Hello~
Bon, je ne sais pas si c'est une mauvaise nouvelle ou pas... Mais finalement, je vais passer plus de temps que prévu sur ce flashback. J'y peux rien, j'adore la période Teikô, c'est comme ça~ Et puis, toute l'histoire est un peu fondée sur ce qui s'est passé au collège, alors tant qu'à faire, je creuse.
J'ai pas tellement de blabla à vous faire subir, pour une fois, alors passons aux reviews~ Et d'ailleurs... Ca y est, c'est officiel : la fic a dépassé les 100 reviews~! Aaah, joie, les mots me manquent~ C'est comme... comme un bébé qui est devenu grand ! Je vous aime ! Merci beaucoup !
Laura-067 : Oui je l'ai lu, et maintenant j'attends décembre avec plus que de l'impatience ! Mais comme le chapitre sera publié dans le NEXT!, je pense que ce sera un épisode extra et pas une suite à proprement parler... Enfin, du momement que ça se passe un peu après, ça me vend déjà du rêve !
Grwn : Woah, je crois que tu as battu le record de reviews postées à la suite ! xD Merci~ (comment on prononce ton pseudo, ça m'intrigue ? ( o o)) J'aimerais bien que Mukkun revienne et qu'on voie les gâteaux de tout le monde. Mais pour Kagami, il faudra patienter un petit moment. Je lis les commentaires au fur et à mesure que j'écris ma réponse... xD Donc oui, c'est bien Hanamiya, je t'en prie, bénis-moi~ Moi aussi, j'ai hâte que Mukkun se bouge un peu, mais pour ça, je fais confiance à Tatsuya ( = v =) Et Nanamine, alors... Je ne dirais pas qu'elle a vraiment été actrice dans ce qui est arrivé à Kuroko... C'est un peu le contraire, en fait... Mais chut ! Ca suffit xD Encore merci en tout cas, et à plus tard ;3
Kyoko77 : Désolée n'amour, mais cette fois encore, tu n'auras pas un chapitre très rock'n'roll~ Tout va tout lentement, mais sûrement, comme tu l'as si bien relevé, et si tu as des réclamations, détache d'abord Gaara avant qu'on vienne t'arrêter pour maltraitance ( = v =)
Bonne lecture, mina-san~
La rentrée en Deuxième Année arriva.
Ils avaient beau revenir de vacances, les élèves du club de basket ne s'étaient pas relâchés pour autant. A l'exception peut-être de Haizaki, plus dilettante que jamais.
Non sans une légère déception, Kuroko constata qu'il était à nouveau seul dans sa classe. Aomine, qui l'avait rejoint dès son arrivée, grommela avec dépit qu'il se trouvait dans celle de Midorima.
Kuroko promena son regard sur les panneaux d'un air absent. Akashi était dans une classe différente.
Alors qu'ils approchaient de l'entrée du bâtiment principal, quelqu'un les appela avec véhémence.
- Aomine ! … Ah, et Kuroko !
Faisant volte-face, ils virent Nijimura marcher à grands pas vers eux. Les quelques jours de repos annuels n'y avaient rien fait : il paraissait toujours d'aussi mauvais poil.
- Yo, capitaine. Bonnes vacances ?
-Je sais pas si on peut appeler ça des vacances, en tout cas elles sont bel et bien finies. J'aimerais que vous fassiez passer le message aux gars de votre année que la première réunion du club se tiendra cet après-midi dans le Gymnase N°1.
- Ok, ok, ça sera fait.
- C'est maintenant que je veux que tu le fasses, Aomine.
L'intéressé poussa un profond soupir, qui lui valut de se faire mitrailler du regard jusqu'à ce qu'il se mît en mouvement.
- Euuh… Bon, Tetsu, j'ai croisé Haizaki tout à l'heure alors je m'occupe de lui. Je transmettrai aussi le message à Midorima. Tu te charges des deux autres ?
- D'accord.
Sur ce, Aomine fila sans demander son reste. Resté seul face à leur capitaine, Kuroko resta muet comme une carpe. Le jeune homme désormais en Troisième Année le dévisagea.
- Tu restes dans la Première Section, cette année. Je compte sur toi pour la suite.
Le plus jeune ne sut trop comment interpréter ses paroles. Il avait le sentiment qu'il faisait référence à quelque chose qui lui échappait. Mais avant qu'il eût pu répondre quoique ce soit, Nijimura avait tourné les talons.
Sans plus attendre, Kuroko commença ses recherches. Il monta l'escalier jusqu'à l'étage des Deuxième Année. La première classe sur laquelle il tomba fut celle d'Akashi. Il passa la tête à l'intérieur, mais fit chou blanc.
Il marcha jusqu'à celle de Murasakibara. Bonne pioche, cette fois. Celui-ci était déjà assis à sa place, en train de livrer une lutte sans merci à un paquet de bonbons.
- Murasakibara-kun.
Il jeta un coup d'œil rageur par-dessus son épaule, l'air d'être à deux doigts de bouffer quelqu'un.
- Quoi ?
- … Le capitaine m'a demandé de t'avertir qu'une réunion avait lieu cet après-midi au gymnase.
