Enfin, le 8ème chapitre ! J'avais tellement hâte de le poster, je crois que je vais faire péter le champagne pour l'occasion (en plus, Akashi est ENFIN arrivé, double raison de fêter ça ! )
Bon, je sais bien, je n'ai rien posté en un mois, je suis désoléée ! (Mais y a pas de quoi, tout le monde s'en fiche, voyons ( = v=) ).
J'avais vraiment plein de choses à faire en Angleterre, et pour être tout à fait franche, quand j'avais quelques heures de libres, je dormais comme une souche ( = w =') Mais je suis d'autant plus contente de me remettre à écrire !
J'ai une autre surprise pour me faire pardonner : si vous cliquez sur mon pseudo pour consulter mon profil, j'y ai mis le lien du dessin de Nanamine que je vous avais promis ! C'est aussi mon nouvel avatar, soit dit en passant. Pas grand chose, mais ça a le mérite de mettre un visage sur son nom~!
Concernant ce chapitre, petite précision : Ginza est le quartier des affaires et des magasins de luxe à Tôkyô, c'est absolument merveilleux de le voir de nuit (* v*)
Bref, je réponds à vos commentaires (merci encore !), et je me tais :
Laura-067 : L'équipe va se former par-ci par-là, je ne dis rien- Mais je pense qu'il y a un ou deux membres auxquels vous ne vous attendez pas du tout ( o . 6) Oui, c'est Kise qui a lâché l'info (et oui, Midorin a du soucis à se faire avec ces deux-là xD). Pour Momoi, c'est encore un secret~ Elle en sait assez pour être dans une position vraiment difficile vis-à-vis de Tetsu, malheureusement pour elle. Par contre, ne compte pas sur moi pour dévoiler quoi que ce soit sur Akashi, c'est Top Secret ! ( 0 v 0) (mais c'était bien essayé~) Pour toutes tes autres questions, ce chapitre devrait donner des pistes. Enjoy !
Emy-nee : ... Eh oui. C'est bien lui. ( = 3=)
Nekooni-sama : Wouah... MERCIIIII ! Mais moi, si je suis une merveilleuse créature, toi tu es une fabuleuse illumineuse de journée, tu le sais ça ? ( -O 3O-) Je savais plus quoi dire quand j'ai lu ton commentaire, et je bouillais sur place de poster la suite juste pour y répondre ! ( OvO) Si en plus tu ne lis pas d'AkaKuro en temps normal, je suis vraiment honorée que tu aies fait une exception~ Moi aussi j'aime bien le caractère de Midorima (sans blague ? ( = v =) ), et j'espère que je pourrai le faire apparaître plus souvent... En tout cas, concernant Takao, ce que je peux dire, c'est qu'il y devrait y avoir 7 couples au total dans cette fic, si tout se passe bien... Je n'en dis pas plus ( 0 v0) Mais ne pleure pas hein, on va pas le laisser tomber, Midorin ! Enfin voilà, merci merci merci et j'espère que toute la bande des Skittles seront à la hauteur pour la suite de la fic ! ( o . 6)
Baknb : Tout est trèèèès compliqué entre Akashi et Kuroko, mais qui dit compliqué dit surprises à la clé~ Merci beaucoup, je vais faire de mon mieux !
Panda : HA HA. Tu l'avais pas vue venir, hein ? Muahaha, je suis trop forte~ (SORS.) Et c'est pas fini ( o v 6) Pour l'équipe, je crois que ça ne sera pas si simple que ça... Mais oui, c'est beau de rêver !
Voilà, encore merci (combien de fois je pourrais le dire en une journée ?) et bonne lecture !
L'incandescence du soleil couchant travestissait les teintes alentour. Les ombres longues et silencieuses enveloppaient peu à peu l'herbe écarlate et les reflets ardents du chrome et du fer. Seuls conservaient leur éclat ses prunelles implacables, l'une aussi rouge que l'astre qui les éclairaient, l'autre plus perçante encore - dorée, tel l'œil d'un chat.
Nanamine se rendit compte, quoiqu'un peu tard, qu'elle ne soutenait plus son regard, et que c'était ses propres pieds qu'elle fixait à présent. Elle releva la tête, les lèvres serrées. Il ne fallait pas qu'elle fasse pâle figure face à lui ; elle se l'était juré.
Mais déjà, son assurance avait fléchi. Ces yeux, qui lui évoquaient ceux d'un lion, pesaient de tout leur poids sur elle.
- Bienvenue…
La domestique à sa gauche s'était écartée, le buste incliné. Mais lui ne cessait de l'observer, elle – le reste du monde se tenait coi, quelque part au-delà d'un rempart invisible. Si d'aventure, elle faisait un faux pas, personne ne la rattraperait. Mais tous s'en souviendraient.
- … Seijûrô.
D'ordinaire, personne n'appelait Akashi par son prénom. Lorsqu'ils étaient élèves au lycée Rakuzan, Nanamine ne s'était jamais laissée aller à un tel degré de familiarité. Cependant, dès lors que la perspective d'une alliance entre leurs deux familles s'était faite plus concrète, le jeune homme avait insisté pour qu'elle ne s'adresse plus à lui autrement. Bien que réticente au début, elle avait fini par s'y faire.
