peux vraiment rien dire du tout, seulement que moi aussi j'ai hâte qu'il arrive enfin ! /C'est toi qui écris, au cas où t'aurais oublié ('= =)/

Laura-067 : Nanamine n'est probablement pas ce que vous croyez, mais vous le saurez bientôt... Bon, c'est nul, comme suspens. xD En tout cas je pense que je mettrai un dessin d'elle en lien pour le prochain chapitre, histoire de coller un visage sur son nom~

MeaLee : Merci ! Voilà, j'ai fait aussi vite que j'ai pu pour la suite, ne pleure pas ! (O^O) Tu as déjà tout deviné ? En fait, même moi je me pose encore des questions sur certains points mais si ça se trouve, tu as peut-être déjà vu les plus gros trucs venir... Mais seulement les gros trucs, je me laisserais pas prévoir comme ça~

Kyoko77 : Bravo pour les shinies ! x3 T'aimes pas Himuro ? Je vais tâcher de te faire changer d'avis, alors~ Et pour Aomine, j'ai un peu peur... ( ' v ' )'

Voilà, c'est dit, bonne lecture !


Assis devant son ordinateur, Kise faisait distraitement rouler la molette de sa souris, laissant défiler sous ses yeux les dernières photos que lui avait fait parvenir son attaché de presse, celles qui devaient paraître dans le prochain numéro d'un magazine particulièrement prisé des midinettes comprises entre 15 et 25 ans. Une revue qui jonglait entre beaux mecs à la mode, conseils minceur et « rubriques sexo ». De sa main libre, il portait à intervalles réguliers une cuillérée de soupe à l'oignon gratinée à sa bouche. Il lui fallait au moins ça pour supporter ce passage en revue ô combien lassant, mais plus que recommandé pour envoyer ensuite le mail de confirmation à son agent. Avant, il se contentait de donner sa bénédiction sans prendre la peine de consulter les clichés. Jusqu'au jour où il découvrit, au détour d'un conbini, qu'on avait utilisé une photo de lui costumé en Père Noël pour faire la couverture d'un hebdomadaire à grand tirage. Depuis l'or, il jugeait préférable de s'enquérir des clichés que l'on retenait de ses différentes prestations.

Sa cuillère finit par heurter le fond du bol vide, ce qui le tira de sa contemplation désabusée. Refermant l'ordinateur portable, il se leva et porta ses couverts jusqu'au lave-vaisselle. Il le remplit à ras-bord, puis balança un bloc de produit détartrant et le mit à tourner. Dans le glouglou qui commençait à vrombir sous le plan de travail en bois, il s'adossa à l'un des placards, et balaya les lieux d'un œil hagard.

Il avait agencé les plans de son appartement de façon à organiser l'espace en une seule et vaste pièce. Le salon et la cuisine, très épurés dans leur esthétique moderne, n'avaient pour seule délimitation que le bar chromé où il avait l'habitude de manger tout en ayant l'écran plat du téléviseur en ligne de mire. Celui-ci était posé devant une grande baie vitrée dont il pouvait baisser les stores à l'envie grâce aux interrupteurs. Interrupteurs sophistiqués à l'extrême, soit dit en passant, pour satisfaire les goûts de luxe du designer - ils lui permettaient même de tamiser la lumière ou de contrôler la climatisation. Une mezzanine faisait office de second étage. Elle surplombait la petite bibliothèque située à l'opposé des murs vitrés, et c'était en-haut que se trouvaient son lit et quelques appareils de musculation. Seule la salle de bain constituait une pièce distincte. L'accès se faisait au niveau de la bibliothèque, par une porte voisine de celle qui donnait sur le couloir extérieur.

Cet appartement était la seule folie que s'était offerte Kise depuis que ses honoraires avaient commencé à décoller. Plus que le confort qu'il lui prodiguait – et dont le jeune mannequin ne se plaignait pas –, c'était surtout sa liberté qu'il avait eu l'impression d'acheter en y emménageant. Une illusion, au bout du compte. Certes, il vivait seul désormais, mais il n'en était pas moins englué dans un boulot qui ne lui plaisait que modérément, et un milieu qui pullulait d'exaspérants monomaniaques hypocrites. Depuis qu'il y travaillait, il était fasciné par la totale relativité des valeurs qu'il avait jusqu'alors considérées comme fondatrices de la société contemporaine. En réalité, tout se résumait en trois concepts simples : argent, belle gueule et coups fourrés. Mésestimez l'un d'entre eux, et vous vous ferez marcher sur les pieds sans ménagement. Et au talon aiguille, cela va de soi.

Jusqu'à présent, il avait su se ménager des contacts parmi les grandes pointures de la presse et de la communication visuelle. Faute de quoi, il aurait été évincé depuis longtemps, naïf comme il était. Désormais, endurci par l'expérience, il était armé pour creuser son trou et le défendre. Il commençait à faire parler de lui parmi les modèles professionnels.

