MES PARTIELS SONT TERMINES.
LE CHAPITRE EST TERMINE.
Et oui, enfin ( 0 v0)
Je suis désolé de vous avoir fait tant attendre depuis la dernière fois ( u vu) Pour m'excuser, ce chapitre sera assez long. J'essaierai de ne pas recommencer, j'irai aussi vite que possible pour la suite !
Chizumi-san m'a demandé dans son commentaire de décrire la rédactrice du journal de mode qui a (honteusement) débauché Kise, si vous voyez de quoi je parle. Plutôt qu'une explication détaillée, j'ai préféré la dessiner. Je pense qu'un petit aperçu sera plus parlant ( o v o)
Pour voir le dessin, cliquer sur mon nom pour aller sur mon profil, j'ai mis le lien en évidence dessus.
Petite parenthèse, mais je suis obligée de la faire :... ça fait un moment déjà mais la suite du manga est sortie ! Je ne spoilerai pas, je ne spoilerai pas, promis ! Mais j'ai hâte de voir la suite~ Quand à la saison 3... Ne parlons pas de la saison 3~ ( - v -) Si, juste un petit commentaire... VIVEMENT LE MATCH DE MIDORIN ET AKASHI !
Je mets mes petites réponses aux commentaires, même si certains sont là depuis looongtemps :
liberlycaride : AkaKuro fluff dans ce chapitre, je pouvais pas m'en empêcher ( - . 6) J'hésite encore, pour Kise... parfois je me demande s'il attire naturellement les ennuis, ou si c'est moi qui abuse de lui (euh, j'abuse, littérairement, pas littéralement, bref, tu m'as compris !)
Laura-067 : Tout le monde est inquiet pour Kise xD Mais Kuroko aussi, j'en suis sûr. Ceux de Seirin ne sont pas au courant, tout comme Kise ne l'était pas. Seulement quelques personnes, dont Midorima, comme il le soupçonnait. Je pensais en finir définitivement avec les confidences de Kuroko dans ce chapitre, mais finalement la réaction de Kise attendra le prochain. En tout cas Kagami est encore là (on les compte, ses apparitions xD) Et oui, probablement que Kuroko s'est fait remonter les bretelles après les avoir fait poireauter comme ça la dernière fois~
chizumi-san : La vieille bique s'est fait une ennemi tenace xD Mais du coup, maintenant quand je pense à elle, je pense à toi ! Je t'ai même fait son dessin, tiens, cadeau :P Kuroko et Kise auraient pu être les meilleurs amis du monde, si Kuroko le traitait un peu mieux ! Décidément, Kise attire les ennuis... La fin de l'histoire, tu veux dire la fin du dernier chapitre ? Non, pour l'instant ça se passe plutôt bien entre eux, mais bon, c'est un flashback... Vraiment désolé d'avoir tellement tardé à poster la suite ! Je peux quand même attendre ta review, ce coup-ci~? ;3
Le flashback se termine quasiment avec ce chapitre. On revient au présent la fois prochaine ! Bonne lecture~
Oh, j'allais oublier... C'est l'anniversaire de Kuroko, aujourd'hui ! Bon anniversaire !
Kuroko fit une pause dans son récit. Il s'étonnait de la fluidité avec laquelle il racontait. Mais Kise, lui, avait sans doute besoin d'un temps mort. Il retenait sa respiration depuis une bonne minute.
- Tout va bien ?
D'un coup, il cessa son apnée, et sembla se dégonfler comme une baudruche.
- Très bien.
Comme Kuroko ne le quittait pas des yeux, il ajouta :
- C'est juste que, même moi, je n'ai pas souvenir de quelque chose d'aussi intense avec quelqu'un.
L'intéressé prit seulement conscience de ce qu'il venait de raconter, et passa rapidement à autre chose.
- Pardon de changer de sujet, mais… Tu as quelqu'un en ce moment ?
Kise le dévisagea. Visiblement, sa question le faisait tomber des nues.
- Euh, non, personne. Pourquoi ?
- … Parce qu'au lycée, alors que tu avais toujours dit que ça ne t'intéressait pas, j'ai eu l'impression que tu fréquentais de plus en plus de filles. D'une fois sur l'autre, je n'en reconnaissais jamais aucune, alors je me demandais quel genre de relation tu entretenais avec elles.
Il y eut un silence.
Même si Kuroko jouait les ingénues, l'un comme l'autre voyaient parfaitement où il venait en venir.
- Comment on en est arrivé à parler de ça, déjà ? Je cherchais pas à me plaindre, tu sais.
Mais son sourire reparut presque aussitôt. Et Kuroko sut qu'il n'allait pas répondre.
- Au bout d'un moment, comme il y en avait qui me harcelaient constamment pour que je traîne avec elles, je me suis dit « Après tout, pourquoi pas ? ». En fait c'était beaucoup plus fatiguant et aussi complètement inutile de leur expliquer à chaque fois que ça me branchait pas. Au moins, comme ça, tout le monde y trouvait son compte.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Kise haussa les épaules, et agita la main devant lui.
- Une autre fois, ok ? Si on passe d'un sujet à l'autre comme ça, je vais finir par perdre le fil.
Il n'aurait pas répondu. Quoi qu'il fasse. Kuroko n'insista pas.
- Tu sais, j'ai changé d'avis.
- … ?
Kise planta ses deux iris dorées dans les siennes. Un sourire sincère illuminait son visage.
- J'ai mal réagi, tout à l'heure. Tout ce que tu viens de me raconter, ça n'a rien de bizarre. Je dirais même que… venant de mon p'tit Kurokocchi, c'est plutôt mignon~
Pris au dépourvu, Kuroko eut une moue embarrassée, ce qui lui valut une surenchère de « Oh oui, vraiment trop mignon ! » Il détourna bien vite la tête d'un air boudeur.
- Je ne sais pas trop ce que tu entends par « mignon »…
- Pleins de choses. Que du positif.
Il jeta un coup d'œil pour voir s'il avait repris son sérieux. Difficile à dire. Il avait toujours le sourire jusqu'aux oreilles. Bientôt, Kuroko se rendit compte qu'il l'imitait sans le faire exprès.
- Alors… Tu me racontes la fin de l'histoire ?
Il hocha la tête, et inspira un bon coup – avant de se lancer.
- J'ai oublié de te demander… tu aimes les algues ?
- Pas tellement. Quand j'étais petit, quelqu'un m'a dit que ça poussait dans l'eau stagnante, comme de la vase. L'image a dû me rester.
Kuroko sourit, rapprochant le téléphone de son oreille.
- Je vais leur dire de ne pas les mettre.
- Merci.
