Le point de Ladybug s'abattit sur sa joue, et il éjecta, s'écrasant contre le mur du bâtiment le plus proche.
« Enfoiré ! » jura t-elle.
Elle fit une grimace de dégoût, tout en caressant sa main qui lui faisait atrocement mal. En frappant son ancien ami, elle s'était probablement brisé un ou deux doigt, mais la colère était tellement grande, qu'elle n'y prêta pas attention. Dans ses yeux brillait une rage sans nom, une colère froide et dévastatrice. Elle aurait pu détruire le monde de sa colère.
Lorsque Chat Noir se releva, il avait effacé son sourire guilleret de son visage. Il essuya le sang qui lui coulait du nez, et frotta sa joue, là où il avait été frappé. Pire encore qu'un coup de point énergique, son cœur s'était brisé, en milliers de morceaux incollables. Il serra les poings ; il comprenait tout à fait la colère de la jolie héroïne. Abordant tout de même un ton narcissique, il déclara, comme si de rien n'était :
« Ce n'est pas moi qu'il fait frapper, mais l'akumatisé ! »
Elle serra les poings, sentant la colère l'envahir avec force, mais lui tourna tout de même le dos, pour s'empêcher de l'insulter. Si elle avait eu le courage, elle l'aurait tué sur le champ. La rage bouillait en elle, et il n'aurait fallu qu'une petite goutte de trop pour faire déborder le vase. Elle se retint, essayant de contenir sa violence. Pour se calmer, surtout pour tenter de penser à autre chose que lui, elle détailla à nouveau l'akumatisé.
Il n'avait pas de costumes extravaguant, comme l'était ses acolytes du passés. Non, il portait un simple jean délavé, une chemise à moitié boutonné, et un chapeau lui tombant sur le visage. Il s'appuyait sur une canne ; la vieillesse devait avoir eu raison de lui. Pourtant, malgré ses airs inoffensifs, Ladybug frissonna lorsqu'elle croisa son regard dément. Il était fou, complètement fou, son cerveau brouillé par un étau de soumission, de pouvoir et de domination. Parmi toute cette folie, Marinette décela tout de même un sentiment qui lui glaça le sang. De la pitié. Il souffrait, sans doute. Il voulait en finir, il ne voulait pas être un stupide pantin du Papillon. Mais il n'avait pas le choix, il était manipulé, forcé de faire des choses qu'il ne voulait pas faire. Il aurait pu pleurer, il aurait voulu se suicider. Mais il ne pouvait pas. Ses bras bougeait tout seul, ses jambes aussi. Puis soudain, il leva les bras vers le ciel, et déclara, la voix tremblante, essayant de se donner un ton imposant :
« Je suis le Perforateur, je perfore les gens pour qu'il comprenne la solitude que je vis quotidiennement. Ceux qui sont entourés et aimés ne peuvent pas ressentir ce vide effrayant au fond d'eux-mêmes. Je leur offre donc la possibilité de le découvrir, en payant de leurs vies ! »
Il éclata de rire, un rire grave et doucement sadique. Ladybug secoua la tête, effrayée. C'était la première fois, si elle se rappelait bien, qu'elle avait affaire à un ennemi de ce genre. Enfin, qu'ils avaient affaire à ce genre d'ennemi. Chat Noir s'était rapproché d'elle, restant étonnamment silencieux. Il observait lui aussi l'akuma, un sourire de défi se formant tout de même sur ses lèvres. Marinette, elle, malgré sa rage explosive, lui jeta un regard en biais. Il semblait avoir quelque peu changé ; il paraissait plus mûre, plus prudent peut-être. Elle espérait qu'il était moins irréfléchi, qu'il prenait un peu plus d'élaborer des plans, plutôt que de sauter futilement dans la bataille. Elle soupira en se souvenant du passé. Physiquement aussi, il avait changé, et ce n'était pas pour déplaire à la jeune héroïne. Il était plus grand, et sa combinaison moulante laissait apparaître des muscles saillants, prêts à l'action. Elle jeta un regard plus bas, suivant avidement la courbe de ses fesses, avant de se remettre en question, et de s'empourprer lorsqu'elle croisa le regard rieur du chat. Elle croisa les bras, et tourna la tête de l'autre côté, comme si rien ne s'était pas passé. Mais trop tard, elle avait été prise la main dans le sac.
