Salut les gens ! Merci pour vos reviews, Maeva, Electre, Aliena, Yao, Nalou, Catflo, Marshall, Zaza, Parmezan, Sherly, Thelxinoe ! Des bisous sur vous !
Voici donc le dernier chapitre ! (Il reste un épilogue après ça.)
Allez, je vous le rappelle une dernière fois : cette histoire est complètement débile et profondément amorale. Voilà :D
Bonne lecture !
.oOo.
Deux semaines déjà s'étaient écoulées depuis qu'Hannibal était rentré dans sa maison de Baltimore – plus bronzé, les cheveux plus clairs, décolorés par le soleil – et il tournait comme un lion en cage ; les murs de sa demeure n'allaient pas tarder à devenir trop petits pour contenir l'étendue de sa fureur.
Dans sa grande mansuétude, il n'avait pas (encore) tué Bedelia ; et pourtant, il s'en était fallu de peu. À peine étaient-ils rentrés dans la maison d'Hannibal que Bedelia était déjà en train d'appeler pour réserver un taxi et retourner chez elle – Hannibal, gardant un calme absolu sur lui-même, lui avait pris le téléphone des mains et avait raccroché, replaçant l'appareil sur son socle, ses yeux glacials défiant Bedelia de le reprendre à nouveau.
- Ma chère Bedelia, avait-il dit d'une voix douce, je crois que nous avons un problème.
Ça en avait valu la peine rien que pour voir le regard d'horreur qui était né dans les yeux de Bedelia, et sa bouche tremblante – pour une femme qui gardait toujours un tel empire sur elle-même, rien n'était plus jouissif que de voir la façade s'écrouler.
- Hannibal...
- Je peux accepter beaucoup de choses, mais pas d'être piégé par quelqu'un en qui j'avais confiance.
Confiance – le terme était large, évidemment, et pas entièrement approprié, mais Hannibal, avant toute cette histoire, pensait vraiment que Bedelia seraient de celles qui préfèreraient observer plutôt que participer. Sa trahison était autant une surprise qu'une déception.
- Hannibal, je voulais juste...
- Oui, Bedelia ? Qu'est-ce que tu voulais ?
- J'étais juste curieuse de savoir ce qui se passerait...
- C'est ce que j'avais cru comprendre.
Elle n'améliorait pas vraiment son cas, là. Même si Hannibal pouvait comprendre l'envie.
- Je sais que tu m'en veux, reprit-elle d'une voix qu'elle essayait de rendre apaisante, mais vois le bon côté des choses... Tu as rencontré quelqu'un à qui tu tiens.
Oh non, il ne se ferait pas avoir par l'argument Will Graham, pas maintenant.
- Tu m'as trahi, Bedelia. Tu m'as jeté en pâture à mes ennemis...
- Tes ennemis ? Ce n'était qu'un jeu télévisé, Hannibal. Soit, c'était de mauvais goût, mais...
- Et le FBI ?
Il vit l'étonnement s'inscrire dans ses prunelles, et pour la première fois, il eut un mauvais pressentiment.
- Le FBI ? répéta-t-il, indécise.
- Ta visite au FBI. Le coup monté. Je suis au courant, Bedelia. Will m'a tout raconté.
- Je... Je ne comprends pas de quoi tu parles...
Il y avait de la peur, dans son regard, mais plus que celle d'être percée à jour, c'était la peur de finir en ragoût pour quelque chose qu'elle ne comprenait pas. Hannibal l'observa un long moment, assez pour la faire pâlir de nervosité, et reprit calmement :
- Alors tu comptes nier ? Ta visite au FBI ? Tes soupçons sur moi ? Le plan que vous avez monté avec Jack Crawford ?
Il y eut un instant de silence, et Hannibal, qui se targuait généralement de lire sans difficulté les expressions de ses congénères, comprit que la stupéfaction sur ses traits n'était pas feinte – elle n'avait absolument aucune idée de ce à quoi il faisait référence.
