Salut les bichons ! Merci à tous pour favs, follows et à vous pour vos reviews, Nalou, Catflo, Aliena, Electre, Frederick (oooh merci beaucoup ! La voiciiii tadaaam!), Edith (je déteste les téléralités aussi, c'est surtout une parodie avant tout ! J'espère que la suite te plaira en tout cas, merci beaucoup d'avoir laissé une review!), Maeva ! Je vous bisouuuute vous êtes tous des amours.

Voilà le deuxième chapitre de cette fic amorale et dégoûtante à tous points de vue ! (Et ce jusqu'à la toute fin, je vous promets.)

Bonne lecture !


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Hannibal n'aurait jamais cru être reconnaissant à Bedelia de l'avoir emmené sur l'Île de la Tentation pour tourner une émission de téléréalité.

Mais c'était avant de faire la connaissance de Will Graham.

Au grand désespoir de la production, à part Brian Zeller, qui était un jeune homme en pleine santé, et donc de ce fait faible face à l'appel de la chair, aucun des trois autres candidats ne remplissait ce qu'on attendait d'eux. Jack Crawford ne pensait qu'à sa femme Bella dans l'autre pavillon, Will n'était pas le moins du monde intéressé par les tentatrices qui se bousculaient autour d'eux, et Hannibal, lui, ne les voyait même pas : il ne voyait que Will. Pour la première fois depuis la création de l'émission, les réalisateurs se retrouvèrent face à l'étrange cas de figure d'un participant en couple intéressé par un autre participant en couple plutôt que par les jeunes et jolies filles qui paradaient à moitié nues autour d'eux.

On avait fait comprendre à Hannibal que même s'il était intéressé par Will – il s'était assez peu soucié de cacher son attraction, et les longues conversations que les deux hommes avaient pris l'habitude d'avoir sur la plage ou dans leur chambre avait mis la puce à l'oreille des dirigeants – il valait mieux qu'il donne le change et qu'il fasse semblant de s'intéresser à quelqu'un d'autre. Puis le directeur avait jugé que leur petite histoire apportait justement un côté interdit qui était la marque de fabrique de l'émission, et avait décidé de les laisser en paix.

Ce qui convenait parfaitement à Hannibal, et visiblement, Will Graham y trouvait son compte aussi – c'était difficile de se prononcer sur ce qu'il ressentait exactement envers Hannibal, mais la probabilité était qu'entre deux maux, il choisissait le moindre (ce qui ne réjouissait pas exactement Hannibal, qui était bien déterminé à devenir la personne la plus intéressante aux yeux de Will Graham).

C'était d'autant plus rageant que si Hannibal Lecter ne suscitait pas plus d'intérêt que ça chez Will, son alter ego le Chesapeake Ripper, lui, avait un succès fou. Hannibal, sous prétexte de s'intéresser à la criminologie, prétendait avoir étudié des scènes de crime du Ripper, et les deux hommes passaient des heures à analyser ensemble les corps qu'Hannibal lui-même avait artistiquement (et cruellement) mis en scène.

Ceci étant dit, ça en valait la peine rien que pour entendre les envolées lyriques de Will à son sujet. Un artiste, un maître peintre, un psychopathe intelligent, quelqu'un de déterminé, d'organisé, de méticuleux, un esthète... Le tout, bien sûr, sous couvert de réprobation, mais Hannibal n'était pas dupe. Si Will Graham le fascinait, lui, le Chesapeake Ripper fascinait Will Graham.

En tant que serial killer, après des années – des décennies – passées avec ancrée en soi l'intime conviction que personne ne pourrait jamais vous comprendre, il y avait quelque chose de bouleversant à l'idée que quelqu'un parvenait enfin à décortiquer vos motivations, à suivre votre mode de pensée, à déchiffrer vos tableaux, à voir la beauté là où le commun des mortels ne voyait que l'horreur.

Car c'était de ça qu'il s'agissait : Will voyait la même beauté qu'Hannibal. Il était capable, avait-il avoué, de se mettre dans la tête de n'importe quel tueur en série pour reconstituer ses fantasmes ; son extrême empathie lui permettait d'adopter le point de vue de tous ceux qui croisaient sa route – mais son don était plus utile quand il le mettait au service du FBI. En particulier en travaillant sur le Chesapeake Ripper.