« Est-ce moi ou l'impassible Ladybug vient de mater mon délicat fessier ? Ce n'est pas très convenable pour une fille comme elle, si je puis me permettre. »
Ce fut la phrase de trop. Elle se retourna violemment vers lui, s'approchant dangereusement. Elle plongea son regard énervé dans le sien, étirant ses lèvres sur une grimace de dégoût. Elle mit ses bras sur sa taille, abordant ce même air de colère froide qui avait apeuré le matou lorsqu'elle l'avait frappé. Sans que les deux héros ne l'aient remarqués, des caméras s'étaient rapprochés d'eux, ne perdant pas une miette de leur discussion digne d'un roman à l'eau de rose.
« Tu veux savoir ce qui n'est pas convenable pour un garçon comme toi ? C'est de me laisser tomber, de partir sans un au revoir, ni un merci, ni rien. Et de revenir comme ça, quatre ans après, comme si même pas deux jours avaient passés ! »
Sans qu'elle le veuille, elle sentit les larmes délicates couler le long de sa joue, et elle ne tenta même pas de les arrêter. Elle serrait les poings, laissant couler sa haine hors d'elle, laissant sa colère parler à sa place. Lorsque Chat Noir fit un mouvement vers elle, comme pour la consoler, elle le repoussa. Elle ne voulait pas qu'on la réconforte, et surtout pas lui. Elle devait être bien pitoyable, à pleurer comme ça, mais elle s'en fichait. Elle le détestait ; elle le haïssait même !
« Je te déteste ! Tu es parti, alors que tu susurrais toujours que tu serais là pour moi ! Ce n'était donc que des paroles en l'air ? Enfoiré ! »
Elle le saisit par le col, et le secoua de toutes ses forces, avant de se recroqueviller contre lui, vidant ses larmes sur son costume noir. Immédiatement, elle le repoussa. Elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas. Toute son âme lui hurlait de rester contre lui, de le serrer et de lui pardonner, mais elle ne pouvait pas. Son cœur était en morceau, brisé comme si Chat Noir s'était amusé à le piétiner. Avec amertume, elle se rendit compte qu'elle l'aimait désespéramment. Elle l'aimait oui, c'était une certitude. Elle s'en était aperçue lorsqu'il était parti. Mais elle ne voulait pas y croire. Elle ? Aimer un chat-rlatan comme lui ? Elle riait de sa propre naïveté, rien qu'en y pensant. Puis elle perdait le sourire, lorsqu'elle se rappelait son visage enjôleur, ses blagues foireuses et le nombre de fois qu'il avait failli mourir pour elle. Ce qui ne faisait qu'aggraver sa haine. Pourquoi était-il parti, s'il était autant amoureux d'elle qu'il le prétendait. Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Elle était sa partenaire, sa confidente. Et pourtant, il s'en était allé, sans rien dire. Sans même que Ladybug ait pu lui dire ce qu'elle ressentait pour lui.
Elle sécha ses larmes, marquant un écart entre le Chat et elle. En reculant, elle finit par voir les caméras qui n'avaient pas raté un seul moment de ces touchantes retrouvailles. Immédiatement, la fureur qu'elle avait éprouvé juste avant refit surface, bien plus destructive cette fois-ci. Ramassant un caillou, elle le jeta violemment sur les gens qui formait un petit groupe près d'eux.
