Bonjour tout le monde~

Oui, c'est la rentrée, mais on va faire comme si tout allait bien ! Je ne vais pas tarder à y passer, moi aussi, j'espère que je pourrai toujours avancer dans la fic (U.U) Non, je sais que je pourrai ! Tout est une question de priorités~ ( = - =)

On est toujours dans le passé avec ce chapitre. Peut-être que j'en aurai fini avec le suivant... Au maximum avec celui d'après. Non, je n'ai pas l'intention de réécrire tout le manga, de A à Z, soyez rassurés ! \o/

Au fait, ça fait deux chapitres que je veux le dire et je n'arrête pas d'oublier : j'ai mis une autre dessin de Nanamine sur ma page de profil (et j'en referai sans doute un autre sous peu xD). Donc si vous voulez aller voir, allez voir, si vous ne voulez pas, allez voir quand même.

Sur ce, reviews, reviews~ :

vanimia : Je me demande dans quelle mesure c'est une bonne idée, de reprendre l'histoire presque telle quelle... xD Mais j'aime trop cet arc pour ne pas tout fonder dessus~ Et désolé pour le spoil (lisez le manga, lisez le manga !). Combien de chapitres je prévois... 30... Plus... Aucune idée, je pensais savoir où m'arrêter et finalement, j'ai eu une nouvelle idée la semaine dernière, alors je pourrais la faire durer encore plus longtemps, si j'avais la foi xD Bref, je n'en sais rien du tout !

Laura-067 : De toute façon, on se doutait un peu du résultat dès le début... Même si j'aurais bien voulu voir l'inverse, moi aussi x3 Ca me paraît trop beau de penser qu'il y aura une suite (j'aimerais bien, hein ! J'aimerais vraiment ! ( 0 v0)), mais en tout cas, ça me fait un prétexte pour tout relire ( = v =) Le flashback colle un peu moins au manga en avançant (j'essaie en tout cas, sinon ça aurait un intérêt assez limité xD). Mais de toute façon, il faut mettre au clair ce dont Kuroko se rappelle précisément, maintenant~

Kyoko77 : N'amour, tu peux m'expliquer pourquoi tu tiens à ce point à ce qu'ils se fassent tous frapper, à un moment donné ? Non parce que ça tourne à l'obsession, faudrait voir à te calmer un peu de ce côté-là ( = - =) Donc non, pour l'instant, je ne prévois pas ça pour la scène finale xP

buli-chan : Courage pour la rentrée ! Je vais essayer de ne pas faire des chapitres déprimants (pour l'instant~)

Mira2a : Oui, très sadique. Mais je ne sais pas si c'est lui qui récolte la palme. Il y a certains personnages pour lesquels je m'en veux un peu... Mais peut-être que ça va s'améliorer ! A bientôt~

liberlycaride : Je préfère ne rien dire, ça vaut mieux pour la suite x3 Mais puisque la fic ne se terminera pas avec ce flashback, ça ne veut pas dire que tout finira forcément mal ! En tout cas, je ne divulguerai aucune information prématurément. Mais vous pouvez imaginer tout ce que vous voulez~

Merci pour vos reviews, bonne lecture !


- C'est tout pour les nominations de la Deuxième Section. Ceux qui ont été appelés iront dorénavant s'entraîner dans le Gymnase n°2. Ensuite, Kuroko Tetsuya…

Interloqués, certains commencèrent à le chercher des yeux. Kuroko se tenait droit comme un i, et s'efforça de ne pas regarder autour de lui. Il n'aimait pas être au centre de l'attention. En bonne partie par manque d'habitude. Mais cette fois, c'était inévitable.

- A partir d'aujourd'hui, tu passes dans la Première Section.

Il ressentit un étrange mélange d'appréhension et de joie. Il y était. Il y était enfin. Alors qu'il avait été sur le point d'abandonner quelques mois plutôt, il venait d'être promu. Et pas en faisant le grand tour : il intégrait directement le plus haut niveau. D'un coup, mille inquiétudes lui traversèrent l'esprit. Peut-être qu'ils les décevraient. Peut-être qu'il ne serait pas à la hauteur.

Si cela venait à se produire, on le rétrograderait. Et tout serait terminé.

- La Première Section… ?!

- Quoi, comme ça ?!

- Ils sont sérieux ? En plus, lui… ?!

- C'est une décision du coach. Je ne veux aucun commentaire. Vous pouvez y aller.

Le groupe se dispersa à contrecœur, dans un brouhaha de protestations auquel l'instructeur ne prêta aucune intention. Il appela Kuroko, et celui-ci s'approcha en silence.

- Je suis au courant. J'ai vu combien tu t'étais entraîné, bien plus que tous les autres. Et tu as su saisir ta chance quand elle t'a été donnée. Je n'ai donc évidemment aucune objection. Donne-toi à fond.

Les mots lui manquaient. Il était un peu anxieux, inévitablement. Mais il était surtout heureux. Ses efforts venaient d'être reconnus. Pour de vrai.

- … Oui !

- Excusez-moi ! Est-ce que Kuroko-kun est là ?

La voix claire qui sonnait à tue-tête derrière lui le ramena sur terre. Lorsqu'il se retourna, il découvrit une nymphette en tenue de sport, qui émergeait tout juste du couloir. Aussitôt, tous les regards convergèrent vers elle, comme de la limaille sur un aimant. Loin de s'en soucier, elle cherchait sa cible parmi le troupeau, sans grand succès.

Kuroko s'avança.

- Ah, c'est moi.

- … Hm ? Euh… Ah… Waaaah ?!

Son sursaut fut si brusque qu'elle manqua de faire tomber son calepin, qu'elle tenait serré contre elle.

- Tu fais maintenant partie de la Première… euh… Vraiment ?

