Nda : Voilà enfin le chapitre 3 ! Je voulais le poster plus tôt mais comme d'habitude, je me suis éparpillée dans tous les sens !
Juste pour vous prévenir, j'ai légèrement coupé ce chapitre. J'ai déplacé mon dernier passage au chapitre suivant pour qu'il soit plus digeste. Vous verrez que l'ambiance est assez lourde. Mais vous aurez quelques éléments de réponse aussi, heureusement.
Sur ce je me tais, éternelle pipelette que je suis, et vous laisse à la lecture !
Merci à ceux qui suivent et pour vos reviews, voici mes réponses :
Grey fulbuster : Contente que le concept te plaise ! J'espère que ça continuera avec la suite ;)
Redfoxiy : Oui comme tu dis. Contente que cette deuxième partie te plaise, et surtout que la cause de cette pseudo réalité alternative t'ait surpris. Natsu semble être la clé pour qu'il se sorte de cette réalité, mais ce n'est peut-être pas aussi simple... Merci pour ta review et à bientôt !
Val : Coucou ! Ça me fait plaisir de voir que tu me suis toujours ! Je suis contente que ça te plaise pour le moment. Oui c'est vrai qu'être confronté à des pertes de mémoire ne doit pas être très simples à gérer... Gray se sent perdu et isoler du fait que tout le monde pense qu'il divague, comment va-t-il pouvoir se sortir de là...?
Et si tout n'était qu'un rêve ?
oOoOo
3e partie
Le lendemain, Gray passa toute une batterie de tests à l'hôpital qui ne fit qu'accroître son état de fatigue et le rendit plus irritable que jamais. Malgré ses questions pressantes à Gilian, celui-ci ne voulut rien lui révéler au sujet de sa santé.
— Je suis majeur à ce que je sache ! protesta le jeune homme, exaspéré par cet homme insupportable.
Il l'avait suivi docilement pour faire plaisir à Ul mais maintenant, il se demandait s'il avait bien fait. Il trouvait que son comportement dans cette « réalité » était tout sauf naturelle. Jamais il ne se serait laissé faire en tant que mage de glace. Le jeune homme regarda un instant ces deux mains en tremblant.
— Pas encore jeune homme. Jusqu'à preuve du contraire, la majorité est encore à vingt et un. Ecoute, je sais que tous ces examens t'inquiètent mais c'est pour ton bien.
Pour son bien, prétendait-il. Pourtant, Gray sentait qu'on lui cachait quelque chose d'important.
Il aurait aimé se servir de sa magie et forcer cet homme désagréable à lui révéler ce qu'il ne lui avouait pas. Pourtant… Il savait au fond de lui que ça ne servirait à rien puisque dans ce monde, la magie n'existait pas. C'était pour cette même raison qu'il se refusait à tenter ne serait-ce que le plus faible de ses sorts, il avait déjà tout perdu de son identité alors même s'il n'y croyait pas, il voulait garder cette étincelle d'espoir encore intacte. Croire encore un peu que sa magie était bien là, quelque part…
oOoOo
Le jour suivant, de retour chez lui, Gray reçut la visite de ses amis Loki, Lucy et Erza, lui permettant de penser à autre chose et d'oublier un instant sa mauvaise fortune. Mais le sujet de sa santé vacillante revint rapidement au centre de la conversation.
— T'en fais pas, je suis sûr que ce n'est rien, essaya de le rassurer la blonde.
— Vous pensez que je perds les pédales vous aussi, n'est-ce pas ? demanda Gray. Ils ne m'ont peut-être rien dit, mais je sais que c'était pour ça tous ces examens.
— Gray… Je pense que tu es simplement surmené avec le Bac qui approche, et puis avec tes insomnies ça n'aide pas non plus, ajouta Erza en posant sa main sur son épaule.
Même dans cette réalité, Erza agissait avec lui comme une véritable sœur. Mais elle n'était pas Titania, celle avec laquelle il avait grandi et s'était entraîné afin de devenir le mage qu'il était à présent.
— Demain tu as cours d'arts-plastiques, c'est ta matière préférée ça devrait te faire du bien, lui déclara Loki en farfouillant sur son bureau. Tiens en parlant de ça, tu dessines en ce moment ?
