chapter 31: finale, broken absolution, allegro to adagio
[Allegro : Terme qui sert à indiquer un mouvement vif.
Adagio : Vient de l'expression ad agio ; indication de mouvement lent.]
Avec un tel flot de chakra sur le champ de bataille, c'était moins un affrontement qu'une victoire écrasante contre les clones de Zetsu.
Et c'était aussi bien comme ça.
Tsunade s'élança, s'approcha du sol et d'un brusque coup de poing, elle le rompit sous les pieds d'un groupe de clones. Au moment même, un Katon lui passa au-dessus de la tête et la manqua de peu. Un Futon suivit dans un bruit de déchirement et les flammes gonflement dans une envolée de chaleur et de destruction, réduisant leurs cibles à l'état de corps calcinés en l'espace de quelques instants. Orochimaru et Jiraiya atterrirent à ses côtés et elle se redressa, les suivant à la trace lorsqu'ils bondirent, sans même avoir à leur demander quel était le plan.
Ça avait un goût de nostalgie. C'était comme descendre une échelle dans le noir sans que rien ne vienne lui faire obstacle ou la faire hésiter. C'était ce qui lui avait manqué ces trente dernières années et sans même s'en rendre compte, elle se mit à sourire ; un léger relèvement à la commissure des lèvres qui lui donnait un air farouche. Avec Orochimaru à sa gauche, Jiraiya sur sa droite et une vague d'ennemis à l'horizon, il n'y avait pas de raison de se restreindre ou de faire preuve de clémence. Tsunade percuta deux clones qui tentaient de profiter du dos tourné d'Orochimaru, les aplatit et s'enfonça dans la masse. Sur un grondement sourd, elle en intercepta un autre qui, ignorant tout de son sort prochain, essayait de s'en prendre à Jiraiya. D'une main, elle lui fit quitter le sol - même alors qu'il avait bien une quinzaine de centimètres sur elle - et le jeta dans les airs aussi loin que possible.
Ce ne fut qu'une fois qu'il eut quitté sa prise qu'elle se rappela qu'ils n'étaient pas seuls sur le champ de bataille. Elle grimaça.
Directement sur la courbe qu'emprunta le clone, se trouvait un homme aux cheveux rouges et à la barbe pointue, habillé en bleu marine et en gris tourterelle, un bandeau frontal indiquant son affiliation à Uzushio serré sur son front. Tsunade ouvrit la bouche pour l'avertir du danger imminent, mais avant qu'une seule voyelle n'ait pu lui échapper, il fit volte-face, esquiva et dans un envol de roche en fusion, il consuma le clone à même les airs, le laissant doucement rejoindre ses compagnons. Il atterrit au milieu d'une horde d'entre eux et une vague de lave vint s'en débarrasser aussitôt. Il salua Tsunade d'un grand sourire et reprit son chemin.
De la spirale sur son hitai-ate partaient quatre traits. Tsunade se demanda ce que cela pouvait bien signifier.
Puis, sur un grognement rauque, le rouquin joignit ses mains, son chakra jaillissant et grondant autour de lui, et sa silhouette oscilla. L'instant d'après, un immense singe doté de quatre queues se trouvait à sa place et le géant s'élança dans la bataille sur un rire dément. Plus loin, les clones se rassemblaient, leurs corps se tordant et fusionnant, mais le Yonbi ne ralentit pas et les heurta de front.
Oh, songea Tsunade, quelque peu hébété, car elle avait l'habitude de voir des shinobi s'affronter, de sentir la puissance qui émane d'un champ de bataille, de constater les aptitudes et les pouvoirs spéciaux qui donnent des sueurs froides aux civils, mais voir un hôte aussi à l'aise avec son démon à queues, c'est assurément d'un tout autre niveau.
Et le rouquin était loin d'être le seul en phase avec son démon. Au-dessus d'eux, une jeune fille aux ailes de scarabées faisait des pirouettes dans les airs, des éclats de lumière traçant son chemin. Non loin derrière, une jeune femme dont les griffes habillant tant ses mains que ses pieds réduisait les clones aveuglés en charpie avec abandon. Un autre homme aux mèches rouges - celui-ci plus jeune que le premier et plus fin que musclé - se tenait à l'extrême ouest du champ de bataille, planté sur place et une tempête de sable à son commandement. Au loin, l'éclat de rire d'un homme résonnait, tout comme les vers qu'il déblatérait à en faire grimacer ses compatriotes, tandis que ses tentacules faisaient valser les ennemis d'un bout à l'autre du terrain. Et au centre, une immense limace aux six queues décimait les clones avec ce qui rongeait comme l'acide.
Six jinchuuriki dans un même combat, chacun parfaitement en contrôle et en entente avec son démon. Tsunade en eut le tournis rien qu'à y penser.
