Chapitre 55 : Dire adieu
Coucou tout le monde !
Et voilà le chapitre 55 ! On se rapproche de la fin de l'histoire ! Dur de dire au revoir ^^
En tout cas merci à toutes celles encore là malgré mes retards de publication et la longueur de l'histoire J'apprécie vraiment vos compliments et vos encouragements, merci vraiment !
Allez, je vous laisse découvrir ce chapitre et je vous retrouve en bas.
Bonne lecture !
Chapitre 55 : Dire adieu
PDV Edward
Un cercueil. Une église noire de monde. Des larmes et des visages complétement éteints.
Du noir, partout.
La seule voix que l'on entendait résonner, était celle du prêtre.
Cinq jours qu'Aro nous avait quitté et j'avais l'impression qu'une éternité venait de s'écouler.
D'ici quelques minutes le cercueil allait être emmené et conduit au cimetière afin d'être enterrer.
Marcus m'avait demandé de faire partie de ceux qui porteraient Aro vers sa dernière demeure. Aaron le mari de Renata, la fille de Marcus, avait également été sollicité, tout comme Jacob.
Ce serait la première fois depuis que j'avais retrouvé Bella, que j'allais la laisser quelques secondes.
Depuis qu'Aro était décédé, j'avais refusé de la quitter ne serait-ce qu'une seconde, si on omettait ces quelques minutes chez mes parents.
Assise dans son fauteuil près de moi, elle avait les yeux dans le vide et semblait à mille lieux de l'église dans laquelle nous nous trouvions. Le vide dans ses yeux s'était encore creusé. Les jours défilaient et elle s'éloignait toujours plus, ne réagissant presque plus.
La seule chose qui la faisait sortir de sa léthargie, c'était la présence des filles qui vivaient chez mes parents depuis cinq jours. Je posais mes yeux sur mes parents installés juste derrière nous. Charlotte vêtue d'une robe noire avait les yeux pleins de larmes, de même pour Lise dans les bras de mon père.
Bella avait refusé qu'elles soient présentes et j'avais été totalement d'accord avec sa décision. Ce n'était pas un endroit pour des petites filles.
Mais Charlotte avait hurlé que personne n'avait le droit de la tenir éloignée. Un regard échangé avec mon père et je savais que c'était la décision de la fillette et que nous ne pouvions pas l'empêcher d'assister à ce jour funèbre. Lise quant à elle refusait de se décrocher de sa sœur comme si elle avait peur que cette dernière la laisse seule.
Mon père nous avait rassuré en disant qu'il resterait avec les filles pour les épargner le plus possible et surtout les tenir éloigner. Mais elles aussi voulaient dire au revoir, malgré notre refus.
Mon frère, ma sœur et leurs conjoints étaient là également, installés quelques bancs en arrière. Je les remerciais vraiment de leurs présences réconfortantes.
Ils étaient mon pilier.
Kiara pour sa part se trouvait de l'autre côté de Bella. Ma fille avait l'air de porter le poids du monde sur ses épaules. Sa peau était si pâle, son regard éteint. Elle avait les yeux rivés sur le cercueil et écoutait le discours du prêtre sans même cligner des paupières.
J'avais presque l'impression d'assister à la cérémonie en spectateur.
Au moment où l'homme d'église eut terminé, il appela Marcus pour quelques mots.
L'associé de la compagnie se leva doucement et marcha lentement vers l'estrade.
Il fit face à tout le monde, prenant le temps de regarder l'auditoire avant de reporter son regard vers le cercueil. Il ferma brièvement les yeux, la lèvre tremblante. Voir un homme si fort et maître de lui en temps normal, si brisait et abattu aurait ému quiconque.
Marcus était un homme digne et surtout avec un mental d'acier. Le lendemain de la mort de son frère, il était retourné à la compagnie et avait mené de front tout ce qu'il fallait régler dans de telles circonstances, organisant les obsèques de son frère, arrangeant ses affaires et reprenant son travail à la compagnie.
Le travail était sans aucun doute une planche de salut pour lui. Il n'avait pas craqué depuis l'annonce de la mort de son frère, même quand sa fille était arrivée la veille avec son mari.
Renata était une belle jeune femme d'une trentaine d'année qui n'était pas très proche de son père me semblait-il mais qui paraissait affectée par la mort de son oncle et par la peine évidente de Marcus. Son mari devait avoir à peu près mon âge.
- Je me suis demandé durant un moment ce que j'allais pouvoir dire, lança Marcus d'une voix claire et forte. Allais-je parler de l'homme qu'était mon frère ? De nos relations ? Des souvenirs de notre vie ? Je pourrais dire tellement de choses …
« Mais la vérité c'est que je n'ai aucune envie de parler de mon frère … comme d'un souvenir. Je pourrais vous dire à quel point il était tout pour moi, pour notre famille …
Il eut un regard vers Bella qui ne le remarqua pas puisqu'elle avait la tête complètement baissée.
- Je refuse de parler de lui au passé … et vous savez pourquoi … parce que pour moi il est toujours là. Il fait partie de moi, à jamais. Et je sais que s'il était là, il ne permettrait pas que nous pleurions pour lui. Il serait furieux d'être un prétexte pour abandonner.
Sa voix se fit plus faible alors qu'il dirigeait volontairement ses prunelles sur Bella et je savais qu'elle en avait conscience. Je souris faiblement à Marcus qui me le rendit avant de quitter le pupitre et de s'approcher du cercueil de son frère recouvert de dizaine de roses de toutes les couleurs. Il resta un long moment devant, les yeux fixés sur la croix en or.
