Chapitre 2 : Cicatrices

Nick et Judy quittèrent la clinique deux heures plus tard, en fin d'après-midi. Les urgences étaient toujours bondées dans ce quartier, à croire que la plupart des mammifères vivant dans la périphérie de Savannah Central se faisaient une spécialité de se trancher un doigt ou de s'électrocuter, histoire de garder les urgentistes occupés à chaque moment du jour et de la nuit. Au milieu du balai incessant des interventions diverses et variées, toutes consécutives des petits tracas de la vie quotidienne, on s'était finalement occupé de la jambe de Judy. Un nettoyage appliqué de la plaie, quelques points de suture, un bandage serré, une prescription d'antidouleurs, d'antibiotiques, de quoi renouveler le pansement, et lapin comme renard étaient éconduits avec efficacité vers la sortie, afin de libérer l'espace de travail des médecins et infirmières débordés.

« Plutôt terrifiante cette clinique, pas vrai ? » demanda Nick en lançant un regard légèrement médusé par-dessus son épaule. Il n'avait jamais vraiment aimé les hôpitaux, de manière générale… Et celui-ci tournait comme une usine un jour de forte production.

« Terrifiante, c'est le mot… » répondit Judy en ricanant. « Qu'y a-t-il, Wilde ? On a peur des piqures ? Le méchant docteur ne t'a pas donné ta sucette à la myrtille alors que tu avais été bien sage ? »

Nick reporta son attention vers elle, la toisant du regard en redressant un sourcil, incrédule. Décidemment, la lapine se montrait de plus en plus taquine, ce qui n'était pas pour lui déplaire. « Disons simplement qu'il y a certains endroits qui ont tendance à me mettre mal à l'aise. Les hôpitaux en font partie. C'est censé être un endroit où on soigne les gens, mais techniquement, il n'y a que les malades qui y vont, pas vrai ? Quel meilleur endroit pour attraper une cochonnerie qu'un hôpital, de fait ? Je n'aime pas les paradoxes. »

« Oh ! Si tu étais si effrayé, tu n'avais qu'à m'attendre dehors… Je ne me serais pas formalisée. » répondit Judy en haussant les épaules, prenant la réponse de Nick avec plus de sérieux qu'il ne l'aurait fallu.

Le renard poussa un petit rire face à l'affectation sincère qu'affichait son amie, avant de passer un bras autour de son épaule. « Mais comment aurais-tu pu atteindre les soins sans mon soutien indéfectible, autant moral que physique ? J'ai été plus que ravis de te servir de béquille au cours des dernières heures, crois le bien… Mais mon dos est soulagé de te voir à nouveau capable de te servir de tes deux pattes. »

« Dis tout de suite que je suis lourde ! » s'offusqua Judy.

« Ah ! Je ne l'ai pas dit ! Mais si tu tiens tant que ça à aborder le sujet… »

La réflexion lui valut un regard de reproche, aussi sombre que désapprobateur. Judy croisa les bras avant de taper nerveusement au sol de sa bonne patte. « Finalement, je crois que je vais dormir dans le camion… Je te trouve d'une compagnie de plus en plus médiocre ! »

Nick se plaqua une main contre le cœur, feignant une affectation coupable, tout en affichant une mimique peinée. « Tes mots me blessent, Carotte ! Comment pourrais-je me regarder encore dans une glace, à présent ? Je suis un méchant, méchant renard. » Il fit une légère pause pour jauger de la réaction de Judy face à cette démonstration théâtrale de fausse culpabilité. La lapine ne pouvait contenir la naissance d'un petit rictus amusé, ce qui sembla satisfaire l'auteur de cette tragi-comédie.

« Allez, d'accord, je te pardonne. Encore une fois. » finit-elle par déclarer en levant les yeux au ciel, et en prenant un air princier des plus magnanimes. « Mais n'abuse pas des privilèges que je t'accorde. »

« Oh, je n'en abuserai pas… » répondit Nick d'un ton rieur. « Je vais juste en tester les limites. »

« Tu risques de ne pas aimer ce que tu trouveras si jamais tu viens à les franchir, crois-moi. »

« Ah ? J'ai droit à un indice. »

« Oh, bien sûr. Il sont quatre, et font très mal quand je les rassemble sous la forme d'un poing. »

Ajoutant le geste à la parole, elle redressa sa petite patte serrée en un poing qui tremblait légèrement sous la pression exercée. Nick avala à sec. Il avait déjà expérimenté la force insoupçonnée de Judy à plusieurs reprises, et elle lui en avait pourtant fait profiter de façon non intentionnelle. Il redoutait un peu d'y goûter si elle y mettait réellement du sien. De fait, il se contenta d'acquiescer.

