EDIT : Désolé, je mets un peu de temps pour poster la suite ! Je passe un peu plus de temps à dessiner et moins à écrire... Mais je continue, lentement mais sûrement !
Bonjour, bonjour~
Ca fait plusieurs jours que j'aurais dû poster, mais ça faisait longtemps que je n'avais pas eu une semaine aussi chargée... Entre Naruto qui me fait replonger dans des phases de nostalgie terribles, et le cosplay pour Paris Manga ce week-end, mon pauvre chapitre a traîné et traîné sur mon ordi.
Mais ça y est, c'est le N° 20 ! Cette fic est majeure, maintenant~ (n'importe quoi, toujours autant n'importe quoi...)
Avec un chapitre qui sort un peu du lot puisque... c'est un one-shot TakaMido ( O - O) Ah, et avec ça, la fic change de rating, ça me semble assez logique...
D'ailleurs, pour bien faire, hier j'ai trouvé deux petites figurines de Takao et Midorin en chibi, ils sont adorables~!
Bref, reviews :
Laura-067 : Je suis désolé de ce qui arrive à Kise, mais dans le manga aussi, son côté toujours joyeux et à la recherche d'attention cache beaucoup de choses dont personne n'a l'air de se soucier : son sentiment d'infériorité face à Aomine, sa rancoeur vis-à-vis de Haizaki... Excepté Aomine lui-même, sans doute. Donc je ne serais pas étonné qu'il soit capable de continuer à plonger indéfiniment tant qu'aucun des autres ne vient le rattraper. C'est aussi ce qui le rend intéressant et qui le maintient à l'écart du rôle de boulet juste là pour amuser la galerie. Kuroko reste chez Kise pour l'instant, ils auront sûrement une longue discussion dans le prochain chapitre. J'aimerais bien parler de la réaction d'Akashi, mais j'hésite encore... Je vais y réfléchir ! Bon, et comme tu le constateras, Takao et Midorima font plus que discuter xD Encore merci pour toutes tes reviews, une à chaque chapitre depuis le début, c'est tout simplement merveilleux~ (j'aime ce mot ( o v o)) ! Et ça m'aide vraiment beaucoup ! Merci, merci, merci !
chizumi-san : (Et son roman xD J'adore les romans~ !) Je ne dirais pas que je vois des bulles, quand même x3 Mais j'ai l'impression que tout est moins solide, et vaporeux, comme dans un sauna sans la chaleur (c'est peut-être pas beaucoup plus normal comme description, mais c'est ce que je vois ( O v O)) Il y en a beaucoup qui aimeraient bien avoir Kise pour elles (eux ?) toutes seules, même pour un soir ( = v=) Et oui, enfin non, il n'est pas gay (ça fait presque bizarre...), ce serait quand même un peu embêtant que tout le monde le soit ! xD Merci en tout cas, moi aussi je le trouve mignon comme ça, même si je ne lui souhaite pas que ça dure trop longtemps. Pauvre Momoi, elle va se faire des ennemis, si c'est pas déjà fait... Je pense quand même qu'elle souffre aussi, d'une part parce qu'Aomine n'est plus là, de l'autre parce qu'elle s'en veut d'avoir pris la mauvaise décision avec Kuroko. J'avoue, le KiKuro, ça peut être sympa, mais j'ai tellement de mal à voir Kuroko avec quelqu'un d'autre que ça m'embête un peu... Mais en tant qu'amis très proches, je plussoie totalement ! Je suis contente que Kise te plaise, en tout cas ! Et au passage, elle n'est pas si vieille xD Je l'imagine avoir entre 35 et 40 ans. Mais bon, c'est sûr que par rapport à lui, ça fait une grosse dfférence ! Je ne sais pas si Kuroko va "s'amuser" tout de suite mais... En tout cas, il va prendre les choses en main, ça, c'est un progrès ( = v =) Et... Tu n'aimes pas Midorima et Takao ? Mais pourquoi ? ( O - O) Je plaisante, de toute façon ce n'est pas le pairing principal de cette fic xD Enfin... Désolé, ce chapitre va te sembler un peu indigeste, dans ce cas... Mais il n'y en aura sans doute pas d'autres comme ça, alors j'en profite~ Merci beaucoup beaucoup pour tes reviews en tout cas, ça me motive à fond pour la suite !
Voilà ! Merci à vous tous qui lisez cette fic, et j'espère faire mieux pour la suite ! Bonne lecture ( U v U)
Ils marchaient de plus en plus vite, à mesure que les gouttes tachetaient le bitume de petits ronds noirs. Plus ils s'éloignaient de la station, plus les rues étaient étroites et peu éclairées. L'endroit n'avait rien à voir avec le lotissement où vivait Midorima. Il était déjà venu quelques fois à l'époque où ils étaient au lycée. Non pas qu'il appréciait particulièrement le coin – c'était d'ailleurs plutôt l'inverse– mais Shûtoku se situant à deux pas, lorsqu'ils devaient se voir en dehors des cours et des entraînements, c'était le plus souvent chez Takao qu'ils se retrouvaient. Il se souvenait particulièrement bien des veilles d'examens, où il passait une quasi nuit blanche à tenter de greffer un semblant de matière grise à l'intérieur de cette tête de pioche. Sur le moment, Takao s'en sortait assez bien – peut-être un peu par peur des représailles, s'il osait échouer. Mais une fois les épreuves terminées, par un mystérieux processus mental, son cerveau se remettait automatiquement à zéro. Et l'année suivante, il fallait à nouveau tout reprendre depuis le début.
Quelques pas devant lui, il le voyait marcher avec sa capuche tirée jusqu'aux sourcils. Il avait rentré ses mains dans la proche ventrale de son sweat, si bien que, de dos, on ne voyait rien dépasser de ses vêtements humides, à l'exception de ses chevilles. Il fallait vraiment être… lui, pour ne pas mettre de chaussettes par ce temps.
Ils débouchèrent enfin sur l'immeuble où se trouvait l'appartement. Au-dessus de leurs têtes, le réseau particulièrement dense de câbles électriques dégoulinait de pluie. Ils arrivaient juste à temps pour ne pas prendre l'averse de plein fouet.
