Avant même de vous dire bonjour, je voudrais proclamer ceci :
... J'en suis à... 2 visionnages du match Rakuzan VS Shûtoku. ... Non, seulement deux ?! Bon, bientôt trois ! Vous avez dû le comprendre, moi et moi-même sommes de très, très bonne humeur suite aux récents épisodes...
Voilà, j'ai dit. Bonjour, sinon !
Est-ce que j'ai quelque chose d'inutile à ajouter... Non, tiens. Pour une fois. Profitons-en, passons aux commentaires.
Ah, si, juste une chose : le flashback de Kuroko est officiellement... terminé ! Pour de vrai, de vrai.
Laura-067 : Argh, c'est horrible... J'adore tes questions, mais je ne peux répondre à aucune ! Pas pour l'instant... Juste une, peut-être : Midorima se doutait déjà qu'Akashi était dans une situation difficile, et le fait que Kuroko vienne le voir en lui disant qu'Akashi avait coupé les ponts avec lui l'a mis sur la piste que c'était leur relation qui était en cause. Du coup, quand il a appris la démission de Rakuzan, il a pensé que les choses avaient mal tourné et la réaction de Nanamine l'a poussé à agir. Bref, tout ça pour dire que c'est un peu tordu de penser que Kuroko est responsable de ce qui lui est arrivé, c'était quand même la faute à pas de chance (personne n'a de chance, dans cette fic, ou c'est moi ? Oui, c'est sûrement moi...) Tu trouveras un peu de réponses dans ce chapitre... Mais pas beaucoup. En revanche, j'aimerais bien que Kuroko soit là pour soutenir Kise, mais ça lui fait beaucoup pain sur la planche, le pauvre... Ah, et pour les parents de Kuroko, son père n'a pas mal réagi en apprenant qu'il sortait avec un garçon, pas plus que sa mère (y a pas que des vieux bornés, sur cette planète, ce serait un peu triste xD). Donc ce n'est pas pour ça qu'ils ne veulent plus le voir. Allez, encore une question à laquelle j'ai pas vraiment répondu. La suite au prochain épisode !
chizumi-san : Et moi, j'adore répondre ET lire les gros romans, alors... Romançons ! (... Il a fallu que je l'écrive celui-là pour me rendre compte combien il était moche xD) Le brevet c'est du boulot aussi, j'espère que tu n'en baves pas trop, bon courage ! Merci pour tes encouragements ! J'ai eu mon semestre, c'est-y pas merveilleux~! ( * 3 *) ... Quand j'ai lu ton commentaire, j'étais dans un restaurant, et j'ai souri pendant tellement longtemps que les gens autour m'ont vraiment regardé bizarrement ! Ca m'a fait tellement (j'adore "tellement" !) tellement plaisir, surtout si tu la détestes, quand même, ne l'oublions pas xD Perso, je préfère que Kise se retrouve avec des jolies trentenaires que... des vieilles vieilles... Stop, arrêtons ça tout de suite ( = - =) En tout cas, je suis contente que tu aimes bien le dessin ! Pour revenir sur Kise (euh, en revenir "à" Kise, plutôt, misère, je crois que je suis vraiment fatigué ( 0 v 0)), c'est drôle la place qu'il a pris pour moi aussi dans cette fic... J'aime vraiment beaucoup les passages qui le concernent, même si ce ne sont pas les plus simples (Chat préfère Midorin, avec Midorin ça s'écrit tout seul ~!). Bref, ravi de t'influencer~ D'ailleurs, je vais peut-être devoir faire attention à ce qu'il ne devienne pas le personnage central de cette histoire, il revient tellement souvent dans les commentaires que ça m'inquiète un tout petit peu xD Accessoirement, j'aime bien Fauve ( 0 v 0) Mais de toute façon, le style rebelle, ça ne colle pas trop à Kuroko... (trois petits points !) Je n'ai pas pensé aux prénoms de ses parents, comme ils n'ont jamais été mentionnés, je ne les ai pas inventés (je l'ai fait pour la petite soeur de Midorin, j'avoue, c'était trop tentant !). Les seuls dont on connaissent le nom sont les parents d'Akashi : Masaomi et Shiori. ... Je passe d'un sujet à l'autre, c'est terrible xD Mais pour les pieds froids, je comprends aussi. J'ai le même problème. Un vrai club de pingouins, c'est pas possible... xD "Mignon à la façon Kagami". J'adore xD Pour moi, ça veut dire "Pas mignon quoi", mais je sais que certain(e)s ne seront pas d'accord... D'ailleurs, tu as dit que Midorin était con ?! Comment oses-tu ! xD Bon bon, c'était un "si", donc j'accorde le bénéfice du doute (mais aime-le, au moins un petit peu, il est tellement mignon... Mignon à la façon Midorima~) Ne le rabaisses pas si profondément dans ton estime ! (Et navré pour ta prof d'allemand xD) En tout cas, je te rassure, tu as beaucoup écrit. ( = v =) Merci beaucoup ! Bon chapitre !
tassm32 : Pas de précipitation, je vais plaider la cause d'Akashi ! ... Argh, c'est vrai, je peux rien dire en fait... Bon bah... un peu de patience, ça va finir par arriver !
