Chapitre 54 : La chute
Bonsoir tout le monde !
Et oui, voilà le chapitre 54 vous ne rêvez pas !
Je suis vraiment désolé si je mets du temps à poster ces dernières semaines, en fait je n'ai plus de chapitre d'avance, ce qui explique mon retard dans les publications.
Nous approchons de la fin, je pense qu'il reste trois chapitres sans compter celui-là mais j'ai un peu de mal à les écrire … en fait je pense que je n'ai pas très envie de dire au revoir à cette histoire ^^
En tout cas, je suis heureuse de voir que vous êtes toujours là malgré tout ! Merci pour vos reviews moins nombreuses mais toujours aussi géniale à lire ^^
Allez, on se retrouve en bas !
Bonne lecture !
Chapitre 54 : La chute
PDV Marcus
Mon jumeau, mon frère … une partie de moi
Il était une part de mon être, le seul à me comprendre véritablement et à savoir comment je fonctionnais.
Et il était parti.
Un film de notre vie défila soudain sous mes yeux.
Notre jeunesse, pas toujours joyeuse mais ensemble. Nos amis, nos embrouilles qui ne duraient jamais longtemps, nos conneries à l'adolescence, les filles que nous nous amusions à tromper et parfois à échanger. Me revenait en mémoire, notre rencontre avec Dimitri Sénior puis avec son fils, notre ascension dans le monde, notre réussite. La rencontre puis la perte d'Amelia, pour Aro et ma propre rencontre avec Sélénia, la naissance de ma fille Renata.
Et puis Isabella, Kiara, les fillettes et ensuite Edward. Tout ce qui s'était passé cette dernière année.
Nous nous étions toujours serrés les coudes, ne nous disant jamais à quel point nous tenions à l'autre mais toujours là au moindre problème.
Les sanglots arrivèrent par vague.
J'étais fort, j'avais appris à l'être mais Aro …
Les convenances et la fierté n'étaient rien alors que je prenais conscience que mon frère était parti.
Il était mort. Caius Vladescu lui avait pris la vie exactement comme il l'avait fait avec Dimitri et pourquoi ?
La compagnie.
Nous aurions été prêts à la lui donner si s'était ce qu'il voulait, autant Isabella que moi. Dimitri ne méritait pas de mourir pour ça et Aro non plus. Je lui aurais donné tout ce qu'il voulait s'il l'avait demandé.
Comment pourrais-je aller de l'avant sans mon frère ? Comment allais-je avancer ?
Que me restait-il ?
M'écartant du médecin, je me pliai en deux, les mains sur mes genoux, sous le poids de la douleur intense qui me traversait.
Aro était le roc, il était le pilier sur lequel je pouvais me reposer. Il avait toujours eu un caractère plus fort que le mien. Il était également plus téméraire que moi, plus engagé dans les causes qu'il défendait.
Quand il appréciait quelqu'un ce n'était pas à moitié et quand il détestait également. En général entrer dans sa vie et dans son cœur était long mais une fois à l'intérieur, il était prêt à tout pour préserver sa famille.
Le chagrin m'engloutissait et mon cerveau était complètement anesthésié, je n'arrivais plus à réfléchir correctement.
- Marcus ? M'appela le docteur Cullen me faisant reprendre pied dans la réalité. Je suis vraiment désolé de vous poser la question … mais je ... je dois vous la poser … les organes de votre frère sont viables … est-il donneur d'organe ? J'ai conscience que la question est horrible mais … je dois vous la poser …
Les organes de mon frère ? Il voulait lui prendre ses organes ?
Je le regardais horrifié par la question, la lèvre tremblante. Je ne pouvais que le fixer, je n'arrivais pas à comprendre, qu'étais-je censé répondre à une telle demande.
Je venais de comprendre que mon frère nous avait quittés, il venait à peine de partir … et on me demandait mon accord pour l'ouvrir et lui retirer ce qui avait été lui.
Son cœur, ses poumons, ses reins …
Aro avait toujours été d'une santé de fer, ne tombant que rarement malade.
Je ne pouvais pas en vouloir au docteur Cullen de sa question. Il était médecin avant tout.
Je tournais la tête, afin d'obtenir un peu d'aide. Isabella, assise dans son fauteuil avait les yeux dans le vague et semblait à des années-lumière de nous. Edward et Kiara à ses côtés avaient l'air paniqués.
Cette femme si forte mais si fragile à la fois.
Aro l'avait aimé, comme une sœur. J'étais certain que s'il avait été plus jeune et surtout moins traumatisé par ce qui était arrivée à Amélia, il aurait tenté sa chance. A la place, ils étaient devenus des piliers l'un pour l'autre.
Nous tentions l'un comme l'autre de la préserver et pourtant malgré nos efforts nous n'avions pas réussi. De notre trio, Aro et Isabella avaient toujours été plus proche l'un de l'autre que moi avec elle.
Je n'avais pas le même caractère que mon frère. Isabella et moi avions le même, il était plus difficile pour nous de nous rapprocher. Et puis Aro était là pour elle, je n'avais pas besoin de la couver autant qu'il le faisait.
Mais maintenant, nous n'étions plus que deux.
Anesthésié depuis l'annonce de Carlisle, mon état de semi conscience explosa en me rendant compte que je ne pouvais pas me laisser aller.
Pour Isabella, je ne pouvais pas.
Après tout le malheur qu'elle avait déjà enduré, elle devait encore supporter une épreuve de plus. Aro avait autant d'importance pour elle, qu'elle en avait pour lui. Nous devions nous soutenir l'un l'autre pour traverser cette épreuve, la plus dure pour moi et sans aucun doute celle de trop pour elle.
En dehors de moi, elle était la seule personne dans ce monde à avoir connu et aimer mon frère. Elle était la seule à l'avoir compris. Elle ressentait en ce moment la même douleur que la mienne. Elle elle me comprenait.