Le hall un peu vieilli aux boîtes aux lettres pleines à craquer et aux néons blanchâtres donnait sur un ascenseur étonnamment moderne. En temps normal, Takao prenait les escaliers. C'était ce qu'ils faisaient au lycée. A l'époque, pour une raison qui échappait à son compère à lunettes, il éprouvait un besoin irrépressible de faire la course à chaque fois qu'il posait le pied sur la première marche. Et, immanquablement, il se plaignait une fois arrivé en haut que Midorima ne joue pas le jeu, et l'asticotait en chantant une chanson ridicule pour le faire monter plus vite.
Il n'était plus question de ça, désormais. La dernière fois qu'il était venu chez lui, c'était en février. Pour les examens, encore une fois. Seulement, à cette époque, le simple fait qu'il puisse marcher était déjà un miracle. Ils n'allaient plus courir dix étages comme des dératés pour s'écrouler, à bout de souffle, sur le canapé à l'arrivée. Ce temps-là était révolu.
Ils prirent l'ascenseur, et montèrent en silence – dans la plus pure tradition des montées en ascenseur. Mais à peine sorti, Takao trottina jusqu'à la porte avec entrain, sifflotant le refrain d'une chanson qu'il avait sans doute entendue à la radio ce matin. Il tourna la poignée, se pencha pour allumer et laissa Midorima entrer. Dès qu'ils furent tous les deux à l'intérieur, il s'empressa d'ôter ses chaussures toutes mouillées.
- On a failli se faire bien saucer, n'empêche.
Attrapant le col de son pull, il le tira par-dessus la tête et le suspendit à un porte-manteau qui affichait déjà complet.
- Enfin, je dis ça mais je me sens pas très sec quand même…
- Quitte à mettre des chaussures improbables, prends au moins un parapluie, au cas où.
- Tu les aimes pas ?!
- Elles ont des fleurs, Takao.
- Ton acuité visuelle m'éblouit un peu plus chaque jour~
- Evite de dire ce genre de choses à des porteurs de lunettes, c'est légèrement irritant.
- D'accord, pardon. T'es quoi toi, déjà ?
Après avoir aligné ses chaussures contre le mur, Midorima retira ses lunettes et les essuya avec un petit carré de tissu.
- Myope. Je te l'ai déjà dit, c'est d'ailleurs pour ça que j'avais besoin de mes lunettes pour jouer.
- Nan, nan, me la fait pas à l'envers. Si c'était juste ça, t'aurais mis des lentilles.
Il s'arrêta un instant, et le regarda. A cette distance, il n'avait pas de mal à distinguer correctement les traits de son visage. Takao s'était penché et l'observait par en-dessous. Un peu trop proche. Un peu trop insistant.
- … Je n'aime pas qu'on me voie sans.
Il détourna la tête, et les remit rapidement à leur place. Takao haussa les épaules, sans perdre une miette de son air embarrassé.
- Moi, si. Beaucoup.
Cette fois, il fit un petit bruit agacé, et changea aussitôt de sujet.
- Tu n'avais pas dit que tu ferais du thé ? Ce serait bien de boire quelque chose de chaud.
- Ah, c'est vrai.
Takao gagna la cuisine. Midorima s'attendait à ce qu'il allume la bouilloire. Au lieu de ça, il le vit s'accroupir devant le frigo grand ouvert. Perplexe, il s'apprêta à lui demander depuis quand il rangeait le thé dans le réfrigérateur, mais déjà le jeune homme s'était relevé, tout guilleret, une canette rose à la main.
- Je sais que j'ai parlé de thé, mais… t'as rien contre du shiruko, pas vrai ?
Son invité le dévisagea, tombant de surprise en surprise.
- Depuis quand tu bois ça, toi ?
- Moi ? Jamais. C'est vraiment beaucoup trop sucré. Mais comme tu devais passer, je suis allé me faire un stock avant d'aller te chercher.
Sans attendre sa réponse – il savait bien qu'elle coulait de source –, il versa le contenu dans un mug, et le mit au micro-ondes. Oubliant définitivement le thé, il sortit une autre canette, de soda cette fois, et referma le frigo. Sur le bord de la table, une boîte de daifuku déjà entamée attira leurs regards comme un aimant.
- Tiens, sers-toi.
Il tira la barquette en plastique où étaient alignées les petites boulettes mauves dans leur papier crénelé.
… Mauves ?
Tandis que Takao engloutissait son soda d'une traite, Midorima en saisit une, et l'avala d'un air dubitatif.
- … Ce n'est pas de l'anko, dedans.
- Hm ? Non, c'est de la patate douce.
Impassible, Midorima repoussa la boîte du bout des doigts, comme s'il se fut agi d'une haute trahison.
- Ça ira pour moi.
- Pff. Espèce d'addict.
- Ca n'a rien à voir avec l'addiction.
Juste à cet instant, le minuteur sonna, et sa tête pivota en direction du micro-ondes, tous les sens en alerte. Le menton appuyé sur sa main, Takao l'observait d'un air moqueur.
- Aucun rapport, effectivement.
Tout en l'ignorant superbement, Midorima prit appui sur la table pour se lever. Mais son hôte le devança, et déposa la tasse fumante devant lui. Avant de réaliser que son excès de précaution était mal venu.
- Je pouvais le faire moi-même.
Penaud, Takao passa une main derrière sa nuque. Naturellement, il le pouvait. Après avoir crapahuté dans le métro pendant une bonne heure, ce n'était pas un aller-retour jusqu'au micro-ondes qui allait le foudroyer sur place. Il avait beau le savoir, il ne pouvait pas s'empêcher d'être prévenant. Trop, sans doute, surtout face à quelqu'un d'aussi orgueilleux que lui. Il était certainement le mieux placé pour savoir combien il détestait les traitements de faveur, et, encore pire, qu'on le prenne en pitié.
- Je sais, désolé. Ça m'a échappé.
Il se retrouva à fixer une tache sur un placard. Puis le grille-pain. N'importe où ailleurs qu'en face de lui, où deux yeux verts s'évertuaient également à fuir les siens.
-. .. Tu ne bois pas ?
- C'est trop chaud.
Une minute de plus s'écoula. Lentement, il tourna la tête vers le mug rouge et blanc. Un cadeau de Noël, probablement – mais lequel, il n'en avait aucun souvenir.
Des doigts enveloppèrent l'anse à peine refroidie. Ils étaient longs, et fins.
