Tout d'abord et avant toute chose :

BONNE ANNEE

J'espère que 2016 vous apportera beaucoup de bonheur, de bonnes nouvelles, et de fun et... et un Film de Kuroko No Basuke que j'attends avec une impatience à peine maîtrisable ( O .O)

Concernant le chapitre, j'ai rarement été aussi inspiré du début à la fin, mais... la fin est complètement différente de ce qui était prévu au départ ( 0 -o) En tout cas, Akashi est à l'honneur, pour bien commencer l'année.

J'en profite pour vous adresser ce petit message de remerciements, parce que c'est une bonne occasion de le faire : Vous êtes tous géniaux et absolument adorables. Je vous aime. Quand je lis que certains ont passé des nuits blanches sur cette fic - bien sûr je compatis, j'ai connu ça, je sais ce que c'est, le lendemain... - mais je fais des bonds et j'irais presque courir en chaussettes dans la rue si je n'avais pas en horreur toute forme d'exercice physique. Je sais que vous êtes aussi nombreux à lire sans laisser de trace mais en n'en pensant pas moins - vous vous cachez, mais moi je vous vois ( 0 0) - et ce sont toutes ces choses à la fois qui font que je me dis que j'ai bien fait d'écrire cette fic... Alors voilà, je vais m'arrêter là parce que ça commence à faire, mais quoiqu'il en soit, MERCI, et bonne année 2016 !

Reviews time :

Laura-067 : Je reviens à Aomine très bientôt mais... Pas dans ce chapitre, mais bientôt ! Pareil pour Kise, il est temps que la situation évolue de son côté... Bon, d'accord, je ne parlerai pas de Takao non plus. xD Mais d'Akashi, oh que oui. Et tu le comprendras sans doute, mais l'appel d'Akashi a eu lieu le lendemain de l'enterrement de vie de garçon, qui est racontée dans ce chapitre. A la prochaine fois !

Road22 : J'avais reconnu ton commentaire, ne t'inquiète pas~ Aomine ne repartira pas de sitôt, non, pas de risque de ce côté-là. Et pour Akashi, bien vu, ce chapitre devrait te le confirmer. Bonne lecture !

Tigroou : Que de haine envers Akashiiiii ( TT TT) Il a pas un mauvais fond, voyons ! Il est adorable ! Un petit muffin aux fruits rouges avec un coeur en marshmallow ! Aheum. Calme. Je ne sais pas si tu as tout relu, mais si oui, félicitations. ( = v =) Les vacances sont finies mais voici un petit chapitre pour faire passer la pilule !

The Manga Killers : Si tu savais comme j'aime qu'on prenne mon temps avec des reviews comme les tiennes ! D'abord, merci beaucoup, et ensuite : bienvenue ! ... Je relis ta review pour y répondre et... je ne sais pas quoi dire. C'est trop pour moi, merci ( TT TT) Je commence aussi avec Takao et Midorima : oui, ils sont adorables. A tel point que leurs scènes s'écrivent presque toutes seules, c'est purement magique~ Ensuite, le lourd : Je. Comprends. Je pourrais parler d'Akashi et Kuroko pendant des heures. Et passer du rire aux larmes en un dixième de seconde. Surtout les larmes. C'est terrible. Sauvez-moi. Alors, que tu me dises que tu les trouves aussi émouvants... merci. Merci mille fois~ Et ne me tue pas, sinon il n'y aura plus jamais de chapitre. Muahahaha, je suis diabolique~ PS : Quelqu'un qui ne déteste pas Akashi... Fabuleux !

Taouret : Merci beaucoup ! Si en plus tu dis que tu n'es pas une lectrice de yaoi... c'est un honneur que de bénéficier d'une exception de ta part~ Je suis contente qu'Akashi te plaise comme ça ! J'ai beaucoup de mal avec tous les OOC qui en ont été faits... donc je me prends pas mal la tête pour son personnage. xD Je vois de quel autre site tu viens, j'ai donc mis à jour dessus aussi(enfin), mais c'est peut-être un peu tard, maintenant que tu es venue jusqu'ici~ J'attends ta longue review de pied ferme ( = v =) (Et oui, magnifique pseudo~)

Gabyweiss : Hey ! C'est sûr qu'on a plutôt tendance à lire en anglais, ça fait progresser (vraiment, c'est un super moyen de progresser. En Terminale, ma prof d'anglais nous a fait faire un petit test à la rentrée, et à la fin du cours, elle est venue me voir et elle m'a dit "Mais où est-ce que vous avez appris à parler anglais ?" "... Comment vous dire... en lisant ?" xD). Merci beaucoup d'avoir fait une exception pour cette fic ;3 J'ai hâte d'avoir une scène un peu plus longue pour que Kuroko et Aomine puissent discuter comme au bon vieux temps. Et j'aime bien aussi le visuel de Kuroko en poulpe. Beaucoup, même xD Il est encore un peu tôt pour parler d'Aomine et Momoi mais... ça ne saurait tarder~ ... Alors... Akashi en poney arc-en-ciel qui fait de cacas papillons... je devrais pas rigoler... je devrais vraiment pas autant rigoler xD Mais je vois très bien l'idée. Bien. Je ferai en sorte qu'Akashi ne se transforme surtout pas en petit poney (= v =) Kiyoshi et Hanamiya t'ont convaincue ? YES *lève les bras* Ensuite, concernant Takao... pas tout de suite, mais je reviendrai à eux en temps voulu (je ne pourrais pas les abandonner à leur sort, les pauvres !) Voilà, je crois qu'à peu près tout est dit... (et oui, encore un cliffhanger, mwhéhéhé~) Un gâteau pour Kiyoshi, j'y avais pas pensé mais c'est pas idiot, ça ! Il serait pas impossible que je passe plus de temps sur Kiyoshi... mais pas tout de suite... A la prochaine fois~

Patate : Ne pleure pas ! Il te reste tellement de belles choses à vivre ! En plus j'aime ton pseudo ! C'est ma faute, j'écris des trucs déprimants... ( u v u) Hé hé, il n'y a pas beaucoup de lemons dans cette fic (... pour l'instant... non, je ne dis rien~), et finalement c'est Takao et Midorima qui ont ouvert le bal... ils me surprendront toujours. En tout cas de rien, merci à toi, et j'attends ta longue review ( = v =)

Bonne lecture everybody~


26. Une soirée, et l'appel qui s'en suivit

Lorsqu'Akashi appela, il venait de se réveiller, et le soleil déclinait derrière ses rideaux.

Roulant sur le côté, il attrapa mollement son téléphone posé par-terre au pied du canapé. Le rétroéclairage le fit cligner des yeux. L'écran indiquait 18h47.

