Bonjour~

Il fait chaud, il y a du soleil, et moi je passe ma vie sur mon ordi. Complètement déphasée. Mais bon, je pense que je suis pas la seule dans ce cas-là ! ( - . 6)

Bonne nouvelle : ce chapitre est moins long que le précédent (alléluia !). C'est un chapitre de transition avec le prochain, du coup il sera aussi un peu plus calme... Pas pour longtemps, faut pas déconner ( = v =)

Laura-087 : Je pensais pas que c'était possible, et pourtant ton commentaire était tellement long que ma boîte mail refusait de l'afficher en entier ! XD Mais merci, ça me fait super plaisir à chaque fois, j'attends presque ce que tu vas pouvoir en dire quand un nouveau chapitre est posté ( o v o) Maintenant, je vais essayer de répondre... XD Je parlerai de Hanamiya plus tard (même si on le voit pas mal dans ce chapitre !) Quand à l'ambiance générale dans l'équipe, je te laisse constater par toi-même~ Et oui, c'est bien Nanamine qui va jouer les tirelires, mais pas que ! D'ailleurs je pense qu'elle n'a jamais été aussi présente que dans ce chapitre, en tout cas ses absences ne sont pas exclusivement dues à Akashi.

Aomine ne le pense sans doute pas, mais il a de la chance d'avoir Imayoshi avec lui x3 Mais il lui faudra encore un petit coup de pouce pour changer d'avis.

Allez, pour une fois, je vais parler d'Akashi (mais juste un tout petit peu ! X3) Le Akashi qui "domine" depuis l'hiver dernier est celui qui a émergé à la fin du collège, jusqu'à la fin de la première année de lycée (le pas très sympa, "bokushi" pour les intimes ~). Vu que la Winter Cup de la première année n'est pas terminée dans le manga, je suis partie du principe que Seirin avait gagné la finale et ce faisant, Akashi était redevenu celui qu'il était au tout début du collège (ce pronostic n'engage que moi~). Et puis lors de l'incident d'il y a huit mois, les choses se sont gâtées. Nanamine a tendance à se culpabiliser, mais je ne peux pas en dire plus sur les responsables de cette histoire pour le moment ;3 En tout cas, cette scène a lieu la veille de la discussion entre Akashi et Kuroko sur le toit.

Aaah, j'aimerais tellement dire plein de choses sur ce mariage, mais c'est encore trop tôt ( TT TT) Je me contenterai de dire que Midorima en savait plus que Kuroko (paradoxalement ? x) ) C'est tout pour cette fois !

buli-chan : Merci. Je me demande vraiment comment je me suis débrouillée pour avoir une intrigue aussi emmêlée ( = v =) Une nouvelle forme de masochisme, sans doute xD

Kyoko77 : Merci n'amour, j'aime quand tu laisses des reviews ~ Je me disais qu'Aomine finirait par te manquer 8P Et pour Hanamiya, c'est que le début~ Mais y avait Akashi aussi, dans ce chapitre, au passage ! ( = v =)

chizumi-san : Encore une (très) longue review ! x3 Merci~ (j'aime beaucoup ton avatar, au passage). Je sais que cette fic ne brille pas vraiment par son humour et sa légèreté (ça contraste pas mal avec ma précédente, d'ailleurs !). Mais l'idée de base était pas particulièrement réjouissante, et comme KnB a un petit côté drama, j'ai pris le parti de faire une fic assez sérieuse :3 Mais ça n'empêche pas d'avoir des scènes gratuitement stupides de temps en temps xD

J'aime beaucoup Takao aussi, il se prend pas la tête et quand il est avec Midorin, ils sont juste trop mignons~ (fan de yaoi aussi xD). Akashi n'est pas méchant ! Enfin on dirait comme ça, mais en fait, pas vraiment ! (c'est très clair ce que je dis xD Laissez-moi encore un peu de temps et vous comprendrez tout !) Et oui, je sais que j'ai mis ce couple dans la description...

... ( = v =) Je ne dirais rien de plus là dessus xD Kuroko n'a pas été en mesure de faire grand chose jusqu'à maintenant, mais ça va bientôt changer !

Bon, j'ai beaucoup parlé cette fois xD Voilà la suite~


Dehors, le vent mugissait. Il soufflait à en faire trembler les panneaux en papier. Petite, dans la résidence qu'occupait sa famille à Kyôto, Nanamine aimait rester assise longtemps, la nuit, lorsque le temps tournait à l'orage, et écouter la vieille maison de bois murmurer doucement, au gré des rafales. Les maisons anciennes parlaient, les jardins japonais aussi. Nanamine les écoutait des heures durant. En les entendant lui parler, elle se sentait à l'abri. Comme dans un refuge, où elle n'était plus toute seule. Leurs voix couvraient celles des adultes. Alors, elle pouvait se convaincre, rien qu'un peu, que cet endroit isolé, ce lieu coupé du monde, avait malgré tout une petite place pour elle. Que d'une certaine façon, c'était aussi chez elle.

Mais dans cette demeure en plein cœur de la mégapole, rien ne lui rappelait sa vieille maison. Le portail en fer, la grande salle à manger, le salon et ses canapés pompeux, tout était si différent de ce qu'elle avait connu là-bas. Ici, les murs épais et les fenêtres claquemurées ne grinçaient pas. Le silence était absolu, jusqu'à ce que, d'un côté ou de l'autre, à l'étage ou au rez-de-chaussée, une âme ne vienne perturber la quiétude factice de ce lieu.

On frappa à la porte. Quelques petits coups contre le bois peint, et Nanamine se douta que c'était la femme de chambre qui venait la chercher. Elle n'était pas chez elle, et cela lui était cordialement rappelé chaque jour : quand bien même était-elle dans sa propre chambre, s'il lui fallait répondre présente, elle devait le faire aussitôt.

- Monsieur voudrait vous voir dans son bureau.