Bonne lecture !
Le lendemain se jouèrent les demi-finales.
Peu après la visite de Kuroko, qui n'en avait pas vraiment été une, Rakuzan avait déclaré forfait.
Une fois de plus, il était dans le flou le plus complet. Akashi avait de nouveau disparu de la carte. Mais cette fois, ce n'était plus de vagues appréhensions pessimistes qui le préoccupaient.
L'équipe la plus talentueuse et la plus susceptible de remporter le titre de nouveau venait de se retirer de la compétition.
Il n'envisageait qu'une seule raison à ce revirement. Si leur capitaine ne prenait pas part à la prochaine rencontre, qui devait les opposer à Tôô, ils n'avaient aucune chance de s'en sortir honorablement. C'était sans doute plus vrai que pour toutes les autres équipes : sans son chef, Rakuzan était méconnaissable.
Et pourtant, quelque chose clochait. Même en ayant établi un tel diagnostique, aucune équipe n'aurait jeté l'éponge en plein tournoi.
Kuroko joua du mieux qu'il put. Face à lui, Kise était rempli des mêmes interrogations. Sur le terrain, le temps n'était pas aux atermoiements. Mais à la fin du deuxième quart temps, ils se croisèrent dans le couloir, et parlèrent de leurs inquiétudes.
- Kurokocchi, tu sais ce qu'il s'est passé ? L'autre demi-finale n'aura même pas lieu, apparemment.
- Je n'en ai aucune idée. Je l'ai appris ce matin, moi aussi.
- Personne n'a l'air de connaître les détails. J'aurais bien voulu demander à Midorimacchi, mais lui non plus, je ne l'ai vu nulle part…
Kuroko l'avait remarqué également. Bien qu'ils ne soient plus en compétition, les joueurs de Shûtoku s'était faits particulièrement discrets. Ni Midorima ni Takao n'avaient fait la moindre apparition de la journée.
L'un des membres de l'équipe de Kaijô vint battre le rappel, et ils échangèrent un dernier regard, silencieux, avant de se remettre en route.
Dans l'immédiat, ils savaient quoi faire. Ils avaient un match à finir. Pour le reste, il verrait plus tard.
Ils traversèrent le dédale de couloir, passèrent devant un embranchement, dont l'autre allée était plongée dans l'ombre. Quelqu'un s'y tenait, immobile.
Kuroko reconnut immédiatement Akashi.
- Kurokocchi ?
- … C'est rien, pars devant. J'ai juste oublié quelque chose.
Un peu perplexe, Kise opina. Il s'éloigna.
Kuroko se tourna vers le couloir. Pressé par des émotions contraires, il ne fit rien d'autre que de l'observer fixement.
Akashi approcha. Il ne faisait pas le moindre bruit. Il s'arrêta à la limite de la zone éclairée.
- Venant de toi, je ne m'attendais pas à un match aussi fade. Tu as encore l'intention de gagner, au moins ?
Les mots restèrent dans sa gorge. Le choc avait été si brutal qu'il ne pensait même plus à lui demander ce qu'il faisait là.
Après tout, ce n'était pas comme s'il était vraiment là. Celui qui lui parlait à présent, et qui le toisait avec une froideur indicible, c'était l'Autre.
Et sur tout son corps, Kuroko pouvait voir qu'il n'était plus le même. L'examiner dans le peu de lumière qui l'éclairait lui rappelait irrémédiablement ce jour de pluie, au collège.
Aujourd'hui aussi, il pleuvait sur le gymnase.
Mais en observant son visage, il resta interdit. Sa joue gauche était assombrie par un large hématome qui la couvrait de la commissure des lèvres jusqu'au bord de son iris ambrée.
Comme il comprit qu'il l'avait vu, les yeux d'Akashi s'étrécirent, et son regard devint dur.
- Retrouve-moi sur le toit à la fin du match.
Kuroko baissa les yeux. Il regardait ses pieds et sentit qu'il se vidait petit à petit. Jusqu'à devenir flasque, et creux.
Il entendit seulement des pas s'éloigner.
Il était absent. Dans le couloir du gymnase gisait une enveloppe vide.
Mécaniquement, elle se mit en marche pour rejoindre son poste, comme il lui incombait de le faire.
Lorsque Seirin eut gagné son match, il se rendit sur le toit.
Le jeu l'avait revigoré. Entretemps, il était revenu à lui. Et malgré tout le reste, il s'était réjoui comme les autres de pouvoir participer à la finale, le lendemain.
Il gravit les escaliers. Il lui sembla qu'à chaque marche, une bribe de joie s'envolait au loin. Que, progressivement, sa gaieté s'effeuillait comme un arbre à l'automne.
Et une fois arrivé tout en haut, il n'y avait plus la moindre once de bonheur qui subsistait en lui. Il n'entretenait plus beaucoup d'espoirs. Ceux qui restaient étaient minces. Et, de toute façon, il n'y croyait plus tellement.
Il n'apprit rien sur ce qui s'était passé la veille, après son passage. Malgré cela, il s'en doutait. A ce changement soudain et irréversible, et à son visage tuméfié, il ne pouvait que comprendre. Le jour où il s'était rendu là-bas, il avait pressenti son erreur. A présent, il l'avait là, juste sous les yeux.