« Je garderai ça en mémoire. » conclut-il avant de commencer à avancer, tendant son bras pour inviter Judy à le suivre. « Allons faire quelques courses avant de nous rendre chez moi… Je crains de ne pas avoir grand-chose qui puisse te satisfaire dans mon frigo. »

« Je suis déjà rassurée à l'idée de savoir que tu as un frigo. Je n'avais même pas ce luxe dans mon ancien appartement. »

Nick se figea un instant à cette réflexion, avant de tourner vers elle un regard un peu désabusé.

« Pas de frigo ? Sérieusement ? »

« Ni de salle de bain… Douche et sanitaire en commun sur le parvis de l'étage… Eau chaude payante. La propriétaire avait mis en place une sorte de parcmètre qui délivrait deux galons d'eau chaude pour deux dollars… Heureusement que j'ai de l'expérience dans la prise de douche rapide… Mais plusieurs fois, je n'avais pas de monnaie, alors… Douche froide gratuite ! Hey, ça donne du tonus de bon matin. »

Le renard restait subjugué par le positivisme affirmé de Judy face à l'absence de confort et de qualité du logement dans lequel elle avait résidé pendant plusieurs mois… Soit elle n'avait vraiment aucune conscience de ce que le confort d'un appartement pouvait réserver (ce qui était inquiétant par rapport à son vécu antérieur), soit elle était un roc émotionnel, capable de voir le positif dans n'importe quelle situation… Peu importait l'option qui s'imposait. En soi, il ne pouvait qu'être admiratif.

« Tu es une dure à cuire, Carotte. C'est le moins qu'on puisse dire. » statua-t-il d'un air admiratif. Cela lui valut un sourire gratifiant de la part de Judy, qui disparut bien rapidement lorsqu'il ne put s'empêcher d'enchaîner sur un petit tacle bien senti. « Enfin, sauf quand tu cèdes à tes émois de lagomorphe et que tu inondes ma chemise de larmes et de mucus… »

« Tu t'approches très dangereusement de la fameuse limite, Nick… » bredouilla-t-elle d'un air furieux.

Le renard haussa les épaules avant de reprendre : « Allez, ne t'en fais pas. Pourquoi penses-tu que je porte une chemise verte, hmmm ? C'est justement pour me prémunir des tâches issues des petits museaux tout mignons des lapines désespérées qui viennent chercher du réconfort au creux de mes bras aimants. »

Judy fit volte-face d'un geste brusque, se redressant du mieux qu'elle pouvait pour lui faire face soudainement. Si Nick n'avait pas marqué l'arrêt par réflexe, leurs museaux seraient entrés en collision. Non pas que cela m'aurait dérangé, remarqua le renard avant d'écarquiller les yeux face à cette idée saugrenue.

« Écoute-moi bien, fichu renard ! Ne dis pas que je suis mignonne ! Que ce soit moi ou une partie de mon anatomie ! »

« Heu… Pourquoi ça ? »

« C'est de la discrimination ! » répondit-elle d'un ton effaré, comme si cette explication tenait de l'évidence.

« Un compliment tient de la discrimination pour vous, les lapins ? »

« Ton argument serait valable si tu avais fait usage du mot en tant que compliment sincère, ce qui n'était pas le cas. Comme tout le monde, tu en as usé pour me mettre au même niveau qu'une… qu'une vulgaire peluche, ou je ne sais quoi ! »

Les sourcils toujours froncés, elle laissa néanmoins retomber la tension de son corps, redescendant sur la plante de ses pieds. L'action avait relancé la douleur dans son mollet. Pas malin. Elle détourna le regard et croisa les bras, la mine coléreuse. « Les lapins sont toujours vus comme des petits mammifères mignons et inoffensifs, un peu débiles et qui sont juste bon à être câlinés… Et à se câliner entre eux, histoire de prolonger leur expansion démographique délirante. Je ne dis pas que c'est forcément faux, même si c'est très stéréotypé. Il y a même pas mal de lapins qui revendiquent cette image. Grand bien leur fasse ! Mais moi, j'ai lutté toute ma vie pour échapper à ces stéréotypes… Et malgré tout, on ne me prend jamais au sérieux ! »

« Allons, allons… » tempéra Nick, essayant de ramener la situation au calme. « Tu fais beaucoup d'histoires pour un simple mot… »

« Peut-être… Mais ce mot symbolise tout ce qui fait que ma vie a été si compliquée jusqu'à aujourd'hui… Et le sera sans doute encore. Pareil pour toi : tous les renards sont-ils des truands malhonnêtes, des arnaqueurs indignes de confiance ? Tu sais bien que c'est faux… »

« Peu de gens pensent comme toi, Carotte. » la corrigea Nick en détournant le regard, l'air un peu piteux.

