Bonjour, bonsoir~
Mes partiels sont finis, et le chapitre aussi.
Je mettrai peut-être un peu plus de temps à taper le prochain (peut-être). Celui que vous vous apprêtez à lire manque un peu d'action, sans doute, vu qu'il y avait pas mal de détails à régler avant de rentrer dans le vif du sujet. En tout cas, à partir du prochain, je ferai en sorte d'accélérer le rythme !
Section reviews :
Taouret : Ouaiiiis, une longue review~~~ *Chaton content* Mais si, mais si, tu es très douée pour les reviews, sois rassurée ( = v =) Alors, je relis tout ça... AH. OUI. Ai-je bien lu ? Quelqu'un qui préfère le second Akashi à celui du début ? Dans mes braaaaas ( 0 v0) Bon, soyons clairs, j'adore les deux. Seulement, je suis tout à fait d'accord avec toi : si Akashi était seulement le gentil petit nounours qu'on voit au collège, honnêtement, il serait beaucoup moins intéressant. Parce que des princes charmants, on en trouve dans n'importe quel shôjo ou otome game, et c'est loin de faire son originalité. Donc je pencherais plutôt pour le "connard tyrannique" (qu'est-ce qu'on me fait pas dire xD). Mais encore une fois, le fait qu'il soit les deux à la fois le rend purement et simplement fascinant~ Et pour ce qui est de son oeil, je crois que nous les lecteurs sommes bien les seuls à nous en rendre compte xD Et puis en dehors de ça, je crois que personne dans tout le manga ne s'est jamais ait la réflexion qu'ils faisaient l'arc-en-ciel avec leurs cheveux... partons de là. Ensuite : j'imagine aussi Aomine être une catastrophe au volant, mais pour les raisons à l'exact opposé de celles qui font que Mukkun est un danger public xD Pour le débat des éclairs et des cookies... je crois que je suis les deux. Eclairs quand j'ai faim et cookies quand j'ai moins faim ( 0 v 0) Kuroko bourré, ce serait... tellement adorable... ok, je note. Pour ton scénario de film, moi j'achète, j'aimerais trop voir ça ! (... comment ça, on s'en doute ? ( = ' =)) J'apprécie toujours le fait que tu apprécies Hanamiya au passage, et je pleure parce que je ne pense pas pouvoir me pencher sur son cas avant looongtemps... Voilà, c'est tout pour moi ! Next time
Tigroou : Midorin Time ! xD Naturellement qu'il a la classe~ Et il ne mérite pas de souffrir autant... mais je ne le laisserai pas malheureux trop longtemps, encore un chapitre ! Courage, Midorin !... Bon, si ça a pu atténuer ta haine envers Akashi, je suppose que c'est déjà bien... continuons dans ce sens... xD Sincèrement, je ne suis jamais allé à une soirée mousse, mais telles que je les imagine, ça doit être purement génial ! Ravi que tu aies aimé ce chapitre, en tout cas ! Bon, et comme ta review est adorable, je vais répondre à ta question : ... Midorima rejouera au basket (Je n'ai rien diiit.)
Laura-067 : Je laisse encore un chapitre à Kuroko pour délibérer, mais oui, il y a de bonnes chances qu'il accepte. En tout ca,s pour répondre à la question sur Akashi : ... je l'expliquerai plus en détail plus tard, mais disons que l'Akashi Dark Side of the Force (... ou Bokushi) était revenu pour effacer ce qui risquait de le mettre en difficulté vis-à-vis de sa famille et de ses obligations (alias Kuroko et plus généralement le fait qu'il ne s'intéresse pas aux femmes). Il partait du principe que ces faiblesses étaient celles de l'autre lui, et que lui était capable de les surmonter. Le fait de se voir prouver le contraire à plusieurs reprises à fini par ébranler ces convictions, et donc sa raison d'être. C'est pour ça qu'il a cédé la place à l'autre. Mais ça ne veut pas dire qu'il a disparu non plus, ni qu'il ne reviendra pas~ Et... Midorima et Akashi ne se reverront pas avant un petit moment. Midorima a ses comptes à régler avec Takao, donc Akashi devra trouver quelqu'un d'autre pour se confier. Voilà~
Kuroko-SenPaille : Bienvenue~ Premièrement : j'adore ton avataaaar~ Il est tellement adorable ! Aheum, next : Bon, encore quelqu'un qui en veut à Akashi, misère... xD Mais on arrive au temps de révélations, donc après ça, j'espère faire évoluer votre opinion sur lui... et sur Nanamine, aussi. En tout cas, merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire cette fic, et bonne continuation~
Saddye : Bienvenue à toi aussi~ Si les sentiments passent bien, c'est le principal pour moi ( o v o) Bon, et ça tombe bien, il se trouve qu'on reparle un petit peu des parents de Kuroko dans ce chapitre ! En espérant que ça soit plus clair... Bonne lecture !
Merci à tous ceux qui m'offrent des reviews à lire, et à tous ceux qui lisent courageusement cette fic ! Bonne lecture !
27. Dérapage
Alors qu'ils venaient de quitter Akashi et Midorima, Kise et Aomine se rapprochèrent du bar, où ils attendirent relativement patiemment qu'une place se libère.
- C'est l'heure du rush, ou quoi ?
- Hein ?
La voix de Kise fut complètement couverte par le bruit, et il dut s'y reprendre à deux fois pour se faire entendre.
- Je disais qu'il y avait vachement de monde au bar, tout d'un coup !
- Ah ! Ouais, ils ont dû se lasser des bulles.
Un type qui n'y voyait manifestement plus très clair se dégagea de la masse en titubant, et les deux amis se précipitèrent dans la brèche avant qu'elle ne se referme. S'agrippant presque au bar pour sécuriser la place, Aomine étira son cou au maximum et finit par capter l'attention d'un barman. Lorsque Kise parvint à l'extraire du fourmillement de buveurs engoncés les uns contre les autres, il tenait un verre rempli d'un liquide jaune dans chaque main.
- … Me dis pas que t'as pris du jus d'orange ?
- Tu crois que j'aurais fait tout ça pour du jus d'orange ?! Allez, bouge, y a trop de peuple ici.
Ils dérivèrent jusqu'à l'extrémité du bar, désertée par les serveurs – et donc par le reste du monde. Kise s'accouda sur les quelques centimètres carré épargnés par les éclaboussures des derniers visiteurs, et, attrapant la paille du bout des lèvres, suçota son cocktail d'un air songeur – déconnecté, plus probablement. C'était l'heure à laquelle les couches-tôt s'éclipsaient, cette heure de transition où une fugace sensation de flottement s'immisce chez ceux qui reste, fugace car bientôt totalement dissipée pour laisser place à une énergie nouvelle partie pour durer sans interruption jusqu'au lever du jour.
Kise était dans cette phase de flottement. Phase contre laquelle il luttait à grand renfort de punch exotique, l'alcool ayant pour vertu de lui faire oublier la fatigue et de doper sa bonne humeur – surtout le rhum. Le rhum tenait une place à part dans son estime. L'humanité n'en serait pas arrivée là où elle est aujourd'hui sans le rhum. Un homme illustre avait bien dû dire ça, un jour. Certainement.
- Salut, vous êtes tous seuls ?
