Chapitre 4 – Mort et frustration
Quatre observait fièrement Regina attendre Daniel dans les écuries. Tout était prêt pour partir, ils ne devraient pas avoir de problèmes.
Alors que le couple s'apprêtait à partir, Quatre vit Cora, plantée devant l'entrée de l'habitacle.
« QUOI ? NON NON NON NON ! S'exclama Quatre. »
Dans la foulée, l'ange apparut dans la pièce. Elle retint sa respiration.
Cora faisait face à Daniel, lui demandant s'il aimait vraiment sa fille, ce à quoi bien sûr, il répondit par la positive. Cora apparut embêtée.
« Ta magie ne peux pas nous séparer. Je l'aime. Répondit Regina.
- Et je l'aime. Compléta Daniel.
- Je l'aime aussi. Répondit Cora au garçon d'écurie.
- Si tu m'aime vraiment, tu dois nous laisser partir.
- Et toi, si tu m'aime vraiment, tu n'essaierais pas de t'enfuir. Lâcha séchement Cora à sa fille.
- Je suis désolé, mais c'est ma fin heureuse. Nous partons.
- Non. Répondit Cora. »
Quatre déglutit. Elle était inquiète. La situation ne présageait rien qui vaille.
« Alors quel est ton plan ? Tu vas me garder ici pour toujours ?! Parce que je sais que c'est ce que tu feras. Alors c'est ta décision ? Cela te rendra heureuse ?! Parce que tu ne peux plus me stopper désormais. Lâcha Regina, amère.
- Alors je ne le ferais pas. »
La blonde sursauta. Que voulait dire Cora ? Avait-elle enfin fini par accepter la situation ?
« Merci mère. Remercia Regina. »
Cora prit Daniel à part, tandis que Quatre les observait, perplexe. Tout était trop rapide, trop facile…
« Daniel, si vous voulez avoir une vie ensemble, une famille… Et bien, il y a une leçon importante que vous devez apprendre. Le rôle d'un parent, c'est de toujours faire ce qui est le mieux pour son enfant.
- Merci, je comprends. C'est ce que vous faites ce soir.
- Oui, c'est le cas. »
Cora plongea sa main dans la poitrine du jeune homme. Quatre ne put un hoquet de surprise de s'échapper de sa bouche tandis que les yeux de Regina s'arrondirent d'horreur.
« MERE ! Cria-t-elle. »
Cora sortit alors le cœur du jeune homme de sa poitrine, arrachant un cri de surprise et d'horreur de quatre et Regina en même temps.
Alors qu'elle écrasait le cœur du garçon dans ses mains puissantes, Regina s'effondra tandis que Quatre retint des larmes de couler le long de ses joues.
Comment était-ce possible ? Elle ne s'en posa pas la question, trop préoccupée par la situation.
« Non non non ! Mère, pourquoi avez-vous fait ça ?! Pleurait la brune sur le corps de son fiancé.
- Parce que c'est ça, ta fin heureuse.
- Quoi ?! S'insurgea Regina.
- Tu dois me faire confiance Regina. Je sais ce qui est le mieux pour toi. L'amour est une faiblesse Regina. Et cela est réel pour toi maintenant. Au début, tu te sens heureuse. Mais c'est une illusion… Et au final, tu finis ta vie sans rien de plus que le vide. Mais le pouvoir, le véritable pouvoir reste. Tu n'as à compter sur personne pour avoir ce que tu veux. Je t'ai sauvé ma chérie.
- Tu as tout gâché ! Je l'aimais ! Cria Regina.
- Ca suffit. J'ai enduré ça trop longtemps. Maintenant, va te changer, sèche tes larmes parce que maintenant… Tu t'apprête à être reine. Répondit froidement Cora. »
Alors que Quatre observait Regina, prostrée sur le corps sans vie de son jeune fiancé, la blonde se mit à paniquer. Elle voulait simplement partir, se cacher, ne plus revivre ce genre de scène.
Elle s'évapora dans les airs, la vue de sa protégée blessée lui étant trop insupportable. A son retour, 13 se dirigea d'instinct vers elle, décidée à creuser un peu plus sur les raisons de son changement brutal de comportement.
Quatre le stoppa d'une main plaquée devant lui.
