Chapitre 56 : Dernière étape
Salut tout le monde !
Tout d'abord je vous souhaite à toute une excellente année 2017 ! En espérant que cette année soit meilleure que la précédente …
J'espère en tout cas que vous avez toute passées de bonnes fêtes et que vous avez été gâtées par le père noël ^^
Je suis vraiment désolé pour la très longue attente depuis le dernier post. La vérité c'est qu'il m'a fallu un moment pour arriver à écrire ce chapitre. Je l'ai écrit, réécrit avant d'effacer et de recommencer … enfin je ne suis pas vraiment satisfaite mais voilà le résultat ^^
Pour me faire pardonner (en partie je me doute )) je vous informe qu'il est très long pour une fois (plus de 25 pages word !) ! Il s'agit de l'avant dernier chapitre avant l'épilogue de cette histoire que je ne m'attendais pas à faire si longue.
Allez je vous laisse lire et je vous retrouve en bas !
Chapitre 56 : Dernière étape
PDV Bella
Douze ans.
Douze ans que je n'avais pas foulé le territoire du nord-ouest des Etats-Unis.
Depuis que j'avais repris la compagnie et même avant aux bras de mon mari, j'avais sillonné le pays. L'Europe, l'Australie, l'Amérique du Sud, l'Asie … Je m'étais rendue dans les quatre coins du monde mais je m'étais toujours arrangé pour ne jamais revenir dans l'état de Washington. Je n'en avais jamais eu la force.
Pourtant aujourd'hui il était temps de tourner la page et de se relever.
Quand le jet enclencha sa descente sur l'aéroport de Seattle, mon cœur se mit à battre la chamade et mes mains se couvrirent de sueurs. Edward, comme toujours à l'écoute des moindres de mes réactions, enroula ses doigts autour des miens et je relevais la tête vers lui pour plonger dans l'océan vert de ses yeux.
- Ca va aller …
Ma gorge était trop nouée pour que je parvienne à lui répondre, alors je me contentais d'hocher la tête. Il y eut une légère secousse quand les roues de l'appareil se posèrent sur le tarmac puis après quelques secondes, l'avion s'immobilisa.
Lise et Charlotte se détachèrent et Kiara les poussa vers les portes. Je me levais à mon tour et doucement je marchais à mon tour vers la sortie.
Il aurait été bête de croire que l'air de cette ville était différent de celle de New-York. Après tout, les démons étaient dans ma tête et non dans cette ville.
A la sortie de l'avion, je restais un moment en haut des marches contemplant l'environnement.
Voilà 12 ans que j'avais frôlé cet endroit avec ma fille âgée d'à peine trois ans. Je prenais la fuite en me promettant de ne jamais revenir.
- Maman ! M'appela Lise.
Les filles me regardaient intensément au bas des marches. Les deux plus jeunes ne comprenaient pas pourquoi je regardais autour de moi comme je le faisais mais je savais que Kiara elle en avait parfaitement conscience.
Aidée d'Edward, je finis par descendre les marches. Mon fauteuil m'attendait et je pris place sans me faire prier. Je n'étais pas vraiment prête encore pour le marathon.
C'est sous les babillages de Lise et Charlotte que nous sortîmes de l'aéroport pour rejoindre le parking. Edward avait loué une voiture. Se serait plus facile pour nous de nous déplacer sans être tributaire des taxis et des transports.
Je restais le regard rivé sur l'extérieur ne reconnaissant que peu de choses des lieux. Le contraire aurait été étonnant. Après tout, les choses avaient bien évolué depuis 12 ans. Le ciel gris et l'humidité ambiante par contre étaient bien présents et cela me fit sourire quand le tonnerre gronda.
Je me rappelais à quel point la pluie pouvait me rendre folle quand j'étais adolescente. Ici, le soleil était rare.
Il n'était que onze heures quand nous arrivâmes à l'hôtel. C'était un petit endroit charmant sans prétention, parfait pour passer inaperçu. La dernière chose dont j'avais envie c'est que des journalistes nous reconnaissent et nous pourchassent.