Aucune.
- Je ne sais pas de quoi tu parles, Hannibal, répéta-t-elle plus fermement. Je n'ai jamais été voir le FBI. Je ne connaissais pas Jack Crawford avant ce voyage.
Pendant un instant, Hannibal envisagea plusieurs solutions – lui briser la nuque, là, sur-le-champ, lui ouvrir la poitrine et faire un carpaccio avec son cœur, car c'était ce que les menteurs méritaient ; ou lui infliger le même sort, car elle disait la vérité.
Bedelia n'était pas bête. Sentant le danger, elle recula d'un pas, et reprit :
- C'était un jeu télévisé. Un simple jeu télévisé. Rien d'autre. Quoi que Will Graham ait pu te dire.
Hannibal eut un instant d'éblouissement – il passa la main sur ses yeux, mais lorsqu'il les rouvrit, Bedelia se tenait toujours devant lui, pâle et défaite. Sincère.
- Sors d'ici.
Sa voix sèche claqua dans l'air comme un éclair trop proche, et Bedelia ne prit pas une seconde à hésiter avant de récupérer ses bagages et de sortir de la maison, ses hauts talons cliquetant précipitamment sur le sol carrelé.
Will. Will.
Où était Will ?
Ça ne pouvait pas être vrai. Bedelia ne pouvait pas avoir raison. Will ne pouvait pas lui avoir menti.
Mais si c'était le cas, il fallait qu'il le sache.
Hannibal ne perdit pas un instant, et décrocha à nouveau le téléphone pour appeler Will, qui lui avait donné son numéro avant qu'il ne quitte l'île. Après tout, si tout était comme Will l'avait décrit, "l'émission" devait s'être arrêtée après son départ. Il devait être libre. Pas vrai ?
Le téléphone ne sonna même pas avant de tomber sur le répondeur.
Bon. Il était encore en Thaïlande, probablement. Pas de couverture réseau. N'est-ce pas ?
N'est-ce pas ?
Les doigts presque tremblants – ce qui en disait long, quand on le connaissait – il composa le numéro de Quantico, afin d'obtenir son numéro de fixe ou son adresse.
On lui répondit qu'il n'y avait pas de Will Graham dans les dossiers.
Sa première pensée fut que l'Académie du FBI ne voulait pas, et peut-être à raison, donner les coordonnées privées d'un de leurs enseignants à des inconnus. Une seconde plus tard à peine, Hannibal réalisa que si tel était le cas, ils auraient répondu ne pas être en mesure de le donner. De là à dire que Will Graham n'existait pas dans leurs dossiers, c'était autre chose.
Il songea à se rendre directement à Quantico, avant de revenir sur sa décision ; il était le Chesapeake Ripper, et si Jack était véritablement sur ses traces, ainsi que le reste du FBI, c'était stupide de se jeter dans la gueule du loup.
Deux heures et trois verres de vin blanc plus tard, il se foutait bien de la gueule du loup. Ça aurait été un ours qu'il y serait allé quand même.
La secrétaire à qui il s'adressa lui répondit que personne ici n'enseignait sous le nom de Will Graham. Plus incroyable encore, le nom de Jack Crawford était lui-même totalement inconnu au répertoire. Le chef du Département des Sciences Comportementales s'appelait Everett Wilson et il était en fonction depuis sept ans.
Will n'existait pas. Jack Crawford n'existait pas.
Non – ça, ce n'était pas entièrement vrai. Jack Crawford et sa compagne Bella existaient bien, si on en croyait Facebook (oui, Hannibal en avait été réduit, dès son retour chez lui, à fouiller les réseaux sociaux pour essayer de retrouver leurs traces). Aucun doute sur l'identité du personnage ; la photo de profil confirmait qu'il s'agissait bien de l'homme dont Hannibal avait fait la connaissance sur l'île. Simplement, il était plombier, d'après ses informations personnelles, et n'avait strictement aucun lien avec le FBI.