Elle le dévisageait avec stupéfaction, comme si elle attendait que quelqu'un vînt lui dire qu'elle s'adressait à la mauvaise personne. Mais plus les secondes passaient, et plus elle semblait comprendre qu'il n'y avait pas d'erreur. Fronçant les sourcils dans une moue qu'elle voulait sérieuse, elle annonça avec aplomb :

- Tu fais partie de la Première Section, donc. Je vais t'emmener au gymnase… enfin je crois ?

Mais non, elle n'en croyait toujours pas ses yeux. Un peu déconcerté par son ton dubitatif, Kuroko acquiesça, et ils quittèrent ensemble le Gymnase N°3.

La jeune fille, dont il ignorait le nom, marchait devant lui, s'assurant régulièrement qu'il était toujours là. Ses longs cheveux roses étaient noués en une queue de cheval qu'elle portait haute.

Il n'avait quasiment jamais eu de contact avec des filles de son âge. Mais, de ce qu'elle laissait voir dans son attitude, il considéra qu'elle devait être plutôt gentille.

Le Gymnase N°1 était toujours aussi imposant. Elle ne paraissait pas y prêter attention. Lui était horriblement tendu. Désormais, sa présence dans l'enceinte du bâtiment aurait une signification radicalement différente de la première fois où il y avait mis les pieds. Il en était un usager légitime à présent. Et, pire que ça : tout le monde l'attendait, à l'intérieur.

- Au fait, je m'appelle Momoi Satsuki. Je suis en Première Année aussi.

Elle avait même ponctué sa phrase par un petit sourire.

- Enchanté.

Elle le fit entrer directement dans la grande salle où se trouvait le terrain. Manifestement, elle était une habituée des lieux.

- Excusez-moi. J'ai amené Kuroko Tetsuya-kun.

A peine eut-il franchi la porte qu'une vingtaine de paires d'yeux se braquèrent sur lui.

Le coach, un homme froid aux cheveux clairs et aux traits tirés, le scruta à travers ses lunettes.

Au milieu du groupe, un garçon qu'il savait être d'un an son aîné pencha la tête de côté, et répondit d'un ton abrupt.

- Ah. Merci.

Kuroko le reconnut aussitôt. Il avait des cheveux courts, noirs. Un regard vif, un peu dur, qui le rendait intimidant. Il l'avait vu le jour où l'équipe au grand complet était passée devant le Gymnase N°3. Tous les membres du club de basket connaissaient son nom. Nijimura Shûzô, capitaine de l'équipe du collège Teikô.

- Oh ! Finalement, t'es venu ! Tetsu !

Entendre Aomine l'appeler fut un réconfort. Près de leur capitaine, il jonglait avec un ballon comme si de rien n'était. Lui était comme un poisson dans l'eau au milieu des tous meilleurs joueurs de l'établissement. Ils étaient tous là, les quatre prodiges de Première Année. Kuroko n'osa pas prononcer le moindre mot. Les regards hostiles de Midorima et Murasakibara ne lui échappèrent pas. Il avait l'impression d'être lâché dans la fosse aux lions.

Pendant une fraction de seconde, il fut pris d'une furieuse envie de décamper au plus vite. Mais l'atmosphère était si lourde qu'il en aurait été incapable. Heureusement, la présence d'Aomine le rassurait quelque peu. Et, à côté du garçon aux cheveux bleus, Akashi le regardait avec un sourire avenant.

- Je t'attendais. Bienvenue dans la Première Section du club de basket de Teikô.

Kuroko déglutit le plus discrètement possible.

- A partir de maintenant, tu n'as qu'une mission : celle de gagner. Ne l'oublie pas.

Il n'osa même pas hocher la tête. Cela faisait à peine une minute qu'il le connaissait, et son nouveau capitaine lui filait déjà les jetons. Murasakibara, un peu lent à la détente, marmonna vaguement quelque chose comme « Tiens, il est venu… ? » Puis une autre voix, bien plus forte, s'éleva depuis le couloir du fond pour les saluer à la cantonade, mais peu d'entre eux prirent la peine de se retourner.

- Hellooo~

- Tu es en retard, Haizaki.

Sa tignasse gris clair partait dans tous les sens, comme s'il venait de tomber du lit. Passant devant Akashi, il balança sa main par-dessus son épaule, et répondit avec dédain :

- Ouais, ouais, c'est bon, j'ferai gaffe la prochaine fois… Aïe !

Il venait d'entrer en collision avec Kuroko. La soudaineté de son apparition avait au moins eu le mérite de détendre un peu l'atmosphère. Aussi Kuroko s'excusa-t-il poliment, sans se soucier de savoir qui était vraiment en tort.

- Waaah ! Mais t'es qui, toi ?!

- Kuroko Tetsuya. J'intègre la Première Section à partir d'aujourd'hui. Ravi de te rencontrer.

- Hein ?! Sérieux ?!

Haizaki le détailla de la tête aux pieds d'un air méprisant, puis s'éloigna sans lui répondre. Il resta à l'écart du groupe, et personne ne lui fit plus la moindre remarque. Kuroko avait déjà entendu son nom. Lui aussi était en Première Année. Mais, visiblement, il n'entretenait pas une relation fusionnelle avec les quatre autres.

Sans plus attendre, l'entraînement débuta. La première chose que Kuroko nota fut la quasi absence de pauses. Aux étirements succédèrent immédiatement les tours de terrain en petites foulées, suivis par les aller-retours à pleine vitesse, les exercices de dribble, de tir, de déplacement dont les participants tournaient régulièrement. Les rares fois où Kuroko put sortir du terrain, il eut tout juste le temps de boire trois gorgées d'eau avant de repartir au pas de course.