M'approchant de son fauteuil, je m'accroupis et posais ma main sur les siennes. C'était comme si elle venait de les mettre au réfrigérateur, aussi glacée que les miennes.
Ses yeux jusqu'ici dans le vide, se tourna un instant vers moi.
- J'ai besoin de vous …
Elle ouvrit la bouche, la referma avant d'hocher difficilement la tête.
- Ces organes …, soufflai-je difficilement.
Des larmes s'échappèrent de ses yeux et elle resta quelques instants à me fixer. La lèvre tremblante, elle leva ses prunelles vers le docteur Cullen.
- Prenez-les … il aurait voulu … aider les autres …
Carlisle hocha la tête et me tendit un dossier.
« Autorisation de prélèvement d'organes »
Douloureusement, je signais la fin de pages et rendit le papier au docteur Cullen.
- Si vous voulez le voir avant que … nous le débranchions …
Je tournais mon regard vers Isabella et mouvement, nous hochâmes la tête. Je poussais le fauteuil jusqu'à la chambre de mon frère.
Allongé dans le lit, il avait l'air paisible. J'aurais presque pu croire qu'il dormait, que si je le secouai il se réveillerait et me regarderait en souriant.
Mais je savais qu'il n'en était rien.
Les machines bipaient, son torse se soulevait, pourtant, son cerveau, la partie qui le définissait véritablement, n'était plus là.
Mon frère était loin d'ici.
Posant ma main sur son torse, j'étouffais de nouveaux sanglots. Je ne pouvais pas craquer une nouvelle fois. Pas avec une Isabella dans tous ces états à quelques mètres seulement de moi.
Elle tentait de retenir le flot d'émotions qui la traversait mais je la connaissais assez pour lire sa détresse dans ses yeux. Elle semblait brisée et j'ignorais vraiment comment l'aider à ne pas sombrer.
Je ne savais même pas comment moi j'allais parvenir à maintenir ma tête hors de l'eau.
Les minutes s'écoulèrent inlassablement et je savais que l'on se rapprochait du moment où j'allais devoir prendre la décision de débrancher mon frère pour le laisser partir définitivement.
Le docteur Cullen était en retrait près de la porte et se faisait le plus discret possible pour ne pas nous déranger dans ce moment d'intimité. Le dernier que je partageais avec la deuxième partie de mon âme. Je savais qu'en partant, il emporterait une partie de mon être avec lui. Je ne serais plus jamais le même sans lui, quelque chose s'était brisée.
Finalement au bout d'un long moment, je me penchais sur le corps de mon frère et posais mon front sur le sien comme nous le faisions quand nous étions gosse.
- Adieu mon frère …
Se fut les seuls mots qui me traversèrent l'esprit alors que je me relevais, une main sur la bouche.
Isabella le regard dans le vide, ferma brièvement les yeux avant de se tourner vers moi et d'hocher la tête.
Je pris une profonde inspiration, regardais une dernière fois mon frère, mon meilleur ami, mon allié, la deuxième partie de mon être avant de me tourner vers Carlisle Cullen.
- Allez-y.
Il passa près de moi, me serra l'épaule avant de se pencher sur les machines qu'il éteignit les unes après les autres. Les bips incessants s'arrêtèrent, le silence emplit la pièce et mes larmes débordèrent de mes yeux quand mon frère cessa de respirer.
Cette fois, c'était fini.
PDV Edward
Quand Bella s'éloigna avec Marcus, je relâchais l'émotion intense que je contenais en moi.
J'étais tétanisé à l'idée de ce qui allait se passer maintenant.
J'appréciais Aro, l'admirais surtout pour l'homme qu'il était. J'étais véritablement accablé par son décès mais cela ne serait jamais autant que Bella l'était. Mes émotions étaient à mille lieux de ce qu'elle devait ressentir en ce moment.
Kiara s'écroula à mon côté et je la serrais contre moi pour tenter de la calmer.
La tristesse de ma fille et son cœur qui saignait me nouait la gorge. Il n'y avait aucun mot pour apaiser sa peine, rien pour réduire un tant soit peu ses terreurs.
- Elle ne s'en relèvera pas … on va la perdre … je vais la perdre papa …
Nous partagions nos peurs, Kiara connaissait sa mère sans que celle-ci ait besoin de dire quoi que ce soit. L'empathie de ma fille était une grande qualité mais elle ne l'aidait pas dans des situations pareilles.
- Non, Kiara, mon ange … il faut être fort. Je sais que ça ne va pas être facile, je suis aussi terrorisé que toi mais nous devons être là pour elle. Ensemble … je ne la lâcherais pas. Elle va avoir besoin de nous plus que jamais.
Je demandais à ma fille d'oublier sa propre tristesse pour être le pilier avec moi dont sa mère allait avoir besoin. Pour une adolescente de 15 ans, ce n'était pas quelque chose de simple.
C'était injuste pour elle mais devant sa mère elle allait devoir se montrer forte.
- Je suis là Kiara. Je serais là tout le temps autant pour toi que pour ta mère.
Etre entourer était le seul moyen pour aider Bella à surmonter son deuil et surtout ses démons intérieurs qui gagnaient du terrain à chaque seconde.
Dans les moments de calme et surtout loin de Bella, Kiara et moi nous pourrons nous laisser aller à nos propres émotions mais pas devant elle.
Kiara, le visage strié par les larmes, hocha la tête et s'essuya les joues.
- Nous deux Kiara.
Je lui prie les mains et tentais de lui insuffler de ma propre force.
Ne pas craquer.
J'étais déterminé à ce que Bella s'en sorte, il le fallait non seulement pour les filles, pour Kiara, pour moi mais aussi pour elle.
Kiara prit une profonde inspiration et se calma avant d'hocher la tête. Je la serrais contre moi enfouissant son visage dans mon torse.