Lorsqu'Hannibal avait compris ce que ça impliquait, il avait eu envie de le faire basculer sur le sable, de lui ouvrir la poitrine de ses mains et de lui dévorer le cœur – de bonheur. Jamais, de toute sa vie, il n'avait ressenti un élan d'affection aussi puissant pour quelqu'un (sa petite sœur Mischa exceptée, bien entendu).

Cinq jours seulement s'étaient écoulés, pourtant, et Dieu savait qu'Hannibal n'était pas prompt à l'affection, mais dans cette île où ils étaient tous les uns sur les autres, les relations, les sentiments, tout était amplifié et accéléré. Jack commençait à regarder d'un air différent la jeune tentatrice Clarice, Zeller faisait les yeux doux à la rousse Freddie ; il semblait presque logique qu'Hannibal, de son côté, cherche à trouver un moyen de séduire Will Graham.

Pas forcément sexuellement – ce n'était pas ce qui l'intéressait, et Will ne semblait pas non plus particulièrement régi par ses hormones ; au contraire de sa petite amie, Alana, qui s'il fallait en croire la dernière vidéo de feu de camp, s'était laissé embrasser par l'un des tentateurs. Will n'avait pas fait de réflexion, et Hannibal s'était interrogé sur la véritable nature de leur relation, dont Will ne parlait jamais ; il soupçonnait qu'il y avait eu des sentiments entre eux, mais qu'ils s'étaient probablement évanouis avant même leur arrivée sur l'île – un autre sujet sur lequel Will n'était pas très loquace. Il ne disait pas s'être fait forcer la main, mais de toute évidence, il n'était pas là de son plein gré. La liste de mystères qu'il traînait derrière lui continuait d'augmenter, au grand ravissement d'Hannibal.

Pour le reste, il n'était pas particulièrement secret. Il n'aimait pas parler de lui, c'était un fait, mais durant leurs longues conversations privées, ils échangeaient des bouts d'informations l'un sur l'autre. Hannibal avait appris que Will avait grandi à la Nouvelle-Orléans, qu'il n'avait jamais connu sa mère, que son père était pauvre, qu'il était devenu flic à la Nouvelle-Orléans avant d'être embauché comme professeur à l'académie du FBI, et qu'avant ça, il aidait son père à réparer des moteurs de bateaux en Louisiane. Hannibal, en échange, lui parlait de sa passion pour la musique classique, la peinture et l'art en général, la cuisine, du fait qu'il avait été chirurgien avant de devenir psychiatre. Will ne lui posait pas énormément de questions, au début, mais ces deux derniers jours avaient apporté un changement (sans qu'Hannibal ne puisse déterminer à quoi il était dû), et il demandait des détails plus volontiers, ses yeux profonds fixés sur le psychiatre d'un air attentif. Hannibal était définitivement sous le charme.

Will, lui, n'en était pas encore là – mais ça viendrait.

.oOo.

Les choses prirent une autre tournure lors du huitième jour. Hannibal n'avait toujours pas mis son plan à exécution, tout le monde était bien en vie ; s'il voulait se tenir à ses prévisions, il ne lui restait plus que sept jours – et malgré le fait qu'il n'avait pas escompté s'amuser autant (tout restant relatif) en la compagnie de Will Graham, il n'était pas homme à oublier un affront une semaine à peine après l'affront en question, et Bedelia allait souffrir.

Son plan était simple : tuer tout le monde (à commencer par Brian Zeller, qui l'horripilait depuis le début), et se rendre ensuite dans l'autre pavillon pour tuer Bedelia, Alana (qui avait manqué de respect à Will en se laissant embrasser par un autre tentateur, et même si celui-ci n'avait rien dit, Hannibal était furieux pour lui), et tous ceux qui se mettraient en travers de son chemin.

Ou plutôt, de leur chemin, si ses rêves les plus fous étaient réalisés.

Hannibal n'avait pas manqué de repérer le changement qui s'était opéré dans Will ces derniers jours – il fallait dire que lorsqu'il comparait avec leur toute première conversation, la transformation était plutôt renversante. À présent, Will recherchait sa compagnie, menait leurs conversations – et lorsque parfois, au milieu de la nuit, il se réveillait en sueur, après des rêves de corps en sang et de gorges arrachées, Hannibal, qui dormait peu, lui faisait une place au bout de son lit, et ils s'installaient en tailleur l'un en face de l'autre ; Will lui parlait de son rêve, le décortiquait, et quand il s'était un peu calmé, il se recouchait ; le plus souvent, cependant, ils restaient à parler ensemble jusqu'aux petites heures du matin. Parfois, aussi, il voyait Will le regarder, en silence, et il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que Will parvenait à lire derrière ses yeux.