Il le revoyait les recouvrir de bande adhésive avant chaque match. Dans ces moments-là, il se fermait complètement. Ce qui n'empêchait pas Takao d'investir bruyamment son périmètre vital, à ses risques et périls. Mais plus les années passaient, et plus ce rituel avait pris de l'importance, pour lui aussi. A chaque fois, il s'asseyait près de lui et le regardait faire. Il suivait des yeux la bande qui s'enroulait autour de sa peau blanche. Et il s'était fait la réflexion, plus d'une fois, que ses mains étaient vraiment belles.
Il n'avait jamais envisagé le problème sous cet angle-là. Mais, au fond, pour avoir des fixettes aussi étranges, Takao devait être bien atteint depuis un certain temps, déjà. Seulement, comme l'introspection n'était pas tellement dans ses habitudes, il ne s'en était pas soucié plus que ça. Un soir, où ils étaient restés tous les deux dans le gymnase après les cours, en Troisième Année, il s'était assis sur le parquet et l'avait regardé enchaîner des paniers à trois points sans jamais échouer, pendant un quart d'heure. Au bout d'un moment, il s'était rendu compte qu'il ne pensait plus qu'à ce qu'il avait sous les yeux. Il observait les muscles de son dos qui se tendaient sous son t-shirt. La sueur qui coulait dans sa nuque. Ses mains. Il s'était rendu compte qu'il fantasmait terriblement. Et qu'il le faisait depuis longtemps. Il l'avait compris comme ça, tout bêtement.
Rien n'avait changé, par la suite. Au fond, il s'y était habitué sans en avoir conscience. Les choses étaient bien comme elles étaient. Il ne pensait même pas à lui en parler. Ça aurait mis la pagaille dans l'équipe. Et de toute façon, il se serait fait jeter. Il en était convaincu à 99%.
Une fois le lycée terminé, ils se seraient tous promis qu'ils se reverraient, pour faire bien à la cérémonie d'adieux. Et puis personne n'aurait vraiment tenu parole. Ils seraient allés chacun de leur côté, emportant tous les autres comme autant de bons souvenirs à ranger dans le tiroir « Années lycée », qu'ils rouvriraient peut-être dans dix ans, pour se remémorer avec un sourire fade à quel point les voix et les visages se perdaient au fil du temps. Il ne l'aurait pas rappelé. Et puis, finalement, il serait passé à autre chose.
C'était ce qu'il s'était imaginé. Il y croyait, plus ou moins. Jusqu'à ce qu'un appel au milieu de la nuit ne le fasse brusquement sortir de sa passivité.
Jamais il ne pourrait oublier ce soir-là. Le lendemain, tandis que le monde entier convergeait vers le gymnase où allait se dérouler la demi-finale du dernier tournoi de la Génération Miracle, lui s'était rendu à l'hôpital dès l'ouverture, et il y avait attendu des heures, des heures où il entendait des dizaines de scénarios, tous plus pessimistes les uns que les autres, se répéter de bouche à oreille parmi les individus en blanc qui se succédaient autour de lui sans jamais lui apprendre ce qu'il souhaitait.
Au bout du compte, il avait quand même fini par le voir. C'était à peu près tout ce qu'il avait fait, d'ailleurs. Ils ne s'étaient presque rien dit. Rien à propos de ce qu'il s'était passé. Il savait que lui aurait préféré que personne ne vienne. Mais il fallait qu'il le voie. Et à l'instant où il l'avait aperçu, allongé sur un lit d'hôpital, il avait éprouvé l'envie de rester près de lui pendant des semaines. Des mois. Des années. Le besoin de ne jamais le voir s'éloigner lui avait paru la chose la plus sincère qu'il ait jamais ressentie.
Même lorsqu'on lui avait annoncé qu'il pourrait toujours marcher, Midorima était resté irrémissiblement brisé. Pour une raison incertaine, Takao était le seul qu'il autorisait encore à l'approcher. Et bien qu'il ne parlait presque plus, son ami ne l'avait pas lâché d'une semelle. Après le lycée, il avait continué à le coller comme son ombre. Il bavardait pour deux, mais il ne se lassait pas. Le simple fait de lui arracher une réaction ou une remarque, aussi peu aimable qu'elle soit, lui suffisait. Et petit à petit, ils avaient commencé à recoller les morceaux.
Il était différent de celui qu'il avait été par le passé. Pourtant, sa froideur et sa rancœur s'amenuisaient lorsqu'ils étaient ensemble. Tant qu'ils ne parlaient pas de l'accident, il ne se repliait plus sur lui-même.
Il ne lui raconta jamais ce qu'il s'était passé.
Takao revenait à la charge de temps en temps, sans insister. Il avait décidé qu'il attendrait. Patiemment. Il attendrait jusqu'à ce que Midorima se confie à lui.
Et à ce moment-là, lui aussi, il lui avouerait.
Même si cela devait prendre des années, il aurait attendu.
Heureusement, la séance confession était arrivée un peu plus tôt.
Même au plus profond de ses réflexions, il n'avait pas cessé de le dévisager. A présent, il s'apprêtait à boire le liquide rouge et épais. S'il n'avait pas été aussi concentré sur sa tasse, il lui aurait sans doute demandé d'un ton cassant ce qu'il regardait comme ça, et lui n'aurait rien trouvé de mieux à faire que de de continuer à le fixer bêtement, la bouche en cul de poule. Il le vit porter le bord fumant à sa bouche, puis l'éloigner brusquement en faisant la grimace.
C'était pourtant évident qu'il n'avait pas suffisamment refroidi. Mais voilà qu'il se brûlait les lèvres par gourmandise.
Takao se passa une main sur la joue, comme pour effacer son sourire. Mais Midorima avait dû le remarquer, car il reposa le mug derechef, son air boudeur refaisant surface.
Au fond, il était bien une chose qui n'avait pas beaucoup changé. Il avait beau traîner partout son caractère d'ours mal léché, aux yeux de Takao, ses travers étaient autant de petits détails qui l'attendrissaient sans qu'il y puisse rien. Quoi qu'il fasse, il le trouvait irrésistiblement mignon.
D'un coup, il se leva, manquant de bousculer la table. Vite. Trouver quelque chose d'inutile à faire et arrêter de divaguer de façon aussi flagrante. Qui plus est, dans une cuisine de 4 mètres carré et en tête à tête avec une personne potentiellement susceptible de le percer à jour et de le planter là dans la minute qui suit.