Notamment parce que quatre d'entre eux arboraient fièrement l'hitai-ate d'Uzushio.
Elle reporta son attention dissipée sur ce qui se trouvait devant elle et découvrit que les clones que son équipe affrontait avaient commencé à fusionner, se tortillant les uns contre les autres et grandissant en un monstre digne d'un vrai cauchemar. Tsunade manqua une respiration, mais elle planta ses pieds au sol et referma les poings, regagnant sa posture de combat habituelle.
– Une idée ? s'interrogea Jiraiya sans lâcher la chose qui gonflait du regard.
Orochimaru émit un son moqueur, secoua sa manche et jaugea la créature d'une inclinaison de la tête.
– Ta mesure me surprend, Jiraiya. Ne préfères-tu pas habituellement charger la bête et la laisser te dévorer, plutôt ?
– Hé ! protesta Jiraiya, dardant un regard furibond sur l'Ermite des serpents. Rappelle-moi qui nous avait assuré que la pièce était vide ? Qu'il s'agissait de notre unique chance de jeter un coup d'œil aux archives ? Celui à cause duquel nous avons déboulé en plein milieu d'une réunion des hautes sphères ?
– Et rappelle-moi qui était prêt à violer une frontière pour sauter la tête la première dans un piège ? rétorqua amèrement Orochimaru, les yeux plissés. Pour ma part, j'avais au moins…
– Les garçons, les interrompit Tsunade et c'était franchement curieux de souffrir en même temps d'un mal de tête - de maux de tête, respectivement - et d'un tourbillon de nostalgie. Pouvons-nous nous concentrer sur le monstre de six mètres de haut qui nous attaque et remettre les chamailleries à plus tard, si vous voulez bien ?
Orochimaru leva le nez en l'air, comme s'il niait comprendre ce pourquoi elle le réprimandait et reporta sagement son attention sur la masse de clones.
– Du Raiton, il me semble, offrit-il en entamant les sceaux nécessaires.
Jiraiya émit un hoquet moqueur.
– Par ce temps ? Teme, tu ne penses jamais aux dommages collatéraux ! Avec toute cette eau par terre, ça nous avalerait la bonne moitié de nos forces.
– Une barrière pourrait nous être utile, rétorqua Tsunade après un soupir exaspéré. Vous pourrez reprendre vos je-t'aime-moi-non-plus lorsque nous en aurons terminé ici. Jiraiya, trace le cercle. Orochimaru, avec moi. Nous allons le distraire. Pas de Raiton avant que nous ayons levé cette barrière.
Sur un roulement d'yeux, Orochimaru bondit en brandissant Kusanagi. Tsunade leva les yeux au ciel à son tour en le talonnant de près. Un simple coup de poing envoya valser la créature et Orochimaru en profita pour le séparer d'un bras avant que les branches qui lui servaient de tentacules ne le forcent à se retirer. La chose prit le parti de faire repousser son membre perdu, mais ce faisant, sa taille s'en retrouva réduite, et Tsunade ne put que produire un rictus satisfait. Orochimaru atterrit habilement à ses côtés et ils s'élancèrent de concert, Tsunade portant le coup vers le bas, tandis que son coéquipier visait haut. Le géant trébucha de nouveau et manqua presque de tomber.
– Au sol ! s'exclama Orochimaru.
Il repoussa plusieurs branches à la fois et fit un bond de côté pour esquiver un énième clone émergeant sous ses pieds, mais il n'en fallut pas davantage à Tsunade pour comprendre. La pluie était torrentielle et incessante, et il y avait à présent suffisamment d'eau stagnant tout autour d'eux pour que cela compte. Elle joignit les mains, fit défiler plusieurs sceaux et le sol s'effondra sous les pieds de la créature dans un profond creux. L'eau s'y engouffra immédiatement, remontant vivement les parois et un simple mouvement des mains d'Orochimaru finit de faire s'écrouler le reste, jusqu'à ce que la créature soit noyée jusqu'aux genoux.
– Ensemble ! s'écria Jiraiya et Tsunade se replia, Orochimaru sur ses talons, jusqu'à ce qu'ils soient chacun placés au niveau d'un des trois sceaux dessinés par Jiraiya.
Elle frappa ses mains sur le sol, le chakra tourbillonnant autour d'elle dans une éruption qui traça son chemin de son sceau à celui de Jiraiya, puis vers Orochimaru pour, en définitive, revenir à elle. Dès que le lien fut établi, Orochimaru se redressa et entama des mûdra qui lui étaient familiers. Paume contre la barrière, un murmure et rugit le crépitement d'un coup de tonnerre bien trop puissant à son goût qui la laissa un instant aveuglée et complètement sourde.