Ces seuls mots adoucirent le regard d'Akashi, dont le murmure, qui paraissait un souffle, la fit frémir.
- Makoto. Il y avait longtemps.
Dissimulant son trouble au mieux, elle se contenta d'acquiescer. Ses yeux avaient plongé vers ses petites chaussures noires une seconde fois.
Le voiturier passa à côté d'eux, chargé de valises. Nanamine profita de sa présence pour faire volte-face et gagner le hall d'entrée, feignant de ne pas être intimidée par le regard pénétrant qu'elle sentait dans son dos. Tandis que le petit nombre d'employés s'affairaient, elle se dirigea vers le séjour. Un repas frugal les attendait sur une desserte près de la table basse. Lorsqu'ils n'étaient que tous les deux, ils avaient pour habitude de s'installer dans les canapés de ce salon, dont les larges fenêtres donnaient sur l'extérieur. La trop vaste salle à manger de la résidence transpirait l'intransigeance et les bonnes manières.
Pas un mot ne vint briser le silence pendant qu'ils mangeaient. Elle ne réalisa combien elle était tendue que lorsque l'on vint débarrasser leur couvert. Tout l'air qu'elle maintenait comprimé dans sa poitrine s'en échappa presque d'une traite, la faisant s'affaisser sur le sofa. Akashi déposa ses baguettes, dûment alignées le long du bol vide. Impassible, il attendit que celle qui faisait presque figure d'intruse ne quitte la pièce au plus vite.
Nanamine ferma les paupières une fraction de seconde, puis fixa son vis-à-vis avec aplomb. C'était à elle de prendre les devants, et de veiller à ce que rien de fâcheux ne transparaisse dans leur conversation. Parmi les nouvelles dont Akashi était resté à l'écart tant qu'il séjournait à Kyôto, toutes n'étaient pas bonnes à dire.
- Tu sembles incroyablement tendue depuis mon arrivée, Makoto.
Trop tard. Il venait de lui couper l'herbe sous le pied.
- Vraiment ? C'est sans doute parce que c'est le branle-bas de combat dans la maison, depuis ce matin. Ils veulent absolument que tout soit parfait pour ton retour, alors à force de les voir aussi à cran, ça a du déteindre sur moi.
Elle lui sourit - pas aussi subtilement qu'elle l'aurait voulu. Tout d'un coup, comme on allume une ampoule en appuyant sur l'interrupteur. A nouveau, Akashi darda ses yeux bigarrés sur elle.
- Nous ne sommes que tous les deux jusqu'au retour de mon père. Tu n'as pas besoin d'être irréprochable.
- C'est l'habitude.
Il se leva, et se dirigea vers la porte. Nanamine resta interloquée. Que leur échange fût si bref, voilà qui était inespéré. Elle aurait tout le temps de se donner une contenance d'ici demain, et de verrouiller à double tour ce qu'elle ne devait révéler à aucun prix.
Il ne s'était rien passé en son absence, les choses n'avaient pas évolué d'un iota. Du moins l'aurait-elle voulu croire.
Mais alors qu'il levait la main pour saisir la poignée, il s'interrompit.
- Je sais que ce n'est pas très poli envers toi, mais je crois que je vais me coucher de bonne heure ce soir. Je somnolais déjà pendant le trajet.
- D'accord. Ça ne me dérange pas, ne t'en fais pas.
Elle avait jailli du canapé presque d'un bond. Rien à faire, son attitude ne trahissait que trop son malaise. Elle savait qu'elle ne tromperait personne, surtout pas lui.
Il l'observait du coin de l'œil, par-dessus son épaule. Sa raideur et son empressement à le voir sortir ne pouvaient lui avoir échappé. D'autant plus que l'absence totale de chaleur dans leurs retrouvailles - qui plus est, de la part de sa fiancée d'ordinaire si attentionnée - était tout sauf anodine. Il l'avait vu sourire, certes - mais d'un sourire qui n'était pas le sien.
Un court silence acheva de désarçonner la jeune fille. Il n'avait toujours pas ouvert la porte. D'un moment à l'autre, la question qu'elle ne voulait pas l'entendre prononcer mettrait fin à cette mascarade.
- Tu devrais aller te reposer, toi aussi.
Elle attendit.
Mais ce fut tout. Il ne demanda rien.
Elle en oublia de répondre.
Le dos tourné, il s'apprêtait à quitter la pièce, brisant là. Mais cela ne présageait rien de bon. Sa pitoyable performance n'avait pu qu'alimenter ses doutes. Et peut-être pire encore...
Dans un élan soudain, elle traversa la pièce, et l'enlaça avec un empressement fébrile, le visage enfoui contre son torse.
Inutile de faire semblant. Les mots se bousculaient pour tenter d'exprimer le furieux imbroglio d'émotions qui la secouait.
- Parle-moi…
Tout. Tout, sauf ce silence insupportable. Et pourtant, elle le savait mieux que quiconque. S'avouer vaincue revenait à franchir le point de non-retour.