Je ne perdrais pas ce que je venais de gagner. Jamais.
Nous nous retournâmes ensuite pour voir arriver un Marcus qui tentait de relever la tête. Le chagrin était visible sur ses traits. Aro était son jumeau. Ils étaient les deux faces d'un seul être, travaillant ensemble, vivant ensemble et surtout ne se décollant que rarement.
Les frères Philips n'étaient plus. Il était maintenant seul.
Je me fis la promesse de ne pas l'abandonner dans cette épreuve, non plus. Il partageait le même chagrin que Bella mais je ne pouvais pas jouer de mes sentiments avec lui. Il faudrait lui montrer qu'il pouvait compter sur nous autant que Bella pouvait le faire.
Il n'était pas seul, même si il pouvait le penser.
Il s'avançait vers nous poussant le fauteuil de la femme que j'aimais.
Son regard vide et son esprit à mille lieux de nous, me frappa. Kiara serra ma main avant de s'avancer vers eux. Je suivis le mouvement.
Malheureusement maintenant nous allions devoir parler des questions pratiques comme l'enterrement d'Aro, l'annonce à la population, aux investisseurs et aux employés de la compagnie.
Il n'y avait plus que deux têtes pensantes maintenant et aucun des deux n'étaient en état de faire quoi que soit à l'heure actuelle.
Comprenant que j'allais devoir être le roc durant cette période sombre, je me demandais vraiment comment j'allais pouvoir tout gérer de front.
- C'est terminé, nous souffla difficilement Marcus en stoppant son avancée juste devant nous. Il va falloir que … je prévienne … ma fille, la compagnie … l'enterrement …
Il semblait dépasser par la masse de travail à accomplir.
Bella n'était pas en état de l'aider et Marcus était trop submergé par le chagrin pour avoir les idées claires.
- Nous allons vous aider, lança Kiara en nous désignant.
Sa force et surtout sa détermination me rendirent un instant admiratif. Je savais combien cela devait lui coûter mais pour sa mère et pour sa famille elle était prête à tout.
- Nous allons tous vous aider, ajouta Bella d'une voix caverneuse en relevant le regard.
Le vide dans ses prunelles faisait froid dans le dos. Marcus hocha la tête et se frotta le visage.
- Il faut juste que … je me fasse ... à l'idée …
Je pris les choses en main, ému par sa détresse.
- Je vais m'occuper de ça … Il est 13heures. Je vais appeler Jacob et lui demander de suspendre temporairement toute activité aujourd'hui, de reporter toutes les réunions, les rendez-vous à une date ultérieure. Je vais lui demander également de rédiger un avis de décès que nous allons faire parvenir à tout le monde. D'ici là, je vais m'arranger avec Carmen et lui, pour prendre rendez-vous avec un funérarium pour … l'enterrement.
La reconnaissance qu'affichait les yeux gris acier de Marcus, me fit comprendre que j'avais pris la bonne décision. Il avait besoin d'aide et je pouvais la lui apporter.
- Je vais m'en occuper. En attendant, Kiara, Bella et vous devriez rentrer à la villa. Je me dépêche pour revenir le plus vite possible …
Ma fille hocha la tête et Marcus accepta également. En revanche Bella, refusa tout nette.
- Je vais venir avec toi, affirma-t-elle.
J'aurais aimé protesté mais je savais qu'il était inutile de tergiverser avec elle si elle en avait décidé ainsi. La garder près de moi de toute façon pouvait se révéler être une bonne idée.
- Quand j'ai terminé je vous appelle …
Marcus hocha la tête le regard dans le vide. Kiara me jeta un coup d'œil avant de suivre l'associé de sa mère.
Bella de son côté était comme ailleurs. Elle ne réagit même pas quand j'attrapais les branches de son fauteuil roulant. Je la poussais vers l'extérieur et l'aidais à monter ensuite dans ma Volvo.
Le silence était pesant alors que je démarrai la voiture pour sortir du parking. Bella avait les yeux rivés sur la fenêtre, regardant sans vraiment le voir le paysage qui défilé sous ses prunelles.
Elle n'avait jamais été quelqu'un de très loquace, étant renfermée par nature. Mais à ce moment-là je la sentais très loin, retranchée derrière un mur pour se préserver de ses propres émotions.
J'ignorais comment l'atteindre, ni même si s'était possible.
Depuis l'annonce de la mort d'Aro et surtout depuis qu'elle était sortie de sa chambre après que Marcus ait décidé de débrancher son frère, elle n'était plus avec nous.
Nous ne pouvions pas continuer ainsi. Elle allait devoir parler. Il fallait absolument qu'elle extériorise ses émotions pour que l'on puisse l'aider convenablement.
Nous étions sur une pente glissante et je savais qu'un rien pouvait la faire basculer dans un grand précipice dont elle ne se relèverait pas. J'avais vraiment l'impression d'avoir été propulsé dans un champ de mines.
Une seule personne pouvait m'aider. Mon père.
Lui saurait me guider.
Arrivé à la compagnie, je pris la direction du parking.
Bella me dicta les chiffres du digicode d'une voix atone et dénuée de toute émotion. Je garais la voiture près des ascenseurs.
L'emmener ici alors qu'elle n'y avait pas mis les pieds depuis ce fameux jour ou nous avions pris la fuite ensemble pour sauver nos familles, n'était pas une bonne idée. Elle n'était pas assez forte pour affronter maintenant les regards de chacun. Peu de monde l'avait vu évoluer dans un fauteuil. Etre confronté au monde dans un tel état me faisait craindre le pire. Je ne pouvais qu'espérer être assez pour l'aider.
Qu'elle soit d'accord ou non, je prendrais les choses en main. Elle n'était pas en état de le faire.