Le parfum de plantes carbonisées embauma l'air ambiant tandis que ses cinq sens lui revenaient. Elle secoua la tête pour se débarrasser de l'écho qui résonnait toujours dans son oreille et se releva à son tour. Non loin, un nuage de fumée engouffra Jiraiya qui fut alors pris d'une violente quinte de toux. Il le dispersa d'une main, l'air ennuyé, mais tout sourire.
– Sage, Orochi, tu compenses pour quelque chose ou je me trompe ? Tu sais, tout le monde est différent. Il n'y a pas à avoir honte de… aïe !
– Crétin ! siffla Orochimaru, l'air d'être prêt à séparer la tête de Jiraiya de ses épaules après l'avoir giflé.
Mais Tsunade le connaissait depuis très longtemps, pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert, et ses menaces ne pouvaient pas dissimuler son embarras à ses yeux.
– Tais-toi, idiot, ou c'est moi qui vais te faire taire.
Jiraiya croisa les bras sur son torse et jeta un regard furibond sur l'autre homme.
– Je me fiche de la quantité de chakra dont tu t'es servi, celui-là ne compte toujours que pour un, souligna-t-il d'un ton presque maussade et Tsunade dut retenir ses yeux de monter au ciel, parce que vraiment ? N'y avait-il que ça qui l'inquiétait ?
– C'est un point pour tout le monde. Nous avons tous participé, à ce que je sache, intervint-elle en tendant les bras dans un geste qui leur était malheureusement trop familier pour les attraper chacun par l'oreille.
Jiraiya glapit, Orochimaru grimaça, mais ils y étaient bien trop habitués pour faire l'erreur de ne pas lui emboîter le pas lorsqu'elle se mit en marche. Les protestations fusèrent, tout de même.
– Ouille, aïe, aïe, hime, il n'y a pas de raison d'être en colère…
– Tsunade, ça suffit, nous en avions parlé…
– Oh, mais taisez-vous ! J'en ai plus qu'assez de vous deux ! vociféra-t-elle et d'un mouvement de poignets, elle les avait agrippés tous les deux par le col.
Elle planta ses pieds au sol et les envoya valser l'un après l'autre en direction d'un autre groupe de Zetsu. C'est presque comme au bowling, songea-t-elle avec malice en observant ses coéquipiers éjecter les clones et dans une roulade, se remettre sur pieds pour poursuivre leurs méfaits. Elle releva ses manches et s'apprêta à les suivre, lorsqu'elle sentit une paire d'yeux sur elle. Elle fit volte-face, les poings déjà engagés et se retrouva nez à nez avec un homme qu'elle n'avait plus vu depuis bien une cinquantaine d'années.
– Grand-père ? s'exclama-t-elle et sa voix se brisa à mi-chemin, car c'était une chose de le voir de loin, mais c'en était une autre d'être confronté directement à sa présence, de voir cette expression neutre sur un visage plein de sagesse et de bienveillance.
– Tsunade, répondit-il dans un sourire tendre et chaleureux, qu'il ponctua d'une main sur sa joue. Regarde-toi !
Jiraiya cria, Orochimaru émit un sifflement et Tsunade se mit en mouvement avant d'avoir pu y réfléchir, replongeant dans la mêlée pour rejoindre ses camarades. Ils laissèrent derrière eux une traînée de clones en défaite et lorsqu'elle prit enfin le temps de jeter un œil par-dessus son épaule, Hashirama ne l'avait toujours pas quitté des yeux. Son sourire s'était même élargi, étincelant et plein de fierté, et son cœur manqua un battement tandis que sa poitrine se réchauffait de satisfaction.
Elle avait toujours voulu être un Hokage qui rendrait son grand-père, grand-oncle et sensei fier de ses accomplissements et peut-être, peut-être, qu'enfin, elle y était parvenue.
– Tu es à la traîne, hime ! déclara Jiraiya, tout sourire, en formant un Rasengan. Encore un pari que tu veux perdre, Tsunade ?
– Dans tes rêves ! rétorqua-t-elle, esquivant une salve de Mokuton de piètre qualité pour venir écraser le crâne du clone de son poing.
– D'après mes calculs, vous perdez tous les deux, fit remarquer Orochimaru en délestant son épée de morceaux de plantes. J'aimerais vous rappeler que c'est moi qui aie ramené…
– Une petite minute, l'interrompit Jiraiya, outré.
Il marqua une pause, un clone affaissé en main, pour lever un regard noir sur Orochimaru.
– Tu n'as pas le droit d'ajouter les points des Hokage aux tiens. C'est de la triche, teme, et cette fois-ci, je ne laisserai pas couler, tu m'entends ?