L'esprit davantage occupé par ce qu'il grignoterait en guise de dessert que par ses shootings du lendemain, Kise avisa son sac de rechange, celui qu'il utilisait pour trimballer ses fringues d'un studio à l'autre, négligemment abandonné sur l'un des tabourets du bar. Prenant appui sur le placard, il se poussa sans entrain vers le fourre-tout et entreprit de le vider de son bric-à-brac. Alors qu'il fouillait dans la poche à papiers, où il enfournait sans distinction billets de banques, tickets de caisse et vieux post-it, il sentit sous ses doigts un papier plus lisse, plus rigide que le reste des détritus. Il le sortit et le retourna. Son regard se refroidit nettement lorsqu'il y retrouva le nom de la femme qui l'avait abordé quelques jours plus tôt, à la sortie d'une séance photo. Cette nana lubrique qui lui avait proposé de venir se faire mitrailler dans toutes les tenues possibles pour voir au bout du compte son image dépravée troquée contre un bon salaire, net et trébuchant. Lui qui n'était même pas majeur. Il y en avait de sacrément atteints, dans ce métier.

Las, il jeta la carte à l'aveuglette, et celle-ci alla se ficher entre deux pommes dans la corbeille de fruits.


Le ciel s'était couvert dans la matinée. Si le soleil avait disparu, la température, elle, ne s'était pas altérée d'un degré. Kise avait laissé son ample gilet gris sur son canapé et arpentait les abords de l'université de médecine vêtu d'un simple T-shirt à col évasé, ce qui lui valait les gloussements approbateurs des jolies étudiantes qu'il dépassait. Il n'avait pas le sentiment de se montrer volontairement provoquant - après tout, se faire mater à longueur de journée, c'était son métier. Qu'on l'observe à chaque fois qu'il sortait de chez lui lui paraissait on ne peut plus naturel. D'ailleurs, il ne s'en rendait même plus compte.

Il arriva enfin au niveau de l'entrée principale, et s'assit sur une barrière non loin de la grande porte automatique, d'où s'écoulait le flot des élèves à intervalles réguliers. Il était midi, et la plupart d'entre eux se trouvaient en pause déjeuner. Jetant un coup d'œil à sa montre, Kise se conforta dans l'idée que son rendez-vous ne devrait plus trop tarder. Quoique « rendez-vous » donnait à la situation un caractère un peu trop officiel. Celui qu'il devait rencontrer brièvement ce jour-là n'avait accepté de le voir qu'à contrecœur, et pas plus de cinq minutes. Une chose était sûre : étant donné son enthousiasme plus que modéré à l'idée de le retrouver, et connaissant son naturel pointilleux, il serait ponctuel.

Tout en balançant ses jambes d'avant en arrière, Kise voyait défiler devant lui des étudiants en blouse blanche. A les regarder penchés au-dessus de leurs cahiers recouverts de notes et de leurs manuels d'anatomie, il touchait du doigt le gouffre qui le séparait d'eux, eux qui avaient poursuivi leurs études. Il avait leur âge, et pourtant ils évoluaient dans deux mondes radicalement opposés. Tandis qu'eux économisaient tant bien que mal pour préparer leur avenir, lui était déjà presque au sommet de sa carrière.

Eux construisaient les bases du futur. Lui avait l'impression de les laisser s'effriter sous ses yeux.

- Je t'ai dit que je sortais de l'autre côté, imbécile. J'ai dû faire tout le tour pour te mettre la main dessus.

Kise pivota derechef, un sourire confus sur le visage.

- Ah, mince, j'ai confondu ! C'est tellement grand, cette fac !

- De là à aller te poster devant la porte principale alors que je t'avais dit d'attendre derrière, il faut vraiment que tu le fasses exprès.

Le jeune homme à lunettes le fixait de ses yeux moribonds. Avec sa rigueur et son maintien naturel, nul doute qu'aucun élève de l'école de médecine ne portait la chemise cravate mieux que lui. Ses cheveux couleur émeraude étaient un peu plus courts que la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Du haut de ses 19 ans, il faisait déjà singulièrement adulte. Sans doute son expression immuablement stricte et froide, presque glaciale, y était-elle pour beaucoup. Il y avait malgré tout un point sur lequel il n'avait pas changé d'un iota : dans sa main gauche, il tenait toujours un objet incongru, son porte-bonheur du jour d'après l'horoscope qu'il écoutait chaque matin – en l'occurrence, un manchot empereur en peluche.

- Même pendant les vacances, il y a de l'activité, ici.

- Beaucoup de gens restent pour travailler.

- Tu dois te sentir comme un poisson dans l'eau, Midorimacchi.