Il maugréa un semblant de « OK », et reporta son attention sur le paquet récalcitrant.
- … Dis, Kurochin… Tu pourrais pas m'aider ?
- Si toi tu n'y arrives pas, je ne suis pas sûr de faire mieux.
- Hmm… Ah ouais… On a qu'à s'y mettre à deux alors.
Il lui présenta un côté de l'emballage. Préférant ne pas le contrarier, Kuroko s'en saisit. Murasakibara compta jusqu'à trois, et ils tirèrent chacun dans un sens. Il ne fallut pas plus d'une seconde pour que le paquet explosât, répandant son contenu tout autour d'eux.
- Aah. Eh bah voilà~
Avec une rapidité surhumaine, il se jeta au sol et récupéra les friandises en un éclair. Dans le même temps, Kuroko en avait à peine ramassées deux.
- Murasakibara-kun, tiens.
Il les tendit à leur propriétaire.
Alors se produisit un évènement extraordinaire : dans un dédain plus que contrit, Murasakibara refusa les bonbons qu'il lui offrait.
- Tu peux garder ceux-là. Kurochin. Parce que tu m'as aidé.
Hébété, Kuroko resta sans voix. Puis, rangeant précieusement son trésor de guerre dans sa poche, il ne put réprimer un sourire.
- Merci beaucoup.
L'autre fit mine de ne pas s'en soucier et en engloutit trois d'un coup, sans vérifier si les parfums correspondaient.
- Tu ne saurais pas où se trouve Akashi-kun, par hasard ?
Il répondit en mâchonnant.
- Akachin ? Aucune idée.
Sentant que leur entretien touchait à son terme, Kuroko le laissa à sa dégustation et sortit de la classe.
Il arpenta les couloirs sans but précis. Après avoir parcouru chaque étage, il regagna le rez-de-chaussée, et franchit l'entrée une nouvelle fois. La cour commençait à se clairsemer. Tandis qu'il marchait, il regardait distraitement les pétales roses s'agiter au gré du vent. La sonnerie ne tarderait pas à retentir.
Une fois le parvis traversé de long en large, il revint sur ses pas, et entama une ronde autour du bâtiment principal.
Tout en cherchant, il profitait du printemps qui s'épanouissait autour de lui. Lorsqu'il atteignit l'arrière de l'édifice, le long des terrains de sport, il s'arrêta au pied d'un cerisier. Le vent brassait ses fleurs dans un léger murmure, alors que la rumeur des élèves attroupés dans la cour s'estompait peu à peu. Kuroko balaya les alentours du regard. Aucun collégien en vue.
Il fit un premier pas pour regagner sa classe, lorsqu'il entendit son portable vibrer dans son sac. Il plongea sa main dans la poche latérale pour l'en extraire, et l'ouvrit avec curiosité.
« En haut. »
Spontanément, il leva les yeux. Avant même de se demander ce qu'il y cherchait, il regarda vers le ciel. En chemin, des yeux rencontrèrent les siens. Deux iris rouges, qui l'observaient depuis une fenêtre du premier étage.
Kuroko resta immobile, le visage levé. Accoudé au rebord, le jeune homme le toisait avec flegme. L'ombre des cerisiers flottait sur son visage.
- … C'est la salle des professeurs, ça, non ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- J'aurais plutôt commencé par « bonjour ».
- … Je pourrais dire la même chose. « En haut », ce n'est pas très éloquent non plus.
L'expression impassible d'Akashi laissa place à un sourire amusé.
- Je venais parler au coach, mais il n'est pas là. J'attendrai cet après-midi.
- Tu es déjà au courant, alors ?
- On dirait bien.
Sur les murs, les tâches de lumière dansaient en silence. Les pétales voletaient autour de l'arbre, certains se faufilant discrètement par les fenêtres ouvertes.
- Tu as passé de bonnes vacances ?
- Oui. Et toi ?
- Assez bonnes.
Privé de sa mission, Kuroko ne savait plus quoi dire.
Ils se turent.
Baissant la tête, il remonta sans raison la bretelle de son sac sur son épaule.
Au-dessus de lui, les mêmes yeux scrutaient ses moindres gestes. Il les sentait. Il préférait regarder ailleurs.
S'adossant contre le mur, il écouta les fleurs frémir.
De nouveau, une voix se joignit à elles.
- Dis-moi, entre chez toi, et ici, où est-ce que tu te sens le mieux ?
Surpris, il se répéta la question dans sa tête. Puis il réfléchit un moment.
- … Je crois que j'aime les deux. Au début, j'étais un peu inquiet quand je venais au collège, parce que je n'avais aucun repère. J'avais l'impression que je ne serais jamais proche de qui que ce soit. Et puis, même si je voulais y croire, pour moi, les entraînements de basket revenaient à buter sans cesse contre un mur.
Un instant, il s'interrompit. En le disant, il se rendait compte à quel point les choses avaient changé depuis l'année précédente.
- Enfin, c'est ce que je pensais… Mais depuis, j'ai pu trouver ma voie et continuer à progresser. J'ai rencontré des personnes avec lesquelles j'aime passer du temps. Quand je suis avec les membres du club, avec Aomine-kun, ou avec toi, je ne vois plus les heures passer. Et grâce à ça, j'ai commencé à vraiment aimer le collège.