« Oui, mais si on ne lutte pas pour essayer de les faire changer d'avis, alors ces stéréotypes perdureront. Et ça passe par de simples mots, Nick. Ne dis plus que je suis mignonne, d'accord ? »

« Même si je le pense sincèrement ? »

A cette question posée sur le ton de la sincérité la plus totale, Judy resta interdite. Elle redressa la tête pour plonger son regard dans les yeux énigmatiques de son interlocuteur vulpin. Leur éclat vert émeraude avait quelque chose d'hypnotique, et au-delà de la malice qu'ils exprimaient, elle crut lire une affectation sincère. Sans réellement comprendre pourquoi, elle sentit sa chaleur corporelle augmenter, et ses oreilles rougir. Elle resta muette pendant quelques secondes, tout comme lui. Visiblement, la question n'avait pas été posée pour la provoquer ou pour tester ses limites… Elle était indubitablement sincère.

« C'est… C'est si important pour toi d'avoir à me dire ce… ce genre de choses ? » demanda-t-elle d'une voix un peu éperdue.

La question sembla prendre Nick à contrepieds, et pendant un instant il se demanda s'il y avait vraiment une bonne manière d'y répondre. Finalement, il secoua la tête avant de pousser un soupir.

« Très bien, Carotte. Si tu ne veux pas que j'emploie le mot en « M », alors je n'emploierai plus le mot en « M ». Sauf pour t'embêter un peu. »

Judy retrouva un peu ses esprits, et poussa un léger rire. « Comme tu te montres si raisonnable, et juste parce que c'est toi… Je te donne droit à un forfait de cinq emplois du mot en « M » par semaines. Ça t'évitera de t'user la langue dessus, et de trop m'enquiquiner. »

Juste parce que c'est moi, hmmm ? Nick se demandait ce qu'elle pouvait vouloir sous-entendre par-là mais se refusa à creuser la question. « Tu ne peux pas réglementer ma verve acide. Mon moulin à vannes ne fonctionne pas sur commande. » se plaignit-il finalement en reprenant la route, Judy à ses côtés.

« Je suis persuadée que tu sauras faire preuve de self-control. Tu sais, ce genre d'abus n'est bon ni pour toi, ni pour les autres. »

« Oh ! Te voilà docteur de la parole maintenant. C'est merveilleux, docteur Carotte ! Dites-nous tout des cas de plaisanteries aggravées. Que peut-on faire pour guérir ce pauvre Nick Wilde ? »

« Je lui suggère de trouver d'autres usages à faire de sa bouche que de déblatérer des stupidités à longueur de journée. »

Nick redressa un sourcil et tourna vers elle un regard à la fois taquin et charmeur, qu'elle ne manqua pas de saisir au vol. « Ah oui ? Et quel genre d'usage devrais-je en faire, selon toi ? ».

Cette fois, ce ne fut pas une légère vague de chaleur qui traversa le corps de Judy. Elle se sentit bouillonner, littéralement. Au point que ses oreilles s'aplatirent dans son dos, et qu'elle se retrouva à pousser plusieurs petits soupirs incontrôlables afin d'évacuer la pression, tant bien que mal.

Nick écarquilla les yeux… La chaleur dégagée par Judy s'était vue accompagnée d'un dégagement olfactif bien particulier, qu'il n'avait jamais perçu chez elle auparavant. L'odorat du renard étant des plus développés, il s'était acclimaté aux différentes variations d'odeurs que générait la lapine, depuis qu'il avait fait sa rencontre, et qui fluctuait au gré de ses états émotionnels. Jamais encore il n'avait senti quelque chose d'aussi fort et enivrant que les vapeurs olfactives qu'elle dégageait actuellement. Il se sentit lui-même rougir et détourna les yeux en avalant à sec.

Les deux mammifères poursuivirent leur route côte à côte, en silence, pendant quelques minutes. Judy n'osait plus trop tourner la tête vers Nick, par peur de croiser à nouveau son regard et de se retrouvée submergée par une nouvelle vague suffocante. Elle n'aurait pas dû se sentir ainsi en compagnie de son ami, elle le savait bien. Rien ne justifiait un tel état. Nick était Nick et sortait ses blagues à la Nick, comme d'habitude… Il était ridicule de se laisser ainsi affecter pour si peu. Oui, elle le savait bien… Mais depuis leurs retrouvailles émouvantes de la fin de matinée, elle n'arrivait plus à se contrôler et cette sensation, si elle était déstabilisante, n'en demeurait pas moins grisante. Pour rien au monde elle n'aurait cherché à s'y substituer. Ce qui ne voulait pas pour autant dire que, consciemment, elle était prête à s'y vautrer. Bien loin de là.

Lorsqu'ils arrivèrent en vue du Pack Market, la superette de quartier dans laquelle Nick avait précisé qu'il avait l'habitude de venir faire ses emplettes, le renard trouva finalement la force de rompre le silence pesant qui était tombé entre eux depuis une dizaine de minutes. C'était un fait nouveau, là encore. Usuellement, et cela même quand ils ne s'appréciaient pas vraiment, ni l'un ni l'autre, le silence n'avait jamais été une option. Dès leur première rencontre, ils avaient communiqué en permanence, même si c'était pour s'échanger des vacheries. Le silence était incommodant. Nick le détestait de manière générale, et il le perturbait encore d'avantage en compagnie de Judy.