Alors que Kise sautait à terre, Midorima marcha vers lui d'un pas raide. Il n'avait jamais été du genre à sauter en l'air en tapant des pieds, mais sa démarche était particulièrement rigide. Elle attirait l'œil, malgré les efforts qu'il déployait pour qu'elle passe inaperçue.

Voyant le regard insistant que portait Kise sur sa jambe droite, il détourna les yeux et fronça les sourcils avec agacement.

- Ça va ?

- Très bien, merci.

Son ton sonnait plus qu'hostile à la conversation. Au point que Kise se demanda pourquoi il avait accepté de le voir. Comme il ne semblait pas disposé à parler de lui, son interlocuteur préféra passer au sujet suivant.

- Tu sais que Kurokocchi est sorti de l'hôpital depuis quelques jours ?

Midorima poussa un soupir. Manifestement, il avait déjà percé à jour les intentions de Kise.

- Oui, je le sais. Je l'ai aperçu par hasard, l'autre jour. Et avant que tu ne me le demandes, sache que je n'ai aucune intention de le voir.

Kise se pinça la lèvre. Pour l'approche diplomatique, c'était raté.

- Mais enfin, pourquoi ? D'accord, c'est vrai qu'il a subi quelques dommages collatéraux niveau mémoire, mais ça lui revient vite. Il s'est souvenu de moi dès qu'il m'a vu. Et il a même retrouvé Murasakicchi, l'autre jour. D'après ce qu'il m'a dit ça s'est très bien pass…

- Arrête.

Le regard de Midorima était sombre. Malgré toute la détermination avec laquelle il avait voulu aborder le problème, Kise sentit qu'il perdait du terrain.

- Si tu es venu ici dans le seul espoir de me voir adhérer à ta petite opération retrouvailles, tu peux faire demi-tour. Au cas où tu ne l'aurais pas compris, je n'ai aucune intention de voir le passé se répéter.

Soudain, une grimace lui déforma le visage alors que sa main droite se crispait sur sa cuisse. Kise esquissa un mouvement vers l'avant mais Midorima se reprit aussitôt et le dissuada d'approcher d'un regard, claudiquant vers le banc le plus proche pour s'y asseoir avec précaution. Son vieil ami se sentit totalement démuni, alors qu'il le regardait prendre sur lui pour afficher l'expression la plus neutre possible. Ses doigts, enfoncés dans le tissu de son pantalon, donnaient l'impression qu'il souffrait le martyr.

- Ca, c'est à force de rester debout toute la matinée devant ces foutues paillasses…

- Midorimacchi… Tu es sûr que tu ne veux pas que je t'aide ?

- Ne m'appelle pas comme ça.

Kise dut ravaler sa compassion, et se borna à contempler le béton, sous ses pieds. S'il n'avait été question que de fierté, il aurait insisté - mais il savait que rien n'était plus mal venu que de mentionner l'incident qui avait occasionné cette blessure. Tout le monde se gardait bien de lui en parler, ç'aurait été remuer le couteau dans la plaie.

Seulement, du point de vue de Kise, ce qui était certain et que personne n'osait dire, c'était que depuis ce jour-là, Midorima avait terriblement changé. Il s'était fermé, et était devenu plus susceptible encore qu'auparavant, au point que le blondinet avait l'impression de se frotter à un porc-épic à chaque fois qu'il lui adressait la parole.

Aucun des deux ne parla pendant un long moment. Kise se creusait la tête pour trouver un nouvel angle d'attaque, mais son vis-à-vis le coupa dans sa lancée. Remontant ses lunettes du bout du doigt, la lumière qui s'y reflétait rendit les verres opaques alors qu'il parlait.

- Qu'est-ce que tu cherches, Kise ? Tu veux faire en sorte que Kuroko retrouve la mémoire, par tous les moyens ? On dirait que tu te crois sur un jeu de piste. Tu te pointes à son appart' comme une fleur, ensuite tu t'arranges pour qu'il se retrouve dans le quartier de son lycée et qu'on lui donne de quoi reprendre contact avec Kagami. Comme par hasard, il tombe sur Himuro et comme ça, il croise Murasakibara par la même occasion. Et maintenant, pour continuer sur ta lancée, tu viens me supplier de lui rendre visite. Ce sera qui, la prochaine étape ? Aomine ?

- Personne ne sait où se trouve Aominecchi. Même moi, aussi étonnant que ça puisse te paraître.

- Comme quoi, je ne suis pas le seul à vouloir tourner la page.

Kise se retint de lui dire clairement le fond de sa pensée. A savoir qu'Aomine, lui, avait de vraies raisons de craindre une confrontation avec Kuroko. Depuis la Winter Cup, il n'avait cessé de prendre sur lui toute la culpabilité de son accident. Sans doute, quelque part, était-il convaincu que lorsqu'ils se reverraient, Kuroko ne lui aurait toujours pas pardonné. Mais plutôt que la peur d'être rejeté, connaissant Aomine, Kise était plus enclin à croire que c'était pour épargner à son ancien ami de collège des souvenirs douloureux que l'ex-joueur de Tôô avait préféré s'effacer définitivement. Pour Midorima, la situation était complètement différente. Il n'était responsable de rien dans cette affaire. Seulement elle l'avait éclaboussé, malgré tout. A présent, ce qu'il souhaitait plus que tout – et cela, Kise s'en rendait compte à l'instant –, c'était oublier.