Un discret sentiment de joie lui emplit la poitrine à mesure qu'il parlait. S'il avait eu un seul vœu à formuler, ç'aurait été que ces moments partagés ensemble durent encore tout au long des deux années à venir, et peut-être même au-delà. Si tel pouvait être le cas, il aurait été profondément heureux.
Akashi ne disait rien. Kuroko finit par demander :
- Et toi ? Où est-ce que tu te sens le mieux ?
L'espace d'une seconde, il se demanda s'il allait répondre.
- Comme tu l'as dit, rien ne vaut le temps que l'on passe ensemble.
Sa voix était devenue mélancolique, tout d'un coup. Kuroko releva la tête. Il le voyait en contre-plongée, le regard perdu dans le vague.
- J'aimerais que tout change. Et que rien ne change en même temps.
A tort ou à raison, ses mots sonnaient à ses oreilles comme un regret.
- Il y a quelque chose… qui ne va pas, chez toi ?
Il put à peine achever sa question : la sonnerie retentit dans tout l'établissement. Un court instant, le soleil l'aveugla, et l'empêcha de regarder en l'air. Il s'éloigna du mur en tentant de ne pas perdre la fenêtre de vue. Mais lorsqu'il lui fit face, Akashi avait disparu.
Les premiers jours d'avril, Kuroko alla de surprise en surprise. La première fut la plus réjouissante.
Les cours avaient repris depuis moins d'une semaine. Un soir, à la fin de l'entraînement, le coach les fit se regrouper, et s'éclaircit la gorge. Comme il le faisait à chaque fois qu'il avait quelque chose d'important à annoncer.
- Kuroko Tetsuya. A partir du prochain match, tu seras officiellement sur le banc. Ton numéro sera le 15.
- Yeaaah, Tetsu !
Les mots avaient à peine eut le temps d'imprimer qu'Aomine lui passait déjà le bras autour du cou en le secouant vigoureusement. Il se laissa ballotter comme un prunier, trop abasourdi pour réagir.
- Bah… T'es pas content ?
- Si… Je suis content, mais… C'est tellement soudain que… je ne sais pas trop ce que je ressens, là tout de suite…
Il croyait s'être fait aux annonces providentielles, mais celle-là le laissait sans voix. Cherchant confirmation qu'il ne rêvait pas tout éveillé, il vit tous les regards tournés vers lui, et se sentit encore plus déboussolé que si personne n'avait réagi.
- Cette fois, ce n'est pas juste pour remplacer. Tu es titulaire pour de bon. Félicitations.
Akashi le félicitait. Il entendit Murasakibara et Midorima renchérir par un semblant d'approbation. Lui ne savait toujours pas quoi dire.
Il quitta le collège dans un état second. Il informa son ami d'enfance de sa toute nouvelle promotion.
Ce fut seulement lorsqu'il reçut sa réponse que l'évènement prit tout son sens, et qu'il leva les poings au ciel dans un élan d'euphorie.
La deuxième nouvelle fut la plus mitigée. Kuroko s'apprêtait à rentrer en classe, lorsqu'il aperçut une chevelure rose qu'il connaissait bien se glisser par l'entrebâillement de la porte.
- Excusez-moi, est-ce que Kuroko-kun est là ?
- Oui.
Elle se retourna, et poussa un cri effrayé.
- Tu voulais me voir ?
- … L'uniforme que tu as commandé est arrivé, alors je suis venue te l'apporter.
Le destinataire le lui prit des mains avec moult précautions, le déplia délicatement, et le brandit à la lumière du jour dans une posture triomphale.
Son maillot.
Son numéro.
Son uniforme.
- Ah, et juste une autre petite chose… Un nouvel élève rejoint la Première Section, aujourd'hui.
Retour sur terre.
- Oui, j'en ai entendu parler ce midi.
- Les nouvelles vont vite ! Il paraît qu'il n'a intégré le club de basket que depuis deux semaines. Du coup, tu as été désigné pour superviser son entraînement.
Lorsqu'il arriva dans le gymnase, accompagné d'Aomine et de Momoi, le phénomène du jour était au beau milieu d'un attroupement de Troisième Année. Aucun doute, il était du genre sociable. Il se retourna vivement et les salua avec ferveur. Enfin, Aomine, tout du moins.
- Je t'attendais~ D'ailleurs, si je suis entré dans le club de basket, c'est parce que j'ai super envie de jouer avec toi ! Aominecchi !
- « cchi » ?!
Sans vraiment faire preuve du même degré d'enthousiasme, son idole lui retourna le bonjour. Et, pour éviter tout malentendu, il jugea utile de préciser :
- Ah, et oublie pas Tetsu. C'est ton superviseur, accessoirement.
Il fallut un certain temps pour que la tête du blondinet pivotât vers Kuroko, qui se trouvait juste à côté de lui.
- Hein ?! Lui, mon superviseur ?! C'est pas possible !