Je poussais Bella dans la cage de fer et appuyais sur le numéro de l'étage de la compagnie.
Nous étions mercredi. Un jour de pleine semaine.
Je savais que Jacob et Carmen devaient être en plein effervescence étant donné que personne n'avait donné de nouvelle depuis la veille.
Sans direction, sans aucun décisionnaire, le personnel devait travailler d'arrache pieds pour rassurer les investisseurs, le conseil d'administration et les employés.
Parvenus à l'étage de la compagnie, je pris une profonde inspiration pour me donner du courage quand les portes s'ouvrirent.
Bien entendu, ce que je craignais se produisit.
Alors que le plus grand vacarme régnait à l'étage, tout le monde tourna la tête au moment où nous sortîmes de la cage de fer. Le silence tomba d'un seul coup et des centaines de paires d'œil nous dévisagèrent.
Tout était réuni pour provoquer la curiosité des gens autour de nous. Ma présence, celle de Bella, le fauteuil dans lequel elle était installée et surtout l'absence de Marcus et d'Aro.
Il était rare de voir la PDG sans ses associés.
Les employés le savaient.
Je sentis Bella poser ses mains sur les roues de son fauteuil pour avancer.
Le spectacle de cette femme si fière d'ordinaire en fauteuil, les cheveux en bataille et le visage dénué de tout maquillage, devaient rendre chacun perplexe.
Mon instinct protecteur se mit en marche et je poussais Bella jusqu'à son bureau. Jacob assit dans son siège habituel écarquilla les yeux et se leva à notre arrivée.
D'un signe de tête, je désignais la porte et il s'empressa de l'ouvrir pour que je puisse pousser Bella à l'intérieur.
Il referma derrière nous et je ne pus m'empêché de me pincer l'arête du nez. C'était plus dur que ce que je pensais. Tenir allait représenter un défi.
Je me tournais vers Jacob qui l'air interrogateur, attendait qu'on le mette enfin au courant de ce qui se passait. A ses yeux je savais qu'il s'en doutait, mais il voulait une confirmation.
Un coup à la porte se fit soudain entendre avant que je n'ai pu dire quoi que ce soit.
C'est Jacob qui répondit à une Carmen qui tremblait derrière le battant.
- Alors ? Souffla-t-elle d'une voix mal assurée.
Je jetais un coup d'œil à Bella qui n'avait pas bougé au milieu de la pièce. Elle nous tournait le dos et ne semblait pas vouloir parler. Je pris donc les choses en main.
- Aro … Aro est décédé i heures … il a eu une attaque cérébrale …
Carmen porta ses mains à sa bouche et sursauta face à la nouvelle.
Cette femme avait accompagné Aro durant de nombreuses années. La mort de son patron devait représenter un choc terrible pour elle.
Jacob de son côté ferma les yeux et se détourna un instant.
Aro était un homme directif, un tirant parfois mais ses employés l'appréciait. Il était ce patron toujours bougon mais juste. Il voulait du bon travail et savait récompenser ceux qui le méritaient.
C'était une grande perte, pour tout le monde.
Je laissais les deux employés se remettre du choc.
- Marcus ? Demanda Carmen en s'essuyant les yeux. Comment va-t-il ?
- Il est anéanti bien sûr … nous allons devoir organiser les obsèques et toute la paperasse mais … il m'a chargé … enfin nous a chargé de mettre les employés … au courant.
Carmen hocha la tête et Jacob se retourna. Il avait le visage fermé mais ses yeux brillant montraient que la nouvelle le touchait profondément.
Il jeta un regard à Bella toujours immobile. Ses yeux se portèrent ensuite sur moi et je secouai la tête en signe d'impuissance. Il comprit et ne prononça pas un seul mot.
- Il va falloir prévenir les employés, le conseil d'administration …
Il fut coupé net dans sa lancée par Bella qui se tourna vers nous.
- Convoquez le conseil d'administration le plus vite possible, dans une heure. Organisez ensuite une conférence de presse. Faites parvenir à tous les employés un mot pour les prévenir que la compagnie tournera au ralentit dans les prochains jours. Nous ferons parvenir à tous la date exacte de l'enterrement. La cérémonie à l'église sera intime mais une autre sera organisée à l'extérieure pour un dernier adieu.
Sa voix morne mais ferme, se brisa au dernier mot et elle dut se taire pour se reprendre. Elle ferma les yeux puis les rouvrit le regard dans le vide.
- Aucune décision concernant la compagnie ne sera prise dans les jours à venir.
Elle voulait sans aucun doute parler des parts d'Aro dans la compagnie. Vu la place qu'il occupait, il devait avoir un testament chez son avocat.
Je comprenais Bella, parler de ces détails pratiques était pour l'instant hors de propos. Le corps d'Aro était encore chaud, il n'était même pas encore enterré.
Jacob et Carmen hochèrent la tête.
Bella fit un signe de la main comme pour les congédier mais je retins Jacob.
- Essayez de contacter Maria, dîtes lui de venir de toute urgence.
Il acquiesça et sortit de la pièce, suivit de près par Carmen.
En reportant mon attention sur Bella, je la vis s'approcher de la fenêtre et contempler le vide sous ses pieds.
- Mort pour le pouvoir …
Les mots lugubres qu'elle lança me donnèrent des frissons. Dans un élan, je m'approchais d'elle et me mis à sa hauteur.
Ses yeux étaient brumeux, comme perdus dans le vide qu'elle ressentait. Même en la touchant je savais que je ne parviendrais pas à l'atteindre.
- Il est mort par cupidité … comme Dimitri …
- Aro et Dimitri sont morts à cause d'un détraqué qui a cru que sa naissance déterminé forcément sa place dans le monde … Ils n'y étaient pour rien … tu n'y es pour rien Bella.
