Comme quoi, il y a des miracles.
Non, je n'ai pas abandonné cette fic - jamais, voyons, jamais~
J'ai juste eu, disons... un été chargé, beaucoup de dessins à faire, beaucoup de projets pas encore aboutis... enfin j'ai surtout mis beaucoup de temps à reprendre le rythme. Mais je suis quasiment convaincu que j'irai jusqu'au bout, alors soyez sans craintes à ce niveau-là.
Et voici, comme cadeau de Noël pour chacun d'entre vous, un très, très gros chapitre !
Avec un peu de retard pour certaines, réponses aux reviews :
Laura-067 : Alors, je reprends : concernant Imayoshi, il joue un peu les anges gardiens avec Aomine (ne me demande pas pourquoi...). Donc oui, il voulait qu'Aomine prenne conscience par lui-même qu'il s'était coupé des autres, et qu'il était en train de glisser sur la mauvaise pente (il a un bon fond, M. Lunettes). Et gros développement concernant Aomine dans ce chapitre ! Pour Midorin, il pose beaucoup de lapins à Takao ces temps-ci... mais oui, cette fois-là c'était bien pour Nigô~ Et pareil pour Kuroko et Akashi, petit développement à venir dans ce chapitre~
chizumi-san : ... Je ne sais pas si tu es encore là pour lire cette réponse... mais sache que je suis désolé de t'avoir fait attendre aussi longtemps ! Tes reviews sont toujours aussi adorables ! ( o v o) ... C'est terrible, plus je lis ta review, plus je m'en veux ! Désolééééééééé ( TT ' TT) Donc, commençons par Aomine : non, je ne vais pas le livrer aux griffes d'Imayoshi, j'ai quand même un peu de pitié pour lui. Et je comprends parfaitement, moi aussi Imayoshi me faisait carrément flipper au début de la série ! ( O - O) Je me suis habitué, de puis... à peu près. Je ferai revenir Izuki exprès pour sortir des jeux de mots pourris, j'adore ça xD Et je crois que j'ai un don pour te faire détester les rares personnages féminins, surtout... mais ça ne m'étonne pas de moi, dans un sens... En tout cas j'aimerais vraiment bien voir Makoto - le mec - plus souvent, moi aussi ! Ensuite, Takao : alors... si c'est ton grand frère, évite de prendre des bains avec lui, protégeons les bonnes moeurs~ Personnellement, je le préférerais juste comme pote, mon idéal masculin est moins... enfin plus... plus Akashi ( = v =) Et je croise les doigts pour Midorima, je crois que tu vas vraiment, vraiment pas l'aimer sur ce coup-là... ( u v u) Par contre, Kuroko ne laisse pas tomber Kise ! On va bientôt réentendre parler de lui... bientôt. Et oui, Yato c'était bien de Noragami ! Merveilleux, nous avons les mêmes références~ Kuroko qui passe inaperçu pendant le mariage... ça me fait trop rire d'imaginer ça xD (Je ne sais pas si je vais pouvoir le caser, mais...)
Ah, et pour terminer : j'ai un site où je poste les trucs que je dessine (il y a pas mal de Kuroko ;3) C'est sur tumblr, et mon nom c'est nijiro-no. Sinon j'ai aussi une page Facebook qui s'appelle Nijiro~
Petit résumé de l'histoire de Kuroko et Akashi, pour conclure : ils se sont connus au collège, quand Akashi est venu lui proposer d'intégrer la première section, ça, ça change pas. Ensuite, ils se sont rapprochés progressivement, et juste avant l'Inter Collèges de 2ème année, Akashi a embrassé Kuroko dans les vestiaires, ce qui a permis à notre petit joueur fantôme de prendre conscience qu'il était amoureux de lui. Après la compétition, Akashi lui a fait comprendre que ce n'était pas une relation normale pour deux collégiens et qu'ils feraient mieux de ne pas pousser plus loin. Juste après, il est passé dans son mode dark Bokushi, comme on le sait, et ce jusqu'à la Winter Cup de leur première année de lycée. Là, le premier Akashi a refait surface après sa défaite, Kuroko est allé le retrouver (encore dans les vestiaires), et ils ont commencé à sortir ensemble. Ca a duré gentiment jusqu'à leur dernière Winter Cup deux ans plus tard, où Akashi (pour une raison inconnue mais que Kuroko pense être liée à son père) est subitement devenu plus distant, lui a annoncé qu'il devait se marier, jusqu'à le rejeter brutalement la veille de la finale en lui disant que tout était de sa faute et qu'il ne voulait plus jamais le voir. Le lendemain, Kuroko a son accident, et on en est là...
Encore mille fois merci, j'espère que tu liras cette fic chaotique jusqu'au bout ! ( o v o)
tassm32 : Tes désirs seront exaucés dans ce chapitre, Aomine se bouge enfin le derrière~
Gabyweiss : Merci beaucoup ! J'écris pas si bien que ça, mais ravi que l'histoire te plaise autant~ Concernant Akashi : c'est vrai, on a vu des personnages plus simples et moins psychologiquement prise de tête... mais il se trouve que j'adore ça~ Du coup, c'est vrai que ça peut compliquer l'intrigue, parce qu'il faut penser à beaucoup de choses, mais d'un autre côté ça la rend encore plus intéressante à imaginer~ Je vois tout à fait ce que tu veux dire sur certaines fics AkaKuro un peu mélo... honnêtement, je n'en lis jamais justement parce que j'ai peur de tomber sur une petite mauviette victimisée par la vie et un espèce de Mr Perfect qui irradie son entourage de sourires Colgate et j'en passe. Je les aime vraiment énormément tous les deux alors... ça me rend un peu triste de les voir trop exagérément caricaturés. Mais d'un autre côté, je me rends d'autant plus compte que je me suis lancé dans une histoire difficile xD En tout cas, ne t'excuse pas d'écrire un roman, moi aimer beaucoup ça ( = v =) Et Aomine est décidément très attendu, il était temps ! Je prends ta suggestion pour les titres de chapitres, je les mettrai au début du chapitre à partir de maintenant~
Road22 : Bonjour, bienvenue et merci ! Et non, je proteste : je Fais des fautes ! Beaucoup de fautes... je les corrige à peu près constamment, à chaque fois que je relis et que j'en repère une nouvelle... mais elles sont bien là ( = v =) Bon, beaucoup d'entre vous ne sont pas très sensibles aux chevaux, manifestement xD (Mais je comprends qu'en ayant Kuroko à côté, on puisse un peu lui en vouloir...) Les scènes de Teikô sont celles que je préfère pour le moment, j'espère que j'aurai l'occasion d'en faire d'autres un peu dans ce genre bientôt ! Et non, on ne plante pas Akashi à coups de ciseaux. Interdit. ( = ^=)
Tigroou : Welcome parmi les fous dingues ( 0 p 0) En fait, je dois dire que ta review a un peu été le coup de pied aux fesses qu'il me fallait pour boucler ce chapitre xD Donc merci ! (Accessoirement, ici aussi, il est actuellement 2h du mat'... achetons-nous une vie xD) Et il se trouve que oui, j'aime les cliffhangers. Pas de fin de chapitre sans suspens, c'est comme ça ( = v =) ... Pauvre Akashi... Je crois que tous mes lecteurs le haïssent à cause de moi. Comment ai-je réussi ce carnage ? En tout cas, je peux t'assurer que j'adore Midorin aussi, alors je ne le laisserai pas tomber~ Bon, et Hanamiya... dommage, moi je l'aime bien. xD Mais on ne le voit pas des masses ces temps-ci... Bref, voilà le chapitre !