« Alors, dis-moi… D'où te vient cette résistance particulière à la douleur ? »

La question était si alambiquée qu'elle laissa la lapine interdite pendant plusieurs secondes, avant que finalement elle ne secoue la tête, renonçant à chercher une logique dans les pensées de son acolyte.

« Qu'est-ce qui te fait penser ça ? »

« Bah, je suis assez douillet, tu sais… »

« Oh oui, ça je l'ai remarqué… »

Nick lui lança un regard en biais, avant d'hausser les yeux au ciel face à l'expression de contentement qu'elle affichait. « Ouai, ouai, c'est ça. Enfin bref. J'ai eu mon lot de coups durs, moi aussi. On m'a déjà fait des sutures. Je ne dirais pas que c'était l'expérience la plus insupportable au monde, bien entendu, mais sur l'échelle du désagrément, je place ça à un bon niveau, tout de même. Mais toi… Rien. T'as pas bronché. Limite, je t'aurais surprise en train de siroter une limonade en terrasse, tu m'aurais donné la même impression. Tendances masochistes, ou bien… ? »

Judy poussa un soupir exaspéré face aux extensions délirantes que Nick ne semblait pouvoir s'empêcher d'ajouter à chaque réflexion ou interrogation, mais pris le parti de ne pas en tenir compte, essayant de centrer la conversation sur son élément premier, sans quoi elle risquait de ne jamais aboutir à quelque chose de concluant.

« Pas de masochisme, particulier, non. A moins qu'on puisse considérer que chercher à devenir le premier lapin officier de la police de Zootopie soit une forme de masochisme en soit… »

« Ce que j'accrédite tout à fait. » la coupa Nick en hochant la tête tout en souriant d'un air narquois.

« Mais je dois bien admettre que ce n'est pas le premier bobo que je me fais… » poursuivit Judy en ignorant totalement l'intervention de son interlocuteur. « En fait, ça doit être la sixième ou septième fois qu'on me fait des points de suture. »

Nick la jaugea de la tête aux pieds d'un air circonspect avant de déclarer : « Et voici devant vous le terrible monstre-lapin de Frankenstein… Raccommodé de toutes parts et ramené à la vie par la science occulte de la secte des lagomorphes consanguins des Trois Communes. »

« Tu peux pas être sérieux plus de deux minutes, pas vrai ? » demanda Judy, amusée malgré elle par l'imagination débordante de son ami. « Et tu vas pas commencer avec les blagues sur la consanguinité des lapins. Par pitié ! Tu vaux mieux que ça. »

« Bah ! En même temps, avec votre tendance à vous multiplier dans tous les sens, difficile pour vous de savoir si vous avez pas épousé un quelconque cousin éloigné, hein… »

Judy marqua un temps d'arrêt alors qu'ils franchissaient l'ouverture du magasin, redressant l'index pour souligner l'importance de son propos.

« Non, monsieur Wilde ! Ceci n'arrive jamais. Enfin… On ne peut pas épouser un cousin ou un membre quelconque de sa famille. Nous avons un service de recensement familial extrêmement bien conçu et sérieux, et il est systématiquement consulté par le juge de paix en charge des unions civiles à chaque fois qu'une demande de mariage est effectuée. Donc aucun risque… »

« Aucun risque d'épouser le cousin Bertrand, ok… Mais on peut toujours coucher avec et lui faire une belle petite portée de mutants décérébrés. Blaaaaaaah ! » Et Nick de tendre les bras devant lui en révulsant les yeux, prenant la démarche claudicante d'un zombie. Judy aurait voulu le frapper pour oser émettre des idées aussi rétrogrades sur les lapins… Mais malheureusement, le renard avait raison… Ce genre d'incidents arrivait souvent, dans les régions les plus reculées des Trois Communes. Elle avait d'ailleurs une tante du côté de son père qui avait eu des petits avec un cousin germain, car elle ignorait leur filiation. C'était toujours un peu gênant… Mais avec des familles comptant en moyenne deux cents enfants, il était difficile de se prémunir face à ce genre de petites contrariétés.

« Bref ! » reprit Judy, tentant d'ignorer les sarcasmes du renard. « Si tu as fini de dénigrer l'espèce entière des lapins, je reviendrai sur le sujet initial de la conversation… A savoir que j'étais une gamine un peu casse-cou et que du coup, j'avais tendance à me… faire mal ? Ce qui explique que je sois si familière avec les sutures. Au bout de la troisième fois, on ne le sent même plus. »

« Dire que je fais toute une scène quand je me retourne un ongle. »

« Ah oui, mais ça, ça fait très mal, n'est-ce pas ? Pauvre chaton… »

« Je suis sûr que tous les félins de Zootopie apprécierait ce type de commentaires, Carotte. »

Judy se contenta de lever les yeux au ciel, avant de suivre Nick dans les rayons. Le renard s'était muni d'un panier et sélectionnait les produits avec l'agilité et l'expertise d'un habitué des lieux.