« Foutez le camp, bande d'abrutis ! Vous voulez crever ou bien ?! »
Chat Noir, regarda avec étonnement la scène. Ladybug n'était pas violente, elle n'était pas colérique. Au contraire, elle était l'incarnation même de la douceur et de la bonté. Mais elle avait changé ; il avait d'ailleurs pu le remarquer. D'abord, elle l'avait frappé, et voilà qu'elle jetait rageusement des cailloux sur les citoyens de Paris ? Courageusement, profitant de sa colère et de son inattention, Chat Noir s'était approché, essayant de calmer son amie décharnée. Il n'avait pas peur de se prendre encore des coups ; si sa Lady était à ce point énervée contre lui, il méritait tous les coups du monde. Caressant doucement la joue de la coccinelle, il remonta son visage vers le sien, et plongea son regard dans le sien. Il sourit, un sourire plein de tendresse, d'amour et de pardon. Il était déchiré d'avoir dû la quitter, d'avoir dû la laisser seule face à la réalité, face au monde réel. Parce qu'après tout, il n'était que deux adolescents, cherchant un refuge sous leurs costumes étincelants ? Mais le temps avait tristement passé, et Chat Noir n'avait pas pu passé une misérable seconde de sa vie sans éprouver le regret de son départ. Mais il n'avait pas eu le choix. Et puis surtout ; il avait eu peur. De quoi ? Il s'était longtemps posé la question, sans jamais trouver de réponse. Il avait peut-être peur que leur relation change, qu'elle ne soit plus comme avant. Il avait peut-être peur de la perdre – et il l'avait perdu, à agir comme ça. Chat Noir sentit son ventre se tordre sous la culpabilité. Il était un abruti, un abruti fini, oui. Il secoua la tête, et évitant le regard de sa lady, murmura doucement de pitoyables excuses.
« Écoute, je n'ai pas d'excuses pour être parti sans rien dire. Je n'aurais pas dû, c'est vrai. Mais ... Il laissa sa phrase en suspens, cherchant ses mots pour éviter de contrarier encore plus la jeune fille, quand soudain, il écarquilla les yeux, et projetant Ladybug loin de lui. Attention ! »
Un tir de rayon passa là où Ladybug se trouvait une demi-seconde avant. Chat Noir se mit en garde, le cœur cognant dangereusement. L'attaque n'était passé qu'à un poil, et s'il n'avait pas eu la présence d'esprit de pousser sa coéquipière, elle serait sûrement morte. Il lui jeta un regard en biais. Elle se relevait péniblement, ses larmes tombant sans arrêt sur le sol, dans un silence de mort. Elle n'avait pas la force de lutter, pas la force de se battre. Elle puisa tout de même en elle, une sorte de courage qui lui permet de se relever et de faire face à l'akumatisé aux côtés de Chat Noir. Le matou sentit son cœur se serrer. C'était de sa faute si elle était comme ça, si elle ne se relavait qu'à moitié, défigurée par cet amour meurtrier, par cette tristesse dévastatrice. Il ferma les yeux pour se concentrer, et marcha pour se mettre devant son amie. Il la protégerait, au péril de sa propre vie. Il rattraperait le temps perdu, d'un moyen ou d'un autre.
« Je sais que rien n'éteindra ta colère – sauf éventuellement me frapper, mais je tiens à mon beau visage. Il rit, essayant de détendre l'atmosphère. Voyant que la jeune fille ne s'était pas jointe à lui, il se racla la gorge, et continua. Je sais que tu m'en veux, j'en suis sincèrement désolée. Mais Ladybug, je t'aime, je tiens à toi comme à la prunelle de mes yeux. Tu es mon rayon de soleil, ma coccinelle. Je ne te laisserai plus jamais tomber, parole de chat ! »
Il entendit une gémissement étouffé venant de la part de sa camarade. Elle semblait émue, retenant sûrement ses larmes. Mais il ne l'a regarda pas, il n'en avait pas le courage. Il fixa son ennemi, dégainant son bâton de fer, et fonça sur lui, chargeant de puissants coups, évitant quand il était nécessaire. Il se mouvait d'une grâce exquise, comme s'il dansait sensuellement avec son ennemi. Tantôt à se moquer de lui, tantôt à reprendre cet air sérieux qui lui faisait paraître immensément plus mature.