Avant que Gray n'ait le temps de lui répondre, Loki était déjà en train de feuilleter le carnet de croquis du jeune homme, posé sur son bureau.
— Non ! essaya-t-il de l'empêcher.
— Qui est ce type ? Il est vraiment bien réussi, s'extasia le roux en s'éloignant de Gray pour continuer à contempler son œuvre. Et puis ces flammes tout autour de son visage lui donnent une putain de classe ! Tu devrais en faire un personnage de bande dessinée !
Mais quand Loki releva la tête vers son ami, celui-ci avait les poings serrés et les joues trempées de larmes. Gray se dirigea ensuite vers lui et lui arracha le carnet des mains en tremblant.
— Ce n'est pas un personnage fictif, c'est Natsu, cet homme est Natsu notre ami à tous bordel ! hurla-t-il.
— Gray…
— Non ! les coupa-t-il sèchement. Je suis fatigué de me battre contre des moulins à vent ! Je ne veux pas croire que cette vie soit la mienne ! Aller au lycée, suivre des cours bêtement alors que je devrais me battre contre des mages noirs ou des démons ! Je devrais pouvoir sortir de la glace de ces mains au lieu de ça, elles ne font que trembler ! Et le fait que Natsu ne fasse pas partie de cette soi-disant vie et que je l'ai inventé de toutes pièces, est complètement absurde ! Tout ça est stupide…
Le jeune homme essoufflé, se sentit pris d'une lassitude qui le fit tanguer légèrement. Il avait l'impression que son esprit était sur le point de chavirer, comme s'il était sous l'emprise d'une drogue quelconque.
— Natsu est… il est trop unique pour ne pas exister…, murmura-t-il avant de s'échouer sur son lit.
Erza s'approcha de lui et le serra tendrement dans ses bras.
— Gray, calme-toi s'il te plaît. Tu as besoin de repos, on va te laisser, d'accord ?
Le jeune homme acquiesça mollement.
— Tu es sûre qu'on peut le laisser seul ? s'enquit Lucy inquiète.
— On va prévenir sa mère, il doit se reposer, murmura la jeune femme avant d'entraîner ses amis à sa suite.
Gray se sentait tellement perdu qu'il ne vit même pas ses amis sortir de sa chambre, le laissant seul avec ses démons.
Au bout de quelques minutes, il regarda à nouveau les croquis qu'il avait faits de Natsu. La plupart du temps, il ne se rendait même pas compte qu'il les dessinait, les découvrant seulement une fois terminés. Il y en avait une dizaine, avec son écharpe, avec Happy, en souriant ou avec l'air sérieux qu'il prenait quand il se battait. Jamais Gray n'aurait cru que son rival de toujours lui manquerait autant. Ul était là certes, mais sans Natsu, sa vie ne semblait avoir aucune saveur, ni aucun sens.
— Natsu, murmura-t-il. Où es-tu ?
Gray s'allongea doucement en serrant l'un de ses précieux croquis contre son cœur. S'il le voyait ainsi, il se moquerait de lui à coup sûr ! Mais qu'importe, cet idiot de tête à flammes lui manquait…
oOoOo
Pendant ce temps-là, à Fairy Tail.
Erza, Lucy et Wendy discutaient à une table lorsqu'une tornade débarqua en défonçant la porte à grand coup de pied. Mais contrairement à son habitude, le jeune homme qui venait de pénétrer dans la guilde avait l'air soucieux.
— Des nouvelles du glaçon ? demanda-t-il à ses amis sans préambule.
— Non toujours pas…, répondit Lucy.
— Il n'a sûrement pas encore terminé sa mission, supposa Wendy.
— Ça fait trois semaines qu'il est parti ! Il ne lui faut pas tout ce temps pour remplir une mission aussi simple ! explosa le jeune homme faisant sursauter la mage céleste.
— Calme-toi Natsu ! ordonna Titania, en lui administrant un puissant coup sur le haut du crâne.
Le jeune homme se frotta la zone douloureuse avant de s'asseoir avec ses amies, la mine boudeuse.
— Il nous faut un plan, reprit la rousse d'un air résolu.