- T'as pas trop la tête des mecs qui traînent ici. Tu viens du Sud ?
Avec un petit temps de retard, il lâcha la paille et tourna lentement la tête. A un moment donné, qu'il avait manifestement manqué, Aomine s'était retrouvé entouré de charmantes créatures, dont le passage en piscine sans doute bref avait suffi à ce que leurs vêtements leur collent à la peau, sans pour autant altérer leur maquillage qui, à défaut de paraître naturel, dénotait une maîtrise incontestable en la matière.
Au milieu de tous ces jolis visages et de ces longues chevelures un peu défaites, le jeune homme ne donnait pas l'impression d'être débordé. Plutôt un peu désabusé, pour tout dire. Contrairement aux membres du club de basket de Kaijô – avec lesquels Kise ne comptait plus le nombre de rendez-vous galants arrangés auxquels il avait participé et qui avaient tourné au fiasco –, Aomine n'était pas du genre à regarder ses pieds dès qu'un individu du sexe opposé approchait – oh que non, il était trop occupé à regarder à un autre endroit.
Aussi loin qu'il s'en rappelle, pourtant, Kise n'avait jamais entendu dire qu'il avait eu une petite amie. Il avait toujours trouvé ça un peu curieux. L'intérêt tout particulier que l'ancien joueur de Tôô portait à la gent féminine et surtout à son anatomie n'était pourtant un secret pour personne. Peut-être qu'il attendait simplement de tomber sur la perle rare – traduire bonnet C minimum, non négociable. Cela dit, nul ne savait ce qu'il avait pu faire de son temps à Fukuoka. Il était peut-être devenu un habitué de ce genre d'endroits.
Tout comme Kise.
Comme le rentre-dedans de demoiselles devenait un peu trop explicite, Aomine se ferma bientôt à toute proposition et tenta de se défaire de sa suite sans se montrer trop désagréable. Dans le même temps, deux autres venaient d'aborder son ami qui n'avait pas décollé du bar.
- Ca, c'est rare. Normalement, à cette heure-ci, tous les mecs mignons sont déjà pris.
La plus aventureuse, une petite brune dont l'extrémité de ses cheveux lisses avait été légèrement décolorée, s'accouda elle aussi au comptoir et posa sa tête dans sa main. Un sourire absent sur les lèvres, elle se mit à l'observer de – très – près. L'autre s'accrocha à elle et glissa une boucle rebelle derrière son oreille, d'où pendait un grand triangle orné de plusieurs minuscules chaînes qui sautillaient à chacun de ses mouvements.
- T'es pas gay, hein ?
Elles échangèrent un regard et laissèrent échapper un petit rire qui le conforta dans l'idée qu'elles n'étaient pas plus sobres que lui.
Il laissa son verre derrière lui et se tourna vers elles, adossé au bar.
- Pourquoi, ça vous intéresse ?
- Exactement. Ca nous intéresse.
L'une comme l'autre étaient montées sur d'élégantes sandales à talons hauts qui leur donnaient une grâce certaine, en dépit de leur ébriété à peine voilée. Mais même en usant de cet artifice, aucune ne lui arrivait à l'épaule. Il fallait dire que, même parmi les hommes, Kise trouvait rarement quelqu'un qui pouvait faire jeu égal avec lui, sans parler de le dépasser. Utile, pour un basketteur. Et au moins tout aussi utile pour un mannequin.
Comme il ne leur répondait pas, la petite brune se pencha un peu plus vers lui, toujours hilare, tandis que son amie lui prenait son verre des mains.
Geste calculé ou non, Kise avait désormais une vue plongeante sur son chemisier humide.
- Alors ? C'est oui ou c'est non ?
- Je suis sûre que c'est non…
La deuxième avait tiré un tabouret repoussé près du mur, et se percha juste en face de lui. Avec une légèreté étudiée, elle croisa les jambes et posa son menton dans sa main d'un air faussement songeur.
- T'as l'air vachement jeune, quand on regarde de près.
- T'es majeur, quand même ?
- Hmm… si je devais faire court…
Sans se presser, il récupéra le verre à moitié plein et recommença à le siroter tranquillement, les deux jeunes demoiselles suspendues à ses lèvres.
- Je dirais que je suis aussi majeur que je suis gay.
Le visage de la brunette s'illumina.
- Je savais qu'il était pas gay !
Et elle lui attrapa le bras, qu'elle serra contre elle. L'autre finit le verre qu'elle avait pris à son amie d'une traite et descendit du tabouret.
- Mais on va être accusées de détournement de mineur…
Elle ne donnait pas l'air de s'en soucier sérieusement. Kise quant à lui ne perdait pas une miette des faits et gestes de son acolyte. Ses yeux noirs l'intriguaient et le fascinaient.
Comme elle était toute proche, elle parla d'une voix plus douce :
- Ce serait plutôt un crime de le laisser tout seul…
Il sentait distinctement chaque centimètre carré de son corps en contact avec le sien.
Il en avait complètement oublié où il était.
- Kise, tu fous quoi ? On se casse.
Hagard, il leva les yeux, jusqu'ici fixés sur le visage de la petite brune. Il découvrit Aomine, qui s'était apparemment débarrassé de son escorte. Celui-ci balaya les deux filles d'un regard défiant, et fit un signe de tête vers la sortie.
- On y va. J'ai eu ma dose.
Comme il l'ignorait carrément, celle qui se tenait juste à côté de lui fit une moue boudeuse. Kise, pour sa part, resta avec son verre à la main, indécis. Il tourna la tête vers la brunette, toujours agrippée à lui.
En ce qui le concernait, il n'était pas très sûr de vouloir partir.
- Venez avec nous, alors. On va chez un pote qui nous laisse son appart'. Y a de la place, vous inquiétez pas.
Loin de s'être découragée, la jeune fille aux boucles d'oreille ronronna ces derniers mots, faisant un pas de côté pour se coller contre Aomine… qui déclina l'offre aussi sec.
- Garde tes distances, ok ?
- C'est pas très gentil… Je te plais pas, c'est ça ?
- Mais non, j'te connais pas, c'est tout !
Kise les regardait, comme s'ils étaient loin, loin devant lui. Lui avait l'impression d'être encore en train de flotter dans la piscine. A cause de ses vêtements mouillés, peut-être. Il ne sentait plus vraiment le sol. Un peu comme s'il avait perdu pied.
Le verre qu'il tenait lui fut subtilisé. Il trouva bientôt la paille glissée entre les jolies lèvres qui frémissaient juste sous ses yeux.
L'instant d'après, il s'était engagé dans une lutte sans merci pour reprendre le contrôle de la paille. La seule règle étant de ne pas se servir de ses mains pour y parvenir.
Son adversaire ne cédait pas.
Avec un petit sourire au coin des lèvres, il lui attrapa les hanches et se pencha au-dessus d'elle, faisant aisément basculer le verre à son avantage et ne lui laissant aucune chance de reprendre la main. Elle l'accusa de tricher, et il fit semblant d'être vexé par sa remarque.
Après un instant de silence, elle posa le verre, sans quitter son regard.
Pris par une impulsion soudaine, il s'approcha d'elle.
Elle se déroba au dernier moment.
D'une petite pirouette, elle avait contourné l'angle du bar, le tirant doucement par le poignet.
- Viens.