C'est ainsi qu'il fit la connaissance de Kise Ryôta. Spontané, jovial, mais un poil usant à ses heures. Malgré sa déception flagrante, qu'il ne se donna d'ailleurs pas la peine de cacher, il changea radicalement d'attitude après le premier match qu'il joua aux côtés de Kuroko. Dès lors, il ne tarit plus d'éloges à son sujet, et l'affubla lui aussi d'un surnom sur mesure. C'était sa façon à lui de témoigner son admiration. Ses victimes eurent beau s'y opposer fermement, il n'abandonna pas. Kise était un électron libre.
Ce fut à peu près à la même période que Momoi commença à se faire de plus en plus démonstrative vis-à-vis de Kuroko. Il ne comprit pas trop pourquoi, ma sa réserve à son égard semblait s'être totalement évaporée. Désormais, lorsqu'elle l'apercevait au détour d'un couloir, elle courait vers lui en écartant grand les bras, et l'appelait avec candeur : « Tetsu-kun ! », parfois si fort qu'il ne savait plus où se mettre. Aomine ne se l'expliquait pas non plus. Ils avaient beau se connaître depuis l'enfance, dans certains domaines, ils demeuraient un mystère l'un pour l'autre.
Mais Kuroko ne se posait pas beaucoup de questions là-dessus. Son esprit était ailleurs.
Souvent, il repensait au jour de la rentrée. Il se remémorait leur discussion, près du cerisier. Et il ne pouvait se défaire du sentiment que celle-ci était restée en suspens. A cet instant, il avait eu l'impression que ce qu'Akashi s'était apprêté à lui avouer lui tenait à cœur depuis longtemps. Et depuis que cette conversation avait été interrompue, ils ne s'étaient presque pas reparlé.
Aux entraînements, il était inabordable. Aucune considération extérieure n'entrait en ligne de compte. Une fois sur le terrain, il était entièrement dévoué au jeu.
Mais, même en dehors, Kuroko n'osait pas l'aborder. Quelque chose le freinait. Il y avait une atmosphère différente, lorsqu'il était autour d'Akashi. Il lui avait semblé la percevoir, de façon diluée, auparavant. Cependant, elle était devenue plus pesante, et plus sombre. Il l'observait souvent - mais il ne le voyait jamais heureux. Et les rares fois où sur ce visage marmoréen s'esquissait un mince sourire, il se sentait soulagé au plus profond de lui.
Le matin, quand ils se saluaient, Kuroko s'étonnait toujours de la pression qui se condensait autour d'un simple « bonjour ». Il n'y prêtait pas une attention particulière, s'il s'agissait des autres. Mais face à Akashi, il avait constamment l'impression de marcher sur des œufs. Dès qu'il l'apercevait de dos alors qu'il montait l'escalier, dès qu'il reconnaissait ses cheveux écarlates à travers la fenêtre de la classe, il se perdait dans ses réflexions. Il guettait ses réactions. Si son visage serait aussi impénétrable que la veille, ou si, exceptionnellement, une once de gaieté l'aurait fait paraître moins solennel.
Jamais il ne l'avait vu se laisser aller. Il était constamment empreint d'une dignité impassible, qui le singularisait autant qu'elle l'isolait. En dehors des entraînements, il était souvent seul. Ceux qui parvenaient à constituer son cercle proche étaient en majeure partie Midorima, et Murasakibara, à ses heures. Kuroko n'y trouvait pas sa place.
Il le regardait de loin, sans parler. Ni l'approcher.
Les moments les plus déconcertants étaient les quelques fois où ils se retrouvaient seuls après le club. Ces occasions avaient beau être extrêmement rares, il s'y produisait un phénomène remarquable par sa simultanéité : l'un comme l'autre cherchaient à s'extraire de cette situation au plus vite. Akashi disait qu'il devait rejoindre le capitaine pour s'entretenir avec lui, Kuroko qu'Aomine l'attendait dehors, et ils se séparaient dès que possible. Aussi, au bout d'un mois à peine, le sixième joueur renonça-t-il à l'idée de reprendre leur conversation là où ils l'avaient laissée.
Le dernier jour avant la Golden Week, chacun quitta le gymnase parfaitement éreinté. En plus d'avoir mis les bouchées doubles avant la semaine de congés annuels, Kise et Haizaki s'étaient sauté à la gorge pendant toute la séance. Vanné, Kuroko entendit à peine leur petite manager approcher.
- Hmm… Tetsu-kun ?
- … Ah. Oui, c'est moi.
- Ca, je sais. Je voulais te demander, est-ce que…
Il s'étonna de la voir aussi hésitante. Elle d'ordinaire si extravertie et bondissante, surtout lorsqu'il était dans les parages. On aurait dit une autre personne.
- Est-ce que tu as quelque chose de prévu, cette semaine ?
- Non, je ne crois pas. Pourquoi ?
- Parce que… Euh… Enfin, c'est juste une idée, mais peut-être qu'on pourrait se voir, un après-midi ?
Quelque chose dans son attitude semblait sous-entendre davantage. Elle ne le regardait pas dans les yeux, comme elle en avait l'habitude. A côté de lui, Aomine les dévisageait en silence.