Il n'aurait pas dû dormir. Le réveil était encore plus dur que la fatigue. Que le semblant de sommeil n'avait pas réussi à effacer. C'était la première fois depuis une éternité qu'il faisait une sieste. Tout compte fait, il aurait dû s'abstenir.

Appeler Kuroko avait été la première chose qui lui était venu à l'esprit.

La veille, il avait fêté son enterrement de vie de garçon.

Curieux terme. Comme si une seule soirée suffisait à tirer un trait définitif sur celui que l'on était il y a une heure à peine. A ne plus aspirer qu'à des choses qui font de nous des hommes respectables.

En ce qui le concernait, il n'avait rien enterré. Rien du tout.

C'était exactement le contraire.


La sonnette de l'entrée retentit en début de soirée. Attrapant sa veste au passage, Akashi ouvrit la porte sur un Midorima qui, à en juger par sa tenue vestimentaire, n'avait pas pris l'occasion à la légère. Il considéra son long manteau noir avec un petit sourire, ce qui, naturellement, suffit à mettre mal à l'aise son camarade d'un mètre quatre-vingt-quinze.

- Je ne vois pas ce qu'il y a de bizarre… nous sommes en novembre.

- Mais c'est très bien.

Akashi ne pensait pas à mal en le regardant, mais il aurait menti en disant qu'il ne cherchait pas à le taquiner un peu. C'était une habitude qu'il avait vite reprise dès lors qu'ils avaient recommencé à se fréquenter. Cela remontait bien à un mois maintenant.

Malgré leur entrevue de cet été qui ne s'était pas terminée sur une note très chaleureuse, Midorima avait fini par venir le trouver, à la sortie de son université. Akashi se serait attendu à ce qu'il veuille régler ses comptes avec lui. Mais il s'avéra qu'il n'y avait pas la moindre once d'animosité dans ses propos. Il était simplement venu lui demander s'ils pourraient aller dans un café pas loin et discuter autour d'une partie de shôgi, comme au bon vieux temps.

Et c'est ce qu'ils firent, en parlant de tout et de rien. Akashi gagnait toujours, bien évidemment, mais son adversaire n'avait jamais été du genre à se décourager. Ils se retrouvaient fréquemment, une à deux fois par semaine, toujours au même endroit. Une fois, Takao passa chercher Midorima, sans témoigner une sympathie démesurée à Akashi. C'est ainsi que celui-ci apprit que ces deux-là sortaient ensemble.

La fois suivante, lorsqu'il arriva au café, ce fut pour annoncer qu'il n'avait plus l'intention d'y venir. Midorima n'eut sans doute pas beaucoup de mal à trouver la raison de ce revirement, car il mit aussitôt les choses au clair.

- Je n'avais pas l'intention de te cacher quoi que ce soit, pour Takao. J'attendais simplement le bon moment pour aborder le sujet sans que tu le prennes comme une provocation.

- Tu crois que c'est ce que je ressens ?

- Je me trompe ?

Une sorte de rictus traversa le visage d'Akashi. Après un court silence, il se tourna vers la porte, et Midorima le suivit. A l'intérieur, à l'abri des courants d'air, ils gagnèrent leur table habituelle et s'assirent sans un mot.

En face de lui, Midorima avait un visage plus dur, et l'observait.

Lorsqu'il reprit la parole, pourtant, il n'y avait aucun reproche dans sa voix.

- Tu n'as plus envie de me parler, parce que tu sais que je suis avec un homme.

Akashi ne réagit pas. Mais il était évident qu'il évitait son regard.

- Ça ne me regarde pas. C'est ton choix, même si je le désapprouve.

- Ça m'est égal que tu l'approuves ou non.

Surpris, l'ancien capitaine tourna la tête vers lui. Midorima se laissa aller contre le dossier de la chaise. Pensivement, il tritura un bout de la serviette élégamment pliée devant lui de ses longs doigts.

- Tu sais, j'ai longtemps pensé comme toi. J'ai cru aussi que c'était quelque chose qui devait me passer et que ce n'était qu'une question de volonté. D'ailleurs, je le penserais sans doute encore si… si je n'avais pas… tenté l'expérience

Son regard bifurqua rapidement vers les rideaux – jacquard incarnat, très belle qualité –, l'air de chercher une échappatoire à la tournure que prenait la conversation au plus vite.

Il poursuivit, néanmoins – avec une diction un peu plus rapide.

- Toujours est-il que ça m'a au moins appris quelque chose. Et c'est que ce que je réduisais constamment à un égarement passager et sans importance signifiait beaucoup plus pour moi que ce que je me bornais à croire. Même maintenant, je sais que je ne regretterai pas cette décision, et dieu sait que j'ai eu du mal à la prendre. Parfois, il faut savoir se faire confiance.

Il avait conscience des deux iris hétérochromes qui le dévisageaient avec une oppressante intensité. Mais il ne laissait pas paraître qu'elles l'impressionnaient. A son propre étonnement, il se découvrait une assurance inattendue en affirmant ce qu'il pensait.

Mais Akashi lui coupa bien vite l'herbe sous le pied.

- Si tu es si confiant, je présume que tu en as parlé à ton entourage aussi. Ils étaient contents pour toi ?

Midorima cessa de déplier la serviette, et se tint coi. Akashi prit un air désabusé.

- Ah… tu n'en as pas parlé ? Au temps pour moi.

Sa main au feu qu'il ne se sentait absolument pas désolé. La discussion resta en suspens alors qu'un serveur venait s'enquérir de leur commande. Lorsqu'il tourna les talons, Akashi s'assit plus confortablement et croisa les jambes, sous le regard inflexible de Midorima.

- Je comprends ce que tu essaies de me dire. Tu es convaincu d'avoir trouvé la personne qui te rendra heureux et ça te donne la sensation d'être invincible et que rien ne pourra vous arrêter. Jusqu'à ce que vous vous trouviez confrontés à la réalité…

Deux tasses de café furent déposées sur la table. Akashi attendit que l'intrus quittât les lieux, puis ses yeux se fixèrent à nouveau sur son vis-à-vis.

- … vous jouirez de l'illusion qu'on peut vivre d'amour et d'eau fraîche.

En l'écoutant, Midorima avait l'impression qu'il ne s'adressait pas exactement à lui. Quand il l'entendait parler, il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il pensait à Kuroko. Et plutôt que de le blesser, ses propos l'attristaient, quelque part.

- J'ai l'intention d'en toucher un mot à ma famille. Je ne sais pas quelle sera leur réaction, mais je suis d'accord : on ne peut pas vivre éternellement en se cachant. C'est la moindre des choses de les en informer. Et puis qui ne tente rien n'a rien.

Il but une gorgée, reposa doucement la tasse.