Ce qui pouvait signifier deux choses : soit Jack s'était créé une vie sur internet qui ne correspondait absolument pas à la réalité, soit Will lui avait réellement menti.
La première solution était complètement invraisemblable ; la deuxième était absolument insupportable.
Pourquoi Will aurait-il menti, c'était ce qu'Hannibal n'arrivait pas à comprendre – de même qu'il ne parvenait pas à déterminer la pleine mesure de son mensonge. Ils avaient tout de même parlé du Chesapeake Ripper en long, en large et en travers ; Will n'aurait pas pu inventer les détails de ses propres meurtres, tout de même !
Ils avaient parlé de Garrett Jacob Hobbs : Hannibal fouilla le net à la recherche d'informations sur le sujet. Si les articles annonçaient en gros titres la mort du serial killer cannibale, cinq seulement racontaient comment il avait été abattu par un jeune policier de Louisiane en déplacement dans le Minnesota – et parmi ces cinq, un seul citait Will comme le policier en question.
Bon. Il n'avait pas menti là-dessus, c'était toujours ça – alors pourquoi mentir sur le reste ?
En y repensant, c'était risible de sa part d'y avoir cru. Une émission de téléréalité pour attraper un serial killer. L'obsession qu'Hannibal éprouvait pour Will était tellement violente, tellement insensée, qu'il n'avait même pas songé un instant à remettre en question une idée aussi absurde. À présent, l'indifférence de Jack, qu'Hannibal avait crue surjouée, était en fait parfaitement justifiée : il n'en avait strictement rien à faire. Il était plombier. À tout prendre, il n'avait peut-être même jamais entendu parler du Chesapeake Ripper !
C'était désespérant. Hannibal s'était rarement senti aussi ridicule, et il s'était rarement senti autant en colère.
Les quinze jours suivants s'écoulèrent sans qu'il ait de nouvelles de Will, sans qu'il ne parvienne à retrouver sa trace, pour autant qu'il ait passé tout son temps à la chercher – Will avait depuis longtemps quitté la police de la Nouvelle-Orléans, et personne ne savait ce qu'il faisait dorénavant. Il ne fréquentait pas les réseaux sociaux, et pourtant, Hannibal avait vérifié tous les comptes Facebook et Twitter intitulés "Will Graham", et il y en avait des tas.
C'était désespérant – chaque heure qui passait aggravait un peu plus la colère d'Hannibal. On l'avait manipulé plus souvent en moins d'un mois que pendant les vingt années qui avaient précédé !
Hannibal ne savait pas quoi faire, et c'était la première fois de sa vie que ça lui arrivait. Il ne savait pas s'il voulait trouver Will pour le tuer ou pour l'embrasser, les deux options semblant également tentantes (et la première vaguement plus probable) – la seule chose dont il était sûr, c'était qu'il voulait trouver Will.
Il fallut attendre le premier jour de la troisième semaine pour que la sonnette de sa porte d'entrée résonne.
On était un lundi, et il était 23h30 ; c'était fort impoli de se présenter chez quelqu'un à une telle heure, ce qui fut la raison pour laquelle Hannibal bondit sur ses pieds pour aller ouvrir. Ça ne pouvait être que lui.
Sur le pas de sa porte, les boucles brunes et les yeux verts-bleus cerclés de lunettes attendaient, et Hannibal, en dépit de toute l'intensité de sa colère, fut surpris de voir à quel point la simple vision de Will Graham parvenait à lui couper le souffle.
Néanmoins, il garda une expression fermée, le masque bien en place, les fissures comblées, de façon à ce que Will lui-même ne puisse pas s'infiltrer dedans, et il ne fit pas mine de bouger d'un pouce pour le laisser entrer, tout comme il ne prononça pas une parole ; c'était à Will de faire le premier pas.
- Bonsoir, Hannibal.