Tout le monde pouvait comprendre ce qu'il ressentait à cet instant. C'était un homme brisé qui malgré les apparences, était au plus mal.
Une musique retentit soudain dans l'église et je compris que c'était le moment.
Le dernier voyage d'Aro.
Je m'approchais et ensemble nous soulevâmes la boite de bois claire pour le sortir de l'église. En premier dans le cortège, nous nous dirigeâmes lentement vers le cimetière se situant à une centaine de mètre.
Dans un brouillard, le cercueil fut descendu dans la tombe qui lui était dédié. Le prêtre parla encore et toutes les personnes proches d'Aro défilèrent près du cercueil pour jeter une rose.
Bientôt des hommes en costume, muni de pelle commencèrent à lancer de la terre sur le cercueil qui disparue.
Proche de Bella, je posais une main sur son épaule et serrais Kiara contre moi de l'autre.
C'était terminé.
- Papy et mamie ont ramené les filles chez eux …, murmura Kiara alors que toutes les personnes autour nous de nous tournaient les talons pour sortir du cimetière.
J'hochais la tête vers ma fille.
- Bella ?
- J'aimerais rester seule quelques instants, me lança-t-elle avant que je n'ai pu dire quoi que ce soit.
J'échangeais un coup d'œil avec Kiara.
- On t'attend à l'extérieur …
Ma fille serrait contre moi, nous nous dirigeâmes vers l'extérieur.
- Papa, il faut faire quelque chose.
Presque en même temps nous nous retournâmes pour apercevoir Bella devant la tombe d'Aro. Marcus se trouvait près d'elle.
Ils avaient l'air si brisé tous les deux. Leurs peines, qu'ils partageaient en ce moment, pourraient sans doute les aider à aller de l'avant. Marcus allait y parvenir je n'en doutais pas un seul instant mais quand serait-il de Bella ?
- Je crois que ta mère va avoir besoin d'autre chose que de nous …
Nous nous arrêtâmes près de mes sœurs et frères. Alice et Rosalie s'approchèrent de Kiara et la serrèrent contre elles.
Jacob et Jessica qui avaient tous deux assistés à l'enterrement s'approchèrent de nous et je demandais à ma secrétaire puis à celui de Bella, l'état des deux sociétés.
Cullen Immobilier était maintenant remise sur les rails mais tout gérer était devenu difficile pour moi ces derniers temps même si j'avais une assistante en or.
Concentrer sur ma conversation, je ne vis pas le temps passer.
Ma fille me demanda si elle pouvait partir avec ma sœur et mon beau-frère et j'acquiesçais bien sûr. Il fallait qu'elle prenne un peu de temps pour elle. Je souriais en voyant Alice lui parler de mode et d'un tas de truc dont je ne comprenais rien.
Ma sœur s'était trouvé une partenaire de shopping potentielle. Je doutais que Kiara résiste très longtemps à son charme et j'en étais heureux. Je voulais qu'elle s'intègre à notre famille.
J'ignorais combien de temps passa mais quand Marcus passa devant nous, seul, je me retournais vivement.
- Ou est Bella ? Demandai-je le cœur battant.
- Je l'ai laissé près de sa tombe …, me répondit-il surpris par ma réaction.
J'écarquillais les yeux, pris d'effroi. J'avais un mauvais pressentiment. Je me mis à courir aussi vite que je le pus pour rejoindre la tombe d'Aro.
Je sus bien avant que le voir que Bella n'était plus devant la pierre tombale. Je me tournais dans toutes les directions possibles pour tenter de l'apercevoir mais elle n'était nulle part.
- Réfléchis Edward …
Elle ne pouvait pas être allée bien loin, pas en fauteuil.
Je fixais le sol et fus presque soulagée en distinguant les sillons laissés par les roues de l'engin. Je suivis les traces aussi vite que je le pus, me dirigeant dans le sens opposé à l'endroit d'où je venais. Je filais dans les allées ne la trouvant nulle part.
Mais où était-elle allée ?
Les traces laissées par son fauteuil semblaient indiquer le fond du cimetière, mais il n'y avait rien d'autre que des tombes. Je compris soudain quand j'entendis le bruit de l'eau se jetant contre les rochers de la grève. La jetée.
Une énorme boule tomba dans mon ventre.
- Oh non, Bella, non non non …
Je filais comme un fou n'ayant plus qu'un seul but, retrouver Bella avant qu'elle ne commette l'irréparable. Elle ne pouvait pas faire ça, pas après ce que nous avions vécu, pas en sachant ce par quoi les filles venaient de passer.
Quelle ne fut pas mon soulagement quand j'aperçus enfin le bord de la falaise et le fauteuil de Bella à trois mètre du précipice.
Je relâchais mon souffle et me dirigeais presque en titubant vers elle.
- Bella … soufflai-je doucement, tentant de dissimuler la panique que je venais de ressentir.
- Je voulais sauter …, me lança-t-elle quand je fus assez près pour l'entendre.
Elle ne me regardait pas, préférant fixer la mer déchainée qui se jetait sur la pierre créant un bruit sourd. J'avais l'impression que cette eau représentée exactement ce que je ressentais au plus profond de moi.
- Si … si je n'avais pas mes filles, je serais déjà en bas …
- Tu crois que c'est ce dont les filles ont besoin ? D'une mère suicidaire ?
Je ne pouvais pas m'empêcher d'être en colère contre elle.