Il était assis sur son lit. Dans l'appartement résonnaient les échos de la cuisine, de la hotte et des couverts. Il avait la tête ailleurs. Il écoutait les bruits qui lui parvenaient de l'autre côté, lorsque la voix d'Akashi se taisait. Des bruits de voitures, et une annonce à peine audible qui lui indiquait qu'il devait être tout juste sorti de la station de métro. Il ajusta inconsciemment la prise de ses doigts sur le portable.
Il était toujours un peu agité lorsqu'il savait qu'il allait le voir passer la porte d'une minute à l'autre.
- Je suis presque arrivé. A tout de suite.
Il hocha vivement la tête, avant de se rendre compte qu'il ne pouvait pas le voir, et murmura un petit « A tout de suite » à son tour.
Il posa le téléphone à côté de lui.
Il passa une main dans ses cheveux.
Encore.
Rébellion de mèches.
Il était sûr d'avoir un épi.
Comme il se levait pour vérifier son reflet sur la vitre de la fenêtre, le bruit des clés dans la serrure le freina net, et il se figea instantanément. Depuis l'entrée s'éleva la voix chaleureuse de sa mère, et celle d'Akashi, aussi douce et sereine qu'à l'ordinaire.
- Tetsuya. Akashi-kun est là.
Il était toujours planté à mi-chemin entre la fenêtre et la porte. Peu importe. Il en avait oublié ses déboires capillaires.
Il sortit et traversa le couloir en courant. Mais à peine fût-il arrivé dans le salon qu'il reçut un coup de torchon sur l'épaule.
- Dis donc, tu pourrais au moins être là pour accueillir tes invités. En voilà, des manières !
- Aïe.
Alors que sa grand-mère retournait à la cuisine, sa mère lui fit signe d'approcher tout en s'assurant à sa façon que tout allait pour le mieux.
- Donne-moi ta veste, je vais la suspendre à côté. Tu veux boire quelque chose ?
- Je veux bien, merci.
Elle le débarrassa, puis repartit d'un pas léger vers la table du salon. Alignant ses chaussures dans l'entrée, Akashi adressa un sourire à Kuroko. Celui-ci approcha, et remarqua le sac posé contre le mur.
- Tu viens directement de Kyôto ?
- Oui, ça ne servait à rien que je passe chez moi, puisque, si j'ai bien compris, je suis retenu ici jusqu'à demain.
Son ton indiquait clairement qu'il plaisantait. Mais Kuroko le prit au pied de la lettre.
- Je ne voulais pas te forcer. C'est juste que tu viens exprès à chaque fois… et puis, c'est ma mère qui a insisté.
- Kuroko, c'était de l'humour.
- … Ah.
Les blagues d'Akashi étaient aussi rares que difficiles à saisir. A vrai dire, l'humour en soi n'était pas vraiment sa tasse de thé.
- J'ai compris.
- Laisse, j'ai déjà l'impression de m'enfoncer.
Kuroko eut un petit rire. Il n'y avait rien de drôle, et pourtant ils restaient à se regarder en souriant dans l'entrée, sans faire le moindre geste. Il trouva bientôt la situation un peu gênante. Il ne savait jamais quoi faire dans ces moments-là, et laissait les silences s'installer plus vite que son ombre. Lorsqu'ils étaient seuls, c'était le genre d'occasion où Akashi finissait par se pencher sur lui, et déposait subrepticement un baiser sur ses lèvres, avant de reprendre la conversation comme si de rien n'était, laissant Kuroko raccrocher les wagons du mieux qu'il pouvait. Mais c'était à peu près tout ce qu'il y avait de plus depuis qu'ils étaient ensemble. Kuroko s'étonnait que cela fasse déjà un an et demi. Peut-être parce que, malgré leurs efforts, ils ne se voyaient pas souvent. Une fois par vacances, et un peu plus l'été où Akashi essayait d'être le plus possible à Tokyo. Mais à chaque fois, il ne restait pas longtemps. Tout comme Kuroko, les entraînements avec l'équipe de leurs lycées respectifs leur prenait un temps considérable. Et lorsqu'il ne s'entraînait pas, il étudiait. Il voulait que rien ne change dans son comportement, rien qui puisse attirer l'attention. Kuroko ne l'avait jamais entendu le formuler clairement, mais il savait bien qu'il faisait tout pour que personne ne sache. Lorsqu'il venait à Tokyo, la raison officielle était de passer un peu de temps avec ses vieux amis, ou une sortie culturelle digne d'intérêt. Dans un sens, il le faisait vraiment. Il leur arrivait de se retrouver tous les six pour jouer au basket ensemble, comme avant. Et lorsqu'il allait à une exposition ou à un concert, il emmenait Kuroko avec lui. Ils n'avaient jamais beaucoup d'intimité, mais cela leur suffisait. Ils savouraient chacune des heures qu'ils passaient ensemble, et peu leur importait que les choses s'installent petit à petit, à leur rythme.
Kuroko, de son côté, avait depuis longtemps parlé d'Akashi comme de l'un de ses amis de collège à ses parents. Il n'avait pas modifié son discours, même si le nombre de fois où ils se retrouvaient à l'extérieur avait ostensiblement augmenté. Il aurait sans doute eu un peu de mal à l'avouer, mais lui n'aurait pas été particulièrement paniqué que sa famille apprenne de quoi il en retournait.
Il n'en avait pas parlé, malgré tout. Même s'il n'aimait pas garder le secret, il savait qu'il n'avait pas le choix. C'était comme une clause muette, entre eux. Tant que leur relation restait confidentielle, tout irait pour le mieux. Et Akashi le tenait perpétuellement à l'écart de la vie qu'il menait là-bas, au lycée. Loin de son père.
Parfois, il se le demandait.
Il se demandait ce qui se passerait, si une rumeur, aussi ténue soit-elle, parvenait un jour à ses oreilles.
- Comment vas-tu ?
Kuroko fit volte-face. Son père s'était approché d'eux, et tendait une main accueillante au nouveau venu.
- Très bien, monsieur. Merci de m'avoir invité encore une fois.
- Oh, moi je n'y suis pour rien. C'est ma femme qui a tout organisé. Et puis c'est toujours un plaisir de te recevoir.
Ils le guidèrent jusqu'au salon, où il salua la grand-mère de Kuroko, toujours fort aimable avec lui, puis s'installa devant la table basse. La télé diffusait un journal d'information, mais le son avait été réduit au minimum. A chaque fois qu'il venait, Kuroko se réjouissait de l'affection que sa famille lui témoignait. Certes, Akashi était un modèle de politesse et de bonne éducation – au point qu'il se serait senti terriblement intimidé, s'il avait dû vivre la situation inverse. Mais lui aussi paraissait beaucoup apprécier la compagnie de ses parents. Il discutait longuement avec son père de toute sorte de choses, et sa mère était aux petits soins pour lui. Quand il l'observait dans ce milieu où il semblait pourtant si à l'aise, Kuroko ne pouvait s'empêcher de penser que c'était sa façon à lui de combler un manque, qu'il taisait le reste du temps.