- Pourquoi pas… Je te dirai si…
- Ah, ne t'inquiète pas, on n'est pas obligés de fixer une date tout de suite ! Tu as mon numéro, alors si ça te dit toujours, appelle-moi !
Depuis le début de l'année, ils s'étaient tous échangé leurs coordonnées, bien qu'ils n'en n'eussent l'utilité que pour des soucis d'organisation relatifs au club. Le seul numéro dont Kuroko avait fait usage jusque-là était celui d'Aomine.
- Bon, sur ce, j'y vais ! Bonnes vacances ! Aomine-kun, à plus tard !
Celui-ci acquiesça vaguement, et Momoi les quitta. Alors que Kuroko tournait la tête vers lui, il lui trouva un air contrarié.
- Aomine-kun ?
L'intéressé ne répondit pas tout de suite. Il soupira, regardant dans la direction où la jeune fille venait de disparaître.
- Dis, Tetsu… Qu'est-ce que tu crois qu'elle cherche à faire ?
- Comment ça ?
- En te proposant de sortir. T'en penses quoi ?
- De quoi ?
- Raah, mais aide-moi, un peu ! De cette histoire de… de rencart. Parce que c'en est un. Tu vas vraiment y aller ?
Perplexe, Kuroko resta un moment perdu dans ses pensées. L'idée ne lui avait même pas traversé l'esprit.
- … Je ne l'avais pas vraiment interprété de cette manière.
- Ca me parait clair, pourtant. Elle te dit qu'elle veut te retrouver pour passer un après-midi juste avec toi. C'est du rentre-dedans, où je m'y connais pas.
- Parce que tu t'y connais, Aomine-kun ?
Le bronzé lâcha un juron et se passa une main derrière la tête avec irritation. Impassible, Kuroko ne le quittait pas des yeux. Lorsqu'il se tourna vers lui, Aomine manqua de faire un écart en voyant ses deux iris bleues le fixer avec une telle intensité.
- Okay, okay, j'y connais rien, j'avoue ! Mais n'empêche que je pense pas me tromper, sur ce coup-là. Je connais un peu Satsuki, quand même. Et toi, c'est typiquement le genre de trucs qui t'échappe complètement.
Kuroko ne dit rien. Il aurait voulu rétorquer quelque chose, mais il ne pouvait pas lui donner tort sur toute la ligne.
Il n'y avait pas songé, après tout. Par naïveté, sans doute. Et, quelque part, cette idée porta un petit coup à son amour propre.
De son côté, Aomine semblait avoir lâché l'affaire. Son sac négligemment balancé par-dessus l'épaule, il prit le chemin du portail.
- Enfin, juste pour donner mon avis là-dessus : évite de te fourrer dans des plans foireux. Si c'est trop ambigu, vaut mieux éviter les emmerdes. Moi, c'est ce que je ferais.
Kuroko eut une moue dubitative. Puis il le rejoignit, et ils rentrèrent tous les en bavardant comme ils en avaient l'habitude.
Au bout du compte, il se fia à Aomine, et déclina l'invitation. Qu'ils se retrouvent en dehors de l'école, cela arrivait souvent – en groupe. Surtout depuis l'adhésion de Kise, en réalité. L'année précédente, mis à part Aomine, Kuroko ne voyait jamais aucun membre du club passé l'enceinte du collège. Mais Kise avait mis un grand coup de pied dans cette institution du chacun pour soi, et dès le premier soir, il avait proposé à la cantonade d'aller manger une glace tous ensemble, et que qui l'aime le suive. La deuxième partie de son offre était certes un peu prématurée, mais étonnement, à force de persévérance, il avait peu à peu obtenu l'adhésion de ses camarades. Murasakibara, parce qu'il lui avait dit qu'il paierait sa tournée. Kuroko et Aomine, parce qu'ils ne voyaient pas l'intérêt de refuser. Et même Midorima, pour une raison que personne ne s'expliquait. Momoi se joignait aussi à eux, de temps en temps. Ils allaient squatter le conbini le plus proche, et bavardaient une bonne demi-heure en suçotant leurs glaces à l'eau. Volontairement ou pas, Kise avait apporté quelque chose de nouveau, en intégrant l'équipe. A force de traîner ensemble, ils avaient dépassé le stade de simples coéquipiers. Vus de l'extérieur, Kuroko songea que, désormais, ils devaient ressembler à n'importe quel groupe de collégiens rentrant de l'école. Une bande de copains, qui s'entendaient bien sans en avoir l'air.
Aussi était-il plutôt réticent à l'idée de laisser planer un malentendu. Il savait que Momoi ne tenait pas plus que lui à semer le trouble au sein de l'équipe. Elle balaya la question en disant que c'était une idée stupide, et ils s'en tinrent là. Elle ne se priva pas pour autant de lui envoyer une multitude de mails pendant toute la semaine, et il en conclut qu'elle ne lui en voulait pas.
Leurs petites équipées à la supérette subirent malgré tout un coup d'arrêt pendant ces jours de congés. Kise et Aomine étant absents, tout le monde resta chez soi. Curieusement, Kuroko en ressentit le manque assez rapidement. Sans qu'il s'en aperçût, il s'était habitué à l'atmosphère du groupe, lui qui avait toujours été ce garçon introverti qui lisait au fond de la classe. Il se plaisait avec eux. Unique bémol : ils n'étaient jamais au complet. Sans parler de Haizaki, qui privilégiait la compagnie de ses conquêtes féminines à la leur, Akashi ne se joignait pas à eux.