— Je suggère qu'on fonce dans le tas ! rétorqua Natsu.
— Je pense qu'il nous faut un minimum de stratégie, ajouta Lucy en regardant ses amis avec crainte.
Alors que les jeunes gens discutaient tour à tour de la marche à suivre, le maître Makarov surgit subitement de son bureau et sauta à pieds joints sur la rampe de l'escalier, l'air grave.
— Les enfants ! commença-t-il d'une voix forte, faisant taire immédiatement le brouhaha ambiant. L'heure est grave, quelqu'un s'en est pris à l'un des nôtres !
Les mages de la guilde se levèrent d'un seul tenant et la mine renfrognée, en apprenant cette nouvelle. Natsu serra les poings, essayant tant bien que mal de se contenir. Il savait de qui le maître parlait. Qui d'autre ? Il n'attendait plus que la confirmation pour agir.
— Gray est parti il y a plus de trois semaines, sur une mission sans grande difficulté pour un mage de son niveau, commença-t-il, confirmant ainsi les soupçons de Natsu.
Le brouhaha reprit, mêlant inquiétude et étonnement.
— Stop ! hurla Makarov pour rétablir le silence.
Il attendit d'avoir à nouveau l'attention de tous pour reprendre son récit.
— Une horde de monstres terrorisait la région proche de Shirotsume. J'ai commencé à m'inquiéter un peu tardivement malheureusement, regretta le vieil homme en baissant la tête. Quand j'ai contacté le commanditaire, il m'a révélé que Gray avait terminé sa mission avec succès il y a plus de dix jours. J'ai envoyé Luxus et les Raijins sur place pour qu'ils se renseignent, mais les dernières nouvelles ne sont pas bonnes.
— Pourquoi t'as rien dit le vieux ! s'énerva Natsu en enflammant ses poings.
— Je savais comment tu réagirais Natsu, il était hors de question que je te laisse partir sans rien savoir de la situation sur place !
— Natsu, je comprends, mais pourquoi ne pas m'en avoir parlé à moi ? demanda Erza blessée.
Le vieil homme soupira en regardant Titania.
— Erza, je sais que tu as la tête sur les épaules habituellement mais… il s'agit de Gray, l'un de tes plus proches amis, je ne voulais pas prendre le risque que tu réagisses au quart de tour.
La jeune femme détourna les yeux, vexée, mais le fait est que le maître n'avait pas tout à fait tort. Vu dans quel état de nerfs elle se trouvait à l'heure actuelle, la jeune femme doutait qu'elle soit restée les bras croisés si elle l'avait su aussitôt.
— Luxus m'a appris que depuis quelques mois, d'étranges disparitions ont été déplorées dans la région, poursuivit le maître. Au départ, il s'agissait plutôt d'anonymes, les enlèvements sont donc passés inaperçus, jusqu'au jour où des mages peu puissants ont commencé à disparaître à leur tour.
— Le Conseil n'a pas eu vent de ces disparitions ? demanda Mirajane.
— Si… mais en ce moment, il y a une recrudescence de guildes clandestines à Fiore et…
— Laisse-moi deviner, ils n'ont pas jugé important la disparition de mages de second ordre ! pesta Natsu.
— J'en ai bien peur…, avoua Makarov à contrecœur. Mais avec la disparition de Gray, ça change tout.
— Tsss ! gronda Natsu prêt à exploser.
— Que pouvons-nous faire ? demanda Lisanna.
— Je vais envoyer une seconde équipe sur place.
— Je veux en être ! s'exclama le dragon slayer.
— Aye ! confirma Happy.
— Je viens aussi ! annonça Erza résolue.
Lucy et Wendy se levèrent à leur tour, signifiant qu'elles étaient de la partie, très vite rejointes par Gajeel et Juvia, cette dernière à la fois alarmée et bouillonnante de rage.