Tout bien considéré, il était satisfait des progrès de son plan "Séduction de Will Graham", mais le huitième jour lui apporta une rivalité inattendue – et fort désagréable.

Par un consensus général, la production avait décidé de les laisser faire leur petit numéro sans trop s'en mêler, mais certaines tentatrices avaient été plutôt vexées d'avoir été dédaignées par non pas un, mais deux des quatre participants ; et les deux plus beaux, qui plus est.

L'une d'elle, Margot, avait donc profité d'un moment où Will s'était retrouvé seul pour le subtiliser au regard jaloux d'Hannibal ; elle lui avait offert du whisky, qui s'était très, très mal marié avec la chaleur accablante de cette fin de journée, avec le manque de sommeil de la nuit précédente et les cinq comprimés contre la migraine que Will avait ingurgités une demi-heure avant, et Hannibal était tombé sur eux alors qu'ils étaient adossés à un cocotier en train de se rouler un palot digne de figurer dans un porno (non que ce soit le genre de films qu'Hannibal regardait, mais il en avait vu un ou deux, pour sa culture générale).

La rage qui avait brûlé ses veines était incomparable à celle qui l'avait saisi quand il avait débarqué sur l'île avec Bedelia, ce qui en disait très long. Lorsqu'elle l'avait vu s'approcher, Margot, installée à cheval sur les cuisses de Will, s'était enfuie (brave fille, elle avait encore un instinct de survie fonctionnel – ce qui ne l'empêcherait pas d'être la première victime d'Hannibal ; elle venait de rejoindre le haut de sa liste rouge, avant même Zeller, avant même Bedelia). Will avait tourné son regard vers lui – tellement hébété qu'Hannibal s'était un instant demandé s'il le voyait vraiment – et lui avait souri.

- Hannibal.

C'était dur d'être en colère quand Will prononçait son prénom de cette façon, même si Hannibal lui en voulait de s'être laissé avoir comme un débutant. Il tendit une main, que Will saisit faiblement, et l'aida à se redresser ; les jambes de Will tremblaient, mais il parvenait au moins à tenir debout.

- Merci, murmura Will.

Hannibal lui jeta un regard intrigué.

- Merci de quoi ?

Mais Will ne répondit pas – il passa le bras autour du cou d'Hannibal.

- Ramène-moi à notre chambre...

Certes, c'était leur chambre, depuis le début de l'aventure, et jusque là, les mots n'avaient jamais pris une connotation sexuelle. Mais là, avec le bras de Will passé autour de son cou, son corps contre le sien, son odeur délicieuse dans les narines, Hannibal, probablement pour la première fois de sa vie, eut envie d'un corps humain sexuellement plutôt que culinairement. Il sentit ses entrailles se nouer et son pénis tressaillir sous son pantalon de lin, et jugea qu'il n'avait pas de raison de refuser sa requête à Will. Tout l'inverse, même.

La porte de la chambre se referma sur eux – ni Jack ni Zeller n'étaient là. Hannibal transporta Will jusqu'à son lit, et ne montra aucune résistance lorsque les bras de Will refusèrent de se déloger de son cou et le tirèrent sur le lit avec lui.

L'instant d'après, il goûtait à la richesse du whisky et à l'amertume de l'aspirine directement sur les lèvres de Will.

- Hannibal...

Les mains de Will malmenaient ses cheveux, il bougeait les hanches pour essayer de trouver un point de frottage pour soulager son érection, et Hannibal, la langue contre la sienne, à quatre pattes au dessus de lui, réalisa pour la première fois à quel point Will était dangereux ; il lui faisait entièrement perdre le contrôle qu'il exerçait si impeccablement sur lui-même. Sa voix, entre les lèvres d'Hannibal, et les gémissements étouffés qu'il poussait, étaient probablement les sons les plus érotiques qu'Hannibal avait jamais entendus. Et il n'était pas homme à laisser parler ses hormones, d'ordinaire, loin de là, mais Will déréglait tous ses repères, et il ne pensait plus qu'à une chose : lui retirer ses habits, séances tenante, et le dévorer – dans un sens juste légèrement différent de celui qu'il lui donnait habituellement.