Il s'apprêtait à la suivre.
Lorsqu'il sentit qu'on le tirait dans l'autre sens.
- Qu'est-ce que tu fais ?
A contrecœur, il jeta un regard derrière lui. Aomine l'observait, le visage plus grave que d'habitude. L'autre fille avait abandonné l'idée de le convaincre – ou bien elle s'en fichait, partant du principe qu'il finirait par suivre le mouvement – et rejoignit son amie qui continuait d'entraîner Kise en riant.
- Allez, viens !
Il n'avait pas précisément décidé de les suivre. Il ne s'était pas vraiment posé la question, en fait. Chacun de ses actes se faisaient sans qu'il eût besoin d'y réfléchir. Son instinct se chargeait de choisir.
C'était bien plus facile ainsi.
Mais quelque chose le retenait. Physiquement.
- Tu m'écoutes ou quoi ?!
- Allez, Aominecchi, on peut bien s'amuser un peu…
Aomine prit un air stupéfait.
Il le regarda un long moment, puis demanda d'une voix grave :
- … T'es sérieux ? C'est trop glauque, comme plan.
Il comprit vite que Kise n'était pas en mesure de répondre. Considérant que c'était la meilleure chose à faire, il le tira sèchement par le bras, le dégageant de l'emprise des deux éméchées.
Preuve qu'il avait déjà lâché la rampe depuis un moment, son captif n'opposa aucune résistance, et se laissa entraîner loin du bar. Ceci dit, Aomine regretta quelque peu de l'avoir extrait de ce guêpier lorsqu'il se rendit compte que les effets secondaires de l'alcool se manifestaient chez lui par une propension à parler pour ne rien dire encore plus significative que lorsqu'il était sobre. Résultat, il essaya en vain de le faire taire tout le long du chemin. Et cerise sur le gâteau, il trouva le moyen de réveiller Murasakibara, pourtant gros dormeur s'il en est, à peine arrivé à destination, ce qui leur valut un accueil musclé et passablement désagréable à tous les deux.
Comme Kise s'endormait debout, et que leur hôte était parti se recoucher aussitôt qu'il leur eût passé un savon, Aomine dut encore subir l'épreuve de traîner un quasi poids mort jusqu'au premier étage, en se demandant à chaque pas pourquoi est-ce qu'il était en train de faire ça, bordel de bordel. A bout de souffle, il le balança dans la première chambre, ferma la porte derrière lui, et fit une longue pause au milieu du couloir. Exténuant. C'était le mot.
Après un rapide passage dans la salle de bain sous les coups de trois heures, il se mit en quête d'une chambre inoccupée pour dormir. Tout en s'essuyant mollement les cheveux, il passa la chambre où dormait Kise – probablement sur le plancher vu l'état dans lequel il l'avait expédié – et ouvrit la deuxième porte.
Beurk. Midorima.
Demi-tour. Il s'attaqua à la seconde rangée de portes, de l'autre côté du couloir.
Il ne prit pas la peine d'ouvrir la première. Il pouvait voir de la lumière filtrer à travers le trou de la serrure. Probablement Akashi. Il ne s'était jamais vraiment penché sur la question – en bonne partie parce qu'il n'y portait pas un grand intérêt –, mais il n'aurait rien trouvé d'étonnant à ce que leur ancien capitaine soit une sorte d'oiseau de nuit. Passant ses nuits sans sommeil à réfléchir à sa future conquête du monde.
Oui, ça lui ressemblait bien.
La dernière porte renfermait donc son dernier espoir.
… Et aussi son pire cauchemar.
A peine l'eut-il ouverte qu'il fut frappé de stupeur.
Il n'était lui-même pas un débutant dans le domaine des chambres mal rangées. On pourrait même dire qu'il touchait sa bille là-dessus, et il n'était pas peu fier des crises de nerfs phénoménales que sa fainéantise était parvenue à provoquer chez sa mère.
Mais là. Là, c'était hors catégorie.
Même dans le noir, il pouvait distinguer le relief du sol anormalement rehaussé de petites collines de vêtements – d'autant plus encombrants qu'ils étaient tous d'une taille gigantesque. Le lit lui-même ressemblait au Mont Fuji par jours de tempête. Aucun doute : il avait mis le pied dans une zone de non droit.
Sans se donner la peine de poursuivre son investigation plus loin – il en avait suffisamment vu pour deviner que c'était la chambre de Murasakibara, dernier du nom – il ferma la porte.
Misère. Ça voulait dire ce que ça voulait dire. Il allait devoir partager avec Kise. C'était encore la solution la moins périlleuse.
Mais tout de même. Misère.
Après un long soupir de circonstance, Aomine retourna à sa première tentative, et pénétra dans la chambre sans allumer la lumière. A en juger par sa respiration profonde et régulière, Kise devait dormir à poings fermés.
Aomine passa son pull par-dessus la tête, et déplaça le jean étalé sur la chaise de toute sa longueur pour y poser ses propres affaires. Ce faisant, il remarqua un petit carré blanc qui tranchait dans l'obscurité. Probablement un papier tombé sur le sol.
Peu probable que ce soit à lui. Plutôt à Kise, qui risquait de ne pas le retrouver, lorsqu'il se rendrait compte de sa disparition, demain matin. Et s'il ne le mettait pas tout de suite à un endroit où il serait visible et identifiable, il se préparait à une matinée infernale ponctuée de lamentations déchirantes et de cris de détresse à n'en plus finir.
Plus par égard pour ses tympans que par un quelconque souci pour Kise donc, il ramassa le papier, et le retourna nonchalamment.
Il fronça les sourcils.
Au dos était inscrit un numéro de téléphone au stylo par une main qui n'était pas celle du propriétaire du papier. Et en guise de paraphe, un prénom inconnu. Un prénom féminin.
A moins que Kise eût pour habitude de se promener avec des numéros de téléphone dans sa poche, il lui parut clair qu'il avait reçu ce petit souvenir pas plus tard que ce soir. Et quelque chose lui disait qu'il savait de qui.
Il jeta un coup d'œil à la corbeille. Hésita.
Puis le posa sur le bureau, et se glissa nonchalamment sous les couvertures.
Kuroko pensait que rappeler Akashi serait la première des choses à faire en début de semaine.
A condition tout de même d'avoir pris un minimum de temps pour considérer sa proposition. Le terme ne lui semblait pas tout à fait adéquat, mais faute d'en trouver un meilleur… Il ne lui avait rien imposé, techniquement. Il avait encore le choix.
Mais il ne trouva pas le temps d'étudier la question plus avant.
Lundi, il travailla toute la journée à l'hôtel. A cette occasion, la responsable des relations humaines, qu'il croisa dans le hall, lui rappela que son contrat s'arrêtait à la fin de l'année, soit dans un peu plus d'un mois. Libre à lui de le renouveler ou bien de s'envoler vers d'autres horizons. Et à ce propos, Kuroko se rappela que, si toutes ses connaissances – à l'exception d'Aomine, qui vivait à son rythme, et de Kise qui avait déjà bien entamé sa carrière – étaient depuis le printemps dernier plongées dans leurs études, lui n'avait encore fait de démarche auprès d'aucune école. Il n'était même pas diplômé du secondaire, d'ailleurs… détail dont il aurait bien aimé ne pas se rappeler. Tout bien réfléchi, l'amnésie avait eu quelques bons côtés.