Une fois l'équipe formée, il ne fallut pas longtemps pour qu'elle prenne le départ, direction Shirotsume.
oOoOo
Cela faisait plusieurs semaines que Gray était bloqué dans cette étrange réalité. Difficilement vivable au début, ses nerfs avaient lâché à plusieurs reprises. Il avait même dû passer des examens avec ce foutu médecin. Mais peu à peu, le jeune homme s'était efforcé de se faire à sa nouvelle vie, ou en tout cas, c'est ce qu'il voulait faire croire à ses proches. Peut-être était-il vraiment épuisé psychiquement au point de s'imaginer l'existence d'une vie de mage ? Il s'était même résolu à essayer de lancer un sort, mais comme prévu, rien ne s'était produit. Son corps ne détenait aucune magie et en prendre conscience l'avait plongé dans une profonde mélancolie. Il était sans doute épuisé comme son entourage le prétendait. Mais l'était-il au point d'inventer un ami imaginaire… ? Tous semblaient le prendre pour un fou quand il parlait de Natsu. Alors il avait arrêté de le mentionner, mais pas d'y penser. Le visage de son ami hantait désormais chacune de ses nuits. Il ne pouvait croire que ce visage si souriant ne soit que le fruit de son imagination. Que leurs éternelles bagarres à coups de poings percutants ne soient que pures chimères. Pourtant, il commençait lui-même à en douter…
— Tu rêvasses encore Gray ?
Le jeune homme sursauta quand il entendit la voix de Loki. Ce dernier passa son bras autour de son épaule dans une étreinte amicale.
— Tout va bien ? Si tu es trop fatigué, on peut repousser notre pique-nique, proposa-t-il.
Gray et Loki accompagnés de Lucy et Erza avaient décidé de pique-niquer entre amis, au bord de la rivière, à l'abri de la forêt qui bordait Magnolia.
En quelle saison étaient-ils déjà ? Gray ne le savait pas vraiment, il semblait avoir perdu toute notion du temps. Mais l'air était doux et le feuillage des arbres d'un beau vert tendre, tandis que des fleurs tapissaient les prairies verdoyantes. Sans doute la fin du printemps, songea-t-il.
Les deux filles qui les précédaient, discutaient joyeusement laissant les deux garçons entre eux.
— Non ça va, rétorqua Gray. Ça me fera du bien au contraire.
— Tu me rassures ! se réjouit Loki.
Le jeune homme se rapprocha de son oreille comme s'il était sur le point de lui confier le plus important des secrets.
— Justement, je vais avoir besoin de ton aide mon pote, chuchota-t-il. Je compte bien emballer la petite Lucy si tu vois ce que je veux dire…
— T'as bien du courage…, rétorqua Gray blasé en soupirant. T'en as pas marre qu'elle te jette à chaque fois ?
— Ne dit-on pas, qui aime bien châtie bien ? Ou encore, les opposés s'attirent ? cita le jeune homme le doigt levé.
— On dit aussi : qui se ressemble s'assemble… C'est pas gagné si tu veux mon avis, rétorqua Gray.
— Rabat-joie…, maugréa Loki.
— D'après moi, si tu veux avoir la moindre chance avec Lucy, tu devrais déjà cesser de draguer tout ce qui bouge, ajouta le brun en jetant un œil de biais à son ami.
Le roux soupira, comme un enfant à qui l'on empêche d'avoir le jouet désiré derrière la vitrine d'un magasin. Visiblement, cette idée ne l'enchantait guère.
Gray aimait ces échanges sans prises de tête qu'il avait parfois avec Loki. Il appréciait sa présence ainsi que celle de Lucy et d'Erza. Cependant, il manquait toujours quelque chose d'essentiel à sa vie. Quelque chose d'irremplaçable.
Quand les jeunes gens se retrouvèrent au milieu d'une clairière, Gray se figea brusquement.
— Gray ? interrogea Loki, surpris par son revirement subit.
— Cet endroit…, murmura le jeune homme.
— Oui et bien ?
Erza et Lucy les rejoignirent, elles aussi intriguées par le comportement étrange de Gray.
— Je connais cet endroit, précisa le jeune homme.
— Bien sûr que tu le connais, puisqu'on y va souvent pour y pique-niquer, expliqua Erza les yeux froncés.
— Il vit ici, continua Gray comme s'il n'entendait pas ses amis.
