Chapitre 8 – Absence
Ce génie d'Agrabah… S'il pensait qu'elle était dupe, il se trompait lourdement. Quatre voyait très bien que cet homme tournait autour de sa protégée depuis des semaines…
Mais comment lui en vouloir ?
Depuis qu'elle avait tiré un trait sur cet homme au tatouage, Regina avait décidé d'adopter ce style royal que sa mère aurait tant chéri… Seulement, elle était loin des robes de princesses volumineuses.
Regina ne portait que des tenues luxueuses, classieuse, et la rendant terriblement attirante.
A défaut d'être avec un homme qu'elle aimait, elle préférait s'efforcer de s'aimer elle-même et d'attirer, peut-être, l'amour des autres hommes. Cela marchait, il fallait l'admettre, et en particulier avec ce génie qui semblait si heureux de lui avoir offert un miroir…
Jusqu'à ce que Regina se retrouve enfermée par le roi, ce dernier étant persuadé qu'elle était tombée amoureuse d'un autre homme.
Quatre passa sa main sur son visage. Est-ce que le monde entier avait décidé d'être idiot ? Etait-ce donc le destin de sa protégée que d'être prise pour un objet éternellement ?
Et puis, ce roi… ce roi ne lui apportait rien. Il la rendait malheureuse… Quatre essaya de se raisonner. Il fallait qu'elle soit indifférente à ce « malheur ». Oui, il le fallait…
Et pourtant, elle n'avait pas pu s'empêcher de souffler de soulagement lorsque le génie, fou de jalousie, avait décidé de tuer le roi. Au final… Au final, elle n'avait rien eu à faire, c'était le plus important non ?
Les funérailles du roi avaient été sommaires. Quatre n'avait pas vraiment prêté attention à cela. Elle avait mis de la distance… Peut-être trop ? Elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un manque terrible, de ne plus assister sa protégée comme elle le faisait, de ne plus veiller sur elle aussi assidument. Pourtant, c'était un mal nécessaire… Elle avait si peur de se faire prendre.
Malgré tous les indices des plus évidents, Quatre continuait de nier son amour pour sa protégée… Car il la conduirait indubitablement à sa perte. Et la blonde était tellement persuadée qu'elle seule pouvait veiller sur Regina qu'elle se provoquait de véritables crises d'angoisse rien qu'à l'idée que sa fonction lui soit retirée. Ainsi, de jour en jour, elle allait de moins en moins voir Regina. Elle avait cessé de la toucher, cesser de la réconforter, et même de lui envoyer des instincts. Sa protégée était désormais… en roue libre. Et malgré la douleur que cela provoquait dans son cœur, Quatre continuait de bouder son travail, se retenant chaque instant de jeter un coup d'œil protecteur à la brune.
Regina quant à elle, se sentait de plus en plus abandonnée et mal aimée… Elle mettait cela sur le compte de la mort de son fiancé. Elle en était persuadée : s'il avait été là, tout aurait été tellement différent. Depuis quelque temps, elle se sentait vide… Vide d'amour, vide d'attention, vide d'espoir. Cela s'était déclenché presque d'un coup. Pourquoi ? Elle n'en savait rien… Mais quelque chose lui manquait. Et elle était persuadé que c'était l'amour… L'amour de son défunt fiancé, Daniel.
De jour en jour, Regina se mit à nourrir une haine profonde envers la coupable indirecte de la perte du garçon d'écurie.
Sans ange pour la guider, après la mort de son mari, elle se mit une idée en tête : si le roi pouvait mourir, pourquoi pas sa fille ?
Quatre absente, la reine se retrouva sans son instinct bienfaiteur, sans rêves et sans réconfort. Peu à peu, elle plongea dans les ténèbres. Elle se mit à écouter sa haine et, avide de vengeance, lança une guérilla incessante contre sa belle-fille.
La reine devint… La méchante reine.
« Je pense que c'est une mauvaise idée. Lâcha la blonde.
- Il ne se passera rien de grave, ta protégée peut bien rester seule quelques mois non ? »
Une semaine. Cela faisait une semaine que Quatre n'avait pas vu Regina… Autant dire une éternité.
« Cela doit bien faire un an en temps humain. C'est trop long. S'inquiéta Quatre.
- Bon ok, va jeter un coup d'œil si tu y tiens tant. Tu es vraiment accroc. Dit 13, espiègle.
- Je ne suis pas accroc… Grogna Quatre entre ses dents. »
Quatre se mit à s'asseoir en tailleur sans se préoccuper d'où elle se situait. Elle ne l'avouerait peut-être jamais sciemment, mais elle tremblait d'excitation à l'idée de revoir Regina.
Elle n'était jamais restée aussi longtemps sans veiller sur sa protégée. Si elle devait être honnête envers elle-même : elle avait un mauvais pressentiment.
Quatre avait peur… Regina avait toujours écouté son instinct presque aveuglement… Comment alors avait-elle géré sa vie sans elle ?
La blonde déglutit en laissant apparaître une vision devant elle. Elle en avait la peur au ventre.
Elle vit Regina se tenant devant la tombe de Daniel en compagnie de Snow White. Au vu de sa robe sombre et de sa coiffure sophistiquée, Regina était toujours reine. Quatre se mit à analyser la situation.