Nous prîmes le déjeuner dans le restaurant adjacent à l'hôtel.
- Que veux-tu faire ? Me demanda Edward après être remonté dans la chambre.
Les filles nous regardaient dans l'expectative. Apparemment tout le monde attendait que je prenne une décision et je baissais les yeux me demandant par quoi commencer.
Je pris une profonde inspiration puis je me lançais. De toute façon il allait bien falloir que je prenne mon courage à deux mains.
- L'orphelinat dans lequel j'ai grandi ne se situe qu'à une dizaine de kilomètres d'ici …
C'était un énorme chalenge pour moi. Je n'avais pas mis les pieds là-bas depuis ma fuite avec Kiara le jour de mes 18 ans.
J'ignorais ce que j'allais trouver là-bas. La directrice peut-être ?
Il y avait de grande chance puisqu'elle n'était âgée que d'une petite cinquantaine d'années à l'époque. Cette femme avait été mon enfer personnel sur terre durant de nombreuses années. Une sorte de sorcière acariâtre qui se pensait au-dessus de nous. Nous n'étions rien de plus que des parasites pour elle, des bons à rien.
Elle avait toujours affirmé que je ressemblais à ma sœur comme deux gouttes d'eau, que nous étions les deux faces d'une même personne, que je finirais comme elle. Qu'importe que je n'aie jamais eu le même comportement, elle me jugeait la digne sœur de Tanya.
Quand j'étais revenue avec Kiara dans les bras, les attaques avaient été encore plus virulentes. Après tout je ne faisais que confirmer ses dires.
Elle n'était tendre avec personne mais c'était encore pire avec ma sœur et moi. Que j'ai toujours eu d'excellentes notes et un dossier scolaire pas si fourni que ça en sanctions, lui importait peu.
Elle ne s'était jamais demandé pourquoi mon comportement était tout autre à l'école qu'au foyer, ne s'était même jamais intéressée vraiment à mon éducation.
Finalement, je m'étais sans aucun doute élevée toute seule.
Quand je posais mes yeux sur mes filles et plus particulièrement sur Kiara, je ne pus m'empêcher de frissonner malgré moi. J'avais beau me dire que j'étais là pour elles, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elles auraient pu vivre la même chose que moi.
- Allons là-bas alors …, approuva Edward en conduisant tout le monde vers la porte.
Le trajet fut particulièrement court à mon sens et bientôt le grand portail de fer rouillé apparut devant mes prunelles. Je frissonnais violemment alors que mes yeux d'adulte, analysés l'endroit où j'avais passé mon enfance. Rien n'avait vraiment changé ici.
Le portail, les grillages, la cour emplies de jouets défraichis, de grands arbres qui en cette fin d'hiver commencé à bourgeonner, les vitres avec les barreaux et les portes fenêtres donnant sur la cantine et sur les dortoirs. Dans le coin le plus reculé, interdit d'accès à l'époque, se trouvait les bureaux du personnel qui devait gérer les enfants.
Le bâtiment était normalement divisé en deux parties. Une première partie accueillant les enfants les plus jeunes et puis ceux qui avaient plus de 4 ans regroupés dans la partie la plus vaste.
Il n'y avait personne dehors. Les enfants étaient soit à la sieste soit à l'école.
Derrière mes paupières, les lieux me rappelèrent comme un mauvais film, la première fois où j'avais posé les pieds ici.
Agée de cinq ans seulement, avec pour seule bagage un ours décousu et une valisette de plastique contenant quelques affaires, j'étais arrivée en pensant que je vivais un cauchemar, que les gens s'étaient trompés et que mon papa et ma maman allaient venir nous chercher. Les désillusions avaient été nombreuses au fil des années, toujours plus dures à encaisser. Et malgré mes espoirs, je n'étais jamais sorti d'ici.
Vivre sans parents, sans repère constituait la blessure la plus profonde de mon cœur. Revenir aujourd'hui provoquée en moi une douleur atroce. Pétrifiée, je ne pouvais prendre aucune décision.
Près de moi, je sentis le souffle chaud d'Edward dans mes cheveux et je me tournais vers lui. Son sourire rassurant, ses yeux confiants et l'amour qu'il me portait me frappèrent de plein fouet.