Lorsqu'ils eurent tous les deux fini leur service, vers 18 heures, il aborda le sujet avec Momoi sur le chemin du retour.
- J'y pensais aussi. Tu sais, tu peux encore t'inscrire pour passer les examens en candidat libre cette année. Tu as une idée de ce que tu voudrais faire après ?
- … Pas vraiment. Enfin, je sais ce que je ne veux pas faire.
- Et c'est ?
Il mit ses mains dans ses poches, et répondit avec l'air d'y avoir mûrement réfléchi :
- Expert-comptable.
Momoi étouffa un rire, couvert par la tonalité du feu rouge passant au vert.
- C'est précis.
- Il faut bien commencer quelque part.
- Et pourquoi pas expert-comptable ?
La question sembla le prendre de court. L'espace d'un instant, il fit mine d'en chercher la réponse en haut des réverbères déjà en service à cette heure de la journée.
- Je ne sais pas. Je me suis toujours dit que ce n'était pas un métier pour moi. De toute façon, je suis nul en maths.
- Alors tu pourrais faire quelque chose en rapport avec la littérature. Tu aimes beaucoup lire, pas vrai ?
Avant qu'il n'ait eu le temps de répondre quoi que ce soit, Momoi joignit les mains et leva les yeux au ciel d'un air inspiré.
- Ah, je t'imagine tellement bien en professeur de lettres. Ou de philo. Tu donnerais des conférences ultra intellectuelles sur des ouvrages horriblement compliqués et tu aurais l'air tellement intelligent… avec ton petit pull en tweed et tes grosses lunettes écaille de tortue~
- Ca m'évoque plutôt Midorima-kun, mais…
Elle redescendit brusquement sur terre. L'image était parlante.
- Maintenant que tu le dis !
Ils échangèrent un sourire amusé, et Kuroko reprit doucement :
- Mais je vais y réfléchir. C'est une bonne piste, après tout.
La boîte aux lettres de la résidence leur apparut lorsqu'ils tournèrent au coin de la rue. Ce soir, Kuroko passait la soirée chez Momoi. Il lui arrivait encore d'aller chez Kise, mais ses visites tendaient à se raréfier, à mesures que les vieilles habitudes reprenaient le dessus.
Il était de bonne humeur, ce soir-là. Malgré tous les sujets de préoccupation qui s'amoncelaient, il se sentait empli d'optimisme. Au point de laisser la propriétaire des lieux faire la cuisine exceptionnellement, sans s'inquiéter du sort de son estomac.
Il s'assit sur son lit, et sortit son portable de sa poche. Lentement, les contacts du répertoire défilèrent. Jusqu'à celui qu'il avait nommé, simplement, "Maison".
Il hésita. Ce matin, il avait pris la résolution qu'il appellerait. Aujourd'hui, sans laisser passer un jour de plus. Depuis que Nanamine lui avait communiqué le numéro de la nouvelle maison de sa famille, il ne s'était pas vraiment confronté au fait qu'il allait bien devoir s'en servir, tôt ou tard. La préparation du match – et quelques autres imprévus – ayant occupé tout son temps, il avait repoussé l'échéance jusqu'à aujourd'hui. Certes, pour sa défense, il avait eu beaucoup de choses à penser.
Mais c'était surtout l'appréhension qui le faisait tergiverser.
Trois mois qu'il était sorti du coma. Et il n'avait toujours pas donné signe de vie à ses parents.
Plus précisément, cela faisait déjà deux semaines qu'il était parfaitement en mesure de les appeler. Et chaque jour qui passait rendait la décision plus dure à prendre.
Sa mère, son père, et sa grand-mère laissés sans nouvelles pendant si longtemps. Ils devaient forcément lui en vouloir.
Comme il contemplait indéfiniment l'écran sans se résoudre à rien, il ferma les yeux.
Oui, il avait peur de leur réaction. Mais il devait le faire. Au fond, est-ce qu'il ne souhaitait pas de tout son cœur entendre leurs voix à nouveau ?
Il inspira profondément. Compta jusqu'à trois.
Et appuya.
- Et alors ? Tu les as appelés ?
La bouche encore pleine de riz, Momoi le fixait avec des yeux dévorants de curiosité. Ce à quoi Kuroko répondit par un long silence qui la laissa cramponnée au bar. Sans se presser – c'était même plutôt le contraire –, il but tranquillement son thé, quoiqu'un peu dérangé d'être la cible d'un regard aussi insistant.
Il reposa la tasse, et la jeune fille lui découvrit un petit sourire au coin des lèvres.
- Je les ai eus. Tous les trois. On s'est promis de passer le Nouvel An ensemble.
S'il s'attendait à ce qu'elle s'en réjouisse, il n'avait pas envisagé que ce serait à ce point-là. Elle leva les poings au ciel, mais, heurtant le bar au passage, s'arrêta en plein mouvement pour secouer ses petits doigts endoloris, pendant que Kuroko volait à la rescousse de ses baguettes en plein vol plané par-dessus son bol.
- C'est… c'est super !
Articula-t-elle en prenant une expression la plus stoïque possible, pour dissimuler sa souffrance, mais comme ça, on aurait plutôt dit que son visage était en proie à une étrange congestion.
Kuroko reposa ses baguettes, qui ne risquaient plus rien a priori, et prit note pour lui-même de ne plus jouer aux devinettes avec Momoi à l'avenir.
- On a discuté longtemps, surtout avec mon père. Il m'a dit qu'il s'était bien acclimaté à son nouveau lieu de travail et que l'appartement était très grand – enfin, par rapport à celui qu'on avait avant. Ils ont demandé comment j'allais aussi, alors j'ai essayé de leur résumer un peu ce qui s'est passé depuis cet été… si tant est qu'on puisse résumer ça. Ils te sont énormément reconnaissants et ils veulent venir te remercier en personne la prochaine fois qu'ils viendront à Tôkyô.
En face de lui, la jeune fille acquiesçait lentement d'un air ravi à chacune de ses phrases. Jusqu'à la dernière qui, après un petit temps de réaction, la fit bondir à nouveau.
- Qu-quoi ?! Moi ? Mais mais mais, mais non, pas du tout ! Enfin, je veux dire, c'est pas la peine ! J'ai juste fait ça pour dépanner !
Indisposé par tant d'agitation de si bon matin, Nigô quitta son panier et alla fourrer sa tête sous le canapé (c'était une habitude que Kuroko lui avait découverte récemment, et qui s'expliquait en trois points : d'abord, le canapé en lui-même était assez haut sur pieds pour permettre au gros chien d'y glisser sa tête. Ensuite, les locataires de l'appartement étant du genre plutôt ordonné, ils passaient régulièrement l'aspirateur, ce qui faisait que le plancher était toujours propre. Et enfin, malgré les années qui passaient, Nigô était et demeurait un gros trouillard.)
Reportant son attention sur Momoi, Kuroko secoua la tête.
- Ils y tiennent vraiment.
Il y eut un silence gêné. Un peu mal à l'aise, la jeune fille se tortilla sur son siège, balayant le sol d'un regard hésitant.
