Note de l'auteur :

Merci à tous ceux qui ont lu ma fanfiction jusque là, et m'ont laissé des reviews, placé dans leurs favoris ou ont décidé de suivre la publication d'Une route à parcourir à deux. Je suis extrêmement touché et je ne sais pas quoi dire. Jamais je n'aurais pensé qu'autant de personnes s'intéresseraient à mon travail, et surtout en si peu de temps.

Je sais que la communauté française des fans de Zootopie est beaucoup plus réduite que l'anglaise, et parfois je regrette de ne pas savoir aussi bien écrire l'anglais que je ne sais le lire. Mais pour rien au monde je ne regretterais de bénéficier d'un public moins large, car celui dont je dispose ici, quoique plus réduit, n'en est pas moins de qualité!

Merci à vous tous. Et désolé pour le petit cliff de fin de chapitre. Je n'en dis pas plus, vous aurez la suite bientôt.


Chapitre 3 : Home sweet Home

Ils arrivèrent devant le 1955 Cypress Grove Lane une vingtaine de minutes plus tard. Sur le chemin les menant de l'épicerie jusqu'au bloc d'appartements où vivait Nick, ce-dernier s'était montré chaleureux et agréable, désireux de changer les idées de Judy, qui semblait toujours légèrement affectée par sa confrontation avec la tenancière de la superette.

La lapine tentait de faire bonne figure. Elle savait que les lapins étaient reconnus pour être de grands émotifs, et répugnait à adhérer au calque de ce stéréotype… Elle s'était bâtie une armure psychologique relativement solide, surtout après ces quelques mois passés à l'académie. Bien entendu, elle avait conscience que sa sensibilité n'était pas en béton armé, et qu'elle avait des failles, comme tout le monde, mais elle répugnait à les exposer aussi ouvertement. Deux fois dans la même journée, elle n'avait pas été en mesure de retenir ses larmes, et avait fini en pleurs dans les bras de Nick. Non pas que cette dernière partie ne lui déplaise, mais elle regrettait d'exposer ainsi ses faiblesses. Cependant, c'était plus fort qu'elle… Elle souffrait d'un sentiment de culpabilité extrême qui n'avait fait que se fortifier au cours des trois mois précédents. Avoir résolu l'enquête et mis les véritables responsables du complot sous la lumière des projecteurs avait aidé à remettre les choses en perspective, bien entendu… Mais comme l'avait souligné la chacal tantôt, les choses ne s'arrangeraient pas si facilement, même si on avait à présent mis un visage sur l'origine du mal. Les intentions de Bellwether seraient exposées au grand jour, et les prédateurs sauraient qu'ils avaient été victimes d'un complot orchestré par des proies, pour le triomphe et la gloire de ces mêmes proies. Quelles conséquences pour la cité ? Pour les deux groupes ethniques ? Pour la paix et la fraternité qui conditionnaient l'image de Zootopie ? Mais également pour elle-même ? Elle serait vue comme une partisane des idéaux de Bellwether, à cause de cette fichue conférence de presse… Elle devait arranger ça. Trouver un moyen de redorer son blason tout en apaisant les tensions qui ne manqueraient pas de naître et de s'accroître… Elle se sentait impuissante, sur l'instant, et franchement perdue.

Nick ne comprenait que trop bien les sentiments contradictoires qui agitaient Judy en cet instant, et à quel point elle pouvait en souffrir. Elle expérimentait pour la première fois un jugement unilatéral à son encontre… Un jugement que sa conduite avait peut-être stimulé, bien que cela fût une erreur unique et isolée. Mais parfois, un seul faux pas suffisait pour être marginalisé. Pour avoir expérimenté cela une bonne partie de sa vie, Nick comprenait concrètement ce qu'elle ressentait en cet instant. Appartenir à l'espèce des renards, et en être réduit à agir de la façon dont tout le monde s'attendait à le voir se comporter… Bien entendu, c'était une voie sans issue. Mais sa rencontre avec la lapine avait remis les choses en perspective. Au-delà de leurs erreurs mutuelles, ils étaient capables d'aller au-delà de ce que la société, voire le monde tout entier, pouvait leur imposer. Et pour cela, ils leur suffisaient de rester soudés et de croire l'un en l'autre. Judy avait fait cela pour lui. L'importance de son geste était de l'ordre d'un mouvement qui redéfinit une existence toute entière, et sans doute ne se rendait-elle-même pas compte de la portée de ses actes… De tout ce qu'elle lui avait apporté.

Forcément, cet état de fait à l'esprit, il était difficile pour Nick d'accepter que son amie soit à ce point abattue. Sans doute aurait-elle besoin d'un peu de temps, en plus de soutien. Mais tout finirait par aller mieux et s'arranger. Judy était une bonne âme, fait assez rare à cette époque… Elle trouverait un moyen de le démontrer, et les gens finiraient par oublier ses menues erreurs. Après tout, son leitmotiv était de contribuer à rendre le monde bien meilleur. Si elle avait réussi à rendre son monde à lui meilleur, alors elle parviendrait sans doute à en faire autant pour celui des autres. Et lui qui avait fini par considérer son cas comme étant désespéré depuis des années, voilà qu'il devenait optimiste. Cette pensée lui arracha un petit rire.