L'odeur de la peau de Will était enivrante. Des perles de sueur se formaient à la naissance de ses cheveux bruns, et Hannibal ouvrit tant bien que mal les boutons de sa chemisette tandis que les mains de Will glissaient dans son cou et que ses lèvres essayaient d'attraper tout ce qu'elles pouvaient toucher. Les pans de la chemise s'écartèrent, et Hannibal contempla le spectacle un instant. Il n'avait jamais eu de relation sexuelle avec un autre homme, jusque là, mais la vision de Will à moitié nu sur le lit lui sembla plus affolante que toutes les femmes réunies à qui il avait fait l'amour.

- À moi, grogna-t-il en se penchant pour mordre la peau au niveau de la côte, et Will se mit à rire.

- On se connaît depuis huit jours, tenta-t-il faiblement de protester, sans toutefois se départir de son sourire. Un peu tôt pour des serments éternels.

Hannibal se redressa, et s'appuya sur ses coudes, de chaque côté du visage de Will – la légère rougeur qui marbrait son cou et perçait sur ses joues renforça la détermination du docteur de mettre la main sur Will par tous les moyens possibles – et de toutes les façons imaginables.

- À moi, répéta-t-il en insistant sur les mots, les yeux plongés dans ceux de Will.

Celui-ci lui rendit son regard en silence, pendant de longues secondes, jusqu'à ce que de minuscules rides de sourire apparaissent aux coins de ses yeux.

- Possessif ?

- Tu n'imagines même pas.

- Pourquoi moi ? C'est autre chose qu'une envie de sexe, pas vrai ?

Hannibal se redressa pour s'installer sur les cuisses de Will, et fit glisser un doigt sous l'élastique de son boxer gris, un petit sourire aux lèvres lorsqu'il sentit son corps tressaillir sous lui. Le doigt repassa par-dessus, puis glissa doucement sur le tissu déjà gonflé, l'effleurant à peine, et Hannibal se délecta du gémissement étouffé de Will.

- Pourquoi toi ? reprit Hannibal. C'est simple. Ça ne peut être personne d'autre.

Will sembla en avoir le souffle coupé un instant, et se redressa pour regarder Hannibal, l'air ébahi – du moins, jusqu'à ce qu'Hannibal presse deux doigts le long de la bosse du tissu, et Will jura entre ses dents.

- Tu ne... me connais même pas – oh, god, Hannibal.

Les doigts venaient de repasser en dessous de l'élastique, et glissaient maintenant le long de la peau. Will agrippait les draps d'une main, la tête du lit de l'autre, et Hannibal était fasciné par les expressions qui naissaient sur ses traits, entre douleur et envie, frustration et plaisir.

- Pas encore très bien, admit Hannibal. Ça viendra.

Il tira l'élastique vers le bas pour libérer l'érection, et Will se mordit la lèvre pour étouffer son de sa voix, avant de reprendre difficilement :

- L'émission... se termine dans une semaine...

- Et ce serait une raison suffisante pour qu'on arrête de se voir ?

Il enleva ses doigts de la peau chaude de Will, qui serra les draps plus forts, les sourcils levés dans une expression suppliante.

- Non, marmonna-t-il. Non. Hannibal, s'il te plaît...

Hannibal n'aurait pas été contre l'idée de le torturer toute la nuit, mais ils ne disposaient pas de beaucoup de temps avant que Zeller, ou plus probablement Jack, ne décide de venir se coucher – et pour autant qu'il soit cannibale, l'exhibitionnisme ne faisait pas encore partie de ses plaisirs coupables.

Il laissa tout de même ses doigts errer en l'air pendant quelques secondes, jusqu'à ce que Will prononce à nouveau son prénom d'une voix étranglée (il lui semblait qu'il serait incapable de se lasser de l'entendre), et dans sa grande magnanimité, il accepta enfin de le toucher.

- Ah – Hannibal – ...

La vision de Will en train de bouger les hanches pour aller à la rencontre des mouvements du docteur était tout bonnement jubilatoire, et Hannibal commençait à se sentir à l'étroit dans son propre caleçon. Il sursauta lorsqu'il sentit une main effleurer son érection – il n'avait pas vu le bras de Will se glisser entre leurs corps – et releva les yeux vers lui, dans une expression de surprise silencieuse.

- Enlève ça, ordonna Will, le souffle court. Je te veux contre moi.

Hannibal le considéra en silence un instant, émerveillé par la lueur décidée de son regard et l'autorité de sa voix, même alors qu'il était en position de faiblesse, et hocha la tête. Le pantalon de lin et le caleçon furent baissés au niveau des cuisses, et Will referma sa main autour de son érection avec tant d'ardeur qu'il manqua presque de lui faire mal – mais il n'allait pas se plaindre de son enthousiasme, loin de là.