Je ne remettais pas en cause sa souffrance, ni son chagrin. Je comprenais qu'elle ne sache plus vraiment comment se battre, je savais que pour elle, le décès d'Aro représentait la goutte d'eau ayant fait déborder un vase déjà trop plein, mais après ce qu'elle avait traversé, après les évènements récents, comment pouvait-elle envisager d'abandonner ?
Les filles étaient en souffrance également.
Kiara avait vécu des heures terribles dans les mains d'un psychopathe, des moments dont elle n'avait jamais parlé, elle était aux premières loges de tout ce qui était arrivée ces derniers temps dans la vie de sa mère. Elle avait découvert ses origines, compris, vus et fait des choses qu'une adolescente de 15 ans n'aurait jamais dû vivre. Charlotte et Lise avaient également souffert plus que de raison pour des fillettes aussi jeunes.
Comment Bella pouvait-elle envisager d'en rajouter encore ?
- Je ne sais plus … je n'y arrive plus …
- Alors saute Bella, puisque ce que c'est la seule solution que tu as trouvés …
Elle ne tourna même pas les yeux vers moi. Ce que je lui lançais ne semblait même pas l'atteindre.
Pour la faire réagir il allait falloir que je frappe un grand coup. J'aurais aimé que cette conversation n'ait pas lieu aujourd'hui. Je pensais qu'elle pouvait encore atteindre quelques jours mais nous ne pouvions plus attendre.
- Si ce n'est que pour les filles alors saute … elles n'ont pas besoin d'une mère vide et absente … si c'est ce que tu veux Bella, je t'en prie …
- Tu ne comprends pas Edward … je n'y arrive pas ! Je suis faible … même ça je ne suis pas capable de le faire. Je veux vivre ! Mon envie de vivre ne m'a pas quitté ! Je suis incapable de sauter parce que je refuse d'abandonner mes enfants. Je veux les voir vivre, quitter la maison, faire des études, se marier et avoir des enfants ! Je veux battre cette terreur en moi et enfin tourner la page sur mon passé et sur tout ce que j'ai vécu depuis la mort de mes parents … je veux tout ça !
Elle avait tourné vivement la tête vers moi et son visage strié de larmes me marqua au fer rouge. Ses yeux hantés par des dizaines de démons brillés sous le soleil couchant de cette fin de journée. Elle me fixait les poings serrés, la mâchoire tremblante mais elle semblait démunie en cet instant.
- Qu'est ce qui t'empêche de vivre tout ça alors ? Chuchotai-je en m'agenouillant devant elle pour lui prendre les mains.
Comment lui faire entrer dans le crâne qu'elle n'était pas toute seule, qu'elle pouvait s'accrocher à moi.
- Moi ! Hurla-t-elle en se détachant vivement de moi. C'est moi Edward ! Je n'ai plus la force d'avancer … si je suis venue ici, c'est pour savoir si j'étais vraiment capable de mettre fin à mes jours mais je savais au fond de moi que je ne le ferais pas. Pour mes filles d'abord, parce qu'elles ont besoin de moi, pour toi aussi parce que je t'aime, mais également pour moi … malgré tout …
« Je veux vivre j'en suis certaine … mais je ne sais pas comment faire … j'ai cette terreur en moi … c'est comme si mes démons n'avait attendu que cet instant pour … pour m'anéantir … James … Caius … ils n'ont pas fait que me blesser physiquement … ils m'ont détruite … ils ont réussi Edward … ils ont réussi …
Parce qu'ils l'avaient atteinte dans sa chaire et ça elle n'arrivait pas à l'oublier. Les évènements de ces derniers mois étaient venus s'ajouter à ceux qu'elle avait vécus durant les 25 dernières années de sa vie.
Rien ne lui avait été épargné et aujourd'hui encore la vie s'en prenait à elle en lui arrachant son meilleur ami, son mentor depuis de nombreuses années.
- Tu ne peux pas les laisser gagner Bella … pas après tout ce que tu as déjà vécu …
- Je sais …
Ses larmes débordèrent de ses yeux. Elle tenta d'abord de les essuyer mais quand les sanglots prirent le dessus, elle laissa tomber ses mains et se mit à fixer le large.
- Tu as besoin d'aide, mon amour …
Elle porta ses prunelles ravagées vers moi et haussa les sourcils l'air de ne pas comprendre là où je voulais en venir. J'ignorais comment elle allait prendre ma déclaration mais je savais que mon père avait raison.
Bella ne pourrait jamais s'en sortir sans aide extérieure. Je n'étais pas suffisant, les filles non plus. Elle devait enfin tourner les pages de son passé et refermer le livre pour pouvoir écrire un nouveau chapitre.
- Bella … pour avancer tu dois chasser les fantômes de ton passé et évacuer enfin cette douleur que tu portes depuis le décès tragique de tes parents …
Elle enfouit son visage dans ses mains me coupant l'accès à ses pensées les plus profondes. Pourtant j'avais eu le temps d'apercevoir l'étincelle de terreur qui l'avait traversé.
J'ignorais si elle était prête ou non à demander l'aide d'un professionnel. Mon père pensait que cela pouvait être une clef, mais cela pourrait-il tout résoudre ?
Au bout de plusieurs minutes, elle se reprit et consentit à retirer ses mains de son visage. Elle me regarda de nouveau, les yeux rougis par les larmes qu'elle venait de verser.