- Je… Ha ha, j'ai complètement oublié, ma chambre est un bordel sans nom depuis des semaines – p'tête même des mois, maintenant que j'y pense. Je vais passer un coup de karcher et je reviens~
- Mais on n'a pas besoin d'aller dans ta chambre...
- A tout de suite !
Et il s'éclipsa en deux temps, trois mouvements.
La pièce parut beaucoup plus vide, d'un coup. Il ne restait plus que Midorima. Et son mug.
Ses épaules s'affaissèrent dans un soupir. Parfois, Takao avait des fulgurances que personne n'arrivait à suivre. C'était un constat qu'il avait fait depuis longtemps, mais malgré cela, il avait toujours l'impression d'avoir raté un épisode.
Il regarda l'horloge murale. 16h14. Encore deux minutes, et il ferait une nouvelle tentative avec son shiruko.
Cette fois, il ne se brûla pas. Il but lentement, jusqu'à vider intégralement la tasse.
16h35. Et toujours aucun signe du fugitif.
Après une longue attente, il finit par se lever, et marcha jusqu'au couloir. Il l'appela. Pas de réponse. Mais un ramdam d'enfer depuis la pièce du fond.
Il avait dû entreprendre un déménagement.
Midorima gagna la porte de la chambre. La porte. Pas plus loin. A vrai dire, il n'aurait pas su où poser le pied. Le plancher avait disparu sous les magazines, les couvertures et les vêtements qui semblaient avoir été déposés par un raz-de-marée. Même Takao ne trouvait plus d'espace libre. Il sautait à cloche-pied entre les pull-overs et les vieux posters, plus pour s'amuser que par égard pour ce qu'il piétinait allègrement.
- Mais enfin, qu'est-ce que c'est que ça ?!
L'intéressé leva la tête, les bras chargés de paquets de chips vides.
- T'en fais pas, fais comme chez toi, va aux toilettes, j'en ai pour deux minutes !
- Tu comptes ranger tout ça en deux minutes ? Il y a des limites à l'optimisme !
Comme s'il prenait seulement conscience de l'ampleur du problème, le propriétaire des lieux balaya la pièce du regard.
- … Plutôt dix minutes…
Excédé, Midorima se baissa et ramassa au fur et à mesure tout ce qui se trouvait sur sa trajectoire – revues, t-shirts et chaussettes confondus – et les déposa sans ménagement sur la pile que supportait déjà Takao, de sorte que seul le haut de sa tête dépassait du tas.
- On se demande à quoi te servent tes placards.
- Merci, Shin-chan~
Au bout d'une trentaine de minutes, ils étaient parvenus à faire disparaître le tsunami, en bourrant les étagères jusqu'à leur moindre recoin. Une fois les panneaux coulissants refermés, la pièce donnait une impression singulière. Assez extraordinaire, étant donné son état d'origine. Et pourtant, en dehors des quelques magazines qui traînaient encore dans les coins faute de place, et du dossier de la chaise de bureau surchargé de fringues entassées, on pouvait presque dire de la chambre qu'elle était… sinon rangée, au moins « circulable ».
Midorima tomba sur le lit. Les coudes sur les genoux, il laissa sa tête plonger en avant. Elle lui paraissait excessivement lourde, à présent. Tellement lourde qu'il sentait tout son corps ployer vers le sol.
Il aperçut alors quelque chose qui dépassait de sous le lit. Le coin d'un livre. Il n'y avait pas songé, mais il était plus que probable que le dessous de ce lit soit dans un bazar plus formidable encore que le reste de la pièce.
Le livre en question était un petit format. Ses yeux s'agrandirent lorsqu'il prit conscience de ce qu'il voyait. Un manga. Son porte-bonheur du jour. C'était sans doute bon signe.
Plus par curiosité que par intérêt, il le prit et commença à le feuilleter.
Erreur.
Il le referma sur le champ, et le posa sur la table de chevet, ni vu ni connu. Mais évidemment, même en train de fourrer des vêtements dans son placard qui n'en pouvait déjà plus à l'autre bout de la pièce, Takao n'en avait pas perdu une miette.
- Grillé.
Midorima se retourna et lui lança un regard réprobateur.
- Je n'aurais jamais cru que tu lisais des trucs pareils.
- Un peu de yaoi, ça a jamais tué personne…
Il fit le tour du lit, et s'assit à côté de lui. Il continuait à toiser l'ouvrage vicié d'un air méfiant.
- Ça t'intéresse ?
- Certainement pas.
- Je te le prête, si tu veux~
- Non merci !
Son ton brusque le surprit. Il se pencha pour voir son visage, tandis que l'autre regardait résolument vers le mur. Son cœur rata un battement – il avait les joues marbrées de rouge.
- Shin-chan, tu es le pire tsundere que j'ai jamais vu~
- N'im… N'importe qui réagirait comme ça en tombant sur cette espèce de… de recueil pornographique homosexuel !
Takao le fixa avec des yeux ronds pendant trois longues secondes. Midorima s'était retourné. Et il avait réussi l'exploit de se faire rougir davantage à ses propres mots.
C'était trop. Takao se mordit la lèvre, et fit un petit bruit de ballon qui se dégonfle.
- … « Recueil pornographique homosexuel » ?
Incapable de se retenir plus longtemps, il explosa de rire, tombant en arrière sur le matelas.
- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?!
Comble du comble. Midorima mettait de l'huile sur le feu sans s'en rendre compte. A présent, lui se tenait le ventre en roulant d'un côté et de l'autre.
- Takao !
Celui-ci se hissa tant bien que mal sur ses coudes, les larmes aux yeux.
- Tu sais, je veux pas me moquer de toi ni rien, mais… Tu visualises un truc bien rouge ? Genre une tomate ?
- Tais-toi.
- Mais une grosse, belle tomate, hein. Bien mûre et tout…
- Tais-toi, je te dis.
Il avait de plus en plus de mal à s'empêcher de rire.
- Eh bah… La tomate, là, tu vois, c'est…
Midorima lui plaqua une main sur la bouche, sans le faire taire pour autant, tant il gigotait pour se dégager.