Ses pas le dirigèrent vers un arbre qu'il caressa de la main, pensif. Dans son souvenir il voyait encore le petit écriteau de bois, cloué maladroitement sur le tronc et qui indiquait le nom des propriétaires de la petite maison. Sauf qu'à l'endroit où elle aurait dû se trouver, il n'y avait pas la moindre pierre, ni la moindre trace indiquant qu'il y ait eu un jour, une habitation.
Gray ressentit une fois de plus cette douleur dans sa poitrine, qui ne le quittait quasiment plus.
— De qui tu parles ? le fit ressurgir Erza.
— Natsu.
— Gray…, comprit la jeune femme en posant une main affectueuse sur son épaule.
— Je sais ce que vous allez dire ! s'énerva-t-il soudainement.
— Peut-être qu'il était trop tôt pour toi de sortir, supposa Loki.
Gray regarda un à un ses camarades. Ils étaient inquiets pour lui mais Gray voyait autre chose dans leur regard, quelque chose qu'il n'aurait jamais voulu voir.
— Vous pensez que je déraille, c'est ça ? comprit-il.
— Non, on pense plutôt que tu es surmené Gray, répondit Lucy avec douceur. On est juste inquiets pour toi…
Mais son regard était fuyant, indiquant qu'elle commençait elle aussi à penser qu'il perdait la tête.
— Vous avez sans doute raison, déclara-t-il d'une voix résignée. Ça doit être ça… le surmenage.
Ses amis eurent juste le temps de voir une larme perler le long de sa joue, avant qu'il ne l'essuie rageusement d'un revers de main.
— Je rentre, annonça-t-il avant de tourner les talons.
— Attends Gray, on va te raccompagner ! proposa Lucy.
— Non, profitez plutôt de cette belle journée, leur suggéra-t-il sans même se retourner. De toute façon, je ne suis pas de bonne compagnie en ce moment…
Gray pensait sincèrement qu'il aurait pu faire semblant, et que la présence d'Ul, de Lyon et de ses amis, suffirait à combler le vide laissé par l'absence de son ancienne vie, et surtout celle de Natsu. Mais cette fois, il se rendait compte au contraire à quel point il s'était trompé.
Pourquoi fallait-il qu'il passe par cette épreuve pour prendre conscience de la place que prenait Natsu dans sa vie ? La tête à flamme était bien plus qu'un simple ami pour lui, il le savait maintenant avec certitude. Un frère ? Ou bien quelque chose d'inavouable ? Il n'en savait rien, il ne savait pas à quel point il pouvait aimer Natsu, mais il l'aimait bel et bien.
D'aussi loin qu'il se souvienne, son ami avait toujours été un rival qui lui permettait de se dépasser par la seule force de ses poings, mais qui avait surtout réussi à lui faire garder la tête hors de l'eau pendant toutes ces années. Et c'était grâce à lui qu'il avait cette envie de vivre.
Une fois assez éloigné de ses amis, Gray s'adossa contre le tronc d'un arbre et se laissa lentement glisser sur le sol tapissé de mousse. L'odeur de l'herbe encore humide de la rosée du matin, le bruissement des feuilles et la brise légère caressant son visage, achevèrent de le plonger irrémédiablement dans la mélancolie, et Gray la laissa l'emporter sans lutter…
— Natsu, murmura-t-il.
Il ne se sentait plus la force de se battre. Ses paupières se firent lourdes et Gray s'assoupit, emporté par l'épuisement.
oOoOo
Quand il émergea un peu plus tard, il était allongé dans un lit. Ouvrant lentement les yeux, Gray jeta un œil autour de lui. Il était dans sa chambre ? Il s'apprêtait à se frotter les yeux lorsqu'il sentit un poids contre son bras. Le jeune homme tourna la tête et vit une chevelure brune contre lui.
— Ul ?
La jeune femme bougea lentement la tête et ses yeux encore endormis s'illuminèrent en voyant Gray réveillé.
— Mon chéri…, murmura-t-elle en le regardant affectueusement.
— Que s'est-il passé ?
— Tu as eu un malaise dans la forêt, tes amis t'ont retrouvé et t'ont ramené ici.
La jeune femme lui caressa tendrement les cheveux. Gray pouvait lire une profonde inquiétude dans ses yeux fatigués et auréolés de cernes violacés. Il ne pouvait plus supporter d'apporter autant de soucis à cette femme qui l'aimait sans condition. Que lui apportait-il de positif, lui, en retour ?