Les mots d'Akashi trouvaient écho dans ce sentiment.
C'était lui, l'unique responsable de ce qui était arrivé.
Malgré la pluie et le vent, il avait oublié qu'il avait froid.
Il était rentré chez lui en ne pensant à rien. Sa tête rejouait les sons et les voix comme un vieux tourne-disque. Il ne garda presque aucun souvenir de ce qu'il fit ce soir-là.
Sans doute en bousculant les cahiers qui traînaient sur son bureau, il fit s'envoler une feuille de petite taille. Elle tournoya en l'air quelques instants, avant de se poser sur le sol.
Il la contempla d'un air vide. C'était une photo.
La ramassant, il la considéra encore un long moment.
Il voulut la déchirer. La décomposer en d'innombrables petits fragments. Jusqu'à en oublier ce qu'elle représentait.
Il n'en arracha qu'un seul bout. Le jeta dans la corbeille. Et glissa à nouveau la photo entre les pages de l'agenda.
Il n'avait plus qu'à disparaître.
- Tetsu-kun.
Alors qu'ils traversaient le hall du gymnase, Kuroko aperçut Momoi dans un coin de la salle, qui lui faisait signe. Derrière elle, assis sur un banc près du distributeur automatique, Murasakibara était prostré dans une gravité qui ne lui ressemblait pas. Kise aussi était présent.
Comme son équipe l'attendait, il leur fit signe d'avancer sans lui, et se dirigea d'un pas lent vers les trois autres.
- Bonne chance pour aujourd'hui.
Il acquiesça. Le blondinet qu'il avait battu la veille renchérit en l'encourageant à son tour, mais il ne fut pas beaucoup plus réceptif.
Le silence qui s'en suivit ne lui fit ni chaud ni froid. Ils avaient dû le remarquer. Qu'il était complètement ailleurs, alors qu'il s'apprêtait à jouer leur dernière finale.
Mais ce n'était pas que lui. Eux aussi, ils avaient tous un air bizarre. Presque contrit. Momoi la première. Même dans ces circonstances, il avait bien vu dès le moment où elle l'avait appelé que quelque chose n'allait pas.
Murasakibara quant à lui l'avait carrément ignoré. Lui paraissait au bord de l'implosion, et il n'avait pas souvenir de l'avoir jamais vu aussi livide. Reprenant la conversation qu'ils tenaient vraisemblablement avant son arrivée, il agrippa le bord du banc, avec une fureur qu'il peinait à contenir.
- Et pourquoi on irait pas le voir et lui demander, hein ? Comme ça on saurait.
- Murasakicchi, c'est pas le moment…
- C'est jamais le moment. Quand l'équipe d'Akachin a laissé tomber, vous avez rien fait non plus.
- Mukkun, calme-toi, on en reparlera tout à l'heure…
Mais il se leva d'un coup, faisant reculer le banc d'un bon mètre et toisant Momoi de toute sa hauteur.
- Comment je pourrais rester calme ?! C'est pas possible, ce genre de trucs… !
Kuroko le fixait d'un air hébété alors qu'il tournait la tête vers le distributeur – sans donner l'impression de s'y intéresser réellement, pour une fois. Lui jeta un coup d'œil à Momoi, puis à Kise. Mais aucun des deux ne lui rendaient son regard.
- Qu'est-ce qui se passe ?
La jeune fille ferma les yeux, comme s'il avait posé la question qu'elle redoutait tout en sachant qu'elle allait bien finir par arriver. Elle se tourna vers Kise avec détresse, mais il n'était d'aucun secours.
- Momoi-san ?
Elle donnait l'impression de vivre un supplice. Pour une raison qu'il n'arrivait pas à saisir. Il ne pouvait pas y avoir de lien avec ce qu'Akashi et lui s'étaient dit la veille. Même si, au point où il en était, la terre entière aurait été au courant qu'il ne s'en serait plus étonné. Lorsqu'il l'avait vu sur le toit, il avait bien compris que l'information avait fatalement fuité, à un moment ou à un autre.
- … Je suis vraiment désolée d'avoir à te dire ça juste avant ton match. Aomine-kun m'a forcée à lui en parler aussi, alors…
Elle leva la tête, et ses yeux luirent faiblement à la lumière.
- Avant-hier, Midorin s'est blessé et il s'est ouvert la jambe. Il est à l'hôpital.
Un coup sourd résonna tandis que Murasakibara donnait un coup de pied dans la machine. Kise se rapprocha pour tenter de le dissuader de la démolir, mais il était clair qu'il n'était d'humeur à écouter personne.
Kuroko resta prostré.
C'était trop pour être une coïncidence.
Il ne se l'expliquait pas. Mais ce fut la première pensée qui lui vint à l'esprit.
- Si je trouve celui qui a fait ça à Midochin…
Murasakibara frappa le distributeur avec une telle violence que le bruit fit sursauter le hall tout entier. Alarmé, Kise le poussa loin de tout bien matériel dommageable et fit de son mieux pour l'entraîner à l'extérieur. Bon gré mal gré, le fauteur de troubles se laissa évacuer, non sans effrayer les quelques spectateurs alentours tant son humeur était massacrante.