- Ses fantômes ont toujours fait partis de moi … quand je suis sortie du coma au mois de janvier … j'avais pris la décision de reprendre ma vie en main. J'ai été une fillette, une sœur, une épouse, une mère, une PDG mais jamais une femme … depuis 25 ans, je me suis toujours reposée sur quelqu'un pour avancer. Tu pouvais le comprendre d'une fillette puis d'une adolescente …
« Mais quand j'ai perdu Dimitri, je me suis accrochée à mes filles comme à des bouées de sauvetages et c'était injuste de ma part … je voulais apprendre à vivre pour moi et laisser mes filles grandir sans le poids que je leur imposais sur les épaules …
Elle me fixa un long moment, les lèvres tremblantes, détaillant mon visage. C'était comme si elle tentait de mémoriser mes traits, comme si elle s'attendait à ce que je disparaisse dans l'instant.
J'aurais tellement aimé lui faire comprendre que je ne comptais aller nulle part.
- Accroche-toi à moi …
- Pardon ? Demanda-t-elle presque en état de choc la bouche grande ouverte.
Mes paroles semblaient la laisser incrédule. Mais j'étais tout ce qui a de plus sincère.
- Je suis là Bella, je peux t'aider … on peut vaincre ses démons ensemble …
Je lui tendis la main de manière symbolique, lui demandant de manière implicite de me suivre.
- Je t'aime Bella … les filles et toi êtes devenues ma vie … sans vous je ne serais plus rien. J'ai besoin de toi, je ne veux pas te perdre … si je le pouvais, je donnerais ma vie pour que tu retrouves tout ce que tu as perdues mais je suis impuissant … je ne peux qu'être là aujourd'hui et t'aider à avancer.
« Je sais que tu peux t'en sortir … nous le pouvons ensemble. Tous les cinq. Nous pouvons devenir une famille.
Elle ferma un instant les yeux avant de baisser ses prunelles chocolat sur ma main toujours tendue.
- Je ne veux pas te perdre …, souffla-t-elle difficilement.
- Je n'ai pas de prise sur la vie Bella. J'ignore ce qui va m'arriver demain. La seule chose dont je suis sûr, c'est qu'aujourd'hui je ne pourrais plus vivre sans toi, ni sans les filles aussi bien Kiara que Charlotte et Lise. Je sais que je ne pourrais jamais remplacer Dimitri, mais je les aime comme mes enfants. Je souffre quand elles ont mal, je suis content quand elles rient et je suis le plus heureux des hommes quand je peux les serrer contre moi. Je ferais tout pour elles ...
« Je ferais tout pour toi … laisse-moi t'aider Bella.
- Je ne sais pas si j'en suis capable Edward …
- Laisse-moi te montrer que oui …
Je lui livrais mon cœur, c'était maintenant à elle de décider de ce qu'elle voulait en faire.
Cette femme m'avait brisé plus d'une fois, avait piétiné ma fierté et mon amour, mais aujourd'hui je me livrais entièrement à elle. De nouveau je me tenais devant elle, et je lui demandais de nous donner une chance.
Presque un an qu'elle était entrée dans ma vie et malgré la souffrance et les nombreuses épreuves que nous avions tous dû traverser, j'étais certain que tout cela nous avait mené à cet endroit, ici et maintenant.
Je savais qu'elle avait peur de me laisser entrer dans sa vie mais elle devait se douter que de toute façon il était trop tard. J'étais en elle comme elle était en moi, marque indélébile que je ne voulais retirer pour rien au monde.
Ravagée par les deuils et la douleur, elle ignorait comment avancer, et personne ne pouvait le lui reprocher.
Je la fixais dans les yeux, ne dissimulant strictement rien de mes émotions. Ma peur de la perdre, mon amour pour les filles et pour elle, mes propres démons.
Elle me scrutait, tremblante mais pourtant digne dans sa souffrance. Je la voyais lutter contre elle-même, se posant sans doute des centaines de questions.
- Laisse-moi te montrer …
Elle déglutit, ferma brièvement les paupières avant de poser les mains sur les accoudoirs de son fauteuil.
Je la regardais surpris, tout en me relevant, me demandant ce qu'elle tentait de faire. Elle posa ses pieds au sol, et avec sa main valide se redressa pour se mettre sur ses pieds. Debout devant moi, elle était obligée de lever la tête pour me fixer droit dans les yeux.
Ses mains se posèrent de part et d'autre de mon visage et je me rapprochais d'elle pour pouvoir sentir la chaleur de son corps.
- J'ai mal Edward, j'ai tellement mal … je suis terrifiée de ma propre noirceur, je ne sais pas si je suis capable d'aller de l'avant … mais je sais une chose … c'est que malgré mes démons, malgré cette voix qui me hurle de ne pas m'approcher de toi … je ne peux plus te laisser partir. L'avenir me parait si sombre pour le moment. J'ignore si je serais capable de te rendre heureux …
- Tu me rends déjà heureux … ta seule présence me suffit …, ne pus-je m'empêcher de riposter.
Elle resserra sa prise sur mes joues et inclina mon visage pour que je me rapproche d'elle.
- Je ne peux pas me reposer sur toi et espérer que tout s'arrange. Je ne suis plus cette femme-là, Edward. Ma sœur, mon frère, Dimitri, Aro … ils ont tous été mes piliers et m'ont maintenu debout. Résultat, je me suis effondrée quand je les ai perdu … je ne peux pas recommencer … Je ne peux pas demander encore un soutien …
Je me rapprochais encore d'elle et cette fois, c'est moi qui lui entourais le visage de mes mains. Il était hors de question que je la lâche. Si elle voulait se débarrasser de moi, il allait falloir plus que quelques mots bien choisis.