- Mais va savoir pourquoi, je voulais en parler avec toi d'abord. Peut-être parce que nous sommes dans la même situation.

- Pas vraiment, non.

Alors qu'il s'apprêtait à poursuivre la dégustation de son café, il s'interrompit. Akashi observait le sien avec gravité.

- Je t'ai dit que c'était ton choix. Et tu m'as répondu que tu n'avais que faire de mon avis. Alors très bien. Fais-en à ton idée. Mais ne me mets pas dans le même sac que toi : j'ai changé, et je n'ai aucune intention de revenir en arrière.

- Et tu es heureux comme ça.

Akashi le considéra derrière le rebord de porcelaine blanche.

- Tu es plus naïf que ce que je croyais, Shintarô. Pourtant, toi aussi tu as des responsabilités. Tu devrais savoir ce qui passe en priorité.

- C'est un choix qui complique beaucoup de choses, je te le concède. Plus que si l'on choisit l'option mariage et vie de famille. Mais tu vois, sans rentrer dans des considérations philosophiques, je crois qu'on ne peut aller nulle part si l'on ne commence pas par s'accepter tel que l'on est. En prendre conscience et l'assumer, c'est la seule façon d'être en paix avec soi-même.

- En prendre conscience, l'assumer, et le maîtriser. On peut s'améliorer, il suffit de le vouloir.

Les deux tasses étaient vides à présent. Mais ni l'un ni l'autre ne chercha à poursuivre le débat. Ils se connaissaient suffisamment pour savoir qu'ils étaient tous les deux butés au possible, et qu'ils avaient plus de chances de convaincre leur soucoupe qu'elle pouvait voler que de faire changer l'autre d'avis.

Il y avait une dernière chose malgré tout que Midorima tenait à dire.

- Ma seule crainte, c'est que tu sois en permanent conflit avec toi-même, comme ça s'est produit par le passé. Ce que tu essaies de changer, c'est bien plus profond qu'une mauvaise habitude ou une simple lubie.

Et c'est en t'efforçant constamment d'être celui qu'on attendait de toi que tu as fini par devenir quelqu'un d'autre. Mais il n'alla pas au bout de sa pensée. Mentionner sa double personnalité à Akashi en ces termes aurait été très maladroit. Et qui plus est, le sujet était tabou.

L'intéressé se leva. Il déposa l'argent sur la table, et lui glissa en guise de conclusion :

- Je l'ai déjà changé.

C'était en ces termes que s'était terminé leur dernier entretien. Cinq minutes plus tard, Midorima recevait un appel de Takao qui, non content d'être devenu exagérément possessif, voyait manifestement d'un mauvais œil son rapprochement avec leur ex-meilleur ennemi. Appel auquel l'ancien shooteur de Shûtoku n'avait pas donné suite. Organiser cette soirée quand on avait pour amis un oisif tête en l'air, un paresseux de première et un porté disparu qui venait de refaire surface sans crier gare, c'était comme diriger un navire qui prend l'eau vers le premier port en vue ; une galère de tous les instants.

Enfin. Il avait réussi. C'était le principal.

En face de lui, Akashi ne se départait pas de son sourire amusé.

- Je croyais qu'il fallait mettre des vêtements qui ne craignaient pas ?

Midorima tira brièvement sur ses manches, histoire de lisser un éventuel pli.

- J'ai prévu ce qu'il faut en-dessous.

Tandis qu'Akashi boutonnait sa veste beige, des éclats de voix jaillirent à côté du perron. Pas bien difficile de savoir qui en était l'origine. Aomine trouva tout de même le moyen, comme il s'éloignait vivement de Kise en marche arrière pour se mettre hors de portée, de bousculer une jeune femme de chambre qui traversait l'allée. Il s'excusa aussitôt – avec sa nonchalance habituelle, cela dit –, mais la petite brunette, sans doute sensiblement impressionnée par ce grand jeune homme, s'enfuit sans demander son reste.

Perplexe, il jeta un coup d'œil à Akashi.

- … C'était pas elle, ta fiancée ?

Ce à quoi l'intéressé ne put s'empêcher de rire.

- A vrai dire, je ne suis pas sûr qu'elle ait jamais osé m'adresser la parole.

- C'est vrai que vous avez du staff, ici…

L'espace d'un instant, Aomine parut pensif. Aucun d'eux n'eut beaucoup de peine à deviner qu'il contemplait avec un intérêt certain le concept d'être à la tête d'une maison fortunée pourvue d'une faction de jolies soubrettes charmantes et dévouées – concept qui n'avait sans doute que peu à voir avec le quotidien d'Akashi, mise à part la maison fortunée.

Lui avait respecté la consigne de ne pas mettre de vêtements trop délicats. Sweatshirt à capuche et baskets. Pas de risque de perte majeure. Bien évidemment, Kise ne se serait pas contenté d'une telle sobriété. Son trenchcoat ne dévoilait pas le haut, mais il portait un pantalon cintré qui ne s'était certainement pas égaré dans une friperie avant de trouver preneur. Comme, probablement, environ quatre-vingt-dix pourcents du contenu de ses penderies.

Ceci étant dit, Akashi n'avait aucune idée de leur destination, ce soir.

- Bon, on y va ?

Levant le nez, Murasakibara dépassait d'une tête les barreaux du portail. Chez lui non plus, pas de surprise : un baggy et un long gilet qui aurait fait une robe à plus d'un, toujours miser sur les valeurs sûres.

- Oui, allons-y. On va déjà perdre suffisamment de temps dans les embouteillages.

Midorima prit la tête du petit groupe qui descendit la rue jusqu'à une voiture garée de travers sur le trottoir. Murasakibara sortit une clé accrochée à un vieux nounours qui avait l'air d'avoir traversé trois guerres nucléaires et les phares clignotèrent dans un déclic mécanique.

- C'est ta voiture, Atsushi ?

- Ouais. Je l'ai eue y a un mois pour mon anniv'. Elle était à mon frère, mais il s'en est racheté une autre.

Pas difficile de comprendre pourquoi. L'époque où cet engin rouillé avait été neuf et rutilant semblait appartenir à des âges ancestraux. L'un des phares arrière était à l'air libre, le rétroviseur de droite était fixé avec du gros scotch marron… et il y avait une portière rouge. Le reste du véhicule était gris.

L'espace d'un instant, Akashi se demanda si la tenue tout terrain qu'on lui avait conseillé de porter ce soir-là n'était pas une précaution relative au seul trajet à bord de cette fascinante machine venue d'un autre monde.