La séance n'en était même pas à sa moitié qu'il avait déjà l'impression d'agoniser. Autour de lui, personne n'avait ralenti le rythme. Les Première Année tenaient bon et suivaient la cadence sans broncher. Alors qu'Aomine passait près de lui, il lui souffla, haletant :

- Est-ce que… est-ce que les entraînements sont toujours aussi durs ?

- Ah, tu trouves ? C'est comme ça depuis le début…

- Par rapport à la Troisième Section, il y a plus d'exercices, et comme on est moins nombreux, les roulements sont plus rapides… Dans la Troisième, c'était plus…

Il tomba à genoux sur le parquet, et sentit une désagréable sensation lui remonter du fond de l'estomac.

- Eeeh ! Dégueule pas, Tetsu !

Trop tard. Momoi accourut avec un seau et une serpillère, et Kuroko eut exceptionnellement droit à deux minutes de pause supplémentaires.

Lorsque fut enfin sifflée la fin de la session, il n'eut d'autre choix que d'annoncer à Aomine qu'il ne pourrait pas se joindre à lui pour leurs heures sup habituelles. A vrai dire, il en était même à se demander si ses jambes pourraient le porter jusque chez lui.

Ce soir-là, il dût malgré tout retourner aux vestiaires de la Troisième Section se changer. Lorsqu'il referma son casier, il resta un moment dans la pièce vide. Dès le lendemain, il pourrait transférer ses affaires dans un nouveau casier. Il éteignit la lumière, et quitta le Gymnase N°3.


Le collège était désert lorsqu'il arriva le jour suivant. Pourtant, il trouva la porte du Gymnase N°1 déjà ouverte. Certains membres de la Première Section arrivaient vraisemblablement aux aurores pour s'entraîner. Le bâtiment était singulièrement silencieux, en comparaison avec la veille. Ses pas résonnaient dans les couloirs alors qu'il marchait vers les vestiaires. La porte grinça, et il pénétra dans la pièce éclairée aux néons, au milieu des bancs et des casiers en fer. L'endroit n'était pas particulièrement coquet – il y régnait même un joyeux désordre. Une veste de survêtement avait été laissée sur l'un des bancs. Des revues s'amassaient en tas aux quatre coins de la salle. Certains casiers – dont celui d'Aomine – paraissaient bourrés à craquer. Il posa son sac de sport, dans lequel il avait rangé ses vêtements, ses chaussures et sa bouteille d'eau, et balaya le vestiaire du regard, détaillant chacune des étiquettes nominatives à la recherche d'un casier qui n'en avait pas encore. Non sans surprise, il aperçut son nom sur l'une d'elles. Son casier attitré l'attendait, au fond à droite. Il l'ouvrit lentement : l'intérieur était spacieux, et propre. Quelqu'un l'avait certainement nettoyé avant son arrivée.

Kuroko se sentit le cœur si léger tout à coup qu'il prit ses affaires à bout de bras et alla les y déposer en exécutant de petites pirouettes.

- Kuroko-kun.

Il manqua de trébucher contre la porte du casier en réalisant qu'il n'était plus seul. Faisant volte-face, il vit Akashi sur le seuil de la porte.

- Ah… Je, euh…

Il eut beau chercher, aucune justification ne lui vint pour atténuer le ridicule de la situation. Son vis-à-vis sourit en le voyant s'empêtrer dans son embarras.

- Désolé…

- Mais non, pourquoi ? Tu as trouvé ton casier, tant mieux.

Ça, pour l'avoir trouvé…

Il préféra rapidement changer de sujet.

- Akashi-kun, tu arrives toujours aussi tôt ?

A l'horloge du vestiaire, il était à peine sept heures.

- Souvent, oui. C'est un des seuls moments où le capitaine et moi pouvons nous retrouver pour discuter du planning et des menus d'entraînements.

L'espace d'un instant, il avait oublié que c'était le vice-capitaine de l'équipe qui se trouvait en face de lui. Il était vraiment impressionné. Akashi devait être un joueur incroyable. Et pas seulement lui : tous les autres Première Année étaient sans doute époustouflants une fois sur le terrain. Il ne les avait jamais vus jouer dans une rencontre. Et il brûlait d'impatience de pouvoir assister à un match de la Première Section.

- A propos, comment est-ce que tu as trouvé l'entraînement hier ? Pas trop dur ?

- C'est différent de ce que j'ai connu dans la Troisième Section. Mais je vais vite m'y faire.

- D'accord. A part ça, je voulais t'informer de la discussion qu'on a eue hier, avec le reste de l'équipe.

Brusquement, Kuroko sentit son inquiétude revenir en trombe. Peut-être qu'ils avaient parlé de lui. Qu'une seule séance avait suffi pour qu'ils le jugent inapte à rester dans la Première Section.

- La semaine prochaine va avoir lieu une série de matchs entre les dix meilleurs collèges. Teikô y participe chaque année.

Il souffla intérieurement, soulagé. A force de s'imaginer en permanence sur la sellette, il allait tourner parano.

- Mais pour égaliser les chances, notre collège a un handicap. Cette année, les joueurs devront être uniquement des Première Année.

Il acquiesça.

Un long silence suivit.

Et il eut comme un doute.

- Euh… Des Première Année, c'est-à-dire… ?

- Moi, Midorima, Murasakibara, Aomine, Haizaki. Et toi.

C'était donc ça. Il avait bien compris.

Il n'allait pas assister au match. Son nom figurait déjà sur la liste des participants.

- Ce sera l'occasion pour toi de mettre à profit tes capacités. Du coup…

Sans s'appesantir sur l'expression paniquée de Kuroko, il sortit son téléphone portable de sa poche.