Dans la cuisine, Kuroko glissa discrètement l'information dans l'oreille de sa mère, pour les algues, et apporta le verre de thé glacé jusqu'à la table. Il prit place à côté d'Akashi, et sa mère apporta un grand plat de poisson cru soigneusement dressé. La conversation fut vive et animée, et bientôt l'invité et le maître de maison se plongèrent dans un long débat sur le système scolaire japonais.
Kuroko aida sa mère à débarrasser, et tandis que la discussion battait son plein, ils commencèrent à faire la vaisselle côte à côte.
- Dis-moi, Tetsuya…
Il la regarda d'un air un peu étonné. Il était rare qu'elle prenne la parole lorsqu'ils étaient tous les deux.
- Ce garçon, c'est ton petit ami ?
La paire de baguettes lui glissa des mains et rebondit dans un bruit métallique au fond de l'évier. Elle ne s'interrompit pas et continua d'essuyer les assiettes.
- Tu avais deviné.
- Pour une maman, ça se voit comme le nez au milieu de la figure.
Il hésita, jeta un petit coup d'œil par-dessus son épaule. Sa grand-mère écoutait tranquillement les deux hommes encore attablés. Il ne voyait pas le visage de son père, mais celui d'Akashi était souriant et pleinement absorbé par ce qu'ils se disaient.
- … Depuis un peu plus d'un an maintenant. Pardon de ne t'avoir rien dit.
- C'est ton choix. Je n'ai rien à te reprocher.
- Non, vraiment. Je suis désolé de te l'avoir caché. Je suis sûr qu'on aurait pu en parler et que tu m'aurais écouté. Mais chez lui, je crois que ça ne se passerait pas bien si ça se savait. Alors je n'ai rien dit.
Elle laissa de côté ce qu'elle tenait, et posa sa main sur la sienne. Elle avait les doigts froids, comme lui. Mais leur contact était apaisant.
- Je n'en ai pas parlé. J'ai seulement pensé que ce serait plus facile pour toi si les choses étaient claires, entre nous.
Il acquiesça lentement.
- Mais… ça ne te dérange pas ?
Il sentit une boule se former dans sa gorge alors qu'elle réfléchissait à sa réponse.
- Je ne m'y attendais pas. Ce n'est pas un sujet dont on a beaucoup parlé, toi et moi. D'un autre côté, il faut faire ses expériences soi-même. Et quand j'y ai pensé pour la première fois, en vous voyant, j'ai été surprise, c'est vrai, mais je me suis dit aussi que vous aviez l'air heureux.
Face à lui, ses yeux bleus lui parurent profondément paisibles. D'un calme qui le traversa et l'emplit peu à peu.
Il serra sa main dans la sienne, sans un mot. Il l'aurait prise dans ses bras si personne d'autre qu'eux n'avait été là.
A cette idée, il resta pensif. Ce n'était plus elle qui le serrait dans ses bras, désormais. Les tables tournaient. Il n'était plus l'enfant timide qu'elle pouvait protéger. Elle l'avait compris la première.
- J'ai un futon dans mon placard.
Joignant le geste à la parole, Kuroko tira la porte et commença à extraire le matelas.
- Kuroko.
Se retournant, il avisa Akashi, debout derrière lui. Son visage s'était adouci d'un léger sourire. Mais comme il ne rajoutait rien, Kuroko se leva, intrigué.
- Oui ?
- Tu peux dire non, si ça te dérange. Mais j'aimerais qu'on dorme ensemble.
Il sentit ses yeux doubler de volume. Et se demanda s'il n'était pas en train de tenter une nouvelle blague pour compenser le bide de tout à l'heure. Lui qui évitait le moindre contact en toutes circonstances, il n'aurait pas pu le prendre plus au dépourvu.
Il suffisait de le regarder pour comprendre qu'il était tout ce qu'il y a de plus sérieux, cependant.
- … Dans mon lit ?
Ils se mirent à observer le lit comme s'il venait de tomber du ciel.
- Il a l'air assez grand.
- Oui, il est grand…
Et de se dire que ce n'était pas du tout le sujet.
- Tu ne veux pas ?
L'expression qu'avait Akashi à ce moment-là était telle qu'il lui aurait fallu être insensible (ou avoir une sacrée bonne raison) pour refuser. Le genre de visage qu'ont certains enfants lorsqu'ils entrevoient l'espace d'un instant un malheur infini – et dont il ne l'avait jamais cru capable avant ce soir-là.
- … C'est seulement pour dormir, hein ?
Le malheur s'évanouit comme par magie.
- Bien sûr.
Kuroko hésita un court instant, puis referma le placard. Il marcha jusqu'à Akashi, et celui-ci prit ses mains dans les siennes. Il avait beau rester calme, il le soupçonnait de savourer son triomphe intérieurement.
- Quand je suis avec toi, j'ai besoin de l'être vraiment.
Il ne le disait pas, mais il ressentait la même chose. Depuis le temps qu'ils se connaissaient, c'était la première nuit qu'ils passaient tous les deux.
Il ferma les yeux quand il commença à l'embrasser, ses doigts s'entortillant avec les siens. Le climatiseur ronronnait dans un coin, et même en plein été, il assurait sa fonction avec une efficacité à toute épreuve, au point que l'air leur paraissait presque frais maintenant qu'ils n'avaient plus qu'un t-shirt et un short pour dormir.
Ils s'assirent sur le bord du lit, et Akashi descendit lentement dans le creux de son cou. Il l'effleurait à peine. Ses lèvres le frôlaient comme les ailes d'un papillon. Leur contact était si subtil, si léger. Il lui donnait l'impression de le chérir comme si son existence était à elle seule d'une valeur inestimable.
Il ne l'arrêtait pas. Akashi tiendrait parole, il lui faisait confiance.
L'une de ses mains se posa sur ses côtes. Et Kuroko tressauta comme si une décharge venait de la traverser. Akashi releva la tête d'un air perplexe.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien du tout.
Son cœur avait quasiment bondi hors de sa poitrine. Les deux yeux bordeaux se plissèrent, et ceux de Kuroko fuirent.
- Se pourrait-il… que tu sois chatouilleux ?
- J'ai été surpris, c'est tout.
- Ah oui ?