Nanamine avait fermé les yeux. Ses doigts agrippaient doucement l'étoffe blanche de sa chemise. Si seulement il pouvait ne plus la regarder aussi crûment, comme une main qui plonge sans retenue dans la terre meuble pour en arracher tout ce qu'elle trouve. Elle qui n'avait rien à lui opposer, sans doute parce qu'elle ne le pouvait simplement pas. Mais plus encore parce qu'elle n'en avait jamais eu l'intention.
Jamais Akashi n'avait été une menace à ses yeux. Elle lui aurait tout dit, sans l'ombre d'un remords. Mais aujourd'hui, elle devait se taire. Il était la dernière personne à qui elle aurait pu se confier. Et voilà qu'elle se sentait céder à mesure qu'elle respirait dans le creux de son cou. L'angoisse de se retrouver seule l'envahissait. Comme l'hiver dernier, comme huit mois auparavant.
Ils restèrent immobiles. Il ne disait rien. Il ne l'avait pas prise dans ses bras. Tout contre lui, elle ressentait la distance infranchissable qui les séparait.
Lentement, deux mains se posèrent sur ses épaules, la faisant frissonner. Elle maintenait ses paupières fermées – même si elle savait qu'il s'apprêtait à l'écarter de lui. Elle sentit la chaleur contre laquelle elle s'était blottie s'éloigner peu à peu. Et lorsqu'elle en fut tout à fait séparée, elle leva le visage, et ses yeux la transpercèrent.
- Makoto ?
Elle se sentait trop vide pour pleurer. Elle n'aurait pas su se détourner non plus. L'idée ne lui vint même pas. Comble du paradoxe, cette pensée qu'elle se remémorait dans les moments noirs lui revint.
Je ne suis pas toute seule. Il est là avec moi. Je peux lui faire confiance, je le pourrai toujours.
- Dis-moi ce qui te préoccupe, depuis tout à l'heure.
A peine eut-il prononcé cette phrase que son sens sembla le frapper brusquement, comme un contrecoup. Il s'interrompit. Nanamine vit la consternation qui traversait ses yeux.
Il avait perçu sa peur de parler, de lui parler à lui.
Ce qui la torturait avant même qu'il ne franchisse le seuil de cette maison, cela ne pouvait être qu'une seule et unique chose.
Elle se rendit compte qu'il ne lui tenait plus les épaules. Il était droit comme une statue, la toisant froidement. Elle regardait ailleurs, se laissant doucement emplir par une vague de fatigue et de reddition.
- J'aurais préféré… attendre encore avant de te le dire. Pour lui laisser un peu de temps…
- Tu essayais de me le cacher.
- Tu crois que je suis naïve au point de croire que tu ne serais jamais mis au courant ? Je ne fais pas ça contre toi, Seijûrô, je ne ferais jamais ça.
Pour une raison qu'elle ignorait, sa voix s'était brisée aux derniers mots. Elle se tut, et cette fois, malgré son épuisement, elle sentit qu'une chaleur humide lui brûlait les paupières. Ses joues devaient être rouges, comme toujours lorsque ses émotions débordaient. Il s'en serait aperçu, nécessairement. Et elle ne pouvait que ravaler sa honte.
Pourtant, lorsqu'il reprit la parole, sa voix lui parut plus proche.
- Mettons les choses au clair : c'est bien de Tetsuya dont il est question ?
Peu importe. Plus besoin de veiller à ce que tout s'écoule sans accroc.
La mécanique s'était inversée.
- Oui. Il s'est réveillé.
Le ciel était sombre. La nuit venait à peine de tomber.
Non…
Il faisait froid, il était dehors. Ses mollets dénudés le faisaient trembler. Autour de lui se dressaient des murs en béton. Il grelottait, debout sur un toit.
…
Il regardait droit devant lui. A quelques pas, une silhouette se tenait immobile. La pluie cinglante ricochait sur son corps détrempé.
Pas ça…
Akashi.
Celui qui se dressait face à lui était Akashi.
Il n'était qu'une ombre. Mais il n'avait plus de doute, désormais.
C'était lui.
Non, je…
Il voulait hurler, plaquer ses mains contre ses oreilles pour couvrir la voix. Mais une fois de plus, les mêmes mots retentirent, les mêmes paroles tranchantes, tandis qu'il se débattait de toutes ses forces, immobile. Figé par le froid de l'eau et des sons.
Je ne veux pas voir ça !
Enfin, l'étau céda. Il jaillit du lit, comme projeté par un lance-pierre. Sitôt qu'il eut ouvert les yeux, il buta contre une surface dure et tiède, et se retrouva dans sa chambre. Un long rectangle de lumière jaillit sur le papier-peint et s'élargit peu à peu. Lorsqu'il tourna la tête, à demi aveuglé, il vit qu'on avait ouvert la porte, et que le couloir derrière elle était allumé. Dans l'encadrement se tenait quelqu'un, mais ce n'était plus la silhouette du rêve. Le sol gris et le ciel froid avaient disparu.
- Tetsu-kun ?
Elle s'approcha et s'assit sur le bord du matelas. Son visage était à demi éclairé, assez pour qu'il distinguât l'effarement et l'inquiétude qui bouleversaient ses traits. Elle approcha sa main de son front, et il recula dans un sursaut, se heurtant au mur une seconde fois.