- Tu dois te dire que je suis égoïste. Mais j'ai au moins tiré un enseignement de cette histoire : si je m'étais mêlé dès le début de ce qui me regardait, je n'en serais pas là aujourd'hui. Et en ce qui concerne Kuroko, contrairement à ce que tu crois, je suis convaincu que c'est une grossière erreur de penser qu'il doit retrouver la mémoire. On dirait que tu as fait abstraction de ce qu'il a dû traverser. Le jour où il se souviendra, ça le détruira.

Rien ne pouvait aller contre la logique de Midorima. Tenter de faire fléchir ses convictions était une perte de temps.

Mais Kise avait beau comprendre ce qui l'avait poussé à se camper sur ce genre de raisonnement, il ne pouvait s'empêcher de désapprouver.

- Je pense que si l'on veut pouvoir se reconstruire, on ne doit pas oublier. Ce sont nos expériences, même douloureuses, qui nous permettent de changer et d'aller de l'avant. En les occultant, c'est comme si on essayait de monter un escalier auquel il manque des marches : on reste bloqué dans le passé.

Midorima releva la tête, et lui adressa un sourire narquois.

- C'est facile pour toi de parler en grand prince. Après tout, même si tu es un peu triste pour Kuroko et tes vieux potes, toi, tu t'en fous de tout ça, pas vrai ? Ça n'a pas tellement chamboulé ta petite vie. Tu as un job de rêve, tu gagnes de plus en plus de fric et en plus, tu viens jouer les bons samaritains.

Kise se figea. Il oscilla entre la rage et l'abattement. Puis ses yeux semblèrent se vider, et son visage se liquéfier.

Qu'importe les arguments qu'il pouvait lui servir pour plaider sa cause, elle était perdue d'avance.

Prenant appui sur le banc, Midorima se leva.

- Tu ne sais rien, Kise. Si tu crois que la situation dans laquelle on se retrouve aujourd'hui n'a pour origine qu'un simple accident au cours d'un match, laisse-moi te dire que tu es d'une naïveté affligeante. Alors arrête de te bercer d'illusions en croyant que tu agis pour le bien de Kuroko, et passe à autre chose.

Il le planta là, et reprit le chemin par lequel il était venu. Alors qu'il s'éloignait lentement, il lui adressa un signe de la main en guise d'adieu.

- Et si tu ne changes pas d'avis d'ici là, ce n'est pas la peine de me recontacter.


L'air de rien, Momoi était partie travailler à 7h00, comme à son habitude. Malgré les tentatives de Kuroko, elle avait refusé de déroger à son emploi du temps et avait quitté l'appartement avec le sourire - il n'en avait été que plus inquiet. Il aurait voulu qu'elle prenne le temps de se remettre du choc, mais rien n'y avait fait. Elle maintenait qu'il était inutile de rester chez soi à se morfondre, dans ces cas-là.

Lui, de son côté, n'avait rien prévu. Kise serait encore occupé toute la journée. Et sortir seul ne lui inspirait rien. Il irait promener Nigô dans le quartier, peut-être se poser dans le parc où les enfants venaient jouer l'après-midi - point final.

Momoi savait qu'il brûlait d'envie de savoir ce qu'Aomine lui avait écrit. Il n'avait pas osé le lui demander, par discrétion, et elle n'avait presque pas dit un mot de toute la soirée. Mais il était évident que cette lettre occupait chacune de ses pensées. Quelles que soit les nouvelles qu'elle apportait, elle contenait les premiers mots d'Aomine qui lui parvenaient depuis son réveil.

La jeune fille avait donc laissé la lettre sur la table du salon, à l'attention de Kuroko. Après tout, il était le premier concerné. Il attendit plus d'une heure avant de se résoudre à la lire. Puis il s'assit dans le canapé, Nigô couché à ses pieds, et commença à déchiffrer.

« Satsuki,

J'ai reçu les lettres que tu m'as écrites. Mes parents me les ont fait parvenir au bureau de poste le plus proche. A eux non plus, je n'ai pas donné mon adresse actuelle. Je sais qu'ils t'aiment beaucoup, et qu'ils te l'auraient apprise tôt ou tard. Le truc c'est que je fais tout pour qu'on ne me retrouve pas. Alors autant le faire jusqu'au bout.

Je vais bien, j'ai trouvé un job là où je suis. Ne t'inquiète pas pour moi et continue de faire de ton mieux de ton côté. Au passage, je trouve que tu as des coups de génie, parfois : masseuse, j'aurais pas dit mieux moi-même.