Kise et Aomine n'étaient pas bien farouches et plongèrent la tête la première à l'intérieur – surtout Aomine, bien décidé à ne pas se taper le siège du milieu. Comme on les entendait se disputer depuis la rue, Midorima poussa un soupir et rentra à son tour, avec la ferme intention de ne pas les laisser rendre le voyage qui s'annonçait déjà chaotique encore plus insupportable par leurs chamailleries. Murasakibara s'assit au volant – ou plutôt s'y recroquevilla, étant donné la bassesse du plafond et le léger handicap de sa taille dans ce genre de cas de figure – et il ne resta plus à Akashi qu'à prendre place du côté passager, en songeant qu'il allait bientôt éprouver un subit élan d'affection à l'égard de son chauffeur habituel.

- Attachez vos ceintures…

Le conseil aurait été encore plus pertinent si le conducteur l'avait donné avant d'entamer une brutale marche-arrière. Akashi bascula en avant, manquant de rentrer la tête la première dans le tableau de bord. Il entendit un "boum" étouffé dans son dos, et en conclut qu'Aomine avait eu moins de chance que lui.

Le véhicule fit une embardée retentissante et s'engagea sur la chaussée. A l'arrière, Kise, qui avait échoué au milieu, cherchait en vain où est-ce que sa ceinture devait aller. Et Midorima, si près de la vitre que son front donnait l'impression d'avoir fusionné avec, cherchait à limiter au maximum tout contact avec son voisin, mission impossible compte tenu de l'étroitesse de l'habitacle.

Miraculeusement, le trajet se fit sans autre incident notable. Murasakibara avait beau ne pas être d'une délicatesse extrême dans ses manœuvres, son naturel un peu relâché et flegmatique en faisait le dernier candidat aux excès de vitesse et autres infractions courantes. Il s'arrêtait à chaque feu orange et ralentissait nettement – très nettement – dans les virages, au point qu'Akashi en vint à penser qu'il était certainement la cause de nombreux bouchons à lui tout seul.

Ils s'arrêtèrent dans un parking souterrain, au bout de trois quart d'heure de route, animés tout du long par les sujets de conversation sans queue ni tête de Kise, qui passaient avec beaucoup de naturel de l'invasion du pays par les ratons laveurs ces dernières années à la dernière interview qu'il avait passée pour un magazine de mode – curieusement ou non, le premier sujet suscita deux fois plus de réactions que le deuxième.

Le petit groupe dîna dans un restaurant français, où Aomine se sentit aussi à son aise qu'un lapin dans un aquarium. Après avoir lorgné le menu qui, il en était intimement convaincu, n'était pas destiné à être compris par le commun des mortels, il parvint à obtenir du blondinet qui les servait qu'on lui apporte un steak haché basique – "Et pas un… entrelacs de charolaise virevolté dans son coulis d'abricots pochés au Dom Pérignon" – avec des patates. Murasakibara demanda la même chose. Kise fut quant à lui ravi de découvrir qu'il y avait de la soupe à l'oignon gratinée au menu, et Midorima et Akashi s'attaquèrent – courageusement, selon Aomine – au plat du jour à base de fruits de mer et d'une curieuse sauce aux champignons.

Si le choix du plat les avait plongés dans une confusion certaine, il en fut tout autrement pour le dessert. L'embarras du choix était tel que Murasakibara finit par imposer que chacun partage un bout de ce qu'il commanderait, s'assurant au passage que tout le monde prenait bien un dessert différent.

- Je vais fonder une religion à la gloire des éclairs au chocolat !

A peine sorti du restaurant, Kise prévoyait déjà son prochain rendez-vous avec sa nouvelle âme sœur culinaire. Là-dessus, Aomine ne trouva rien à redire.

- J'avoue. Je m'en referais bien des comme ça tous les jours.

- C'est le meilleur gâteau que j'ai jamais mangé !

Piqué au vif, Murasakibara le fusilla du regard, et Kise s'empressa d'agiter les mains devant lui pour démentir.

- Enfin, après les tiens, Murasakicchi, évidemment !

- En tout cas, c'était une très bonne idée.

Akashi souffla dans ses mains pour se réchauffer, et les regarda successivement, faute de savoir à qui il devait s'adresser. Le doigt pointé de Kise lui indiqua Midorima.

- C'est Midorimacchi qui a eu l'idée.

- Ça ne m'étonne pas. Merci.

Peu enclin à s'attarder sur le sujet, le jeune homme à lunettes marmonna un rapide "Pas de quoi" et remonta le col de son manteau.

- Bon, on va pas y passer le réveillon…

Brusquement, Akashi fut plongé dans le noir. Il manqua de trébucher en arrière, et butta contre un corps musclé qu'il identifia comme celui d'Aomine. Celui-ci venait soudainement de recouvrir ses yeux d'un bandeau.

- Que…?

Il ne protesta pas, mais la démarche avait de quoi surprendre. Il sentit qu'on lui prenait la main, et entendit la voix de Kise tout près de lui.

- T'inquiète pas, c'est pas très loin.

On le tira vers l'avant, et il suivit, contraint de s'en remettre aux quatre autres pour le guider. Avec une précaution extrême – par peur des représailles, peut-être –, Kise prenait garde à le prévenir si la moindre crevasse, la moindre flaque d'eau se dressait sur leur chemin. Akashi ne marchait pas beaucoup plus lentement que d'habitude. D'abord parce que Midorima marchait devant lui, et que s'il y avait eu un panneau sur leur trajectoire, il se le serait en toute logique payé avant lui, et ensuite à cause d'Aomine qui le collait d'un peu trop près, et qui ne manquerait probablement pas de lui rentrer dedans s'il ralentissait.

La surprise passée, il se prit au jeu, et lorsque Kise lui demanda s'il se sentait perdu, il lui détailla avec la plus grande précision le parcours qu'ils venaient de faire, avec chaque tournant et chaque changement de trottoir.

- Evidemment… Il en faut plus que ça pour le perdre…

Le blond soupira bruyamment, constatant que leur petit procédé – c'était sûrement lui qui en avait eu l'idée – n'avait finalement pas servi à grand-chose. Quoi qu'il en soit, ils s'étaient arrêtés.

Murasakibara ôta le bandeau. Et Akashi se retrouva face à une enseigne lumineuse allumée plein phare, qui l'aveugla une seconde fois.

- … Une boîte de nuit ?

- Pas exactement. C'est là que le code vestimentaire prend tout son sens. Midorimacchi, le matos.

Grommelant quelque chose dans sa barbe, Midorima fouilla dans son sac, et en sortit plusieurs sachets en plastique vides, qu'il répartit entre chacun d'eux.

- Mettez vos téléphones portables et votre argent dedans. Ça leur évitera d'être mouillés.

- Mouillés ?

Akashi répéta ce dernier mot, dubitatif, mais aucun n'avait l'air disposé à lâcher le morceau. Kise et Aomine lui adressèrent un sourire qui en disait long sur leur anticipation de sa réaction. Bien. Il allait vite savoir.