- Tout va bien. C'était un rêve, je suis là maintenant.
Il sentait ses épaules s'élever et s'abaisser à une cadence folle, et réalisa combien sa respiration était erratique. Fermant les yeux, il la laissa presser sa paume contre son front. Elle l'en ôta presque aussitôt. Il était trempé.
- Ne t'inquiète pas. Respire, je vais chercher une serviette.
- Non !
Il s'exclama d'un ton rauque, qu'aucun d'eux ne reconnut comme étant sa voix. Inconsciemment, il avait saisi le bras de Momoi pour la retenir. Elle avait à peine commencé à se lever, et resta un moment en suspens. Seul résonnait son souffle saccadé, dans la pénombre.
Doucement, elle posa sa main sur la sienne. Chaleur tendre contre moiteur glacée.
- Je reviens tout de suite, promis.
- Je préfère venir avec toi…
Malgré tout le souci qu'elle se faisait pour lui, elle trouva le moyen de lui sourire. Il sentait que ses tremblements s'apaisaient, quoiqu'il fût encore loin d'être serein. Sans lâcher son poignet, il la laissa le guider jusqu'au salon, où elle le fit s'asseoir sur le canapé. La lumière vive des lampes au plafond acheva de le réveiller. Curieusement, il en éprouva un sentiment de sécurité.
Momoi s'accroupit et lui tendit une petite serviette, qu'il se passa lentement sur le visage.
- Je vais te faire un truc chaud à boire. Tu vas prendre froid en ayant autant transpiré…
Il n'aurait trop su dire combien de temps s'écoula avant qu'elle ne revienne avec une tasse de chocolat entre les mains. Même lorsqu'elle lui passa une couverture sur les épaules, il resta interdit, le regard perdu dans le vide. Il but presque goutte par goutte. Le chocolat était bouillant. Elle gardait le silence, assise sur le bord opposé du sofa. Elle attendit qu'il éloigne le mug de ses lèvres.
- Comment tu te sens ?
La réponse n'allait pas de soi. Il hésitait toujours entre la franchise et la diplomatie lorsqu'il devait répondre à Momoi.
- Mieux que quand j'étais endormi.
Il resserra le plaid autour de lui. Ses frissons avaient presque disparu.
- J'ai fait beaucoup de bruit ?
- Tu parlais fort, j'avais l'impression que tu criais. Tu disais que tu ne voulais pas voir…
Il ferma brusquement les yeux. Souvent, avec le réveil s'évaporent les souvenirs de nos rêves, que l'on s'échine à se remémorer sans grand succès. Mais les cauchemars sont autrement plus tenaces. Ils impriment leurs pires séquences dans notre cerveau, ils les greffent sur nos yeux. Si bien que sous ses paupières, Kuroko se trouva de nouveau debout sur le toit obscur. Il les rouvrit aussitôt.
- Excuse-moi, je ne devrais pas en parler comme ça.
- C'est rien, ça va passer.
Mais il se demandait comment. Ce rêve le poursuivait depuis des jours. Un souvenir, plus qu'un rêve, qui le hantait. Et maintenant, il redoutait l'instant où le sommeil le gagnerait à nouveau.
- C'est à cause de ce que Midorin a dit ?
Le réveil sur le bar affichait 3h50. Aussitôt, Momoi perçut le malaise qu'avait engendré sa question. Face à elle, ce n'était plus le Kuroko optimiste et déterminé qui était assis là. Il était pâle, ses mèches humides étaient ternes et plaquées contre son front, ses doigts serrées sur la tasse comme si elle allait lui échapper des mains. Et ses yeux, si grands, mais vides. Ils voyaient autre chose, au-delà du petit salon de l'appartement.
Elle ne savait pas quoi dire pour le tirer de sa torpeur. Faire comme si de rien n'était lui semblait malgré tout la pire des solutions. Lui prenant doucement la tasse des mains, elle la déposa sur la table, et s'assit derrière lui. Elle lui demanda de rester dos à elle et de ne pas bouger. Elle posa ses mains sur ses épaules, exerçant une légère pression des pouces sur ses muscles raidis. Il trembla brusquement, lui lançant un regard alarmé.
- Laisse faire, je touche ma bille en massages.
Elle continua à faire rouler ses doigts de façon circulaire, sans un mot. Kuroko ne répondit pas, et laissa son regard se poser vaguement sur le coussin qu'il avait devant lui. Progressivement, elle descendit le long de son dos.
Il ne pensait à rien. Il entendait le ronronnement sourd du réfrigérateur. La respiration achoppée de Nigô dans son panier. Son souffle à lui ne lui paraissait plus si bruyant. Lorsqu'elle ralentit, tout doucement, jusqu'à laisser ses mains immobiles contre ses épaules, il se rendit compte qu'il avait fermé les yeux. Et que les images s'étaient dissipées.
- Merci.
Il se retourna, et lui adressa un mince sourire. Il craignit qu'elle ne parût toujours aussi préoccupée, mais son expression à elle aussi s'était considérablement détendue.
- De rien.
Il avait repris ses esprits. Du moins, assez pour aligner deux idées cohérentes. C'était suffisant.