Merci beaucoup de votre patience à tous, bonnes fêtes et bon chapitre !
25. Prémices d'un sursaut
Les coudes appuyés sur les genoux, la tête de Kuroko plongea tout d'un coup, un peu comme si quelqu'un venait de couper le fil qui la maintenait droite. Sa ligne d'horizon ne dépassait pas la pointe de ses chaussures, et, pour tout fond sonore à sa contemplation du carrelage, le monologue de Riko qui disséquait leur première mi-temps lui faisait l'impression de n'être qu'un lointain bourdonnement.
Une grande tape dans le dos manqua de le faire décoller de son siège.
- Tu t'endors pas hein ?
Tournant lentement la tête vers Kise, il conserva une expression parfaitement impassible.
- Maintenant, ça ne risque pas…
Takao pouffa de rire, hélas un peu trop fort au goût de la coach.
- Dis donc, toi, ça te fait rire, ce que je dis ?!
- Hein ? Euh, non, c'est eux qui…
- On a encore deux minutes avant la reprise du match, ça te laisse le temps de faire trois tours de terrain en petites foulées.
- Quoi ?! Mais j'y suis pour rien, moi !
Hyûga poussa un long soupir, en marmonnant quelque chose comme « Aucun respect, ces jeunes », et Kiyoshi, qui les observait adossé contre le mur à la manière d'un professeur référent qui surveille ses élèves de sixième, esquissa un sourire amusé.
- C'est dans cet esprit-là qu'il faut y aller, les gars. Vous verrez, les deux derniers quart-temps seront une vraie partie de plaisir pour vous.
Ce disant, il jeta un coup d'œil à sa gauche.
- Hein, Hanamiya ?
Et de recevoir un regard noir en retour.
- Va te casser l'autre jambe.
- Kiyoshi, parle plutôt aux casiers. Ils seront plus réceptifs.
Hanamiya changea de cible et se mit à dévisager Hyûga avec animosité. Mais il se donnait rarement la peine de répliquer ces temps-ci, et cette fois non plus, il ne balança pas d'huile sur le feu. Comme l'avait fait remarquer Kiyoshi un jour que l'intéressé n'était pas dans les parages, on aurait juste dit un gros chat grognon qui se hérisse quand on l'enquiquine.
Passablement irritée par le manque patent d'attention de son auditoire, Riko frappa dans les mains – ce qui, ajoutant à son agacement, et dans un registre beaucoup moins flatteur que Kiyoshi, lui donna à elle aussi le sentiment de s'adresser à un groupe d'enfants, mais plutôt à la façon d'une vieille institutrice réclamant le silence à une classe dissipée.
- Allez, on y est presque, c'est le moment de donner tout ce que vous avez. C'est notre premier match dans une compétition au niveau national, rappelez-vous. Si on s'est donné tant de mal pour arriver jusque-là, c'est pas seulement pour porter des jolis maillots. On y retourne !
Tous les garçons se mirent au garde à vous (Hanamiya avec un temps de retard), et marchèrent en rang d'oignon derrière la petite et pourtant imposante silhouette de leur coach. Derrière Himuro, Kuroko inspira longuement et retint sa respiration quelques secondes, avant de souffler le plus lentement possible. Le troisième quart-temps se ferait pour lui sur le banc. Mais une fois la dernière partie de la rencontre annoncée, ce serait son tour de briller.
Il fronça les sourcils. Tout n'était pas encore rentré dans l'ordre depuis qu'il avait repris l'entraînement. Il n'était encore parvenu à marquer aucun panier… ce qui, dans le cas de tout autre joueur, aurait sans doute été rédhibitoire, mais qui, pour un Kuroko qui avait passé toute sa vie jusqu'au lycée à jouer sans savoir tirer, n'était guère qu'un détail.
Toujours est-il qu'il était frustré. Il y avait un je-ne-sais-quoi qui l'empêchait de retrouver cette aisance qu'il avait lorsqu'il jouait à Seirin.
… Oh oui, trèèès frustré.
Tandis que le cinq de départ constitué de Kise, Takao, Himuro, Hyûga et Hanamiya se mettaient en place sur le sol bétonné, Kuroko s'assit avec raideur sur le banc, et resta immobile, seul ses yeux suivant avec avidité le petit point orange qui bondissait d'un côté et de l'autre du terrain. Ce match, il l'avait tellement attendu, tellement anticipé. Enfin, le jour J était arrivé… et il regardait les deux équipes s'affronter depuis le bord de la scène. Frustration maximale.
- Kuroko ? Y a quelque chose qui va pas ?
Il était si absorbé dans son observation qu'il lui fallut bien cinq secondes pour traiter l'information. Suite à quoi, décollant ses yeux du terrain et les tournant vers Koganei, il réalisa qu'il était fermement agrippé au banc depuis la reprise du match, et que son dos parcouru de soubresauts donnait l'étrange impression qu'il s'était mis en mode vibreur.
… Vue de l'extérieur, son attitude générale était sans doute un peu perturbante.
- Ah, euh… Non, tout va bien. C'est juste que j'attends ça depuis tellement longtemps…
Il leva une main devant lui, et eut du mal à la maintenir fixe tant les frissons étaient forts.
- … J'ai tellement envie de jouer que mon corps bouge tout seul.
Koganei arbora un large sourire, et lui donna une petite tape dans le bras.
- Ca m'étonne pas de toi ! On s'en rend pas compte, comme ça, mais on est tous accros, en fait. On passe quelques mois sans participer à la moindre compétition, et résultat, on devient des vraies piles électriques !
Le sifflet retentit, et tous les deux tournèrent la tête. A sa grande surprise, Kuroko vit Takao revenir vers eux au petit trot.
- Changement de programme, mon pote. A toi de jouer~
Déboussolé, Kuroko pointa son doigt vers sa poitrine, comme pour s'assurer que c'était bien de lui qu'on parlait. Mais Riko ne lui laissa pas le temps de se poser de questions.
- Kuroko, on fait comme on a dit, mais un peu plus tôt que prévu. Mets-en leur plein la vue !
- … Ok !
Un peu pris au dépourvu, il bondit brusquement sur ses pieds, tapa dans la main du jeune homme et avança avec raideur, un pas après l'autre, jusqu'à la limite du terrain.
… Avec une curieuse impression de déjà-vu.
Arrivé au niveau des quatre autres joueurs, il fixa Hyûga du regard tandis qu'il lui livrait de certainement précieuses informations sur la tactique à adopter face à leur adversaire, sans comprendre un traitre mot de ce qu'il lui disait. Il l'entendit juste demander "C'est clair ?" avec force, et il émit un "Oui" pour toute réponse, d'une voix qui sonnait bizarrement faux, comme s'il avait une bulle d'air coincée dans la gorge.