J'aurais voulu lui faire comprendre que Caius était le seul responsable, qu'elle était seulement une victime dans cette affaire. Je voulais la serrer contre moi et l'aider à surmonter son chagrin.
- Nous aurions été plus heureux sans ça …
Elle eut un geste vers les bureaux mais je savais ce qu'elle désignait vraiment. La compagnie.
- Elle a été leurs pertes … et elle sera la mienne …
Elle parlait de la compagnie comme d'une personne, comme si elle avait sa propre volonté et qu'elle aussi avait voulu ce que Caius avait fait. Mais je savais que cette société bien que le motif de la furie meurtrière de l'enfant illégitime de Dimitri Sénior, n'était en fait qu'un prétexte.
- Elle n'a que l'importance que tu lui donnes Bella.
Elle haussa les épaules et une larme coula le long de sa joue.
- Notre seul but ces dernières années a été de faire du chiffre … de l'argent toujours plus d'argent … à quoi cela m'a –t-il mené ?
- Tu ne peux pas te mentir à toi-même … nous savons tous les deux que tu aimes ton rôle ici, tu aimes ce que tu fais … sauf que tu n'as jamais appris à faire la part des choses … tu es à la tête d'un empire certes, mais la compagnie n'est pas ta vie.
Je la savais septique, elle ne me croyait pas. Elle préférait observer sans vraiment le voir le paysage derrière la fenêtre.
La voir si démunie et surtout si perdue, me faisait mal. Elle ne me regardait pas, ne s'intéressait pas plus à ce qu'elle voyait au dehors.
- Il est parti … il … il est parti …
Elle parlait d'Aro bien sûr. C'était comme si elle tentait de se convaincre elle-même de ce qui venait d'arriver.
Ne pouvant m'en empêcher, je portais ma main à son visage et la posais délicatement sur sa joue.
Quand ses prunelles se posèrent sur moi, je lui souris doucement mais elle se détourna rapidement.
Un coup sur la porte, m'obligea à m'écarter d'elle. Je me relevais et me tournais vers le battant qui s'ouvrit sur Jacob.
Tout était organisé.
Le conseil d'administration était entrain de se réunir. Nous allions devoir lâcher la bombe.
- Maria est là.
Il fit entrer une petite femme d'une cinquantaine d'années, qui parut hésitante tout d'abord face à la situation.
Elle posa son matériel sur le bureau de Bella et se tourna vers la PDG qui ne semblait pas décidée à se tourner vers nous. Je m'accroupis de nouveau près d'elle et souffler doucement afin qu'elle soit la seule à m'entendre.
- Bella … Maria est là pour te préparer … je sais à quel point les apparences sont importantes pour toi …
Elle parut prendre mes paroles en considération avant d'hocher la tête.
Maria s'approcha d'elle avec son matériel.
Il lui fallut 20 minutes pour lui composer un maquillage qui cachait ses profondes cernes, son front plissé et son teint blafard. La maquilleuse avait réussi à la rendre exactement celle qu'elle avait toujours été. Une PDG de renom, inaccessible, belle à en tomber sûre d'elle et surtout froide.
J'avais presque l'impression de me retrouver devant la Bella vengeresse dont j'avais eu le droit plusieurs mois en arrière. Mais je savais qu'il n'en était rien.
Quand elle m'avait trainé devant les tribunaux, à aucun moment je ne l'avais vu ébranlée, hors à cet instant ses mains tremblaient.
Quand Maria sortit de la pièce et que je me retrouvais seul avec elle, je lui attrapais les mains et relevais son menton pour qu'elle me regarde dans les yeux.
- Je suis là, je ne te lâche pas …
Elle hocha la tête après un bref instant d'hésitation.
- Pour l'instant …, chuchota-t-elle en se détournant.
Je n'eus pas le temps de lui répondre que Jacob toquait à la porte et nous signalait que le conseil d'administration était au grand complet dans la salle de conférence.
Bella parut reprendre ses esprits et souffla un bon coup avant de s'avancer vers la porte. Comme il était hors de question que je la lâche d'une semelle, je le lui avais promis, je la suivis sans un mot.
C'est Jacob qui prit les rennes de son fauteuil. J'ouvris la porte de la salle et il poussa Bella.
Quand l'assistant passa devant moi, il me jeta un coup d'œil et je compris que nous pensions à la même chose.
Bella allait devoir se montrer forte pour annoncer au monde entier ce qu'elle-même n'arrivait pas à accepter.
PDV Bella
Leurs yeux sur moi étaient un véritable supplice.
Je les voyais me détailler, me fixer et tirer les conclusions qui s'imposaient. Je les entendais chuchoter entre eux et se demander pourquoi je me trouvais là.
Trois mois que j'étais loin de tout ça, enfermée dans cette chambre d'hôpital.
Mon retour n'avait pas été annoncé et il avait déjà été convenu qu'il ne serait pas pour tout de suite.
Hors je me trouvais là devant eux aujourd'hui.
J'ignorais dans quelle mesure les gens savaient.
Je n'avais pas posé la question mais j'allais devoir les éclairer maintenant. Marcus n'était pas en état de le faire.
Mon cœur au fond de moi saignait. J'avais l'impression qu'il s'était brisé et que maintenant il battait péniblement. J'avais si mal, la seule chose que je voulais en cet instant, c'était me rouler en boule et ne plus jamais relever la tête.
Comment allais-je m'en sortir ?
J'étais terrorisée. Je sentais près de moi, la présence forte et rassurante de mon Edward mais combien de temps avant que le ciel ne me l'arrache ? Combien de temps avant que mes enfants ne me laissent eux aussi ?
Les visages de mes filles étaient omniprésents. J'avais besoin d'elles mais pour l'instant je savais que les retrouver n'était pas une bonne idée.
Pas dans cet état. Je m'étais promis de ne plus me reposer sur elles et j'allais tenir cette promesse. Elles n'avaient pas à porter mon chagrin. Ce n'était pas leur fardeau. Mais le mien.