« J'ai dit quelque chose de drôle ? » s'étonna Judy en tournant vers lui un visage surpris.

Nick resta interdit un instant. Visiblement, Judy lui parlait depuis un petit moment, mais perdu dans ses pensées, il n'y avait pas prêté attention. Il grimaça légèrement, préférant jouer la carte de l'honnêteté.

« Désolé, Carotte. » s'excusa-t-il. « J'étais en mode veille au cours des dernières minutes, du coup j'ai pas du tout suivi les dernières bribes de la conversation. »

La lapine leva les yeux au ciel pour témoigner de son sentiment vis-à-vis de la distraction de son interlocuteur, avant de répéter la question qu'elle lui avait posé avant que ses propres pensées ne le pousse à rire de lui-même.

« Je te demandais si tu habitais ici depuis longtemps. »

Accompagnant le geste à la parole, elle désigna le bloc d'appartements devant lequel ils avaient stoppé. Ces logements de la ville étaient anciens et quelque peu vétustes, mais relativement courants dans les quartiers limitrophes de Savannah Central. On y trouvait généralement des familles aux revenus modestes, ou des jeunes mammifères démarrant dans leurs carrières, et n'ayant pas encore les moyens de s'offrir mieux. Judy le savait mieux que personne puisqu'on lui avait proposé de louer un studio dans les combles d'une résidence de ce type… Un standing de qualité très médiocre, mais toujours au-dessus de son budget des plus limités. D'autant plus qu'aucun propriétaire ne l'avait prise au sérieux lorsqu'elle avait précisé son espèce et la profession qu'elle allait occuper à Zootopie. Un lapin flic ? Ils ne lui donnaient certainement pas deux semaines avant de démissionner, et donc de rendre les clés de l'appartement. Un investissement en paperasse et en temps inutile pour eux… Ils avaient des locataires potentiels plus sérieux avec lesquels traiter. Eh oui, Judy avait fait face à ce type de discrimination, elle aussi, ce qui l'avait conduite au seul logement dans ses moyens, où ce qu'elle était comme ce qu'elle voulait faire n'avaient aucune forme d'importance, pour peu que le loyer soit payé en temps et en heure : les appartements de prestige du Grand Pangolin.

« Heu… Y vivre est un bien grand mot, étant donné ma tendance à virevolter d'un endroit à un autre. » répondit Nick d'un ton évasif. « Mais disons que c'est mon adresse postale… Et grosso modo, le plus « chez moi » de tous mes « chez moi ». ».

Judy le jaugea d'un air méfiant, peu convaincue par son explication. Elle flairait quelque chose de louche là-dessous. Rien d'étonnant, après tout, étant donné le passif de Nick. Sa vie « professionnelle » n'avait rien de très légale, cela devait donc logiquement impacter sa vie privée, également.

« Je vois… » déclara Judy d'une voix pleine de méfiance. « Garde tes secrets, je ne t'en veux pas. »

« Je n'ai aucun secret ! » répondit Nick sur un ton un peu trop précipité. « J'essaie juste de te fournir une réponse simple sans rentrer dans les menus détails de mon existence compliquée… Tu risquerais de t'endormir. »

« Au contraire, je crois que je trouverais ça passionnant ! »

Nick grimaça un instant avant de secouer la tête en ricanant. « Nan ! Gardons-nous ça pour une prochaine fois, d'accord ? On ne va pas se gâcher la soirée pour des sottises ! » D'un mouvement de la patte, il l'invita à le suivre en direction du hall d'entrée principal de l'immeuble. « Par ici, miss Hopps ! ».

« Je vous suis, Mister Fox ! »

A cette appellation, Nick se figea un instant, avant de se retourner vers elle, un sourcil surélevé et un sourire narquois aux lèvres. « J'en connais une qui va déjà mieux, pas vrai ? ».

« Quoi de plus normal à l'idée de passer une super soirée en compagnie de mon cher ami le renard ? »

« Eh bien ! Je suis comblé par toutes ces marques d'affection, Carotte. Mais ne me mets pas trop la pression, d'accord ? Il se peut bien que tu t'ennuies d'ici peu… »

« S'ennuyer avec toi ? Ca me surprendrait beaucoup. »

Nick secoua la tête, tentant de simuler le désintérêt face à ces compliments successifs, mais le sourire dont il n'arrivait plus à se départir rendait la manœuvre quelque peu désuète.

Judy le suivit dans le hall d'entrée délabré de l'immeuble. Le bloc était visiblement peu entretenu, et ses occupants manquaient clairement d'éducation, étant donné la nature colorée des tags qui recouvraient chaque recoin de mur. Nick passa devant l'ascenseur sans même y prêter attention, invitant Judy à le suivre dans la cage d'escalier.