Alors que chacun prenait position, Kise se glissa à côté de lui et l'observa attentivement.
- … En fait, j'ai l'impression…
Kuroko balaya le terrain du regard, et sentit très nettement le long frisson qui lui remonta dans le dos – sans vraiment pouvoir déterminer qui de l'excitation et du trac en était la cause.
- … de revivre mon premier match à Teikô.
Les yeux de Kise s'arrondirent. Puis son visage s'illumina dans un sourire chaleureux.
- Tu t'en fais toujours trop, Kurokocchi ! Y a aucune raison de s'inquiéter comme ça, on va gagner, c'est sûr !
Kuroko acquiesça lentement, un peu sceptique de l'entendre parler d'un ton aussi léger. A l'époque, il avait quand même eu une ou deux bonnes raisons de stresser comme un fou – s'il n'avait pas fait ses preuves, il aurait quitté la 1ère section aussi sec, et pu dire adieux à tout espoir de jouer au basket. Et maintenant… Certes, la situation n'était pas tout à fait aussi critique. Les autres avaient confiance en lui et il avait déjà l'expérience de précédents matchs ô combien plus ardus. Mais c'était aussi une première fois, dans un sens. La première depuis qu'il s'était rétabli et que leur nouvelle équipe s'était soudée. Au fond de lui, il était fermement convaincu qu'il n'avait pas le droit à l'erreur.
L'enthousiasme de Kise eut néanmoins le mérite de lui arracher un sourire, et – peut-être sa bonne humeur était-elle contagieuse, qui sait –, il se sentit le cœur un peu plus léger.
- En tout cas, évite de te gameller d'entrée de jeu cette fois, hein ?
Le sourire de Kuroko s'effaça aussi sec. Evidemment, personne n'oublierait jamais sa fabuleuse entrée en scène de ce jour-là…
Le match reprit à un rythme effréné dès le ballon remis en jeu. Mais il en fallait plus pour décontenancer le nouvel arrivé, qui était plus qu'habitué depuis le temps à être jeté dans la fosse aux lions au moment le plus critique. Il suivait la cadence comme les autres, et au bout de dix secondes, ses passes avaient déjà permis à Himuro de marquer deux points.
"L'écart se creuse entre les deux équipes ! S'ils continuent sur leur lancée, nous aurons déjà un vainqueur assuré à la fin du quart-temps !"
- Eh ! Ici !
Quasi instinctivement, Kuroko dévia la trajectoire du ballon et le plaça directement dans les mains de Hanamiya, suffisamment démarqué pour aller tranquillement livrer le colis à bon port sans même se soucier de la défense. Au coup de sifflet, Kuroko essuya rapidement la sueur qui lui coulait sur le front, reprenant son souffle comme il pouvait. Leur jeu était tellement plus fluide et plus aisé maintenant que l'équipe avait appris à fonctionner ensemble. Tout le monde remplissait efficacement son rôle, et la méthode portait ses fruits.
Pourtant, il y avait toujours… cette impression ténue, mais persistante, que tout n'allait pas exactement comme il l'avait espéré. Chacun de ses coéquipiers était au top de sa forme. Lui avait réussi à maintenir son niveau de jeu malgré les aléas de l'année passée.
Pourtant. Les minutes passaient, et il se tenait résolument à l'écart du panier. Et lorsqu'il devait s'en approcher, ce n'était jamais avec le ballon en sa possession.
Essoufflés, ils s'affalèrent tous en même temps sur le banc lorsque sonna la fin de l'avant dernier quart-temps. Riko, de son côté, n'ajouta rien de particulier quant à la marche à suivre. Comme prévu, ils s'en tireraient probablement haut la main pour cette rencontre. Alors que Kuroko s'apprêtait à boire à grandes gorgées le contenu de la bouteille que Furihata lui avait donnée, une paire de lunettes apparut soudain à quelques centimètres de son visage, manquant de le faire culbuter, lui et sa précieuse bouteille en plastique.
- Kuroko, fais-moi un sourire. Tout de suite.
Hébété, il fixa leur capitaine en clignant des yeux, chercha confirmation de ce qu'il venait d'entendre auprès de Kise, puis de Takao, et revint dévisager Hyûga d'un air complètement déphasé.
- … Euh… Pourquoi ?
- Parce que nous sommes en passe de gagner ce match, ce qui est, pour 99.9% des sportifs normalement constitués, une perspective réjouissante. Donc je te somme d'arrêter sur le champ de penser à ce que tu penses, quoi que ça puisse être, et de nous montrer ton plus épanoui et ravissant sourire.
Devant le manque de réactivité du plus jeune, le jeune homme à lunettes s'empressa de préciser "P.S. : c'est un ordre".
Un peu maladroitement, Kuroko s'exécuta pour ne pas attiser sa colère.
… ce qui lui valut d'être immédiatement censuré par Takao.
- Autant pour nous, Kuroko. T'es pas obligé de te forcer, tu sais…
- … Mais…
Hyûga fit volte-face et reprit sa position avec un étrange empressement.
- Bon allez, on arrête les bavardages, c'est pas l'heure de traîner !
- Mais…?
… Il était si bizarre que ça, son sourire ?
Durant les cinq dernières minutes du match, tout le monde jeta ses dernières forces dans la bataille. Et, contre toute attente, l'adversaire commença à faire de la résistance.
Kuroko aussi fit de son mieux pour empêcher ceux qui défendaient sur lui de lui prendre la moindre balle. Avec sa vitesse de passe et son discernement, c'était lui, en quelque sorte, qui menait le jeu. Mais il ne sortait pas de l'ombre. Pas une fois, il ne s'approcha du panier, sous les projecteurs.
Soudain, une chance. Il courut vers une balle perdue, et la rattrapa tout près de la raquette.
Il était en parfaite position pour tirer.
Mais Kise passa derrière lui à ce moment-là. Et il choisit de lui laisser le shoot.
Kise tira. Marqua.
Et à peine le ballon passé à travers le filet…
- Eh, Tetsu ! On peut savoir ce que tu fous ?!
… Kuroko tourna la tête.
C'était lui tout craché, de dire ça.
Il l'avait tellement entendu s'énerver lorsqu'ils regardaient des matchs tous les deux, qu'il avait fini par faire abstraction de ses mouvements d'humeur.
Mais les mots et le ton de sa voix lui étaient restés dans l'oreille. C'était un son si familier qu'il avait presque l'impression de l'avoir rêvé.
Et lorsqu'il se retourna, il vit Aomine, agrippé à la barrière, qui dépassait bien d'une demi-tête tous les spectateurs autour de lui.
- Aominecchi…
Kise s'arrêta à son tour, fasciné comme s'il se trouvait face à une apparition surnaturelle. Aucun des deux ne semblait vraiment croire qu'il était vraiment là, juste devant eux.
Kuroko sentit sa gorge de serrer.
Sans doute devait-il avoir l'air plus bouleversé qu'il ne le pensait, car Aomine détourna le regard, puis le fixa encore une fois, articulant d'une voix plus grave :
- Dépêche-toi de gagner ce match.