« Et donc ? » questionna-t-il. « Quel a été le plus gros bobo parmi tous ceux-ci ? »

« Oh… Heu… Il aurait pu ne pas être bien méchant, mais en plus d'être casse-cou, j'étais également un peu idiote. » Nick entrouvrit la bouche, mais Judy l'interrompit, redressant son index contre son museau pour l'empêcher de prendre la parole. « Si tu t'avises de dire que je ça n'a pas beaucoup changé, on considèrera la fameuse limite définitivement franchie. »

Observant son air des plus sérieux, Nick laissa ses paroles mourir au fond de sa gorge, avala à sec, avant de sourire bêtement. « Haha ! C'est vraiment sympa d'avoir le bon sens de me prévenir, Carotte… »

Judy lui lança un regard en biais, avant de croiser les bras sur sa poitrine, reprenant son avancée d'une démarche silencieuse. Les lèvres pincées, elle semblait vouloir se replonger dans le mutisme, cette fois-ci parce qu'il l'avait visiblement vexée. Nick tenta d'ignorer la colère apparente de son amie, curieux d'entendre la suite de l'histoire. Il devrait vraiment s'empêcher de faire des commentaires à tout bout de champ, s'il voulait avoir une chance d'obtenir les informations qu'il souhaitait.

« Bon, et donc… Qu'est-ce qui s'est passé ? »

Judy lui lança un regard furieux, semblant hésiter à reprendre le récit de ses mésaventures infantiles, mais devant l'air curieux et à demi-suppliant du renard, elle se décida à céder.

« On jouait dans une vieille grange abandonnée, qui jouxtait la ferme familiale. Mon père l'a faite rénover, depuis. J'étais avec deux de mes sœurs, issues de ma portée… On jouait… aux bandits et aux policiers. » Elle poussa un soupir, redoutant un commentaire de Nick, mais celui-ci fit un effort et demeura muet, l'encourageant du regard à poursuivre. « Bien sûr, je voulais absolument jouer le rôle du policier, tu t'en doutes. Enfin bref, je suis montée dans le grenier à foin, et j'ai voulu faire la maligne et bondir par-dessus la rambarde pour atteindre le côté opposé… Bien sûr, la rambarde s'est brisée et je suis tombée en contrebats. Rien de bien méchant, sauf que je m'étais ouverte tout le bas du dos en glissant contre un vieux clou qui dépassait. C'était profond et ça saignait beaucoup. Mes sœurs étaient horrifiées, et elles ont voulu prévenir mes parents, bien entendu. Mais c'était la troisième fois ce mois-ci qu'ils étaient obligés de me conduire aux urgences, et ils m'avaient prévenu que si je faisais encore des miennes, j'en entendrais parler… Alors j'ai fait promettre à mes sœurs de ne rien dire, et j'ai fait comme si tout allait bien. »

Nick achevait de remplir son panier, toujours attentif au récit de Judy, et ils se dirigeaient à présent vers la caisse. « Et comment as-tu fait pour leur cacher ça ? » demanda-t-il, visiblement intéressé.

« Oh… J'avais quoi ? Même pas onze ans… Je me suis figurée être capable de me soigner toute seule. Alors… J'ai pris un vieux chiffon qui trainait dans la grange et je me le suis noué autour du ventre. Ca recouvrait la plaie, et je pensais que ça suffirait. »

« Mais quelle bonne idée. Je suis sûr que l'inventeur de l'antiseptique aurait applaudi ton initiative et t'aurais remis une médaille. »

Elle lui lança un regard en biais, et il mima le verrouillage de son museau, lui faisant comprendre qu'il avait saisi le message. Alors que Judy l'aidait à déballer les affaires sur le tapis de la caisse, elle poursuivit.

« J'ai fait une grave infection, et j'ai dû être hospitalisée pendant près de deux mois. Les médecins redoutaient une septicémie… Il y a une poignée de jours dont je ne me rappelle même plus, tellement la fièvre était forte. C'est stupide, pas vrai ? Manquer de mourir parce qu'on est juste trop idiote pour admettre ses torts… Bref, après cette mésaventure, je me suis bien calmée. De toutes les cicatrices que j'ai accumulé, celle-ci est la plus vilaine… Parce qu'elle n'a pas été soignée. Voilà l'historique du zigzag qui me fend le bas du dos. »

« Non pas que nous ayons déjà été présentés, lui et moi. » ironisa Nick d'un sourire tout en crocs.