« Je l'ai vu marcher une fois en six ans seulement. » commenta Nick d'une voix rieuse. « Et j'ai même pas pu en profiter… Une heure après, il était de nouveau en panne. Je suppose qu'ils ont renoncé face à un cas aussi désespéré. »

Judy se contenta de sourire d'un air gauche, ne trouvant pas grand-chose à dire à la situation. On n'était certes pas au niveau des logements du Grand Pangolin, mais « misérable » semblait être un adjectif adéquat pour qualifier les lieux. La lapine se retint de tout commentaire jusqu'à ce qu'ils atteignent le septième étage. L'ascension éveilla la douleur dans son mollet, mais ses capacités pulmonaires ne furent pas affectées (son endurance cardiaque était à toute épreuve après l'entraînement drastique qu'elle s'était imposée à l'académie, et qu'elle avait maintenu par la suite)… On ne pouvait pas en dire autant de Nick, qui aspirait l'air à grande goulée une fois le septième palier atteint.

« Nick Wilde, Nick Wilde… Il va falloir faire quelque chose pour ce petit cœur et ces pauvres poumons dans les deux prochains mois, où ils ne survivront pas à six mois d'académie de police. » déclara Judy d'un air taquin, ce qui lui valut un regard un peu vexé de son ami.

« Comment, Carotte ? Tu remets en cause les qualités exceptionnelles de l'appareillage Wilde ? Dix mille années d'évolution battent la cadence derrière cette poitrine musculeuse. Un don de Mère Nature à tous les renards. Nous sommes des sportifs nés. »

Judy étouffa un rire spontané face aux gesticulations ridicules de Nick, qui gonflait le peu de muscles dont son corps quelque peu malingre disposait. Il avait malgré tout bel air, il fallait bien l'avouer. Sans doute serait-il à tomber, après six mois passé à sculpter ce petit corps. Judy se sentit rougir à cette pensée, et craignant de voir naître une nouvelle vague de chaleur, elle força son esprit à se focaliser sur des choses plus terre à terre. Les carottes. Carottes délicieuses plantées dans la terre toute boueuse. Voilà une pensée saine, s'imposa-t-elle mentalement. A chaque fois qu'il te viendra des idées déplacées vis-à-vis de Nick, représente-toi ces innocentes petites carotte dans leurs champs innombrables, sous un arc en ciel scintillant.

« Carotte, t'es toujours là ? »

« Qu… Quoi ? Quelles carottes ? »

« Celle-là ! » explicita Nick en lui infligeant une pichenette sur le front, qui la fit tressaillir. Judy lui lança un regard désapprobateur en se frottant la tête, l'air gêné, avant de ricaner doucement.

« C'était à mon tour d'être ailleurs, il faut croire ! »

Nick haussa les épaules avant de se détourner, l'invitant à le suivre dans le couloir qui desservait une série de portes ouvrant sur les divers appartements du septième étage. Ils s'arrêtèrent au niveau de la dernière porte. Judy ne put s'empêcher de remarquer la sonnette toute particulière de Nick : « Entreprise Wilde&fils – Bureau central ».

« Wilde&fils ? » demanda-t-elle, intriguée.

Le renard sursauta à la seule évocation de ce mot, et enfonça la tête entre ses épaules, ses oreilles se plaquant instinctivement en arrière.

« L… Laisse tomber… » commenta-t-il simplement avant de se hâter pour trouver son trousseau de clés, qu'il extirpa de la poche de son pantalon d'une patte quelque peu tremblante.

« D'accord… » se contenta de répondre Judy, peu désireuse d'insister sur un sujet qui, manifestement, mettait le renard très mal à l'aise. Nick avait-il un fils ? s'interrogea-t-elle. D'un seul coup, elle fut horrifiée de constater qu'elle en savait finalement très peu sur la vie privée et le passé de celui qu'elle considérait pourtant comme l'ami le plus proche qu'elle n'avait jamais eu. Cette pensée la chagrina quelque peu, mais elle n'eut pas vraiment l'occasion de s'y perdre, car un déclic métallique se fit entendre, signe que Nick était finalement venu à bout de son verrou. La porte s'ouvrit à la volée, et, dans une attitude toujours un peu angoissée, Nick poussa doucement Judy vers l'intérieur, comme pour l'éloigner le plus vite possible de cette sonnette pleine de mystères.

Si l'intitulé indiquait « Bureau central », l'intérieur de l'appartement ne laissait en rien augurer d'une quelconque activité professionnelle.

Judy s'était honnêtement attendue à pire. Clairement, la pièce de vie dans laquelle elle déboucha manquait d'une touche féminine… Les lieux étaient investis par un mâle à priori célibataire, qui ne faisait pas grand cas du rangement et de l'hygiène mais qui essayait de maintenir son logement dans un ordre relatif. L'espace principal s'ouvrait sur deux alcôves opposées, l'une servant de salon, l'autre de cuisine, les deux liées par une zone plus ouverte qui faisait office de salle à manger. Pas de vaisselle salle traînant sur la table (l'évier en revanche, présentait un empilement d'assiettes et de bols dangereusement instable), pas de nourriture éparpillée par terre… Quelques affaires sales traînaient, une chemise, un caleçon (Nick se précipita de le repousser sous le canapé d'un mouvement habile de la patte, ce que Judy ne manqua pas de remarquer, bien entendu). La décoration était toute masculine. Des affiches de grands classiques du cinéma, preuve s'il en était que Nick avait bon goût en la matière, un poster graphiquement assez violent d'un groupe de rock nommé Black Sad Bat, que Judy connaissait de réputation. L'ensemble était cependant relativement épuré et bien rangé. Les seuls éléments vraiment chargés étaient l'immense bibliothèque qui occupait le mur du fond, et dont les étagères semblaient prêtes à s'effondrer sous le poids de la multitude de livres qui les surplombaient, ainsi qu'une seconde série d'étagères murales, remplissant l'espace arrière du salon, et qui étaient remplies d'une quantité astronomique de DVDs et Blue-Rays.