Kise redescendit vite de son petit nuage.
- Eh ?! Et moi, alors ? Tu m'encourages pas, moi ?
Kuroko lui rendit son regard avec aplomb, et hocha fermement la tête. Sans perdre un instant de plus, il courut au centre du terrain se mettre en place, et Kise put faire l'amer constat qu'on ne prêtait décidément pas plus d'attention à lui depuis bientôt 6 ans qu'ils se connaissaient.
- Remise en jeu !
Etait-ce la conscience d'être observé. Ou le soulagement se savoir qu'il était revenu.
Toujours est-il que Kuroko ne pensait plus à rien d'autre qu'à ce qui se passait là, dans l'instant présent. Sans se demander ce qu'il pouvait faire ou ne pas faire.
Plus que 10 secondes.
Il se retrouva seul, face au panier.
Il tira. Manqua. Mais Mitobe attendait au rebond.
Le coup de sifflet retentit sur leur dernier panier, et sonna la fin du match.
- Yay yay yaaaay !
Bondissant comme un kangourou, Kise le choppa par les épaules et manqua de le renverser alors que Takao lui rentrait dedans de l'autre côté. Il se retrouva en sandwich entre les deux qui se faisaient un check par-dessus lui, et agita vainement les bras comme un poulpe en perdition pour garder l'équilibre.
Heureusement, Riko vint à sa rescousse avant qu'il ne commence à manquer d'air. Lui donnant un petit coup de poing amical dans le bras, elle lui glissa avec un sourire :
- C'est bien que tu aies tenté ta chance au dernier moment. La prochaine fois, ça rentrera, t'inquiète pas pour ça.
- Evidemment que ça rentrera. Tu oublies tous les shoots complètement improbables qu'il nous a marqués, à Seirin ?
Surprise, Riko sursauta en entendant la grosse voix de Hyûga juste derrière elle. Il ne parut pas comprendre pourquoi elle lui lançait un regard aussi courroucé, et Kuroko ne put s'empêcher de penser qu'il se retrouvait dans ce genre de situation à peu près tout le temps lorsqu'il arrivait derrière quelqu'un sans prévenir.
La coach bredouilla un petit "B-bien sûr que non !", et détourna la tête, les joues un peu roses. De plus en plus déboussolé, Hyûga lui demanda si elle était fâchée, elle répondit que non – et la conversation semblait bien partie pour tourner en rond pendant un temps certain.
Aussitôt que l'attention s'était un peu détournée de lui, Kuroko se mit à chercher Aomine du regard dans la foule. Il aperçut la barrière derrière laquelle il l'avait vu une minute plus tôt – mais il n'y avait plus la moindre trace de sa présence. Avec une certaine inquiétude, il regarda de tous les côtés, à la recherche de la grande silhouette à doudoune de son vieil ami. Mais parmi tous ces spectateurs qui cheminaient bruyamment vers la buvette ou la station de métro la plus proche, Aomine n'était nulle part.
Il ne pouvait pas être déjà parti… Pas comme ça.
- Kuroko ? On va se changer, Momoi est partie nous chercher des boissons.
Il mit un moment avant de faire signe à Takao qu'il les rejoignait.
Il devait le retrouver.
Ôtant rapidement son dossard qu'il fourra dans la poche de son short, il traversa le terrain à grandes enjambées et se glissa dans la foule. Sans jamais cesser de regarder autour de lui. Il navigua progressivement entre les familles à la queue-leu-leu et les groupes d'amis qui se rentraient les uns dans les autres en essayant de ne pas perdre quelqu'un en route.
Enfin, il émergea du troupeau, sur la grande pelouse du parc où peu de promeneurs s'attardaient en ce début du mois de novembre. A sa droite, la buvette ne désemplissait pas, cela dit. Mais Aomine n'était nulle part.
Kuroko posa ses mains sur ses genoux et reprit son souffle pendant un long moment. Il aurait pu continuer à chercher, mais le match l'avait vidé de ses forces. Si Kise n'avait pas lui aussi réagi tout à l'heure en voyant Aomine appuyé sur la barrière, il aurait vraiment cru qu'il l'avait tout simplement imaginé, sous l'effet de la fatigue.
Se redressant, il jeta un dernier regard alentour. Peine perdue.
Le cœur lourd, il tourna les talons. Il ne pouvait pas faire attendre les autres trop longtemps. Ils venaient de gagner le premier match de la compétition… mais l'apparition soudaine de tout à l'heure avait quelque peu occulté cet événement.
Il marcha jusqu'à une petite baraque en béton qui leur faisait office de vestiaire. Il chercha la porte, qui avait mystérieusement disparu.
Ou bien c'était plutôt lui qui était arrivé du mauvais côté.
Kuroko laissa échapper un soupir. Manifestement, il commençait à fatiguer.
Il longea le mur jauni, et tourna à l'angle du bâtiment.
Il s'arrêta.
Juste devant lui, il y avait un homme qui cherchait à passer sa tête par l'une des petites lucarnes du vestiaire. Un homme qui portait la même doudoune bleu marine.
- … Aomine-kun ?
Kuroko se risqua à murmurer, tout en sachant qu'il avait assez peu de chances de se tromper. Dès qu'il l'entendit, l'individu s'écarta de la fenêtre aussi sec et fit deux petits bonds en arrière – manœuvre au cours de laquelle il se prit les pieds dans un caillou, moulina l'air avec les bras pendant de longues secondes en tentant de se rétablir, et parvint miraculeusement à éviter la chute. Kuroko le fixa.
Silence gênant.
- Attends, stop, c'est pas du tout ce que tu crois. Je t'ai perdu tout à l'heure dans la foule et je t'ai cherché jusqu'à trouver ce vieux vestiaire tout pourri, mais comme j'avais perdu beaucoup de temps je cherchais à voir à l'intérieur pour vérifier si t'étais toujours là… c'est tout.
Jusqu'au "c'est tout", il avait déballé sa phrase d'une traite, probablement, songea Kuroko, parce que l'explication en elle-même l'embarrassait au moins autant que la situation.
… et aboutit bientôt sur un nouveau silence
Ni l'un ni l'autre ne savaient vraiment quoi se dire. Aomine regardait résolument un point indéterminé sur sa droite, les mains dans les poches, l'air renfrogné comme un enfant qu'on a pris à faire une bêtise… un enfant d'un mètre quatre-vingt-dix.
- Salut, au fait… ça faisait un bail.
Kuroko acquiesça.
- Presque un an.
- Ouais enfin, quand même pas. Ca fait juste… un peu plus de dix mois…
Aomine dut se dire que ça revenait plus ou moins au même, tout compte fait, car il murmura à mi-mots la deuxième partie de la phrase. Et le petit sourire amusé de son ami ne fit rien pour le mettre à l'aise.
Kuroko avait les yeux qui brillaient. Embarrassé au possible, il se passa la main dans la nuque.
- Tu vas pas chialer, quand même…
- Non… je crois pas… c'est très bizarre, j'ai l'impression de ressentir toutes les émotions en même temps.