- Est-ce que tu peux me donner ton numéro ? Ce sera plus facile pour l'organisation.

- En fait, je n'ai pas encore de portable... J'en achèterai un, bientôt.

- Ah ?

Akashi parut un peu étonné, puis rangea le sien. Il marcha jusqu'à son casier, de l'autre côté du banc, fouilla dans son sac de cours et en sortit un carnet avec un crayon.

- Je te donne le mien. Tu me préviendras quand tu auras ton téléphone.

Il ôta la page sur laquelle il avait écrit, et la tendit à Kuroko.

- Merci, j'essaierai de faire vite.

- Pas de problème, c'est juste au cas où.

Kuroko prit le papier, serrant gauchement ses affaires de sport qu'il n'avait toujours pas rangées contre lui. Akashi referma le casier. Comme il le voyait tout encombré mais n'osant pas se détourner pour poser ce qu'il avait dans les bras, il s'en retourna vers le couloir.

- Désolé de t'avoir interrompu. Installe-toi et rejoins-nous dès que tu es prêt.

Le garçon aux cheveux bleus acquiesça à nouveau, et resta immobile tandis que le bruit des pas s'éloignait peu à peu. Une fois seul, il s'empressa de mettre son casier en ordre, enfila son survêtement et gagna la salle d'entraînement.

La semaine s'écoula plus vite qu'il ne l'aurait cru. L'avantage de ces séances au rythme spartiate, c'était qu'il n'avait pas le temps de regarder les heures défiler. A chaque fois qu'il en sortait, il avait le sentiment de ne pas avoir levé le pied une minute. Et enchaîner avec Aomine dans le gymnase N°3 était tout simplement au-dessus de ses forces.

En arrivant chez lui, il s'étonna de trouver deux paires de chaussures supplémentaires dans l'entrée. La première, des mocassins noirs soigneusement cirés. La seconde, des bottines beiges qu'il connaissait bien. Ses parents étaient rentrés tôt, ce soir-là.

Il se déchaussa rapidement et se dirigea vers le salon, où des voix familières avaient remplacé le bourdonnement de la télévision. Passant sa tête dans la pièce, il les vit tous les deux attablés autour d'un verre, en train de discuter avec sa grand-mère qui préparait le repas.

- Ah ! Te voilà, Tetsuya !

Son père, qui lui faisait face, lui adressa un sourire bienveillant. Plus les années passaient, et plus on ne cessait de lui faire remarquer combien son fils lui ressemblait. A ceci près que leurs caractères ne correspondaient pas tout à fait. Lorsqu'il arrivait quelque part, son père ne passait jamais inaperçu. Il était le genre d'homme dont la présence intrigue et attire aussitôt ceux qui l'entourent. Malgré ses dehors sérieux, c'était quelqu'un de profondément généreux, et son fils éprouvait un grand respect à son égard.

Son côté discret à l'extrême, voire même un peu transparent, il le partageait avec sa mère. Elle était si silencieuse et si menue que bien souvent, on ne la remarquait pas. Aux yeux de son mari, c'était une qualité pour qui sait en voir les bons côtés. Elle était d'une douceur infinie, toujours calme, apaisante. Tout comme sa mère, qui s'activait alors près de l'autocuiseur, elle ne se mettait jamais en colère. Mais elle était tout aussi ferme et intransigeante. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle ne se serait jamais laissé dicter sa conduite. En quelque sorte, elle était la définition même de ce que l'on appelle la « force tranquille ». Et elle avait des cheveux d'un bleu pâle, comme son fils.

- Bonsoir, Papa. Bonsoir, Maman.

Sa mère lui sourit, et tapota la chaise à côté d'elle pour qu'il vînt les rejoindre. Alors qu'il s'asseyait avec eux, son père finit le verre de thé glacé qu'il avait devant lui.

- C'est agréable, que l'on se retrouve pour dîner tous ensemble, un soir de semaine. Tu es rentré plus tôt, toi aussi. Tu n'as pas joué au basket avec ton ami ?

- Cette semaine, j'ai dû faire une pause. J'ai changé de section il y a quelques jours, je suis dans la Première, maintenant.

Eberlués, deux paires d'yeux le dévisagèrent aussitôt. Sa grand-mère ne se retourna pas, mais elle avait arrêté momentanément de remuer le bouillon de légumes.

- Quoi… Vraiment ?

- Oui… D'ailleurs, je vais participer à mon premier match, la semaine prochaine.

En le disant, et sans doute en voyant la tête que faisaient ses parents, il se rendait compte à quel point tout ça était complètement fou. Jusqu'ici, il n'avait quasiment jamais parlé du club de basket avec eux. Au début de l'année, ils lui demandaient des nouvelles, de temps en temps. Et puis, il avait échoué au premier test. La déception se lisait sur son visage. Eux savaient que leur fils n'était pas du genre à renoncer. Cependant, ils avaient préféré ne plus aborder le sujet. Et Kuroko ne leur apprenant rien de nouveau, ils en avaient sans doute conclu qu'il ne progressait pas.

Aussi son annonce fit-elle l'effet d'une petite bombe chez ses auditeurs.

- Eh bien, voilà qui mérite une petite fête. D'ailleurs, en parlant de ça…

Son père se pencha de côté, et attrapa un paquet dissimulé sous sa chaise. Après un regard complice échangé entre ses parents, Kuroko se vit offrir ledit paquet avec perplexité.

- … Pour moi ?

- On dirait bien.

Il tourna la tête vers sa mère, qui acquiesça en souriant.

- Joyeux anniversaire, Tetsuya.

- On est un peu en avance, mais on ne sera certainement pas là la semaine prochaine pour le jour J. C'est de notre part à tous les trois.