Les yeux d'Orochimaru se plissèrent et il décapita trois clones sans effort, puis se tourna vers Jiraiya, prêt à en débattre.
– Et pourquoi ça ? demanda-t-il. C'est avec mon jutsu qu'ils sont revenus, nous pouvons les considérer comme ma création et donc mes…
– Juste parce que tu t'es servi d'un horrible jutsu zombifiant ne signifie pas que…
– C'est exactement ce que ça…
– N'importe quoi ! Si je faisais appel à une invocation, je suis presque sûr que tu ne compterais pas ces points-là.
– Une invocation n'est que la mise en pratique d'un savoir général. L'Edo Tensei est bien plus sophistiqué et…
– Les garçons !
Tsunade prit leurs deux crânes en main et les firent sonner comme une cloche, ignorant les cris de protestation que ce coup lui valut.
– Dois-je reprendre vos envolées ? Bougez-vous ! Nous avons une bataille à remporter !
– Mais hime…
– Tsunade…
– Plus vite que ça !
Même après trente ans de séparation, ils savaient bien ce que leur vaudrait de lui désobéir lorsqu'elle empruntait ce ton de voix. Ils s'élancèrent docilement, en direction d'un groupe de chûnin en difficulté. Tsunade, de son côté, risqua un dernier regard vers l'arrière et trouva son grand-père dans la masse. Il riait aux éclats, presque à en tomber par terre, si ce n'est pour la prise qu'il avait sur l'armure de Tobirama. Ce dernier roula les yeux avec patience, mais lorsqu'il croisa ses yeux, il lui offrit un hochement de tête.
C'était tout ce dont elle avait besoin et elle lui sourit en retour, puis d'un mouvement du talon, elle se mit en marche, en direction de ses deux coéquipiers, sans plus hésiter.
.
La déformation et le tourbillon du Kamui se firent plus lents, cette fois-ci, presque désinvolte dans leur réapparition, mais Naruto ne put que se tendre en les remarquant. Il était accroupi, Kagami d'un côté et son père de l'autre, Sarutobi, méfiant et silencieux surveillant leurs arrières, car il n'y avait rien à faire dans ce combat si ce n'est attendre. Soit Kakashi parvenait à plaider sa cause, soit il échouait ; dans un cas comme dans l'autre, ce n'était plus de leur ressort.
Naruto ne manquait pas d'assurance, savait qu'il arrivait souvent à faire comprendre son point de vue à autrui et à modérer leurs actions, mais avec Obito, qu'on avait mutilé et transformé et dont la Volonté du Feu était si profondément enfouie qu'elle en était presque inatteignable, la chose était différente. Le faire changer d'avis relèverait du véritable miracle et s'ils s'affrontaient, le combat serait si désespéré et généralisé qu'ils emporteraient Konoha avec eux. Il ne pouvait pas le risquer, ne voulait pas le risquer, car bien que Konoha ne soit plus à lui, c'était toujours là où vivait Sasuke, et le village appartenait toujours à tant de personnes qui lui étaient encore chères à ce jour. Et Naruto n'était pas des plus patients, avait toujours détesté se tourner les pouces et laisser le gros du travail aux autres, mais…
Il manqua une respiration et se redressa immédiatement lorsque Obito réapparut, un corps inanimé et élancé entre les bras. Kakashi était complètement immobile, et Naruto marqua un pas vers l'avant, son chakra grossissant à vue d'œil, avant qu'il ne note le faible soulèvement du torse du ninja copieur. Il expira un soupir de soulagement qui l'engloutit tout entier.
– Kakashi, souffla Minato derrière lui en faisant la même constatation.
Obito dévisagea son ancien coéquipier pendant un long moment, le visage marqué de la même expression lasse et morose qu'il avait exhibée tout au long du combat, et mit un genou à terre pour déposer Kakashi au sol. Il n'y avait rien de brusque dans ses gestes - au contraire, il apparaissait particulièrement précautionneux, positionnant les membres pour un maximum de confort, avant de se relever et de s'en éloigner.
– Obito, tenta Kagami d'un ton sec et accusateur ; une note de désespoir leur faisait écho.
Obito jeta un dernier regard à Kakashi, puis se tourna vers eux, le menton levé. Naruto reconnut le mouvement. Il appartenait à Kagami et il l'avait vu faire en tant qu'Arashi à suffisamment de reprises pour savoir qu'il ne faisait son apparition qu'aux moments où Kagami se sentait d'humeur particulièrement difficile ; lorsqu'il avait enfoncé ses griffes dans un problème et qu'il refusait de lâcher prise pour tout l'or du monde. C'était probablement trop demandé que son fils y ait échappé.
– Je ne pouvais pas le laisser se mettre en travers de ma route, déclara Obito et Naruto leva sur lui des yeux écarquillés, car pour la toute première fois, il y avait une once d'hésitation dans sa voix.