Sombre perspective. Hélas, inéluctable.

Ce n'était pas d'Akashi dont il était question. Malgré la froide réserve qui caractérisait chacune de leurs entrevues désormais, leurs relations ne s'étaient pas détériorées au point qu'il la convoquât pour s'entretenir avec elle. A vrai dire, ils se parlaient peu. Ils avaient beau vivre sous le même toit, la plupart du temps, ils passaient l'un à côté de l'autre sans mot dire. Bonjour le matin, bonsoir le soir, à la rigueur. Et c'était tout.

Nanamine se leva du lit sur lequel elle était assise et ouvrit la porte. La jeune femme l'attendait toujours dans le couloir.

- J'y vais.

- Très bien, suivez-moi…

- Je préférerais y aller toute seule.

Elle fréquentait la maison depuis suffisamment longtemps pour savoir où se trouvait le bureau.

Le bureau. Si les sons avaient eu des couleurs, ces trois syllabes auraient été pour elle d'un noir profond. Sombres comme un coffre au fond du cellier. Etre convoqué dans le bureau, c'était une sensation plus qu'un acte. Elle ignorait toujours ce qui se cachait exactement derrière chaque invitation. Elle sentait par contre distinctement chaque tissu de son corps se contracter, et la lumière fuir loin d'elle, comme aspirée jusqu'à la dernière goutte.

Plus concrètement, sa nuque se couvrait d'une sueur gelée, et presqu'aussitôt son corps tout entier frissonnait. A chaque fois, elle ne voyait pas les couloirs se succéder alors qu'elle marchait vers le bureau, focalisée sur ses efforts pour cesser de trembler – elle n'y parvenait jamais complètement. Puis, une fois devant la porte, elle se figeait. Elle levait la main droite, et, finalement, cognait deux fois avec son majeur. Les coups résonnaient dans sa tête alors que des voix lui hurlaient de partir. Mais elle ne bougeait pas. Ses jambes étaient roides. Elles ne se mouvraient à nouveau que lorsque l'ordre d'entrer retentirait, de l'autre côté de la porte. Et elle entrerait, immobile, comme si elle avançait sur un tapis roulant.

L'intérieur ne lui laissait aucun souvenir mémorable. On lui aurait demandé de le décrire qu'elle en aurait été incapable. Les objets, les meubles, l'atmosphère, tout gravitait autour d'un seul et unique point. Et, bien qu'elle ne l'ait jamais vraiment regardée dans les yeux, cette figure était tout ce qu'elle percevait. Elle focalisait son attention comme un aimant.

Lorsqu'elle entrait dans le bureau, elle n'était jamais seule face à lui. Les premières fois, sa mère était avec elle. Mais Akashi se trouvait toujours dans la pièce avant qu'elle n'arrive. Ils ne se disaient rien. Ils se tenaient debout, côte à côte. Puis ils repartaient ensemble. Mais c'était comme s'ils étaient seuls, à ressasser les mots qu'ils venaient d'entendre, sans pouvoir en parler.

- Entre.

Nanamine sursauta. Elle n'avait même pas réalisé qu'elle avait déjà toqué à la porte. Son bras s'était levé, machinalement. Sans réfléchir davantage, elle poussa la porte capitonnée, et franchit le seuil.

La pièce lui apparut subitement. Les livres soigneusement alignés sur les étagères des deux bibliothèques, les rideaux pourpres tout au fond qui masquaient le ciel, le petit lustre art nouveau, et le tapis démesuré dont elle connaissait chaque motif, chaque tache de café pour les avoir détaillées frénétiquement à chacune de ses visites. La seule partie du tapis qui lui était inconnue, c'était celle que cachait le bureau, un grand bureau en bois d'acajou, surmonté d'une lampe à la lumière jaune. Les bras croisés sur le revêtement de cuir, et vêtu d'un costume noir comme à chaque fois qu'elle le voyait, il ne la regardait que par intermittence, feuilletant un dossier sans doute plus digne de son attention que ce pour quoi il l'avait fait venir.

Elle était seule. Akashi n'était nulle part.

- Bonsoir, Monsieur.

Il lui jeta un rapide coup d'œil, murmura une réponse d'un ton grave, puis consulta sa montre. En pratique, les entretiens étaient toujours brefs. Il ne leur consacrait que peu de place dans son emploi du temps réglé à la seconde près. Il venait tout juste de revenir sur ses terres, et aurait sans doute déjà un dîner de prévu ce soir-là. Elle ne s'en plaignait pas, ses absences étaient une soupape nécessaire à l'étouffante rigidité des mœurs de la maison. Mais, lorsqu'il était là, ne pas répondre à ses sollicitations ne lui aurait pas traversé l'esprit. Elle n'avait pas son mot dire.

- Nanamine, ça faisait quelques mois que je ne t'avais pas vue.

Elle acquiesça en silence. Ses doigts s'entortillaient dans les plis de sa jupe. La seule chose qui la préoccupait, c'était de savoir ce qu'elle faisait là.

- Tu es ici depuis que tu as fini le lycée, n'est-ce pas ? Tu t'y plais ?

La question la prit de court. Quoiqu'il n'y eût pas à tortiller pour trouver la réponse adéquate.

- Oui. C'est tout proche de l'hôtel alors ça me permet d'y passer plusieurs fois par semaine. Je vous remercie beaucoup de votre hospitalité.

- J'ai entendu dire que l'hôtel que vous avez ici, à Tôkyô, ne cesse de s'illustrer par ses admirables performances.

Elle inclina la tête. Implicitement, il l'avait complimentée. Si son implication dans la gestion de l'établissement n'avait pas porté ses fruits, il n'aurait sans doute pas mentionné que l'hôtel était aussi le sien, tout autant que celui de sa mère. En tant qu'héritière, elle bénéficiait des parts de son père depuis son décès, et sa mère était actionnaire, à moindre pourcentage. Cependant, dans les faits, elle n'était jamais présente aux réunions de direction. Tant qu'elle serait mineure, son rôle était purement symbolique.