Il était tellement obnubilé par le club ces derniers temps qu'il avait complètement oublié son propre anniversaire. Saisissant le cadeau avec précaution, il dénoua le petit ruban doré et ôta le papier. Un élan de joie et de surprise le prit lorsqu'il découvrit le présent : un téléphone portable. Sur la boîte, un petit papier était collé et portait les mots : « Joyeux 13 ans ! »

- A ton âge, ça devient indispensable d'en avoir un. Tous les jeunes passent leur temps sur ces trucs-là. Je ne dis pas que tu dois faire pareil, non plus…

- Merci. Merci beaucoup !

Il se leva et les enlaça à tour de rôle, serrant la boîte en carton contre lui. Après le repas, son père lui montra comment le mettre en route et entrer des contacts. Dès qu'il fut dans sa chambre, il chercha l'adresse d'Ogiwara dans son carnet, et l'enregistra. Plus besoin d'écrire des lettres, à présent. Ils pourraient échanger directement par mail.

Il s'assit sur son lit, et observa le téléphone bleu ciel un long moment.

Puis il le déposa sur son bureau. Et vit un papier qu'il avait laissé plié près de ses livres de cours.

Le numéro d'Akashi. Il avait complètement oublié. Le match avait lieu lundi, ils ne se reverraient pas d'ici là. Il fallait qu'il lui donne son numéro.

Il saisit la feuille et la déplia. Il reprit son portable, et composa les chiffres sur le clavier.

Il n'allait pas appeler maintenant. Pas à vingt-deux heures passées. Et puis il n'avait jamais été très à l'aise au téléphone. Les trois quarts du temps, son interlocuteur croyait n'avoir personne au bout du fil, et il devait répéter deux ou trois fois pour se faire entendre.

Un message serait plus simple. Surtout pour un simple échange de numéro.

Il ouvrit le menu. Créer un nouveau message.

… Qu'est-ce qu'il pourrait bien dire ?

Akashi et lui n'étaient pas particulièrement proches. Peut-être commencer par une formule de politesse…

On ne lui demandait pas non plus de rédiger une lettre de motivation. C'était un SMS, tout ce qu'il a de plus banal.

Il commença à écrire quelque chose. Puis se ravisa. Trop long. « Bonjour ». Non, il était vingt-deux heures. « Bonsoir », donc.

Un mot de fait. A ce rythme-là, il aurait le temps de voir le matin arriver et de remettre son « bonjour » du début.

Est-ce que cela prenait toujours autant de temps, d'écrire un message ? Voilà, cette fois c'était bon. Ah non, il avait oublié de mettre son nom.

Lorsqu'enfin, il en vint à bout, il s'allongea sur le dos et relut une dernière fois. Puis il appuya sur le bouton Envoyer. Au final, il avait simplement écrit : « Bonsoir, voici mon numéro de portable. Kuroko Tetsuya. »


- Alors sois pas si stressé, Tetsu !

Dans les méandres de son agitation intérieure, il lui avait semblé percevoir une voix amie.

- … Hein ? Tu m'as parlé ?

- Je te dis de prendre ça cool… T'as intérêt à gérer. Tu t'en es bien sorti, pendant le test qu'on t'a fait passer, non ? A partir de maintenant, c'est du sérieux…

Aomine marchait devant lui. Ils avançaient en rang serré, remontant le couloir qui menait à la plus grande salle du gymnase. Les quatre autres Première Année avaient un visage sérieux, mais calme, loin de l'angoisse qu'on pouvait aisément déceler sur le sien.

- Dans la Troisième Section, il y avait aussi des matchs à l'extérieur, mais j'étais toujours dans les gradins. Et d'un coup, je me retrouve avec un uniforme, même si je suis sur le banc… Encore un peu, et je jouerai dans un match. J-je pourrai m-mourir comblé…

- Tu bégaies, maintenant… Et hein, quoi ?! Sérieux ?!

Derrière lui, Murasakibara poussa un soupir bien audible.

- J'te juure… Evite de nous gêner, en tout cas…

Midorima opina. Devant eux, Kuroko crut voir Akashi décrocher son téléphone, avant de se le faire arracher des mains par un Nijimura hors de lui. Il raccrocha aussi sec, et rendit le portable à son propriétaire. De son côté, le petit nouveau sentait que des tremblements lui traversaient tout le corps. Il dut se concentrer pour marcher droit.

Après un rapide passage dans les vestiaires, ils se rendirent dans la salle principale du gymnase, qui se divisait en deux terrains, séparés par deux rangées de chaises et par les tableaux d'affichage des scores. Des élèves avaient déjà pris place dans les gradins. Tous les six gagnèrent immédiatement leurs sièges et ôtèrent leurs t-shirts. Le coach marcha vers eux, et commença son annonce avec la pire surprise qui soit.

- Haizaki étant absent, il y a eu une modification. Akashi, Aomine, Murasakibara, Midorima, vous rentrez directement. Et, à la place de Haizaki, Kuroko également. C'est parti.

Kuroko eut l'étrange sentiment de traverser une phase de latence, pendant quelques secondes. Un grand blanc.

Il avait stressé dès l'instant où il était sorti de son lit. En arrivant sur les lieux de la compétition, son stress avait atteint un niveau encore inexpérimenté.

A présent, il n'était plus stressé.

Il était paniqué.

Les joueurs se mirent en ligne et saluèrent pour le début de la rencontre. Murasakibara récupéra le ballon à l'entredeux, et l'envoya à Akashi. Kuroko était à côté de lui, incapable de bouger le petit doigt.

- Calme-toi, Kuroko-kun. Essaie d'abord de bien…

Mais lorsqu'Akashi se tourna vers lui, il s'était étalé de tout son long sur le parquet.

Lentement, il se remit debout.