Aomine haussa un sourcil intrigué. Et Kuroko baissa les yeux, sans que son sourire disparaisse pour autant.
- Je suis content que tu sois revenu… même si je suis aussi triste que ce soit après si longtemps… et surtout, je suis en colère que tu aies laissé Momoi-san sans nouvelles, et puis moi aussi d'ailleurs.
Le visage encore plus bronzé que d'habitude du jeune homme parut blanchir à vue d'œil. Peu importe le temps qui s'écoulait, s'il y avait bien une chose qu'il avait envie d'éviter, c'était de mettre Tetsu en colère. Il ne l'avait pas souvent vu, mais c'était une expérience dont il se serait volontiers passé. Kuroko se souvenait l'avoir entendu comparer ses instants de mauvaise humeur à un blizzard qui sévit au loin. Techniquement inoffensif, mais ô combien terrifiant.
- Satsuki… elle va bien ?
A la façon dont il le demandait, Kuroko songea que ce n'était pas qu'un simple prétexte pour détourner la conversation. Il lui raconta qu'elle était venue le voir à l'hôpital jusqu'à son réveil, et comment elle l'avait aidé sans relâche depuis en l'hébergeant chez elle et en le soutenant dans sa démarche de trouver un travail et de reformer une équipe de basket.
- Ah… ouais, je vous ai vus jouer, d'ailleurs. T'as regroupé les personnes les plus improbables dans la même team ou quoi ?
- J'ai fait avec ceux qui ont bien voulu participer.
Kuroko gonfla les joues, un peu vexé par la remarque. Elle était très bien, leur équipe. Un peu bariolée, certes. Ils avaient quasiment un membre de chacun des lycées qui s'affrontaient annuellement du temps où ils jouaient encore en club. Il leur aurait fallu un joueur de Tôô et un de Rakuzan, et la liste aurait été complète.
Au moins, il avait arraché un sourire à Aomine.
- Je déconne, te vexe pas pour ça.
- Tu joues toujours au basket ?
Avec du recul, la question paraissait dérisoire. Il ne savait ni où il s'était terré pendant tout ce temps, ni ce qu'il avait fait pour s'en sortir par ses propres moyens…
- Ouais, vite fait.
… mais il savait qu'il continuait le basket. C'était mieux que rien.
- … Dai…chan..?
Une petite voix murmura discrètement dans son dos.
Aomine leva la tête, le regard rivé sur un point que Kuroko ne pouvait pas voir.
Momoi approcha à petits pas. Elle paraissait subitement 10 ans de moins, avec son sac à dos rempli de canettes serré contre elle.
Et le surnom de leur enfance encore suspendu à ses lèvres, tremblantes et rougies par le froid.
Elle lâcha son sac, qui tomba sur le sol dans un grand bruit d'aluminium entrechoqué, et courut jusqu'à lui. Sans lui laisser le temps de réagir, elle se jeta à son cou. Kuroko pouvait l'entendre sangloter de là où il était. Il voyait son dos secoué de soubresauts et ses bras l'enlacer comme si elle avait peur qu'il se volatilise sous ses yeux.
Son cœur se serra.
Pourtant, il savait qu'il souriait. C'était peut-être le trop plein d'émotions de Momoi, ou bien la façon un peu gauche dont Aomine finit par passer ses bras autour d'elle et la laisser enfouir son visage dans sa doudoune bleue. Il y avait bien une raison, en tout cas, pour qu'il se sente aussi bien juste en les regardant tous les deux.
- … Je suis contente… que tu sois revenu…
Une lueur de tristesse passa dans les yeux d'Aomine. Il la serra contre lui.
- … Moi aussi.
Takao ne fut même pas surpris de n'avoir aucune nouvelle de Midorima, même après être rentré chez lui.
Il claqua la porte du pied, retira ses baskets qu'il repoussa rapidement contre le mur, et consulta son portable.
Rien.
Même après trois mois, leur couple ne dérogeait jamais à la règle d'or qu'il s'était implicitement fixé. Et cette règle voulait que toute tentative de communication sous quelque forme qu'elle soit vienne uniquement de Takao.
Il rangea son téléphone dans sa poche, et gagna la cuisine pour se faire un chocolat chaud.
Midorima était très fort pour respecter les règles. Il en faisait le constat presque tous les jours depuis qu'il le connaissait. Surtout les règles un peu inexplicables qu'il se fixait tout seul – celles-là étaient observées avec une dévotion toute particulière. Et notamment celle de ne jamais contacter Takao.
Le micro-ondes se mit à bipper, et il ouvrit la porte le plus vite possible pour abréger son appel lancinant.
Non, c'était un peu exagéré. Pour être tout à fait honnête, il y avait deux cas qui faisait exception à La Règle : le cas où il aurait par mégarde oublié de consulter l'horoscope à la première heure, et se serait donc trouvé en panne de lucky item – ou alors, il ne l'avait tout simplement pas trouvé, mais dans tous les cas, c'était à Takao de lui en rapporter un – et le cas où il avait besoin de se déplacer quelque part en urgence. Et en grand allergique du métro qu'il était, si la distance était à peu près raisonnable, il sommait Takao de venir le chercher avec la remorque.
En dehors de ces deux cas de figure, il n'avait pas le moindre soupçon d'espoir d'avoir de ses nouvelles.
Il souffla longuement sur le chocolat fumant, respirant son parfum à plein nez.
C'était sans doute un mode de relation un peu étrange, vu de l'extérieur. Mais lui ne s'en souciait pas vraiment. Il avait toujours connu Midorima comme ça. C'était aussi ce qui l'amusait. Il pouvait le harceler sans relâche, même s'il prenait la mouche à la moindre réflexion, son vieux camarade à lunettes ne lui en tenait pas rancune. Il l'envoyait souvent se faire voir, ou dans le pire des cas l'ignorait pendant trois jours, mais c'était à peu près toujours plus parce qu'il était embarrassé que parce que Takao l'insupportait. La preuve en était qu'après plus de trois ans de cohabitation, le petit meneur de Shûtoku était parvenu à sortir avec le type le plus coincé qu'il ait jamais rencontré.
Le chocolat devait être abordable, maintenant. Il tenta une première approche… en fait, non.
Non, le fait qu'ils aient un mode de communication à sens unique n'était pas vraiment un problème. Ce n'était pas lui qui changerait Midorima – personne ne changerait jamais Midorima, et en ce qui le concernait, c'était tant mieux, d'ailleurs.
Le problème, s'il devait vraiment le désigner comme tel, venait d'ailleurs. Du moment que son ex-capitaine ne le contactait pas parce qu'il ne voulait pas le contacter, il ne trouvait rien à y redire – et même s'il l'avait fait, ça n'aurait probablement pas été très concluant.
Mais ces derniers temps, il avait de plus en plus l'impression que Midorima oubliait, tout simplement. Il oubliait qu'ils étaient supposés se voir au moins un week-end sur trois – au moins, Takao n'ayant pas réussi à instaurer un rythme plus soutenu – ainsi que la majeure partie de l'emploi du temps de son partenaire. Aujourd'hui, par exemple. Il y avait fort à parier que Midorima avait ni plus ni moins effacé de sa mémoire qu'il avait un match important à jouer.