- Mais je pense que tu devrais t'investir un peu moins dans ses activités, du moins pour le moment. Les choses sérieuses vont commencer et tu devrais en profiter pour prendre un peu de temps pour toi.

Ne sachant ce qu'il fallait comprendre de ce sous-entendu, elle leva les yeux pour la première fois. Les siens étaient sombres, et durs. A peine les eut elle aperçus que sa gorge se noua.

- Seijûrô et toi, vous vous entendez bien, ces derniers temps ?

Il avait saisi un stylo et griffonnait à présent sur l'une des pages de son dossier. De toute évidence, il était loin d'être aussi secoué par la question que l'était la jeune fille.

- Oui, très bien… Même si je ne l'ai pas beaucoup vu récemment. Il était à Kyôto…

- Ah oui, c'est vrai.

Ses yeux s'étaient déjà fixés une fois de plus sur le tapis. Elle avait beau savoir qu'il était loin de se passionner pour ses peines de cœur, le constat restait amer. Après tout, c'était entre ses mains que son avenir se jouait.

- Je vais profiter de ma présence ici pour boucler les derniers préparatifs. J'aurais voulu fixer la date en septembre, mais on y est déjà, ça fera trop court.

Intérieurement, Nanamine souffla. Cela faisait un an que le mariage était devenu sa seule et unique perspective. Et pendant tout ce temps, son état d'esprit n'avait pas changé. Elle le redoutait. Quand bien même cette insupportable attente aurait dû s'éterniser encore des années, elle ne pouvait que se sentir rassurée à chaque fois qu'était repoussée l'échéance.

- Ce sera donc fin décembre.

Subitement, le sol se déroba sous ses pieds.

Ce n'était pas un report. Les dés étaient jetés.

- P… Pardon ?

Ses tremblements reprirent de plus belle. Décembre. C'était dans trois mois, à peine plus.

Une voix se fit entendre derrière elle. Elle n'avait pas remarqué qu'on avait ouvert la porte. Et elle oublia même de se retourner.

- Bonsoir.

Ses yeux s'écarquillèrent.

Akashi était là. Juste derrière elle.

A l'opposé, son père s'était redressé. Les pages se froissèrent entre ses doigts.

Et il cracha, le teint livide :

- Je ne t'ai pas dit de venir. Sors.

Nanamine resta immobile un court instant, pétrifiée par la froideur de son ton. Puis, lentement, elle se retourna.

Akashi était toujours près de la porte. Mais son expression lui porta un coup au cœur. Les yeux grand ouverts et fixés sur l'homme qui s'était déjà replongé dans son travail, il paraissait quatre ans de moins. Son regard, si troublé qu'elle ne le reconnaissait pas, était déchirant de souffrance. Elle ne pouvait rien. Et lui, le dos voûté comme un enfant saisi par le froid, ferma les yeux, s'effaça derrière la porte, et les laissa tous les deux seuls à nouveau.

La tristesse et l'impuissance submergèrent la jeune fille, isolée, debout dans cette pièce hostile dont elle mourrait d'envie de s'échapper. Celui qui déjà agissait comme son beau-père venait de franchir un nouveau pas dans le désaveu. Ce jour-là, pour la première fois, il n'avait pas pris la peine de s'adresser à son fils unique. C'était elle qu'il avait jugé bon d'informer des dernières avancées. Bien loin d'en retirer un quelconque honneur, elle en était meurtrie.

Alors que le loquet de la porte claquait, la plongeant dans le désarroi le plus total, elle réalisa que le maître des lieux avait cessé de lire. Il la fixait, comme s'ils n'avaient jamais été interrompus.

- Je crois que l'on s'en tiendra là pour le moment. Je dois partir dans quelques minutes. Des remarques ?

Un peu sonnée, Nanamine finit par faire signe que non.

- Je pense que tout se fera à Tôkyô. Ta mère nous rejoindra sans doute quelques jours avant, vu comme elle est réticente à l'idée de quitter Kyôto, même pour une semaine… Bon, tu peux y aller. Bonne soirée.

- … A vous aussi.

Elle recula, marcha vers la porte. Que ce fût pour entrer ou pour sortir, ses pieds étaient toujours aussi lourds. La porte se referma derrière elle, la laissant dans le couloir vide.

Elle regarda à droite, puis à gauche. Akashi n'était plus là. Elle repensa à la façon dont il avait été congédié, et ferma les yeux. Vieux réflexe, lorsque lui revenait en mémoire un évènement dont elle avait honte. Elle fermait les yeux, comme si cela pouvait suffire à effacer l'humiliation. Habitude puérile, absurde. Comme si l'on pouvait trébucher et faire semblant de ne pas voir la boue qui recouvrait ses genoux, une fois relevé.

Marchant dans la direction opposée à celle de sa chambre, elle arpenta les couloirs jusqu'à la pièce la plus retirée du rez-de-chaussée, celle qui donnait sur le petit jardin, à l'arrière de la maison. C'était une chambre à présent, mais jusqu'à l'hiver dernier, elle avait été utilisée comme un salon de détente.

Elle posa la main sur la porte. Une porte coulissante, sur laquelle il aurait été incongru de frapper.

- Je peux entrer… ?

Elle n'était pas bien sûre d'avoir entendu la réponse, mais s'abstint de répéter. Ôtant ses chaussons, elle tira le panneau latéralement, et le repoussa sans un bruit derrière elle. Seul le petit claquement du bois lorsqu'il rencontra le mur signifia qu'elle était entrée.

En dehors d'une table de shôgi et d'un futon, l'espace privé d'Akashi était singulièrement vide. Les panneaux de papier au bout de la pièce avaient été tirés, et l'ouverture donnait sur une petite terrasse, d'où l'on pouvait observer le jardin.