Nick tourna les talons pour faire face à Judy, écartant les bras d'un air plein d'humilité, qui ne lui ressemblait pas vraiment, mais qui n'avait pas l'air forcé, pour une fois.

« Bienvenue chez moi, Carotte. Je t'avais dit de ne pas t'attendre à de l'extraordinaire… Mais fais comme chez toi. »

La lapine continua à scruter les lieux avec intérêt, focalisant son attention sur les moindres détails tout en demeurant silencieuse, ce qui eut vite le don de mettre Nick un peu mal à l'aise.

« Hum… Tu vas dire quelque chose ou tu vas rester là à jouer les inspectrices sanitaires ? »

« Eh bien quoi, Nick ? Tu as besoin d'avoir mon avis sur ton appartement ? Il est très sympa… Tu dois être bien, ici. »

« J'y passe peu de temps, mais quand j'y suis, c'est plutôt pas mal, en effet… »

Ayant lâché ces mots, Nick se dirigea vers la cuisine pour déposer sur le comptoir les deux sacs de course qu'il transportait. Judy le rejoignit pour y ajouter celui qu'elle avait porté tout au long du chemin. Elle lança un regard en biais au renard, et se trouva un peu éperdu devant l'énigme que représentait son expression actuelle, sorte de mélange d'inquiétude, de détachement et de fatigue.

« Hey… » lâcha-t-elle d'une voix qui se voulait rassurante, en posant une patte délicate sur son avant-bras. « Tout va bien, Nick ? ».

« Excuse-moi, Carotte. » répondit-il sur un ton rassurant en lui offrant un doux sourire. « Je n'ai pas l'habitude de recevoir… Ca fait si longtemps, tu comprends… Ouvrir ma porte à quelqu'un, c'est… »

« Je comprends, Nick… » répondit-elle en hochant la tête, avant de reculer d'un pas. « On a tous besoin de voir notre espace intime respecté. Je… Je vais trouver une autre solution pour ce soir, il ne faut pas t'en faire. »

Nick secoua la tête en fronçant les sourcils, comme si ces paroles venaient de lui donner un électrochoc. Il l'agrippa par la patte, stoppant son mouvement de recul. « Arrête tes bêtises, Carotte ! Ta présence ne me dérange pas du tout. Au contraire. Mets-toi à l'aise. Je vais ranger ces courses. »

Il lui fit un petit geste de la main en direction du salon, et elle se contenta de répondre par un hochement de tête. Plus elle passait de temps à ses côtés, plus elle apprenait à appréhender les différents aspects de la personnalité du renard. Le Nick sensible qui lui faisait actuellement face, secret et renfermé, était sans doute le plus insondable auquel elle avait été confrontée jusqu'alors. Alors qu'elle aurait dû se sentir mal à l'aise à l'idée de passer la soirée chez lui, abusant ainsi de son hospitalité, il semblait finalement que la gêne soit pire pour lui, pour une raison étrange qui échappait encore à la lapine. Contre toute attente, ce serait à elle de faire ce qu'il faudrait pour essayer de le mettre à l'aise… Dans son propre appartement. C'était plutôt étrange, mais rien d'insurmontable aux yeux de Judy.

Tandis que Nick remplissait ses placards et son frigo de nouvelles victuailles, la lapine s'attarda à contempler la collection impressionnante de films du renard. Il y avait de tout, mais essentiellement des grands classiques du cinéma, ou des réalisations à la qualité reconnue. Judy se considérait elle-même comme une cinéphile, et de fait, il y avait peu de ces œuvres qu'elle n'avait pas déjà vues au moins une fois. Tandis que son regard défilait le long de l'une des étagères les plus basses, ses yeux s'écarquillèrent, et elle poussa un petit hurlement de surprise.

Nick sursauta à ce son inattendu, et se précipita dans le salon, craignant que Judy se soit fait mal. La lapine l'accueillit avec une vieille boite en carton bosselée entre les pattes, un sourire extatique aux lèvres.

« Oh ! Mon ! Dieu ! » déclara-t-elle d'un ton euphorique. « Tu as Fur Fighter 2 ! Le meilleur jeu-vidéo du monde ! »

Nick resta un instant interdit, scrutant l'expression extatique de Judy, avant de finalement laisser les murs de son flegme se briser devant ce visage rieur et diaboliquement adorable. Il prit une pose plus dolente et lui offrit un sourire taquin. « T'es pas un peu jeune pour connaître ça, Carotte ? »

« Arrête, papy Nick ! Je ne suis pas beaucoup plus jeune que toi ! Bien sûr que je connais. »

« Près de six ans plus jeune, Carotte. C'est déjà pas mal. Mais on te pardonnera car il semble que tu aies bon goût en matière de divertissement vidéoludique. »

Judy trépigna d'excitation en dévorant la boîte des yeux, ses pattes tapotant avec virulence sur le parquet. Nick dût se retenir pour ne pas pouffer de rire face à une manifestation aussi extravagante de joie.