A l'audition de cette dernière provocation ouvertement tendancieuse, Judy fut gagnée par une nouvelle vague de chaleur étouffante. Le renard fut frappé de plein fouet par la déferlante odorante, et faillit tomber à la renverse. « Bon sang, Carotte ! Mais qu'est-ce qu… ? »

Judy écarquilla les yeux, à présent consciente que Nick percevait ses inexplicables excès de tempérament, d'une manière ou d'une autre. Elle avait soudainement envie de s'enfouir sous la caisse, de s'y dissimuler comme la proie trouve refuge dans son terrier. Le renard se remit quelque peu de ses émotions, s'en voulant d'avoir manifesté aussi ouvertement sa surprise. Il n'avait même pas anticipé sa réaction, les mots jaillissant inconsciemment de sa bouche.

« Haha… Excuse-moi… J'en fais trop… » déclara-t-il, essayant de détendre l'atmosphère par un rire un peu forcé.

« C'est moi qui m'excuse, Nick… Je… Je ne sais pas ce qui m'arrive aujourd'hui… C'est l'émotion de toute cette journée, la résolution de l'affaire, ses implications… Je pense… »

« Il… Il n'y a vraiment pas de mal. N'en parlons plus. » Voyant que Judy restait légèrement prostrée et incapable de surmonter son émotion, ce qui se solda par une nouvelle vague olfactive encore plus déstabilisante que la première, Nick essaya de détendre l'atmosphère : « Il faut dire que je suis absolument irrésistible. Je déclenche souvent chez les autres ce genre de réactions… Il ne faut pas t'en faire. »

Cela eut au moins le mérite de la faire rire, à défaut de la calmer. Dans l'immédiat, Judy avait surtout besoin de prendre un peu de distance, ou bien d'éloigner Nick, d'une manière ou d'une autre, sinon elle risquait de se retrouver en transe au beau milieu de l'épicerie. Elle ne s'était jamais sentie aussi sensible, pas même quand elle était en chaleur. C'était assez inexplicable. Elle secoua la tête, tentant de remettre ses idées en place.

« Heu… Alors, si j'ai bien compris… Tu nous prévois une petite séance cinéma, ce soir, c'est ça ? »

« Ouaip ! » répondit Nick avec entrain, satisfait de voir la conversation s'orienter dans une direction nouvelle, ce qui aurait peut-être l'effet bénéfique de calmer un peu la situation dans laquelle ses provocations flirteuses les avaient tous deux plongés. « J'ai un large panel de films dans ma blue-raythèque. Je te laisserais même choisir, galant que je suis. »

« C'est trop d'honneur, vraiment. » bredouilla Judy en essayant de prendre l'assurance de la plaisanterie, mais échouant lamentablement dans la manœuvre. Le renard lui jeta un coup d'œil, et elle se sentit bouillir une nouvelle fois. Il fallait que Nick s'éloigne. Tout de suite. Ou elle ne répondrait plus de rien. Une idée germa en son esprit, et elle se précipita pour la saisir au vol : « Tu sais quoi ? Il nous faudrait des popcorns ! Qu'est-ce qu'une soirée films sans popcorns, pas vrai ? ».

Trop heureux d'avoir un prétexte pour prendre ses distances, Nick hocha la tête, redressant ses deux pouces pour confirmer le génie de l'idée. « Exactement, Carotte ! Ça c'est le bon esprit ! Je vais chercher ça et je reviens tout de suite. » déclara-t-il d'un air triomphal avant de s'éloigner d'un pas un peu trop rapide.

Super… Voilà qu'il me fuit, maintenant… songea Judy, semblant oublier que le voir s'éloigner était tout ce qu'elle avait souhaité au cours de la dernière minute. Ces pensées contradictoires commencèrent à la fatiguer, et elle eut envie de se coller une gifle afin de se remettre les idées en place. Mais ç'aurait été du plus mauvais effet face à la caissière, une charmante chacal, qui avait commencé à tiper les articles que Nick avait disposé sur le plateau. Judy passa de l'autre côté de la caisse, commençant à emballer les emplettes dans les sachets cartonnés mis à disposition des clients.

Tandis que son enfièvrement se calmait enfin, elle remarqua que la caissière ne la quittait pas des yeux, tout en continuant à manipuler les articles, à les biper et à les faire passer de son côté. D'abord, Judy pensa qu'elle se faisait des idées, ou que peut être la chacal avait elle aussi perçu les effluves qu'elle dégageait bien malgré elle… Mais quand il fut clair que le regard n'était pas seulement braqué sur elle, mais également insistant, Judy s'obligea à le soutenir. Elle n'en fut pas certaine dans un premier temps, mais elle crut y lire un profond mépris.

« Hum… Mon… Mon ami est juste allé chercher un petit quelque chose que nous avons oublié… Il va arriver d'un instant à l'autre pour régler… » s'empressa-t-elle de préciser, dans l'espoir qu'engager la conversation rendrait la situation moins pesante.