- Désolé, je me suis pris les pieds dans mes pieds…

Il se tourna vers son vice-capitaine, avec une impassibilité à toute épreuve. Mais il crut sentir comme quelque chose de chaud lui couler sur la lèvre.

- Je vais bien.

- Euh… ça n'a pas l'air d'aller du tout, non !

- Aah ! Tetsu !

Aomine courut vers lui, alarmé. Passant un doigt sous sa narine, Kuroko se rendit compte qu'il saignait.

- Hm… ? Ah.

L'arbitre siffla, et il fut sorti du terrain, dans la consternation générale. C'était ce qui s'appelle un cafouillage de toute beauté.

Il passa les deux premiers quart-temps sur le banc, contraignant leur capitaine à prendre part au match pour réparer sa bourde. Naturellement, il s'en voulait. Mais, comme il était plutôt bon pour voir le verre à moitié plein, il se dit qu'au moins, après un tel désastre, il pourrait difficilement se ridiculiser davantage.

Pour la première fois, il voyait ses coéquipiers jouer depuis l'extérieur. Il était subjugué.

Leur jeu était fluide. Ils avaient déjà une technique ahurissante. Il comprit alors à quel point son désir de les égaler avait été vain. Ce n'était pas cela qu'on attendait de lui. Il devait faire ce qu'il savait le mieux faire.

Mais lorsqu'il rentra de nouveau sur le terrain, il fut incapable de réitérer sa performance du test de passage. Il manquait trop de passes. Au bout d'un moment, Murasakibara sortit de ses gonds et lui attrapa brutalement la tête.

- Eeh… c'était quoi, ça ? Tu te fous de nous ?

- Je ne me fous pas de vous.

- Je vais t'écrabouiller.

- Ne m'écrabouille pas, s'il te plaît.

- Arrête, Murasakibara.

Midorima le regarda avec insistance, et il finit par lâcher prise. Aomine s'abstint d'intervenir, mais Kuroko sentait bien que sa piètre prestation le préoccupait. Derrière lui, il entendit Akashi approcher en courant.

- Respire à fond. Regarde bien autour de toi.

Il ne répondit rien. Malgré lui, il sentait le doute le gagner. Il était plus calme qu'au début du match, pourtant. Et il était concentré. Mais son taux de réussite restait dramatiquement bas. Le match s'acheva sur une victoire de Teikô, bien entendu. Mais il n'y avait contribué en rien.


Il passa sa pause déjeuner à broyer du noir. Au détour d'une allée, il entendit même le coach menacer de le rétrograder, et Aomine s'opposer fermement à sa décision, sous peine de quitter lui aussi la Première Section. Dès qu'ils se retrouvèrent seuls tous les deux, Kuroko s'empressa de l'en dissuader.

- Aomine-kun, tu n'as pas besoin d'aller jusqu'à démissionner de la Première Section…

- Mais t'inquiète ! Il suffit de gérer sur le prochain match. No problem~

Il leva le poing, et le tendit vers Kuroko.

- Il te reste une chance. Tu peux le faire. J'en suis certain.

Décidément, il était increvable. Même après le match du matin, sa confiance n'avait pas vacillé. Et s'il croyait aussi fermement en ses capacités, Kuroko ne pouvait pas douter.

Il serra son poing, et cogna celui de son partenaire.

- D'accord.


Haizaki avait finalement été traîné jusque sur le terrain, et participa bon gré mal gré aux deux premiers quart-temps. Tout en observant, Kuroko serrait les dents. L'équipe ne parvenait pas à creuser le score. Chacun faisait de son mieux, mais la fatigue se ressentait de plus en plus. Lorsqu'enfin arriva la pause en milieu de rencontre, l'écart n'était que d'un seul point.

Le retardataire regagna le banc, et Kuroko prit sa place. Il inspira à nouveau, les yeux fixés sur le terrain en face de lui. Cette fois, c'était la dernière. Il ne savait pas comment sortir de ce bourbier. Mais il n'avait pas le choix.

A sa droite, Akashi l'observait. Et alors qu'il s'apprêtait à se lever, celui-ci prit la parole.

- C'est bien d'être motivé, Kuroko-kun. Mais si tu refais la même chose que pendant le premier match, ce sera un échec.

Kuroko se retourna, mi surpris, mi inquiet. Son vice-capitaine avait un regard on ne peut plus sérieux. Il crut un instant qu'il était bon pour une séance de remontrances.

Mais Akashi ne lui fit aucun reproche. Il examina la situation avec circonspection et lui mit sous les yeux les failles de son jeu durant la première rencontre. Il manquait encore d'expérience dans la Première Section. Et surtout, il y avait une chose sur laquelle il devait tout miser s'il voulait réussir sa mise à l'épreuve éminente.

- Si tu veux vraiment faire de ta technique une arme, tu dois prendre conscience de ta capacité à disparaître du champ de vision de l'adversaire, et la contrôler. Et pour ça, il faut que tu fasses tout ton possible pour ne pas laisser tes émotions transparaître. Sois déterminé. Et enfouis-les au fond de toi.

Oublier ses émotions.

Oublier le stress.

Oublier la peur.

Oublier la joie.

Une dernière fois, Kuroko emplit ses poumons de tout l'air qu'il put. Puis il souffla, longuement, silencieusement.

Et lorsqu'il releva la tête, il était prêt.

- Très bien.


Pendant la seconde partie du match, un étrange phénomène se produisit. Par intermittences, soudainement, le ballon semblait devenir invisible.

Il disparaissait.

Ce jour-là, Teikô sortit grand vainqueur de ses deux rencontres. Et, dans le même temps, une rumeur commença à circuler.

Au sujet d'un sixième joueur fantôme, dans les rangs de l'équipe du collège Teikô.