Il avala une gorgée, à bonne température, cette fois. Puis il ressortit son téléphone.
Il avait une petite idée de ce qui avait pu provoquer un tel changement. Une petite altération dans le paysage quotidien, suffisamment conséquente pour occulter temporairement – il l'espérait – l'existence de celui qui était encore, aux dernières nouvelles, son petit ami.
Bon. Au moins, il serait fixé.
Takao chercha le numéro dans ses contacts, et approcha le micro de sa bouche, sa tasse dans l'autre main, attendant patiemment qu'on daigne décrocher à l'autre bout.
A la quatrième sonnerie, il y eut un déclic dans le haut-parleur.
- Bonjour monsieur, Takao Kazunari à l'appareil.
- Takao ? Qu'est-ce que tu veux ?
L'intéressé lâcha un petit soupir amusé. Comme s'il ne savait pas que c'était lui – son nom s'était forcément affiché.
- Hmm, pas grand-chose. Juste t'informer qu'on avait un match aujourd'hui, et que bah, on l'a gagné.
- Ah. Tant mieux.
Que d'enthousiasme.
- Je me disais que tu pourrais passer nous voir, de temps en temps.
- J'avais quelque chose à faire.
- Ah oui, et quoi ?
Il ne s'attendit pas à jeter un tel froid, néanmoins. Il y eut une pause de l'autre côté, puis Midorima balaya la question d'une voix grave.
- Je suis allé voir Akashi.
La tasse heurta un peu brusquement la table. Le contenu gicla sous l'impact, et Takao secoua vivement sa main en sentant les gouttes chaudes qui l'avaient aspergé.
- Quoi ?
Soupir audible de son interlocuteur.
- Je ne vois pas ce qui t'étonne.
- Ça ne m'étonne pas, justement.
- … C'est supposé vouloir dire quoi, ça ?
Takao fit une grimace, et but une autre gorgée. A quoi bon se prendre la tête maintenant. Il avait eu sa réponse. Ces jours-ci, Midorima se préoccupait davantage de l'histoire de Kuroko et d'Akashi que de la leur.
En espérant que ce ne soit que ça…
- Rien, rien. J'aurais juste voulu que tu me tiennes un peu informé, de temps en temps. Mais bon, tu fais ce que tu veux. On se voit le week-end prochain ?
- … Ça ne va pas être possible.
Il reposa la tasse, un peu désarçonné.
- Ah bon ? Pourquoi ?
Nouvelle hésitation du côté de Midorima.
- Parce que. J'ai une sortie prévue de longue date.
- Très bien, et c'est ?
Il devait admettre qu'il commençait un peu à s'impatienter. Peut-être que son interlocuteur se croyait mystérieux et impénétrable, mais c'était loin d'être le cas.
- Laisse-moi deviner… Vu que tu n'as pas l'air de vouloir me tenir au courant, je suppose que ça a encore à voir avec Akashi ?
- Même si c'était le cas, ça ne m'oblige pas à t'en parler.
Là.
Là, c'était la goutte d'eau.
- Mais bien sûr que c'est le cas ! Tu me prends pour un con, ou quoi ?!
- Je savais que tu réagirais mal. C'est exactement la raison pour laquelle je ne t'en parle pas.
Faute de victime à portée de main, Takao prit son téléphone pour cible et le fusilla du regard.
- Dès que je mentionne Akashi, tu le prends toujours comme ça.
- Quoi ? Depuis quand ?
- Toujours.
- C'est toi que je comprends pas. T'as quand même toutes les raisons de plus fréquenter ce mec.
- Je ne suis pas aussi rancunier que tu le penses.
Ah non, ça pour ne pas être rancunier. C'était quand même le type qui l'avait humilié lors de leur premier match au lycée, après l'avoir traité comme son meilleur ami pendant tout le collège, et qui l'avait surtout considérablement amoché à coup de ciseaux pas plus tard que l'an dernier.
- … Ok, tu veux que je te dise ce que j'en pense ? Je vais te le dire : je crois qu'il y a quelque chose que tu me caches, depuis… depuis toujours, justement, qui concerne vous deux, mais je vais pas m'avancer à deviner ce que c'est. Et comme tu n'as pas du tout l'intention de m'en parler, tu préfères organiser tes trucs dans ton coin et me prévenir uniquement quand l'envie te prend.
La réponse tarda tellement à venir que, pendant un instant, il crut que Midorima avait raccroché.
- Je crois qu'au moins, comme ça, on est fixés. J'ai autre chose à faire, alors je vais te laisser. Mais pour ton information, puisque tu tiens tellement à le savoir : la semaine prochaine, on organise un enterrement de vie de garçon avec Kise, Murasakibara et Aomine, maintenant qu'il est revenu. Et c'est marqué sur l'agenda, consulte ton iPhone.
Takao aurait bien répliqué quelque chose, mais la tonalité se mit à bipper avant qu'il en ait eu le temps. Un moment, il contempla la page d'accueil de son portable. Puis il le verrouilla.
Las, il termina son chocolat en silence.
Il regarda son téléphone. Le rouvrit, regarda dans l'agenda partagé.
C'était bien indiqué à la date du samedi suivant.
… Il s'y était vraiment pris comme un pied.
- Tetsu-kuuun ! Il est là !
Déjà à bout de souffle, Kuroko dut sprinter de toutes ses forces pour attraper le wagon dans lequel Momoi venait de sauter. Prendre le métro in extremis allait devenir une sorte de routine, chez eux.
Il manqua de valser sur le côté quand le train démarra – il valsa, en fait, mais Momoi le rattrapa juste à temps.
- On l'a eu~
- … On l'a eu.
Prenant bien soin de toujours rester accroché à quelque chose, il se fraya un chemin derrière elle jusqu'à une banquette libre, et ils s'assirent côte à côte.
Ils passèrent les premières stations sans ouvrir la bouche. Bizarrement, il ne s'en serait pas rendu compte, avant. Peut-être que leur proximité n'était plus aussi habituelle. Depuis qu'il s'était réconcilié, il était bien retourné passer quelques soirées chez elle. Mais le plus clair de son temps, il le passait chez Kise. Ce n'était pas vraiment un choix – c'était Kise qui insistait.
- Ça fait longtemps qu'on n'est pas allés au café.
Momoi lui donna un petit coup de coude complice, mais il était tellement perdu dans ses pensées, comme souvent, qu'il eut un petit sursaut. Avec le wagon qui tanguait déjà, ce détail passa totalement inaperçu.
- Mukkun va être content.
Il contempla cette affirmation un moment. Peut-être bien, oui. Ou peut-être qu'il serait encore plus désabusé de voir tout un troupeau envahir son salon de thé à l'heure de la fermeture. Que ce soit l'un ou l'autre, il aurait probablement du mal à faire la différence.
Il hocha la tête, malgré tout.
- Aomine-kun n'est jamais venu ?
Elle acquiesça.