Une lampe était allumée près du matelas. Assis sur les draps qu'il n'avait pas défaits, Akashi ne la voyait pas. Son regard se perdait vers l'extérieur.

- La date est fixée pour décembre.

Les mots sortaient mécaniquement. Elle avait encore fermé les yeux.

- Ma mère viendra, elle aussi. C'est assez logique, après tout…

Elle avait l'impression que ce qu'elle disait était dénué de sens. Lorsqu'elle regarda à nouveau devant elle, elle vit qu'il l'observait. Ce soir-là, curieusement, il n'y avait pas la moindre trace d'hostilité sur son visage. Depuis l'hiver dernier – lorsqu'il avait changé du tout au tout –, à de rares occasions, elle revoyait l'Akashi d'avant. Comme par intermittences, elle retrouvait celui qu'elle avait connu au lycée. Sans doute n'y avait-il personne d'autre pour témoigner de ces brèves réminiscences. Brèves, et rares, car jamais elles ne survenaient lorsqu'un tiers était présent. Le plus clair du temps, Akashi était froid, stoïque, au point qu'elle se demandait si le cours des évènements l'affectait encore.

Mais dans ces rares moments, l'autre Akashi refaisait surface. Celui dont elle avait été proche, et qui avait souffert autant qu'elle d'être voué à un destin qu'ils ne désiraient pas.

Ils restèrent l'un en face de l'autre, trop las pour ajouter quoique ce soit. Puis il tendit un bras vers elle. Elle approcha, s'agenouilla sur les draps, et posa la tête sur son épaule.

- C'est peut-être logique, mais… j'aurais préféré ne plus la voir…

Tandis qu'il la serrait contre lui, elle s'efforça d'oublier où ils se trouvaient. Sa main effleurant ses cheveux blonds, et sa voix murmurant dans son oreille dessinaient à elles seules les frontières du réel.

- C'est l'accomplissement de sa vie. Elle ne manquerait ça pour rien au monde.

- … Désolée. Je ne devrais pas me plaindre.

- Pourquoi ? C'est ton droit.

- Non. S'il y a quelqu'un envers qui cette situation est injuste depuis le début, c'est toi.

Elle s'était écartée, un petit peu, juste assez pour pouvoir le regarder. Son visage était tout près.

- Tu ne mérites pas tout ça…

Paradoxalement, c'était elle que ces mots attristaient le plus. Elle détourna les yeux, elle sentait qu'elle était sur le point de pleurer. Mais sa main passa derrière sa nuque, et l'attira vers lui.

- Toi non plus.

L'instant d'après, elle sentit ses lèvres qui se posaient sur les siennes. Cherchant d'abord à s'éloigner le plus loin possible, elle renonça. Une sensation qui allait en s'intensifiant l'emplit petit à petit, comme si elle fondait. Se coulant dans son étreinte, elle sentit en elle comme une digue qui cédait, et les larmes roulèrent sur ses joues brûlantes. Ses doigts s'agrippèrent aux manches de sa chemise.

Parfois, lorsque ses pensées s'égaraient, elle se remémorait toutes les fois où elle avait rêvé qu'ils resteraient ensemble, dans des circonstances différentes. Mais les choses ne pouvaient être autrement. Elle n'avait jamais tenté de fuir, non plus. Elle avait peur d'être séparée de lui.

Et à cet instant, alors qu'elle sentait son souffle se mêler au sien, elle réalisa combien elle avait pu se mentir à elle-même en prétendant ne plus en souffrir.


Dévalant les marches qui menaient aux voies souterraines, Kuroko se lança à la poursuite de Momoi, dont la longue chevelure rose flottait devant lui, parmi les silhouettes grises qui quittaient la rame. Il manqua plusieurs fois d'être bousculé, faute de se faire remarquer, et ne la rattrapa qu'après avoir bondi dans le métro, alors que les portes se refermaient derrière lui.

- Tu vois qu'on pouvait l'avoir !

- Momoi-san… Tu sais… Il en passe toutes les trois minutes…

- Mais c'est mieux de l'avoir du premier coup~

A bout de souffle, le jeune homme s'effondra sur l'un des sièges, et la rayonnante demoiselle qui, en comparaison, paraissait fraîche comme un gardon, vint prendre place à côté de lui.

La rame tressautait doucement de temps à autre. A mesure que les échos du métro se projetaient contre les parois du tunnel, Kuroko sentit son rythme cardiaque retrouver un tempo plus apaisé.

Près des portes, debout l'un contre l'autre, il remarqua bientôt un jeune couple dont les messes-basses étaient couvertes par les frémissements alentour. Le garçon, la tête penchée au-dessus de l'épaule de son amie, semblait s'amuser à lui susurrer quelque niaiserie qui n'était visiblement pas à son goût. Offusquée, elle finit par se retourner et lui frappa doucement le bras, en le traitant d'idiot, mais suffisamment bas pour ne pas attirer l'attention sur eux.

Depuis sa place, Kuroko ne les quittait pas des yeux. Au bout de quelques protestations, la jeune fille parut se résigner, et son compagnon se baissa un peu plus, murmurant quelque chose dans le creux de son oreille. Il la vit rougir comme une cerise, et se tourner timidement vers le garçon, qui lui souriait. Tendrement, il lui vola un baiser, et elle se détourna aussitôt. Kuroko fit de même, braquant son regard un peu troublé sur ses chaussures de sport.

- Momoi-san…

- Oui ?

- … C'est un peu soudain comme question, mais… est-ce qu'il y a quelqu'un que tu aimes ?

Il la sentit se retourner brusquement, puis chercher ce qui avait bien pu susciter de telles préoccupations chez lui. Elle dut apercevoir le petit couple, car, à son tour, elle se mit à contempler ses pieds.