Je suppose que si Tetsu vit toujours chez toi, il sera au courant pour cette lettre. Peut-être qu'il la lira. En tout cas, même si je n'ai pas l'intention de vous joindre, je suis heureux de savoir qu'il est sorti de l'hôpital, et qu'il va bien. Quant à ce que tu m'as dit par rapport à ses souvenirs, je pense que c'est à lui de décider s'il veut se rappeler de tout ça ou non. Que tu l'aides ou pas, ne cherche pas à l'en empêcher. De toute façon, ça servirait à rien : on a toujours plus envie d'une chose quand elle nous est défendue, pas vrai ?

Ce que je vais te dire ne va te pas te plaire. Mais c'est la première et la dernière lettre que je t'envoie. Tu n'y es pour rien dans cette histoire, et je veux que tu puisses te débarrasser de tout ça sans m'avoir à tes côtés pour te le rappeler sans arrêt. Même avec la meilleure volonté du monde, je sais que tu ne pourras pas fermer les yeux sur ce que j'ai fait. Et moi non plus.

Il faut que vous preniez un nouveau départ, tous les deux, et ce sera beaucoup plus simple si je me tiens à distance.

Tu m'en veux sans doute énormément, encore plus maintenant que tu as lu tout ça. Mais ce n'est qu'une question de temps, et d'ici quelques années, voire même quelques mois, tout sera rentré dans l'ordre, et peut-être que tu garderas de moi un ou deux bons souvenirs.

En tout cas, continue d'être la nana bruyante et adorable que j'ai connue.

Prends bien soin de toi.

Daiki »

Kuroko resta prostré au-dessus de la lettre. Il la relut une fois. Puis une deuxième. Sans doute cherchait-il un indice, une faille entre les mots. Mais il dut se rendre à l'évidence : tout était dit.

Aomine ne reviendrait pas. Il avait tout laissé derrière lui, même son amie d'enfance.

Reposant la lettre là où il l'avait trouvée, il se dirigea vers sa chambre. Nigô le suivit, les yeux levés vers lui dans l'espoir d'attirer son attention, en vain. Kuroko s'assit sur son lit. Ce faisant, il fit rebondir le portable qu'il avait abandonné sur le matelas. Il le regarda sans le prendre, songeant qu'il n'avait sans doute aucun message. Ça n'avait pas d'importance.

Il irait promener Nigô, et puis il rentrerait. Il n'avait besoin de personne pour cela.


Lorsque Momoi rentra, ce soir-là, elle eut la surprise de trouver Kuroko devant les plaques de cuisson, l'air si intensément concentré sur ce qu'il faisait qu'elle se demanda l'espace d'un instant s'il n'avait pas arrêté de respirer. Elle s'approcha discrètement, sur la pointe des pieds, et tenta de regarder par-dessus son épaule ce qu'il pouvait bien mijoter.

- Bon retour, Momoi-san.

Celle-ci fut si surprise d'entendre sa voix résonner tout près de ses oreilles qu'elle bondit trois fois en arrière.

- C… Comment tu as su que j'étais là ?!

Il pencha la tête, et la regarda par-dessus son épaule.

- Je t'ai entendu entrer.

Elle se trouva toute bête. Replaçant nerveusement une mèche derrière son oreille, elle répondit, penaude :

- Ah, et moi qui me croyais discrète…

S'asseyant au bar, elle se contenta de fixer le dos de Kuroko, qui s'était remis au travail.

- Tu t'es mis à la cuisine ?

- Je me demandais comment je pouvais participer aux tâches ménagères, puisqu'on est deux à vivre ici et que tu travailles toute la journée. Alors j'ai pensé aux repas et je me suis dit que ce serait sans doute un grand pas en avant si on avait enfin des repas faits maison dignes de ce nom… Sans vouloir te vexer, bien sûr.

- … Tu ne me vexes pas du tout.

Mais le petit tressautement de son sourcil gauche indiquait le contraire.

Seul le frémissement de l'eau dans la casserole combla le silence pendant plusieurs minutes. Nigô s'était couché dans son panier et dormait à poings fermés depuis le retour de sa promenade. Lorsque le minuteur sonna, Kuroko souleva la casserole et en vida le contenu dans la passoire. Puis il se saisit d'une pince, et répartit uniformément le fruit de son labeur dans deux assiettes. Il déboucha un pot de sauce tomate, et en versa trois cuillérées sur chaque plat. Lorsqu'il fit volte-face en tenant ses chefs-d'œuvre bien en vue dans ses mains, ses yeux brillaient.

- C'est prêt.

- … Tu as fait cuire des spaghetti et tu as mis un peu de sauce dessus.

- Mais je les ai bien fait cuire.

- On va voir ça.