- Si je ne t'avais pas hébergé, ils auraient dû t'emmener vivre avec eux. Le truc, c'est que quand le médecin a su que tu avais subi une perte de mémoire, il les a prévenus que t'éloigner de tout ce que tu avais connu jusqu'alors rendrait ton rétablissement d'autant plus difficile. Pour cette raison, ils ont préféré que tu restes ici. Quitte à ce que je te dise qu'ils ne voulaient pas te voir.
Elle jeta un coup d'œil hésitant à Kuroko.
Il n'avait pas du tout l'air déçu. Ses yeux ronds exprimaient simplement sa surprise, maintenant qu'il comprenait enfin le pourquoi du comment de cet éloignement.
Un sourire s'esquissa sur son visage, laissant Momoi dans la perplexité la plus totale.
- Tetsu-kun ?
- Hmm. Je suis rassuré.
Définitivement perdue, elle était à deux doigts de mettre la main sur son front pour vérifier qu'il ne délirait pas sous l'effet d'un coup de chaud, comme elle le faisait avec Aomine. Mais son expression était aussi paisible que d'habitude.
- De savoir pourquoi ils n'avaient pas repris contact. Je n'avais pas souvenir que l'on se soit brouillés à un moment ou à un autre, alors c'était difficile de recoller les morceaux… mais grâce à toi, j'y vois plus clair.
- Ah, euh… j'y suis pas pour grand-chose, mais… tant mieux.
Imprévisible Tetsu-kun. Si elle s'était attendue à se faire autant complimenter en un petit-déjeuner, elle aurait fait une séance de briefing intensif avec elle-même avant de sortir de sa chambre… Lui, en tout cas, n'avait absolument pas conscience de l'effet que pouvait avoir ses flatteries toutes pleines d'innocence et de sincérité sur elle.
Mieux valait que ça reste ainsi, d'ailleurs. Désireuse de ne pas s'attarder là-dessus, elle enchaîna rapidement :
- Tu penses que c'était mieux, toi aussi ?
Après un petit temps de réflexion, il acquiesça.
- Au final, je me suis rappelé de pleins de choses assez rapidement, en restant ici. Et puis je préfère que ça se soit passé comme ça. C'aurait été terrible pour eux de voir que leur enfant ne se rappelle de rien…
Plus il laissait le temps passer, et plus il se disait que ç'avait vraiment été une drôle d'expérience. Comme s'il avait été une autre personne l'espace de quelques semaines. Une bonne chose que cet état de demi-vie ne soit pas éternisé.
Il sentit une légère pression sur son bras, et remarqua que Momoi le touchait du bout du doigt.
- Je suis sûre que tout aurait fini par s'arranger un jour ou l'autre. Et puis, même en étant loin, on aurait trouvé le moyen de garder contact~
Elle ajouta un clin d'œil en guise de ponctuation. Et son vieil ami lui adressa un sourire chaleureux.
Avec un certain soulagement, il songea qu'ils n'avaient sans doute jamais été aussi proches que maintenant. Le froid qui avait pu exister entre eux quelques semaines avant était totalement oublié.
- A ce propos… ça ne dérange pas tes parents de savoir que tu vis seule avec moi ?
Il venait seulement de s'en faire la réflexion. Mais Momoi fit non de la tête.
- Les connaissant, si c'était quelqu'un d'autre, je suis sûre qu'ils en feraient tout un plat. Mais avec toi, ça ne pose pas de problème.
… De ce point de vue-là, effectivement.
Brusquement, elle souleva la manche de son pull et regarda sa montre. Puis se rua vers l'entrée.
- Mince, je devrais déjà être partie !
- Momoi-san, tes chaussettes…
- … Ah !
Toujours soucieuse de ce qu'elle portait lorsqu'elle sortait, Momoi passait en mode off dès qu'elle franchissait la porte de l'appartement. Aussi, le week-end venu, mettait-elle sans problème un vieux pantalon de sport bleu marine avec un pull col roulé vert délavé, ce même vieux pull moche qui survivait dans son armoire depuis des années mais qu'elle se refusait à bazarder. Quant aux chaussettes, par une implacable logique dont les tenants et aboutissants échappaient à Kuroko, elles ne fonctionnaient jamais par paire. Momoi en choisissait certainement deux parmi celles qui surnageaient dans son tiroir, et passait le reste de la journée avec les pieds dépareillés, chacun sa chaussette, chacun sa couleur.
Hélas, elle vivait dans un monde où l'on ne peut pas décemment accueillir des clients avec une chaussette à poids et l'autre à rayures.
- Bon, cette fois, j'y vais.
Comme elle glissait ses pieds cette fois uniformément vêtus de blanc dans ses chaussures, elle se retourna vers Kuroko.
- Ce soir, je suis pas là, au fait. Je vais voir Dai-chan.
Elle avait vite déballé sa phrase pour paraître la plus détachée possible, mais son acolyte n'était pas dupe une seconde.
- Je vois. Félicitations.
- D-de quoi ?!
Il souriait encore plus maintenant qu'elle avait l'air de paniquer.
- Qui a proposé le rendez-vous ? Ça m'étonnerait un peu, venant de lui, mais les miracles existent…
- Evidemment que c'est moi ! Et c'est pas un rendez-vous !
Elle lui tira la langue, et se dépêcha de prendre son sac qui l'attendait près de la porte. Même s'il aurait bien aimé l'embêter encore un peu, Kuroko ne voulait pas non plus la mettre en retard. Il la suivit jusqu'au palier, et lui fit un petit signe de la main.
- J'irai chez Kise-kun, ce soir, dans ce cas.
Elle hocha la tête.
- A demain alors !
L'accompagnant du regard jusqu'elle ait disparu dans l'escalier, Kuroko sortit son portable et envoya un message à Kise pour lui demander s'il pouvait venir ce soir. Simple formalité, étant donné que celui-ci avait lourdement insisté sur le fait qu'il était toujours le bienvenu et qu'il pouvait s'inviter quand bon lui semblait. Kuroko préférait faire les choses dans les règles, malgré tout.
Il n'eut pas beaucoup de mal à occuper sa journée, bien ce soit son jour de repos. En fin de matinée, il passa à l'hôpital pour la première fois depuis bien longtemps. Il en profita pour s'excuser d'avoir manqué les rendez-vous précédents – sans aller jusqu'à dire qu'il avait eu mieux à faire, il se justifia vaguement en prétextant qu'il s'était retrouvé débordé par de mystérieux problèmes familiaux, comme il arrive très souvent lorsqu'on est face à une absence injustifiée. Il fut soulagé d'apprendre dans le même temps que son suivi régulier touchait à son terme, et qu'il pouvait se contenter de repasser le mois prochain pour un dernier check-up.
L'après-midi fut consacrée à leur entraînement de routine. Kise ne se montra pas, ce qui n'avait rien d'exceptionnel étant donné qu'il avait toujours un agenda bourré à craquer.
Ce qui surprit davantage Kuroko, c'était que, peu importe le nombre de fois qu'il consultait son téléphone, le mail de ce matin restait sans réponse.
Il essaya de ne pas trop y prêter attention. Même Kise, en général si réactif que Kuroko avait à peine le temps de ranger son téléphone dans sa poche qu'il se mettait déjà à vibrer, devait avoir des moments où il ne pouvait tout simplement pas envoyer un message.
Pas de quoi remettre en question son programme de ce soir.
C'était juste inhabituel.