Dans cette salle, pleine de monde, les trente hommes du conseil me regardaient et attendaient que je parle enfin.
Pour la première fois, le fauteuil roulant sur lequel j'étais installée était le bienvenu. Je savais que mes jambes ne pourraient me porter.
J'avais trop mal.
Les hommes me fixaient en silence.
Je ne pouvais pas craquer, je ne le devais pas.
- Si je vous ai réunis aussi vite, c'est … qu'un évènement s'est produit.
Si j'avais au moins gagné sur un point, c'est que ma voix était forte et dure exactement comme je la voulais.
- Aro … est décédé des suites de ces blessures il y a quelques heures …
Ma déclaration avait provoqué un silence de mort et des regards choqué de l'ensemble des hommes autour de moi.
Le bon sens aurait voulu que je développe, que j'explique avec plus de détails mais je n'en avais pas la force. Les dernières que j'avais puisées au plus profond de moi-même, venaient de voler en éclat.
Je n'y arriverais pas. J'aurais dû laisser Edward gérer la situation et non m'entêter à vouloir m'en occuper moi-même.
Une main sur mon épaule me ramena à l'instant présent et je levais les yeux vers mon Edward.
Ce que je lis dans ses yeux me soulagea quelque peu. Il était là en ce moment et je savais qu'à l'heure actuelle, il n'irait nulle part.
- Aro Philips a été victime d'une attaque cérébrale dû à un caillot qui s'est logé dans son cerveau, reprit-il moins durement que moi et de manière plus posée. Au vu des circonstances, vous comprendrez que ni Madame Voltury, ni son frère Marcus ne sont en état d'occuper leurs postes respectifs durant les jours qui suivront.
« En sa qualité de Présidente Directrice Générale, Madame Voltury ordonne le ralentissement de la compagnie durant les jours à venir. Des décisions seront prises en temps et en heures mais pour le moment, le plus important pour les proches d'Aro Philips est de l'enterrer de manière décente et que chacun l'ayant connu puisse lui rendre hommage une dernière fois.
« Nous avons donné l'ordre de faire parvenir à chacun un communiqué pour prévenir les employés, les investisseurs mais également les nombreux collaborateurs de la compagnie. Chacun comprendra que pour sa famille, les prochains jours seront une épreuve.
« Nous avons réuni un communiqué de presse qui aura lieu d'ici une heure. Bien entendu nous vous tiendrons au courant des éventuelles décisions que Madame Voltury et Marcus Philips prendront.
Edward n'avait pas cillé et avait résumé ce que j'avais à dire à ces hommes. Je serrais sa main très fortement pour lui faire comprendre à quel point j'en étais reconnaissante.
Il débloqua mon fauteuil et me fit sortir de la pièce sans rien ajouter.
Les heures qui suivirent passèrent dans un brouillard total pour moi. Edward avait pris les choses complétement en main et je lui laissais gérer ce que j'étais incapable de faire.
Je restais près de lui, le regard dans le vide me détachant de cet endroit pour oublier.
J'avais l'impression d'être anesthésiée mais au moins la douleur dans ma poitrine était gérable ainsi. Au plus je me retirais loin de la réalité au moins je souffrais et j'en étais presque heureuse.
Quand je repris peu à peu pied, nous n'étions plus à la compagnie mais devant chez Esmée et Carlisle.
En voyant les murs de la bâtisse, la douleur revint en flèche et je compris que j'allais devoir affronter une nouvelle épreuve.
Charlotte et Lise.
Il était nécessaire de les mettre au courant de la mort d'Aro.
Comment expliquer à des enfants de 8 et 4 ans que l'oncle un peu bourrus mais qui était là depuis leurs plus jeune âge, ne reviendrait jamais car il avait rejoint leur papa au ciel ?
Edward m'aida à descendre de voiture et il me poussa vers l'entrée.
Pourtant avant d'ouvrir la porte, il s'agenouilla devant moi.
- Bella … souffla-t-il, les filles …
Incapable de dire quoi que ce soit j'hochais la tête pour lui signifier que j'avais compris. Comment affronter mes filles alors que j'étais moi-même incapable d'accepter l'inacceptable ?
Je détournais le regard pour éviter qu'il ne lise en moi.
Il resta accroupi quelques instants de plus avant de pousser la porte et de nous faire entrer à l'intérieur.
Je devais me reprendre, puiser mes dernières forces pour mes filles. Il fallait que je tienne cette promesse faîte à moi-même plusieurs mois auparavant. Elles n'avaient pas à porter mon fardeau. Plus jamais.
Nous pénétrâmes dans le salon, ou Carlisle était assis par terre entrain de jouer avec une Charlotte au visage éteint.
Esmée était assise sur le canapé, Lise sur ses genoux. Elle semblait la bercer exactement comme l'aurait fait une grand-mère. Comme aurait dû le faire ma mère si elle était toujours là.
Au bruit que provoqua notre entrée, quatre paires d'œil se retournèrent.
Charlotte se leva et Lise descendit des genoux d'Esmée pour s'approcher de sa grande sœur.
Lors de leur appel du matin, j'avais rassuré mes filles comme je l'avais pu mais Esmée avait été obligé de leur avouer qu'Aro avait été blessé pour expliquer mon absence et celle de Kiara et d'Edward.
Je leur avais promis de venir dès que je pourrais.
Elles étaient très inquiètes pour mon associé, leurs petits visages crispés le prouvaient.
- Maman ? Appela Lise, les traits plein d'espoir.
Mon regard navigua de Charlotte à Lise et de Lise à Charlotte.
- Je ne peux pas … soufflai-je au bord de la crise de nerf une nouvelle fois.