Son regard brillant descendit vers ses flancs, tel un fauve guettant sa proie. Dans un élan qui était en totale contradiction avec ce qu'il affirmait, Kuroko rabattit ses bras contre lui.
- Non…
En un éclair, deux mains l'enserrèrent et lui frictionnèrent vigoureusement les côtes du bout des doigts.
- Ah ! Non, non arr… Arrête… Stop !
Il gigotait vainement pour essayer de se dégager, mais ses éclats de rire rendaient toute tentative inutile. Il recula jusqu'au mur, pour se retrouver encore plus à sa merci, se convulsant en rigolant et tentant de le frapper avec l'oreiller. Akashi s'allongea sur lui pour lui couper toute retraite et essuya ses coups sans broncher. Le seul effet qu'ils lui faisaient, si tant est qu'ils en avaient un, c'était de le faire rire lui aussi. Bientôt Kuroko fut totalement incapable de parler abandonna presque toute résistance, le visage cramoisi alors qu'il riait encore malgré lui. Quand il eut complètement rendu les armes, Akashi mit fin à la torture. Il le contempla, tout essoufflé en dessous de lui, avec un sourire.
- … C'est pas juste… Et c'est pas gentil…
- Tu aurais dû me le dire plus tôt. Je n'aurais pas eu besoin de vérifier.
D'un air boudeur, Kuroko se retourna et se terra tout entier sous la couette. Vu du dessus, il ressemblait à une grosse chenille. Et Akashi eut un petit rire à le voir réagir comme un enfant.
- Tu fais la tête ?
Pas de réponse. Ou plutôt, un éloquent silence. Le cocon s'était coupé du monde.
- J'arrête, alors.
Il se pencha et éteignit la lumière. Avec ce qu'il lui restait de couverture, il se glissa à côté de Kuroko, dos à lui.
Quelques secondes s'écoulèrent.
Puis soudain, le Pôle Nord. La banquise au plus fort de l'hiver plaquée contre le bas de son dos, juste sous son t-shirt. Le contact le saisit avec une telle violence qu'il en laissa échapper un petit cri, avant de se retourner vivement, manquant de passer par-dessus bord.
- Tu te venges, c'est ça ?
- Tu n'as pas dit bonne nuit.
- Bien sûr. Et comment tu peux avoir les pieds aussi froids ?!
- C'est leur température habituelle.
- Pourquoi tu ne mets pas de chaussettes, alors ?
- Parce que d'habitude, je dors tout seul.
Sous la couette, les deux yeux bleus le fixaient, indéchiffrables. Ce n'était que justice. C'était probablement ce qu'il se disait, en son for intérieur. Il fut assez surpris néanmoins lorsqu'Akashi l'attira dans ses bras, et le serra contre lui.
- Ca veut quand même dire que tu as froid. Tu devrais au moins en mettre jusqu'à ce que tu ailles dans ton lit.
De vieux souvenirs lui revinrent en mémoire. Parfois, au collège, Aomine se moquait de lui parce qu'il les maternait un peu. Il n'avait jamais vraiment perdu cette habitude.
Kuroko sourit, et ferma les yeux.
Il se souvenait de ce jour-là, au collège toujours. Lorsqu'il était venu à la maison, dans sa chambre. Le dernier instant qu'ils avaient partagé avant que tout ne s'effondre. Pourtant, ils étaient là, encore une fois. Ils avaient reconstruit ce qui s'était brisé à l'époque. Peut-être s'étaient-ils réveillés d'un long et terrible mauvais rêve.
Il se sentait bien à nouveau. Il s'était toujours senti bien avec l'Akashi qu'il connaissait.
Il se blottit contre lui, et enfouit son visage contre son torse, pour s'endormir au rythme des battements sourds et profonds.
Une vibration discontinue le tira de son sommeil. Il fronça les sourcils, protestant faiblement d'un gémissement inarticulé, et se recroquevilla sous la couette. Akashi avait dû oublier d'éteindre son portable. Les yeux clos, il l'entendit se redresser à côté de lui et s'asseoir sur le bord du lit. Il ouvrit les yeux et le regarda d'un air confus. Il avait décroché.
- Oui. … Je suis encore à Tokyo. … Quoi, maintenant ?
Kuroko s'assit à son tour, et l'observa d'un air inquiet.
- … D'accord… J'arrive dès que possible.
Un petit bip retentit. Il garda le portable dans sa main, la tête basse. Un moment s'écoula sans que l'un ou l'autre ne dise rien. C'était comme si on les avait déjà séparés.
- Tu dois partir ?
Akashi resta silencieux, consultant l'heure sur l'écran lumineux. Il était à peine plus de six heures.
- Je suis désolé.
Kuroko n'insista pas. Il resta immobile, tandis qu'Akashi s'habillait et rassemblait ses affaires. Lorsqu'il fut prêt, il se leva, et l'accompagna jusqu'à l'entrée.
- Tu pourras remercier tes parents et leur dire que je m'excuse sincèrement de partir comme ça ?
Il hocha la tête. Akashi enfila ses tennis, sans lever les yeux.
Il avait le sentiment de le voir fuir. De quelle menace, il l'ignorait. Il sentait seulement qu'il en était la cause. Mais cette fois, c'était plus que le léger malaise qu'il éprouvait constamment en y pensant. Il avait le cœur lourd.
- … Fais attention à toi.
Akashi releva la tête et le fixa longuement.
S'il avait pu deviner à quoi il pensait, à ce moment-là.
- Je t'appellerai.
Mais il n'y parvenait pas. Son regard semblait s'être fermé.
Akashi lui sourit. En même temps qu'il lui disait au revoir. Et jusqu'à ce que la porte se referme sur lui.
Kuroko resta pieds nus dans l'entrée. Il tenta de se convaincre qu'il ne servait à rien de s'inquiéter. Il ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre.
L'appel ne vint jamais.
Les vacances d'été s'étaient achevées. Il n'avait aucune nouvelle.
Il avait pensé à l'appeler, plusieurs fois. Il s'en était abstenu, sans trop savoir pourquoi. Peut-être (certainement) Akashi se trouvait-il dans une situation qui l'empêchait de le contacter. Auquel cas, Il était mieux de tabler sur la discrétion jusqu'à ce qu'il lui fasse à nouveau signe.
Ou alors c'était lui, Kuroko, qui n'osait rien faire. Il n'avait jamais vraiment cherché à savoir ce qui se tramait de l'autre côté, dans cette maison où il n'était jamais entré.
Il commençait à se dire qu'il était trop tard, maintenant. C'était ce qu'il redoutait. Depuis le début.