Ils se mirent à table, et Momoi commença à manger. Le novice la fixait intensément, brûlant d'avoir son avis.

- Pour une première, c'est pas mal.

Tout content de lui, Kuroko saisit fièrement sa fourchette et entama sa platée de spaghetti. Momoi ne put s'empêcher de sourire en le voyant heureux comme un enfant d'avoir effectué avec succès ses premiers pas derrière les fourneaux. Ce n'était pas demain la veille qu'il lui préparerait des sushi maison, mais au moins, il savait faire des pâtes al dente. Ce qui, en toute honnêteté, était au-dessus de ses moyens à elle.

Son initiative avait eu le mérite de détendre l'atmosphère. Momoi ne fit aucune allusion à Aomine ou à la lettre. En revanche, elle ne s'enferma pas dans le silence, et lui raconta sa journée.

- C'était plutôt sympa, aujourd'hui. D'habitude, je ne parle pas beaucoup avec les gens. Il y a des clients aimables, mais quand on vient pour se faire masser, on n'est pas tellement disposé à faire la conversation. Heureusement, Mako-chan a pu passer.

- Elle vient souvent ?

- Non, pas vraiment. Plutôt rarement, même. Elle n'a pas beaucoup l'occasion de sortir…

Kuroko reposa ses couverts, et mit ses mains sur ses genoux, écoutant Momoi avec attention.

- En fait, Mako-chan est originaire de Kyôto. Je t'ai dit qu'on était amies de lycée, mais c'est vrai seulement pour la Première Année. Après, elle est retournée dans le Kansai et a fini le lycée là-bas. A l'époque de notre Première Année, elle a vécu pendant un an dans un petit appartement près du lycée Tôô. Mais depuis, les choses ont un peu changé. Elle vient d'un milieu très aisé, comme tu le sais. Alors ses parents se sont arrangés avec une famille très fortunée elle aussi, et elle est déjà fiancée. Actuellement, elle vit chez sa future belle-famille, à Tôkyô. Ça peut paraître un peu étrange, comme situation, mais pour eux, c'est comme si l'affaire était déjà conclue.

A la voir examiner un point indéfini de la surface du bar, il se douta que cette histoire ne la mettait pas à l'aise. Pour sa part, il avait l'impression de voir le mystère qui enveloppait Nanamine dans son esprit s'épaissir davantage.

- Je ne sais pas trop quoi penser de tout ça. Elle n'en parle jamais, et je n'ose pas aborder le sujet de but en blanc. Mais à chaque fois que je la vois, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'elle perd de son éclat petit à petit. Avant, quand on était au lycée, elle était toujours joyeuse et rayonnante. Pas aussi extravertie que moi, mais quand même.

Kuroko se contentait de l'écouter. Il ne savait pas vraiment ce que lui inspirait cette fille. Il avait toujours l'impression qu'une gêne planait au-dessus d'eux lorsqu'ils se retrouvaient face à face. Mais surtout, à l'heure actuelle, son esprit était davantage préoccupé par Aomine. Il ne pouvait pas en parler à Momoi, mais il y pensait, constamment.

Une fois seul dans sa chambre, étendu sur le lit, des images de ce garçon prodigieusement talentueux lui revinrent en mémoire. Il se rappelait comme ils étaient toujours fourrés ensemble, au collège. C'était en partie grâce à son aide et à son soutien infaillible qu'il avait pu prétendre à intégrer l'équipe des titulaires du club. Plus tard, au lycée, leurs liens s'étaient relâchés, malgré eux. Plusieurs fois, au cours des matchs qui opposèrent leurs équipes respectives, ils s'étaient battus comme des lions sans aucun égard pour leur amitié passée. Mais si Aomine avait pu remettre les pieds sur terre et retrouver le goût du jeu, le plaisir de gagner aux côtés de ses coéquipiers, c'était aussi grâce à Kagami. Finalement, ces deux-là avaient su entretenir une rivalité qui les avaient tirés vers le haut tout au long de leurs années lycée.

Sans doute Kagami était-il lui aussi sans nouvelles d'Aomine. Malgré tout, quelque chose poussait Kuroko à croire qu'il pourrait être de bon conseil, au vu de la situation. Il ignorait quel était exactement le décalage horaire entre le Japon et la côte ouest des Etats-Unis. Mais s'il procédait par messages, l'heure n'avait pas d'importance. Et c'était une bonne occasion d'étrenner enfin le numéro que lui avait donné Himuro.


La journée du lendemain ne fut pas beaucoup plus active. A ceci près que Kuroko prit l'initiative d'aller s'entraîner tout seul au terrain de basket que lui avait fait découvrir Kise. Il passa dans un magasin de sport acheter un ballon, puis se rendit dans le quartier de son ancien lycée. L'exercice ne fut pas aussi plaisant que lorsqu'ils jouaient à deux, mais il se sentait mieux au fur et à mesure qu'il traversait le terrain de long en large, les rebonds secs du ballon contre le bitume le maintenant concentré sur ce qu'il faisait.