Ils se présentèrent à l'entrée, et le videur, lui-même plutôt costaud dans son genre mais qui faisait pâle figure devant Murasakibara, jeta un coup d'œil perplexe en direction d'Akashi. Naturellement, il détonnait un peu au milieu de tous ces géants qui faisaient facilement une tête de plus que lui. En temps normal, avec Kuroko à ses côtés, la différence était moins flagrante.

Mais Kuroko n'était pas là.

Alors que le type qui n'en finissait pas de jeter des regards suspicieux au titan de deux mètres qui les accompagnait, Midorima se pencha légèrement vers lui.

- Tout va bien ?

Il s'appliqua à penser à autre chose, et reporta son regard vers la porte d'un air curieux.

- On va voir ça tout de suite…

La porte s'ouvrit sur un sas, et ils s'entassèrent tous les cinq à l'intérieur.

Le passage derrière eux se referma. Des cris et de la musique à plein volume jaillirent en même temps qu'une seconde porte, automatique cette fois, leur dévoilait une immense salle dont Akashi ne voyait encore que le plafond derrière le mur humain qui se dressait devant lui.

Mais quand les autres s'écartèrent pour le laisser passer, le spectacle fut suffisamment saisissant pour le laisser sans voix quelques secondes.

Tout, absolument tout – la piste, le bar, les gens –, tout autour d'eux baignait dans un torrent de mousse blanche. Les projecteurs multicolores lui donnaient des airs d'arc-en-ciel de bulles ici et là. Quant aux personnes présentes, elles étaient toutes sautillantes et détrempées, disparaissant sous les vagues et s'envoyant des boules de mousse sans viser.

En somme, il avait atterri dans une sorte de baignoire géante.

- Alors, Akashi ? Ça surprend, la première fois, hein ?

- Plutôt, oui.

Aomine ne le savait peut-être pas, mais il n'était jamais allé en soirée. Enfin, dans une soirée qui rassemblait des jeunes de son âge. Le genre de soirées auquel il était habitué se faisait autour d'un buffet, et consistait pour la majeure partie à rester statique, en saluant des grands patrons grisonnants comme si leur présence était ni plus ni moins le parangon du ravissement.

Ici, la moyenne d'âge ne dépassait sans doute pas 25 ans. Et à la réflexion, ils étaient certainement les plus jeunes.

- Bon, puisqu'on en est là, quel est le but exactement ?

Midorima remonta ses lunettes à qui il pouvait déjà présager un avenir funeste. Akashi remarqua à cette occasion que, fait rarissime, il ne transportait aucun objet incongru aujourd'hui. Quel qu'il soit, le porte-bonheur du jour devait malheureusement être incompatible avec la mousse.

- Y a pas de but, sérieux. Tu rentres dedans, et puis tu t'amuses. Si tu veux pas danser, t'es pas obligé, de toute façon c'est pas comme si les gens pouvaient te voir, dans tout ce bordel.

Deux filles barbouillées de blanc leur rentrèrent dedans sans le faire exprès – enfin, c'est ce qu'elles leur dirent –, et disparurent dans une nouvelle marée comme elles étaient venues.

- C'est le délire, ce truc ! Allez, on y va !

Kise tira Aomine par la manche, sans prêter attention une seule seconde à ses protestations, et celui-ci se raccrocha au premier bras venu. Il attrapa Murasakibara, qui attrapa Akashi, qui attrapa Midorima, et ils se retrouvèrent tous les cinq au milieu d'une véritable piscine de mousse.

Akashi sortit la tête et dégagea un espace autour de lui pour éviter de boire la tasse. La sensation moite et humide lui donna d'abord la désagréable impression d'avoir plongé dans son bain sans s'être déshabillé au préalable. D'ailleurs, au moins la moitié des gens qui flottaient autour de lui étaient des hommes torse-nus et des filles en haut de maillot de bain.

Quelqu'un lui attrapa l'épaule. Il lui fallut bien trois secondes pour reconnaître Kise, qui s'était déjà fait une barbe de Père Noël et de gros sourcils blancs.

- T'es vraiment un gros gamin, toi !

A côté de lui, Aomine lui envoya une bonne tartine en pleine face, transformant de manière assez convaincante le Père Noël en Yéti. Kise lâcha Akashi et s'appliqua à faire disparaître intégralement son assaillant sous la mousse. A les voir, on aurait dit deux gosses dans la piscine à balles de McDo.

Faisant un pas de côté pour éviter un fêtard qui passait près de lui, le jeune homme aux cheveux rouges buta contre un homme à la carrure solide. Un homme qui fulminait en silence derrière ses carreaux couverts de mousse.

- Dommage que les lunettes ne soient pas encore équipées d'essuie-glaces…

Midorima émit un grognement agacé et dégagea son champ de vision comme il pouvait.

- Regrettable, oui.

Peut-être que la musique et le petit air de folie qui planait dans le coin y étaient pour quelque chose. Ou alors c'était simplement parce qu'il aimait embêter Midorima. Toujours est-il qu'Akashi se sentit subitement d'humeur joueuse, et souffla un nuage de bulles en direction de son visage.

- Mais…?! Je viens juste de les nettoyer !

Le temps qu'il les essuie à nouveau, le porteur de lunettes ne put voir le plus petit se fondre dans la mousse et disparaître.

- Où qu'il est…? Akashi, reviens tout de suite !

Aussi se lança-t-il à la poursuite d'Akashi dans la mer de bulles. Et c'est ainsi que Midorima finit couvert de mousse de la tête aux pieds.


- Vous voulez que j'aille vous en recherchez, les gars ?

Aomine bascula l'un des verres du bout du doigt, constatant amèrement qu'il ne restait plus une goutte de leur troisième tournée.

Affalé contre le dossier détrempé, Midorima déboutonna le col de sa chemise – son cou était aussi rouge que son visage –, et agita vaguement la main.

- Pas pour moi.

- Moi non plus.

Akashi se tourna vers Murasakibara. Il s'était carrément étalé sur la banquette, occupant trois places à lui tout seul. Il lui attrapa le bras et le secoua. Sans résultat. Lorsqu'il lui picota les côtes du bout du doigt à plusieurs reprises, cependant, sa tentative fut plus fructueuse.

- Mmmmh…?

Ouvrant à peine les yeux, le dormeur grogna comme un gros ours qu'on aurait dérangé en pleine hibernation. Il fit une grimace, la lumière et la musique lui coupant toute nouvelle retraite dans une seconde sieste. A contrecœur, il repassa en position assise, mi-homme mi-zombie.

- A mon avis, il a eu sa dose.