Après ce qui lui avait paru une éternité, décembre arriva. Du mieux qu'il put, il mit de côté son inquiétude des derniers mois, et s'efforça de se consacrer exclusivement à l'ultime compétition qui les attendait. Mais l'épreuve n'était en rien comparable à ce qu'il avait traversé en Première Année. Il y a deux ans, Akashi était différent, certes. Mais il avait cru au plus profond de lui que s'ils remportaient le tournoi, ils parviendraient à faire changer les choses.
Cette fois, que la victoire soit leur ou non, il était certain que ce ne serait en aucun cas une solution miracle.
Chaque fois qu'il y pensait, il s'en voulait de ne pas se préoccuper davantage de sa propre équipe, alors que c'était la dernière année qu'ils jouaient tous ensemble. L'angoisse le tenaillait perpétuellement. Et quand Kagami revenait à la charge pour savoir ce qui le torturait à ce point, il l'esquivait. Dans le pire des cas, il lui donnait une moitié de réponse. Et il savait que son malaise finirait irrémédiablement par déteindre sur les autres, s'il continuait à se ronger les sangs.
Il ne lui restait plus qu'à prendre sur lui.
Sous les gradins du Gymnase Métropolitain de Tokyo, les sons se réverbéraient avec une intensité décuplée. Les élèves de Première Année, pour qui cette atmosphère était inédite, semblaient vibrer au diapason des rumeurs qui s'élevaient depuis le terrain principal. Et lorsque la voix de stentor du commentateur emplit tout le bâtiment, ils tressautèrent comme de la semoule sur un tamis.
- C'est rien les gars, c'est le public qu'il essaie d'impressionner, pas vous.
Avec l'assurance qu'il avait finalement acquise en passant du côté des senpai, Furihata posa une main sur l'épaule de chacun des rookies, qui hochèrent la tête en déglutissant bruyamment.
On vint leur annoncer que c'était bientôt à eux, et ils se mirent en ligne, les uns derrière les autres.
Au moment où la porte s'ouvrit, le flot de lumière qu'inondaient les projecteurs les aveugla tandis que les commentaires leur emplissaient les oreilles – et ils pénétrèrent dans l'arène.
Les premiers à monter sur le ring sont ceux que l'on attendait le moins et qui pourtant ont triomphé il y a deux ans. Cette année, la nouvelle étoile est de retour pour prendre sa revanche : le Lycée Seirin !
Sous l'égide de Kagami, qui ouvrait la marche comme il en incombait au capitaine, les nommés avancèrent sous les applaudissements de la foule amassée partout autour d'eux. Quelque part, dans les gradins, leurs prédécesseurs du club de basket étaient présents. Riko devait elle aussi se trouver parmi eux. Leur coach de cette année avait été formée par ses soins – à la barbare, cela allait sans dire. De près ou de loin, c'était comme si elle n'était jamais partie. Et cette année, ils s'étaient promis de remporter le titre qu'ils n'avaient pas obtenu l'année précédente. Pour leurs senpai. Et, en ce qui concernait Kuroko et les autres Troisième Année, pour la dernière fois où ils participeraient à une compétition inter-lycées.
Juste derrière Kagami, le numéro 11 marchait sans se faire remarquer, fidèle à lui-même. Mais une fois qu'ils se furent arrêtés, l'air se chargea d'une électricité fébrile, qui parcourait les tribunes et se déversait sur eux à chaque seconde qu'ils passaient debout au centre de cette transe latente. L'annonceur reprit d'une voix grave, assénant la sentence que le public tout entier attendait et redoutait en même temps.
Cette année, cet hiver, cette Winter Cup accueillait la dernière lutte pour la victoire des membres de la Génération Miracle.
Bientôt, sous les regards de leurs aînés éparpillés aux quatre coins des gradins, mais concentrés à l'extrême, ils arrivèrent, un à un, au milieu de la clameur de l'immense gymnase.
Ils ont été deux fois demi-finalistes et figurent parmi l'élite du pays depuis leur création : le Lycée Kaijô !
A mesure que les joueurs vêtus de leur traditionnel uniforme bleu approchaient, celui qui les guidait paraissait irradier le stade. Kise avait une prestance naturelle que le poste de capitaine n'avait fait que décupler. Lui, comme en toutes circonstances, avait gardé le sourire. Et il vint se ranger à leur droite, gratifiant Kagami et Kuroko d'un petit hochement de tête.
Ils se sont propulsés au sommet de la compétition et règnent avec l'élégance et la férocité d'un fauve : l'Académie Tôô !
L'entrée de Tôô suscita une telle stupeur, mêlée d'admiration, que les sons semblèrent s'étouffer autour d'eux. Kuroko jeta un coup d'œil à Kagami. Evidemment, tout indiquait qu'il bouillait sur place. Personne dans ce gymnase n'attisait davantage sa combativité qu'Aomine. Kise arborait une expression similaire. Entre son homologue de Seirin et lui, ce serait à celui qui ferait chuter le nouveau tyran de Tôô de son piédestal le premier. L'intéressé était d'un calme olympien, quant à lui. L'abus de confiance en soi n'était jamais bien loin, en ce qui le concernait. Cependant, il avait toutes les raisons de croire en ses chances.
Lorsqu'il s'arrêta à côté de Kise, ils échangèrent quelques mots, bientôt couverts par la voix qui reprenait de plus belle.
Ils sont à la tête d'un palmarès incroyable et l'un des lycées légendaires de la région, surnommés les Rois de Tokyo : le Lycée Shûtoku !
La relative quiétude de l'audience n'avait duré qu'un temps. Au cours des années, chacune des apparitions de l'équipe au maillot orange avait toujours été précédées des encouragements virulents de ses supporters, groupés en masse dans une section bien délimitée des tribunes où était suspendue la bannière du club. Pour avoir été vice-capitaine au collège, Midorima semblait tout désigné pour prendre la succession de leurs senpai à la tête de l'équipe. Juste derrière lui, le visage rayonnant de Takao contrastait assez violemment avec sa mine austère, qui lui donnait l'air à peu près aussi aimable qu'une porte de prison. Pourtant, Kuroko lui trouvait quelque chose de différent. Il le connaissait depuis assez longtemps pour être habitué à son côté antipathique. Il lui paraissait seulement plus sombre que d'ordinaire. Et naturellement, il ne leur adressa pas un signe.
Leur puissance est titanesque et leur défense plus inébranlable qu'un arbre millénaire : le Lycée Yôsen !