Ladybug, toujours en larmes, l'observait, fascinée. Certes, il n'avait pas beaucoup changé, il fonçait toujours dans le tas, tête baissée. Mais il combattait avec une certaine aisance, comme s'il avait fait ça toute sa vie. Malheureusement, il était plus faible que l'akumatisé, qui eut raison de lui en l'envoyant au sol, le coinçant sous son pied, avant d'activer un de ces rayons pour lui tirer dessus.
La coccinelle avait bien observé la façon de se battre de son ennemi. Il tirait des lasers de sa main droite, qui perforait tout ce qu'ils touchaient. Parfois, il parait les coups de Chat Noir à l'aide de sa canne, mais il semblait nettement plus handicapée de la main gauche.
Voyant Chat Noir en mauvaise posture, elle se ressaisit ; fini la sieste, ils devaient en finir au plus vite ! Elle lança son yo-yo, attrapant la main droite de l'akumatisé pour le tirer loin du matou. Le rayon laser alla exploser une maison, un peu plus loin. Le chat se releva, épousseta son costume noir et s'approcha de Ladybug pour l'épauler.
« L'akuma est dans sa canne, je crois ! » lui dit le matou.
Elle hocha la tête, cherchant un moyen de pouvoir attraper sa canne facilement. N'en trouvant pas, elle se résigna, et lançant son yo-yo en l'air, elle déclara, sentant le pouvoir de la chance couler dans ses veines :
« Lucky Charm ! »
Immédiatement, elle sentit cette sensation qui l'envahissait, bienveillante, chanceuse, encourageante. Elle ferma les yeux, et se laissa submerger. Elle espérait tomber sur un objet utile pour une fois, un objet pour lequel elle n'avait pas besoin de se creuser la tête pour trouver comment l'utiliser. Mais ce qui retomba entre les mains de Ladybug la déprima. Pourquoi la chance lui envoyait-elle toujours des objets improbables ? Pourquoi était-ce si difficile d'être une lady de la chance ? Elle était plutôt malchanceuse dans son genre.
« Un ciseau à métal ? Mais qu'est ce que je dois faire de ce truc ? »
Elle regarda tout autour d'elle, sceptique. Devait-elle couper un lampadaire pour le faire tomber sur l'akumatisé ? Ou alors, devait elle couper autre chose ? Mais quoi ? Ladybug baissa les bras, et d'un petit regard, demanda à Chat Noir de la couvrir le temps qu'elle trouve une solution. Il se lança donc, à nouveau dans la bataille. Mais cette fois-ci, il était plus faible, moins résistant, et il mettait plus de temps à se relever. Le respiration sifflante, les poumons en feux, il sentait ses forces l'abandonner. Et pourtant, il n'avait encore rien vu.
Le Perforateur, dans un geste très théâtral, dégaina une longue épée de sa canne, jetant le pitoyable bout de bois derrière lui et fit quelques mouvements très précis. Il sourit, du même sourire dément et empreint de folie qu'avant. Et Ladybug comprit. Ce n'était un stupide lampadaire ou autre chose qu'elle devait couper. C'était la canne-épée, car c'était là que se trouvait l'akuma. Mais elle ne voyait pas comment faire, comme pouvoir immobiliser l'épée assez longtemps pour qu'elle puisse la couper ?