Sa voix... – non, Hannibal. Ne pas se laisser avoir.
Ne pas se laisser avoir.
- ...Bonsoir, Will.
Il y eut un instant de battement, et contre toute attente, un sourire naquit sur le visage de Will.
- Tu es déçu parce que je ne t'ai pas laissé tous les tuer ? Ou parce que je t'ai menti ?
Certes, Hannibal le savait – néanmoins, cette minuscule partie de lui qui n'avait pas cessé d'espérer, pendant deux longues semaines, se brisa d'un coup, et il envisagea de tuer Will, là, dans la rue. Il était certain que Will, qui le fixait directement dans les yeux, parvenait clairement à déchiffrer ses pensées – et pourtant, il continuait à sourire.
- Tu me fais entrer ? finit-il par demander.
Ses lèvres laissaient passer un minuscule nuage de buée chaque fois qu'il ouvrait la bouche, et il frottait ses mains gantées sur ses bras, par-dessus son manteau, pour tenter de les réchauffer. Hannibal resta immobile.
- Je ne sais pas si tu as vraiment envie d'entrer.
C'était le maximum qu'il puisse faire pour Will – considérant la trahison, il trouvait même magnanime de sa part de l'avertir que s'il entrait, il n'en ressortirait probablement pas vivant.
Will soutint son regard, et fit un pas en avant. Un peu impressionné malgré lui, Hannibal s'effaça, et Will entra dans la maison. Il n'alla pas bien loin – lorsqu'Hannibal se retourna après avoir reformé la porte d'entrée, Will était en face de lui, tout contre lui, et ses mains encore gantées trouvaient déjà le chemin de ses hanches pour s'y poser.
- Will..., dit Hannibal d'un ton d'avertissement.
- Tu ne vas pas me tuer. Pas avant d'avoir eu une explication, en tout cas, pas vrai ? Tu veux savoir pourquoi j'ai fait ça. Ça ne t'apporterait aucune satisfaction de me tuer avant de savoir.
- Erreur, rétorqua Hannibal. Je le regretterais peut-être après, mais là, ça m'apporterait beaucoup de satisfaction de te tuer, même avant de savoir.
Une lueur d'incertitude flotta un instant dans les yeux de Will avant de finalement disparaître, et il approcha doucement son visage de celui d'Hannibal.
- Je sais que non.
Il fallut tout l'empire qu'Hannibal possédait sur lui-même pour rester de marbre lorsque les lèvres de Will se posèrent sur les siennes. Elles étaient chaudes, et à cette distance, il pouvait sentir l'odeur de sa peau, émanant de son cou, et que ce soit parce qu'il en avait été privé deux semaines ou parce que Will ne dégageait pas la même odeur au soleil que sous la neige, il lui sembla qu'elle était encore plus enivrante, encore plus puissante.
Will glissa ses bras autour de son cou, et Hannibal fut obligé de s'empêcher de prendre sa respiration, de peur de céder à la tentation (toutefois, laquelle exactement, entre l'embrasser et le tuer, il n'en savait rien). Will n'avait vraiment aucun instinct de survie.
Ou alors, il était certain qu'Hannibal ne lui ferait rien.
Ce en quoi il le connaissait mal.
- Je savais qui tu étais, murmura Will alors qu'Hannibal se demandait quelle était la façon la plus douloureuse de le tuer. Avant l'émission, je veux dire. Je connaissais Bedelia. Elle m'avait parlé de toi. Je ne pense pas qu'elle savait ce que tu étais, mais moi, le Chesapeake Ripper m'a toujours fasciné ; j'enseigne vraiment la criminologie, tu sais. Juste, pas à Quantico, mais dans une université. Je t'ai observé, et entre toi et lui, je n'ai pas mis longtemps à relier les points.
Malgré lui, toute l'attention d'Hannibal se tourna vers les mots de Will, et immobile à l'intérieur de son étreinte, il l'écouta, comme fasciné.