- Momoi-san, tout à l'heure, quand Midorima-kun a parlé de…
Il aurait voulu le faire sortir d'une traite, mais le nom resta coincé dans sa gorge. Il reprit aussitôt, malgré les quelques tressautements dans son intonation :
- Quand il a parlé d'Akashi, tu as essayé de l'en empêcher. Pourquoi ?
C'était son tour d'être direct. La jeune fille gigota sur le canapé, comme si changer de position aurait rendu la situation moins inconfortable.
- Parce que j'avais peur que tous ces mauvais souvenirs te reviennent.
Il allait ouvrir la bouche, mais elle le prit de court.
- Je ne veux pas te cacher la vérité, Tetsu-kun ! En tout cas, pas définitivement. Je veux juste que tu aies une chance de te reconstruire et de pouvoir tenir le coup quand… quand tu l'apprendras. Je ne suis pas complètement à côté de la plaque, je sais bien que tu te rappelleras, un jour ou l'autre. J'ai juste l'impression que ça ne doit pas être maintenant, pas encore. Mais si ça se trouve, je me trompe complètement.
Lui se demandait si cette persistance à garder son passé hors de sa portée n'était pas plus angoissante encore que de le lui avouer tout net. Il ne se rappelait pas. Aucun souvenir tangible ne lui revenait. Seulement des émotions, des malaises de plus en plus violents, à chaque fois qu'un mot tabou se glissait dans la conversation. Un sentiment de détresse sans images, comme si on lui avait bandé les yeux pour le livrer ensuite à cet insupportable jeu de piste.
- Je refais le même rêve toutes les nuits. Je revois la même scène. Cette fois, j'ai juste pu mettre un nom sur la personne que j'y vois et qui me parle. Je suis convaincu que cette discussion a vraiment eu lieu. Mais c'est tout. Je ne me souviens même pas de son visage.
- Et… qu'est-ce qu'il te dit, dans ce rêve ?
Son regard s'assombrit tout à coup, et il baissa la tête, de sorte qu'elle ne discerna plus rien à travers ses cheveux ébouriffés.
- Pas des choses agréables à entendre. Je ne sais même pas pourquoi…
Il sentit qu'elle passait son bras par-dessus son épaule. Sur le moment, il se demanda pourquoi elle l'attirait vers lui, pour finalement le serrer contre elle avec tant de tendresse. Comme un enfant qu'elle aurait voulu consoler. Il ne voyait que son épaule, et sa voix murmurait tout contre son oreille.
- Je suis désolée, Tetsu-kun…
C'est seulement en voyant une petite tâche sombre se former sur la manche de sa chemise de nuit qu'il comprit qu'il pleurait.
- Tiens, c'est prêt.
Nonchalamment, comme à son habitude, mais avec une infime délicatesse qu'il réservait à ses créations les plus réussies, Murasakibara déposa la boîte cartonnée sur le comptoir, joliment agrémentée d'un fil doré. Cette fois, il ne prit pas la peine d'aller jusqu'à la caisse enregistreuse pour y taper en ronchonnant le montant de la commande. C'était un gâteau spécial, pas le genre à être servi tous les jours et à n'importe qui. Celui-là était l'un de ceux qu'il réservait à une personne très particulière, et qu'il ne préparait que lorsque celle-ci lui en faisait la demande. D'habitude, même ses réalisations privées finissaient par figurer à la carte, mais ce client-là était de ceux qui préfèraient se réserver l'exclusivité de leur dessert attitré.
- Wouah, j'ai même droit à une belle boîte ! Tu sais comment me parler, Murasakicchi~
- Hmm ? Je vois pas comment tu aurais pu le transporter autrement, mais bon…
Assis au bar non loin d'eux, Himuro rit doucement, et prit une nouvelle bouchée de cheese-cake. Le coup de feu de l'après-midi n'avait pas encore débuté, et le salon leur offrait l'un de ses rares instants de tranquillité. Kise glissa deux doigts sous le rabat pour y jeter un coup d'œil, le bout de sa langue dépassant d'entre ses lèvres et lui donnant un petit air malicieux. Il aperçut la surface gondolée du gâteau à la banane parsemé de zeste de citron, et ne put retenir un gémissement de plaisir et d'impatience.
- Il sent tellement bon ! Je ne sais pas si je résisterai jusqu'à ce que je sois dans ma loge !
- Fais comme tu veux, moi je te préviens juste que j'en referai pas tous les quatre matins. Ça me prend du temps de faire un gâteau entier comme ça, et en plus je ne peux même pas en faire à la chaîne parce qu'il n'y a que toi qui en mange…
Kise enveloppa le paquet dans ses bras, les yeux luisant de convoitise.
- Personne ne l'aura, il est rien qu'à moi !
- Ouais, ouais...
- Au fait, Himurocchi, tu as réfléchi à ma proposition ?
Sa question modifia l'atmosphère du tout au tout. Himuro se détourna complètement de son dessert et posa sur lui son iris aux reflets argent, celle qui n'était pas recouverte par ses cheveux. Murasakibara l'observa du coin de l'œil, comme s'il lui lançait un avertissement muet. Mais le jeune homme ne s'en soucia guère.