Je ne voulais pas les voir tristes. Je ne pourrais pas supporter d'être témoin de leurs larmes et de leurs chagrins alors que je n'arrivais pas à gérer mes propres émotions.
Une nouvelle fois Edward posa sa main sur mon épaule et tenta de me calmer par sa seule présence.
Mon dieu que j'aimais cet homme. Il était là, représenté pour moi ce pilier dont j'avais été si longtemps privé. Mais comment supporter que je sois de nouveau entrain de m'appuyer sur quelqu'un pour survivre ?
Pour le moment je ne me posais pas la question. Il était là et j'avais infiniment besoin de lui.
- Les filles … nous avons quelque chose à vous dire …, leur lança-t-il d'une voix douce et rassurante qui me donna la chair de poule rien que de l'entendre.
Mes filles se regardèrent un instant avant de fixer Carlisle puis Esmée. Edward poussa mon fauteuil pour que je me retrouve près d'elle et il s'accroupit à mes côtés pour de nouveau me prendre la main.
Les filles restèrent à leur place et de leurs yeux larmoyants, elles nous fixaient attendant que nous leur révélions pourquoi nous avions l'air si triste.
Incapable de formuler un seul mot, je préférais leur tendre les bras pour pouvoir les serrer contre moi.
Charlotte me regarda presque horrifiée face à mon visage décomposé alors que Lise s'avança presque en courant pour se blottir contre mon torse. Je la sentis tressauter bien avant d'entendre ses sanglots.
Edward lui caressa les cheveux et tendit le bras à Charlotte qui refusait toujours d'avancer.
- Il … est … mort ? Demanda mon aînée la lèvre tremblante. Il a rejoint papa ?
- Oui mon ange, Aro a rejoint ton papa …
- On le verra plus ? Souffla Lise en s'écartant pour me fixer de ses grands yeux gris si semblable à ceux de son père.
Une énorme boule me monta le long de la gorge et de nouveau je fus incapable de lui répondre. Mais elle attendait que je lui confirme ses doutes, alors j'hochai difficilement la tête, alors qu'une larme intempestive que j'avais pourtant essayé de retenir, m'échappa.
- Mais pourquoi ?
La notion de mort ne devait pas être claire pour cette enfant de 4 ans seulement. Ce n'était encore qu'un bébé et elle devait affronter ce chagrin que même les adultes avaient du mal à comprendre.
Elle tenta d'obtenir son explication près d'Edward mais il était aussi impuissant que moi.
Sa question avait des réponses bien sûr mais pas pour une enfant de son âge.
- Mais je veux pas moi …, s'exclama-t-elle en serrant les points de colère.
- Papa non plus il voulait pas, Lise et pourtant il est parti quand même. C'est ça quand on meurt, on revient pas … jamais ! Expliqua Charlotte le visage baigné par les larmes.
Esmée juste à son côté, la prit dans ses bras et ma fille se laissa aller, pleurant son chagrin, essayant de comprendre. Edward s'approcha de moi et ses bras s'enroulèrent autour de Lise et de moi.
J'ignorais combien de temps nous restâmes ainsi à les bercer.
Lise finit par être épuisée par tous ces sanglots et elle s'endormit contre moi.
Je laissais à Edward le soin d'aller la coucher. Carlisle les suivit.
M'approchant doucement de Charlotte toujours avec Esmée, j'échangeais un regard avec la mère de famille et posais la main sur la tête de ma fille.
Elle releva la tête vers moi et me fixa droit dans les yeux.
- J'ai peur maman … souffla sa voix fluette.
- De … quoi ?
- De te perdre.
Je restai un moment interdite face à sa clairvoyance et son esprit d'analyse.
Charlotte était jeune, ce n'était qu'une enfant. Je refusais qu'elle porte ce poids avec moi, comme Kiara l'avait porté avant elle.
Ce n'était pas juste pour elle.
- Tu ne me perdras pas …
Elle ne me croyait pas, je le lisais très bien sur ses traits. Elle lâcha Esmée pour venir se serrer contre moi mais je restais choquée par ce qu'elle venait de m'avouer.
- Tu veux quelque chose à boire Charlotte ?
La petite fille hésita un moment avant d'hocher la tête et de demander un verre d'eau.
Esmée lui ramena un plateau avec un verre et des gâteaux seulement quelques minutes plus tard.
Bien entendu la nourriture fut délaissée et je fronçais les sourcils. Elle devait se nourrir, c'était important.
Montrant l'exemple, je pris un cookie fait maison et croquais dedans. La gourmandise devait être très bonne mais je ne parvins pas à en capter le goût. Je voulais seulement que Charlotte cesse de s'inquiéter et mange quelque chose.
Mon stratagème fonctionna puisqu'elle finit par prendre un biscuit et par croquer dedans. Elle avait les yeux dans le vide et ne semblait pas vraiment savourer ce qu'elle mangeait mais au moins elle avait quelque chose dans l'estomac.
- Mamie Esmée ? Murmura ma fille après quelques instants de silence.
Je souris brièvement au mot mamie qu'elle adressa à la mère d'Edward. J'aimais ce lien que mes enfants tissaient avec ses deux personnes formidables.
- Oui ma chérie ?
- Je peux allez me servir un autre verre d'eau ?
- Bien sûr mon cœur, vas-y.
Ma fille me regarda tristement avant de s'éclipser.
Je me retrouvais donc seule avec Esmée qui avait l'air indécise sur ce qu'il fallait dire.
- Bella …
- Je sais Esmée.
Je n'avais pas besoin d'entendre les condoléances ou les excuses. J'allais devoir les affronter encore et encore dans les prochains jours. Je n'étais pas certaine d'en avoir la force.
- Puis je vous demander un service ? Lui demandai-je doucement après avoir repris mon souffle.
- Bien sûr.