- Elle m'a parlé de l'île de la Tentation. Elle voulait te faire participer, juste pour voir comment tu réagirais, par provocation, juste parce qu'elle savait que tu détesterais ça – je ne pense pas qu'elle se doutait à quel point c'était dangereux pour elle et pour les autres de te faire participer à un jeu pareil... Pour moi, en revanche, c'était l'occasion. J'ai décidé d'y participer aussi, pour pouvoir t'approcher, pour enfin faire connaissance avec toi. J'ai convaincu Alana.
Alana – un détail auquel il n'avait pas pensé. Si l'émission était réelle, Alana était donc la vraie petite amie de Will... n'est-ce pas ?
Hannibal fut surpris lui-même de l'intensité de la jalousie qui déferla dans son ventre ; mais, tout traître qu'il soit, Will était à lui, et il le resterait (même s'il ne devait le rester que pour dix minutes avant qu'il ne le tue).
- Je t'ai observé, quand tu es arrivé sur l'île. C'était tellement évident que tu voulais tous les tuer... Je me disais que ça allait se terminer en bain de sang.
- Et c'est pour ça que tu as inventé cette histoire ?
- J'étais... curieux de savoir ce qui se passerait.
Curieux. Il lui avait menti parce qu'il était curieux.
Hannibal balançait entre la rage froide et l'admiration devant sa folie – parce qu'il était fou, c'était la seule explication.
- C'était une île banale. Avec des gens banals, une histoire banale, reprit Will. Tu méritais mieux... alors je me suis demandé ce qui se passerait si j'en faisais un jeu du chat et de la souris. C'était plus drôle.
- Drôle...?
Hannibal le fixa, tellement stupéfait qu'il en était presque sur le point de sourire. Drôle de se moquer de lui ? Drôle, de le manipuler comme un débutant ? Certainement, Will avait dû avoir la tête qui tournait de savoir quel pouvoir il avait sur le Chesapeake Ripper.
Bon dieu, Hannibal lui avait même avoué qui il était.
...
Et pourtant, pendant ces deux semaines, personne du FBI n'était venu le voir, nota-t-il. Aucune enquête. Aucun coup de téléphone. Rien qui sorte de sa vie ordinaire, et pourtant Will savait.
Un instant, il s'émerveilla devant son imprévisibilité, avant de se rappeler qu'il était en colère contre lui, pour l'amour de dieu.
- C'était drôle, répéta Will. Avant, c'était toi, moi, Bedelia, Alana, et les autres. Mais après... c'était toi et moi... contre le reste du monde.
Bien malgré lui, une nouvelle fois, Hannibal sentit ses entrailles se contracter. C'était vrai – là-dessus, il n'avait pas tort. L'histoire l'avait rapproché de Will, avait soudé les liens qui jusque là n'étaient que noués, qui auraient pu se défaire en tirant sur les bons fils. Une sorte de sentiment d'appartenance à une communauté constituée de deux personnes seulement, qui les avait encore rapprochés.
- Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai inventé ça, admit Will. C'était sur une impulsion. Je t'ai regardé, ce matin-là, tu dormais, et je me suis dit que si je ne faisais rien, une semaine plus tard, on reviendrait à nos vies ordinaires, et tu finirais peut-être même par m'oublier. Je n'avais pas envie de ça. Je voulais mettre du piment.
Ses bras se resserrèrent autour du cou d'Hannibal, et il murmura contre son oreille :
- Tu t'es amusé, non ? Je sais que ça t'a plu.
- Je me suis amusé, admit Hannibal. Je me serais encore plus amusé si tout avait été vrai.
Néanmoins, une partie de sa colère s'était évanouie avec l'explication, parce que les sentiments (ou la folie) de Will, son admiration, sa fascination pour Hannibal, transpiraient de chaque mot qui sortait de sa bouche, et Hannibal ne pouvait pas y rester insensible, quand il mobilisait déjà toute sa volonté pour empêcher ses bras de bouger sans son consentement et d'aller se placer autour du corps de Will pour lui rendre son étreinte.