- Euh, effectivement, c'est soudain ! C'est d'autant plus surprenant venant de toi…. Eh bien, comment dire, disons que… non… enfin si. Mais peut-être pas… j'en sais rien, c'est très compliqué !

Mais lorsqu'elle risqua un coup d'œil vers Kuroko et qu'elle vit qu'il la fixait de ses grands yeux bleus, elle renonça à esquiver la question.

- Pas si compliqué, peut-être… Tu sais, je crois que je ne te l'ai jamais dit mais… Quand je t'ai rencontré au collège (enfin, la première fois que je t'ai vu jouer, plutôt), j'ai eu le coup de foudre pour toi.

Ce à quoi son voisin lui répondit par un regard des plus perplexes.

- Ah ?

- Ça a duré jusqu'au début du lycée. J'étais émerveillée à chaque fois que je te voyais sur le terrain. Ta façon de ne jamais te mettre en avant et de permettre des retournements de situation incroyables en laissant l'adversaire complètement subjugué, je trouvais ça génial ! Tu étais un peu comme un magicien, qui peut passer du type insignifiant au virtuose dès qu'il entre en scène !

- … Je suppose que c'était un compliment.

- Oui, désolée. Enfin, ce que je veux dire, c'est que, même si je t'ai sous-estimé la première fois que je t'ai vu, quand j'ai découvert qui tu étais vraiment, je suis tombée sous le charme.

Elle aurait pu s'en tenir à cette confession. Pourtant, il attendait ce qui allait suivre. Son ton était plein de remords. C'était presque comme si elle s'excusait auprès de lui.

- Mais, au bout du compte, je crois que je n'étais pas complètement sincère. C'était une autre personne que j'avais constamment à l'esprit, alors j'ai voulu me convaincre que ça ne voulait rien dire, que j'aimais quelqu'un d'autre… Sauf que ça ne marche jamais, ce genre de truc. Plus on cherche à oublier, plus ça reste…

Tout d'un coup, elle se redressa vivement, et claqua les paumes de ses mains contre ses joues, faisant sursauter Kuroko.

- Ha ha, mais qu'est-ce que je raconte ?! On dirait une actrice de série à l'eau de rose, ça craint !

Elle se mit à rire, mais lui ne savait pas vraiment s'il pouvait la suivre. L'instant d'avant, elle avait parlé sérieusement. Et il avait senti combien elle était loin de lui. Comme si celui à qui elle s'adressait vraiment était absent.

Il hésita un long moment avant de lui demander. Les stations défilaient, ils seraient bientôt arrivés. Et, après tout, il se doutait qu'elle ne lui donnerait pas de réponse.

- C'est quelqu'un que je connais, pas vrai ?

Elle tourna les yeux vers lui, mais il garda la tête basse. Il comprenait de moins en moins ce qui l'avait poussé à aborder le sujet. La question lui était juste venue à l'esprit, et il l'avait posée sans réfléchir.

- … Oui.

Le prochain arrêt était le leur.

Les portes se refermèrent sur le petit couple, qu'il regarda disparaître sur le quai. A nouveau, les fenêtres devinrent noires. Une voix annonça les conditions de circulation sur la ligne. Mais il n'entendait pas ce qu'elle disait.

Momoi et lui se levèrent, et attrapèrent les poignées suspendues au plafond. Il eut soudain l'étrange sensation d'être scruté. Levant la tête, il réalisa que Momoi le fixait avec une drôle d'intensité.

- Et toi… Il y a quelqu'un ?

Sa voix avait quelque chose de réticent. Et d'inéluctable à la fois. Peut-être avait-elle besoin de savoir. Ou bien, il s'imaginait des choses, et elle ne faisait que lui retourner la question.

Depuis qu'il s'était remis de l'accident, c'était la première fois qu'il s'interrogeait à ce sujet. Il ne pensait à personne. Seuls ceux qu'il avait côtoyé par le passé lui revenaient en mémoire, et lorsqu'ils les retrouvaient, c'était le bonheur de les revoir qui le submergeait. Ainsi que le soulagement de ne pas avoir tout oublié.

Alors pourquoi ne répondait-il pas ?

« Non ». Il n'avait qu'à dire « non ».

Pourtant, l'évidence ne l'avait pas frappé.

Rien ne lui venait. Une nouvelle fois, comme lorsqu'il avait voulu se souvenir du nom de Momoi à l'hôpital, comme lorsque la scène sur le toit lui apparaissait encore et encore, en rêve, il se trouvait face à un mur. Rien ne perçait à travers. Il ne voyait rien.

Seulement un grand mur, noir. Auquel il se heurtait. Continuellement.

- Je ne sais pas.

La rame s'était arrêtée. Momoi le dévisageait toujours. Il n'avait pas vraiment répondu. Pourtant, elle semblait toujours triste.

Les portes s'ouvrirent, et ils descendirent tous les deux, l'un à côté de l'autre, prenant la direction du gymnase.


- Ça ne marchera jamais.

Verdict sans appel. Riko avait beau déployer tous les arguments du monde, Hyûga ne voulait rien entendre.

- On peut au moins tenter le coup et voir si cette stratégie fonctionne ou pas !

- On ferait mieux de miser sur ce qu'on maîtrise le mieux et repartir sur un jeu offensif.

- Sauf qu'on n'a plus tout à fait la même équipe, au cas où ça t'aurait échappé ! Et ce que je propose n'empêche pas de se baser principalement sur l'attaque, au contraire.

- Oui, sauf que tu que tu donnes beaucoup trop d'importance au meneur !

- Peut-être parce que c'est celui qui gère la distribution du ballon et qui optimise la tactique de jeu !

- On a déjà essayé aux qualifications avant-hier, et ça a été un fiasco !