« Pas maintenant, ce n'est vraiment PAS le moment ! S'exclama-t-elle en colère. »
13 jeta un regard curieux à son amie avant qu'elle ne parte d'un pas enragé. Comment Cora avait-elle pu faire ça ?
Elle avait tout calculé, mais elle n'avait certainement pas prévu ça. Quatre marchait en trainant des pieds. S'il y avait eu des cailloux, elle les aurait canardés aussi sec.
Regina aurait pu être heureuse, elle aurait pu vivre loin de tout ça, loin de la royauté, loin de la richesse, de la superficialité. Elle aurait pu échapper à ce besoin de pouvoir constant qu'éprouvait sa mère… Et un jour, oui un jour, elle aurait pu y retourner et empêcher sa mère de commettre plus d'atrocités.
Seulement, quatre réalisa qu'elle avait vécu dans une utopie. Cora avait retenu Regina avec des lianes magiques, elle avait même probablement arrangé sa rencontre avec Snow pour la mener jusqu'au trône…
Snow White…
Quatre enragea encore plus. C'était très probablement cette petite fille qui n'avait pas su tenir sa langue, elle ne voyait pas d'autres possibilités.
ARGH !
Est-ce qu'il y a de la vaisselle au paradis ? Ou de la porcelaine, n'importe quoi ? Quatre rêvait de casser des choses pour évacuer sa colère… Et sa peine.
Elle ne pouvait pas le nier : ce pincement au cœur, cet abattement, ce besoin de hurler sur tout ce qui lui passait sur la main, cette envie de solitude, d'isolement, et cet immense élan de compassion… C'était ça, de la peine.
Elle aurait pu se passer de ça. Le toucher lui allait très bien jusque-là. Elle n'avait pas envie d'éprouver de la peine pour sa protégée, plus maintenant qu'elle était un ange, que cette sensation désagréable n'appartienne qu'à ses anciennes vies.
Oui, mais Quatre ne contrôlait rien. Soudain, un semblant de panique s'insinua en elle. Elle se sentait comme un enfant devant sa première frustration. Elle avait tant perdu cette capacité à gérer ses émotions qu'elle se sentait soudainement submergée par son malheur, se disant que cela allait probablement durer toute sa vie… C'est-à-dire l'éternité.
Oh mon Dieu.
« Ça va ? Demanda 13, inquiet en l'ayant rattrapé. »
Quatre redressa lentement son regard vers son ami. Elle ouvrit et ferma la bouche. Est-ce que ça allait ? Est-ce que ÇA ALLAIT ? NON. CA N'ALLAIT PAS DU TOUT ! Elle avait envie de hurler et pourtant, aucun son ne parvenait à sortir de sa bouche.
« Tu as une mine affreuse. »
Quatre bouillonnait. Elle se fichait de son apparence, et même de son amitié : ELLE RESSENTAIT DE LA SOUFFRANCE POUR QUELQU'UN !
C'était peut-être commun pour les mortels, mais par pour elle. C'était même dingue, et elle voulait que ça cesse. Ici et maintenant. Seulement, ça n'arriverait pas : pas tant que Daniel serait mort devant les yeux de Regina. Mais les anges n'avaient pas le pouvoir de changer le passé, malheureusement… D'ailleurs, pourquoi ressentait-elle tant de peine pour sa protégée ?
En voilà une bonne question…
Quatre commença à passer ses doigts sur son menton, le regard dans le vague.
« QUATRE ! Cria 13.
- QUOI PUTAIN ?! S'écria la blonde. »
Oh elle allait très probablement regretter le ton employé pour parler à son ami… Seulement, ce n'était pas vraiment la « priorité du moment » que de le ménager.
Elle souffrait et, aussi égoïste soit-il, elle se fichait de rassurer les autres sur son état. Peu lui importait les autres et leurs petits tracas d'ange bien lotis : ELLE. SOUFFRAIT.
« Tu sais que tu peux tout me dire… Chuchota 13. »
Une fois de plus, la blonde ouvrit puis ferma la bouche. Elle ferma les yeux, se tenant les tempes en inspirant et expirant longuement.
Oui, c'est ce qu'elle faisait en étant humaine n'est-ce pas ? Inspirer-Expirer. Il fallait évacuer toutes ces mauvaises ondes au plus vite.
Au bout d'une trentaine de seconde de silence, elle rouvrit les yeux sur le brun qui la dévisageait fortement.