A dix-huit heures, le professeur qui supervisait leur groupe de travaux dirigés récupéra son blouson suspendu à la patère et annonça la fin du cours. Les uns poussant un long soupir de soulagement, les autres discutant encore du sujet sur lequel ils venaient de plancher, la salle se vit bientôt désertée de ses occupants si studieux quelques secondes auparavant mais qui s'empressaient de reprendre leur vie là où ils l'avaient laissée aussitôt la journée de cours achevée.
Lorsque le professeur se retourna cependant, il restait un élève qui n'avait pas quitté les lieux.
- Qu'y a-t-il, Midorima ?
Celui-ci défit les élastiques de sa pochette cartonnée et en sortit un lot de feuilles, qu'il tendit au vieux monsieur qui faisait deux têtes de moins que lui.
- Le devoir d'avant-hier.
Les feuilles passèrent d'une main à l'autre, et tandis que le professeur les glissait dans son sac, il observa le jeune homme par-dessus ses lunettes rondes.
- C'est rare que tu prennes du retard dans ton travail.
- Désolé.
Sans demander son reste, Midorima termina de paqueter ses affaires et passa la bandoulière de son sac sur son épaule.
Il allait sortir, quand la petite voix chevrotante s'éleva à nouveau derrière lui.
- Tout va bien, en ce moment ?
Comme il s'arrêtait, à mi-chemin dans les marches de l'amphi, il se tourna à peine pour regarder le vieil homme. Il plongea sa main dans la poche de son pantalon, et serra la petite voiture en plastique qui s'y trouvait.
- Très bien. Merci.
Leur échange ne s'éternisa pas davantage. Ou du moins, il ne lui en laissa pas le temps. Tout juste s'enquit-il de la réaction du professeur, qui ne posa pas davantage de questions, avant de sortir de la salle.
Traversant le hall à grands pas, il rehaussa le col de son manteau, puis enroula rapidement, mais soigneusement son écharpe autour de son cou avant de sortir sur le parvis.
Il faisait nuit. Le ciment était éclairé par les halos blancs des lampadaires.
Il faisait nuit, et il faisait froid. Novembre était décidément un mois exécrable.
Parmi les groupes d'étudiants qui s'attendaient à la sortie de la fac, la silhouette de Midorima, longue et solitaire, se frayait un passage sans prendre la peine de contourner. Ils n'avaient qu'à pas stationner là. L'hiver devrait au moins avoir le mérite de pousser les gens à rester chez eux.
Peu importe combien il tentait de se focaliser sur autre chose, la remarque du vieux professeur continuait de lui trotter dans la tête. Si c'était rare qu'il prenne du retard dans son travail ? Non, ce n'était pas rare.
Ce n'était jamais arrivé.
De toute son existence, jamais Midorima Shintarô n'avait rendu un seul devoir en retard. Ce mot n'entrait d'ailleurs pas dans son vocabulaire. Mis à part le jour où le sort s'était acharné sur lui avec une telle persistance qu'il était arrivé au lycée au moment où les portes se fermaient. C'était là sa seule expérience du concept de retard.
Pourtant, en dépit de toute logique, voilà qu'il rendait un devoir 48h après la date limite.
Il rentra ses mains dans ses poches. La petite voiture n'avait pas bougé.
Si la cause de ce manquement sans précédent avait été satisfaisante, peut-être – et encore, "peut-être" – aurait-il fini par se faire une raison (quoique, en ce qui le concernait, il trouvait cette défaillance ni plus ni moins injustifiable).
Mais la seule explication qu'il entrevoyait l'agaçait plus encore que le retard lui-même.
Au début, il avait refusé de l'admettre. Toutes ces petites tuiles qui lui tombaient dessus depuis quelques temps n'étaient sans doute qu'une série de coïncidences, après tout.
Il avait beau être le dernier à croire au hasard, la non-explication lui avait paru plus facile à digérer que l'explication qui, malgré ses efforts, s'imposait un peu plus chaque jour comme une évidence.
L'explication. Elle était simple, pourtant.
Pour croire que d'un côté, son assiduité et sa sérénité quotidienne, et de l'autre, sa relation avec Takao, se dégradent simultanément par l'effet d'une pure coïncidence, il aurait fallu être exceptionnellement buté. Et lui, aussi têtu qu'il puisse être quand il était question de ses convictions, même lui n'était pas capable d'un tel aveuglement.
Et chaque moment de la journée venait le lui rappeler. Le matin, lorsqu'il allumait son téléphone, les seuls mails qui lui étaient parvenus pendant la nuit provenaient de ses camarades de promo, ou de l'université. Il préparait son bentô chaque jour de la semaine avec les mêmes ingrédients, dans la même disposition, car après tout, il n'y aurait personne pour lui reprocher de reproduire inlassablement le même menu. Il n'avait plus à se soucier non plus des messages intempestifs qui le dérangeaient en plein cours.
Là, une fois qu'il arriverait devant chez lui, puis qu'il franchirait la porte de l'appartement familial, il savait aussi que sa boîte de réception serait vide. Comme elle l'était toujours, avant qu'il n'entre au lycée.
- Onii-chan ?
Il tourna la tête, son regard passant du chat sur le canapé au visage inquiet de sa petite sœur.
Il se demanda ce qui avait pu l'alerter alors qu'il n'avait pas ouvert la bouche depuis qu'il avait retiré ses chaussures. Son regard fit machine arrière.
Le chat. Il caressait le chat.
Acte d'affection mutuelle entre le félin et l'homme qui haïssait les félins, qui ne se produisait qu'une fois tous les dix ans.
L'inquiétude de sa sœur était légitime.
- … Oui ?
Il tenta une réponse la plus posée possible. Tenta, seulement.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Sa main était toujours sur le chat, étonnamment passif ce soir-là.
- … Je retire la poussière.
Il s'écarta avec précaution. Sa sœur haussa un sourcil dubitatif, et derrière la cloison qui délimitait la cuisine, il entendit une autre voix, plus mature. Celle de sa mère.
- Tu as passé une bonne journée ?
Il grinça des dents.
- Merveilleuse.
Sans s'attarder un instant de plus sur ce pathétique animal – même pas en mesure de lui fournir un alibi digne de ce nom –, il passa devant sa sœur, paya ses respects à sa mère, et partit se claquemurer derrière sa porte. Et devant son ordinateur. Ce soir-là, comme tous les autres depuis deux semaines, il pourrait avoir la certitude d'être en mesure de travailler dans le calme et sans interruption intempestive.
Il s'installa. Et contempla la couverture du premier livre en haut de la pile.
Il repensait à leur réaction à toutes les deux. Cela se lisait-il sur son visage qu'il se sentait constamment à côté de ses chaussettes depuis que les messages et les appels avaient cessé ?
Il s'agaçait lui-même. Tout ceci était parfaitement futile. Lui qui connaissait si bien la solitude, cela n'aurait dû lui faire ni chaud ni froid. Lui qui avait déjà été trahi par celui qu'il croyait lui être son plus proche ami, il aurait dû savoir que les allées et venues des gens autour de lui n'étaient rien que des aléas fluctuants et anodins.
Un vrai paradoxe. Il le savait, et malgré tout, alors qu'il n'avait jamais été aussi tranquille, il n'avait jamais autant eu de mal à se concentrer.