Chat Noir s'était rapproché d'elle, et profitant d'un court instant de répit, il lui souffla tendrement :
« Tes cheveux. »
Ce n'était pas une question, juste une affirmation. Il n'y avait nulle trace de moquerie, nulle trace de désapprobation. Ladybug leva les yeux au ciel, se demandant tout de même si il la trouvait jolie. Puis elle se souvint qu'elle le détestait, qu'elle lui vouait une haine sans fin. Elle secoua la tête, et tentant de prendre un ton moins agressif :
« J'avais besoin de changement. »
Elle avait tourné le dos au combat, elle n'était plus concentrée. Et elle n'avait pas vu le Perforateur lui foncer dessus, la lame pointée vers son cœur. Marinette se retourna soudain, mais remarquant l'attaque trop tard, elle n'eut pas le temps d'esquiver. La reste resta assez confus dans l'esprit de Marinette ; elle comprit qu'elle avait trébuché, lorsqu'elle sentit la pierre froide sous ses fesses. Elle ferma les yeux, s'attendant sans doute à mourir. Elle s'offrait à la mort, une sorte de rédemption pour ces années à lui échapper sournoisement. Elle s'offrait à la douleur, à la souffrance. Et elle attendait cette douleur, qui décidément, mettait du temps à venir. Sentant qu'il y avait un problème, elle ouvrit les yeux ; l'akuma l'avait-il raté ? Ladybug était pourtant sûre que son coup serait mortel.
Mais elle n'aurait mieux fait de pas ouvrir les yeux. La scène qui s'offrait devant elle lui glaça le sang. Chat Noir. Écartant ses bras finement musclé. Faisant bouclier entre l'akuma et elle. La longue épée de l'akuma pénétrant sans problème le ventre de Chat Noir. Rouge, rouge partout, pourquoi tout ce rouge ? Elle n'arrive plus à bouger, sa respiration se bloqua. Elle tenta de lever sa main tremblante, effleura à peine la joue du Chat, qui poussa un long râle de souffrance. Effrayée, elle retirât sa main, trop choquée pour réagir.
« L'aku-... ma ! Dé-... truit l'akuma ! Vite ! »
Chat Noir avait parlé, sa voix coupé par des sursauts de douleurs, du sang coulant de sa bouche. Ladybug sursauta, le regard embué. Elle ne comprenait pas, elle ne voulait pas comprendre. Son cœur se serra. Pourquoi ? Pourquoi vivait-elle ce cauchemar ?
Puis l'information parvint à son cerveau, et elle se éveilla soudainement. D'abord confus et précipité, ses mouvements semblaient ralentis, et ses mains tremblaient. Prenant de l'assurance, tentant de ne pas blesser Chat Noir plus qu'il ne l'était déjà, elle profita pour couper la canne-épée, libérant ainsi l'akuma.
Sans un mot, les larmes inondant ses joues, elle captura l'akuma et le purifia rapidement. Puis, elle lança son ciseau en l'air, rendant Paris comme elle l'était avant.
Lorsque le corps de Chat Noir lui retomba dessus, elle lui caressa doucement les cheveux, s'attendant à ce qu'il reprenne conscience, et que sa blessure disparaisse. Mais le sang continuait de couler, si bien que même le costume rouge de Ladybug en était recouvert. Il allait se réveiller, il devait se réveiller.