- C'est justement pour ça que j'ai modifié le plan qu'on avait au départ. Le chacun pour soi, ça pouvait passer jusqu'aux quarts parce que chaque joueur ici a un talent individuel incontestable, mais franchement, tu crois qu'on va pouvoir remporter le tournoi avec une équipe sans cohésion ?

De son côté, Kuroko s'inquiétait un peu pour Riko. Hyûga et elle étaient si proches à présent qu'on aurait dit qu'elle allait se faire bouffer dans la seconde. Quoique. Lui et ses camarades de Seirin étaient bien placés pour savoir qu'elle n'était pas du genre à laisser quiconque empiéter sur ses plates-bandes.

Constatant avec irritation qu'elle ne lâcherait pas l'affaire, le jeune homme à lunettes leva le bras comme s'il expédiait la conversation par-dessus son épaule, et alla s'asseoir sur le banc.

- Je comprends pas pourquoi tu t'acharnes, coach. Tu sais bien qu'on a tout aussi envie que toi d'avoir un vrai jeu collectif plutôt que de scorer chacun dans son coin.

Et de lancer un regard haineux à Hanamiya qui s'était adossé contre le mur, à bonne distance.

- C'est juste qu'on a pas un meneur, mais un emmerdeur de première ! Tellement infoutu de mettre son ego de côté qu'on a dû passer les huitièmes sans lui !

- Eh, le bigleux, tu veux qu'on en parle ? Que je te fasse des passes ou pas, tu finis toujours par gueuler !

- C'est parce que t'envoies les balles au dernier moment sans prévenir, et nous on a plus qu'à se démerder avec ! T'as cru qu'on avait des yeux dans le dos ?!

- Si vous êtes pas réactifs, vous arriverez à rien. Vous mettez trois plombes à capter quand y a une ouverture !

Se tournant vers Riko, il ne mâcha pas davantage ses mots.

- Si tout ce qu'elle a fait jusqu'à maintenant, c'est vous conforter dans vos petites percées offensives de bourrins, pas étonnant que vous soyez aussi ramollis sur le plan stratégique.

- Quoi ?!

Hyûga s'était mis sur ses pieds en un éclair, prêt à en découdre, mais Kuroko le prit de vitesse et lui piqua les côtes avec une dextérité d'escrimeur. Aussitôt, sa victime s'effondra sur le banc comme une crêpe.

- Tu réponds trop facilement à la provocation.

- Kuroko… Ça va devenir une habitude ?!

- Tant que ça marche…

- Je me serais passé de cette réponse, merci !

- C'est vrai… C'est aussi ma faute.

Surpris, tous se tournèrent vers Riko. Hyûga serra les poings. A voir l'expression qu'elle avait à présent, la critique de Hanamiya avait fait mouche.

- Je nous ai inscrits à ce tournoi parce que je pensais que plus tôt on se remettrait à la compétition, plus tôt on arriverait à consolider l'équipe en ayant de vrais objectifs – même si ce n'est que du street basket. Mais au final, c'était au détriment de la phase d'entraînement. J'aurais dû mieux prendre en compte les spécificités de chacun, et puis…

- Euh, coach… Pas la peine de se remettre complètement en question, tu sais ! On ne peut pas tout prévoir à l'avance !

- Koga ou La Voix de la Sagesse~

Koganei se hérissa comme un chat et fusilla du regard Tsuchida qui pouffait de rire en compagnie de Himuro et Kise.

De plus en plus ulcéré, Hanamiya lâcha un petit claquement de langue méprisant.

- Vous vous donnez des grands airs, mais au fond c'est ce que je pensais. Sans Kagami et Kiyoshi, vous valez que dalle, Seirin.

Cette fois, Kuroko eut bien du mal à maintenir Hyûga en place. Si seulement Kiyoshi avait été là, il aurait sans doute su calmer le jeu.

- Je te le redirai qu'une fois : si tu penses que t'as rien à faire ici, arrête de jouer les indécis et dégage !

Ce coup-ci, celui que tout le monde considérait manifestement comme le mouton noir de l'équipe sembla le prendre au mot. Il planta ses yeux gris dans ceux de Hyûga, puis de Kuroko, balança un coup de poing contre le mur et marcha vers la sortie.

- Ok, dans ce cas j'ai plus qu'à me barrer tranquillement et vous laisser jouer à la baballe entre copains.

Il passa devant le groupe, faisant mine de les ignorer. Soudain, arrivé au niveau de Hyûga, il fit volte-face et l'attrapa par le col.

- T'as cru que j'allais dire ça, hein, connard ?!

Prompt à répliquer, son vis-à-vis l'agrippa à son tour et leva le poing. Kuroko s'interposa et bloqua la main de Hyûga, bientôt aidé par Kise qui tira Hanamiya en arrière. Ils parvinrent tant bien que mal à les faire lâcher prise, haletant et luttant pour les empêcher de repartir à l'assaut.

Serrant de toutes ses forces le bras de son ex-capitaine, Kuroko luttait contre sa propre rage. La naïveté dont il avait fait preuve le consternait. Maintenant que deux des membres en étaient venus à se sauter à la gorge, ce n'était peut-être qu'une question de temps avant que toute l'équipe ne parte à vau-l'eau.

Hanamiya cherchait à faire céder Kise par tous les moyens, mais celui-ci tenait bon.

- Lâche-moi, toi !

- Ce serait de la complicité de meurtre !

- Quel meurtre ?! Je sais me défendre, Kise !

- Oui, mais il y a Kurokocchi au milieu !

Alors qu'ils étaient sur le point de se faire éjecter, la porte d'entrée du gymnase grinça depuis le fond du couloir. Interloqués, les quatre garçons restèrent immobiles, Kuroko presque suspendu au bras droit de Hyûga et Kise à moitié sur le dos de Hanamiya.

Dans un silence religieux, la petite silhouette de Nanamine émergea de la pénombre et se trouva face à une dizaine de paires d'yeux, toutes braquées sur elle.

- Euh… Bonjour ?