- De quoi as-tu besoin alors ? Soufflai-je le cœur battant, conscient que nous étions à un tournant dans notre histoire.
Soit Bella décidait de me prendre la main et d'avancer avec moi, avec les filles, soit elle continuait de survivre dans un monde terrorisant pour elle, avec le risque de ne pas surmonter le prochain obstacle qui se dresserait devant elle.
- Je dois tourner la page de mon passé, finit-elle par dire après de longue minutes d'attente, tu as raison … et je n'y arriverais pas toute seule …
De nouveau ces prunelles chocolat sur moi. L'espoir au fond de ses yeux et l'étincelle qui était toujours là. Quoi qu'elle puisse en penser, je savais qu'elle était toujours là. La flamme intérieure qu'elle avait toujours eut au fond de son être était encore présente. Il fallait juste trouver un moyen de la rallumer avant qu'il ne soit trop tard.
- Moi je suis là.
Elle haussa les épaules et je compris que sur ce point, je ne pourrais jamais totalement la rassurer.
- Je sais …
La question mais pour combien de temps était omniprésente. Elle se mit à trembler sous le coup de l'émotion mais pourtant elle continua de me fixer sans ciller.
Pour la première fois depuis longtemps, je vis un petit mais véritable sourire sur ses lèvres. Il était mélancolique mais il était là et je ne pus m'empêcher de le lui rendre.
- Je peux t'aider … ensemble … on peut combattre tes démons, tes fantômes et tes terreurs. Ensemble on peut tout faire.
Elle prit sa main dans la mienne et enroula ses doigts autour des miens.
- Je t'aime Edward.
Ses mots me procurèrent une sensation de plénitude et de bien être incommensurable. Je me sentais près à gravir des montagnes pour les entendre de nouveau.
- Je t'aime Bella.
PDV Bella
L'enterrement, ma fuite et puis la falaise.
Je n'avais jamais vraiment eu l'intention de sauter dans l'eau. Je le savais bien avant d'avoir pris la décision de m'y rendre. Cette confirmation fut pour moi à la fois un soulagement mais aussi une terrifiante découverte.
Malgré tout ce que je ressentais, cette impression de ne pas être assez forte pour continuer d'avancer, je refusais de mourir maintenant. Et cette décision n'était pas entièrement due à la présence de mes enfants. C'était pour moi également.
Je voulais vivre tout simplement.
Cette découverte loin d'être une nouveauté pour moi, était compliquée à gérer parce que maintenant il allait falloir que je me reprenne et que je me batte encore. Sauf que cette volonté-là était partie.
Je n'avais envie que d'une seule chose, me rouler en boule et pleurer sans discontinu durant la prochaine décennie. Mais avais-je envie de vivre pour souffrir encore ?
Surement pas.
Kiara, Charlotte et Lise méritait plus que ces fantômes que je leur offrais depuis des années, Marcus avait également besoin d'autre chose que d'un robot à ses côtés et Edward … il ne me lâcherait pas.
Je m'en étais rendue compte depuis l'enlèvement de Caius.
Il était là et ne me lâchait pas. Même maintenant en haut de cette falaise alors que j'étais entrain de prendre la décision de me battre, il était encore là. Et je le voulais.
Il avait fait des erreurs, mais je n'étais pas en reste non plus. J'étais incapable de renoncer à lui malgré mon envie furieuse de me préserver.
Mes filles étaient là mais je savais qu'un beau jour, elles auraient leurs propres vies. J'aimais Edward de chaque fibre de mon être, plus que je n'avais jamais aimé Dimitri. J'avais conscience que c'était horrible de penser de cette façon mais j'étais parvenue à me relever après sa mort. Je l'avais aimé, avec toute la fougue de ma jeunesse, mais je n'avais jamais été dépendante de lui comme je l'étais avec Edward. J'avais besoin de lui et j'étais incapable de le laisser partir.
Et cela était un autre point terrifiant.
Je tentais de me rassurer en me disant que c'était la perte d'Aro qui me provoquait ses sensations. Après tout, un nouveau deuil à affronter et mon état psychologique très instable pouvaient surement provoquer ce genre de réaction.
Edward avait raison, je devais avancer maintenant. Tourner douloureusement la page d'un passé trop lourd.
Mais par quoi commencer ?
Après la falaise et l'aveu de nos sentiments réciproques, il nous conduisit chez ses parents pour récupérer les filles.
La soirée passa comme dans un brouillard. J'étais spectatrice de cette scène. La complicité de Kiara et d'Edward était évidente. Ils s'aimaient et j'étais la plus heureuse de voir à quel point ma fille était attachée à son père. Je ne pus m'empêcher de laisser échapper une larme.
Tout ce qui s'était passé cette dernière année avait au moins le mérite d'avoir apporté son père à ma fille. Charlotte et Lise étaient également entièrement tourner vers lui. Et il savait y faire. S'occupant d'elles comme l'aurait fait un véritable père.
Lise se tourna plusieurs fois vers moi durant le repas. Elle regardait ensuite Edward avec de l'espoir dans les yeux. Elle avait sursauté quand Kiara avait employé le mot papa. Je n'avais pas prêté attention à ce besoin d'une figure paternelle qu'elle avait.
Charlotte était plus en retrait, se demandant sans doute si tout ceci était réel.
Je serrais mes filles contre moi pour leur dire bonsoir et c'est Kiara qui alla les coucher étant donné que je ne pouvais pas monter les escaliers.