« La Super Fuzztendo est la seule console de jeu que mes parents nous aies jamais acheté ! On n'a jamais vraiment eu les moyens pour ce genre de choses, mais ils en avaient trouvé une d'occasion chez un revendeur de Triffouillis-Les-Salades ! Il la leur avait vendu avec Fur Fighter 2 ! On a passé des heures et des heures sur ce jeu… A un tel point qu'on a fini par faire griller la console… »

A cette pensée, son expression se fit plus maussade, tandis que ses souvenirs heureux se transformaient en déception infantile. « Bien entendu, on a eu beau en réclamer une nouvelle tous les Noël, on n'a jamais eu la chance d'en voir une reparaître dans notre salon. Maman était contre. Elle a une aversion pour les jeux-vidéo. Elle s'est persuadée que c'était à cause de ça que je m'étais mise en tête de vouloir botter les fesses de tout le monde et de devenir flic ! »

« Et elle avait tort ? » demanda Nick d'un air suspicieux un peu forcé.

« Voyons Nick ! Tu crois franchement qu'un stupide jeu vidéo aurait pu influencer les décisions qui m'ont mené à faire les choix m'ayant amené à devenir ce que je suis aujourd'hui ? »

« J'en sais rien. » répondit-il d'une voix rieuse. « Tout ce que je sais, c'est que quitte à donner une raison pour laquelle tu as choisi de faire flic, il y a difficilement moyen de faire plus classe que de déclarer avoir fait ce choix en hommage à Fur Fighter 2 ! ». Et pour couronner sa tirade, il lui offrit un salut officiel, qui eut au moins le mérite de la faire sourire.

« Plutôt moyenne, celle-ci, Nick. » rétorqua la lapine sur un ton critique.

« Que tu dis ! »

Devant son hochement de tête réprobateur, le renard redressa l'index, une idée s'illuminant en son esprit. « Et si on tranchait la question dans un duel sur l'honneur ? » proposa-t-il. « Celui qui met l'autre en pièces à Fur Fighter 2 l'emporte ! »

A cette proposition, les yeux de Judy s'illuminèrent et un large sourire fendit son visage. « Ne me dis pas que tu as une Super Fuzztendo ? ».

Plutôt que de répondre à la question, Nick se dirigea vers le meuble télé, sur lequel trônait un magnifique écran plat haute définition flambant neuf, et fit coulisser un panneau de bois, révélant une box 4G, une console de jeu dernière génération, mais également, une vieille Super Fuzztendo qui, malgré son âge avancé, semblait en parfait état. A sa seule vue, Judy ne fut plus de joie, et poussa un petit cri de contentement.

« Ca me rappelle tellement de souvenirs ! » commenta-t-elle ! « J'étais une vraie terreur à ce jeu ! J'invitais mes amis pour leur mettre des dérouillées des après-midi entières… Certains d'entre eux n'ont plus jamais voulu m'adresser la parole après ça ! Hahaha ! »

Nick avala à sec devant la face maléfique de Judy la compétitrice acharnée, mais visiblement, il était trop tard pour faire machine arrière, car elle se précipitait déjà à ses côtés, la cartouche de jeu rétro entre les pattes. Alors qu'elle l'enfonçait dans la console, elle lança un regard en biais à Nick, où brûlait déjà une énergie conquérante absolument terrifiante.

« Alors, que parie-t-on, au juste ? Je te déconseille de proposer quelque chose de trop humiliant, car ça pourrait très vite se retourner contre toi, très cher ! »

« Peuh ! Qu'est-ce que tu crois ? Tu n'es pas la seule à avoir la patte experte sur ce type de divertissement, Carotte ! ». Le ton légèrement méprisant avec lequel il avait déclaré cette dernière phrase fit naître un sourire délicieusement cruel sur le visage de Judy, ce qui fit une nouvelle fois frissonner le renard. Surpris de sa propre réaction de crainte, mais néanmoins sûr de ses capacités, Nick gardait surtout à l'esprit qu'il jouait encore régulièrement au jeu avec Finnick (à qui il collait des pâtées monstrueuses, avant de se voir gratifier de violences beaucoup moins virtuelles lorsque le fennec perdait pied et explosait de rage), tandis que Judy n'avait visiblement pas pratiqué depuis l'enfance. Un pari facilement gagné, donc. Quitte à l'emporter, autant en profiter pour déstabiliser un peu Judy, histoire de lui faire perdre un peu de cette confiance suffisante qu'elle affichait à présent.

« Eh bien… Le perdant sera contraint de faire un massage au gagnant.»

Judy écarquilla les yeux face à la proposition et se trouva fortement déstabilisée. Exactement ce que Nick avait prévu. Toujours faire en sorte de perturber son opposant avant de passer aux choses sérieuses… Cela lui fera commettre des erreurs. Une règle de base connue de n'importe quel arnaqueur.

La lapine restait béate devant la proposition du maître des lieux, et fit un effort intense sur elle-même pour retenir la nouvelle vague de chaleur que cette dernière tirade avait fait naître au creux de son estomac. Néanmoins, un peu de cet effluve dû s'échapper, car Nick fronça légèrement les sourcils en écartant les naseaux, semblant saisir cette nouvelle variation olfactive. Il cherchait à la déstabiliser, assurément. Eh bien soit, elle ne se retrancherait pas derrière le paravent de sa timidité, cette fois-ci, et elle le confronterait sur son propre terrain.