Lorsqu'ils eurent quitté les lieux, un calme tendu se propagea dans la grande salle aux néons blancs. Ni Momoi ni Kuroko ne trouvaient rien à se dire. Alors il prit le chemin qu'avait emprunté son équipe, et la laissa derrière lui.
Comment avaient-ils pu en arriver à un tel enchaînement de circonstances.
Pendant un long moment, il ressassa vainement cette question.
Sans vraiment faire attention à ce qui se passait autour de lui.
Plus il y pensait, et moins elle faisait sens. Elle l'obstruait. Un peu comme les projecteurs qui l'avaient aveuglé dès l'instant où il était arrivé sur le terrain.
« Tout est de ta faute. »
C'était probablement la vérité. Rien de tout cela ne se serait jamais produit, s'il n'avait pas été là.
Au beau milieu du terrain, il se sentait comme un lapin immobile sur une autoroute. A attendre la première voiture qui passerait le faucher.
Il ne savait pas s'il l'avait vraiment attendu, à cet instant. Où s'il n'avait simplement aucune conscience de l'endroit où il était.
Ses gestes étaient si lents et lourds, qu'il eut l'impression d'avoir basculé dans un rêve.
Un état second de flous imprécis.
Il ne l'avait pas cherché pour de bon. Mais quand il avait fallu l'éviter, il s'était trouvé incapable de réagir.
- KUROKO !
Une forme le percuta de plein fouet. Il ne l'avait pas reconnue. Il n'eut même pas le temps de ressentir la douleur.
Seule lui vint l'idée étrange et pourtant infiniment logique que c'était ainsi que les choses devaient se terminer.
Il heurta la surface dure de l'acier.
Rien.
Il s'écoula un long moment sans que ni Kise, ni Kuroko ne parlent à nouveau. L'écran de la télévision toujours allumé fonctionnait à leur insu, dans une agitation muette.
Sans un mot, le propriétaire des lieux se leva, et Kuroko l'entendit marcher jusqu'au bar, dans son dos. Il distingua le léger grincement de la porte du frigidaire – à moins que ce ne fut le congélateur -, mais ne posa pas de question et ne se retourna pas. Un léger cliquetis métallique résonna encore, puis Kise revint. Entre ses mains, il tenait un petit pot de glace à la vanille, et deux cuillères. Il reprit sa place sur le canapé, une jambe repliée sur lui, l'autre pendant vers le sol, et ôta le couvercle d'un air solennel. Puis il le lança à travers la pièce à la manière d'un frisbee, et tendit une cuillère à son invité.
Kuroko hocha la tête, et ils plongèrent avidement dans la crème glacée. Bientôt, l'atmosphère leur parut beaucoup plus légère. En regardant d'un œil amusé le visage radieux de Kuroko, Kise brisa le silence.
- C'est toujours plus constructif de parler autour d'une glace.
Les joues rondes, l'autre fit oui de la tête, visiblement peu disposé à décrocher un mot tant qu'ils ne seraient pas venus à bout du pot qui, heureusement, était de taille modeste.
- Il y a quelque chose que je n'arrive pas à comprendre.
Tout en enfournant une nouvelle cuillérée, son vis-à-vis le fixa de ses grands yeux ronds.
- Entre le début de la Winter Cup et la dernière fois où vous vous êtes parlé… Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment il a pu changer de façon aussi brutale ?
Le pot était déjà à moitié vide, et bientôt, Kuroko se trouva à en râcler consciencieusement le fond avec sa cuillère.
- Je ne sais pas vraiment. Même si ça doit avoir un lien, le jour où je suis allé sonner à sa porte, ce n'était pas suffisant pour qu'on en vienne à se douter de quoi que ce soit. Mais ce que j'ai pensé à l'époque – et j'en suis presque certain -, c'est que quelque chose nous a trahi sans qu'on le sache. Et qu'à ce moment-là, son père l'a appris.
Kise le considéra d'un air troublé. Sa conjecture en disait suffisamment long pour qu'ils préfèrent ne pas s'appesantir dessus. Le plus étrange, c'était que, après tout, ni l'un ni l'autre n'avait jamais rencontré cet homme. Et cela le rendait profondément insaisissable, presque immatériel.
- Si ni toi ni Akashicchi n'avez attiré les soupçons, je ne vois qu'une autre solution. Quelqu'un qui savait a vendu la mèche, volontairement ou non.
Un peu contrarié, Kuroko tira la couverture sur ses épaules. Le pot était vide.
- Ça ne fait pas tellement de monde. Midorima-kun et Momoi-san ont toujours gardé ça pour eux. En plus, ça doit être quelqu'un de proche de sa famille, sinon l'information ne serait pas remontée jusqu'à son père.
Ils restèrent silencieux pendant quelques minutes, chacun réfléchissant de son côté. Peu à peu, Kuroko vit le visage qu'il avait en face de lui s'assombrir, comme si l'on venait de lui annoncer une mauvaise nouvelle.
- Kise-kun ?
- … Ça m'embête un peu de dire ça, je ne veux pas accuser les gens dans le vide, mais… En y repensant, il y a quelqu'un qui avait plutôt intérêt à ce que vous vous sépariez définitivement.
Kuroko l'observa sans mot dire.