- On est là maman, murmura Charlotte qui s'était détachée de mon siège enfant et se penchait vers moi entre les sièges de devant.
Mon regard passa à Lise qui me souriait aussi, confiante. Quant à Kiara, en analysant ces traits, se fut comme si elle venait de ressentir ce que j'avais éprouvé quelques instants plus tôt.
Se rappelait-elle l'endroit ? J'en doutais. Après tout elle n'avait que trois ans quand nous étions parties. Elle était bien trop jeune pour avoir des souvenirs.
C'est Edward qui finit par bouger et sortir de la voiture. J'entendis les portes arrières claquèrent aussi et je me retrouvais seule dans l'habitacle avec mon aînée qui fixait l'extérieur et non plus moi.
Je l'entendis pousser un profond soupir.
- N'oublie pas que ce ne sont que des murs … tu es sorties d'ici, maman.
Ces paroles me touchèrent au plus profond de mon être et mon cœur se serra en comprenant à quel point ma fille me connaissait bien. Retrouver ce lien qu'il y avait toujours eu entre nous, me provoquait une joie indicible et je remerciais le bon dieu de m'accorder au moins ça.
La clémence de mon enfant envers mon comportement égoïste.
Elle sortit à son tour de la voiture et je la vis prendre les poings de mon fauteuil roulant des mains d'Edward qui ne broncha pas. C'est elle qui approcha l'engin de ma portière.
Je pris une profonde inspiration évitant de penser à ce que j'allais faire d'ici quelques secondes et finis par sortir de mon endroit confiné. J'étais protégée à l'intérieur. Sortir de là signifier me confronter à mes souvenirs.
But initial de ma venue ici.
Edward verrouilla les portes de la voiture et nous approchâmes du portail.
Comme à l'époque, une sonnette avec un interphone se trouvait sur le côté droit du portail.
Un sentiment que je n'avais pas ressenti depuis 12 longues années me traversa et je frissonnais. J'étais oppressée. Mes mains étaient moites alors que je regardais l'interphone.
Ma famille était derrière moi. Je n'étais plus cette petite fille, sale, tête brûlée et un brin terrorisée par l'avenir. Il ne pourrait rien m'arriver. Kiara et Edward ne le permettraient pas.
Je posais mes yeux sur le sol et avec tout le courage dont j'étais capable je pressais le bouton de la sonnette.
Si les choses n'avaient pas changé, il devait avoir un gardien à l'entrée qui filtrait les arrivées et les sorties. Nous ne serions probablement pas autorisés à pénétrer dans l'enceinte de l'établissement. Mais mon nom actuel devrait surement suffire pour convaincre quiconque. Dans le cas contraire, je parlerais de mon enfance ici ainsi que de la directrice. J'étais certaine que si elle était encore là, elle ne refuserait pas de me rencontrer.
Toujours bien campée sur mes jambes fragiles, j'attendis dans l'expectative.
- Vous venez pour adopter ? Lança soudain une voix fluette juste derrière nous.
Je me tournais doucement et mes yeux tombèrent sur des jeunes enfants d'une dizaine d'années. Deux filles et un garçon.
Ils étaient tous habillés très simplement, mais leurs vêtements étaient propres mise à part l'une des deux filles qui avait le pull déchiré. Leurs chaussures étaient usées. Un gras sac sur le dos, ils devaient très certainement revenir de l'école. Le bus scolaire avait dû les déposer au bas de la rue et ils étaient revenus à pieds comme je le faisais en étant enfant.
Ils étaient bien coiffés et peignés.
Rien n'aurait pu les distinguer d'un autre enfant vivant dans une famille.
Je regardais brièvement Charlotte puis Lise. Rien ne différenciait mes enfants de ses trois jeunes devant nous mis à part des vêtements de marques.
Pourtant une différence de taille se lisait dans le regard de ses jeunes. Lise et Charlotte n'avaient pas été épargnées durant ses derniers mois mais elles avaient encore l'espoir. Elles savaient que les choses pouvaient s'arranger. Elles avaient encore pour elle leur insouciance d'enfant, leurs illusions juvéniles.