Pour la première fois, il y avait autre chose dans ses yeux que de la surprise, des ténèbres et une vaine détermination.
Naruto savait combien Kakashi était talentueux, connaissait bien l'éventail de ses capacités. Mais même en sachant cela, Obito n'en était pas moins puissant, entraîné par Madara lui-même, n'en avait pas moins le Mangekyo Sharingan ou le Mokuton d'Hashirama et des années de pratiques afin d'affiner son contrôle à la perfection. Pour quelqu'un de son envergure, Kakashi était une menace, mais pas une très grande.
Aussi, ça ne pouvait être pour sa force qu'Obito redoutait Kakashi. Pas par ses actions, mais par ses mots.
Car au fond de lui, enfoui derrière la haine, la rage et le chagrin, Obito était toujours un ninja Konoha, avec toutes les retombées que cela impliquait. Car en dépit de la destruction de Konoha et de tous ses habitants que désirait Madara, Obito, lui, voulait sauver le monde, mettre un terme aux souffrances. Sa manière d'y parvenir était peut-être tordue et désespérée, mais il était loin d'être le modèle du mal incarné.
Il avait tué, manipulé et joué avec plus d'une vie, était responsable de tant d'horreurs et de pertes, mais Naruto voyait au-delà de tout ça, voyait ce qu'il avait enfoui tout au fond.
Obito pouvait encore être sauvé, qu'importe ses méfaits passés.
On entendit un léger frottement, un mouvement et un bruit, et Obito tourna la tête vers Kakashi. Ce fut bref et ses émotions étaient toujours masquées, mais c'était suffisant. Lorsqu'il reporta son attention sur eux, son expression était… étrange. Elle exprimait quelque chose que Naruto ne pouvait pas déchiffrer, qu'importe que son instinct lui hurle combien c'était essentiel à la situation.
Tiraillé, réalisa Naruto, surpris. Obito était tiraillé alors même qu'il n'avait pas une seule seconde douté de son but ultime par le passé, et ça ne pouvait être que du fait de Kakashi. Il avança d'un pas, leva la main, et le Sharingan se vissa aussitôt sur sa personne. Cette fois-ci, Naruto pouvait voir clair comme le jour dans ses yeux le conflit qui le déchirait de l'intérieur, mais Obito ne s'attarda pas bien longtemps sur lui et reposa son regard sur Kagami.
– Tu es un Uchiha, dit-il après quelques instants, les mains se serrant.
Son sang-froid lui échappait rapidement à présent, oblitéré en petits morceaux pour révéler l'homme émotionnellement meurtri et haineux qui se trouvait derrière.
– Tu as connu l'amour et ce monde l'a arraché à tes bras.
T'as arraché à moi, évita-t-il de préciser, mais Naruto était assez familier avec le sentiment de solitude pour en entendre l'écho derrière ses paroles.
– Comment peux-tu l'accepter ? Ne souhaites-tu pas y remédier ? Ne veux-tu pas faire en sorte que cela ne se reproduise jamais plus pour personne ?
Kagami exhala et avança vers lui, posant une main sur l'épaule de Naruto en le dépassant dans un signal silencieux pour qu'il le laisse se charger de cette partie-là. Le blond grimaça, mais recula à nouveau pour se tenir aux côtés de son père. Son ami poursuivit sa progression jusqu'à se tenir en face d'Obito, l'air ferme et assuré, immuable.
– Non, ce n'est pas mon souhait, répondit-il avec certitude. Ça ne l'est pas. Ce n'est pas ainsi que le monde fonctionne. Ce n'est pas comme ça qu'il le devrait. Tous ici ont perdu quelqu'un, à un moment ou un autre, et pourtant…
Il laissa le silence planer sur un fin sourire et finit par secouer la tête.
– C'est Orochimaru qui nous a ramenés sur ce plan d'existence. Je n'ai aucun souvenir de l'au-delà, mais j'y… j'y étais, de ça, je suis certain. Je me rappelle seulement que c'était magnifique, paisible, et je sais que lorsque j'y retournerai, Azami sera là, à attendre de me montrer le chemin. Et lorsque ton heure viendra, Rin sera présente, elle aussi, pour te guider sur la voie. Nous les perdons, c'est vrai, mais ce n'est pas éternel. Simplement une… séparation temporaire. Et bien sûr que c'est douloureux, je le sais mieux que personne, mais le bonheur nous attend tout de même à la fin du chemin. Ce monde est loin d'être le seul, Obito. Ce n'est pas non plus le premier de la sorte. Je sais qu'il est difficile pour toi de l'intégrer en un tel moment, mais je t'en prie, regarde un peu autour de toi. Ne souhaites-tu pas voir la fille que tu aimes t'accueillir avec un sourire lorsqu'il sera temps pour toi de la revoir ?