Les jours d'après, ce fut presque en chantonnant que Kuroko gagna le gymnase. Il s'en abstint, par pudeur. Mais le cœur y était. Les conseils d'Akashi avaient fonctionné à merveille. Il s'en était sorti. Ils avaient gagné, et cette fois, la victoire avait eu le goût du succès. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Il se changea en quatrième vitesse. Lorsqu'il arriva sur le terrain, il aperçut Akashi et Aomine et trottina jusqu'à eux.

- Wow, t'as l'air en forme, Tetsu !

- Oui… Je me sens tout bizarre… Je fais enfin partie de l'équipe…

- Ouais, enfin, quand tu auras un maillot.

Interdit, Kuroko le dévisagea avec des yeux ronds.

- … Quoi ? Je n'ai pas encore reçu d'uniforme ?

Midorima et Murasakibara, qui s'étaient approchés entre temps, se joignirent aux deux autres pour le regarder d'un air atterré. Comme pour le ramener sur terre, Aomine lui frappa le haut du crâne d'un coup sec.

Devant l'expression dépitée de Kuroko, Akashi eut un sourire compatissant.

- Ah, désolé… Je ne te l'avais pas dit.

- Même nous, on n'a pas eu notre uniforme tout de suite, tu sais.

Kuroko avait du mal à le croire. Il n'était peut-être tout simplement pas dans les petits papiers du coach. Son apparition sur un terrain n'avait été qu'un coup de chance. Sans doute…

- Tu t'es bien débrouillé au dernier match, le coach n'a juste pas encore fait d'annonce. Mais tu peux d'ores et déjà considérer que tu fais définitivement partie de la Première Section.

Il acquiesça, son moment de doute envolé.

Etrange. Comme les paroles d'Akashi avaient le don de le rassurer.

Alors que les autres reprenaient l'entraînement, et qu'il leur emboîtait le pas, il se surprit à penser quelque chose de tout aussi déconcertant.

Si Akashi n'avait pas été là… Sa vie aurait sans doute été complètement différente.


A la fin de la séance, miraculeusement, il tenait encore sur ses jambes. Sans aller jusqu'à dire qu'il était frais comme un gardon, au moins, il commençait à se faire au rythme de sa nouvelle section. Il était même partant pour une ou deux heures sup' avec Aomine.

- Ah, Tetsu ! Désolé, je peux pas rester ce soir. Ça me gave mais on m'a collé un rendez-vous chez le médecin…

Dépité, Kuroko l'examina d'un air dubitatif.

- Tu es malade ?

- Non, non ! C'est juste de la routine… Vraiment désolé, on remet ça demain ?

- D'accord.

Aomine s'éclipsa, rejoignant les autres dans le vestiaire. Kuroko resta seul sur le terrain vide. Tournant la tête, il avisa un chariot rempli de ballons, repoussé contre l'un des murs.

Après tout, il pouvait bien s'entraîner tout seul.

Il installa des petits plots orange en enfilade, et répéta l'exercice qu'il avait fait et refait maintes fois lors des entraînements. Il fit plusieurs aller-retours, slalomant entre les cônes en dribblant avec plus ou moins d'élégance, quand la balle ne lui échappait pas tout simplement des mains.

Il réitéra ce parcours plusieurs dizaines de fois. Jusqu'à ce qu'un claquement sec résonnât dans tout le gymnase. Et il se retrouva dans le noir.

- … Euh…

On avait sans doute éteint en partant, pensant qu'il ne restait plus personne. Et il n'avait aucune idée de la localisation de l'interrupteur général dans un bâtiment aussi vaste que l'était le gymnase N°1. Même s'il se résignait à quitter les lieux maintenant, faute de pouvoir poursuivre son entraînement, il n'atteindrait sûrement pas le vestiaire sain et sauf sans lumière.

- Il y a quelqu'un ? Je suis encore là… !

Il y eut un moment de silence. Un de ces moments qui donnent tout son sens au mot « solitude ».

Puis, en clignotant, les spots se rallumèrent. Quelqu'un avait entendu son appel de détresse. Il le chercha du regard.

Dans le silence monacal, il entendit des pas se rapprocher. Finalement, Akashi apparut à la porte du fond.

- Désolé, je croyais que tout le monde était parti.

- C'est rien.

Les yeux d'Akashi passèrent du ballon qu'il avait dans les mains aux plots disposés sur le sol.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je m'entraîne à… dribbler…

Passe encore dans la Troisième Section. Mais dans la Première, ce genre d'assertion était complètement incongru. Il était bien le seul à se trouver confronté à un tel problème. D'ailleurs, personne ne lui avait demandé de faire des efforts de ce côté-là. Mais lui n'avait pas abandonné l'idée de progresser, au risque de paraître un peu déphasé, les premiers temps.

Akashi s'était déjà changé. Il posa son sac, s'adossa contre le mur, et fit un petit mouvement de tête pour lui dire de reprendre.

- Montre-moi.

Kuroko acquiesça. Il fit rebondir la balle deux, trois fois sur le sol. Puis il repartit pour une nouvelle longueur. Un peu maladroitement, il parvint au dernier virage sans perdre le contrôle. Puis le ballon rebondit sur le dernier cône. Et lui échappa des mains.

Game over.

- … Je recommence.

- Pas la peine.

Il alla ramasser le ballon, en regardant ses pieds. Pourtant, il avait déjà réussi plusieurs fois. Mais comme toujours, lorsqu'on veut montrer, rien ne marche comme prévu. Surtout dans son cas…

Comme il ne savait pas tellement quoi dire, il finit par relever la tête. Et vit avec surprise Akashi enlever sa veste.

- … ?

Il le regarda traverser le terrain, remontant les manches de sa chemise.