— J'ai appelé le docteur. Tout comme moi, il pense que tu es surmené ces temps-ci et que tu as besoin de beaucoup de repos, lui apprit-elle.
Gray se sentait si las… Tout le monde semblait penser qu'il était épuisé, d'où ses malaises à répétition et ses sautes d'humeur. C'est ce qui semblait être l'explication la plus probable, en effet. Alors pourquoi était-ce si difficile pour lui de l'admettre et de l'accepter ? Se reposer, comme tout le monde le lui conseillait. Sauf que c'était bien plus compliqué que cela. Il avait beau dormir autant d'heures qu'il le pouvait, il ne cessait de voir Natsu sitôt qu'il fermait les yeux. Il ne pouvait tout simplement pas admettre que son ami ne soit pas réel. Il s'y refusait catégoriquement. Il en oubliait même le reste, la magie, la guilde, tout disparaissait pour ne laisser que son bouillant ami qui hantait ses pensées, de jour comme de nuit.
Gray était bien entendu conscient que son entêtement risquait de lui mettre à dos pas mal de monde, y comprit ses amis et sa famille, mais il ne se sentait pas la force d'abandonner. Même quand il se sentait à bout, dans un sursaut, quelque chose au fond de lui, lui répétait inlassablement que Natsu était quelque part, dans une autre réalité, et qu'il fallait qu'il s'accroche à cet espoir, si infime fut-il.
— Je vais dormir encore un peu, déclara-t-il à Ul en se rallongeant.
La jeune femme lui sourit avant de poser ses lèvres douces sur son front.
— Dors tout le temps que tu veux mon ange.
Gray l'observa s'en aller avec un pincement au cœur. Pourquoi devait-il se sentir si déchiré ? Pourquoi ne pouvait-il pas simplement garder les personnes qu'il aimait le plus auprès de lui ? Pourquoi la présence de l'un devait signifier l'absence de l'autre… ?
oOoOo
Gray partit à pieds au lycée, Lyon ayant dormi chez un ami la veille au soir, il n'avait pas pu l'y conduire. Ul avait insisté pour l'accompagner, mais le jeune homme avait refusé, prétextant qu'il ne voulait pas qu'on le voie accompagné de sa mère. Il avait affiché un visage aussi serein que possible pour achever de la convaincre de le laisser y aller seul. Bien sûr, il se fichait pas mal de ce qu'on pouvait penser à son sujet. Il avait juste envie d'être seul, de profiter du trajet pour réfléchir à sa situation. Plus il y pensait, plus il se demandait si ce n'était pas lui qui était dans l'erreur tout compte fait. De plus, une autre semaine s'était une fois encore écoulée à son insu. Des pans entiers de souvenirs envolés comme par enchantement. Peut-être perdait-il vraiment la tête ? Peut-être avait-il rêvé qu'il était un mage de glace… Tout le monde lui disait qu'il était un jeune homme plein d'imagination. Mais alors pourquoi ne se souvenait-il pas de sa vie d'avant ? Pourquoi n'avait-il aucun souvenir de son enfance avec Ul et Lyon, ni avec ses amis du lycée qu'il était sensé connaître depuis l'école primaire ? Pourquoi se souvenait-il davantage de quelqu'un qui n'existait soi-disant pas ?
— C'est impossible, murmura-t-il. Natsu ne peut pas être issu de mon imagination, non.
Et si c'était le cas ? s'immisça une voix à l'intérieur de son esprit.
— Non ! protesta le jeune homme devant les regards interrogatifs de passants. Ils peuvent bien me prendre pour un fou s'ils le veulent !
Une fois arrivé au lycée, il remarqua un changement d'attitude chez ses amis. Certains détournaient le regard, tandis que d'autres l'observaient avec pitié. Seuls Erza et Loki restèrent naturels avec lui mais Gray préféra couper court à la conversation, et se dirigea plutôt d'un pas traînant vers la salle d'arts-plastiques. Il n'avait plus mis les pieds au lycée depuis près de deux semaines, lui avaient appris Ul et Lyon. Que s'était-il passé pour qu'il oublie deux semaines entières ?