- … C'est un peu ta tête en ce moment~
D'un coup, il fut plaqué en arrière avec un poids écrasant sur sa poitrine, et manqua de suffoquer dans son fou rire. Au-dessus de lui, Midorima cherchait toujours à lui couper le sifflet, et lui couvrit la bouche avec force. Sans vraiment lutter, Takao échoua à se libérer et tapa du plat de la main sur le matelas. Lorsqu'il put enfin inspirer de nouveau, il hoqueta pathétiquement, essoufflé.
Levant les yeux, il constata avec une pointe de déception que son partenaire avait repris un visage neutre. Penché au-dessus de lui, son regard d'un vert profond plongeait dans le sien.
Lentement, il fit remonter ses mains le long de ses bras, jusqu'à ses épaules. Sa nuque. Puis il enfouit ses doigts dans ses cheveux.
- J'étais vraiment sérieux quand je t'envoyais ces messages.
Il perçut la tension qui le parcourait. Reposant ses mains sur ses épaules, Takao resta perdu dans son regard un long moment.
- Shin-chan… On le fait ?
Comme il s'y attendait, Midorima resta complètement figé. A vrai dire, lui non plus n'était pas très à l'aise. Il avait beau parler avec décontraction, il n'en revenait pas d'avoir dit ça. Mais le plus gênant, c'était que les secondes passaient, et qu'il n'avait toujours pas de réponse.
Peut-être bien qu'il s'était transformé en statue, sous le choc.
Embarrassé au possible, Takao se redressa, et baissa la tête.
- Bon, c'était un sacré bide. Oublie ça, c'est idiot…
- J'y ai pensé aussi…
Interloqué, il releva les yeux et le dévisagea.
- Quoi ?
- … Je n'avais pas l'intention de dire ça, mais… je croyais qu'en évitant de répondre à ton harcèlement et en limitant le nombre de fois où on se verrait, on n'en arriverait pas là.
Hélas, sa tentative de susciter un peu de remords chez Takao tomba complètemement à plat, et il décrocha un grand sourire en retour.
- T'en as envie, alors ?
Agacé, il lui aboya à la figure :
- Tu as écouté ce que je viens de te dire ou tu ne retiens que ce que tu veux entendre ?!
- Dixit celui qui ne répond jamais à mes questions.
Il voulut répliquer, mais rien ne vint. Comme Takao l'attirait vers lui, il ferma les yeux, et se laissa embrasser. Cette fois, il n'y allait pas par étapes comme il avait l'habitude de faire. Ses mains passaient langoureusement dans son dos tandis qu'il le serrait contre lui. Il entendait le bruit de leurs lèvres qui se touchaient et se séparaient.
Penché sur lui, Midorima était parcouru de frissons. Il était terriblement contracté, sans doute pour tenter de les contenir.
A présent, ils n'étaient plus à l'extérieur. Ils n'avaient plus à se cacher de qui que ce soit. Il n'avait plus de raison de fuir. Se cambrant sous lui, Takao chercha à se rapprocher un peu plus.
- Shin-chan…
Sa propre voix lui donna l'impression d'être déjà loin, très loin.
Il avait envie de le caresser sur tout le corps. Il ne s'arrêtait pas de l'embrasser.
Il mordilla sa lèvre inférieure. Un peu déconcerté, Midorima ouvrit les yeux. Passant une main sur sa joue, il insista. Jusqu'à ce que sa bouche s'entrouvre doucement, malgré sa réticence. Ses lèvres tremblaient contre les siennes.
Soudain, il se crispa et poussa un cri étranglé qui ramena brusquement Takao à lui. Celui-ci vit sa main agripper sa jambe droite, et ses mâchoires se serrer sous la douleur.
- Reste pas comme ça, allonge-toi !
Midorima respirait profondément, tentant de se détendre autant que possible. Mais les veines qui saillaient sur son front le trahissaient. Se redressant aussitôt, Takao le prit par les épaules, et le força à s'allonger sur le dos. Son visage congestionné l'alarmait. Il songea à aller chercher quelque chose de chaud pour calmer la tension du muscle. Mais lorsqu'il commença à se lever, la main libre de Midorima lui saisit le poignet.
- Reste là… Ça va passer…
Il avait du mal à le croire. Mais lorsqu'il le regarda à nouveau, il avait ouvert les yeux.
- Tu es sûr ? J'en ai pour une minute, même pas.
- Reste, je te dis.
Incertain, il attendit, un pied sur le lit, un autre par terre, prêt à réagir au quart de tour. Mais Midorima semblait ne pas s'être trompé. Peu à peu, ses doigts se desserrèrent, et il reprit un souffle régulier.
Soulagé, Takao s'assit près de lui.
- Désolé, je n'ai pas fait attention. J'aurais dû penser que ce n'était pas très confortable pour toi…
- Rien n'est confortable, c'est tout le problème.
D'une voix plus calme, Midorima murmura :
- Ça va mieux, maintenant.
Takao le considéra un moment. La douleur était passée. Ses traits étaient moins tendus. Mais il gardait une expression mitigée. Il avait toujours détesté se sentir diminué. Et dans cette situation en particulier, c'était sans doute pire que tout ce qu'il avait pu expérimenter.
- Décidément, je ne peux vraiment rien faire du tout.
Levant la tête, le jeune homme aux cheveux noirs fit mine de réfléchir quelques secondes. Puis son visage s'illumina.
- Heureusement, il y a une solution à tout !
Et il se mit à califourchon au-dessus de lui.
- Voilà~
Rouge pivoine, Midorima ne fit pas le moindre commentaire. Takao savoura cette vision imprenable de là où il était. D'habitude, il se serait fait balancer par-dessus bord sans même avoir pu s'installer, dans la continuité du mouvement. Mais il n'avait pas esquissé le moindre geste.
Ce qu'il avait appris depuis longtemps, avec lui, c'était l'art d'interpréter les non-dits. Midorima ne disait jamais tout haut ce qu'il pensait tout bas, surtout lorsque le contenu des pensées en question s'avérait un tant soit peu embarrassant. Par conséquent, si, au lieu de refuser tout net une proposition, il gardait le silence… Alors c'était qu'il témoignait plus ou moins son consentement. Une sorte d'accord tacite, certes difficile à saisir. Mais cela faisait longtemps que tous les deux arrivaient à se comprendre sans avoir nécessairement besoin de s'exprimer.