« D'accord ! » répondit-elle avec un grand sourire. « Mais un massage appliqué, alors ! »

Un peu perturbé par son absence d'hésitation et la certitude manifeste de sa voix, Nick hocha la tête, restant silencieux tandis qu'il déroulait les câbles des manettes avant de les raccorder à la console. Il tendit l'un des deux contrôleurs à Judy, qui s'assit directement par terre, à califourchon, et redressa des yeux avides vers la télévision. Lorsque le jingle d'introduction du jeu se fit entendre, elle le fredonna avec amour, se souvenant à la perfection de chaque note et de chaque mesure. Cela n'était pas pour rassurer le renard… Visiblement, elle avait vraiment passé des heures et des heures sur Fur Fighter 2. Dans quoi t'es-tu fourré, Nick ? eut-il le temps de se demander avant qu'elle ne le presse de lancer le mode Versus.

Sans hésiter, Judy se précipita pour sélectionner son combattant préféré, et Nick ne fut pas surpris de la voir sélectionner Doguile, le chien militaire justicier, avec sa coupe punk démentielle. Sans doute le personnage le plus proche de ses aspirations et de ses idéaux… et celui qu'elle avait dû le plus pratiquer, à l'époque. Nick fut plus lent à choisir, se décidant finalement pour le personnage qu'il maîtrisait le mieux, à défaut d'être le plus instinctif à prendre en main, Sagbat, une chauve-souris colossale, borgne et bodybuildée.

« Han ! Je vois que tu ne tombes pas dans la facilité, Nick. J'aime ça, vraiment. » commenta Judy face à son choix, avant de sélectionner une arène au hasard.

Le compte à rebours du combat s'amorça, et le renard eut encore le temps de saisir au vol un ultime regard de la lapine. Elle le jaugeait du coin de l'œil, un sourire impatient aux lèvres. Attends un peu, ma vieille, pensa Nick. Je vais directement commencer par un bon combo destructeur, pour te montrer que je ne rigole pas et que je sais ce que je fais.

Il se lança sans attendre, effectuant une combinaison parfaite… Qui ne toucha pas. Judy anticipa son action, comme si elle avait lu clair dans son jeu, et le punit immédiatement d'un enchaînement dévastateur dont il ne put se remettre. En même pas dix secondes, la partie était pliée.

Alors que le Round 2 se préparait, Nick sentit la sueur perler sous la fourrure de son front. Il avala à sec en croisant du coin de l'œil le regard machiavélique et le sourire satisfait de Judy. Le combat fut sans surprise… Elle eut même le toupet de lui placer un PERFECT. Pas un seul de ses coups n'avait réussi à passer. Il n'y aurait pas de troisième manche… Elle avait déjà gagné.

Un peu dépité, Nick posa la manette devant lui. « Eh bien… » commenta-t-il d'un ton neutre. « Pas étonnant que tu n'avais pas un seul ami si tu les invitais pour leur infliger ça. »

« Héhé… On dirait qu'en plus de devoir me préparer à manger, un certain renard va également m'offrir un massage ce soir… » le taquina Judy d'une voix légèrement langoureuse. Et pour le coup, cette fois, ce fut au tour de Nick de ressentir une sensation étrange au fond de son estomac. Il se racla la gorge, avant d'hausser les épaules.

« Tout était prévu depuis le début, Carotte. J'ai fait exprès de perdre car je brûlais d'envie de te faire l'honneur de l'un de mes fameux massages. Les rares personnes à en avoir bénéficié ont prétendu que mes pattes avaient été bénies par les anges, et qu'arrivés en bout de course, ils avaient l'impression d'entendre résonner les cloches du Paradis. »

« Han ! Quel beau parleur. Dans ce cas, que dirais-tu d'une revanche, sans pari à la clé pour influencer ton incroyable niveau de jeu, hmm ? Je brûle d'envie de me mesurer à toi sans que tu te sentes obligé de me concéder la victoire. »

« Oh, tu sais, Carotte, il serait peut-être temps que je me mette aux fourneaux… » prétexta Nick d'une voix faussement sincère, essayant d'éluder le fait que se prendre une nouvelle déculottée ne l'amusait pas tant que ça. Il comprenait ce que ressentait Finnick, à présent.

« Oh, s'il te plaît…. Niiiick… »

Le renard essaya de s'empêcher de croiser le regard suppliant (et diaboliquement mignon) de la lapine… Mais c'était peine perdue. A peine eut-il entraperçu ces grands yeux violets humides, plissés dans une courbe suppliante, qu'il était déjà trop tard. Il poussa un soupir face à sa propre faiblesse, et concéda : « Bon, d'accord. Une dernière, alors ! »

« Chouette ! Haha ! Il faut dire que la première n'a pas duré plus d'une minute, alors je serais un peu frustrée d'en rester là ! »

Bien sûr, il fallait qu'elle fanfaronne, en plus. Bien. Cette fois Nick allait changer de stratégie. Il ne retomberait pas dans le piège de l'assurance éhontée, et se cantonnerait à des classiques qu'il maîtrisait sur le bout des doigts : à savoir sélectionner Furyu, le lama karatéka au bandeau rouge caractéristique, jouer entièrement sur l'esquive et le recul tout en spammant le coup le plus célèbre de la franchise, la boule d'énergie, quart de cercle droit plus punch. Pawouken !