- J'y ai même pensé toute la soirée. Et, sincèrement, ça me tente bien de retourner marquer quelques paniers.
- Alors tu acceptes de faire partie de l'équipe ?!
- Murochin, je croyais que ton choix était pas encore arrêté.
- Eh bien maintenant, c'est fait.
- Tu en as parlé à Murasakicchi ?!
- Il n'est pas d'accord pour que je m'y remette.
- J'en ai ma claque du basket, et je pensais que toi aussi.
- Tout le monde ne se blase pas aussi facilement que toi.
Kise fut quelque peu désarçonné par le ton provocateur de Himuro. Lui ne se serait pas risqué à titiller son ex-coéquipier, fort peu commode lorsqu'il venait à prendre la mouche. Visiblement, son camarade plus âgé n'avait pas peur de jouer avec le feu.
Murasakibara passa dédaigneusement une main dans sa tignasse pour s'assurer que son élastique était toujours là, ignorant ostensiblement Himuro. Celui-ci le regardait en silence, la cuillère suspendue dans sa bouche. Il avait nettoyé son assiette jusqu'à la dernière miette, à croire qu'elle venait d'être sortie de l'étagère.
Kise consulta sa montre, soupira, puis ramassa sa sacoche adossée contre le comptoir.
- Bon, il faut que je file, j'ai rendez-vous dans vingt minutes. Merci pour le gâteau, Murasakicchi, ça va me motiver ! Himurocchi, on se voit ce week-end alors !
Himuro le salua en souriant, tandis que son acolyte se contenta d'une espèce de murmure monosyllabique inarticulé. Kise ne s'en formalisa pas - Murasakibara était et avait toujours été juché sur quelque sommet du flegmatisme inaccessible au commun des mortels, telle une cigogne sur une cheminée alsacienne. Il arrivait parfois au blondinet de se demander si sa taille aberrante ne lui avait pas donné les moyens de voir au-dessus des soucis du quotidien - ou si son physique et son attitude n'avaient simplement aucun rapport.
Lorsque la cloche au-dessus de la porte eut cessé de tinter, Himuro se tourna à nouveau vers le jeune homme à la chevelure violette, qui faisait mine de se plonger dans le capharnaüm de son carnet de commandes.
- Tu es fâché ?
Pas de réponse. A tout le moins, il était très contrarié.
- Je trouve ça dommage que tu sois resté sur une impression aussi négative quand tu as arrêté de jouer. Tu as des dispositions exceptionnelles, ça crève les yeux…
- Bizarrement, je l'ai souvent entendue, cette phrase.
- Commence pas à faire ton gamin boudeur et laisse-moi finir. Tu n'as pas juste jeté l'éponge parce que tu n'avais plus envie de faire de la compétition. Après l'accident de Kuroko, tu as décrété que sans le basket, rien de tout ça ne serait arrivé, et tu as tiré un trait sur 15 ans de ta vie d'un seul coup.
- J'ai pas commencé le basket à 3 ans…
- Okay, 13 ans de ta vie, quelle différence ? Tu crois vraiment que c'était la bonne chose à faire ? Que quand un problème s'immisce quelque part, il suffit de regarder dans une autre direction pour qu'il disparaisse ?
La page que s'apprêtait à tourner Murasakibara se froissa bruyamment entre ses doigts. Himuro se tut. Derrière les longues mèches qui pendaient de chaque côté de son visage, il ne discernait pas vraiment son expression, mais il n'en avait pas besoin pour savoir que, cette fois, il l'avait énervé.
- Tu as tort sur un point, Murochin. L'accident de Kurochin, ça a rien déclenché du tout chez moi. Ca a juste confirmé ce que je pensais depuis le collège. A un moment donné, le basket a foutu la merde entre nous, et peu importe combien on était forts, rien ne s'est jamais arrangé. En fait, ça a fait qu'empirer les choses.
- C'est vraiment le basket qui est à l'origine de tout ça ? Ce n'est pas plutôt quelque chose d'autre… ou quelqu'un ?
Murasakibara referma le carnet de commandes d'un coup sec, jeta sa serviette en travers de son épaule, et marcha droit vers les cuisines. Himuro ferma les yeux, tentant de contenir sa frustration.
Chaque fois qu'ils abordaient ce sujet, la conversation tournait court, s'achevant presque à coup sûr sur une engueulade. Il avait beau continuer d'espérer, constater son échec jour après jour le laissait de plus en plus amer. Quelle que soit l'approche tentée, Murasakibara faisait la sourde oreille, et fuyait le débat dès qu'il flairait les intentions de Himuro.
Il ne voulait pas avoir à s'expliquer. Et surtout pas laisser le doute le gagner.
Alors qu'il contemplait ses poings contre le zinc, Himuro entendit la voix du fuyard retentir depuis la porte battante.
- Sérieux, tu me prends la tête, des fois.
Le dernier mot.