- La fille avec laquelle il doit se marier, c'est bien Nanamine ?
Il l'avait sentie venir. Kise embraya sur la suite du raisonnement.
- Ca ne serait pas étonnant qu'elle l'ait su. Et elle était proche de sa famille.
Kuroko hésitait à se prononcer. C'était une déduction logique. Même un peu trop. Si elle avait agi de la sorte, il imaginait mal Akashi le lui pardonner. Ou bien il n'avait pas eu d'autre choix, mais il lui paraissait impossible que quelqu'un comme lui ait accepté de fermer les yeux sur une telle trahison. Ce qui lui donnait le plus de scrupules, c'était les quelques entrevues que Nanamine et lui avaient eues. Elle était discrète, et il ne savait pas grand-chose à son sujet. Mais elle ne lui avait pas donné l'impression d'être malhonnête. Et généralement, il ne se trompait pas dans ses premières impressions.
- Peut-être qu'elle l'a fait sans le vouloir. On n'en sait rien.
- Peut-être. Je ne la connais pas beaucoup, mais je ne l'imagine pas avoir recours à ce genre de méthodes.
Kise haussa les épaules.
- C'est juste une hypothèse. Mais je n'en vois pas d'autre.
Ses objections s'arrêtaient là. Après tout, il y a encore quelques jours, Kuroko ne se serait jamais douté qu'elle avait un lien avec Akashi.
Posant le pot sur la table basse, il mit leurs deux cuillères dedans. Puis il se retourna vers Kise.
- Voilà. Je crois que j'ai tout dit.
- Et comment tu te sens, maintenant ?
Dubitatif, Kuroko pencha la tête de côté.
- Bonne question.
- Mais encore… ?
- … J'ai l'impression d'y voir un peu plus clair. Ça ne change pas le fait que je me pose encore beaucoup de questions mais… ça m'a fait du bien.
Peu d'adjectifs auraient suffi à décrire le sourire qu'arbora le blondinet à cet instant.
- Ca, c'est une bonne nouvelle !
Kuroko s'amusa de le voir aussi spontané.
- Merci de m'avoir écouté.
- C'est pas comme si je m'étais forcé.
Il avait repris un air un peu plus sérieux, sans paraître moins enjoué pour autant.
- Ce n'est pas une histoire triste du début jusqu'à la fin, tu sais. Alors ne fais pas cette tête d'enterrement.
- Tu trouves ?
- Evidemment ! Tout à l'heure, c'était tellement mignon la façon dont tu racontais, et…
- Non, je voulais dire : tu trouves que j'ai une tête d'enterrement ?
- Ah… Oui. Enfin plus que d'habitude, quoi.
Devant l'air un peu irrité de Kuroko, Kise revint vite au sujet précédent.
- Et puis, tout reste encore à faire.
L'autre le dévisagea, interloqué. Dans une pose qu'il voulait solennelle, Kise leva l'index devant lui et poursuivit :
- Tout ça, c'était i peine un an. Il est encore temps de chercher des réponses et de rattraper le coup.
- On ne peut pas en être certain non plus.
- Mais il est pas encore marié, non ? Alors il faut réagir maintenant.
Il sentait cependant que son enthousiasme restait lettre morte. En face de lui, Kuroko paraissait modérément convaincu
- Est-ce que c'est vraiment bien de faire ça ? Je me demande si j'ai le droit de m'interposer là-dedans alors que jusqu'ici, ça n'a fait qu'empirer la situation.
- C'est faux, ce n'était pas toi qui était en tort. Tu l'as dit toi-même : tu sais qu'il fait tout ça parce qu'il n'a pas eu le choix. Et qu'il t'a repoussé pour te protéger.
Il ne répondait pas. Pour autant il ne donnait pas à Kise l'impression d'avoir baissé les bras. Mais il paraissait empêtré dans toutes les questions qu'il se posait.
- Kurokocchi.
Il leva la tête, un peu perdu. Amusé, mais très sérieux, son vieux camarade le fixait.
- Entre nous, tu l'aimes encore ?
Ses yeux s'ouvrirent et se fermèrent plusieurs fois, comme s'il traitait l'information. Il mettait tellement de temps à réagir que Kise finit par se demander s'il n'allait pas lui afficher un code erreur.
- Désolé, c'est idiot, j'enfonce des portes ouvertes avec cette question.
- Non, pourquoi ?
Ce fut au tour de Kise d'être désarçonné.
- Ben, parce que… la réponse est un peu évidente.
Et en voyant que Kuroko n'avait pas la moindre idée de ce qu'il entendait par-là, il se demanda s'ils avaient bel et bien eu cette discussion durant les deux dernières heures.
- Attends… tu hésites ?
- C'est pour ça que je réfléchissais.
- Mais je croyais que c'était parce que tu trouvais ma question idiote !
- C'est toi qui a dit qu'elle était idiote.
Il leva brièvement les yeux au ciel d'un air désespéré, et finit par aller droit au but.
- Kurokocchi, comment tu peux avoir des doutes ?
Inconsciemment, Kuroko enfonça un peu sa tête dans la couverture.
- … C'est si évident que ça ?
Kise eut un petit sourire en le voyant agir de la sorte. Il posa ses mains sur ses épaules, et attendit qu'il le regarde droit dans les yeux.