Bien au contraire, ce premier pas en direction de la caissière fut perçu comme un prétexte pour lui offrir la parole, ce qu'elle s'empressa de faire d'un ton glacial. « Votre ami, vous dites ? Voilà qui m'étonne… »

« Comment ça ? » questionna Judy d'un air légèrement piqué, n'appréciant que moyennement les manières très agressives de son interlocutrice.

« Tous les lapins se ressemblent, à mes yeux. » répondit-elle avec mépris. « Mais il y en a bien un que je reconnaitrais entre tous. Vous êtes cette officière de police qui a initié la polémique à l'encontre des prédateurs il y a trois mois, n'est-ce pas ? Celle qui a ouvertement prétendu que n'importe lequel d'entre nous pouvait soudainement devenir sauvage ? »

Horrifiée d'être ainsi prise à partie sans y avoir été préparée, Judy enfonça la tête entre ses épaules, médusée de se voir ainsi rattrapée par sa faute, le jour même où elle pensait enfin s'être démise de sa culpabilité en mettant un terme au complot de Bellwether. Devant son mutisme, qu'elle dû prendre pour un acquiescement tacite, la chacal repris, d'une voix plus tranchante.

« Je devrais vous remercier ! Grâce à vous, j'ai perdu près de soixante pour cent de ma clientèle. Les gens n'osent plus venir dans une supérette tenue par un prédateur. Je suis à deux doigts de devoir mettre la clé sous la porte, maintenant ! »

« Je… Je suis vraiment navrée si cette histoire vous a causé du tort, madame… Mais je vous assure que jamais je n'ai… »

« Des cracks ! Je connais les flics. Ils ne pensent jamais aux conséquences… Seulement aux résultats. Eh bien, c'est une réussite. Toute cette foutue cité part à vau-l'eau maintenant. J'espère que vous êtes fière de vous et de la réussite de votre fichue enquête ! »

Judy était à présent partagée entre un sentiment de rage sourde et de culpabilité terrible… Un amalgame désagréable qui la plongeait dans un état de profonde tristesse. Elle avait provoqué tout cela, c'était vrai. Elle aurait voulu s'en défendre et proclamer la vérité. Que tout n'était qu'un complot terrible qui venait de trouver son terme et que les choses allaient rentrer dans l'ordre très vite, qu'il n'y avait plus à s'inquiéter… Mais était-ce vrai ? Les choses redeviendraient-elles réellement comme avant ? Toute cette affaire avait extériorisé les stigmates terribles des relations complexes qu'entretenaient proies et prédateurs, et les tensions étaient à présent à leur paroxysme. Peut-être que la révélation finale du complot ne ferait qu'ajouter de l'huile sur le feu… Bien sûr, Judy n'était pas responsable de tout cela, mais elle avait fait sa part dans l'aggravation de la situation. Effondrée, elle baissa la tête, incapable de formuler la moindre pensée cohérente. Devant son mutisme coupable, la chacal étouffa un rire mesquin, avant de conclure d'une voix cruelle :

« Ca rabaisse les prédateurs au rang de sauvages, et après ça s'en va coucher avec un renard… »

Là, c'en était trop. Elle ne pouvait la laisser dire une chose pareille. Les poings serrés et les larmes aux yeux, Judy sentit la rage l'envahir, et au moment où elle allait exploser en réparties assassines, elle aperçut Nick arriver d'un pas guilleret dans leur direction, un sceau de popcorn entre les pattes… Et toute sa frustration retomba comme un soufflet, ne laissant place qu'à une profonde mélancolie. Dépitée, elle détourna la tête, s'éloignant de la caisse de quelques pas, tournant le dos à la chacal qui lui lança un dernier regard méprisant.

Nick, inconscient de tout ce qui venait de se dérouler, se contenta de passer les popcorns à la caissière, qui le salua et lui présenta poliment le montant à payer. De son échange assassin avec la lapine, elle ne laissa rien transparaître, jouant à merveille la carte de la fausseté. Le renard paya ses emplettes, avant de se saisir des sacs que Judy avait soigneusement préparés. La lapine resta muette, se saisissant du troisième sac, faisant tout son possible pour éviter de croiser le regard de son ami, incapable de dissimuler la tristesse profonde qu'elle ressentait en cet instant. D'un pas rapide, elle prit les devants et quitta le magasin sous le regard surpris de Nick.

Celui-ci la rejoignit rapidement à l'extérieur, pour la trouver adossée au mur, la tête basse. Il s'approcha d'elle, essayant de saisir son regard, mais elle détourna vivement le visage, refusant de le laisser la regarder.