C'était une surprise sans en être vraiment une. Toujours était-il que Murasakibara était le seul à ne pas avoir été promu. Il s'en moquait, probablement. Peut-être même qu'on lui avait proposé, et qu'il avait tout simplement refusé. Gérer une équipe ne suscitait pas le moindre enthousiasme chez lui. Le fait qu'il ait continué le basket jusqu'au bout était déjà un miracle en soi. Et la Winter Cup ne l'avait pas sorti de son apathie légendaire. C'était tout juste s'il ne baillait pas aux corneilles alors qu'il se tenait immobile derrière les autres.
Puis le silence se fit. Kuroko se tourna vers la porte centrale.
Il retint son souffle. Plus un bruit ne parcourait l'assistance. Toute l'attention du stade avait été happée par la silhouette blanche qui se dessinait dans l'ombre.
Enfin, voici ceux qui n'ont connu la défaite qu'une seule fois dans l'histoire. L'équipe qui détient le titre cette année et depuis son avènement, celui que l'on nomme l'Empereur : le Lycée Rakuzan.
L'effervescence reprit brusquement, comme dans un sursaut. Les voix se mêlaient avec ferveur, mais le son qui en résultait semblait plus ordonné. Une sorte de déférence s'était répandue dans le public alors qu'ils apparaissaient sous la lumière.
Sa veste sur les épaules, Akashi marchait en tête, avec une aisance à laquelle les autres ne pouvaient prétendre. Pour lui qui avait occupé ce poste depuis ses débuts au collège, jouer dans une équipe et en être le capitaine s'avéraient quasiment indissociables. Ceux qui l'accompagnaient n'étaient pas les seuls à l'éprouver. Malgré les années qui s'étaient écoulées, sur les visages des anciens joueurs de Teikô se lisait encore l'estime qu'ils portaient à leur leader d'autrefois.
Ils s'arrêtèrent au même niveau que les autres. Et Kuroko ne le vit plus que de dos. Il s'y attendait, bien sûr. Mais il ne put s'empêcher de relever qu'Akashi ne s'était pas retourné.
Je déclare donc cette nouvelle édition de la Winter Cup ouverte ! Bonne chance à tous !
Lorsque la cérémonie d'ouverture prit fin, les équipes rejoignirent leurs quartiers une à une. Mais ils avaient à peine quitté le terrain que Kagami convergea droit vers les joueurs de Rakuzan. Intrigué, le reste de l'équipe suivit. Il s'arrêta juste devant Akashi, et le toisa d'un air de défi.
Ce dernier leva lentement les yeux vers lui.
- Akashi. C'est la dernière fois qu'on s'affronte. Et j'attends ce match avec impatience. Que le meilleur gagne.
Il lui tendit fermement la main. Mais Akashi resta impassible. Il était calme, comme d'habitude. Mais son regard semblait éteint, comme s'il ne parvenait pas à être pleinement avec eux.
- Bon courage à vous aussi. Vous êtes probablement notre pire adversaire, alors attendez-vous à mener la lutte la plus acharnée de votre vie.
Déconcerté, Kagami ne dit pas un mot.
Akashi se tourna brièvement vers Kuroko. Lui le fixait avec des yeux qui posaient mille questions. Mais ce qu'il voyait après quatre mois d'absence ne faisait qu'accentuer ses appréhensions.
- Sur ce, on se revoit bientôt.
Il fit volte-face, et les autres membres de l'équipe lui emboîtèrent le pas. Laissant les joueurs de Seirin en pleine perplexité.
- Akashi-kun.
Kuroko s'avança. Ce n'était sans doute ni le lieu ni le moment pour un face à face. Mais il craignait que ce ne soit la seule occasion.
- Je dois te parler.
Les regards incrédules de ses camarades pesaient sur lui. Il avait la désagréable sensation de lui forcer la main. Akashi répondit malgré tout, d'une voix neutre.
- Tout à l'heure. Attends-moi à la sortie.
Sans s'attarder davantage, il gagna le couloir avec son équipe. Kuroko se rangea sans un mot derrière Kagami, mais celui-ci le dévisageait intensément.
- Il y a un problème ?
Il fit non de la tête.
- Rien qui concerne nos prochains matchs.
- … Si tu le dis. En tout cas, il avait pas l'air dans son assiette.
Ils rejoignirent les vestiaires en silence. Kuroko n'était jamais bien bavard, mais il ne décrocha pas un mot jusqu'à la fin de leur briefing sur les rencontres à venir.
Les dernières mises au point bouclées, les membres du club sortirent l'un après l'autre. Il ne resta plus que Kuroko et Kagami.
- Kuroko, je sais que tu dois me trouver lourd. Mais tu veux vraiment pas me dire ce qui se passe ?
N'importe qui d'autre l'aurait trouvé un peu effrayant lorsqu'il prenait son ton sérieux. Mais lui était habitué. Leur amitié leur permettait de lire dans l'autre comme dans un livre ouvert.
- Je sais qu'il y a un truc qui t'angoisse depuis un bon bout de temps. J'ai pas tellement insisté, mais je constate que la technique du « Je vais tout régler tout seul », ça a pas l'air de fonctionner des masses.
Kuroko ne disait rien. Un peu mal à l'aise en se rendant compte qu'il avait l'air de lui faire la morale, Kagami marqua une petite pause puis reprit plus doucement.
- S'il y a le moindre truc que je peux faire pour t'aider, je le ferai.
- Désolé. Je suis désolé de t'inquiéter comme ça. Mais je ne peux pas en parler. Je l'ai promis.
Il baissa la tête, mais son partenaire s'empressa de le sortir de son autoflagellation et lui mit une claque dans le dos qui le fit trébucher.
- J'suis pas inquiet, tu crois quoi ? Y a pas à s'excuser, je comprends très bien que tu me racontes pas toute ta vie – d'ailleurs je suis pas sûr que je tiendrais jusqu'au bout….
- C'est pas gentil.
- Mais faut pas que ça te pourrisse la compétition. C'est notre dernière année ici, alors il est hors de question de pas faire une perf' de dingue qui restera dans toutes les mémoires pour les deux siècles à venir !
Kuroko le regarda avec surprise. Et répondit avec beaucoup pragmatisme :
- Sauf que personne ne sera plus là pour s'en souvenir, dans deux siècles.
- C'est une image, crétin !
Par réflexe, Kuroko s'écarta d'un pas pour éviter une nouvelle baffe un peu trop musclée – qui ne vint pas, heureusement pour lui. Et il esquissa un petit sourire, qui ne les trompa ni l'un ni l'autre.
Ils fermèrent derrière eux, et sortirent du bâtiment. L'air extérieur était mordant. Il jugea plus prudent de rester près de la porte pour profiter un peu de la chaleur du couloir.
- On se retrouve tout à l'heure alors.
- Oui. A plus tard.