« Est-ce que tu te souviens de la sensation que c'est de ressentir « la souffrance » ? Demanda subitement Quatre.
- Quoi ? Répondit 13, ne comprenant pas la question de son amie.
- Souffrir. Avoir mal pour quelqu'un. Est-ce que tu te souviens de ce que ça fait ? Répéta la blonde. »
13 se mit à réfléchir, passant ses doigts sur ses lèvres. Le regard dans le vide, il haussa les yeux de surprise puis réorienta son regard vers la blonde.
« Je ne me suis jamais posé la question mais… non. Enfin, parfois, j'ai de la peine quand je repense à certains événements forts de mes anciennes vies, mais ce n'est pas comparable. Je me souviens du mot, de l'inconfort, mais pas vraiment de la sensation.
- Inconfort… Ricana jaune son interlocutrice. »
Elle se pinça les lèvres, évitant du regard son ami afin de ne pas l'étrangler.
« Inconfort » n'était qu'un énorme euphémisme comparait au tourment émotionnel qu'elle vivait. Et pourtant, il semblait peu à peu se calmer, à son grand soulagement.
« Je m'inquiète pour toi. Lâcha 13.
- Pourquoi ? Demanda Quatre, agressive.
- Pour ça. Pour le temps passé avec ta protégée, tes escapades furtives et trop nombreuses à mon goût, ton comportement suspect, ton isolement...
- Tu vas me reprocher de faire mon job ? Se moqua sarcastiquement la blonde.
- Tu sais très bien de quoi je veux parler. Et je sais déceler quand les gens me mentent. »
Quatre scruta son ami d'un regard inquisiteur. Il maintint son défi silencieux, voulant faire passer un quelconque message silencieux.
« Je… »
La phrase de quatre resta en suspens. Pourquoi était-ce si difficile de l'avouer ? Après tout, si cela venait à se découvrir, dans le pire des cas, elle n'aurait plus Regina comme protégée mais sa souffrance partirait. Ça ne serait pas plus mal… pas vrai ?
Quatre passa sa main sur son visage, lasse. Bien sûr que ce serait plus mal, rien que l'idée de se séparer de la brune lui donnait la nausée.
« Tu… ? Demanda 13. »
Il fallait se lancer, il fallait qu'elle en parle, le secret était beaucoup trop gros à partager, et il lui semblait insurmontable de réapprendre à gérer ses émotions ET de maintenir un secret si gros.
« Je souffre. Lâcha Quatre.
- Tu quoi ? Demanda précipitamment 13, inquiet à l'idée d'avoir mal entendu. »
Quatre ferma les yeux afin de se concentrer et d'intérioriser le flux de colère s'emparant d'elle.
Inspirer – Expirer…
« Je souffre. Répéta-t-elle en chuchotant.
- Impossible. Répondit 13, catégorique.
- Ecoute… Ça a commencé quand Regina a pu me sentir.
- Regina… Ta protégée ? Demanda 13 pour confirmer.
- Treize, tu dois me promettre de ne rien dire. Intima la blonde. »
Le jeune homme continua de regarder la blonde, curieux et perdu.
« Treize. C'est important.
- Oui. Oui, bien sûr, tout ça restera entre nous. Rassura-t-il. »
Quatre observa son ami jurer, et parvint à comprendre qu'il était sincère.
« Alors voilà… Par je ne sais quel… « processus », je me suis aperçu que Regina pouvait… me sentir. Et lorsque je la touche, je peux la sentir aussi. C'est… »
Quatre agita des mains, partagée entre l'excitation de repenser à ce simple petit plaisir, et à la souffrance qu'elle parvenait peu à peu à dominer.
« Inédit… Lâcha 13, éberlué, le regard perdu.
- Est-ce que tu as entendu parler de quoi que ce soit s'apparentant à ce que je suis en train de vivre actuellement ? »
Le brun regarda soudainement Quatre. Son regard changea en quelque chose de mystérieux et de curieux.
« Je ne suis pas sûr que tu sois prête pour ce genre de choses. Conclut-il catégoriquement.
- Je te demande pardon ? Demanda Quatre, blessée dans son orgueil.
- J'ai entendu des choses, je pensais à des racontars, ou de vieilles histoires datant de bien avant la création des mondes.