Les choses prenaient une tournure inattendue.

- Tu es trop focalisé sur le ballon. Résultat, tu ne regardes pas assez où tu vas. Donne.

Kuroko hésita.

- Je ne veux pas te faire perdre ton temps, je peux me débrouiller…

- Sans doute, mais ça ira plus vite si je te montre.

A court d'arguments, il n'insista pas et lui envoya le ballon. Il le regarda faire plusieurs fois. Sans encombre. Naturellement. Tout semblait affreusement simple.

Non. C'était affreusement simple. Pas besoin d'être un génie pour parvenir à dribbler entre des plots. Un novice y arriverait. Akashi, lui, le faisait parfaitement. C'était là la seule différence.

Kuroko réessaya.

Il re-rata.

- … Je ne le fais pas exprès.

- Je te crois…

Mais sa persévérance dans l'échec demeurait pour eux deux un mystère. Akashi parut réfléchir quelques instants.

Kuroko avait l'habitude de ne pas faire des prouesses. Mais, en général, personne n'y prêtait attention. Se savoir examiner avec tant d'insistance était autrement plus embarrassant.

- C'est juste une idée, mais…

Akashi s'approcha, jusqu'à être dans son dos. Déboussolé, Kuroko se tordit le cou pour le regarder. Mais il était si près tout d'un coup qu'il eut l'impression que leurs visages allaient se toucher.

Le regard d'Akashi était fixé sur le ballon qu'il tenait dans ses mains. Le garçon aux cheveux bleus détourna aussitôt la tête, et se mit lui aussi à observer intensément la balle orange.

- Fais-le rebondir, pour voir.

Sa voix lui chatouillait l'oreille. Il frissonna, et le ballon manqua de lui sauter des mains. L'intérêt de se mettre juste derrière lui pour le regarder dribbler lui échappait totalement. Mais il fit ce qu'il lui demandait.

Il se sentait étrangement crispé. Il dut redoubler d'efforts pour faire simplement rebondir la balle sur place. Akashi observait par-dessus son épaule. Au bout de quelques rebonds, il approcha sa main et la plaça au-dessus de celle de Kuroko.

- Ne t'arrête pas. Ouvre ta main. C'est toute la surface de ta main que tu dois utiliser, pas seulement la paume.

Il se focalisa sur ses paroles, et tenta d'étendre ses doigts. Mais ses articulations étaient rigides. Il faisait mécaniquement rebondir le ballon. En dehors de son bras, son corps était complètement figé.

Parfois, le dos de sa main rencontrait celle d'Akashi, et il avait envie de s'excuser.

Mais comme lui ne disait rien, il continuait. Sans avoir la moindre idée de comment s'y prendre.

- Regarde.

Le garçon qui se trouvait derrière lui passa sa main sous la sienne, et prit la relève, sans cesser de faire rebondir le ballon.

Kuroko observa, tout en prenant garde à ne pas reculer. Leurs épaules se touchaient presque.

- Si tu te sers de tes doigts, tu peux avoir un contrôle beaucoup plus subtil. Recommence.

Il n'entendait plus vraiment le bruit des rebonds. Malgré lui, il était de plus en plus conscient du souffle mesuré qui résonnait, tout près.

Il parvint néanmoins à reprendre le ballon, et continua à le pousser et le repousser en cadence contre le sol. Il ferma les yeux. Se concentra sur ses sensations.

Le gymnase était si calme. Ils étaient seuls. Plus aucun d'eux ne parlait. Petit à petit, sa réserve s'envola, laissant place à une certaine sérénité.

Sa main se détendit, lentement. Il commença à avoir des mouvements plus fluides. Jusqu'à sentir qu'il maîtrisait les rebonds avec aisance.

- C'est mieux.

Akashi retira sa main, et Kuroko rattrapa la balle, dans un dernier sursaut. Le bruit de métronome dont l'écho se répercutait dans la salle s'arrêta.

Tout devint silencieux.

Il n'entendait plus que sa respiration. Il sentait sa chaleur dans son dos.

Il réalisa tout d'un coup à quel point ils étaient tout près, l'un de l'autre.

Aucun d'eux n'avait bougé. Doucement, il ouvrit les yeux.

Il tourna à peine la tête.

Curieuse sensation de mèches de cheveux qui se frôlent.

Il vit son visage. Ses yeux baissés.

Un frisson le secoua. Violent. Pourtant, ses épaules frémirent à peine.

Akashi fit un pas en arrière, et le froid les sépara. Il passa devant lui avec désinvolture. Sans le regarder.

- Penses-y la prochaine fois que tu t'entraînes tout seul. Je te laisse les clés sur le banc, tu n'auras qu'à les rendre à l'accueil.

Il marcha jusqu'au fond de la salle, et enfila la veste de son uniforme. Lorsqu'il eut passé son sac par-dessus son épaule, il se tourna vers Kuroko, et lui sourit.

- Avec les épreuves de fin de semestre, je ne serai peut-être pas très disponible. Mais si tu as besoin, n'hésite pas à venir me voir.

Kuroko fit oui de la tête, tout en songeant qu'il n'irait sans doute jamais le solliciter pendant les entraînements. Il en avait déjà beaucoup trop fait pour lui.

Il aurait voulu le lui dire.

Alors qu'Akashi s'apprêtait à quitter la salle, il l'interpela.

- Akashi-kun !

L'intéressé s'arrêta, tournant la tête vers lui.

- Oui ?

- … Non, rien.

Le garçon le regarda sans un mot. Puis il lui fit un signe d'adieu. Et referma la porte derrière lui.

Kuroko resta sur le terrain, le ballon entre les mains.

Il ne savait pas trop pourquoi.

Les mots ne lui étaient pas venus.