Dans un grondement de rage et détresse qui lui fut presque arraché de la gorge, Obito fit volte-face, s'élança et frappa du poing l'arbre le plus proche. Naruto grimaça au craquement d'os qui se brisent sur du bois en morceaux, mais Obito ne lui portait aucune attention. Montrant les dents, le visage troublé par l'émotion, ses épaules se soulevaient tandis qu'il essayait de reprendre le contrôle sur lui-même.
– …ne l'arrêterez pas, murmura-t-il et Naruto manqua le début de sa phrase.
C'était vital qu'il sache. Essentiel. C'était…
Obito releva la tête vers eux, mais ses yeux étaient vides, dénués d'émotions.
– Vous ne m'arrêterez pas, répéta-t-il, mais cette fois, sous forme de supplication, cascadant de sa bouche dans une emmêlée tandis qu'il titubait pour se redresser. Vous ne m'arrêterez pas. Je ne m'arrêterai pas, vous ne…
Le fredonnement d'ailes, le bruissement des feuilles et un corbeau vint se poser sur une branche au-dessus de leurs têtes. Une fois bien accroché, il pencha la tête en les dévisageant de son œil rouge.
On entendit des bruits de pas, et lorsque Naruto se retourna, prêt à accueillir l'ennemi, son cœur fit un bond en voyant Sasuke émerger du bosquet, son Sharingan les observant tour à tour, méfiant. Il s'arrêta sur Minato et marqua une autre pause sur Obito et Kagami, mais ce fut sur Naruto que son regard termina sa course, et d'un bond rapide, il le rejoignit, une main portée à son chokutô.
– Tout va bien ? demanda-t-il, fixant Obito d'un œil sombre avant de le reporter sur Naruto pour déterminer la mesure de ses blessures.
– Ça va, lui assura Naruto en souriant. Tu t'inquiètes trop, teme. Tu vas te donner des rides. Zetsu ?
– Mort, répondit une nouvelle voix dans un chuchotement et ce ne fut pas aussi choquant que ç'aurait dû l'être d'apercevoir Itachi sortir des ténèbres derrière Sasuke ; pas après les événements de la journée.
L'ex-héritier s'inclina poliment devant les deux Hokage, puis se tourna vers l'Uchiha qui ne lui était pas familier. Il marqua une pause, seul indice de sa surprise, puis jeta un regard entre Obito et Kagami sans se départir de son expression parfaitement neutre.
– Je vois. Je m'étais trompé en pensant Madara à l'origine de cette affaire. Autant pour moi.
– Pas complètement, rétorqua joyeusement Naruto en dansant d'un pied à l'autre, un sourcil levé vers Sasuke.
Sasuke le lui rendit, l'air peu ému d'avoir son frère de nouveau à ses côtés, et Naruto comprit qu'il y avait encore du chemin à faire avant qu'ils ne règlent complètement leurs différends.
– Cela fait une vingtaine d'années qu'il prétend être Madara. Il y a de quoi être confus, il faut bien l'avouer.
– Tu cèdes aussi facilement, Itachi ? fit remarquer Obito, mais il ne portait aucune attention à l'autre Uchiha.
Une main passant sur son visage, il secouait la tête comme pour se remettre les idées en place et sa voix était plus vide qu'amère dans son intonation.
– Où est donc cette volonté que j'admirais ?
Le corbeau s'agita et poussa un croassement lugubre.
Le visage d'Itachi se fendit d'un fin sourire.
– Elle n'a jamais quitté ce village, répondit-il. Ma loyauté envers Konoha n'a pas changé.
– C'est bien dommage, murmura Obito et lorsque le Kamui l'enveloppa, il disparut entièrement.
Aussitôt, Naruto se tendit et se retourna. Sasuke l'imita sans une once d'hésitation, portant son dos contre celui de Naruto et dégainant son chokutô. Naruto fit tournoyait Sâji, méfiant des moindres fluctuations de chakra aux alentours et demanda :
– Kagami ? Tu as quelque chose ?
Kagami secoua la tête et se positionna pour sécuriser le flanc de Sarutobi tandis que Minato restait à proximité du corps immobile de Kakashi, un kunai en main.