Mais ses enfants issus de foyer, eux, avait perdus cet espoir, cette innocence. Ils avaient la même expression que j'avais eue en habitant ici et que j'avais surement encore. Depuis leur plus jeunes âges ils se débrouillaient seuls ne comptant que sur eux même pour vivre, se battant pour la moindre petite chose ayant un tant soit peu d'importance.
Leur question toute simple, représentait la seule espérance qu'ils se permettaient. Le seul espoir qu'ils avaient peut-être encore.
Le transfert se fit immédiatement entre eux et moi.
J'avais été à leur place. Mes mots se bloquèrent dans ma gorge et je fus incapable de parler. Me voyant en détresse, c'est Kiara qui répondit à ma place.
- Non … en fait ma maman (elle me désigna d'un geste de la main) a grandi ici et … elle aurait aimé entrer …
Les enfants me détaillèrent longtemps les yeux exorbités. Pas parce qu'ils savaient qui j'étais, il y avait peu de chance que des pré-adolescents s'intéressent au monde de la finance et des entreprises, mais ils jaugeaient mes vêtements, mes bijoux et mes cheveux impeccablement peignés. Je m'étais en apparence construit une vie. C'était la grande question quand nous vivions dans ce genre d'endroit. Est-ce que j'allais pouvoir en sortir ?
- Vous avez vécu ici ? Souffla le petit garçon incrédule, se demandant surement si Kiara avait dit la vérité.
J'hochais la tête et me soumis à leurs regards essayant de laisser échapper mes émotions. Pour moi, un enfant n'était pas dupe, il était capable de détecter un mensonge à 100km. Cette vérité était d'autant plus accentuée quand on passait son enfance à se demander si les promesses formulaient été à prendre en compte ou non. On apprenait à détecter les cracs des gens.
En les laissant voir en moi, ils leur seraient difficiles de ne pas me croire.
Les enfants me détaillèrent et ils hochèrent la tête.
- Et vous avez des enfants …
Ce n'était pas une question alors que leurs yeux se posaient sur Lise, Charlotte et Kiara. L'une des petites filles revint rapidement à moi et s'approcha.
Epuisée, je me rassis dans mon fauteuil au moment où elle se planta devant moi.
Elle releva la tête et je croisais ses pupilles marron incandescentes. Ce que j'y lus me pétrifia.
C'était exactement la même expression que je craignais de voir un jour dans les prunelles de mes propres enfants.
Cette enfant était en souffrance. Elle portait le poids du monde sur ces épaules. J'aurais tellement aimé effacé cette douleur qu'elle portait. J'imaginais sans mal les émotions qui devaient la traverser.
- Comment t'appelles-tu ? Demandai-je dans un souffle à voix très basse.
- Carlie …
- C'est un très joli prénom …
La jeune fille haussa les épaules et ses yeux se détournèrent.
- C'était le prénom de ma maman …
Je vis parfaitement les yeux de l'enfant se remplir d'eau puis papillonner des paupières pour éviter de craquer. Se montrer forte, ne jamais montrer ses blessures voilà les clefs pour s'en sortir.
Jamais je n'aurais imaginé que revenir ici provoquerait de telles émotions en moi. J'étais directement confronté à celle que j'avais été, à ses douleurs que je portais en moi depuis des années.
- Carlie, Anna, Gabriel ! Appela soudain une voix dure qui me fit sursauter.
Tremblante, je me tournais vers la source de l'appel et tentais de me construire en même temps un visage serein et sûr de moi, à mille lieux de ce que je ressentais dans mon fort intérieur.
Quand je posais les yeux sur Madame Cope, je sentis de nouveau mes mains se mettre à trembler. Je les cachais sous mon manteau et je me composais un masque pour affronter la directrice du foyer.
Elle n'avait pas vraiment changé depuis 12 ans. Son air hautain, son visage affable et son air sévère me frappèrent avec autant de violence que lors de mon adolescence.