La friction était désagréable, à tout prendre. Pour une émission qui poussait avec tant de vigueur les candidats à l'adultère, ils auraient au moins pu fournir les chambres avec du lubrifiant, songea Hannibal, contrarié. Puis Will lui tendit la paume de sa main ouverte, et Hannibal cligna des yeux. Il savait ce qu'il attendait, mais cracher allait à l'encontre de tous les principes qu'il avait soigneusement cultivés au cours de sa vie.

Une expression impatiente apparut sur le visage de Will.

- Hannibal, insista-t-il.

Il fallut bien se résoudre.

- Ne m'oblige pas à refaire ça, gronda-t-il lorsque Will glissa sa main lubrifiée sur leurs deux érections.

Will se mit à rire.

- Dieu veuille que le docteur Hannibal Lecter ne tombe jamais dans l'indignité.

Hannibal sentit un frisson lui parcourir le dos au contact de la main de Will sur lui, et il songea rapidement que si c'était pour l'homme qui se tenait entre ses cuisses, chemise ouverte et caleçon baissé sur les hanches, comme un adolescent tiraillé par ses hormones, il pourrait supporter l'indignité avec une relative facilité.

Will en valait la peine.

Ses yeux ne quittaient pas ceux d'Hannibal, et c'était assez gratifiant quand on savait (et Hannibal le savait, car il n'avait pas cessé de l'observer pendant cette dernière semaine) qu'il avait tendance à éviter de croiser le regard des autres.

Hannibal emprisonna ses doigts entre les siens, et ils cessèrent entièrement de parler, le regard accroché à celui de l'autre, les mains glissant de haut en bas, les respirations erratiques. Qu'est-ce que Will pouvait lire dans son regard, en ce moment ? Probablement tout. À ce stade, Hannibal n'était plus en mesure de lui cacher quoi que ce soit. Et c'était mutuel – d'un clignement de paupières, Hannibal prit en photo l'expression éblouie des yeux de Will, et la rangea aussitôt dans le coffre à trésors d'une des pièces de son palais mental ; il en avait créé une exprès pour Will Graham, durant cette dernière semaine, et elle ne cessait de s'agrandir au fil des jours, avec tous les éléments qu'il y ajoutait.

- H.. Hannibal...

Son nom prononcé de façon presque inaudible, la dilatation de ses pupilles, une légère contraction de ses lèvres, la tension qui parcourut ses traits, et l'éclair d'extase dans ses yeux – ce fut tout ce qu'Hannibal eut comme avertissement avant que Will ne vienne entre ses doigts.

C'était probablement le spectacle le plus fascinant qu'il ait jamais contemplé.

Il ne tuerait pas Will – pas tout de suite, du moins. Pas avant d'avoir contemplé à nouveau la vision de son regard transporté de plaisir.

L'orgasme le prit presque par surprise, quelques mouvements plus tard – il n'avait toujours pas quitté Will des yeux. Ils se regardèrent en silence pendant un instant, le temps de redescendre de leur perchoir (quoiqu'Hannibal aurait aimé que Will ne redescende jamais, si ça pouvait lui donner l'occasion de contempler en continu son regard exalté), puis une étrange expression qu'Hannibal ne parvint pas entièrement à déchiffrer passa sur le visage de Will, avant qu'il ne prenne la parole, d'une voix un peu rauque.

- Je n'avais pas prévu ça, en arrivant sur l'île. Je suppose que la production non plus, ajouta-t-il avec un petit sourire rapide.

- Ils se jetteront sur le scandale, tant qu'ils y trouveront de quoi engranger des bénéfices.

- Possible, admit Will. Et quel scandale.

Ce n'était pas encore ça, le scandale – il était à venir. Pendant un instant, probablement poussé par son sentiment de satisfaction post-orgasme, Hannibal fut sur le point de lui en parler. De lui raconter. Les meurtres, les plans, le sang, le reste. Will pourrait le comprendre.

Mais il y avait cette infime possibilité que ce ne soit pas le cas, et Will se tourna vers la table de nuit pour saisir des mouchoirs et essuyer les résidus sur son ventre et sur leurs mains, et l'instant était passé.

Un jour, il lui dirait, mais pas tout de suite. C'était trop tôt.

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