Personne n'allait dire le contraire. Manifestement, boire ne lui réussissait pas.

Lentement, très lentement, il se leva, et l'air hagard, se dirigea vers la sortie.

- Je crois que je vais rentrer.

- Seul ?

Akashi le regarda d'un air soucieux, mais Midorima, depuis le fond de son siège, lui fit signe que tout allait bien.

- Il habite juste à côté, il peut rentrer à pied. On avait prévu de passer la nuit chez lui, de toute façon.

Murasakibara traça son chemin à travers la foule. Sa taille jouant en sa faveur, tout le monde s'écartait pour le laisser passer, de peur de se faire renverser.

Le mur de mousse se referma sur lui, et Aomine reprit son verre – enfin, un de ses verres – sur la table.

- Bon, on vous laisse alors. Si on se revoit pas d'ici-là, à demain.

Akashi acquiesça, et le jeune homme qui n'en était visiblement qu'au début de sa soirée repartit vers le bar, Kise sur ses talons.

Ils n'étaient plus que deux, de chaque côté de la table, harassés par toutes ces bulles et ces verres. Leurs chemises leur collaient au corps. Laissant aller sa tête en arrière, Akashi ferma les yeux. Et fut bientôt secoué par la voix caverneuse de son voisin.

- T'endors pas, toi aussi.

- Je récupère, c'est tout.

Là où ils se trouvaient, la musique n'était pas aussi entêtante que tout à l'heure. De ce fait, Midorima n'eut pas à trop hausser le ton pour se faire entendre.

- La date est fixée, alors ?

Akashi sembla mettre un moment à comprendre de quoi il parlait. Puis il répondit d'un air serein :

- Le 20 décembre.

- Sympathique cadeau d'anniversaire.

Il sourit sans relever la note d'ironie. Midorima reprit.

- Cette soirée intervient un peu tôt, mais comme je doute que tu sois disponible par la suite.

- Non, c'est très bien. J'aurais sans doute peu l'occasion de sortir, d'ici-là.

En face de lui, le jeune homme à lunettes inspira longuement. Akashi n'ajoutait rien. Il regardait ailleurs, impénétrable.

Finalement, Midorima souffla :

- Tu vas vraiment aller jusqu'au bout, alors.

Son voisin tourna la tête vers lui et haussa les sourcils.

- Bien sûr. C'est ce qui était prévu depuis le début.

- Je me disais que tu reviendrais peut-être sur ta décision.

- Shintarô, est-ce que tu essaies de me dissuader ?

Brusquement, son regard se fit plus froid. Un sentiment désagréable parcourut celui qu'il dévisageait.

- … Non.

Satisfait de cette réponse, Akashi cessa de le regarder, et Midorima sentit instantanément un poids s'envoler de ses épaules. Non sans une certaine amertume. Il n'aimait pas cette façon qu'avait son ancien capitaine de réduire au silence ceux qui le contredisaient.

Depuis le temps, il avait bien compris que c'était pour la bonne et simple raison qu'il ne supportait pas d'être remis en question.

Mais lui n'était pas prêt à lâcher le morceau.

- J'ai hésité à proposer à Kuroko de venir, mais je suppose que j'ai bien fait.

- Je ne suis pas sûr que j'aurais apprécié la démarche.

Midorima le considéra un moment, songeant en son for intérieur qu'il avait sans doute davantage fait ça pour Kuroko que pour lui.

Il y eut un nouveau moment de latence.

Akashi tourna la tête vers Midorima. Derrière ses lunettes qu'il était parvenu tant bien que mal à nettoyer, son regard papillonnait mollement d'un groupe de jeunes éméchés à un autre. Il trouva où se poser, au bout d'un moment, et ne bougea plus.

Akashi chercha ce qu'il fixait. Il n'eut pas de mal à le trouver. A quelques pas d'eux, accoudés à une rambarde qui surplombait la piste de danse, une petite bande de jeunes mâles dont la plupart ne s'étaient pas encombrés d'un t-shirt observaient leurs congénères en plaisantant, un verre à la main.

Deux d'entre eux paraissaient nettement plus âgés et approchaient sans doute de la trentaine. Il y en avait un autre, typiquement le genre qui devait faire tomber les filles – ou plus probablement les hommes – comme des mouches sans se donner beaucoup de mal : grand, les cheveux courts et clairs et la silhouette justifiant assez bien l'absence de chemise. Le quatrième, plus proche d'Akashi en taille, était plus fin, mais son sourire et les cheveux noirs en bataille qui collaient à ses joues à cause de l'humidité le rendaient attirant à sa manière, plus sauvage que les autres.

Le blond l'attira vers lui, et il fit mine de se débattre. Il ne protesta pas cependant quand il se pencha vers lui pour l'embrasser langoureusement.

- Tu les regardes aussi.

Les mots de Midorima eurent pour effet de le tirer immédiatement de sa rêverie. Il se redressa, et lui lança un regard plus glaçant que le premier.

- Ne recommence pas avec ça.

- C'est l'impression que ça donne, c'est tout.

Comme subitement indisposé par l'atmosphère ambiante, Akashi se leva, et enfila son gilet à peine sec. Silencieux, son camarade le suivit jusqu'au vestiaire.

Ils récupérèrent leurs manteaux et leurs écharpes, qu'ils revêtirent de sorte à laisser le moins de surface découverte possible. Puis ils sortirent dehors, à la lumière des réverbères.

L'air était frais, et avec leurs chemises encore humides, ils ne s'attardèrent pas devant la porte. Marchant côte à côte, ils prirent le chemin de l'appartement de Murasakibara.

La tête rentrée dans son col, Midorima le regardait sans rien dire.

Difficile de déterminer s'il était agacé, ou simplement fatigué après la soirée qu'ils venaient de passer. Quoiqu'il en soit, il avait l'impression de perdre son temps à essayer de lui faire réaliser qu'il s'engageait pieds et poings liés dans la mauvaise direction. Il en avait forcément conscience. Mais que ce soit parce qu'il voulait se persuader du contraire, ou parce que l'admettre aurait sévèrement nui à sa crédibilité, rien de ce que Midorima pouvait lui dire ne semblait en mesure de lui faire reconsidérer la question. Kuroko s'y était essayé – sans grand succès jusque-là. Et il commençait à douter de ses chances, lui aussi.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Il sortit de ses pensées, tout d'un coup. Akashi avait levé la tête, et lui rendait son regard d'un air interrogateur.

Las, il lui dévoila honnêtement ce qui lui occupait l'esprit.

- J'aimerais juste te faire comprendre que je ne fais pas ça contre toi. Seulement, quoi que je dise, tu te braques à chaque fois.

Comme Takao sur certains sujets, pensa-t-il aussitôt. Mais le moment était mal choisi pour faire des parallèles.