Seule à réagir, Momoi accourut vers elle.

- Je me demandais si tu allais venir !

- J'ai pu me libérer. Mais j'ai comme l'impression de déranger…

Derrière le groupe constitué de Riko et du reste de l'équipe, Kuroko et compagnie étaient toujours emmêlés comme une platée de spaghetti, mais parfaitement figés. Jugeant que la tension était suffisamment retombée, Kise laissa Hanamiya se dégager, et Hyûga recula. Se regardant en chiens de faïence, ils s'éloignèrent ostensiblement l'un de l'autre.

Riko s'avança vers Nanamine, encore un peu confuse par l'affrontement qui avait bien failli tourner au vinaigre.

- Ils ont juste un petit différent à régler. Je suis Aida Riko, tu peux juste m'appeler Riko.

- Et moi juste Makoto. Sacchan m'a dit que vous aviez déjà retrouvé un très bon niveau en tournoi !

- On n'en est encore qu'aux quarts.

- C'est déjà bien. Cette compétition est plutôt médiatisée, la finale en tout cas. Si vous l'emportez, vous pourrez prétendre à intégrer le circuit officiel. Et à partir de là, je ferai tout mon possible pour être un bon sponsor !

- Merci beaucoup… C'est délicat à demander, mais on ne peut vraiment pas faire autrement.

- Aucun problème. Si vous me laissez assister aux entraînements…

Momoi lui donna un petit coup de coude.

- Evidemment, quelle question ! On a besoin d'un manager !

Un peu embarrassée, Nanamine tira sur les manches trois-quarts du haut blanc qu'elle portait.

- Je ferai de mon mieux.

Un à un, les membres de l'équipe vinrent se présenter, avec plus ou moins d'aisance. Avec sa petite jupe plissée et ses cheveux au carré, Nanamine tranchait radicalement avec le troupeau de sportifs en sueur. Koganei ne manqua pas de lui glisser qu'elle était tout aussi charmante que Momoi et qu'ils étaient décidément vernis d'être entourés de deux jolies filles, ce qui lui valut un coup de poing ouvertement violent de la part de Riko.

Pas assez pour décourager le nouveau Casanova en puissance.

- Tu es de la même année que Momoi-san ?

- Oui.

- Tu étais à Tôô ?

- J'y étais en première année, et puis j'ai déménagé à Kyôto alors…

- T'es pas si petite que ça, en fait ! Tu fais quelle taille ?

- Euh… 1m65...

- J'en étais sûr ! Dis dis, ça te dirait un de ces quatre de…

- Bon, ça suffit Koga, je crois qu'on a compris.

Sur quoi Hyûga l'attrapa par le haut du t-shirt et l'entraîna à bonne distance des jeunes filles, malgré les miaulements offusqués de son captif.

Kuroko, qui s'était approché le dernier, lui adressa un petit signe de tête, qu'elle lui rendît sans moins de réserve. Mais, cette fois, il y décela autre chose que de l'appréhension. Au milieu du gymnase, elle paraissait curieusement à son aise, bien plus que toutes les autres fois où il l'avait vue.

Seul Hanamiya était resté à l'écart. Il se montrait toujours aussi antipathique, mais Kuroko fut surpris de remarquer avec quelle intensité il dévisageait Nanamine.

Celle-ci finit par s'en apercevoir, un peu intimidée.

- … Quoi ?

- Rien. Continuez à vous éclater, moi je remballe.

En un éclair, Riko s'interposa entre lui et la sortie.

- Rien qu'une fois. On essaie juste une fois ma proposition sur un mini match, et si ça ne marche pas, tout le monde s'en ira.

- Inutile.

- Tu as une dette envers Teppei, non ? Considère que ta période d'essai ne sera terminée qu'une fois qu'on en aura fini avec cette compét' !

Pris au piège, le jeune homme aux cheveux noirs eut une moue si extrême qu'elle lui tordit la bouche. Avec cette nouvelle règle ajoutée au contrat, il avait clairement l'impression de s'être fait enfumer. Et d'ordinaire, c'était plutôt lui qui usait de ce genre de manœuvres. L'inverse était particulièrement irritant.

- On fait un trois contre trois. Himuro-kun, Kuroko-kun et Hanamiya-kun d'un côté, Hyûga-kun, Kise-kun et Mitobe-kun de l'autre. Allez, plus vite que ça !

- Et… Et moi, coach ?

- Toi Koga, tu regardes et tu enregistres.

Tout penaud, le malheureux laissé pour compte alla s'asseoir, tandis que les six autres prenaient place sur le terrain.

- L'équipe Hyûga défend. Les autres, vous êtes censés marquer en jouant sur les passes au maximum.

Himuro prit possession du ballon et passa Hyûga. Aussitôt, Kise s'interposa, lui coupant la route. Après quelques tentatives infructueuses, l'attaquant se trouva aux prises avec les deux défenseurs en même temps. Avisant Hanamiya sur sa droite, il lui envoya la balle, que Mitobe manqua d'intercepter de justesse.

- Himuro-kun, tu aurais dû lui passer plus tôt !

Debout à côté de Riko, Momoi souffla discrètement :

- Avec le climat actuel, je crois qu'on aurait mieux fait de renoncer pour aujourd'hui.

- Sauf qu'on n'a pas le temps pour ça !

Mitobe excellait à constituer des murs impénétrables. Seul, s'en défaire était une vraie plaie. Kuroko courut se placer dans son angle mort, à l'opposé de Himuro et des autres. Autour de lui, personne n'aurait été en mesure de le contrer - il était idéalement seul.

Mais il eut beau attendre, les cinq secondes étaient presque écoulées que rien ne venait. Finalement, Hanamiya prit son opposant de vitesse et le contourna sans un regard pour Kuroko. Mais à peine se fut-il dégagé du marquage que Kise le bloqua et sortit le ballon du terrain.