La semaine avançait lentement, et Kuroko commençait à trouver le temps long. Les trois premiers jours, il alla s'entraîner toute la journée sur le terrain de plein air à côté de chez lui. Excepté le soir où il retrouvait sa grand-mère pour dîner, il était livré à lui-même.
Désœuvré, il consulta distraitement le programme du cinéma le plus proche. Et repéra immédiatement le nom d'un film dont il avait lu le roman quelques mois plus tôt. De quoi occuper efficacement un de ses après-midis.
Y aller seul était un peu triste. Mais il n'avait pas vraiment le choix. Sa famille n'était pas disponible pour une sortie en pleine semaine. Aomine était parti dans le sud profiter de la plage. Kise n'était pas là non plus. Midorima et Murasakibara l'enverraient probablement sur les roses (le premier parce qu'il ne s'était pas montré particulièrement amical jusque-là, le deuxième parce qu'il n'aurait pas les moyens de lui payer un popcorn king size). Quant à Momoi, il avait déjà répondu non à son invitation.
Restait Akashi.
Il ne le voyait pas accepter. Pour quelle raison, par contre, il l'ignorait. Pour travailler, c'était peu probable : les cours n'avaient repris que depuis un mois, ils ne croulaient pas sous les devoirs. Pas pour le club non plus, puisque quasiment tout le monde était absent.
Tout bien réfléchi, il se pourrait peut-être qu'il acceptât. L'idée ne lui en parut pas moins complètement tirée par les cheveux. Il finit par lui envoyer un mail, dans le scepticisme le plus complet.
Cinq minutes s'écoulèrent. Puis quinze. Puis trente.
Puis une heure.
Kuroko finit par se dire qu'il n'obtiendrait pas de réponse plus rapidement en restant prostré au-dessus de son portable. Il prit un livre sur son bureau, mais se trouva bientôt à relire trois ou quatre fois la même ligne. Il le reposa. Quelle que soit l'activité qu'il entreprît, ses pensées restaient focalisées sur l'écran de son téléphone, résolument inerte. Il commença à parcourir les horaires de séances, faute de mieux. Toutes en fin d'après-midi. Voilà qui ne l'aidait pas beaucoup.
Il en avait presque oublié ce qu'il était en train d'attendre. Un nouveau mail s'afficha. Il attrapa le téléphone, et l'ouvrit.
« J'étais en reprise avec mon cheval. Je viens juste de lire ton message. Désolé, mais ce ne sera pas possible pour moi, demain je suis à Kyôto. »
Il resta quelques secondes à s'interroger sur la partie la plus déconcertante de ces trois phrases. Sa proposition venait de tomber à l'eau – mais ça encore, il s'en serait douté. Mais c'était la première fois qu'il mentionnait qu'il avait de la famille dans le Kansai. Et un cheval, qui plus est.
A la réflexion, il se rendit compte qu'il ne savait absolument rien de la vie qu'Akashi menait en dehors du collège. Il n'aurait imaginé qu'il savait monter. Curieusement, l'idée le fit sourire. En y pensant, ça lui allait plutôt bien.
« Ça ne fait rien, on n'aura qu'à y aller une autre fois. Tu fais de l'équitation ? »
Il se demanda pourquoi il avait rajouté cette question, dont la réponse ne faisait pas un pli.
Cette fois, le mail arriva rapidement.
« Oui, j'en fais depuis toujours. Ma famille a un haras près d'ici. »
« C'est vrai ? Je n'ai jamais essayé. »
« Si tu as l'occasion, tu devrais. C'est peut-être une question d'habitude, mais je trouve que les chevaux ont quelque chose d'apaisant. »
Il était presque étonné d'avoir une conversation aussi normale. Par mail, parler était plus simple. Peut-être parce qu'ils n'étaient plus l'un en face de l'autre. Il ne savait pas vraiment.
Il avait à peine conscience de se réjouir à chaque fois que l'écran s'allumait.
Sans qu'il eût envoyé quoique ce soit, un nouveau message s'afficha.
« Je rentre après-demain. Si tu es toujours libre, je viendrai. »
A dix-sept heures tapantes, il faisait déjà le pied de grue devant le cinéma. La séance était à six heures moins le quart. Il avait visé un peu large. Au moins n'aurait-il pas à s'inquiéter d'être en retard.
Il s'adossa contre le mur, et se plongea dans l'observation des passants. Il n'avait pas eu de nouveau message durant les deux derniers jours. Akashi avait dit qu'il viendrait, ils s'étaient mis d'accord sur l'horaire. C'était tout.
Il resta debout longtemps. Le temps passait au ralenti. Il se dit qu'il avait été stupide de venir si tôt.
Il consulta une dernière fois son portable. Plus qu'un quart d'heure.
Il ne doutait pas qu'il tiendrait parole. Seulement, il ne pouvait faire abstraction de cette désagréable sensation qui lui comprimait le ventre.