« Hé ... Chat ... Hé, réponds-moi ! Je ne le pensais pas quand je te disais que je te déteste ... Je t'aime, hein, tu le sais ? Chat, je t'en supplie, ouvre les yeux ! »
Elle ne comprenait pas ! Pourquoi sa blessure ne s'était pas guérie, lorsqu'elle avait lancé son objet de la chance ? Pourquoi tout ne redevenait pas comme avant ? Lorsqu'elle entendit le bip bip significatif du miraculous de son ami, elle le prit doucement dans ses bras, et courut vers des ambulances – dont elle entendait la sirène plus loin. Elle leur confia Chat Noir avant qu'il redevienne lui-même. Elle lui jeta un léger regard peiné avant de tourner les talons et de s'en aller. Elle se sentait coupable ; si elle avait été plus attentive, Chat ne se serait pas sacrifié, et il ne serait peut-être pas entre la vie et la mort. Ses larmes ne voulait pas décidément s'arrêter, et même lorsqu'elle redevint Marinette, après s'être enfermée dans les toilettes du bâtiment Agreste, elle ne cessa de pleurer. Tikki tentait doucement de la consoler, en vain. Lorsque Marinette arrêta de pleurer, elle se rendit compte qu'elle avait mal, terriblement mal. Observant son doigt cassé, elle grinça des dents, et l'enroula dans du papier toilette, en attendant de faire un tour à l'hôpital. Elle avait l'habitude, ce n'était pas ses premières cicatrices, ni ses dernières. Se levant, elle murmura à Tikki, la voix tremblante :
« Ti-... Tikki, je devrais peut-être retourner travailler ... Je ... Je ne dois pas me laisser abattre, et puis ... Adrien est peut-être revenu ! »
Une once d'espoir se faisait entendre dans sa voix ; voir Adrien lui remonterait sans doute le moral. Elle frotta ses yeux, et lança un faible regard dans le miroir. Son reflet lui déplut, mais elle secoua la tête. Elle n'était déjà pas très jolie aujourd'hui, mais là, c'était vraiment affreux. Elle tenta tout de même de maîtriser ses cheveux, en vain. Elle soupira, et jeta un coup d'œil à sa montre. Cinq heures tapantes. Elle croisa les bras, et gardant la tête haute malgré ses yeux rougis, elle marcha lentement jusqu'à la pièce qui lui avait été attribuée.
Marinette poussa légèrement la porte, et se faufila discrètement, cherchant une présence. Malheureusement, Adrien n'était pas là, et son cœur se serra douloureusement lorsqu'elle s'en rendit compte. Elle secoua la tête, et se contenta de se servir un café, en silence, espérant pouvoir cacher le goût amer de la déception dans sa bouche. Soudain, elle entendit la porte s'ouvrir à la volée derrière elle, et une Nathalie toute affolée débarqua dans la pièce.
La jeune fille sursauta, et elle se leva, s'approchant doucement de la secrétaire, posant sa main sur son épaule pour voir si elle allait bien.
« C'est ... C'est Adrien ! Il est à l'hôpital ! Il a été blessé par l'akuma qui vient de saccager Paris ! Je suis venue vous chercher pour ... »
La tasse de Marinette se brisant sur le sol coupa la secrétaire. La jeune styliste avait joint ses mains sur son visage, et s'était remise à pleurer, encore et encore. D'abord, Chat Noir et maintenant, Adrien. Que se passait-il donc aujourd'hui ? Les personnes qu'elles revoyaient étaient donc vouées à finir à l'hôpital ? Elle se mordit la main, pour s'empêcher de crier. La culpabilité l'assomma d'un coup, et elle se sentit défaillir. Mais Nathalie était là, et elle entreprit de servir un verre d'eau à la jeune fille. Après s'être remise de ses émotions, Marinette essuya ses larmes, et d'une voix fatiguée, elle dit :
« Je ... Je peux le voir ? »
Nathalie hocha la tête, sans rien dire. Lorsqu'elle fut sûre que Marinette n'allait pas faire un malaise, elle l'amena jusqu'à une voiture, où elle entra, suivit de Marinette. Celle-ci était trop confuse pour protester, ou pour faire quoique ce soit d'autre. Elle tentait vainement de se souvenir de la bataille, se demandant si elle avait vu Adrien. Elle secoua la tête ; non, elle s'en serait souvenue. On n'oublie pas si facilement lorsque l'on croise Adrien Agreste.
Sans qu'elle ne s'en rende compte, la voiture était déjà arrivée à l'hôpital, et Nathalie était sortie, ouvrant la portière à Marinette. Elle lui fit un petit sourire sans joie, avant de la suivre silencieusement. La jeune fille ne savait même pas pourquoi elle avait le droit de voir Adrien. Elle n'était pas de sa famille, ni de son entourage proche. Elle n'était pas non plus sa petite amie. Elle rougit à cette pensée. Non, elle n'était qu'une vieille connaissance du lycée. Et sa nouvelle collaboratrice, essentiellement.