Se courbant pour être plus près, Takao murmura dans le creux de son oreille :
- Ça va mieux, tu es sûr ?
- Puisque je te le dis.
Un petit frisson lui remonta le dos.
- … Je peux ?
- …
Il s'assit carrément sur lui. Au contact de son bassin contre le sien, Midorima sursauta presque. Mais Takao ne bougea pas. L'incident de tout à l'heure désormais clos, il sentait la même chaleur le parcourir à nouveau. Il se pencha vers lui, et lui ôta ses lunettes avant de les déposer sur la table de chevet. Après quoi il s'allongea sur lui, et reprit leur baiser là où ils l'avaient laissé. Midorima hésita quelques secondes, puis ouvrit timidement la bouche. L'instant d'après, il se tordit légèrement au contact de sa langue contre la sienne.
- Hm… Elle a un goût… sucré…
- … Evidemment… Tu espérais… quoi ?
Takao pouffa de rire, et prit son visage entre ses mains comme s'il voulait le dévorer tout cru. Doucement, il commença à onduler contre lui. Leurs torses l'un contre l'autre produisaient une chaleur incroyable. Inconsciemment – forcément inconsciemment –, Midorima gémit.
Takao s'arrêta de l'embrasser quelques secondes. Il regardait ce visage que l'autre cherchait si désespérément à détourner, embarrassé au possible. Il était complètement rouge. Jusqu'aux oreilles.
Avec un petit sourire amusé, Takao se baissa, et suivit la ligne de son cou du bout des lèvres. Un brin hésitantes, il sentit deux mains s'approcher de son dos, et parcourir lentement ses épaules. Il commença à déboutonner sa chemise. Les mains dans son dos se figèrent. Sans le stopper, pour autant.
Lorsqu'il eut entièrement découvert son torse, il s'écarta un peu, et le regarda. Ses doigts tracèrent la courbe des muscles sur son ventre, et Midorima trembla à leur contact.
- Désolé, ça chatouille ?
- Arrête de… dire ce genre de trucs.
Par précaution, il arrêta. Il fit passer son t-shirt par-dessus sa tête et le balança sur le sol. Se penchant à nouveau, il posa ses lèvres sur sa peau blanche tandis que ses mains descendaient vers ses hanches. A nouveau, il sentit son corps se tendre sous lui.
Ses doigts finirent par se heurter au cuir de sa ceinture.
Il hésita. Pas trop longtemps, sinon son partenaire lunatique risquait bien de changer d'avis. Il inspira, cherchant à donner l'impression qu'il maîtrisait parfaitement la situation, et entreprit de l'en débarrasser.
Il en avait presque fini avec la ceinture lorsque Midorima l'interrompit.
- Takao…
- Hm ? Je croyais qu'on ne devait plus parler.
- C'est juste que…
Il ferma les yeux.
- … Est-ce que tu pourrais éteindre la lumière ?
Silence. Par réflexe, Takao plaqua sa main contre son nez.
- Je crois que je vais avoir une hémorragie nasale…
Midorima lui lança un regard noir – mais avec son teint de cerise et sa chemise grande ouverte, il n'impressionnait plus grand monde. Profitant de sa main levée pour dissimuler son sourire, Takao se leva néanmoins, et marcha docilement jusqu'à l'interrupteur. Il regretta un peu de se retrouver presque dans le noir, et de ne plus distinguer les couleurs. Il devait encore pleuvoir dehors. Sinon, il n'aurait pas fait aussi sombre à cette heure-là.
Mais ce genre de préoccupations lui passait un peu au-dessus de la tête.
Il rejoignit Midorima sur le lit, et le serra dans ses bras. Pour tout avouer, il n'avait pas très chaud lorsqu'il s'éloignait de lui, maintenant que son t-shirt était retourné orner le plancher. Il ne distinguait plus aussi nettement son visage, mais il l'entendait respirer contre ses lèvres. Un peu frustré, il eut une moue boudeuse.
- Je te vois beaucoup moins bien, maintenant…
- C'est le but, idiot.
Ses bras l'enveloppaient mieux qu'ils ne l'avaient fait tout à l'heure. Ils le maintenaient allongé contre lui, si bien qu'il eut un peu de mal à passer une main entre eux. Il finit d'ouvrir la fermeture éclair, et, doucement, le caressa à travers son sous-vêtement. Midorima retint sa respiration. Il continua de l'embrasser, sur les lèvres, les joues. Il avait beau le toucher, il restait complètement crispé, s'empêchant de bouger de toutes ses forces.
Dans la mesure du possible, il aurait préféré éviter de le brusquer. Mais il fallait bien l'admettre : dans son genre, il était tout de même terriblement coincé. Un petit coup de pouce ne pouvait pas faire de mal. Et en ce qui le concernait, il était suffisamment entreprenant pour deux.
S'écartant un peu de son visage, il baissa les yeux – et le pantalon de Midorima, par la même occasion.
Slip. Il l'aurait parié. Mais le moment était mal choisi pour sortir une vanne. Contenant son rire, il ne lui laissa pas le temps de réagir, et tira le tout jusqu'à ses chevilles. Midorima se redressa, protestant pour se donner une contenance, mais Takao n'y prêta pas attention, les yeux rivés à un autre endroit.
- … Et là, je me dis que je suis plutôt content de ne pas être en-dessous.
L'autre mit un certain temps à saisir le sens de sa remarque.
Mais lorsqu'il comprit, il se trouva complètement privé de sa répartie, et, faute de mieux, enfouit son visage dans sa main. Amusé, Takao chercha à la retirer. Il résista.
- Te cache pas, Shin-chan~
Il mit quelques secondes à obtempérer. Sa main se baissa à peine. Juste assez pour dévoiler ses yeux fuyants. Takao la prit dans la sienne, et l'embrassa doucement.
- Ça craint de dire ça, mais… tu es beau, comme ça.
N'ayant plus sa main pour le couvrir, Midorima baissa la tête, sa frange voilant une partie de son visage. Plus il cherchait à se cacher, plus Takao fondait tant il le trouvait mignon – il ne le faisait pas exprès, peut-être même n'en avait-il absolument pas conscience. Mais à vouloir rendre la situation moins gênante, c'était immanquablement l'effet inverse qu'il produisait.