Elle disparut aussitôt qu'il le vit apparaître au bout de la rue. L'apercevant à son tour, Akashi lui adressa un sourire. Kuroko se redressa, sans le quitter pas des yeux. Il portait une veste légère grise, boutonnée jusqu'au col, et un pantalon blanc. Si certaines personnes donnaient une impression radicalement différente une fois l'uniforme au placard, ce n'était pas son cas. Kuroko se demanda de quoi il aurait eu l'air avec des vêtements un peu plus négligés. Il n'arrivait pas à se le figurer.
Akashi le rejoignit, et ils prirent l'ascenseur jusqu'au quatrième étage. Aucun n'engageait vraiment la conversation. La boule à l'estomac revint au galop. Furtivement, Kuroko jeta un coup d'œil dans sa direction. Son expression était parfaitement calme. Il ne parlait pas, davantage parce que son voisin restait muet comme une carpe que parce qu'il n'en avait pas envie. Cherchant à se composer un visage détendu, Kuroko remarqua bientôt qu'il arborait une série d'expressions plus étranges les unes que les autres en apercevant son reflet dans la glace, et cessa aussitôt.
L'ascenseur s'arrêta. Passé la caisse, il leur restait encore dix minutes.
- Tu veux quelque chose ?
Arraché de ses pensées, le garçon aux cheveux clairs se retourna vivement et manqua de lui rentrer dedans. C'était presque pire que le jour de son premier match.
- Ah… Non, merci…
- Si, dis-moi. Je te l'offre.
Akashi le regardait avec malice. Il semblait prendre un certain plaisir à le voir si hésitant. Kuroko mit de côté sa réticence, et répondit rapidement :
- Je veux bien quelque chose à boire.
- C'est un peu vague, ça.
- Euh… Peu importe. Tout ce que tu veux, sauf un soda.
Lorsqu'ils entrèrent dans la salle, ils s'installèrent au dernier rang. Akashi posa avec prestance le paquet de bonbons au chocolat qu'il avait acheté entre leurs deux sièges.
- Tu as pris des M&M's ?
- Tu n'aimes pas ?
- Si, si, j'aime bien.
Il était juste un peu surpris.
- Je ne pensais pas que tu mangeais ça.
Ce fut au tour d'Akashi de ne plus savoir quoi répondre. Faisant mine de regarder l'écran noir, il détourna la tête et asséna à la hâte :
- Peu importe. Quand on est au cinéma, c'est mieux d'avoir quelque chose à manger, c'est tout.
Kuroko l'observa sans rien dire. Même s'il s'exprimait de façon un peu abrupte, il n'avait pas l'impression qu'il était agacé. C'était un trait de caractère qu'il avait remarqué dès le début : Akashi n'aimait pas les critiques, aussi ténues qu'elles soient. Il ne voulait pas se remettre en question.
En intégrant la Première Section, il avait vite pris conscience des égos démesurés qui la composaient. Porter le titre de « Génération Miracle » avait manifestement son revers de médaille.
Mais de tous ses membres, Akashi était sans doute celui qui remportait la palme. De mémoire, il n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi orgueilleux. Fier comme un lion.
Celui-ci s'était détourné, et parcourait la salle qu'ils surplombaient du coin de l'œil.
A le voir, rien d'étonnant à ce que les autres gardent leurs distances.
Sans pouvoir s'empêcher d'être fascinés.
Soudain, un craquement sonore retentit. Akashi tourna la tête derechef, pour découvrir un visage béat dont les joues gonflées comme celles d'un écureuil s'activaient vivement au rythme des « croc croc » assourdissants.
- Bon appétit.
- … Tu avais besoin d'en prendre autant ?
- Je préfère les manger maintenant, sinon ça fera trop de bruit pendant le film.
Et de reprendre une nouvelle fournée qu'il mastiqua allègrement. Les yeux rivés sur le paquet.
Il avala d'un coup, et vit Akashi se détourner discrètement, dissimulant un sourire derrière sa main.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
La garçon aux cheveux rouges le regarda du coin de l'œil, et dévoila son visage. Il riait.
- Rien, tu as l'air de prendre ça tellement au sérieux… Désolé, mais je peux pas m'en empêcher…
Il éclata de rire, laissant Kuroko complètement déconcerté.
- C'est de ta faute, c'est toi qui les achetés…
- Ah oui ?
Vexé, il voulut se retourner avec dédain, mais donna un malencontreux coup de coude dans le paquet. Les billes de couleur volèrent dans toutes les directions. Il essaya d'en rattraper, en vain, jusqu'à ce que l'une d'elles rebondît sur son front. Irrité, il fit une moue boudeuse, et fixa résolument ses chaussures.
Le rire d'Akashi résonnait près de son oreille. Et, petit à petit, une irrésistible envie de sourire le prit. Ils ne savaient même plus pourquoi ils riaient. Au bout d'un moment, leur euphorie se calmait. Ils se regardaient. Et le fou rire reprenait de plus belle.
Il fallut que la salle soit plongée dans le noir total pour qu'ils retrouvent enfin un semblant de calme. Tout le temps que durèrent les bandes annonces, Akashi dégusta leurs friandises une par une, comme pour le narguer. Kuroko finit par rentrer dans le jeu, et ils engloutirent le paquet avant même le début du film.