- Jamais. Il s'est sauvé avant. C'est l'occasion de voir quel gâteau Mukkun a confectionné pour lui~
A cette idée, Kuroko se lécha discrètement les lèvres. Ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas eu l'occasion de savourer son flan attitré.
Il se tourna vers Momoi, et lui trouva un sourire rêveur.
- Vous vous êtes revus depuis la semaine dernière ?
L'espace d'un instant, elle resta parfaitement immobile, toute à ses pensées réjouissantes et pas bien difficiles à cerner, à en voir son visage ravi.
- … Euh, quoi ?!
Elle se retourna vivement vers lui, pour se retrouver face à son regard fixe et inexpressif. Elle baissa la tête, enroulant nerveusement une longue mèche de cheveux autour de ses doigts.
- N-non… Enfin, y avait pas tellement de raison qu'on se voit, non plus… J'ai travaillé toute la semaine, et comme on devait se voir tous ensemble ce week-end… voilà…
Son regard s'était finalement posé sur ses pieds, dont la pointe se levait en rythme l'une après l'autre. S'il n'était pas convaincu à cent pourcent que ses soupçons étaient fondés, Kuroko constata avec un sourire qu'il ne s'était finalement pas trompé.
- Tu dois être soulagée, pas vrai ? Qu'il soit revenu.
Elle fit oui de la tête.
- Même si j'attends ses explications de pied ferme. S'il croit que je vais passer l'éponge aussi facilement, il se fourre le doigt dans l'œil bien profond.
Elle fit une petite moue boudeuse, mais pas vraiment menaçante, suscitant un petit rire chez son voisin.
- Je suis sûr qu'on lui a beaucoup manqué.
- Oui. Il serait forcément revenu pour te voir.
- Pour te voir toi aussi.
… Il était peut-être allé un peu loin.
Instantanément, Momoi se pétrifia des pieds à la tête. Et ne bougea plus d'un pouce. Comme une statue.
Une statue à la carnation éclatante.
- Et-et toi alors ? Tu ne m'as pas raconté, depuis que tu as revu Akashi-kun.
Cette fois, ce fut à son tour de se pétrifier. Un peu brutal, comme changement de sujet.
Ses yeux bleus grand ouverts clignèrent deux fois.
- Euh… Vraiment pas du tout ?
Elle secoua la tête. Bien. Ça lui avait approximativement pris toute une soirée pour tout raconter à Kise. D'ailleurs… Kise et Momoi se tenaient régulièrement au courant de tout ce qui touchait à leur petit protégé – sans mentir, il avait déjà surpris le blondinet en train d'informer leur amie commune par texto que Kurokocchi était allé se coucher après avoir repris de la purée au dîner et mangé les cookies qu'il avait spécialement achetés pour lui~. Parfois, il les soupçonnait de jouer au papa et à la maman avec lui. Quoi qu'il en soit, il y avait fort à parier qu'elle connaissait déjà une bonne partie de l'histoire.
Il regarda avec une certaine appréhension le sourire impatient qu'elle lui adressait.
Et rendit les armes.
- Il n'y a pas grand-chose de nouveau, tu sais. La première fois, je l'ai croisé devant l'hôtel où ils organisaient la soirée, suite à quoi je me suis retrouvé bêtement à prendre l'eau sur un trottoir en attendant que vous veniez me chercher – encore une fois, désolé pour ce soir-là…
Elle lui fit signe que ça n'avait aucune importance, en prenant soin de ne surtout pas l'interrompre.
- Et la deuxième fois, c'était il y a... à peu près trois semaines. J'avais demandé à Nanamine-san où je pourrais le trouver, et sur son conseil je suis allé à l'hippodrome qui se trouve juste à l'est de Tôkyô. Une fois là-bas, j'ai bien failli rester devant les portes parce que je n'étais pas autorisé à rentrer. Heureusement, c'est à ce moment-là qu'Akashi-kun est arrivé et au final, on est entrés ensemble. … Momoi-san ?
Au fur et à mesure qu'il parlait, elle avait pris une attitude un peu étrange. Ses deux poings fermés étaient pressés contre sa bouche, de sorte qu'il ne pouvait pas vraiment lire son expression, et il y avait comme des petites étoiles qui miroitaient dans ses yeux.
Comme il s'arrêtait, elle prit subitement conscience qu'elle se laissait légèrement aller, et se redressa d'un coup sur son siège.
- Ah, euh, désolée ! J'étais juste… absorbée par ton histoire.
Ses mots sortirent avec un tel débit qu'il n'était pas bien sûr d'en avoir saisi le sens. Mais elle secoua rapidement la main avec un petit sourire gêné.
- Bref, continue !
- Euh… oui, donc ensuite, j'ai vu son…
Son regard insistant était tout de même légèrement perturbant.
- … cheval, parce qu'il participait à une course, ce jour-là. Je n'y étais pas vraiment allé pour ça, au départ, mais j'ai bien aimé, tout compte fait. Après ça, on a discuté. Il m'a dit qu'il avait tiré un trait sur ce qui s'était passé, et je lui ai demandé qu'au moins, il prenne ses responsabilités vis-à-vis d'Aomine-kun, Midorima-kun et tous ceux qui ont subi le contrecoup de cette histoire.
Elle hocha la tête.
Silence.
- … Et c'est tout ?
- … Oui, pourquoi ?
Sans prévenir, elle bondit du siège, sa tête heurtant l'une des poignées suspendues au plafond. Les quelques adultes, les deux grand-mères ainsi qu'un groupe d'écoliers qui se trouvaient dans le même wagon tournèrent tous la tête vers elle d'un même mouvement, et elle se rassit aussi sec.
- Après tout ce que tu as traversé, c'est tout ce que vous trouvez à vous dire ?!
- … J'aurais eu d'autres choses à raconter, probablement, mais l'ambiance ne s'y prêtait pas vraiment.
L'enthousiasme de la jeune fille avait été étouffé dans l'œuf. La mine déconfite, elle le regarda d'un air dépité.
- Tetsu-kun… Il y a sans doute encore des choses que je ne sais pas, alors je suis peut-être mal placée pour te dire ça, mais…
Alors que Kuroko se demandait s'il y avait vraiment des choses qu'elle ne savait pas encore, elle lui prit subitement la main, si vite qu'il manqua de sursauter à nouveau.
- Tu ne dois pas abandonner ! Ce n'est que le début ! Moi, je crois en toi !
- Merci, mais… je n'ai pas dit que j'abandonnais.
Ils se regardèrent dans le blanc des yeux. Le métro s'arrêta une fois de plus.
Et Momoi reprit des couleurs.
- C'est vrai~?
Il lâcha sa main, mais lui répondit par un de ses petits sourires qui la faisaient fondre à chaque fois, malgré les années et ce qui s'y était glissé entre temps.
- Après tout ce qui s'est passé, comme tu l'as dit, je crois que si j'avais vraiment voulu le faire, j'aurais baissé les bras avant. Et puis…
Il tourna la tête vers la fenêtre, où scintillait par intervalles une lumière rouge sur le mur noir du tunnel.
- … si j'étais sûr qu'il a choisi la situation dans laquelle il est aujourd'hui, je me ferais sans doute une raison. Mais j'ai de plus en plus de doutes… et quand je l'ai vu l'autre jour, ça ne m'a pas vraiment rassuré.