L'expression d'Akashi restait indéchiffrable.

- Je sais. Ce qui me pose question, c'est plutôt pourquoi tu t'en préoccupes autant. Il s'est passé quelque chose entre toi et Kuroko pour que tu aies une dette envers lui ?

- Tss. Je ne vois vraiment pas pourquoi je ferais tout ça pour lui. Non, c'est dans un intérêt purement personnel. Crois-moi, je regrette vraiment de m'être mêlé de vos histoires alors que ça ne me concernait absolument pas. Sauf que maintenant, si je ne veux pas avoir l'impression d'avoir traversé tout ça pour rien, il faut bien que je fasse quelque chose.

- Je vois. C'est légitime.

- Et il n'y a pas seulement ça…

Faisant une pause sur leur parcours, il s'appuya contre la barrière qui bordait la chaussée, laissant reposer sa jambe sur l'une des barres. Akashi s'arrêta en face de lui sans prononcer un mot.

Au bout d'un moment, Midorima reprit :

- Il n'y a pas que pour toi que cette décision est difficile. Je connais Nanamine depuis à peu près aussi longtemps que toi, et c'est une fille bien. Pour parler franchement, elle ne mérite pas de subir ça.

L'œil rouge et l'œil jaune s'étrécirent dans le peu de lumière qui les éclairait.

- De subir quoi ?

Pas décontenancé une seule seconde, Midorima le toisa de derrière ses lunettes.

- Tu veux vraiment te l'entendre dire ?

Akashi ne répondit pas.

Il prit une profonde inspiration, comme s'il luttait pour garder le contrôle de lui-même.

En face de lui, le jeune homme pesa ses mots.

Puis il demanda :

- Est-ce que tu es capable de la prendre dans tes bras ? Est-ce que tu es capable de lui promettre que vous aurez des enfants ensemble ?

L'instant d'après, la main d'Akashi le saisit par le col avec violence, si bien qu'il dut s'agripper à son bras pour ne pas basculer. Il laissa échapper un grognement, et darda sur lui un regard furieux. Mais celui qu'il lui rendit était autrement plus menaçant.

- Combien de fois il va falloir que je vous le dise ?! J'ai tiré un trait sur Kuroko et toutes ces conneries ! Tout ça, c'est le passé !

- Dans ce cas, qu'est-ce qui t'empêche de répondre ?!

- Je n'ai pas à me justifier devant toi !

- C'est toi qui persistes à te voiler la face, et tu le sais très bien !

Il ne desserra pas sa prise pendant de longues secondes, l'autre poing contracté au point d'en avoir les jointures complètement blanches. Midorima s'attendit presque à ce qu'il le cogne avec.

Il le lâcha, brusquement, et l'autre se raccrocha à la barrière, sans laquelle il se serait probablement effondré à ses pieds.

Le souffle court, il se hissa à la force de ses bras, et constata, une fois rétabli, qu'Akashi avait fait un pas en arrière. Et qu'il le regardait d'un air méprisant.

- Je crois que tu as dit tout ce que tu avais à me dire.

Sans se préoccuper de sa réponse, il s'éloigna d'un pas rapide. Il savait où était la maison. Il n'avait pas besoin de lui. Et surtout pas la moindre intention de l'attendre.

A l'allure où il marchait, il arriva à destination à peine cinq minutes plus tard. Il franchit le petit portail. La porte n'était pas fermée.

Depuis le canapé du salon, Murasakibara qui s'était mis en tenue d'intérieur lui fit signe, une chips à la main.

- T'es tout seul, Akachin ?

Il répondit vaguement que Midorima ne devrait pas tarder. Son hôte acquiesça. Il lui dit qu'il pouvait utiliser la salle de bain à l'étage, et dormir dans la chambre d'un de ses frères.

Il monta l'escalier, prit le rechange qu'on avait sorti pour lui sur le lit et gagna la salle de bain.

Une fois à l'intérieur, il verrouilla la porte derrière lui.

Les vêtements qu'il tenait dans les mains s'étalèrent sur le tapis humide. Il se passa maladroitement une main sur le visage.

La pièce était minuscule. Il n'aurait sans doute pas dû s'enfermer là-dedans.

La respiration saccadée, il s'appuya à deux mains sur le rebord du lavabo. Et laissa sa tête pendre, tandis qu'il inspirait et expirait par à-coups.

Comment osent-t-ils…

A tâtons, il chercha le robinet d'eau chaude de la douche, et le fit tourner. L'eau sortit comme un geyser et l'aspergea sur la moitié du corps.

J'ai tout fait jusqu'ici pour ne pas commettre la moindre erreur.

Son regard s'égara dans le miroir.

Une forme, floue et inconnue, remplaçait son reflet.

Personne ne peut rien me reprocher !

Il ferma les yeux aussi fort qu'il le pouvait. C'était pire.

Dans le noir, il n'en entendait que mieux sa voix.

La sienne, et toutes celles qui résonnaient sans cesse.

De plus en plus fort.

C'est toi qui persistes à te voiler la face !

Toi aussi… prends tes responsabilités.

Comme une sirène d'ambulance qui approche à toute allure.

Il ne faudra parler de ça à personne, Seijûrô. Surtout pas à ton père. Ce sera notre petit secret… D'accord ?

Il rouvrit les yeux.

La sirène était passée.

Et tout à coup, plus rien.

Rien que le bruit de l'eau, qui revenait, peu à peu.

Tout autour de lui était embué. La forme dans le miroir avait disparu, et la douche coulait à flots.

Il tira le rideau derrière lui après s'être déshabillé. L'eau chaude se déversa sur sa tête et l'enveloppa comme dans une bulle.

Pourquoi…

Petit à petit, sa voix aussi lui parut plus lointaine. Elle s'écoulait avec les filets d'eau qui ruisselaient sur son visage. Il s'était recroquevillé quelque part, dans le noir.

Akashi leva la tête, laissant la chaleur s'écouler sur ses paupières et ses joues.

C'était prévisible.

Depuis quelques temps, déjà, il le sentait ébranlé. Lui qui ne laissait jamais paraître ses failles, lui qui l'avait relégué de force à l'oubli. Il l'avait senti perdre pied.

Il n'aurait jamais pensé que le changement se ferait aussi brutalement, cependant.

Pendant tout ce temps, il avait attendu, dans le noir. Et voilà qu'il se retrouvait sous une douche, en pleine nuit et dans une salle de bain inconnue.

Tout ceci était bien différent de la première fois. Lorsqu'il s'était assis sur le banc pendant le time out, et qu'il avait dû lutter avec lui pour reprendre sa place. La transition ne s'était jamais faite facilement. Parce que, bien qu'ils ne forment qu'une seule et même personne, en vérité, aucun des deux ne faisaient aveuglément confiance à l'autre. Au fond de lui, et depuis bien longtemps déjà, se jouait une perpétuelle lutte de pouvoir.