- Tu voulais te souvenir. C'est chose faite, maintenant. Je sais que ça a été dur pour toi, mais au final, tu as réussi à reprendre le dessus. Et ça, c'est un truc génial.
Les grands yeux bleus de Kuroko étaient tout absorbés par ce qu'il disait.
- Il faut que tu ailles jusqu'au bout. Ça marchera peut-être pas, mais c'est comme ça que tu pourras comprendre. Et avancer. Et après, une fois que tout sera clair, tu commenceras à avoir tous les doutes que tu veux et à te demander ce qui se passera ensuite. Mais pour l'instant, tu sais où aller.
Il attendit d'être sûr que son vieil ami n'ait plus la moindre hésitation cette fois avant de le lâcher. Mille pensées paraissaient traverser la tête de Kuroko à ce moment-là, mais lorsqu'il le vit hocher fermement la tête, il sut avec certitude qu'il avait pris ses résolutions.
- Oui. Et on verra bien ce qu'il en ressort.
- C'est ça !
Le visage qu'il avait en face de lui lui faisait chaud au cœur. Il n'avait plus vu Kuroko sourire depuis qu'il l'avait hébergé chez lui. Et il n'y avait pas l'ombre d'un doute que celui-là était sincère.
Le portable de Kise vibra dans sa poche. Il le sortit, et découvrit sans surprises que les mails s'étaient accumulés sans discontinuer tout au long de la soirée. Il n'y avait simplement prêté aucune attention. Mais l'heure qui s'affichait sur l'écran le surprit.
- Ouah, il est déjà 23h30 ! Et j'ai vingt personnes à qui j'avais dit que je répondrais dans la soirée… Vu comme c'est parti, je sens que certains vont faire une nuit blanche.
- Je devrais peut-être te laisser. Je suis un peu fatigué, de toute façon.
Kise avait déjà rangé son téléphone.
- Ok, je vais sans doute me coucher tard. Essaie de faire une bonne nuit.
Son sommeil n'avait pas été des plus réparateurs depuis qu'il était ici. Il dormait peu, et lorsqu'il dormait, ses nuits étaient sans arrêt interrompues par des songes désagréables.
Ce soir-là, néanmoins, il monta les escaliers beaucoup plus serein.
- Ca va aller. Bonne nuit.
- Bonne nuit. A demain !
Arrivé sur la mezzanine, Kuroko se déshabilla et enfila son pyjama. Il éteignit, et se glissa dans le lit que Kise avait tenu à lui céder, préférant camper sur le canapé étant donné ses horaires nocturnes. Dans la lueur ténue de la lampe du bar qui éclairait encore la cuisine, il ferma les yeux, et s'endormit sans plus penser à rien.
Le jour s'était levé. Les rideaux de sa chambre teintaient la lumière de bleu. Il n'avait plus sa couette sur lui, sans doute parce qu'il faisait trop chaud. Seulement son short et son t-shirt blanc.
Allongé sur le lit, il regardait la porte entrouverte.
D'abord ténus, puis distincts, des bruits de pas se rapprochèrent. Lui, la tête sur l'oreiller, fixait l'entrebâillement de la porte. A l'endroit où, d'un instant à l'autre, apparaîtrait quelqu'un.
Une silhouette se dessina sur le seuil. D'abord, il crut que c'était Kise. Mais elle n'était pas assez grande.
Elle marcha lentement.
Dans un mouvement imprécis, il la vit se rapprocher du lit. Elle vint plus près, là où la lumière voilée projetait de faibles rayons sur le sol.
D'un coup, Akashi lui apparut clairement.
Il l'observait alors qu'il était toujours allongé sur le dos, les lèvres serrées. Il le regardait de ses yeux mi-clos. Son visage était tendre et dur à la fois. Mais Kuroko ne parvenait pas à savoir de quelle couleur étaient ses iris.
En silence, Akashi s'assit sur le bord du lit. Son expression était différente. Son regard brillait discrètement. Il le fixait – et Kuroko ne pouvait plus détacher ses yeux de lui.
Doucement, il sentit le bout de ses doigts effleurer son torse. Très légèrement. Ils le touchaient à peine.
Ils descendaient le long de ses côtes, jusqu'au nombril, puis remontaient lentement, pour s'arrêter dans le creux des clavicules. Kuroko frissonnait à chaque passage.
Le silence avait cessé. Il s'entendait respirer.
Peu à peu, sa main tout entière le caressa à travers son t-shirt. Il laissa progressivement les sensations l'emplir.
Les lèvres d'Akashi s'entrouvrirent légèrement. Il l'entendait respirer, de plus en plus proche. Bientôt, sa bouche se pressa contre la sienne. Ses mains se glissèrent sous son t-shirt, et Kuroko se cambra.
Akashi s'écartait à peine pour pencher la tête de l'autre côté, son souffle lui brûlant les joues et le cou.
Il cessa de le toucher un court instant. Montant sur le lit, il se plaça au-dessus de lui. Ses mains prenaient appui de chaque côté de son visage.