- Un piège du FBI pour t'arrêter ? Tu aurais voulu que ce soit vrai ? sourit Will, les lèvres contre le coin de sa bouche.
- Comme tu l'as dit... je me suis amusé. Je ne m'attendais pas à me rendre compte en rentrant que tout était faux... que tu m'avais trahi. Jack Crawford est plombier, lâcha-t-il avec mépris.
Avec la menace sous-jacente qui perçait dans sa voix, il s'attendait à sentir le corps de Will se figer contre lui – contre toute attente, Will se mit à rire.
- Oui. Plombier. Pauvre Jack. C'est Bella qui avait insisté pour participer, et Jack ne pouvait rien lui refuser...
- J'aurais pu le tuer. Si tu voulais l'épargner, tu prenais un risque.
- Tu aurais pu tous les tuer, Hannibal, même sans mon mensonge. J'ai bien vu ton regard quand tu es arrivé. Je ne sais pas comment les autres n'ont pas compris qui tu étais, c'était tellement criant... J'avais des doutes, jusque là, mais ils ont tous disparu quand j'ai posé les yeux sur toi, ce jour-là. Si je ne t'avais pas raconté ça, on serait peut-être déjà tous morts – ce n'est pas les trois équipes techniques, la production et les vingt-trois autres participants au jeu qui auraient été capables de t'arrêter si tu avais voulu les éliminer ; mais en te faisant croire que le FBI était sur les lieux, tu devenais méfiant. Tu n'étais plus entouré d'humains lambdas, assez stupides pour participer à une émission de téléréalité, mais de professionnels en train de te traquer, de te surveiller. Il fallait que tu protèges ton identité.
- Et pourtant, Freddie Lounds est au courant.
- Oui.
Cette fois, Will se recula d'Hannibal, qui regretta instantanément la chaleur de son corps contre le sien, et de ses bras autour de son cou. Les yeux de Will avaient retrouvé un éclat sérieux, et il murmura :
- C'était de ma faute. Je ne savais pas qu'elle était là. Je n'aurais rien dit, sinon... Les autres, dans l'émission, ne se méfiaient pas de toi, mais elle... c'est une fouineuse. Elle devait avoir des soupçons, sinon elle n'aurait pas ramené une arme. C'était une erreur de ma part. Je voulais juste que le jeu soit entre nous deux, et elle s'est interposée... Ça ne pouvait plus continuer.
- C'est pour ça que tu m'as laissé partir en premier.
- Oui.
- Et tu as mis deux semaines à revenir.
- Oui. Pour trois raisons.
- Je suis impatient de les entendre.
- Déjà, il a fallu terminer l'émission. Je voulais surveiller Lounds, m'assurer qu'elle ne dise rien à personne. Ensuite, après l'émission, il a fallu quitter Alana.
Oh.
Bon. Alors elle n'était plus dans le tableau. C'était déjà ça.
- Et troisièmement...
Sous les yeux surpris d'Hannibal, Will se détourna, et saisit le manteau du psychiatre, accroché au portemanteau.
- Tiens. Mets ça, avant que je t'explique.
Stupéfait, Hannibal enfila le manteau sans protester, et Will lui tendit ensuite son écharpe de cachemire, qu'il enfila également.
- On sort ?
- Oui, répondit Will. Je t'ai ramené un cadeau d'excuse.
- Un cadeau d'excuse...?
- Oui. Éteins les lumières, ferme ta porte à clé, et viens avec moi.
Ils sortirent de la maison, verrouillant la porte derrière eux, et Will se tourna vers Hannibal avec un petit sourire désolé.
- Je savais bien que tu ne m'accueillerais pas exactement les bras ouverts. J'ai voulu te ramener de quoi me faire pardonner. Histoire de te prouver que je ne pensais pas à mal.