– Non. Nos kamui doivent être reliés à des dimensions différentes. Je n'en sais pas plus que v…
Les gouttes de pluie virèrent sur une courbe peu naturelle lorsque le tourbillon réapparut. Naruto plongea vers la gauche et son naginata intercepta une volée de kunai tournant à une vitesse impressionnante avant qu'ils ne puissent atteindre Itachi. Une demi-seconde plus tard, Sasuke atterit à ses côtés et le tira hors du chemin des flammes qui s'embrasèrent à l'endroit où il s'était tenu. Naruto le laissa l'emmener, et profita de l'élan, mais le gunbai d'Obito s'interposa devant la lame de Sâji avant qu'il ne puisse attaquer sa cible. Un éclair de lumière jaune, un mouvement trop rapide pour être correctement perçu et Minato rentra de plein fouet dans l'ennemi puis parvint tout juste à échapper aux branches qui explosèrent du sol.
Un autre Kamui, mais cette fois-ci, la spirale tourna en sens inverse et le Mokuton tranchant disparut dans une autre dimension. Kagami passa à l'attaque, mais fut immédiatement mis en échec par un autre coup de gunbai qui l'envoya s'écraser dans un cri contre un mur effondré. Sur un grondement féroce, Naruto s'élança, des lames de vent quittèrent le bout de ses doigts avec une force meurtrière et Obito se contenta de laisser le jutsu le traverser, poursuivit son chemin, passa à travers Naruto, et ce dernier fit volte-face, bien conscient qu'il avait trop tardé, qu'il n'allait pas arrivé à temps, et…
Le Raikiri bourdonna alors que Sasuke rencontrait son cousin dans une grimace de déplaisir, ciblant pile le centre de son torse dans ce qui aurait dû être un coup mortel. Mais Obito éclata d'un grand rire qui sonnait faux, creux, et disparut tel un esprit sans préoccupation pour le trou béant qu'aurait dû être porté là où son cœur battait. Sarutobi manqua presque d'être brûlé au visage, mais esquiva et fit un tour sur lui-même pour renvoyer l'attaque à l'envoyeur, et Minato et Naruto exploitèrent l'ouverture pour plonger sur lui et le coincer chacun d'un côté. Naruto attaqua depuis les airs, naginata en tête, le vent et l'eau tourbillonnant le long de la lame, et Minato visa plus bas, son kunai prêt à infliger un coup au ventre de leur adversaire. Obito fit un geste de la main et son Mokuton jaillit du sol tel des lances pour dévier l'attaque de Minato, puis il tendit le bras pour esquiver le coup de Naruto, attraper Sâji par le manche et tenter de la lui arracher des mains.
Toutefois, Naruto connaissait ce tour, savait comment le contrer, car Haku aimait à s'y essayait, lui aussi. Aussi, renforça-t-il sa prise et dirigea-t-il son chakra vers ses pieds, écrasa le sol de la plante de ceux-ci et s'envola dans une roulade au-dessus d'Obito, ce qui lui permit de le déstabiliser lorsqu'il refusa de relâcher sa prise sur son naginata. Et les quelques millièmes de seconde qu'Obito prit pour retrouver son équilibre suffirent à Sasuke pour l'enrouler dans un fil de fer électrisé par son Raiton. Obito poussa un cri, tituba et manqua presque de tomber tandis que l'odeur de chair brûlée s'élevait dans l'air. Naruto sentit la bile lui monter à la gorge au souvenir d'Uzushio, au souvenir de sa cité qui avait pris feu car plus personne n'était présent pour étouffer les flammes. Il repoussa l'image et s'apprêta à reprendre son assaut, à calquer son coup sur celui qui l'avait débarrassé de Danzo, quand…
– Stop, énonça Itachi d'une voix maussade qui résonna sur le champ de bataille, immobilisant tous les combattants dans leurs actions.
Naruto marqua une pause, interloqué et croisa le regard tout aussi confus de Sasuke par-dessus l'épaule d'Obito.
Mais même après un long moment, Obito ne bougea pas d'un pouce. Naruto recula, méfiant, anticipant le moindre piège, mais il n'y en eut aucun. Obito était paralysé, le visage étrangement neutre, les yeux clos et la posture oscillante. C'était comme s'il incarnait une marionnette et que quelqu'un venait tout juste de couper ses fils.
Le corbeau croassa brièvement et se laissa tomber pour venir se percher sur le bras tendu d'Itachi. Son œil rouge reprenait doucement une teinte ébène. Itachi caressa son plumage et leva les yeux sur cinq regards ébahis présentement fixés sur sa personne.
– Un cadeau, dit-il simplement avant de lever le bras pour laisser l'oiseau s'envoler. Il me semble que Shisui aurait été fier d'apprendre que son sacrifice ait pu mettre fin aux hostilités.
Sarutobi émit un son entre un soupir et un léger rire, quittant sa position de taijutsu tendue pour retirer son heaume et se passer une main sur les tempes.
– C'est aussi ce que je pense, confirma-t-il d'un ton las avant de hocher la tête. Nous en avons terminé. Une fois complété, le Kotoamatsukami ne peut être changé ou rompu. Obito n'est plus notre ennemi.