Lorsqu'il rentra pour le déjeuner, il s'essaya une nouvelle fois à préparer le repas par ses propres moyens, et parvint à réaliser un curry basique, mais comestible, avec un riz qui n'avait pas fait imploser le cuiseur et une sauce en sachet qu'il avait fait réchauffer sans trop de problème. Ce fut donc avec un certain sentiment de satisfaction qu'il prit son téléphone, et envoya son premier message à Kagami. Un simple bonjour, sans fioritures.

Il songea un peu tard qu'il n'aurait peut-être pas de réponse avant des heures, s'il faisait encore nuit noire là-bas. Mais le portable se mit à vibrer si peu de temps après qu'il manqua de sursauter. Il l'ouvrit d'un seul coup, et vit le message s'afficher sous ses yeux.

« T'as pas précisé qui t'étais, crétin. Mais bon, quelqu'un qui m'envoie un texte aussi laconique en japonais, ça peut être que toi, Kuroko. »

Kuroko resta immobile quelques secondes. Evidemment, Kagami ne pouvait pas avoir ses coordonnées maintenant qu'il avait changé de ligne. Enfin, il avait deviné, malgré tout.

« Désolé, je n'y ai pas pensé.

Pas grave.

Comment vas-tu, Kagami-kun ? Je ne te réveille pas ?

Me réveiller ? Il est 20h00 ici, tu sais.

Kuroko, t'es du genre à envoyer des SMS avec juste trois petits points ? Eh ben, apparemment, ça t'a pas rendu plus bavard de pioncer pendant tout ce temps. »

Malgré le ton quelque peu bourru qui transparaissait dans ses réponses, Kuroko souriait à mesure qu''il les lisait. Jusqu'à ce qu'il reçoive le premier message, il avait craint que Kagami ne soit distant, comme l'était devenu Aomine.

« T'es sorti depuis une semaine à peu près, c'est ça ? Qu'est-ce que t'as fait, depuis ?

Momoi-san m'héberge chez elle. J'ai retrouvé plusieurs personnes, au compte-gouttes : Kise-kun, notre coach de Seirin et Kiyoshi-senpai, Murasakibara-kun et Himuro-kun. C'est lui qui m'a donné ton numéro.

Ouais, je l'ai un peu emmerdé avec ça. Après coup, je me suis dit que c'était peut-être pas très utile, finalement. Mais bon…

Ça m'a permis de revoir deux personnes que je n'aurais sans doute pas eu l'occasion de croiser autrement. Alors je trouve que c'était plutôt une bonne idée. Et, sinon, Kise-kun m'a poussé à rejouer au basket.

Ah ouais ? C'est cool, j'avais peur que tu renonces définitivement, après toute cette histoire.

En fait, tu ne dois pas être au courant, Kagami-kun, mais il y a pas mal de choses que j'ai oubliées de ces dernières années. J'ai l'impression qu'elles me reviennent petit à petit, mais une bonne partie m'échappe encore.

Merde… Au moins, tu te souviens de moi !

Depuis quelques jours seulement, mais oui.

Mieux vaut entendre ça que d'être sourd… Et tu as une idée pour te rappeler du reste ?

Je pense que je dois reprendre contact avec les personnes dont j'étais proche, même si j'ai l'impression que la plupart essaient de me fuir. Comme Aomine-kun.

Qu'est-ce qu'il a fait, celui-là, encore ?

Il s'est volatilisé du jour au lendemain. Il n'a donné de nouvelles à personne. Et puis, hier, Momoi-san a reçu une lettre, où il écrivait qu'il préférait couper les ponts avec nous, définitivement.

Toujours aussi con, quoi. Je suppose qu'il croit bien faire en essayant de se faire oublier, comme si toi ou Momoi étiez capables de tirer un trait sur lui.

Mais je n'ai aucun moyen de le contacter. Elle est dévastée depuis qu'elle a lu cette lettre. Elle essaie de le cacher, mais je crois qu'elle est vraiment malheureuse.

Après la finale, il avait l'air d'une bombe prête à exploser à n'importe quel moment. Moi aussi, au fond, mais lui, c'était différent. Ça le bouffait complètement de penser que tu avais été blessé par sa faute. Ca l'obsédait, il était tellement à cran que personne n'osait plus l'approcher. Et puis, quelques jours plus tard, il s'est tiré. Comme ça. J'ai plus entendu parler de lui, depuis.

Je ne peux pas laisser les choses comme ça. L'idée qu'il puisse passer le restant de ses jours avec cette culpabilité absurde qui le consume petit à petit… C'est moi qui me sent coupable, maintenant.

Commence pas, Kuroko. Ça sert à rien de se rabâcher ce genre de trucs. Si tu veux les retrouver, tous autant qu'ils sont, c'est justement pour surmonter tout ça et passer à autre chose, non ?