Pendant le cours, le professeur donna comme sujet Intériorité et lorsqu'il passa derrière Gray pour vérifier son travail, il resta un instant à contempler son œuvre.
— Comme toujours Gray, ta technique m'impressionne. Mais peux-tu me dire en quoi tu réponds au sujet ?
La main du jeune homme se mit à trembler quand il stoppa son trait, il planta alors son regard dans celui du professeur, un regard qui laissait transparaître la détresse.
— Natsu…, murmura-t-il. Il… Il est constamment en moi, dans mon cœur, dans ma tête.
Des chuchotements et des rires moqueurs résonnèrent autour de lui.
— Chut ! Laissez-le finir, gronda le professeur. Donc pour toi, Intériorité signifie ce qu'il y a en nous de précieux, c'est ça ?
— Oui…
« Tapette ! » retentit une voix au fond de la classe.
Gray se leva d'un seul coup de sa chaise, les membres tremblants.
— Je me fous de ce que vous pouvez tous penser ! explosa-t-il. Je suis peut-être fou ou peut-être une tapette comme vous dites ! Mais je sais qu'il existe, vous m'entendez ! Natsu n'est pas né de mon imagination !
— Gray… On a tous bien compris, essaya de le calmer son professeur, soucieux. Est-ce que tu as besoin de sortir un instant ?
Le jeune homme prit conscience des regards interloqués de ses camarades de classe, braqués sur lui. Il ne voulait pas être à nouveau la cause d'un esclandre au lycée. Il ne voulait surtout pas faire subir plus de peine à Ul qu'il ne le faisait déjà.
— Non…, déclara-t-il en se rasseyant.
— Très bien, conclut le professeur non sans avoir jeté un regard inquiet à son élève. Gray est l'un des seuls à avoir pleinement saisi ce que je recherchais. L'intériorité peut être un sentiment : la peur, la colère ou l'amour par exemple. Cette notion peut être matérialisée par une couleur, un objet, par la personnification d'un rêve. J'aimerais que vous y songiez tous pour le cours suivant, seul Gray est dispensé de l'exercice.
Quand la sonnerie retentit, le professeur quitta la classe, laissant ses élèves à l'intérieur, lesquels discutaient joyeusement tout en rangeant leurs affaires. Gray rangea les siennes lentement, absorbé par ses pensées. Cependant, sans crier gare, l'un de ses camarades de classe se saisit de son carnet de croquis qu'il emportait partout avec lui et s'éloigna, dans un rire moqueur. Gray essaya de le récupérer mais sans succès.
L'adolescent commença à feuilleter le carnet en rigolant avec ses amis, tout en rejoignant le couloir.
— Mais c'est que t'es accro à ce Natsu, Gray ! railla le jeune homme. Les rumeurs sont vraies alors, non seulement t'es complètement cinglé mais en plus t'es pédé ! Et ce Natsu, ton ami imaginaire, j'ai du mal à croire qu'un gars comme lui puisse exister ! Non mais regarde-moi ces cheveux !
Gray sentit une haine sans nom menacer d'exploser envers cet homme qui le jugeait et se moquait de lui sans savoir qui il était et sans connaître Natsu.
— Je me fiche de ce que tu penses de moi, mais je t'interdis de l'insulter alors qu'il n'est pas là pour se défendre ! rugit le jeune homme rouge de colère.
Les élèves commençaient à s'attrouper autour des deux jeunes hommes, excités par la bagarre qui se profilait à l'horizon.
— Alors dis-moi, dans tes rêves c'est lequel qui fait la femme ? le provoqua pourtant le lycéen face à lui tout en adoptant volontairement une posture efféminée.
— Tu ne sais pas de quoi tu parles…, grogna le brun les poings serrés.
— Oh mais si je sais ! Je vois un mec obsédé par un autre mec qui n'existe pas, et je me demande comment tu vas réagir si je détruis le précieux visage de ton amoureux.