Tenant la boîte cartonnée par en-dessous pour préserver au mieux le trésor inestimable qu'elle contenait, et gonflé du sentiment d'avoir rempli sa mission de recruteur, Kise quitta le salon de thé, et remonta la rue à pied. Le studio photo de cette femme étrange aux lunettes de soleil se trouvait à quelques blocs seulement. Sans cela, il n'aurait probablement pas pris l'initiative de passer le bonjour à son vieux camarade de collège. Bien que leurs conversations se fissent sur un ton naturel, ils se voyaient rarement. Kise savait garder le contact, mais ses relations se cantonnaient bien souvent aux simples visites de politesse. Son quotidien consistait davantage à cohabiter avec ses différents employeurs qu'à partager des moments privilégiés avec ses proches. Lorsqu'il venait à y penser, il se disait qu'il n'avait pas le temps de se consacrer outre mesure à ses vieux amis, et balayait le problème du revers de la main. Pourtant, à cet instant, alors qu'il se rendait à l'adresse convenue, il eut le sentiment qu'il était plus seul que jamais.
Il trouva sans peine le studio d'après le plan, et pénétra dans le bâtiment, dont la façade était ornée de la plaque dorée de la célèbre revue de mode que dirigeait sa mystérieuse interlocutrice. Il avait beau ne pas avoir accepté son offre du premier jour, il éprouvait néanmoins un certain malaise à l'idée de la rencontrer de nouveau. Certes, il avait posé ses conditions, mais il ne savait pas vraiment à quoi s'attendre. Quelque chose au fond de lui lui soufflait qu'il avait fait preuve de faiblesse en lui accordant le bénéfice du doute, ni plus ni moins. Qu'il aurait dû passer son chemin, et écouter sa conscience – peut-être.
Il n'eut même pas à se donner la peine de chercher : la rédactrice était là, devant sa loge. Comme la dernière fois, elle lui souriait derrière ses verres polarisés. Kise prit le temps de l'observer plus en détail : elle était blonde, presque rousse, et il avait peine à déterminer s'il s'agissait d'une coloration ou non, ses racines étant dissimulées par le large chapeau noir qu'elle portait. De lourdes et soyeuses boucles aux reflets éclatants tombaient avec grâce sur ses épaules, tout juste couvertes par un châle vaporeux. Elle portait une robe courte et cintrée, agrémentée de quelques brillants, qui, associée à ses escarpins, constituait une singulière tenue de travail. Des bijoux discrets venaient saupoudrer l'ensemble, et le jeune homme n'eut pas besoin de mener un examen plus poussé pour deviner l'opulence qu'impliquait ce luxueux attirail. Donner son âge était, bien entendu, malaisé : toute femme suffisamment versée dans l'art du maquillage paraissait aisément dix ans de moins. Au minimum, il jugea cependant qu'elle devait être trentenaire.
- Ravissant. Je dois t'avouer que j'ai un faible pour les hommes ponctuels.
- Bonjour.
Il regretta bien vite son ton acerbe lorsqu'il la vit sourire de plus belle. Il répondait trop facilement à ses provocations. Encore un peu et elle le mènerait à la baguette, s'il n'était pas plus prudent. Le tout était d'être détaché – du moins, de le paraître.
- Puis-je accéder à ma loge ? Je suis un peu chargé.
- Si tu veux, mais tu n'en auras pas grande utilité.
Le sens de sa phrase lui échappa.
- Pardon ?
- Tu n'auras pas besoin de cette loge tout de suite, je n'ai pas réservé le studio photo pour aujourd'hui.
- Mais alors qu'est-ce que je fais ici ?
Elle semblait décidément beaucoup s'amuser, à le faire tourner en bourrique, et lui avait de plus en plus de mal à contenir son animosité.
- Je t'ai fixé ce rendez-vous, mais je n'ai pas parlé de photos, je crois ?
Il n'en fallut pas plus pour qu'il se sentît parfaitement ridicule. Aucun doute, elle se moquait de lui.
- Alors qu'est-ce que vous voulez, au juste ?
- Allons, ne t'énerve pas pour si peu… Tu as de la chance, je suis quelqu'un de très patient. On va reprendre depuis le début.
Il se maudit intérieurement d'avoir un gâteau sur les bras, sans quoi il l'aurait allègrement giclée de son périmètre vital.
D'un mouvement d'épaule qui avait quelque chose de provocateur, elle se rapprocha de lui.
- Je voulais te faire une proposition, mais pas de celles qui se font par téléphone. C'est une occasion exceptionnelle, tu comprends.
Il eut à peine le temps de se demander s'il s'était déjà retrouvé dans une situation plus ambigüe, qu'elle lui glissa à mi-voix :
- Ce soir a lieu un gala organisé par de grandes maisons de mode. Il se tient dans l'un des plus beaux hôtels de Ginza. Je serais tout à fait enchantée si tu m'y accompagnais.
- Et qu'est-ce qui vous fait penser que j'aurais ma place dans ce genre de réception ?
- Chaque chose en son temps. Je t'ai gardé le meilleur pour la fin. Cette soirée met à l'honneur les nouveaux talents. Si tu y viens en tant que mannequin de notre revue, tu te feras un carnet d'adresse plus fabuleux que tous tes jeunes collègues ne s'en composeront en une vie.
Kise resta muet. Rien ne faisait sens, il se demandait presque si elle ne l'avait pas pris pour quelqu'un d'autre. Il avait beau bénéficier d'une cote de popularité exponentielle depuis quelques mois, une telle consécration semblait tout bonnement tomber du ciel. Surtout, il n'en discernait pas la contrepartie.