– Il a accepté votre vérité, affermit Itachi. Sa loyauté est de nouveau à Konoha.
Kagami exhala sur une mine contrariée en se dégageant du trou qu'il avait fait dans le mur.
– Parfait, dit-il d'un ton sec, approchant Sasuke qui était en train de retirer le fil de fer.
Il rattrapa Obito lorsque celui-ci commença à tomber.
– Et maintenant, qui compte m'aider à le bercer ?
Le relâchement de la tension ambiante était telle une vague de soulagement qui le traversa jusqu'au bout des orteils, et Naruto planta le bout métallique de Sâji dans le sol pour pouvoir s'y appuyer, complètement épuisé.
– C'est ta responsabilité, rétorqua-t-il. Je ne suis pas son père, moi.
– Techniquement, tu es son parrain, fit remarquer Kagami.
Naruto émit un reniflement amusé.
– Techniquement, rien du tout. Uzumaki Arashi est décédé il y a de ça plusieurs décennies. Mon nom est Uzumaki Naruto et aucun lien ne me relie à ton fils.
Kagami cligna des yeux. Les sourcils lui montèrent jusqu'en haut du front, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils tentent de fusionner avec son cuir chevelu, puis…
– Naruto, répéta-t-il sur un ton plein de jubilation et un grand sourire malicieux dégoulinant d'allégresse. Naruto. Le pauvre fou qui t'a enfanté…
– Hé ! protesta Minato.
– … t'a nommé Naruto, poursuivit Kagami, comme s'il n'avait rien entendu.
Il laissa échapper un rire joyeux, comme s'il venait de gagner quelque chose, et leva un doigt accusateur sur son ami d'antan.
– J'avais raison.
Naruto, qui savait très bien de quoi il retournait, emprunta à Kurama sa voix pour émettre un grondement terrifiant en direction du Uchiha.
– Kagami, si tu oses…
Kagami se contenta de ricaner de manière effrénée.
– Tu t'es réincarné en pâté de poisson ! Sage, je t'avais prévenu ! Je t'avais prévenu, mais je ne savais pas que… ouille !
– Si je me souviens bien, tu avais aussi promis de mourir de rire s'il le fallait, tonna Naruto, levant Sâji d'un air menaçant. Eh bien ? J'attends. Meurs.
Sarutobi se couvrit les yeux, exaspéré et marmonna :
– J'avais presque oublié. Vous êtes encore pire qu'Orochimaru et Jiraiya, comment ai-je pu l'oublier ?
– Naruto est un nom tout à fait respectable, s'indigna Minato. Ça vient d'un livre ! Un livre très important et tout à fait sérieux !
Sasuke leva les yeux au ciel et posa une main sur l'épaule de Naruto. Celui-ci se tourna vers lui, les joues encore légèrement rougies. En croisant son regard, il sourit pour s'excuser, sa bouche se courbant largement lorsqu'il perçut l'amusement dans ses yeux sombres.
– Nous avons gagné, dit-il, juste pour Sasuke. Nous avons gagné.
– Oui. Ensemble, nous avons remporté cette bataille.
Naruto éclata de rire et lorsque Sasuke le tira vers lui, il se laissa porter, laissa Sâji tomber au sol alors que des bras s'enroulaient autour de sa taille. Il leva sa main pour la fourrer entre les mèches de Sasuke et l'attirer tout contre lui, et Sasuke l'embrassa comme s'il était l'air qu'il respirait, comme si seule personne constituait la chose la plus essentielle à son existence. Comme si tout espace les séparant était un crime contre l'humanité. Naruto lui retourna son baiser avec tout autant de ferveur tandis que l'essence du chakra éparpillé au loin s'éteignait peu à peu, les combats s'achevant l'un après l'autre, et que le niveau typique de tranquillité propre au monde ninja reprenait ses droits ; une victoire.
Un franc succès, comme du miel sur la langue, les lèvres de Sasuke imbriquées contre les siennes et ses mains puissantes enroulées sur ses hanches. Comme ses mains contre sa peau, même au travers du tissu, et la sensation de ses mèches coulant entre ses doigts. Sasuke lui mordit la lèvre et il contra d'une traction sur ses cheveux, et cela les fit tous deux sourire tandis qu'ils continuaient de s'envelopper l'un dans l'autre. Jamais Naruto n'avait prêté d'attention aux stupidités romantiques dont s'entichait Karin - il avait toujours moqué ses cœurs qui battent à l'unisson, et pourtant…
Et pourtant, songea-t-il en jubilant devant son triomphe, devant une chose si parfaitement simple et naturelle - c'était probablement ce qu'il y avait de plus réel au monde. Et ça leur appartenait, à eux, tout entier.