Au ton de son appel, elle n'était apparemment pas heureuse que les trois enfants se permettent de nous parler ainsi. Ces derniers rappelaient à l'ordre, nous adressèrent des gestes de la main et filèrent droit vers la porte de l'entrée.
La directrice porta alors son regard vers nous et quand elle posa les yeux sur moi, je vis parfaitement ses émotions. Elle m'avait immédiatement reconnu.
Avait-elle toujours su qu'Isabella Marie Swan était Isabella Masen Voltury ou se rappelait-elle de moi tout simplement ? Je l'ignorais mais le fait est qu'elle savait qui j'étais.
Elle fit signe au gardien de ne pas bouger et s'approcha de nous.
- Bonjour Madame Voltury.
Son ton dur et sec ne me surpris nullement. S'il y avait bien quelque chose que cette femme détestait plus que les mômes qu'elle devait garder, c'était d'être prise au dépourvu. L'effet de surprise de ma visite était loin de lui convenir.
- Madame Cope.
Il n'y avait aucune chaleur dans mes paroles. Je détestais cette femme, il était hors de question que je prétende le contraire.
Nous nous affrontâmes du regard durant un long moment. Puis elle finit par se détourner. Elle porta son attention sur Kiara et la détailla à son tour aves cette fois une franche curiosité. Si elle se rappelait de Tanya, je me doutais de ses interrogations.
Ma fille ressemblait vraiment à sa mère, trop pour que cette femme ne fasse pas au moins un lien.
- Qu'est-ce que vous voulez ?
- Tourner la page …
Autant être honnête. Je n'avais pas d'autres explications à ma venue ici.
La directrice parut réfléchir puis elle hocha la tête.
Elle se tourna un instant et fit signe à quelqu'un que je ne voyais pas. Elle me fixa une nouvelle fois indéchiffrable avant de se détourner et de se diriger surement dans son bureau au vu de sa direction.
Je me détournais rapidement et restais choquée devant la personne qui s'avançait vers nous.
- Re … née …, dis-je difficilement.
- Bella …
La seule représentation maternelle que j'avais eue dans mon enfance se trouvait devant moi.
Poussant sur mes mains, je me relevais et m'approchais doucement d'elle.
- Que tu es belle …
J'étouffais un sanglot alors que ses mains se posaient sur mes épaules et qu'elle m'attirait à elle.
L'étreinte me réchauffa littéralement. Je ne m'étais pas aperçu à quel point j'avais froid jusqu'à présent. J'avais toujours voulu la retrouver et lui dire merci pour les quelques temps où elle était dans ma vie. Sa présence en ces lieux aujourd'hui était pour moi un soulagement.
Et elle se rappelait de moi. Presque 15 ans s'étaient écoulés depuis qu'elle avait quitté le foyer et malgré les années et les changements, elle paraissait aussi émue que moi.
Nous finîmes par nous écarter, mais elle ne me lâcha pas pour autant et posa ses mains sur mon visage pour me détailler. J'étais certaine qu'elle pouvait lire tout ce que j'avais vécu ces derniers temps.
- Je suis si fière de toi ma Bella … tellement fière … oh que je suis heureuse de te retrouver …
Je baissais les yeux mal à l'aise mais heureuse également. J'étais de nouveau une petite fille.
Son visage se fit soudain grave.
- Toutes mes condoléances … je suis tellement désolé …
Bien sûr qu'elle savait. Je ne voulais pas vraiment en parler maintenant, ni lui montrer à quel point j'étais affectée par ce deuil.
Elle parut le comprendre et m'adressa un sourire sans joie.
- Une battante … je l'ai toujours su. J'ai toujours su que tu pourrais devenir celle que tu voudrais.
- Merci …
Nous restâmes encore quelques instants à nous regarder avant qu'elle ne me libère et porta son regard sur Edward et sur mes filles.
- Renée … je vous présente mes filles … Kiara, Charlotte et Lise ainsi que mon compagnon Edward.
Ce dernier m'adressa un doux sourire ému et fier apparemment que j'assume le fait que lui et moi soyons ensemble. J'aurais tout à fait pu dire qu'il n'était qu'un ami de la famille.