L'un comme l'autre gardèrent le silence jusqu'au bout. De temps en temps, Akashi jetait un coup d'œil du côté de son voisin. Il était entièrement absorbé par l'écran. On voyait presque les images se refléter dans ses yeux écarquillés. Parfois, il lui faisait penser à un enfant. Encore capable de s'émerveiller.
Il donnait l'impression d'être extraordinairement pur.
L'éclairage public baignait le trottoir d'une lumière jaune, sporadiquement mêlée des éclats blancs et rouges de l'enseigne du cinéma. Devant eux, les voitures se suivaient à la queue-leu-leu, et Akashi consulta sa montre.
- A ce rythme-là, je crois que je vais attendre longtemps. Si tu veux y aller...
- Non, je peux attendre avec toi.
Résignés, ils stationnèrent dans la lueur de l'entrée, en regardant vaguement passer les taxis.
- Merci pour aujourd'hui. Ça faisait une éternité que je n'étais pas allé voir un film.
- C'est vrai ?
- Hmm. Mais quand j'étais petit, ma mère m'emmenait souvent.
- Elle ne peut plus, maintenant ?
Akashi esquissa un haussement d'épaule, puis secoua le poignet comme s'il allait à nouveau regarder l'heure. Mais son regard resta fixé sur la chaussée.
- Elle est décédée il y a deux ans.
Kuroko resta muet. Il ouvrit la bouche pour s'excuser.
Mais à quoi bon.
- … Je ne savais pas.
- Ça fait longtemps maintenant, alors ce n'est plus la peine d'en parler.
Aucun d'eux ne dit mot. Un silence froid s'installa.
La file de voitures ne progressait toujours pas. Ils se préparaient à une longue attente.
Les minutes passaient.
Puis Kuroko murmura :
- Au début, je pensais que tu refuserais.
Un bruit de klaxon résonna au loin. Sans le voir, il sentait son regard peser sur lui.
- De venir ? Pourquoi ?
- Ca nous arrive assez souvent de sortir tous ensemble après les cours, ces derniers temps. On désigne celui qui paie les glaces à pierre-feuille-ciseau – en général, c'est Kise-kun qui perd. Mais comme tu ne viens jamais, je me disais que tu n'aimais peut-être pas ça.
Le silence reprit. Le visage d'Akashi était indéchiffrable. Si inexpressif que Kuroko redouta d'avoir une nouvelle fois commis un impair.
- Ce n'est pas une question d'aimer ou pas. Je n'ai pas le temps pour ça. Traîner après les cours, ce n'est pas dans mes habitudes.
- Tu ne l'as jamais fait ?
Il hésita, un court instant. Mais son regard était toujours aussi sombre.
- Ca ne dépend pas uniquement de moi. Même si, depuis le collège, les choses ont un peu changé…
Il n'alla pas plus loin. A nouveau, il regardait vers l'angle de la rue, d'où la voiture qui devait venir le chercher allait émerger d'un moment à l'autre.
Il y avait une chose qu'il s'était résolu de taire. Son silence était si brutal que Kuroko eut soudain désespérément envie de savoir. Insister n'y aurait rien fait. Dans sa voix suppurait une résignation stoïque, qu'il n'était pas en mesure d'ébranler.
Akashi avança jusqu'au bord du trottoir, tandis qu'un véhicule noir approchait mètre par mètre. Derrière lui, le garçon aux cheveux bleus eut un léger pincement au cœur alors qu'il s'éloignait sans un mot.
La journée aurait pu s'achever autrement.
Elle le pouvait toujours.
- Akashi-kun !
Il attendit qu'il lui fît face. Puis il ajouta, avec un sourire :
- Si tu as l'occasion, tu devrais essayer. Je suis sûr que les autres seront contents que tu viennes.
Il ne s'attendait pas à ce qu'il dise quoi que ce soit. La voiture se gara devant eux, et il ouvrit la portière arrière.
A mi-voix, il murmura :
- Un de ces jours, peut-être.
Une vague de soulagement emplit Kuroko. Lorsqu'Akashi tourna la tête vers lui, un léger sourire s'esquissait sur son visage.
- Je ne te propose pas de te raccompagner, vu la circulation.
- Ça ira. C'est facile, en métro.
Son vis-à-vis acquiesça, et s'engouffra dans la voiture noire. Le temps qu'elle rejoignît la route, Kuroko prit la direction de la station par laquelle il était venu. Il aurait sans doute eu l'air un peu stupide en attendant patiemment que le véhicule s'en allât.
Il marchait à vive allure, sans s'en rendre compte. Tout en ressassant déjà les trois heures qu'ils avaient passées ensemble, il eut l'étrange impression de revenir à la réalité.
Lorsqu'il se fut suffisamment éloigné, il jeta un coup d'œil derrière lui. Il ne distinguait plus les voitures alignées, leurs phares aveuglants se réverbérant à l'infini.
Tout à coup, une bouffée de joie le prit. Et il dévala les marches jusqu'aux portes automatiques.