Judy se cantonna à son grand classique, sélectionnant à nouveau Doguile, tout en pouffant de rire lorsque Nick arrêta son choix sur Furyu, le personnage le plus simple à manier du jeu, dont il était également la mascotte et l'égérie.

« J'espère que tu n'as pas l'intention de faire ce que je pense que tu vas faire… » commenta-t-elle ironiquement alors que le compte à rebours marquant le début du combat s'affichait à l'écran. Nick empoigna sa manette plus fermement, piqué par cette dernière provocation qui le laissait craindre que Judy ait lu clair dans sa stratégie, une nouvelle fois, et allait certainement la contrer sans ménagement… Ce qui bien sûr arriva. Nick resta estomaqué en la voyant enchaîner glissades et saut pour esquiver les tirs de Pawouken, avant de le bloquer dans un coin pour l'empêcher de fuir, et le rossant en deux combos bien placés, achevant l'humiliation par un nouveau PERFECT.

« Oh mon dieu, Nick ! » s'esclaffa Judy. « Jacquie, la seule de mes sœurs qui acceptait encore de jouer avec moi de temps en temps, en arrivait toujours à essayer de s'en sortir avec cette stratégie, au bout d'un moment… Laisse-moi te dire que c'est la pire ! Il n'y a rien de plus facile à contrer ! »

« Je vois. » répondit froidement Nick en déposant la manette au sol avant de se redresser, essayant de faire bonne figure et de paraître digne, en dépit du fait que Judy venait de comparer ses compétences de joueur à celle d'une petite lapine désespérée de neuf ans.

« Allez, ne te vexe pas, Nick. Tout le monde a ses mauvais jours. Tu veux en refaire une autre ? Je serai plus gentille, cette fois. »

« Ça ira, Carotte. Je pense que mon amour-propre a été assez piétiné pour ce soir. » répondit Nick sans méchanceté. Visiblement, Judy était terrible dès qu'il s'agissait de compétition… Et elle n'avait pas la victoire humble. Mais le renard ne s'en formalisa pas. Il n'y avait rien de malveillant là-derrière et il supposait même qu'elle cherchait seulement à le taquiner un peu, lui rendant la pareille de toutes ses provocations pour une fois qu'elle avait l'ascendant sur lui.

Un peu dépitée, Judy acquiesça, avant d'éteindre la console. Nick l'aida à se redresser, avant de jeter un coup d'œil à son mollet. Le bandage avait l'air propre, mais il était sans doute grand temps de le changer.

« Je vais nous préparer quelque chose à manger. Tu devrais en profiter pour aller refaire ton bandage. La salle de bain est au fond à droite du couloir. »

« Ça te dérange si j'en profite pour me débarbouiller un peu ? » demanda timidement Judy. « La journée a été rude et riche en action… Je ne serais pas contre une petite douche… Sans vouloir abuser. »

Nick acquiesça, essayant de dompter son esprit pour l'empêcher d'imaginer son amie nue sous la douche. Sa douche. Dans sa salle de bain. Dans son appartement. Il se mordit la langue en sursautant légèrement avant de secouer la tête.

« Aucun problème, Carotte ! Je te l'ai dit : fais comme chez toi. Mi casa es tu casa. Les serviettes sont dans le meuble sous l'évier. J'ai un séchoir si tu veux que ça aille plus vite. Tu sais comment ça marche, n'est-ce pas ? »

Judy opina du chef pour confirmer, avant d'ajouter : « Bien entendu. Quand tu as autant d'enfants que mes parents, tu es obligé d'investir dans du matériel d'entreprise ! On avait tout ce qu'il fallait de ce côté-là ! »

« Beaucoup d'enfants, hein ? C'est-à-dire ? »

« Deux cent soixante-seize ! » répondit fièrement Judy, comme si c'était là la chose la plus normale au monde. Elle se détourna de lui pour se diriger d'un pas guilleret vers la salle de bain, manquant de remarquer l'expression estomaquée qui s'était figée sur le visage de Nick au moment de cette révélation incongrue.

La salle de bain de Nick était petite, mais pratique. Elle comportait une cabine de douche et une baignoire, cette dernière étant actuellement occupée par un Tancarville recouvert de vêtements mis à sécher sans doute depuis un petit moment, mais que leur propriétaire n'avait pas encore pris le temps de dépendre, et encore moins de repasser. Judy se demanda si Nick s'occupait lui-même de son linge, où s'il passait par un pressing pour s'en charger. S'il se faisait vraiment deux cent dollars par jours, comme il le prétendait, il aurait eu tort de s'ennuyer encore avec des tâches aussi rébarbatives. La pensée fusa soudainement, vive comme l'éclair. Rien dans cet appartement, ni dans son mobilier, ni dans son agencement, et encore moins dans sa qualité ou sa taille, ne respirait un luxe reluisant. La seule chose de valeur qu'avait observée Judy était la fameuse télé dernier-cri… Mais le reste était plutôt modeste. Qu'est-ce que Nick faisait de son argent ? Pourquoi continuait-il à vivre dans ces conditions s'il avait les moyens de s'offrir bien mieux. Non pas que Judy se soit montrée un seul instant matérialiste ou intéressée… Mais la plupart des animaux tenaient à leur confort. Nick ne pouvait pas faire exception. Elle se promit de le questionner sur le sujet, toute à l'heure, avant de se délester de ses vêtements, et de pénétrer dans la cabine de douche.