Le jeune homme prit un malin plaisir à déchirer le premier dessin juste sous son nez, mais voyant que Gray ne réagissait pas, il en déchira un deuxième puis un troisième. Jusqu'à ce qu'il arrive au seul portrait de Natsu en train de sourire. Gray avait eu beaucoup de mal à le dessiner celui-ci, le sourire de son ami lui faisait si mal qu'il n'arrivait pas à tenir son crayon correctement.
— Ne fais pas ça ! supplia le jeune homme, les yeux horrifiés.
Un sourire en coin, l'autre déchira la feuille en le défiant du regard. Il n'en fallut pas plus à Gray pour qu'il se jette sur lui, ivre de rage, à la plus grande joie du public amassé autour d'eux. Il s'acharna sur le garçon à terre, le rouant de coups, déchargeant toute sa colère et sa frustration accumulée depuis des semaines. Visiblement, le chapardeur ne s'attendait pas à ce que Gray ait autant de force, puisqu'à aucun moment, il ne réussit à parer ses coups. Gray était déchaîné.
— Stop ! rugit la voix du professeur d'arts-plastiques. Que quelqu'un les sépare !
Loki arriva à ce moment-là et réussit à se saisir de Gray qui s'égosillait dans tous les sens, dans un état proche de celui d'une bête sauvage.
— Gray ! Calme-toi vieux !
Quelques élèves aidèrent l'autre garçon à se relever. Le visage sanguinolent, le jeune homme à la démarche chancelante cracha une gerbe de sang, expulsant une dent au passage.
— T'es bon à enfermer Fullbuster ! gronda-t-il.
Les muscles de Gray étaient tendus comme la corde d'un arc. Les larmes recouvraient son visage tandis que ses poings ensanglantés continuaient à trembler nerveusement.
— Je n'aurais jamais dû le laisser après la classe, entendit-il son professeur chuchoter.
Mais le reste de sa phrase disparut tout comme le monde autour de lui. Gray se retrouva comme dans une bulle hermétique au monde extérieur.
Il était mieux là, tellement mieux…
oOoOo
Ul vint le chercher peu de temps après dans le bureau du directeur. Le jeune homme n'avait répondu à aucune question et s'était enfermé dans un mutisme inquiétant. Quand ils sortirent tous deux du bureau, les amis de Gray l'attendaient à l'extérieur mais ce qu'il lut dans leur regard lui brisa le cœur. Même Loki et Erza cette fois-ci, ne firent pas exception. De la pitié et de l'incompréhension. Gray détourna le regard et passa son chemin, suivi de près par Ul.
— Gray mon chéri… On ne peut pas rester comme ça, déclara la jeune femme une fois dans la voiture.
Devant le silence persistant du jeune homme, Ul s'énerva d'un seul coup.
— Est-ce que tu te rends compte que tu viens de te faire renvoyer du lycée à deux mois du Bac ! Et même si ce n'est que pour une semaine, ça sera dans ton dossier et va te pénaliser pour ton entrée aux Beaux-Arts ! Tu m'écoutes ?!
Gray était dans un état d'hébétude. Comment en était-il arrivé à cette extrémité ? Il s'était persuadé qu'il pourrait vivre dans ce monde sans magie aux côtés d'Ul, mais un monde sans Natsu… c'était au-dessus de ses forces. Il savait qu'il n'aurait pas pu tenir bien longtemps, mais jamais il n'aurait cru qu'il se mettrait tous ses amis à dos de cette façon, sans compter la déception d'Ul dans sa voix qui dépassait de loin, toutes les punitions qu'il avait eues de son maître par le passé.
A cet instant, il ne voulait plus qu'une chose, arrêter de lutter, se laisser aller à la folie qui semblait le guetter.
Et oublier…
oOoOo
Nda : Et voilà pour ce troisième chapitre ! Bon on avance un peu dans ce rêve réel/réalité rêvée. Gray semble au bout du rouleau à la fin de ce chapitre. Alors, comment voyez-vous la suite ? L'équipe de sauvetage réussira-t-elle à sauver Gray ? Est-elle seulement réelle cette équipe...? Comment ça je vous embrouille ? ;)
Bon ben dans ce cas je me tais, mais laissez-moi un petit commentaire pour me dire ce que vous en pensez ! ^^
Merci de votre lecture et d'avance pour vos reviews. :)
A bientôt pour le chapitre 4 !