- Je ne vous suis pas. Qu'est-ce que vous pouvez gagner à me présenter à de telles pointures ?
D'un coup, elle s'esclaffa, couvrant sa jolie bouche bordée de rouge du bout des doigts. Elle n'avait rien perdu de sa superbe le temps d'un petit rire, comme si chaque geste, chaque attitude était minutieusement étudiée.
- Tu te sous-estimes terriblement, jeune homme. Quelle femme ne se sentirait pas flattée d'être escortée par un bel adonis lors d'un gala aussi couru que celui-là ? Dans notre monde, qui plus est, l'apparence est capitale, plus que partout ailleurs.
Ce qu'elle considérait comme « leur monde » était sans nul doute l'univers aveuglant de la mode et de ses luxueux atours. S'il parvenait à se faire remarquer par quelqu'un du milieu, son avenir était tout tracé. Mais il chassa vite cette pensée bien trop vaniteuse à son goût. Il devait garder à l'esprit ce qu'il s'était rappelé tout à l'heure : prudence, quelles que soient les circonstances.
- En résumé, vous parrainerez mes débuts, pour en échange avoir un bras auquel parader toute la soirée ?
Son sourire n'aurait pu être plus large. Il laissait même apparaître quelques-unes de ses petites dents blanches, serrées les unes contre les autres.
- La formule me semble tout à fait appropriée. J'en conclus que tu acceptes ma proposition ?
- A condition d'avoir votre parole. Je ne compte pas m'y rendre pour me promener. Du moins, pas seulement.
Ce fut une main toute fine et découverte qu'elle lui tendit en guise d'acquiescement.
- Marché conclu.
La ruelle était jonchée de résidus inidentifiables, des emballages en décomposition mêlés à de vagues relents de pourriture. A cela s'ajoutaient des centaines de mégots qui s'agglutinaient contre les murs de béton. La voie désaffectée ne paraissait pourtant pas si insalubre lorsqu'on l'abordait au détour d'une rue passante, comme il en existe partout en banlieue. Seulement, une fois la rumeur des commerces laissée derrière soi, la ruelle engloutissait tout ce qui venait à elle dans son cloaque obscur. C'était un lieu sinistre, un lieu que ne trouvent que ceux qui ne le cherchent pas.
Passée l'apparence extérieure, les nouveaux sons qui parvenaient aux oreilles du marcheur égaré s'avéraient autrement plus susceptibles de susciter l'angoisse. Les pas précipités des silhouettes fuyantes à l'autre bout, dans l'ombre, les rires éraillés d'hommes en perdition. Aussi loin qu'il se souvenait, jamais Kiyoshi n'avait mis les pieds dans un endroit aussi glauque.
Les quelques êtres désœuvrés qui traînaient dans les parages le jaugeaient du coin de l'œil, rechignant à chercher des noises à ce type dont la carrure les tenait en respect. Pour le moment, songea l'ex-joueur de Seirin. Il n'avait aucune intention de s'attarder.
L'arrivée d'un nouveau venu dans la ruelle ne passait pas inaperçue. Ce qui, paradoxalement, fut une aubaine pour lui, car au bout de quelques minutes, un jeune homme sortit d'un bar aux abords peu alléchants et s'approcha de lui. Il avait les mains dans les poches, et la tête baissée, mais n'en dévisageait pas moins Kiyoshi de ses prunelles grises. L'air menaçant, il se fondait parfaitement dans le décor.
- J'ai cru que je ne te trouverais pas.
- Parle moins fort, crétin. Tu te fais déjà assez remarquer.
D'un regard, il fit fuir les badauds qui les épiaient depuis le seuil d'une taverne. Puis il s'approcha davantage, de façon à ne plus converser qu'à voix basse. Il était suffisamment près pour que Kiyoshi constate qu'il avait la lèvre inférieure fendue, et un hématome jaunâtre sur la pommette.
- Tu t'es encore bien amoché depuis la dernière fois.
- C'est vieux, ça.
- Ca n'était pas là quand on s'est vu.
Son insistance lui valut un regard noir de la part de son interlocuteur.
- Qu'est-ce que tu veux, Kiyoshi ?
- Tu continues à fréquenter ces types…
- Qu'est-ce que tu me veux, merde ?! Tu vas pas encore me faire chier avec tes remarques à la con. Je te l'ai déjà dit : on vit pas dans le même monde, toi et moi.
Kiyoshi se rembrunit. Il n'aimait pas cette situation, et voir son visage tuméfié à nouveau n'était pas pour le rassurer. Mais le moment et le lieu étaient particulièrement mal choisis pour s'attaquer au problème.
- Je suis venu te proposer quelque chose.
- Tiens donc. Encore un tête-à-tête moralisateur autour d'un BigMac ?
- Plus tard, si tu veux. Mais je pensais à une chose un peu plus poussée.
Sentant la méfiance poindre chez son vis-à-vis, Kiyoshi se fit aussi direct que possible.
- Je voudrais te proposer de rejoindre l'équipe de basket de Kuroko.