Sans lâcher sa main, Takao approcha l'autre de son bassin, et reprit progressivement ses caresses. Midorima respirait plus fort. Il voyait son torse se soulever rapidement en-dessous de lui, et se pencha brusquement pour lui embrasser le cou.
Petit à petit, il crut entendre comme des micro-gémissements dans son oreille. Il accéléra, et les sons se précisèrent. Il sentait ses doigts devenir humides à mesure qu'il le touchait.
Midorima lui prit le bras, l'obligeant à ralentir. Sous le regard intrigué de Takao, il ouvrit son pantalon, et le lui fit retirer à son tour. Un peu hésitant, il alla malgré tout au bout de la démarche et enleva le reste avec. Stupéfait, Takao ne bougeait plus, lui non plus.
Il le sentit approcher sa main, hésiter un peu. Un vif frisson le parcourut tout entier. Il commença à aller et venir dans sa main, gémissant légèrement. Il tenta de reprendre ce qu'il avait laissé en suspens, avec une capacité de concentration fortement réduite. Avant qu'il ne s'en rende compte, Midorima avait fermé les yeux, son dos s'arquant par à-coups sous lui.
Il avait du mal à le croire, mais il avait déjà atteint sa limite. D'une voix tremblante, il l'arrêta.
- J'ai… J'ai vraiment envie de toi…
Haletant, il le regarda dans les yeux. Attendant une éventuelle objection à laquelle il ne saurait probablement pas quoi répondre. Mais elle ne venait pas.
Ses yeux s'étaient accoutumés à la pénombre, et il voyait parfaitement l'anxiété sur son visage. Qui sait à quoi il pouvait penser, en ce moment. Sans doute en partie à tous ces principes qu'il se martelait nuit et jour et qui allaient tellement à l'encontre de ce qu'ils étaient sur le point de faire. Et peut-être aussi à de l'appréhension, pure et simple.
D'un ton léger, Takao ajouta :
- J'avoue, je manque un peu de pratique. Mais niveau théorie, je m'en sors pas mal. Je me suis documenté, comme tu as pu le constater~
- C'est censé me rassurer…?
- … Je suis super nerveux, en vrai.
- Moi aussi.
Midorima murmurait tout bas, comme s'il ne voulait pas être entendu.
- … Je n'aurais jamais fait ça avec quelqu'un d'autre que toi.
Takao le regarda avec des yeux ronds. Il aurait aimé capter son regard, mais naturellement, Midorima regardait partout, sauf vers lui. Aussi cliché que cela put paraître, il eut clairement la sensation que ses mots le touchaient au plus profond de son être. Ses sentiments rejaillirent avec une telle soudaineté qu'il eut un impérieux besoin de l'étreindre maintenant, tout de suite.
Se tordant vers le côté extérieur du lit, il ouvrit le tiroir et y fouilla quelques secondes. Vraisemblablement averti de ce qu'il y cherchait, Midorima s'évertuait d'autant plus à ne pas tourner la tête dans sa direction. Takao écarta doucement ses jambes, et effleura l'intérieur de ses cuisses. En entendant le bruit du tube qu'il pressait sur ses doigts, le jeune homme aux cheveux verts ferma automatiquement les yeux.
Glissant le premier à l'intérieur, Takao eut l'impression qu'il s'était mis en apnée.
- Shin-chan, détends-toi…
- Je sais.
Il avait oublié que ses commentaires l'agaçaient plus qu'autre chose. Il le laissa reprendre sa respiration petit à petit, et recommença à le toucher, pour focaliser ses pensées sur autre chose.
Il passa un deuxième doigt avec plus de peine. Il le vit grimacer.
Il humidifia à nouveau ses doigts, et se risqua à augmenter encore. Midorima prit sur lui pour ne rien dire, mais ne put réprimer un grondement sourd lorsqu'il les sentit aller et venir à nouveau.
- A… Arrête…
- Encore un peu, c'est presque bon.
- Non, c'est … pas ça…
Comme Takao continuait, il se cambra sous lui, comme dans un spasme. L'instant d'après, il saisit la main qui le caressait en même temps.
- Arrête ça… Je te dis que… c'est bon…
A la façon dont il disait ça, Takao fut pris d'un doute.
Il s'arrêta, et vit une tout autre expression sur son visage.
On le lui aurait dit qu'il n'y aurait pas cru.
Mais Midorima n'avait plus du tout l'air indisposé par ce qu'il faisait. C'était même plutôt le contraire.
Il comprit d'instinct que s'il faisait la moindre remarque à cet instant précis, il signait son arrêt de mort.
Il sourit, et se pencha à nouveau vers le tiroir. Sceptique, Midorima l'observa du coin de l'œil, l'air de se demander ce qu'il pouvait encore cacher là-dedans.
La réalité fut bien moins saugrenue que ce qu'il s'était mis à imaginer.
Takao déchira le plastique avec précaution, et le jeta par-dessus son épaule. Il s'allongea sur lui, le cœur battant à cent à l'heure.
- … J'y vais.
A peine eut-il commencé qu'il sentit ses mains lui agripper les bras. Ses doigts s'enfonçaient dans ses muscles raides à mesure qu'il avançait. Pendant quelques secondes, il se demanda s'il pourrait vraiment aller plus loin. Et si sa « documentation » ne lui avait pas un peu déformé la réalité.
Il leva la tête. Il ne pouvait pas atteindre son visage pour l'embrasser. Mais il voyait la souffrance dans ses yeux, qu'il tentait de garder fermés. Et entendait son souffle étranglé pour retenir sa voix.
- Shin…
Il n'eut le temps de rien dire. Midorima le serra brusquement contre lui, enfouissant son visage dans son cou. Il ne savait plus trop quoi penser. Il ne réfléchissait plus vraiment. Mais ce qu'il comprit par ce geste, c'était une sorte d'instruction impatiente – « tais-toi et continue. »
Il passa une main sous son épaule, tandis que l'autre se faufilait jusqu'à son bas-ventre pour retrouver sa place d'origine. Midorima étouffa une plainte.
- J'y suis… Dis-moi quand je peux…
- Vas-y.
Mi étonné, mi perdu dans ce qu'ils faisaient, Takao marqua une petite pause.
- … Sûr ?
Il le vit acquiescer brièvement, le visage résolument tourné dans la direction opposée. Il les remarqua seulement à cet instant – les larmes au coin de ses yeux.