Un peu déboussolé, Hannibal suivit Will, qui le conduisit jusqu'à sa voiture.
- On part ?
- Ça ne sera pas long, répondit Will.
C'était peut-être un piège. Il voulait peut-être le livrer au FBI. Il avait déjà prouvé qu'il n'était pas digne de confiance - Hannibal ne pouvait pas le croire sur parole. Il n'était pas aussi inconscient.
Ou peut-être qu'il l'était, songea-t-il en ouvrant la portière, suivant Will sans protester. Tant pis.
La voiture de Will sentait le tissu humide et les banquettes étaient déchirées par endroits. Il y avait un amas inimaginable de poils de chiens à l'arrière, et Hannibal contempla le carnage un instant en se demandant s'il devait poser la question ou pas – au moins quatre, non, cinq chiens, à ce niveau-là. Peut-être qu'il préférait ne pas savoir.
Apparemment inconscient de sa consternation, Will démarra le moteur, et réintégra le trafic de Baltimore – très calme, à l'approche de minuit – pendant qu'Hannibal songeait, assez impressionné, que Will avait non seulement réussi l'exploit de l'empêcher de le tuer jusque là, mais qu'il avait rendu Hannibal assez curieux de savoir quel était le cadeau pour continuer à vouloir le garder en vie encore un peu.
Tout le monde n'y arrivait pas aussi facilement.
Will conduisait silencieusement, et Hannibal regardait par la vitre en essayant de déterminer où ils allaient – la seule chose qui semblait certaine, c'était qu'ils ne se dirigeaient pas vers les quartiers du FBI. En dehors de ça, Hannibal n'avait pas la moindre idée de l'endroit où Will les conduisait.
Une fois sortie de la ville, la voiture prit des petits chemins de campagne, et Hannibal se demanda si Will l'emmenait chez lui ; mais lorsque le faux agent du FBI arrêta enfin le véhicule, ils se trouvaient devant une usine abandonnée, à vingt ou trente kilomètres au moins de toute civilisation.
Au moins, songea Hannibal, il n'aurait pas de mal à cacher le corps s'il en venait effectivement à tuer Will.
- On est arrivés, dit simplement Will, avant de sortir de la voiture.
Dehors, l'air était encore plus glacial que lorsqu'ils avaient quitté sa maison de Baltimore, mais le froid ne dérangeait pas Hannibal. Par ailleurs, son esprit était trop occupé à essayer de deviner le "cadeau" pour se soucier des désagréments bassement matériels de son corps d'humain.
Par-dessus le toit de la voiture, Will lui fit un sourire, et un signe de tête pour l'indiquer de le rejoindre devant le coffre.
- Je sais que tu t'es senti trahi, dit-il. Je suis désolé, Hannibal. Je voulais juste qu'on s'amuse un peu.
Avec un déclic, il ouvrit le coffre, et Hannibal, que pas grand-chose n'étonnait, il fallait bien le reconnaître (un des travers d'avoir été tueur en série pendant si longtemps), découvrit avec des yeux écarquillés le corps attaché et bâillonné de l'immanquable Freddie Lounds, dont les cheveux roux et bouclés s'étaient entortillés autour de son visage pendant qu'elle s'était débattue – probablement un peu plus tôt pendant le voyage, car là, elle était évanouie, ses traits d'une pâleur livide, qui faisait ressortir la flamboyance de ses cheveux.
Hannibal n'osait pas en croire ses yeux, mais il sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine à l'idée de ce que ce cadeau pouvait représenter.
Will, à côté de lui, le regardait d'un air intense.
- Will...
- C'est mon cadeau, dit Will. C'est de ma faute si elle a su. C'est seulement logique de vouloir réparer mon erreur.
Un pic de méfiance ne tarda toutefois pas à venir gâcher le plaisir d'Hannibal.