C'était étrange que Regina amène sa belle-fille devant la tombe de son défunt fiancé. Lui avait-elle pardonné ?
« Est-ce que c'est…
- Une tombe. La tombe de Daniel. Confirma Regina.
- Daniel ? Je pensais…
- Qu'il s'était enfuis ? Je t'ai dit ça pour que tu ne culpabilise pas. Mais il est mort à cause de toi.
- Je… Je suis désolé. Souffla Snow.
- Je le suis aussi… Mais rien ne pourra changer ce qu'il s'est passé. Tu l'as fait. Tu avais promis de garder le secret, tu avais promis et tu as menti ! »
Quatre mentirait si elle disait ne pas être ravi de cet échange. Il était temps que Regina dise la vérité, que Snow sache.
« J'étais très jeune, et puis ta mère…
- Elle lui a écrasé le cœur à cause de toi ! Parce que tu ne m'as pas écouté !
- Tu m'a pris mon père. Nous avons toutes les deux souffert, cela n'est donc pas assez ?!
- Non. »
Cette Snow n'avait clairement aucune gêne. Elle se trouvait des excuses, et cela agaçait l'ange plus que tout. Là où elle aurait dû être profondément désolée, elle n'avait trouvé qu'à dire qu'elle était trop jeune et que tout était de la faute de Cora. Ça l'était oui, mais pas complétement. Qui plus est, Regina n'avait pas tué le père de Snow, c'était le génie… Bien qu'elle n'en soit pas malheureuse, ce n'était pas normal pour autant qu'elle l'en accable.
Lorsque Regina sortit une pomme de son sac, Quatre fut confuse.
« Qu'est-ce que c'est ?
- Il suffira d'une bouchée. Savais-tu que les pommes représentent la santé et la sagesse ?
- Pourquoi ai-je l'étrange sentiment que celle-ci risque de me tuer ?
- Elle ne te tuera pas. Non, ce qu'elle fera seras pire. »
Quatre déglutit. Sa protégée avait changé… Elle avait perdu quelque chose… Elle avait perdu cette étincelle, ce je-ne-sais-quoi qui la rendait bonne, généreuse et souriante, positive malgré les malheurs.
« Ton corps sera ta tombe, et tu n'auras plus rien, sauf les rêves crées par tes propres regrets.
- Et tu vas me forcer à la manger.
- Bien sûr que non. Ça ne fonctionne pas ainsi. Le choix t'appartient, mais il doit être pris avec précaution.
- Mais pourquoi je ferais ça ?
- Parce que si tu refuses, ton Prince, ton chère Charmant sera tué.
- Non…
- Comme je l'ai dit, le choix t'appartient. »
Quatre fronça les sourcils en secouant négativement la tête. Elle n'était pas d'accord avec le comportement de sa protégée. Elle n'avait jamais vraiment porté Snow dans son cœur, certes… Mais méritait-elle ce châtiment cruel ?
Quatre était contre la vengeance. Elle avait voulu éliminer Cora car celle-ci était néfaste… Snow, elle, semblait être bonne.
« Si je prends la pomme, il vit ? C'est le deal que tu veux faire ?
- Oui.
- Alors félicitation : tu as gagné. »
Quatre envoya un instinct puissant à Regina : celui d'arrêter. Il ne fallait pas qu'elle lui donne cette pomme, elle ne devait pas céder face à la vengeance, elle devait arrêter cette folie…
Et pourtant, Regina ne l'écouta pas.
Pour la première fois de sa vie, Regina ignora son instinct.
Snow croqua dans la pomme tandis que Regina l'observait s'éteindre, satisfaite.
Regina… Souffla Quatre.
Elle l'avait ignoré. Cela n'était jamais arrivé avant. Regina avait changé… La jeune femme croyant fermement à l'amour avait disparu, pour laisser place à une personne froide, avide de vengeance.
Quatre éteignît la vision, encore sous le choc. Elle fixait un point invisible devant elle, à la fois choquée et triste.
« Je… Je suis désolé. Lâcha 13, soufflé. »
Bien sûr, il était resté. Bien sûr, il avait assisté à toute la scène. Et il savait… Il savait ce que son absence avait causé.
Lentement, Quatre tourna le regard vers 13. Elle devait se calmer… Oui. Elle ne devait pas s'énerver, ne pas laisser parler sa rage, sa peur, sa tristesse. Elle devait se contrôler.
« Tu as tout gâché. Chuchota Quatre comme si elle comprenait tout à coup ce qu'il se passait.
- Non, je…
- Tu as tout… gâché… Souffla Quatre de nouveau. »
Elle ne devait pas pleurer. Non, elle devait se retenir. Par fierté, par honneur, et pour Regina, Quatre devait apprendre à gérer ses émotions. Et pourtant… Oh oui pourtant, un de ses rêves les plus chers serait de s'effondrer et de rester là, à pleurer, pleurer, et pester contre le monde entier.
« Je pense que maintenant… Ouais. Il n'y a plus aucun doute… Souffla 13, gêné.
- Bon Dieu mais de quoi tu parles… Lâcha Quatre, lasse.
- D'un truc que je te cache depuis le début. Et cela te concerne… Toi et Regina. »