Tirant doucement sur sa manche, la jeune fille lui fit signe que c'était leur arrêt. Ils descendirent de la rame, et attendirent d'être sortis de la gare pour reprendre leur conversation dans un environnement sonore à peu près acceptable.
Momoi se pencha vers lui, et lui demanda à voix basse :
- Dis… Akashi-kun a une double personnalité, non ?
Kuroko, qui s'attendait à tout, sauf à ça, lui lança un regard surpris.
- Parce que… déjà au collège, et ensuite au lycée, j'ai trouvé qu'il avait souvent une attitude contradictoire. Du coup, je me suis dit que peut-être que d'un côté, il veut effectivement faire comme si rien n'était arrivé et se conformer à ce que sa famille attend de lui… mais que de l'autre, il espère encore pouvoir renouer avec toi.
Il resta pensif un moment. Ils traversèrent la rue et arrivèrent sur le trottoir du café.
- J'ai pensé ça aussi, pendant un moment. Parce que j'ai toujours eu le sentiment que l'un me rejetait, et pas l'autre. Mais quand je le vois, je me rends compte qu'il n'y a pas une telle différence entre les deux. Il y en a une, c'est vrai, mais pas au point que l'un veuille qu'on se réconcilie à tout prix alors que l'autre ne peut pas m'encadrer. Dans les deux cas, il garde les mêmes sentiments, mais… c'est un peu comme si l'un des deux cherchait à les effacer.
Momoi se tut. L'enseigne du salon de thé était déjà en vue.
Comme elle ne disait plus rien, Kuroko ajouta :
- C'est un peu compliqué, dit comme ça… mais il y a bien des gens qui cohabitent à trois…
Elle éclata de rire, et le poussa pour le chahuter un peu – avec Kuroko, c'était suffisant pour le faire dévier de sa trajectoire. Un petit sourire malicieux sur le visage, il trottina quelques foulées pour se mettre hors de sa portée.
- Je peux te demander autre chose ?
Tandis qu'il marchait à reculons, il acquiesça. Ses joues devinrent un peu plus roses alors qu'elle le regardait.
- Lequel des deux tu aimes ?
Il s'arrêta.
Par précaution, se remit dans le bon sens.
Et reprit sa marche.
Juste un peu devant Momoi pour qu'elle ne voit pas son visage.
- … Les deux.
Elle l'avait vu, c'était sûr.
Et rien que cette idée le fit rougir davantage.
- Kurokocchi ! Momocchi !
Kise avait ouvert la porte et les attendait déjà avec son habituelle joie de vivre.
- Kiichan ! Tout le monde est arrivé ?
- Il ne manquait plus que vous. … Kurokocchi, t'es venu en courant ?
Faute de mieux, l'intéressé répondit hâtivement que oui, et ils passèrent le seuil sans laisser à Kise le temps de s'attarder sur la pigmentation de son visage.
Autour des tables, quelques clients s'attardaient encore à siroter leur café d'un air distrait après une longue journée de bureaux et métros surpeuplés. Mais le cœur de la fête se situait près du comptoir. Fidèle au poste, Himuro bavardait avec Aomine des résultats du dernier tournoi de NBA qu'ils avaient tous les deux assidûment suivi, et de ce que Kuroko entendait, Aomine était clairement envieux de son voisin qui n'avait aucune difficulté à suivre toute l'actualité sur le vif, en anglais. Quant à Murasakibara, cette fois, il était sur un siège, lui aussi, mais toujours avec son tablier d'un blanc immaculé. Vautré sur un tabouret aurait été plus approprié, et si l'on comparait avec son accoutrement irréprochable, des chaussures cirées jusqu'à la queue de cheval, c'était presque une métaphore visuelle de ce qu'il était depuis la fin du lycée : irrécupérablement paresseux et nonchalant, mais étonnamment rigoureux dès qu'il s'agissait de mettre son savoir-faire au service de la gourmandise.
Aomine le fit vite libérer la place, ceci dit, pour avoir son amie d'enfance et son vieux camarade de collège de chaque côté de lui – il fit passer ça pour un privilège qu'il leur accordait en les faisant s'asseoir à ses côtés, mais personne n'était dupe. Kise fut donc relégué au bout de la rangée, et posa ses coudes sur le bar d'un air boudeur.
A peine furent-ils installés que quatre assiettes apparurent comme par magie devant eux. Toutes présentant un gâteau de forme et de couleur différentes – Kuroko fut ravi de reconnaître son flan vanille caramel. Décidément, quand il s'agissait de manger, leur hôte ne perdait pas une seconde. Seul Himuro fut gratifié d'une tasse de thé, qui, à en juger par le nombre de sachets humides accumulés dans le verre devant lui, était au moins la cinquième d'un long après-midi.
Pour la première fois, il put admirer le cupcake aux fraises de Momoi et le gâteau à la banane de Kise. L'un comme l'autre lui paraissaient terriblement appétissants. Mais ce qui l'intrigua le plus, ce fut sans conteste celui d'Aomine.
Et pour cause.
C'était un donut.
Un gros donut, tout ce qu'il y a de plus rustique. Avec pour toute décoration un glaçage bleu nuit, et des petits éclats de sucre jaunes qui faisaient penser à des étoiles.
- Il est à quoi, ce gâteau ?
La bouche pleine, Aomine haussa un sourcil.
- Chai pas. Au donut.
- C'est de la crème pâtissière.
Murasakibara le corrigea d'un air irrité. Le glouton haussa les épaules, alors qu'il en suçotait les dernières miettes sur ses doigts.
- Ouais, voilà.
- C'est donc ça, le gâteau de Dai-chan~
De son côté, Momoi lui piqua le petit bout de crème qui restait sur le bord de l'assiette avec un petit sourire espiègle.
Interloqué, Aomine se laissa prendre de vitesse, et râla après elle – trop tard, hélas.
- Comment ça, "mon" gâteau ?
- Ah oui, c'est vrai que tu ne le sais pas encore : Mukkun fait chaque gâteau pour une personne différente.
- Pour la dernière fois, je ne le fais pas "pour" qui que ce soit !
Mais Murasakibara avait beau protester, la jeune fille continuait de la taquiner, en répétant "Mais oui, mais oui~", tandis qu'Aomine observait désormais son assiette vide avec un regard plus que mitigé.
Alors que Kuroko acceptait une nouvelle fois de picorer dans le plat de Kise, il sentit son portable vibrer dans la poche de son jean. Sur le coup, il pensa que c'était un simple message, mais le vibreur continua de se rappeler à lui avec une certaine persistance, et il finit par se résigner à sortir le téléphone.
- Je reviens.
Il descendit de son tabouret, et traversa la salle désormais vide. Rapidement, il colla le haut-parleur contre son oreille.
- Oui ?
- Kuroko.
Sa main, qui avait à peine effleuré la poignée, resta suspendue en l'air.
- … Akashi-kun ?
- J'ai une faveur à te demander.
Il ne répondit pas.
- Pars à Kyôto avec moi.