La haute silhouette du capitaine de Seirin s'éloigna. Très vite, Kuroko commença à sautiller d'un pied sur l'autre, sans se soucier des rares pèlerins qui passaient en toute hâte à côté de lui – ne pas se faire remarquer avait incontestablement ses bons côtés.
Il se doutait que cela finirait par arriver. Ses incertitudes alertaient son entourage. Seul Kagami lui en avait fait part, mais d'autres avaient dû le remarquer. Et au vu des circonstances, cela ne pouvait pas plus mal tomber.
Il entendit son nom qu'on appelait juste derrière lui. Lorsqu'il se retourna, Akashi était là. Il ne comprit pas pourquoi, mais il se sentit soulagé en le voyant.
- Suis-moi.
Ni l'un ni l'autre ne parlèrent. Kuroko suivait docilement. Ils contournèrent le bâtiment et débouchèrent sur un parvis. Comme l'avait prédit Akashi, pas un chat ne traînait dans les parages.
Il se retourna, et prit la parole avant même que Kuroko n'eut ouvert la bouche.
- Je suppose que tu veux savoir pourquoi j'ai fait le mort pendant des mois.
Il asséna sa question avec une sécheresse à laquelle son vis-à-vis ne s'attendait pas. Malgré lui, il se mit à fixer ses chaussures.
- Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?
Il y eut un silence. Il n'osait plus vraiment bouger. Ses mains s'étaient serrées en deux poings nerveux.
Il leva à peine les yeux. Le visage consterné d'Akashi le frappa.
- Toi ?
- Je ne sais pas... A cause de moi, tu as dû monter sans arrêt à Tokyo en trouvant à chaque fois une nouvelle excuse, alors que moi, je n'ai pas pris la moitié de ces précautions… Je t'ai laissé faire attention pour deux.
Il touchait probablement la raison du doigt. Il n'avait pas été assez prudent. D'ailleurs, sa mère s'en était rendue compte. Peut-être que d'autres les avaient percés à jour, sans qu'il s'en aperçoive. Et pour étouffer la rumeur dans l'œuf, Akashi n'avait eu d'autre choix que de mettre de la distance entre eux.
S'il avait été davantage sur ses gardes…
- C'est tout l'inverse.
Il s'interrompit net. Akashi passa une main sur son visage, comme s'il peinait à trouver ses mots.
- Je n'ai jamais dit que c'était de ta faute. Mais étant donné les circonstances, c'était le seul choix possible.
Ils avaient beau être seuls, Kuroko se tenait singulièrement loin de lui. Les autres fois, le léger malaise qui planait lorsqu'ils se retrouvaient s'était immanquablement dissipé au bout de quelques secondes. Mais cela faisait un certain temps déjà qu'ils étaient debout dans le froid, et il persistait. Quelque chose s'était immiscé entre eux.
Akashi retrouva un air plus serein. Comme un voyageur lourdement chargé qui dépose enfin son fardeau à terre.
Ce n'était pas un renoncement, mais plutôt une résolution mûrement réfléchie qu'exprimait son regard. Celle d'être arrivé à la fin d'un parcours.
Les derniers mètres étaient franchis. Il ne restait plus qu'à mettre un terme à cette course folle.
- Il vaut mieux qu'on s'en tienne là, Kuroko.
- … Quoi ?
- On ne peut plus continuer comme avant.
Kuroko ne dit rien.
- Quand je suis parti, la dernière fois, j'aurais dû te le dire mais je savais que je ne reviendrais pas.
- …
- Je vais me marier.
L'air quitta ses poumons, violemment. C'était une sensation aussi brutale que s'il avait été frappé de plein fouet.
- … Avec qui ?
- Une fille que je connais depuis deux ans. Elle vit à Kyôto. Son père était un grand nom de l'hôtellerie et en attendant sa majorité, c'est sa mère qui gère les affaires. Elle et mon père se sont rencontrés il y a longtemps déjà.
- Ca ne peut pas être ta décision.
Même s'il disait vrai, Akashi parut légèrement offensé par sa remarque.
- On me l'a annoncé quand je suis revenu de Tokyo. Si j'avais manifesté un désaccord à ce moment-là, ça se serait forcément retourné contre moi.
- C'est ton père qui l'a voulu ?
La question était rhétorique. Il n'en attendit pas la réponse.
- Est-ce qu'il sait, pour toi et moi ?
Les yeux graves d'Akashi s'arrondirent d'une façon inquiétante.
- Non. Et il est encore temps que tu prennes tes distances.
- Pourquoi tu me tiens à l'écart ?
Il ressentait une détresse de plus en plus vive. Il la lisait aussi sur son visage, comme s'il s'était regardé dans un miroir.
La voix d'Akashi devint rauque.
- Je ne veux pas t'impliquer davantage. Si tu ne restes pas en dehors, tu finiras par être blessé.
- Mais ça ne te rendra pas heureux. Je le vois à chaque fois que je te regarde. Je sais que tu ne souhaites pas ça.
Les derniers mots s'étaient envolés dans les aigus.
- Tu parles comme si ça ne concernait que moi. On ne fait pas toujours ce qu'on veut.
- Toute ta vie, tu vas faire ce que les autres ont décidé pour toi ?
Le regard d'Akashi se durcit.
- Si j'accepte, c'est parce que je sais que c'est la meilleure chose à faire.
- Tu ne peux pas en être certain avant d'avoir tenté.
- Alors qu'est-ce que tu proposes ? Que je claque la porte et que je foute en l'air tout ce que j'ai construit pendant des années ?
- Non. Juste d'admettre que tu as tort, pour une fois.
Ils se regardèrent en chiens de faïence pendant une bonne minute.
Mais ils n'allèrent pas plus loin. Se disputer leur donnait le sentiment de toucher le fond. Ils n'étaient même pas suffisamment en colère pour continuer. Depuis le début, ils luttaient vainement contre le désespoir.
- Crois-moi, s'il y avait eu une autre solution, je l'aurais choisie sans hésiter.
- Il y en a une.
Il haussa le ton comme jamais il ne le faisait. Mais il ne pouvait pas se résigner. Pas avant d'avoir tout essayé.
- Tu n'es pas tout seul. Je suis là aussi, et j'ai l'intention de rester. Même si tu essaies de me chasser, je ne partirai pas tant que je ne serai pas convaincu que ton avenir sera le tien, et celui de personne d'autre.
Akashi ferma les yeux. S'approchant, Kuroko murmura d'une voix plus calme :
- Quoiqu'il arrive, je serai là. Je serai toujours là.
Il frissonna. Même pour un mois de décembre, le vent était particulièrement frais. Rentrant la tête dans son écharpe, il serra les bras contre son corps. Dans une attitude qui tenait beaucoup du pingouin.