Sa chemise était ouverte. Kuroko regarda son torse se soulever et s'abaisser à chaque respiration. Malgré la pénombre, il en discernait chaque muscle, qui s'étirait et se rétractait sous la peau luisante. Plus il observait, et plus il éprouvait le désir de les sentir contre lui.
Akashi se pencha et l'embrassa à nouveau. Avec plus d'ardeur que la première fois. Leur respiration et les sons humides qu'ils produisaient emplissaient la pièce entière.
Doucement, Akashi lui écarta les jambes pour s'allonger sur lui. Lentement, très lentement. Leurs corps se rapprochaient l'un de l'autre, et sa respiration lui échappait.
Son t-shirt était sur le sol. Il voyait sa poitrine frémir à mesure que l'espace entre eux se resserrait.
Leurs ventres se touchèrent. Kuroko poussa un long soupir contre les lèvres d'Akashi. Inconsciemment, son dos s'arqua pour se rapprocher de lui. Le torse d'Akashi rencontra le sien, et il gémit doucement. Un certain temps s'écoula, où ils ne firent rien de plus que s'effleurer l'un l'autre. Kuroko haletait malgré lui. Il ne voyait plus que son visage.
Puis leurs corps se serrèrent l'un contre l'autre.
Kuroko soupirait sous les mouvements d'Akashi, et bascula la tête en arrière, transporté par les sensations que lui procurait le contact sur sa peau. Il ferma les yeux, oublia sa propre voix.
Akashi se rapprocha encore un peu, pressant son entrejambe contre le sien. Il descendit dans son cou, et y enfouit son visage tandis que leurs bassins ondulaient l'un contre l'autre. Il contrôlait avec peine sa respiration. Elle résonnait tout près de son oreille.
Kuroko agrippa les draps dans un spasme, et se souleva une dernière fois contre lui.
Plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'il n'ouvre les yeux. Il cligna plusieurs fois, puis tourna lentement la tête. Il lui fallut encore un certain temps pour réaliser où il se trouvait, quelle heure il était. Il n'était pas dans sa chambre. C'était l'appartement de Kise.
Avec la sensation diffuse d'avoir la tête dans du coton, il se redressa sur un coude, et souleva la couverture pour une petite vérification.
- …
S'il avait été dans sa nature d'être vulgaire, il ne se serait pas privé de marmonner un ou deux gros mots. Heureusement, il avait dormi tard, et Kise devait être parti. Un peu confus, il se passa une main sur le visage. Il n'avait plus qu'à prendre une douche, même s'il l'avait déjà fait hier soir.
Il se leva, regarda les draps pour s'assurer qu'il n'y avait rien. Il prit des affaires dans son sac, et descendit les escaliers en direction de la salle de bain. Une fois la porte fermée, il retira son t-shirt, puis son short, qu'il passa sous l'eau avant de le mettre dans le panier à linge. Le réveil lui remettait lentement les idées en place, et c'était presque pire maintenant. Il n'arrivait pas à croire qu'il ait pu faire un rêve pareil. Il se réconforta un peu en se disant qu'au moins, ce short était le sien – Kise était passé chercher des affaires à lui chez Momoi le jour où il s'était installé.
En se voyant dans la glace, il resta inerte pendant une minute. Il avait toujours une tête terrible, le matin. Mais là, il donnait l'air d'être complètement à côté de ses chaussettes. Il ressentait encore les sensations du rêve. Elles étaient si vivaces qu'il fut presque gêné de se regarder dans le miroir, et entra dans la douche aussi sec.
Pendant un long moment, il se savonna en tentant de faire le vide. Peine perdue. Tout lui revenait dans les moindres détails. Il n'avait jamais fait un rêve aussi intense. Comme s'il l'avait vécu – et c'était sûrement ça, le plus dérangeant dans l'histoire. Peut-être aussi qu'il n'en avait plus l'habitude. Pas du rêve en lui-même, mais de la sensation. Il avait encore l'impression d'être un peu essoufflé, sans parvenir à se détendre complètement.
En y réfléchissant, c'était la première fois qu'il avait une érection depuis ses huit mois passés à l'hôpital. Il n'y avait jamais pensé jusqu'à maintenant. En une nuit, c'était comme s'il avait brutalement renoué avec son corps et avec le temps présent. Il avait le sentiment indéfinissable de s'être réveillé une seconde fois. De ne plus être une conscience flottante et passive. Il se sentait présent. Et dans le même temps, beaucoup plus léger.
La transition entre ces deux états s'était faite d'une manière un peu trop explicite à son goût, néanmoins.
Sortant de la douche, il s'enveloppa dans une serviette, et resta immobile sur le tapis de bain. Des gouttelettes dégringolaient lentement le long de ses mollets.
Il se sentait toujours un peu mal à l'aise. D'avoir rêvé d'Akashi dans ce type de situation. D'un autre côté, si ç'avait été quelqu'un d'autre – et il ne chercha même pas à imaginer qui –, le résultat aurait été bien pire. Pour être tout à fait honnête avec lui-même, il lui arrivait d'avoir des fantasmes de ce genre, au lycée. Les vivre était sensiblement plus remuant, cela dit.
Il sortit de ses pensées pour se rendre compte qu'il était déjà complètement sec. Enfilant son rechange, il se rendit à la cuisine, et chercha de quoi préparer un petit-déjeuner.