Je me dirigeais vers ma chambre, me préparant pour la nuit.
Edward me rejoignit quelques minutes plus tard, semblant hésiter sur le seuil.
Je lui tendis les mains pour le faire approcher. Ses prunelles plantaient dans les miennes, il avança et me prit dans ses bras en ayant au préalable retirés ses chaussures et ses vêtements ne gardant que son caleçon.
Nous étions épuisés, éreintés non seulement pas la journée mais également par tous les évènements qui s'étaient déroulés depuis des mois. Il restait tellement de chose à faire.
Je ne pouvais pas rester dans cet état-là, la compagnie et sa société non plus d'ailleurs. Il allait devenir urgent de s'occuper maintenant des questions pratiques. Les filles allaient devoir retourner à l'école, le testament d'Aro n'avait pas encore été ouvert et surtout mes problèmes étaient loin d'être réglés.
- Ne réfléchis pas à ça maintenant, dors mon amour, nous aurons tout le temps demain de penser …
Edward, à l'écoute de mes réactions comme toujours, avait compris dans quel état d'esprit je me trouvais.
L'écoutant, je me penchais sur son cœur pour entendre les battements réguliers, qu'il produisait. Sa chaleur provoquait en moi une sensation d'apaisement et je me calmais instantanément avant de m'endormir.
Je fus réveillée par un cauchemar particulièrement violent. Je dus étouffer mon cri dans l'oreiller pour ne réveiller personne.
L'obscurité dans la pièce provoqua des tremblements en moi et je me retins de gémir juste à temps. Edward à mes côtés était profondément endormi. Je ne pus m'empêcher de m'attarder un long moment sur lui. Il paraissait si paisible dans son sommeil.
Son innocence presque juvénile me frappa et je penchais la main vers lui. Je me retins juste à temps de le toucher, ne voulant pas le réveiller. Ses cernes étaient profondément ancrées sous ses yeux, il avait vraiment besoin de repos.
Ne voulant pas le réveiller, je me levais doucement et marchais jusqu'à mon fauteuil avant de sortir de la chambre. Seule dans le salon, je m'empressais d'allumer la lumière afin de scruter la pièce. Elle était vide.
Une boule dans mon estomac me faisait comprendre à quel point j'étais terrifiée même par ma propre ombre.
Je ne pouvais pas continuer ainsi. Ce n'était pas une vie pour moi et je ne pouvais pas le faire subir à mon entourage. Mais je ne me sentais pas le courage de demander de l'aide à un spécialiste. Etaler mes démons, parler à un inconnu étaient au-dessus de mes forces, je savais que je n'en étais pas capable. J'avais déjà essayé une fois et je n'étais jamais parvenue à me livrer. Je pouvais comprendre que certain en avait besoin et que cela pouvait les aider mais pas moi.
Une rafale de vent particulièrement violente me fit tourner la tête vers la fenêtre, je poussais un cri en voyant quelque chose passait devant la baie vitrée.
Une feuille … ce n'était qu'une feuille.
Consciente que jamais auparavant je n'avais réagi de cette manière, je me maudis intérieurement. Je ne valais pas mieux que ces petites choses fragiles. Je devais reconstruire le mur protecteur autour de moi, il le fallait. Mais c'était comme si les épreuves traversées ces derniers mois étaient bien trop dures pour me laisser reprendre le dessus.
Je devais me ressaisir cela était urgent. Me dirigeant vers mon bureau, totalement aménagé maintenant, j'observais la pièce avec grande attention.
Je savais qu'à un moment ou à un autre il allait falloir que je retourne au travail et Marcus et moi prenions une décision concernant la compagnie.
Ce soir, il avait émis l'envie d'être seul et j'espérais vraiment qu'il s'en sorte sans son frère. Pris d'une idée soudaine, je cherchais mon téléphone avant de chercher le nom de mon associé et de lui envoyer un message pour lui montrer que j'étais là malgré tout.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il me réponde et pourtant quelques minutes plus tard, je reçus une réponse qui me rassura un peu et me fis sourire.
« Ne vous inquiétez pas. Je vais bien. Je n'abandonnerais pas après tout je vais être grand-père ».
Marcus grand père ?
Voilà quelque chose qui devait lui apporter un peu de joie.
« Félicitation, grand père »
Et je le pensais vraiment.
Je reposais le téléphone et fis rouler mon fauteuil vers le bureau.
Je ne savais pas pourquoi j'étais venue ici. Sans doute parce que la petite pièce entourés d'une bibliothèque contenant toute sorte de livres me plaisait. J'enclenchais le bouton marche de l'ordinateur et une douce lumière envahie la pièce.
Mes yeux maintenant habitués à l'obscurité se posèrent sur un cadre photo montrant les visages souriant et pleins de vies de Kiara, Charlotte et Lise. Le cliché daté de plusieurs mois en arrière, au vu de la bouille très jeune de Lise. Je me trouvais derrière elles et même moi je lisais la tristesse de mon regard.
Depuis la mort de Dimitri je m'étais enfermée dans une bulle ou je survivais plus que je ne vivais. Est-ce leur rendre justice que de vivre de cette façon ?
Dimitri était mort pour nous en quelque sorte, Aro aussi maintenant. Ma sœur avait cherché à protéger sa fille et Quil, était mort à cause d'un psychopathe. Quand à mes parents, un chauffeur ivre les avait tués avant qu'ils n'aient pus véritablement nous élever.