- De quoi tu parles ? Demanda Quatre.
- De rien. Oublie ça. Dans tous les cas, quatre, fais attention… Si on prive les anges de toute notion de bien-être comme de souffrance, c'est pour une raison bien particulière. Mit en garde l'ange.
- Pour qui tu me prends ?
- Pour quelqu'un en proie à des émotions. »
D'un regard que la blonde qualifia instantanément d'hautain, le brun partit sans un mot de plus. La blonde secoua la tête et repartit lentement en direction de ce qu'elle appelait « sa petite bulle ».
Elle prit place sur le sol, en tailleur, et agita des mains. Devant elle apparut Regina.
Elle portait une robe trop distinguée et étriquée à son goût. Quatre claqua sa langue contre son palet, ne se remettant toujours pas de l'échec qu'avait été la fugue de la jeune femme.
Puis, elle remarqua que la robe en question était blanche. Quatre comprit rapidement que la jeune femme épouserait finalement le roi Léopold.
Un grognement sortit de sa gorge, aussi rauque et frustré qu'il aurait pu l'être.
Ce n'était pas juste.
Alors qu'elle voyait la jeune Regina marcher dans l'église afin de finir les préparatifs du mariage qui se déroulait le lendemain, quatre se mit à réfléchir à toute vitesse. Il fallait éliminer Cora, au plus vite. Il fallait qu'elle sorte Regina de cet enfer.
Puis, Quatre orienta son regard vers la jeune Snow White se tenant derrière la brune, souriante comme jamais. L'ange serra les poings.
Cette petite… inconsciente n'avait vraiment pas de cœur. Son égoïsme l'agaça au plus haut point.
Lorsqu'elle vit le regard de Regina changer en direction de sa future belle-fille, Quatre s'efforça de se calmer.
Serait-il possible que la brune et elle partagent un espèce de… lien si fort qu'elles en partageraient leurs émotions ? Après tout, cela expliquerait beaucoup de choses, entre autres comment un ange se retrouve dans la capacité incroyable d'éprouver de la joie, du réconfort ou de la peine.
Quatre se pinça les lèvres. Elle allait devoir apprendre à se contrôler sinon… Sinon la vie de Regina deviendrait très bientôt un enfer.
Depuis quelques heures, quatre pataugeait. Elle ne voulait pas que Regina pratique la magie pour éloigner Cora et pourtant… Pourtant, plus elle avançait, plus elle se convainquait que c'était impensable de faire sans.
Ce lien qui l'unissait à Regina se renforçait et la blonde réalisait peu à peu qu'envoyer un instinct à sa protégée était presque « trop long ». Peu à peu, elle se rendait compte qu'il lui était d'autant plus naturel d'envoyer ses propres émotions et son ressenti face à la situation à la brune, qui aviserait d'elle-même.
Cela était plus plaisant… Et renforçait cet étrange lien entre elles. Ce n'était pas l'intention de quatre, mais les conséquences étaient là : plus elle passait du temps avec Regina, plus elle nourrissait ce lien et plus il grossissait.
Ses pauses se raccourcissait et sa prudence également. Fort heureusement, 13 lui avait déjà sauvé la mise en la cachant aux yeux du boss.
Il fallait vraiment que la blonde fasse plus attention… Mais c'était si difficile lorsqu'elle se donnait corps et âme pour sa protégée.
Alors que Regina pénétra dans la chambre de sa mère, la blonde eut une idée. Elle intima Regina de se saisir du carnet de magie de Cora.
Il devait bien y avoir une solution…
La blonde apparut aux côtés de la reine afin d'observer avec elle les pages alimentant son grimoire. Quasiment toutes les écritures étaient illisibles pour la brune qui faillit abandonner…
Jusqu'à ce qu'elle y trouve le nom du mentor de sa mère.
Quatre sursauta de surprise.
« Rumplestilskin. »
Mmmmh… Après tout… Devait-elle vraiment en être surprise ? Six avait probablement sciemment rapproché ses deux protégés pour faire deux travaux en un. Ce fainéant ne reculait vraiment devant rien.
Quatre souffla.
Rumplestilkin serait probablement le seul à pouvoir venir en aide à sa protégée… Alors peut-être aurait-il la solution à son problème.
Il fallait qu'elle se débarrasse de Cora, coûte que coûte…