Oui. En théorie. Mais en pratique, je ne sais pas comment faire…

Personne n'a aucune idée de l'endroit où il se trouve ?

Je ne pense pas. Même sa famille ne le sait pas.

Il fait pas les choses à moitié. »

Kuroko resta penché au-dessus de son téléphone. Il ne savait pas quoi répondre. Plus leur discussion avançait, et moins il croyait en ses chances de retrouver Aomine. Il n'avait aucune piste. Malgré la volonté qui l'habitait, c'était comme s'il se mettait en tête de chercher une aiguille dans une botte de foin.

« Si tu n'as pas les moyens de remonter jusqu'à lui, peut-être que tu devrais faire en sorte que ce soit lui qui se pointe de son propre chef ? »

La réponse le prit de court. Kagami venait de mettre tout le problème à l'envers - sans s'en être rendu compte, sans doute.

« Tu crois vraiment que c'est possible ?

C'est juste une idée. Non, peut-être pas. Mais au lieu de courir dans tous les sens sans savoir où chercher, ça serait une alternative. Quitte à se prendre la tête avec des questions, c'est peut-être ça que tu devrais te demander : qu'est-ce qui vous a réunis, par-dessus tout, à l'époque ?

Ce qui nous a réunis ?

Ouais. Enfin, je dis ça comme ça. Je vais aller dîner avec Alex, dans pas longtemps. Faut que je mette autre chose qu'un T-shirt taché et un vieux caleçon ou elle va utiliser ça comme prétexte pour se balader à poil dans mon appart' pendant les 12 mois à venir. On remet ça quand tu veux, Kuroko.

D'accord. Bonne soirée, Kagami-kun.

Bye ! »

Kuroko referma son portable, et jeta un coup d'œil au réveil. Plus d'une heure s'était écoulée, et il ne l'avait pas vu filer. Il ressassa leur conversation, la tourna et la retourna dans son esprit. Il ne décollait pas de sa chaise. Au bout d'un moment, il réalisa que c'était la dernière question de Kagami qu'il se répétait inlassablement.

« Qu'est-ce qui vous a réunis, par-dessus tout, à l'époque ? »

Un moyen de faire en sorte qu'Aomine change d'avis, de le convaincre de revenir et de renouer avec ce qu'ils avaient partagé durant toutes ces années, tous ensemble. De le ramener à ce pour quoi il avait vécu, et qui avait forgé une amitié dont les braises palpitaient encore, sous les cendres.

D'un sursaut, Kuroko se leva. Ses yeux écarquillés regardaient loin devant lui. Il l'avait, sa clef. Pas encore une solution en soi, mais un brin d'espoir auquel il pouvait s'accrocher. Il n'y avait qu'une chose à faire, une évidence indubitable - et elle venait de lui apparaître clairement.


Kise rentra tard de son interview de l'après-midi. Il avait mangé dans un petit resto en centre-ville, et n'avait la tête à rien. Il se retenait presque de prendre une grande bouffée d'air, de peur de n'y trouver que du vide, un air asphyxiant qui lui compresserait les poumons jusqu'à l'étouffement.

Depuis qu'il avait parlé avec Midorima, il se sentait creux. Il ne savait plus très bien pourquoi il s'était engagé à pourchasser les souvenirs de Kuroko. S'il avait décidé cela pour son bien, ou juste par intérêt, pour se leurrer et croire qu'il pouvait encore apporter quelque chose à autrui. Si tout cela avait un intérêt, ou s'il ne ferait pas mieux de laisser couler.

Il saisit une pomme dans la corbeille de fruits. La carte de visite qui s'y était logée ce matin-là dégringola, et avec elles les dernières certitudes du jeune homme. Qui il était. Ce pour quoi il vivait. Ou croyait vivre. Les limites que s'impose tout un chacun et qui perdent tout leur sens lorsque personne n'est plus là pour les lui rappeler.

Ramassant le bout de papier cartonné, il regarda le numéro, puis saisit son portable. Au bout de quelques tonalités, il bascula sur le répondeur. Sans trop savoir pourquoi, il s'y attendait.

« Bonsoir. C'est Kise Ryôta. Je vous contacte maintenant, parce que je n'aime pas particulièrement faire attendre les gens. Concernant l'offre que vous m'avez faite l'autre jour, je pense toujours que vous vous êtes fourvoyée sur mon compte. En revanche, si vous êtes toujours désireuse de travailler avec moi, je suis prêt à vous rencontrer pour en parler plus en détails. Je ne dis pas que je suis prêt à tout accepter. Seulement, je crois que ce serait du gâchis aussi bien pour vous que pour moi de ne pas tenter l'expérience au moins une fois. Vous pouvez me rappeler à ce numéro quand vous voulez. J'attends votre réponse. Bonne soirée. »