Vers 18h30, Kuroko poussa la porte de l'appartement de Kise. Il appuya sur l'interrupteur, et parcouru le salon du regard.
Vide. Pas la moindre lumière dans les autres pièces non plus. Mais il n'y avait pas là de quoi l'étonner. Kise rentrait rarement aussi tôt.
Il sortit son téléphone de sa poche, et vérifia encore une fois sa boîte de réception. Un nouveau message.
Ses espoirs s'essoufflèrent vite lorsqu'il vit le nom de Momoi s'afficher. Avec un petit sourire malgré tout, il lut le contenu. "Passez une bonne soirée, tous les deux." Suivi d'un petit cœur. Il lui souhaita la même chose, assez curieux, pour être honnête, de savoir comment elle et Aomine allaient s'en sortir pour leur première sortie en tête à tête – la première depuis le lycée, en tout cas.
Il s'assit sur le canapé, et sortit un livre de son sac, ainsi qu'une bouteille d'eau, dont il but une ou deux gorgées avant de la poser sur la table. Trouver comment s'occuper quand il était seul était un non-problème. Et comme il s'immergeait facilement dans ses lectures, du moment qu'elles soient intéressantes, il pouvait lire des heures durant sans voir le temps passer.
Lorsqu'il eut fini trois chapitres, il laissa le livre de côté et s'attela à la préparation du dîner. Il était passé faire les courses avant de venir, et de ce fait, avait sur lui de quoi réaliser sa grande spécialité : des pâtes. Et cette fois, il avait décidé d'innover : il brandit une bouteille de sauce soja hors de son sac, et se livra avec une détermination farouche à sa folie créatrice culinaire durant les trente prochaines minutes.
Mais il eut quelques doutes lorsqu'il contempla son œuvre. L'odeur était là, c'était un bon début. Quant au goût… il pouvait au moins en dire qu'il était intéressant. Et aussi qu'il comprenait pourquoi cette recette était difficilement trouvable ailleurs que dans sa casserole.
Pas aussi satisfait de lui-même qu'il aurait voulu l'être, Kuroko retourna s'asseoir sur le canapé, et jeta un coup d'œil à sa montre. 21 heures passées. Kise ne devrait plus tarder, maintenant.
Il replongea dans sa lecture, pour n'en émerger qu'une heure plus tard. Une fois le nez sorti des pages et le défilé des mots devant ses yeux écarquillés stoppé net, il réalisait tout à coup comme l'appartement était silencieux.
Son téléphone ne s'était pas manifesté une seule fois. A croire que personne n'était censé le rejoindre, ce soir-là.
Un bruyant gargouillis émergea de son ventre. Rien d'étonnant, à cette heure. Il avait faim, et pour tout dire, il commençait à s'inquiéter.
Il essaya d'appeler une fois de plus, pour tomber dans la seconde sur la boîte vocale.
Poussant un soupir, il se résigna, et quitta le canapé. Il contourna le bar et attrapa la poignée de la casserole pour la remettre à chauffer.
Un bruit de clés cliqueta derrière la porte d'entrée.
Kuroko se retourna aussitôt, tandis qu'au même moment le loquet claquait et Kise apparaissait dans le petit couloir.
- Où tu étais ?
A peine eut-il formulé sa question qu'il s'interrompit. Il regarda Kise tituber quelques secondes et prendre maladroitement appui sur le mur – buter contre le mur, et se rattraper juste à temps pour ne pas s'écrouler, plus exactement. Sa veste était grande ouverte, en dépit de la température qu'il faisait dehors. Et il y avait quelque chose sur son visage. Mais à cette distance, Kuroko le devinait à peine.
- Kise-kun ?
Il ne paraissait pas l'entendre.
Sans perdre une minute de plus, le plus jeune traversa le salon à grands pas et, juste à l'instant où il arrivait à sa hauteur, Kise leva la tête.
Il s'arrêta net.
Du sang coulait de son nez et de ses lèvres. Autour de son cou, laissé à la vue de tous par son col déboutonné, de longues traces rouges parallèles que Kuroko n'eut pas de mal à identifier luisaient encore à la lumière.
Mais le plus alarmant, c'était son regard.
Ses yeux roulaient de droite à gauche comme s'ils cherchaient à savoir où il était. Ils tournèrent et tournèrent dans le vide – ils s'arrêtèrent. D'un coup, ils se fixèrent sur le visage qu'ils semblaient venir de découvrir face à eux, lorsque Kuroko l'appela à nouveau.
- Tu m'entends ?!
Peu importe combien il le pressait, les mots ne prenaient manifestement pas sens dans son esprit.
Deux hypothèses : soit les coups qu'il avait reçus – car c'en était forcément – l'avaient temporairement assommé, soit il était sous l'emprise de quelque chose. De sa position, Kuroko ne savait pas très bien laquelle des deux options était la plus souhaitable.
Comme Kise vacillait à nouveau, il le rattrapa et fit de son mieux pour le maintenir debout. Lentement, il le vit redresser la tête, et tourner à nouveau les yeux vers lui.
- Kurokocchi…
Il reprit un peu espoir devant ce semblant de réaction. Passant un de ses bras par-dessus son épaule, il le soutint comme il pouvait. Mais son fardeau n'était pas très aidant, et compte tenu de sa maigre constitution, Kuroko avait quelques difficultés à supporter le poids. Il jeta un coup d'œil au canapé – trop loin. Si Kise n'y mettait pas un peu du sien, il ne pourrait jamais l'atteindre.
Il entendit son nom murmuré une nouvelle fois, cette fois tout près de son oreille. Reportant son attention sur lui, le plus petit sentit à plein nez les vapeurs d'alcool qui s'échappaient de sa bouche. Il plissa les narines, et fit de son mieux pour ne pas inspirer. Mais supporter une telle charge sans respirer le vida en quelques secondes du moindre millimètre cube d'oxygène que contenaient ses poumons.
- Kise-kun… Fais quelque chose… Tu peux marcher ?
Les deux iris dorés le fixèrent sans ciller. Sans réponse. Et bientôt, malgré l'état de somnolence avancée dans lequel son camarade semblait plongé, Kuroko leur trouva une intensité étrange.
Mais pas au point de s'attendre à la tournure brutale que prirent les évènements.
D'un coup, il se retrouva poussé en arrière, et parvint, par un miracle d'équilibre qui lui fut salutaire, à rester sur ses jambes. Surpris, il lança un regard incrédule à Kise… avant de sentir sa bouche plaquée de force contre la sienne.
Le choc lui fit perdre les quelques secondes qui lui auraient permis de se dégager. Quand enfin il chercha le faire lâcher prise, il se retrouva dans l'incapacité de séparer leurs deux visages, le bras qu'il lui avait passé sur l'épaule maintenant fermement sa tête dans cette position.
Kuroko ferma les yeux sous la sensation désagréable de sa bouche obstruée et emplie de cette odeur entêtante qui le révulsait. Plus il cherchait péniblement à attraper une gorgée d'air, plus l'alcool lui prenait les narines et l'enveloppait dans une sorte de buée opaque.
Un goût presque métallique parvint jusqu'à sa langue, sans qu'il eut beaucoup de mal à le reconnaître. Il tenta de le repousser de toutes ses forces. Il n'avait jamais touché du doigt à quel point sa force physique était ridicule. Peu importe combien il se démenait, il le gênait à peine dans ses mouvements.