Il s'en trouvait éclairé sur un point, malgré tout. Après cette expérience, il ne pouvait que constater, s'il en doutait encore, qu'il était bien loin d'avoir tourné la page.
- Ton père sera absent, ce week-end ?
- Apparemment. Il semblerait qu'il ne puisse pas faire l'économie du déplacement. Je le remplacerai aux courses, ce dimanche. Un des poulains va faire sa première Groupe 1.
Sans hésitation, Akashi avança la tour de deux cases. Nanamine prit un moment pour considérer les possibilités qui s'offraient à elle, mais chaque coup paraissait en réduire un peu plus le nombre. Elle finit par jeter son dévolu sur un cavalier, avec la désagréable impression de se faire mener par le bout du nez.
- Tu as revu Kuroko, récemment ?
Comme s'il n'avait pas parlé, il enchaîna avec le coup suivant. La jeune fille cligna des yeux.
- Non. Il n'est pas revenu.
- J'en conclus que tu vas toujours voir les entraînements.
Elle se demanda s'il allait le lui reprocher, mais il se contenta de sourire, levant les yeux de l'échiquier comme elle tardait à jouer. Rassemblant toute sa concentration, elle insista avec son cavalier, et mangea un fou.
- Ça ne fait rien. Je me suis emporté pour rien l'autre jour, quand je t'ai dit de ne plus y retourner. Ça n'avait pas de sens.
Il était parfaitement calme. Invariablement, inconditionnellement calme. Nanamine avait d'abord cru qu'il feignait l'indifférence. Mais plusieurs jours s'étaient écoulés, et son humeur restait égale en toutes circonstances. Depuis qu'il avait aperçu Kuroko au sortir de l'hôtel, il paraissait paradoxalement plus serein qu'avant.
En dépit de sa méfiance, elle haussa un sourcil, dans une mimique qui lui donnait l'air espiègle.
- Ce sont des excuses ?
Il rit discrètement.
- Oui.
Et, en un mouvement, il lui prit son cavalier et son fou. Nanamine fixa le plateau avec des yeux ronds, et ouvrit la bouche pour protester. Mais elle détestait encore plus qu'on lui fasse remarquer qu'elle était mauvaise perdante – parce que c'était vrai –, alors elle se contenta de croiser les bras.
- Bizarrement, j'ai beaucoup moins envie de te pardonner, d'un coup.
Akashi s'enfonça un peu plus dans son fauteuil, le visage radieux, et lui fit signe que c'était à elle de jouer. Ne s'avouant pas vaincue, elle reprit son calme aussitôt, et jaugea la situation. Puis elle déplaça sa prochaine pièce.
- Tu veux venir avec moi, dimanche ? On pourrait aller quelque part, après la course.
Elle continua de regarder l'échiquier.
- J'aurais bien aimé, mais il y a entraînement le dimanche après-midi, et comme la semaine prochaine ce sont les qualifications régionales, j'ai dit que je serais là.
- Je croyais que tu étais manager. Tu les coaches ?
- Je fais un peu les deux. Disons que j'ai une petite partie de l'équipe à charge.
Il n'ajouta rien. Elle comprit cependant que c'était parce qu'il prenait le temps de choisir quelle serait la prochaine pièce qu'il lui prendrait. Et il jeta son dévolu sur une tour.
Avec toute la bonne volonté du monde, elle commençait à sentir que c'était encore une défaite pour elle. Elle joua le jeu jusqu'au bout, et se retrouva sous peu en totale perdition. Echec.
- Seijûrô, ça ne te fait rien que Kuroko soit revenu ?
Sa question ne suscita pas le moindre remous. Pas un regard, pas un geste. Il était plus impassible que jamais.
Ou plutôt si. Le même petit sourire qui semblait en dire long sans engager à rien.
- A quoi est-ce que tu t'attendais, Makoto ? A une crise d'hystérie ?
Pourquoi pas. Pas seulement. Elle ne s'attendait à aucune réaction en particulier.
Mais qu'au moins, il en ait une. N'importe laquelle.
Lentement, il se leva, puis marcha sans un mot. Il marqua un temps devant la fenêtre, et regarda le ciel couvert sans pour autant s'en soucier le moins du monde.
- Tu avais raison, l'autre jour. Il se souvient de moi. Sans ça, il ne serait jamais venu nous trouver.
Nanamine pesa ses mots.
- Il ne veut pas oublier.
- Je sais. Il cherche des réponses. C'est pour ça qu'il recommencera.
Ce disant, il tourna la tête vers elle.
- C'est sans doute vers toi qu'il se tournera en premier. Ou bien il viendra jusqu'ici frapper à la porte. Comme j'aimerais autant que l'on n'en arrive pas à ce genre d'extrémités, j'ai pris une décision. Qui t'évitera aussi de te trouver dans une situation difficile.
- … Quel genre de décision ?
Il s'adossa à la fenêtre, et pencha la tête, si bien qu'elle eut l'impression qu'il pesait encore le pour et le contre. Mais lorsqu'il la releva, il n'y avait pas l'ombre d'un doute que rien ne le ferait fléchir.
- C'est moi qui vais aller le trouver. Et il entendra de ma bouche ce qu'il doit comprendre.