Il n'y avait que des gels douche et des shampoings masculins à sa disposition, avec des senteurs très marquées, typiques de ce que les mâles aimaient arborer. Elle préférait les arômes floraux et fruités, mais elle n'allait pas se plaindre de ce qui lui était si généreusement offert, et se frictionna sans y réfléchir à deux fois, appréciant le confort délectable d'une bonne douche chaude, sous laquelle elle pouvait se prélasser un peu plus longtemps qu'à l'habituelle, sans urgence, sans crainte de voir l'eau devenir soudainement glacée parce que les quelques galons mis à disposition étaient arrivés à échéance. Cette simple douche fut pour elle un luxe inestimable, et elle sentit son moral remonter de plusieurs crans à chaque minute passée sous l'eau chaude. Mais elle resta raisonnable, refusant d'abuser de l'hospitalité de son ami, et arrêta le débit avant de s'enrouler dans la serviette qu'elle avait préparé tantôt. Elle se sécha brièvement avant d'aller se glisser sous le séchoir, qu'elle régla en position médium, puis laissa l'air chaud brasser son pelage gris. Elle fut rapidement sèche, bien que sa fourrure soit débraillée. Elle s'autorisa à emprunter le peigne de Nick afin de se redonner une apparence convenable, puis nettoya tout consciencieusement derrière elle.

Enfin, elle s'assit sur le rebord de la baignoire et porta un regard attentif à sa plaie au mollet. Elle n'était pas très impressionnante finalement, mais légèrement boursouflée. Crapahuter toute l'après-midi et une bonne partie du début de soirée n'avait pas été la meilleure manière de laisser sa jambe au repos. Judy haussa les épaules avant d'appliquer la crème antiseptique sur la blessure, et de l'enserrer avec un nouveau bandage propre. Finalement, elle réenfila ses vêtements, un peu écœurée de devoir porter des habits sales alors qu'elle venait de se laver… Mais elle devrait faire avec, n'ayant pas prévu de rechange. La proposition de Nick de l'héberger l'aidait beaucoup, mais elle était partie en toute précipitation, sans prévoir la moindre affaire… Il lui faudrait rentrer au plus vite à Bunnyburrow, une fois que ce qu'elle avait à faire serait réglé. Ses parents devaient être morts d'inquiétude, à l'heure qu'il était. Vu comme elle était partie soudainement, sans leur donner la moindre explication, ils devaient sans doute s'imaginer le pire. Judy se fit une note mentale pour se rappeler de leur passer un petit coup de fil au cours de la soirée, afin de les rassurer.

Elle jeta un dernier coup d'œil dans le miroir, afin de s'assurer qu'elle avait une allure à peu près décente, et acquiesça. En dépit de son air exténué (la journée avait été longue), elle présentait plutôt bien. Satisfaite, elle quitta la salle de bain, accueillie dès sa sortie par une odeur absolument délicieuse en provenance de la cuisine. Judy se rendit alors compte qu'elle mourait de faim, n'ayant rien avalé de la journée. Elle espéra que Nick avait prévu les choses en grand… Il serait sans doute étonné de voir les quantités qu'elle était capable d'ingurgiter. Elle se remémora de bien se tenir à table. Elle ne voulait pas que son ami se fasse d'elle l'image d'une goinfre incapable de se contenir. Mais l'odeur alléchante de la préparation lui faisait craindre de ne pas être en mesure de tenir cette dernière résolution.

Alors qu'elle se dirigeait vers la cuisine pour rejoindre Nick, son regard fut attiré par une succession de photos encadrées, disposées sur un bahut callé contre le mur du couloir menant à la chambre et à la salle de bain. Elle n'y avait pas prêté attention à l'aller, mais maintenant que son esprit était plus détendu, ses sens en éveil aiguisèrent sa curiosité. Jetant un coup d'œil en direction de la cuisine pour s'assurer que Nick ne la regardait pas, et satisfaite de voir qu'il lui tournait le dos en s'affairant aux fourneaux, elle tourna son attention vers les photos.

Elle écarquilla les yeux et sentit son cœur battre la chamade puis se déchirer en deux. La photo centrale présentait Nick aux côtés d'une renarde absolument charmante, vêtue d'une très jolie robe bleue-marine à pois blancs, qui tournait vers lui des yeux emplis d'amour. Ils avaient tous deux l'air parfaitement heureux. Le sourire de Nick, magnifique et sincère, en était la preuve vivante. Mais ce qui acheva d'estomaquer Judy était ce que Nick tenait entre ses bras… Un petit renardeau, qui devait avoir à peu près deux ans, et qui tendait vers lui ses petites pattes rousses.