Il s'approcha de son cou, faute de pouvoir aller plus haut, et l'embrassa tendrement pendant quelques secondes.
- D'accord.
Lentement, il commença à bouger en lui. Ses paupières se fermèrent toutes seules. Il avait l'esprit embué par les sensations qui le parcouraient.
- Ah… Aah…
Il accéléra petit à petit. Pas aussi progressivement qu'il l'aurait voulu. Mais sa voix le rendait fou. Il l'entendait lutter de plus en plus difficilement contre les bruits sourds qui lui échappaient. Il sentait sa gorge vibrer près de son oreille, et ses bras le serrer de plus en plus fort.
Il avait clairement la sensation de lâcher la rampe. Il n'alignait même plus deux pensées cohérentes.
- Shin… chan…
Il répétait son nom, le souffle court. La seule question qu'il arrivait encore à se poser, c'était s'il faisait ça bien ou non. Un peu soucieux tout de même, il s'appliqua à lui procurer les mêmes sensations que celles qu'il éprouvait. Il reprit le mouvement de sa main, qu'il avait un peu oublié dans le feu de l'action. Et il entama un va-et-vient plus lent, mais plus intense. Pénétrant le plus profondément possible en lui.
- Gh… !
Midorima se cambra. Peu à peu, il en vint à gémir à chaque coup de bassin.
Takao accéléra à nouveau. Ils respiraient à un rythme effréné l'un comme l'autre. Midorima pencha la tête en arrière. Il s'attaqua à son cou dégagé.
La chaleur devenait étouffante.
- … Ta… Takao…
Un violent frisson le traversa. L'entendre murmurer son nom alors que leurs deux corps s'enlaçaient avec passion était incontestablement la chose la plus sexy qu'il ait jamais connue.
- Je…
Il ne finit pas sa phrase, de peur de perdre le contrôle de sa voix, qui lui échappait déjà depuis un certain temps. Au lieu de quoi, il posa ses mains sur les hanches de son partenaire, et accompagna ses mouvements, le poussant petit à petit à accroître la cadence. Takao se sentait à deux doigts de craquer. Il prit sur lui tant qu'il put.
Brusquement, il le sentit s'arquer sous lui, et se contracter avec force.
- Nng… Aaah !
Il s'immobilisa. Les yeux clos. Toutes ses autres sensations balayées par la plénitude qui l'emplissait.
Puis il reprit son souffle. Le bras qui le retenait trembla sous lui.
Il s'écroula sur son torse, et entendit son cœur qui martelait encore comme un damné.
Progressivement, Takao entendit la pluie qui tapotait les fenêtres.
- Takao.
Il ferma les yeux, un sourire aux lèvres.
- Ne t'endors pas.
Il grommela vaguement, puis roula mollement sur le côté.
Il resta allongé sur le dos un long moment.
Et prit le temps de savourer le potentiel comique de ce tableau.
Ils étaient tous les deux, à poil sur un lit, en train d'observer le plafond.
- On a l'air con.
- Je me faisais la même remarque.
Takao éclata d'un rire léger. Il tourna la tête vers lui. Il souriait. Enfin – un sourire crypté. Un sourire qu'il cherchait à cacher sans y parvenir.
- Depuis quand tu gardes tous ces trucs dans tes tiroirs ?
- Hmm, depuis que je me dis qu'un jour viendrait où ils me serviraient… T'en fais pas, ils datent pas de si longtemps que ça.
Il ne s'appesantit pas sur le sujet.
- Et puis, tu m'aurais sûrement envoyé bouler si j'avais pas de capote. Du genre « Et les MST, tu connais ?! »
- Tu m'imites toujours aussi mal. Et je n'avais pas prévu de dire ça.
- … « Pas prévu » ?
Sautant sur l'occasion, le jeune homme aux cheveux noirs roula sur le ventre et le dévisagea d'un air goguenard, le menton posé sur la main.
- Et moi qui avais une image si pure et innocente de toi. Alors qu'en fait, tu prévoyais des choses~
Irrité, Midorima lui tourna le dos.
- C'est pour ça que tu ne répondais pas à mes mails. Pas vrai ?
La large silhouette qu'il avait devant lui s'était faite statue à nouveau.
- Bon. Je vais reprendre à zéro.
Ce disant, il passa son bras autour de lui, et chuchota dans son oreille :
- Shin-chan, tu m'aimes ?
Il crut sincèrement qu'il répondrait, cette fois.
Et il n'eut pas complètement tort.
En quelque sorte.
- … J'ai fait suffisamment de concessions pour aujourd'hui.
Et Midorima se redressa brusquement, le laissant s'étaler comme une crêpe sur l'oreiller.
- De « concessions » ?!
- Exactement.
- Oh, le grand mytho ! T'assumes pas du tout, c'est plutôt ça !
- Bon, où est mon pantalon ?
- Chai pas, j'l'ai balancé avec ton slip.
Midorima ne le gratifia pas de son habituel regard assassin, et remit ses lunettes sans se tourner vers lui. Sans doute jugea-t-il plus opportun de garder son visage hors de sa vue.
Tandis qu'il reboutonnait sa chemise, Takao s'assit derrière lui, se frottant la tête d'un air endormi.
- Tu restes pas ?
- Je préfère partir avant que ta famille ne rentre. Et puis mes révisions n'ont pas été très fructueuses aujourd'hui, si tu vois ce que je veux dire.
Il acheva de se rhabiller, et se leva. Traversant en trois pas la pièce exiguë, son regard fut happé par un cadre photo, dressé sur la commode.
- … J'ai l'impression que ça remonte à une éternité.
- Une éternité, carrément ?
- C'est une époque qui est complètement derrière nous, maintenant.
Takao se rapprocha. Et murmura près de lui :
- Qui sait.
Derrière le verre sans une trace de poussière, posait leur équipe au grand complet, au tout début du lycée. Au premier rang, ils étaient au centre, accroupis tous les deux, autour d'un trophée. Pour une raison qui lui échappait, Takao portait un serre-tête. Il avait le sourire jusqu'aux oreilles. A côté de lui, Midorima faisait semblant de ne pas être affecté par leur gaieté.
Mais, trois ans après, il se souvenait encore combien il avait été heureux, ce jour-là.