Mon enfance était sans aucun doute, l'élément le plus traumatisant de toute ma vie. Comment aurais-je pu faire le deuil de mon mari sachant que je n'avais jamais fait celui de ma famille avant ? Comment aurais-je pu avancer alors que j'avais toujours vécue dans le passé, ne me projetant presque jamais dans l'avenir ?
Ironique de la part d'une personne qui construisait des bâtiments pour durer des décennies et qui passait son temps à réfléchir à l'avenir.
Edward avait raison, je le savais depuis un moment. Je devais tourner la page de mon passé, refermer le livre et faire disparaître mes démons intérieurs.
Et pour cela, j'avais besoin de plus que d'un psy à l'air grave qui me laissait déblatérer sur ma vie merdique depuis 25 ans, et qui me donnait des médicaments destinés à m'abrutir plus qu'à m'aider.
C'était le moment. Après tout, à 30 ans, il était temps de laisser partir mes rêves de petites filles et de penser enfin comme une femme.
L'ordinateur maintenant allumé, produisait un doux ronronnement qui était rassurant.
Quand j'étais à l'hôpital, j'avais eu du temps pour réfléchir et une idée avait germé dans mon esprit. Quelque chose qui pourrait constituer une première étape dans la voix de la guérison.
C'était une épreuve pour moi, je n'étais pas certaine que ça marche, ni si j'avais la force de me lancer dans une telle aventure. Mais je devais frapper un coup fort.
Il fallait guérir. Je me le devais.
Je restais un moment devant le téléphone avant de le prendre et de composer le numéro de Marcus. Une conversation plus tard et l'assurance qu'il s'occupait de tout, que je pouvais régler mes affaires avant de revenir à la compagnie, j'ouvris une page internet.
Durant l'heure qui suivit, je mis tout en place sans me laisser le temps de réfléchir.
Malgré ma concentration, j'entendis parfaitement les bruits légers de pas sur le parquet. La porte grinça quand elle fut ouverte par une petite fille pas plus haute que trois pommes trainant derrière elle une couverture un peu défraichies.
Lise me sourit le visage ensommeillé et se précipita vers moi, le pouce dans sa main. Je la pris dans mes bras et la berçais doucement, lui chantant une comptine qui la détendit.
Elle se rendormit facilement quelques minutes plus tard. Après tout il n'était que 5 heures du matin.
D'autres bruits de pas, se firent entendre un quart d'heure après. Cette fois le bruit était plus sourd et je ne fus pas surprise de voir apparaître Edward. Il esquissa un léger sourire en me voyant derrière le bureau, Lise blottie contre moi.
Il avait le visage endormi lui aussi mais ses yeux étaient alertes.
Je m'écartais du bureau et difficilement approché du petite canapé ou il prit place seulement après nous avoir sorti délicatement du fauteuil et nous avoir posés dessus près de lui.
Durant toute la manœuvre, ma fille n'avait pas bronché toujours abandonné dans les bras de Morphée.
- Tu as fait cauchemar ?
Mon silence ne le dupa nullement et il parut soucieux. De sa main, il pressa mon épaule pour me rapprocher encore de lui. Ma tête se retrouva dans son cou.
Blottie contre lui, j'eus l'impression de respirer mieux.
Je savais que je ne devais pas m'écouter, qu'il fallait se reprendre pour aller de l'avant.
Edward ne pourrait pas être toujours là.
Je le savais. J'allais devoir l'accepter et vivre avec.
Mais comment y parvenir alors que je n'arrivais même plus à rester dix minutes loin de lui ?
- Ca va aller mon amour.
Je pris conscience de mes larmes qu'au moment où il parla. Je m'empressais d'essuyer ses traitresses de mes joues. Je respirai un bon coup et relevais la tête vers lui.
Je restais un long moment à le regarder. Il ne broncha pas à un seul moment et je pus lire jusqu'au plus profond de son âme.
Son amour, sa douleur, son amour et sa dévotion. Pas seulement envers moi.
Le regard dont il couvait Lise était parlant.
- Tu veux bien allé coucher la petite ? Murmurai-je tout bas.
Il m'adressa un léger sourire avant d'enrouler doucement ses bras autour de l'enfant et de la porter.
Il ne fut pas long à revenir et il me rejoignit seulement quelques minutes auparavant.
- Elle dort profondément … elle ne s'est même pas réveillée quand je l'ai déposé sur son lit …
Avant que je n'ai pu dire quoi que ce soit, ses bras étaient sous mes genoux et dans mon dos et il me soulevait comme une jeune mariée, avec autant de délicatesse qu'il venait de le faire avec ma fille.
Je ne prononçais pas un mot alors qu'il me conduisait dans le salon et me déposait sur le canapé devant la cheminée allumée.
Nous étions fin mars, les nuits étaient encore très fraiches. La douce chaleur de l'âtre réchauffée mon cœur et mon corps froid.
Je restai un moment les yeux rivés sur les flammes crépitantes.
- Parle-moi, Bella … je t'en prie … j'ai besoin que tu me parles …
J'aurais aimé répondre à sa requête mais me confier n'avait jamais été dans mon caractère. J'étais dans un état léthargique, loin de ma vie ici, loin de mes enfants et j'ignorais comment en ressortir.
Me retirer dans mon endroit confortable était la meilleure méthode que j'avais trouvée depuis 25 ans. Comment réussir à s'en échapper alors que c'était la seule chose que je connaissais pour survivre ?
Même mon état actuel était inédit pour moi.