- Qu'est-ce qui me dit que ce n'est pas une autre manipulation de ta part ?
- Ça ne l'est pas, répondit Will avec une sincérité désarmante. Je n'ai pas de micro sur moi. Le FBI ne sait rien. J'ai séquestré Lounds pendant une semaine avant qu'elle ne finisse par m'avouer toutes les précautions qu'elle avait prises pour te dénoncer au FBI une fois qu'elle aurait eu son interview du Chesapeake Ripper – ce qui, d'ailleurs, explique pourquoi je ne suis pas venu te voir tout de suite. Il fallait bien que je prépare ton cadeau.
Hannibal ne demandait qu'à le croire – mais c'était littéralement trop beau pour être vrai. Son regard ne cessait de passer de Will à Lounds, et au bout d'un moment, Will soupira, et saisit les liens de Lounds pour la tirer hors du coffre. Elle tomba sur le sol glacé avec un bruit sourd, et Hannibal aperçut les traces violettes des liens autour de ses poignets et de ses chevilles, des marques qui ne dataient pas d'aujourd'hui, ni même de la veille.
L'histoire semblait vraie.
La chute, le changement brutal de température, et les mains de Will qui lui enlevaient son bâillon sortirent Lounds de son inconscience, et lorsqu'elle leva les yeux et qu'elle découvrit Hannibal, elle ne prononça qu'un mot :
- ...Merde.
Puis elle envoya à Will un regard chargé de haine, et on lisait l'envie d'en découdre dans ses yeux – mais cette fois, elle n'avait plus rien pour faire pencher la balance en sa faveur, que ce soit par le chantage ou par la menace, et elle sembla elle-même s'en rendre compte, car son regard prit une expression suppliante.
- Je vous ai aidés à partir.
- Il n'y avait pas de challenge, répondit Will. Tout était faux. Ou plutôt, tout était vrai.
- Je savais qui il était, et je n'ai rien dit.
- Parce que vous n'aviez pas de preuves, on a supprimé ce qu'il y avait sur votre magnétophone. Vous attendiez d'en trouver des nouvelles.
- Mais je n'en ai pas plus qu'avant ! Je ne suis pas une menace !
Will avança d'un pas, et Hannibal, émerveillé, contempla l'aura de dangerosité qui émanait de tout de son corps.
- Je vous aurais tuée là-bas, dit Will d'un ton aussi glacial que la température, en détachant les syllabes, s'il n'y avait pas eu tant de caméras. Ici, il n'y a plus que nous trois. Ce n'est même pas la peine d'espérer, Freddie.
Puis Will tourna la tête vers Hannibal.
- Qu'est-ce que tu penses de mon cadeau ?
Des flocons de neige commençaient à s'accrocher à ses cheveux, son regard intense était vrillé sur Hannibal, et en voyant le petit sourire qui naissait au coin de ses lèvres, Hannibal réalisa brutalement que le pardon ne se décidait pas ; il venait, ou il ne venait pas, et là, à voir Will lui sourire, à voir ses yeux éclairés par l'éclat rouge des feux arrière de la voiture, il sut que le pardon était venu, qu'il le veuille ou non.
- C'est le plus beau que j'aie jamais reçu, répondit Hannibal.
Il tendit la main, et Will la prit, son sourire s'élargissant ; puis Hannibal l'attira à lui, et décida enfin de céder à la tentation, ses lèvres se posant sur celles de Will, sa main serrant son poignet à l'en briser. C'était peut-être complètement fou de lui faire confiance, mais si Hannibal avait pris conscience d'une chose, au contact de Will, c'était que tout était bien plus drôle avec un facteur de risque - et Will en valait largement la peine.
Dans un bel ensemble, ils se tournèrent vers Freddie Lounds.
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FIN
.oOo.
Voilà. En fait c'était Will le vrai taré des deux. Qui l'eut cru ? (Chuuut... ne dites rien.)
A bientôt pour l'épilogue !