- Comment tu as pu réagir aussi vite, toi ?!

- Je savais que tu ne ferais de passe à personne. C'est tout.

Une vague de découragement balaya la petite assemblée. Kuroko regarda avec impuissance Himuro et Hyûga se détourner et faire route vers les vestiaires. Ce n'était pas le fait d'avoir été ignoré qui le désolait mais de sentir que, cette fois, c'était l'échec de trop.

- Tu le fais exprès, ou quoi ?!

Il regarda Riko. Malgré ses protestations, elle n'avait plus la même énergie que tout à l'heure. Il l'avait rarement vu douter d'elle-même, mais cette fois, manifestement, elle était au pied du mur.

- Tout le monde le pense depuis le début, et moi aussi : j'ai rien à foutre ici. T'es la seule à t'acharner encore. C'est quoi, de l'autosatisfaction ?!

Riko ouvrit la bouche pour répliquer, mais les mots tardèrent à venir. Maintenant que le fiasco semblait total, elle en venait à se demander si ce n'étais pas elle qui avait eu tort d'insister.

A cet instant, l'attention de Kuroko se porta sur Nanamine. Elle avait récupéré le ballon échoué près du mur. D'un pas assuré, elle pénétra sur le terrain et marcha, tête baissée. Une fois face à Hanamiya, elle prit la balle à deux mains et planta ses yeux dans les siens.

- Qu'est-ce que tu me veux, toi ?

- Un un contre un. Toi contre moi.

En une fraction de secondes, les yeux de son vis-à-vis atteignirent une circonférence proche de celle d'une balle de tennis de table. Puis il éclata de rire.

- Alors ça, c'est la meilleure ! Tu te prends pas pour de la merde ! Qu'est-ce que t'as, blondinette ? Un petit coup de chaud ?

Mais Nanamine avait l'air on ne peut plus sérieux.

- Tu as pris un engagement envers cette équipe, c'est pas pour la pourrir avec ton travail de sape. Alors ? Tu refuses ?

- Mais qu'est-ce que t'espères, minus ? Même si tu tirais de sous le panier, tu la mettrais pas dedans !

- D'accord. On va voir.

Hanamiya fronça les sourcils, sans parvenir à la faire battre en retraite. Au contraire : pliant les genoux, elle fit rebondir la balle sur le sol, sans le quitter des yeux.

Himuro et Hyûga observaient la scène depuis le bord du terrain, comme pétrifiés. Derrière Riko, Kise, Kuroko et Momoi, Koganei susurra d'un ton qui trahissait une certaine anxiété :

- Mais… elle sait jouer au basket, au moins ?

Etonnée, Momoi fit volte-face.

- Hmm ? Je ne vous l'avais pas dit ?

Ce qui lui valut trois regards perplexes qui convergèrent dans sa direction en même temps.

- Dit quoi ?

Elle regardait de nouveau du côté du terrain. Kuroko n'avait pas détaché ses yeux des deux adversaires. Il ne faisait aucun doute que Hanamiya la prenait à la légère. C'était à peine s'il n'avait pas les bras ballants. Face à lui, loin d'en être offensée, Nanamine était au comble de la concentration.

D'un coup, le ballon se déporta vers la droite, mais il plaça son pied sur son chemin et lui barra le passage.

Etrangement, Kuroko, qui avait n'avait pas cessé de la regarder, constata qu'elle n'avait pas dévié d'un centimètre de sa position de départ. Elle n'avait pas cherché à feinter sur l'aile droite. Et déjà, le ballon repartait dans l'autre sens.

- C'est minable, comme ruse !

Avec une réactivité remarquable, son opposant s'était déjà projeté dans la direction opposée. Mais Nanamine ne fit rien pour le passer de côté-là non plus. Profitant de son élan, elle pivota sur elle-même, se baissa à tel point que sa tête était presque au niveau du ballon, et, en un éclair, se retrouva derrière lui, le serrant de si près qu'elle paraissait l'avoir frôlé. Sa rotation eut pour effet de le déséquilibrer un court instant. Combinée à l'incompréhension la plus totale, elle le laissa sur place. Entretemps, Nanamine avait atteint la raquette, bondit de toutes ses forces pour shooter - et la balle rentra.

L'auditoire resta muet un bon moment, médusé. Puis Kise s'exclama :

- Wouah ! C'est génial ! Elle est petite, mais c'est une fusée !

- Elle est vrai-ment trop mignonne !

Riko été si choquée qu'elle en oublia de faire taire Koganei. Momoi ne semblait pas étonnée. Kuroko, de son côté, avait beau s'être attendu à une surprise, le résultat ne manqua pas de l'impressionner.

Alors qu'elle se remettait de la réception du saut, la petite blonde jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Comme de juste, son adversaire était fou de rage.

- Les gens ont naturellement tendance à choisir le côté droit lorsqu'ils sont face à une alternative. Comme tu es du genre cérébral, tu t'es dit que je cherchais à t'entraîner dans cette direction pour ensuite percer par la gauche. Donc tu t'es préparé à te rétablir rapidement, pour me coincer. Sauf que si tu m'avais vraiment prise au sérieux, tu ne te serais pas contenté de ce raisonnement en pensant que j'allais forcément me faire avoir.

Analyse qui ne fit que rajouter de l'huile sur le feu.

- Ca a rien avoir avec de la négligence ! C'était quoi, ce mouvement que tu as utilisé pour me passer ? Tu sors d'où ?!

- Riko, si tu permets, je vais te filer un coup de main avec celui-là.

Nanamine avait récupéré le ballon, et le lança à Momoi, qui l'attrapa en lui faisant un clin d'œil. Fière de son effet, elle posa les mains sur ses hanches et se campa face au vaincu.

- Je suis l'ex-meneuse et capitaine de l'équipe féminine de Rakuzan, Nanamine Makoto. Enchantée !