Lorsque les deux femmes arrivèrent devant une porte close, Marinette reconnut la silhouette de Gabriel Agreste. Elle baissa les yeux, sentant son regard pesant sur elle. Il se racla la gorge, et se leva, croisant ses bras sur son ensemble assorti.
« Adrien vous a demandé. »
Une phrase, une simple phrase qui fit frissonner Marinette. Elle hocha la tête, baissant le regard vers le sol blafard. Sans rien dire, elle poussa discrètement la porte et se faufila dans la pièce étonnement sombre. Adrien était là – Marinette distinguait sa silhouette dans la pénombre. Elle s'assit sur le bord du lit, et le regarda tendrement. Il semblait dormir, sa respiration quelques fois coupées par un râle, ou par un petit gémissement de douleur. La jeune styliste sentit les larmes monter à nouveau, mais elle les chassa du revers de la main.
D'abord timidement, elle osa passer ses doigts sur les boucles de son ami. Elle sentit son cœur faire un bond, et elle secoua la tête. Elle avait failli perdre Adrien, alors qu'elle venait juste de le retrouver. Elle se mordit la lèvre ; c'était sa faute. Elle aurait dû être plus attentive ... Si seulement elle n'avait pas été distraite, Chat Noir aussi serait ...
Son cœur se serra. Elle s'inquiétait pour Chat Noir, autant que pour Adrien. Qu'était-il devenu ? Elle ne le savait même pas, elle l'avait quasiment abandonné à son triste sort. Elle sentit une bouffée de culpabilité l'envahir. Elle s'en voulait. Terriblement. Elle s'en voulait. Elle aurait tout donner pour revenir en arrière.
Marinette baissa les yeux sur le visage endormi de son ami, de son collaborateur, de son amoureux. Elle le savait ; elle l'aimait de tout son être, elle ne l'avait jamais oublié. Une partie de son cœur avait toujours appartenu à Adrien Agreste. Doucement, elle se pencha et posa un doux baiser sur le front de son ami. Elle se promit de tout faire pour le protéger. De rattraper le temps, d'une façon ou d'une autre.
Soudain, Adrien s'agita, et Marinette se leva, reculant légèrement. Il ouvrit ses yeux, paniqué, et fouilla la pièce du regard, avant de regarder la jeune fille. Il fit un léger sourire, comme s'il comprenait ce qu'il faisait là, et pourquoi elle était là. Il fit un doux sourire, et sembla s'apaiser un instant. Il ne quittait pas la styliste du regard et elle devint cramoisi.
« Ladybug ? C'est toi ... Je savais que tu viendrais me voir ! Si tu savais depuis combien de temps je t'attends ... »
Marinette sursauta. Avait-elle bien entendu ? Il avait bien dit Ladybug ? Elle espérait du plus profond de son cœur qu'il ne soit pas au courant. Elle ne voulait pas, pas maintenant, pas tout de suite. Elle n'était pas prête. Avec soulagement, elle se rendit compte qu'elle était cachée dans l'ombre, et qu'Adrien ne devait probablement voir que sa silhouette. Son visage apeuré s'effaça pour laisser paraître un sourire rassuré. Elle murmura, de sa voix la plus douce possible.
« Je suis là. »
Elle entendit un soupir soulagé de la part de son ami. Et puis, sans rien ajouter de plus, il sombra à nouveau dans le sommeil, laissant la jeune fille à ses pensées. Elle lui accorda un dernier regard, elle lui rendit un prière.
« Je t'aime. » murmura t-elle doucement.
Elle ressortit de la salle, et fit un sourire bienveillant. S'adressant à Gabriel et Nathalie qui la regardait, elle dit simplement.
« Adrien dort paisiblement. »
Et voilà mon chapitre 3 ! Je suis super contente, j'étais vraiment inspirée ! J'espère que ça vous plaira ! N'hésitez pas à me laisser des reviews, ça me ferait immensément plaisir ! A bientôt pour le chapitre 4 !