Il se sentit bientôt vigoureusement frictionné de chaque côté. Levant le nez, il s'aperçut qu'Akashi était plus près. Il le coupait du vent.
Kuroko renifla discrètement, n'osant pas sortir un mouchoir de sa poche. Il devait avoir le nez tout rouge.
- Rentre, maintenant. Il ne faudrait pas que tu tombes malade avant ton premier match.
Ni l'un ni l'autre ne firent mine de partir. Il attendait, tranquillement, mais avec une insistance palpable.
- Je n'oublierai pas ce que tu m'as dit. Mais je ne peux pas prendre de décision, pour l'instant.
- C'est pas grave. On a une autre priorité, dans l'immédiat. Mais quand tu y penseras, promets-moi que tu choisiras ce que tu veux vraiment.
Akashi pencha la tête de côté, et le regarda avec la même tendresse que lors de cette nuit d'été.
- Tu te doutes bien de ce qu'impliquerait un tel choix.
- … Fais-le pour toi.
Il mit encore longtemps avant de se décider à partir. Mais le froid eut raison de sa frêle constitution. Il avait l'impression de le quitter un peu moins anxieux. Il lui manquait seulement la certitude que lui aussi partageait ces états d'âmes.
Ils se souhaitèrent bonne chance. Pour la compétition, et aussi pour le reste. Même s'ils ne voyaient pas vraiment ce que la chance pourrait leur apporter de bon.
- Midorima-kun.
L'intéressé se retourna. Kuroko l'avait manifestement attendu à la sortie du vestiaire, et il ne lui en fallut pas plus pour comprendre que quelque chose ne tournait pas rond. Comme le reste de l'équipe s'était arrêté, il leur fit signe de continuer. Takao jeta un coup d'œil intrigué à Kuroko, mais suivit le mouvement sans poser de question.
- Qu'est-ce que tu veux ? On a un autre match demain, il faut que je rentre avec les autres.
- Je suis désolé de te déranger mais je ne voyais pas qui d'autre que toi pouvais me répondre… Est-ce que tu as l'adresse d'Akashi-kun ?
Midorima fronça les sourcils. Kuroko avait un air étrange. Il était toujours un peu dans la lune, mais cette fois, son attitude avait quelque chose de fébrile. Et cela ne semblait pas provenir des succès de son équipe, les jours précédents.
- Pourquoi tu me demandes ça, Kuroko ?
- Parce que je ne l'ai vu nulle part, aujourd'hui. Il n'a joué à aucun match de la journée, et personne n'a l'air d'en connaître la raison.
Dans la palette réduite d'émotions dont disposait Kuroko, celle qui transparaissait à ce moment-là était vraisemblablement l'une des plus extrêmes. Midorima sembla décontenancé, pendant un court instant. Puis son visage se ferma, et il reprit d'une voix sèche :
- S'il ne t'a rien dit, ce n'est pas à moi de le faire.
Kuroko eut un regard blessé. Mais il ne céda pas.
- Je ne sais pas ce qui a pu arriver. Par contre, je doute que tu puisses faire quoique ce soit en allant là-bas.
- Mais je ne peux pas le laisser prendre le risque de se disqualifier…
- Kuroko.
Celui-ci se raidit en entendant sa voix devenir plus grave qu'elle ne l'avait jamais été.
- Tu ne crois pas que s'il ne t'a jamais donné cette adresse, c'était pour qu'il ne te vienne pas à l'idée d'approcher ?
Il ne savait pas comment. Mais à cet instant, il comprit sans le moindre doute qu'il n'était pas dupe une seule seconde.
- Désolé, mais je ne peux pas t'aider.
Il tourna les talons, et disparut bientôt au bout du couloir.
Kuroko aurait sans doute dû renoncer suite à ce refus. Il n'avait pas d'autre moyen de savoir où se trouvait Akashi. Et sa concentration en match commençait à décliner sérieusement.
En début de soirée, il reçut un message. Le numéro était inconnu. Il ne contenait pas grand-chose.
Seulement l'adresse.
Un long moment, Kuroko contempla l'écran avec incrédulité.
Personne ne pouvait lui avoir envoyé ce message, en dehors de Midorima. Et pourtant, ce n'était pas son nom qui s'affichait.
Il n'avait aucune raison non plus d'être revenu sur sa décision. Encore moins d'utiliser un autre téléphone que le sien pour lui dévoiler l'information qu'il n'avait pas voulu donner.
C'était pourtant à cette adresse. Il avait hésité à s'y rendre, et au fond de lui, un sentiment de culpabilité le tenaillait. Fugace. Mais sourd, et persistent.
La rue était bordée de pavillons défendus par des portails en métal sombre. Tandis qu'il voyait les numéros défiler de chaque côté, il trouvait le bruit de ses pas contre le bitume assourdissant dans le silence vide qui planait sur le quartier.
Il arriva devant les portes. Une plaque sur la droite portait le nom de famille des résidents. Derrière les barreaux noirs, une allée pavée de dalles ondulait jusqu'à un luxueux perron. Mais il ne pouvait aller plus loin.
Les rideaux étaient tirés sur les fenêtres à double battant, qui se répartissaient sur les deux étages de la bâtisse. Une seule dévoilait l'intérieur d'une pièce, au rez-de-chaussée.
A la contempler du dehors, pas une âme ne semblait habiter cette maison.
De plus en plus mal à l'aise, Kuroko chercha autour de lui. Ses yeux s'arrêtèrent sur l'interphone.
Il pouvait encore faire demi-tour.
Son doigt se leva, et pressa le bouton.
-Oui ?
Une voix de femme. Il ne l'avait jamais entendue. Son ton forme l'amena à penser qu'elle était une employée.
- Excusez-moi, est-ce que… Akashi Seijûrô est là ?
- Quel est votre nom ?
- … Kuroko Tetsuya.
Il eut un doute, après avoir parlé.
Elle n'avait demandé que son nom.
-Je suis désolée, mais il est absent pour le moment. Voulez-vous l'attendre ?
Peut-être avait-il commis une erreur.
- Non, ça ira… Merci.
Mais rien ne lui permettait d'en être certain.
Il était simplement venu jusqu'aux grilles. Sans rentrer. Sans voir personne.
Il ferait mieux de repartir.
Au moment où la communication fut coupée, un grésillement résonna dans le haut-parleur.
Il vit une silhouette, derrière la fenêtre sans rideaux.
Immobile. Elle était tournée vers lui.
Son visage, il ne l'avait pas vu. Il n'en eut pas le temps. Il avait déjà commencé à rebrousser chemin d'un pas rapide, comme s'il fuyait.