Je n'étais pas fragile. Je n'étais pas une mauviette qui pleurait pour un oui ou pour un non. Je ne me laissais pas aller, jamais.
Même avant d'arriver à la tête de la compagnie j'étais comme ça. Il était arrivé à Dimitri de me le reprocher. J'étais trop secrète, trop renfermée.
Quand je me livrais, je ne le faisais jamais totalement. Je ne l'avais jamais vraiment voulu.
Mais la situation actuelle était différente. Edward était différent.
Et aujourd'hui, me confier semblait l'étape essentielle pour pouvoir enfin aller de l'avant.
- Tu avais raison … tout à l'heure … j'ai besoin d'aide …
Il m'écouta ne cherchant pas à m'interrompre. Il semblait attendre la suite, se demandant surement où je voulais en venir.
- Mais … je ne me sens pas le courage … de parler à un inconnu … je n'y arriverais pas …
- Bella … souffla-t-il.
- Attend laisse-moi finir …
Je fixais l'âtre essayant de puiser dans les mouvements des flammes tout le courage dont j'avais besoin pour avouer ce que j'avais sur le cœur.
- Je sais que … je ne peux pas rester comme ça … ce n'est pas une vie … pour personne … mais je ne suis pas prête à aller voir un inconnu … parler de tout ce que j'ai dans la tête à quelqu'un qui me fait asseoir sur un divan, et me bombarde de questions sur ma vie misérable, très peu pour moi. J'ai déjà essayé …
Je me tus trop tard pour reprendre les mots que je venais de laisser échapper. Je n'avais pas voulu le lui dire, je voulais garder ça pour moi.
Je ne tirais de cette expérience qu'encore plus de larmes et de souffrances. La femme à laquelle j'avais consulté avait cherché à me bourrer de cachets et m'avait conseillé une clinique pour me « remettre sur pieds ». J'étais partie en courant et avait ordonné à Dimitri de ne plus jamais prendre ce genre de décision à ma place.
Il avait beau être le psychiatre le plus réputé de Manhattan il était hors de question que je me retrouve de nouveau dans son cabinet.
- Quand ?
- La première année de mon mariage avec Dimitri … j'étais enceinte de Charlotte … Dimitri m'avait conseillé d'essayer de voir quelqu'un. Selon lui, il était nécessaire de tourner la page de mon passé avant la naissance de notre fille.
« Quand je suis revenue de la consultation j'ai hurlé si fort dans la maison que même Aro et Marcus ont été obligé de débarquer pour me calmer. C'est eux qui ont demandé à Dimitri de laisser tomber. Ils pensaient que ça devait être ma décision, que si je voulais consulter quelqu'un je devais le faire selon mes envies.
« On en a plus jamais reparlé …
Je sentis ses mains s'enrouler délicatement autour de mes bras pour me rapprocher de lui. Il était clair qu'il semblait s'en vouloir de ses paroles. Mais comment aurait-il pu savoir que j'avais tenté déjà ce genre de thérapie ?
Et après tout, Aro et Marcus n'avaient-ils pas raison ?
Si j'étais celle qui décidait de consulter un spécialiste, les choses pourraient surement se passer autrement.
Mais je n'étais pas prête à prendre ce genre de décision pour le moment.
- J'ai toujours eu l'impression que je devais faire quelque chose … sans avoir jamais eu le courage de le faire …
Je m'écartais de lui et plongeais ma main dans ma poche avant de lui tendre les papiers. Il parcourut les documents fronçant les sourcils. Je savais quel genre de question devait lui traverser la tête.
- La dernière fois que j'ai mis les pieds dans cette partie du pays, j'avais 18 ans. Je me suis enfuis le jour de ma majorité avec une Kiara encore petite sous le bras et je me suis jurée de ne plus jamais y retourner. Mais si je veux affronter mon passé, c'est par là que je dois commencer … Seattle et Forks … l'endroit où tout à commencer … là où ma famille est enterrée …
- Tu es sûr de toi ? Souffla-t-il difficilement en regardant la réservation d'hôtel qu'il tenait dans les mains.
- Non … mais il le faut …j'ai arrangé les choses avec Marcus … il m'encourage à y aller. J'emmène les filles avec moi. Je ne sais pas si c'est une bonne idée mais j'ai besoin de les avoir près de moi … et j'aimerais que tu viennes avec nous …
- De toute manière, il est hors de question que tu partes d'ici sans moi …
Je lui adressais un sourire de reconnaissance soulagée dans mon fort intérieur de l'entendre.
- Tu es vraiment sûr ? Et si cela se révélait plus dur que tu ne le penses ? Et si ça ne faisait qu'empirer les choses ?
Il était vraiment inquiet, semblait vouloir me dissuader de le faire mais je ne pouvais pas renoncer à ça. Pas maintenant que ma décision avait enfin été prise.
- Je ne suis pas sûre de beaucoup de choses … mais ça je le sais …
- Tu pourras compter sur moi, à chaque instant …
Le destin était scellé.
Quoi qu'il advienne, demain nous prendront le jet privé de la compagnie et nous atterrirons à l'aéroport de Seattle dans la journée.
J'ignorais si il s'agissait d'une bonne idée ou non, ou même si cela allait arranger les choses, mais je devais trouver un moyen pour sortir de cet état léthargique dans lequel j'étais.
Pour le bien de tous.
Alors qu'en pensez vous ? Il me tarde de connaître vos avis ^^
Dans le prochain chapitre le voyage à Seattle, le retour aux sources !
Bonne semaine à toutes !
A bientôt