« Allons bon ! Tu es encore gênée pour ce qui s'est passé toute à l'heure ? » demanda-t-il d'une voix détendue. « Ce n'est rien, tu sais… Nos instincts nous font parfois faire de drôles de choses et nous ne sommes pas maîtres de nos corps, dans ces circonstances. Je t'assure qu'il n'y a rien d'étrange et que je ne suis pas contrarié. Aucunement. Le moins du monde. Promis juré. »

Aucune réaction de la part de Judy. Elle voulait seulement être seule, en cet instant. Il ne pouvait pas le comprendre, bien sûr. Il n'avait pas été là. Et tant mieux, d'ailleurs. Sinon il aurait pris sa défense, et la situation aurait encore été bien pire… Parce que réellement, elle ne méritait pas qu'on prenne sa défense, pas vrai ? Comme elle l'avait dit ce matin, sous le pont, quand elle s'était excusée auprès de Nick, il était en droit de ne plus jamais la revoir, de l'oublier et de la laisser de côté… Car elle avait été une personne épouvantable… Concrètement, elle avait blessé bien plus de monde qu'elle ne l'avait imaginé. Cette tenancière de superette n'était pas un cas isolé… Elle l'avait vu un nombre incalculable de fois pendant cette période qui avait suivi la conférence de presse, et où tout semblait s'être effondré autour d'elle… à cause d'elle. Elle fut parcourue d'un frisson et se sentit prête à craquer.

« Judy ? Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Nick d'un ton inquiet. Il venait de l'appeler Judy ? Certainement, il se faisait du souci, dans ce cas.

« J'ai… J'ai juste besoin d'être seule une minute… s'il te plaît… » parvint-elle à bredouiller, des larmes plein la voix.

Le renard secoua la tête, refusant d'accéder à sa requête. « Qu'est-ce qui s'est passé ? Carotte ? Dis-le-moi tout de suite ! » Son ton devenait plus tempétueux tandis qu'il sentait une boule hérissée de piquants enfler au fond de sa gorge. Voir Judy dans cet état faisait naître en lui des sentiments contradictoires… Si n'importe qui s'était approché d'elle à cet instant, pour une raison ou pour une autre, ne serait-ce que pour lui demander l'heure, il était certain qu'il aurait montré les dents et grogné. Un instinct de protection farouche qui, sur l'instant, ne lui sembla pas déplacé le moins du monde.

« Elle t'a dit quelque chose ? La caissière ? Je ne vois rien d'autre que ça… »

Judy secoua la tête, s'acharnant toujours à détourner son regard de celui de Nick. Etre plus petite que lui avait au moins l'avantage de lui permettre de mieux se dissimuler.

« Ce n'est vraiment rien d'important… Je l'ai mérité, de toute façon… »

« Alors c'est ça, hein ? Attends un peu, je vais lui dire deux mots ! »

« NON ! »

Judy laissa tomber le sac qu'elle serrait jusqu'alors contre elle pour se précipiter dans la direction de Nick, le renard ayant déjà initié son mouvement pour retourner à l'intérieur du magasin. Des deux pattes, elle lui agrippa le poignet, stoppant son avancée. Nick tourna vers elle un regard surpris, où se lisait une profonde inquiétude. Judy avait finalement relevé ses grands yeux violets dans sa direction, et des larmes épaisses s'en échappaient, incontrôlables.

Nick resta interdit pendant quelques secondes, la bouche sèche et les yeux écarquillés. L'état de Judy ne laissait que peu de doute quant à ce qui avait pu se dérouler à l'intérieur. Il aurait pu aller au bout de son entreprise, se dégager de son emprise et se rendre auprès de la caissière pour faire un scandale… Mais face au regard suppliant et désespéré de la lapine, tout cela lui sembla bien superflu. Sa colère retomba rapidement, et il laissa son instinct prendre le contrôle de la situation. Il se pencha en avant, tira Judy contre lui, et l'enlaça délicatement.

C'était leur deuxième étreinte dans la même journée… Mais celle-ci n'était pas le témoignage d'une amitié retrouvée… C'était l'échange sincère d'une affection mutuelle et d'un soutien indéfectible. Si le matin, Judy était restée légèrement prostrée, les bras ballants, tandis qu'elle enfonçait son visage contre son torse, ce soir, elle l'agrippa avec l'énergie du désespoir, et se serra contre lui, de toutes ses forces. Au creux de ses bras, elle se sentit libre de se laisser totalement aller, et extériorisa sa tristesse et sa culpabilité en sanglotant longuement, pendant plusieurs minutes. Quand enfin elle se fut calmée, Nick la laissa s'éloigner de quelques pas. Il lui saisit le menton de l'index pour l'obliger à redresser la tête dans sa direction, et lui sourit.

« Ne laisse jamais personne voir que tu as été blessée. »

« Personne, vraiment ? » demanda-t-elle en esquissant un sourire timide au milieu d'un ultime sanglot.

« Personne, à part moi… Je suppose. »

Se sentant déjà mieux, Judy lui offrit un sourire radieux, avant de lui caresser doucement le museau de la patte.

« Renard malin. » conclut-elle.