Cette fois, néanmoins, quelque chose avait changé. Il s'était retrouvé projeté à la surface sans vraiment l'avoir désiré. L'autre s'était tout à coup retiré. Et lui n'avait eu d'autre choix que de prendre le relais.

Il sortit la tête de l'eau et prit une grande bouffée d'air – et de vapeur, inévitablement.

Plusieurs fois, il s'était fait la réflexion que peu de personnes devaient avoir fait l'expérience d'une sensation de ce genre. Et qu'elles n'avaient rien à lui envier, là-dessus.

Là encore, cette fois différait des précédentes. Par le passé, l'un et l'autre s'étaient remplacés dans une situation critique, qui ne lui laissait pas le temps se poser beaucoup de questions.

Mais à cet instant, rien ne venait perturber le calme de la toute petite salle de bain, à l'exception du bruit de l'eau qui coulait. Rien pour le sortir de cet espace d'entre-deux, dans lequel il stagnait avec l'étrange sensation d'être à contretemps de tout ce qui l'entourait.

Il ferma le robinet, et écouta attentivement.

Sa voix s'était éteinte.

Lorsqu'il se fut séché et habillé, il ramassa ses affaires et les disposa sur une chaise dans la chambre. Puis s'allongea sur le lit.

Il avait la sensation d'avoir dormi pendant une éternité. Sans grand étonnement, il ne trouva pas le sommeil.

Alors il passa le plus clair de sa nuit à ressasser son altercation avec Midorima. Les évènements de ces dernières semaines, qu'il voyait sous un jour différent. Sa première rencontre depuis des mois avec trois de ses anciens partenaires de Teikô, dans le salon de thé où travaillait Murasakibara. Et le jour où Kuroko était venu lui parler, il n'y avait pas si longtemps que ça.

C'est seulement un peu avant six heures que le tourbillon d'images perdit de vitesse, et qu'il se laissa aller à fermer les yeux.


A peine deux heures plus tard, des bruits de vaisselle le tirèrent de sa torpeur. Se redressant dans le lit, il mit quelques secondes à raccrocher les wagons.

La maison de Murasakibara. La soirée. La mousse.

... Kuroko. Et par extension, Midorima.

Lentement, il s'extirpa des couvertures, et remit ses vêtements de la veille – secs, cette fois.

Lorsqu'il arriva dans la cuisine, Murasakibara était affairé à bourrer le lave-vaisselle jusqu'à l'extrême limite, très certainement pour en avoir le moins possible à faire à la main. En entendant Akashi derrière lui, il laissa tomber – littéralement – le plat qu'il avait à la main, provoquant un grand fracas auquel il ne prêta aucune attention.

- Coucou. Tu te lèves tard.

- Je me suis couché assez tard aussi. Bien dormi ?

Le grand maladroit haussa les épaules.

- Pas trop, nan. Je me suis endormi sur le canapé et Kisechin et Minechin sont rentrés à 2h du mat'. Ils m'ont réveillé.

Ils s'assirent et déjeunèrent en silence. Son hôte devait être levé depuis un certain temps, mais après tout, toutes les excuses étaient bonnes pour manger.

- Tu as vu Midorima ?

- Oui. Il est déjà parti.

Murasakibara le regarda tandis qu'il finissait son café, sans rien ajouter. Il l'accompagna jusqu'à la porte d'entrée une fois qu'ils eurent dûment organisé l'intérieur du lave-vaisselle et mit l'engin à tourner.

- Ils dorment encore en-haut. Je sais pas quand est-ce qu'ils auront l'intention de se lever.

Akashi eut un léger sourire.

- Merci beaucoup de nous avoir accueillis.

- Hmm.

Après un temps de réflexion, le jeune homme qui tenait difficilement dans l'encadrement de la porte pencha la tête de côté.

- Akachin… tu es sûr que ça va ?

Venant de lui, la remarque avait de quoi surprendre. Il hocha la tête, lui adressant un regard bienveillant en retour.

- Ca va très bien, ne t'en fais pas. A une prochaine fois.

Laissant un Murasakibara un peu perplexe sur le seuil, il tourna les talons et gagna la station de métro la plus proche.

A vrai dire, il avait connu des jours meilleurs. Et il sentait très nettement qu'il était loin d'avoir récupéré. Aussi bien de la soirée en elle-même, que de tout ce qui l'agitait, inlassablement.

Heureusement, il n'eut pas affaire à beaucoup de monde, ce jour-là. Le plus clair de sa journée se passa dans le petit salon. Sa fiancée sentit bien qu'il avait quelque chose de changé. Sans doute comprît-elle aussi assez vite qu'il avait besoin qu'on le laisse seul, car elle se garda de lui poser trop de questions.

Il passa la journée sans voir personne d'autre qu'elle. Hormis le déjeuner, qu'il partagea avec son père.

Son père.

Il n'avait pas la moindre idée qu'Akashi Seijûrô était deux personnes.

Il n'avait jamais voulu en voir qu'une seule.

Il ne lui demanda pas ce qu'il avait fait de sa soirée. Et le repas s'acheva sans que ni l'un ni l'autre ne se posent la moindre question.


- Kuroko.

- … Akashi-kun ?

Kuroko rapprocha le téléphone de son oreille.

- J'ai une faveur à te demander.

Ce n'était pas seulement dans sa façon de l'appeler. Il y avait quelque chose, dans sa voix. Et il frémit à l'idée de cela pouvait signifier.

- Pars à Kyôto avec moi.

Il ouvrit et referma la bouche plusieurs fois sans trouver quoi répondre. Au bout d'un moment, il entendit Akashi répéter son nom à l'autre bout du fil, pour s'assurer qu'il était toujours là.

- … Comment ça ? Qu'est-ce qui se passe ?

Cette fois, ce fut à son tour de croire qu'il avait raccroché.

Puis la voix murmura à nouveau, si bas qu'il l'entendit à peine :

- J'ai besoin de faire un break. Si tu n'as pas changé d'avis depuis la dernière fois… cette fois, on aura tout le temps de discuter.

Kuroko hésita à répondre. La proposition semblait tout droit tombée du ciel.

… C'était d'ailleurs ce qui le chiffonnait. Il avait le sentiment d'avoir perdu le fil.

- Tu n'es pas obligé de me donner ta réponse maintenant. Je partirai dans une semaine. D'ici-là, si tu ne me rappelles pas, je prendrai ton silence pour un oui.

Et avant qu'il ait pu répliquer quoi que ce soit, la communication avait coupé.