Il hoqueta sous l'effet du manque d'air.
Il avait beau l'appeler et lui demander de le lâcher. Plus il le laissait l'embrasser, plus il redoutait ce qui risquait de se produire.
Il fit deux pas en arrière, et sentit Kise raffermir sa prise sur lui. Il ne fallait surtout pas qu'il tombe. S'il se retrouvait coincé sous lui, il n'aurait plus la moindre chance de se dégager.
Impuissant, il ne put l'empêcher de plonger son visage dans son cou. Il prit une grande bouffée d'air, et essaya une fois de plus de se libérer.
- S'il te plaît, laisse-toi faire…
Kuroko ouvrit des yeux ronds. Qu'il se laisse faire ?! Mais malgré ses tentatives, il n'obtint pas un mot de plus de celui qui le faisait dangereusement pencher en arrière. Il avait même l'impression que ses mains le touchaient d'une façon plus brusque et empressée qu'avant.
D'un coup, l'une d'elles glissa rapidement le long de son dos. Kuroko s'arqua comme dans un spasme pour s'en éloigner. Il trébucha contre un rebord qui vint buter contre ses jambes, et, avant qu'il ne comprît ce qui lui arrivait, bascula sur le canapé.
Il tenta de rouler sur le côté. Une poigne ferme lui enserra le bras droit et le maintint en place. Avant qu'il n'eut le temps de penser à quoi que ce soit, le corps qui le surpassait largement en taille et en force pesa sur lui de tout son poids.
Comme il redoutait qu'il ne l'embrasse à nouveau, Kuroko tourna vigoureusement la tête. Il aperçut la table. Et, posée dessus, sa bouteille d'eau.
Il tendit la main. Essaya en vain d'atteindre sa cible. Ses doigts se refermaient sur de l'air.
Une autre main, pendant ce temps, touchait sa peau sous ses vêtements. Sa vision d'obscurcit. Il manquait d'air à nouveau.
Tout à coup, l'espace d'un instant, la pression se relâcha sur sa gauche. Aussitôt, il se tordit sur le côté, saisit la bouteille, et en déversa le contenu sur eux.
L'effet fut immédiat. Kise se redressa, laissant échapper une sorte de jappement alors que l'eau ruisselait de chaque côté de son visage. Kuroko ferma les yeux en sentant qu'il en recevait plein la figure lui aussi.
La bouteille se vida. Peu à peu, seules de petites gouttes venaient tomber sur ses joues à intervalle régulier.
Lentement, il ouvrit les yeux. Au-dessus de lui, le visage de Kise avait changé du tout au tout. Son regard avait recouvert sa lucidité. Et il le dévisageait avec une expression que Kuroko ne lui avait encore jamais vue.
Comme si la seule vue de Kuroko lui causait une souffrance immense.
- ... Désolé… Je suis désolé, je…
Ses yeux s'agrandirent à mesure qu'il prenait conscience de ce qui venait de se passer.
Incapable de trouver ses mots, il s'écarta de Kuroko et s'assit sur le bord du sofa. La tête basse, ses mèches brunies par l'eau dégoulinant goutte après goutte sur le tapis.
- … Comment j'ai pu faire ça…
Kuroko s'assit à son tour, encore haletant, et le regarda prendre sa tête entre ses mains alors que sa voix se brisait. Il tira vaguement sur son t-shirt froissé pour le remettre en place.
Après ça, il n'avait aucune idée de la façon dont il devait réagir.
Une grande auréole sombre s'était formée sur le haut du gilet de Kise. Son dos tremblait par sursauts. Il ne savait pas bien s'il devait attribuer ça au froid. Mais le voir comme ça lui faisait pitié. Le revirement avait été brutal, mais dans l'état où il le voyait à présent, il savait que ce jeune homme détrempé ne s'en prendrait plus à qui que ce soit.
Il devait sentir son regard peser sur lui, car bientôt il releva la tête et dévoila un visage presque suppliant.
- Je suis vraiment désolé, je sais pas ce qui m'a pris… ça serait pas allé plus loin que ça, je te jure !
Kuroko haussa un sourcil dubitatif. Sentant bien que sa phrase manquait de conviction, Kise détourna les yeux, désespéré.
- Tu pensais que j'allais accepter ?
- …! Non, pas du tout ! J'ai jamais pensé ça !
Son visage se décomposait de seconde en seconde. Et la question de Kuroko sembla lui faire toucher le fond.
Dans un murmure, il demanda :
- … Qu'est-ce que je peux faire… pour que tu me pardonnes ?
Il lui semblait si misérable tout d'un coup que Kuroko avait du mal à lui en vouloir. D'autant plus qu'il commençait à avoir une certaine expérience dans le domaine des personnalités tourmentées.
Il attendit que son voisin le regarde à nouveau, et annonça d'une voix posée :
- Je veux que tu me dises ce qui s'est passé.
L'autre cligna des yeux.
- Ce qui s'est passé, tu veux dire là, ce soir ?
- Ce qui s'est passé pour que tu en arrives là. Et je doute que ça se limite à ce soir.
Kise ne parut pas vraiment enchanté par la demande. Silencieux, il posa son menton sur ses mains, et se plongea dans une profonde et délicate délibération intérieure.
Résolu à attendre sa réponse, Kuroko se leva, et remit les spaghetti sur le feu. Il sortit deux assiettes du placard, des couverts. Seuls les bruits de vaisselle et le ronron de la cuisinière emplissaient le grand salon.
Tranquillement – quoiqu'avec le sentiment de se trouver dans une situation qui frôlait le surréalisme –, il continua à remuer les pâtes avec sa cuillère en bois.
Côte à côte, ils dînèrent dans le plus grand silence. Dans ce contexte, au moins, Kuroko avait l'espoir que ses médiocres exploits culinaires passeraient inaperçus.
L'espoir seulement.
- … C'est intéressant mais… un peu bizarre, quand même.
Voilà. Exactement ce qu'il s'était dit.
La mine déconfite, l'apprenti cuisinier souffla longuement, observant le contenu de sa fourchette comme s'il venait de soulever un gros ver de terre.
- Je ne sais même plus pourquoi j'ai essayé de faire ça…
Kise sourit. Et, à la grande surprise de Kuroko, il finit toute son assiette sans rien laisser.
- Merci pour le repas.
Kuroko leva vers lui de grands yeux admiratifs. Et un peu reconnaissants aussi.
De son côté, le blondinet encore mouillé ne décollait pas de son assiette.
- Je sais que je ne suis pas en position de dire ça, mais… franchement, ça me coûte de t'en parler.
- Pourquoi ?
Visiblement surpris par sa question, il se tourna vers lui avec un petit sourire triste.
- Parce que tu ne me verras plus de la même façon, après ça.
- C'était le cas aussi pour moi.
- … Non, là, ce sera un peu différent.
- Je te promets que non.
Ils se regardèrent pendant quelques secondes. Jusqu'à ce que Kise prît un air résigné, et que Kuroko rassemblât toute son attention pour l'écouter.
- Si c'est la condition pour que tu me pardonnes ce qui s'est passé tout à l'heure, je suppose que je n'ai pas le choix.