- Pouvez-vous prendre soin des filles dans les prochains jours … je ne serais … elles n'ont pas à assister à ça …
Je frissonnais à ce qui se passerait sans aucun doute si elles restaient avec moi. J'étais à peine capable de tenir debout au sens figuré du terme. Il fallait que je préserve mes enfants.
Kiara refuserait tout nette de se tenir éloigner et je ne pourrais pas l'en empêcher pas plus qu'Edward mais pour Charlotte et Lise je pouvais encore faire quelque chose.
Comme je regardais le sol et non Esmée, je ne la vis pas s'approcher de moi et poser sa main sur les miennes. Je relevais la tête et plongeais dans ses prunelles si semblables à celle de son fils.
- Bien sûr que je vais prendre soin de vos enfants … je suis de tout cœur avec vous Bella … vraiment …
J'hochai la tête la lèvre tremblante préférant éviter de penser à ce qu'elle me disait. Charlotte n'allait pas tarder à revenir, je ne voulais pas qu'elle me voit craquer.
PDV Edward
Après avoir couché une Lise complétement épuisée par les larmes qu'elle avait versé, je refermais doucement la porte afin d'éviter de la réveiller.
Tout comme le jour où elle s'était effondrée à l'hôpital pour voir sa maman, elle avait pleuré et libérait son chagrin comme n'importe quel enfant de son âge. Je n'avais pas l'impression qu'elle comprenait vraiment ce que la mort signifiait, mais le sentiment de perte était bien présent dans son esprit.
Elle n'avait jamais connu son père et se vide en elle était un poids qu'elle portait sur ses frêles épaules et voilà qu'on lui disait qu'Aro ne reviendrait plus non plus.
Après les mois qu'elle venait de passer loin de sa mère, c'était trop pour elle.
Je fermais brièvement les yeux appuyant ma tête contre le battant pour reprendre mon souffle.
Me pinçant l'arête du nez, je tentais de me calmer.
J'avais mal de voir ses enfants souffrir, de voir Bella s'éloigner sans que je ne puisse rien faire.
- Je suis là mon fils …
Carlisle me prit dans ses bras et je me laissais aller contre lui, craquant à mon tour loin de tout regard indiscret.
Une pression sur mon cou et je le sentis m'entrainer vers une direction.
Son bureau.
Je n'avais pas besoin d'ouvrir les yeux pour reconnaître cet endroit si chaleureux et pourtant très studieux qu'était l'antre de mon père.
S'arrêtant juste le temps de fermer la porte, il me reprit dans ses bras et je me laissais aller me demandant vraiment comment j'allais pouvoir m'en sortir.
- Je vais la perdre papa, nous allons la perdre …
Il savait de qui je voulais parler bien sûr. Il avait appris à connaître Bella depuis le temps qu'il la soignait. Il savait à quel point elle était fragile.
- Bella est forte Edward …
- Pas assez … pas après ce qu'elle vient de vivre …
Je m'écartais de lui et commençais à arpenter le sol de son bureau, la tête dans mes mains.
- Edward regarde-moi mon fils …
J'obtempérais et plongeais dans l'océan bleu de ces yeux.
Il avait toujours eu le don depuis mon plus jeune âge de me rassurer et de m'insuffler la force dont j'avais besoin. Cette fois ci, ne dérogeait pas à la règle.
- Vous allez vous en sortir … elle va s'en sortir. Avec beaucoup d'aide mais je te jure que ni moi, ni ta mère ni même tes frères et sœurs, nous vous abandonnerons. Nous n'allons pas vous lâcher. La famille est faîte pour ça.
Je le croyais. Ils seraient là pour nous. Ma famille était comme ça, ils n'abandonnaient jamais. Mais serait-ce suffisant pour Bella ?
- Et Bella papa ?
Il réfléchit quelques instants et parut réfléchir à sa réponse.
- Elle va avoir besoin d'aide Edward. Et je ne parle pas seulement de la nôtre, de la tienne surtout. Il va falloir qu'elle se fasse aider non seulement pour ce qui vient d'arriver mais aussi pour tout ce qu'elle a vécu dans sa vie. Elle aurait dû commencer une thérapie il y a des années. Il va falloir que tu sois fort Edward parce que ça risque d'être une étape très très longue pour elle comme pour toi. « Longue mais dure aussi. Il est nécessaire qu'elle extériorise ses démons et qu'elle cesse de se sentir coupable d'être toujours là. Il faut qu'elle comprenne qu'elle ne pourra jamais obtenir de réponse à sa question pourquoi eux et pas elle.
« Ses terreurs tapies au fond d'elle sont présentes depuis son plus jeune âge. Elles ont fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui.
- Elle ne pourra jamais vraiment guérir n'est-ce pas ?
Ma question n'admettait pas vraiment de réponse. Je le sentais tout simplement.
Mon père secoua la tête, les lèvres pincées.
- Non, jamais complètement. Mais elle peut apprendre à vivre avec Edward et non à survivre comme elle l'a toujours fait. Je ne suis pas psychologue mais à mon avis ce dont elle a besoin aujourd'hui, c'est d'amour, d'attention et surtout d'un but. Il est nécessaire qu'elle trouve un sens à sa vie …
Je me mis à penser au sens des paroles de mon père.
C'était toute sa vie qu'elle allait devoir mettre au grand jour pour pouvoir enfin vivre de manière presque normale. Etait-elle prête alors qu'un nouvel obstacle venait de tomber en travers de sa route ?
Je n'en étais pas certain mais aussi longtemps qu'elle m'accepterait à ses côtés, je serais là auprès d'elle pour la ramasser lors de ces chutes.
Je serais là pour elle mais également pour les enfants.
Mes enfants.
Alors vos avis ?
Il me tarde de les connaître !
Pour le prochain chapitre l'enterrement … normalement il sera posté dans 15 jours ..
Bonnes semaines à vous !