Je doutais que Renée le goberait mais j'aurais très bien pu nier, ce que je n'avais pas fait. Je n'y avais d'ailleurs pas songé un seul instant.
Renée de son côté, fixa son attention sur les enfants et tendit la main à Edward qui la serra immédiatement. Il se rapprocha de moi et passa un bras autour de ma taille comme pour me soutenir. C'était-il rendu compte que ma jambe commençait vraiment à me faire mal et que j'étais fatiguée de tenir debout ? Il était tellement à l'écoute du moindre de mes gestes, que je n'en serais pas surprise.
Si Carlisle me voyait faire, il y avait de forte chance pour que j'aie le droit à une réprimande pour ça.
Renée détaillait mes enfants et je la voyais étudier le visage de Kiara. La ressemblance physique avec Tanya était frappante. Sans doute se posait-elle des questions ce que je ne pouvais lui reprocher.
Elle avait connu ma sœur. Si elle se rappelait un tant soit peu d'elle, il était légitime qu'elle s'interroge.
Elle porta un regard sur Charlotte et je la vis serrer les lèvres. Cette fois la ressemblance c'était avec moi qu'elle était établit. Revoyait-elle celle que j'avais été des années auparavant ?
Lise de son côté, était accrochée à sa grande sœur, comme je l'avais été à la mienne en arrivant ici puis durant toutes les années qui avaient suivis.
Sauf que la relation que mes filles avaient n'avait rien de comparable à celle que j'entretenais avec Tanya. Rien n'était toxique dans leurs rapports. Charlotte était protectrice envers sa petite sœur, la protégeait férocement quand elle en avait besoin et même plus d'ailleurs. Pour Lise, Charlotte était son repère, celle sur qui elle pouvait se retourner en chaque instant. Et jamais l'aînée n'avait rejeté sa petite sœur, ni ne s'était servi d'elle.
Autant dire que Tanya et moi n'avions jamais eu ce genre de relation.
La main d'Edward autour de ma taille et le raclement de gorge de Renée me ramenèrent à la réalité et je me tournais vers cette dernière.
Elle s'était détournée de mes filles et me fixait de nouveau.
- J'ai une petite idée du pourquoi de ta visite ...murmura-t-elle à mon intention, le regard compatissant.
Elle m'adressa un petit sourire rassurant avant de me montrer le bâtiment derrière nous.
- Rien n'a vraiment changé n'est-ce pas ?
J'haussai les sourcils de nouveau la gorge serrée par l'émotion.
Elle avait raison bien sûr. Les lieux étaient toujours aussi froids, toujours aussi modestes.
Les murs gris étaient recouverts de trace de pieds, de mains et de graffitis enfantins en tout genre. Les quelques jouets répandus sur le sol avaient connus de meilleurs jours et le peu de verdure qu'il y avait près des grillages étaient dégarnies par les enfants qui arrachés les branches et joués avec les feuille.
Rien n'avait vraiment évolué depuis 12 ans. Me dégageant d'Edward, je me réinstallais dans mon fauteuil et avançais dans la cour.
Quand une porte claqua non loin de moi, je sursautais et m'attendais presque à ce que l'on me hurle dessus pour que je rentre. Consciente pourtant que je n'avais plus 12 ans, que je n'étais plus cette fillette esseulée, je ne pouvais cependant pas empêcher mon esprit de confondre passé et présent.
Je me souvenais comme si c'était hier de m'être posté dans l'angle le plus reculé près de la nursery pour apercevoir Kiara âgée de quelques mois seulement.
C'était la condition pour qu'elle et moi restions ensemble ici.
Etant encore une enfant moi-même, j'étais soumise à des heures de visite. Heureusement que je travaillais à la nursery le soir après mes cours. Je voyais souvent ma fille et pouvait participer à son éducation.
Je la couchais tous les soirs, jouais avec elle, et lui enseignais ce que je pouvais pour qu'elle soit la plus en avance possible pour l'école. Il ne fallait pas qu'elle prenne de retard.
Je me souvenais comme si s'était hier du petit calendrier que j'emportais toujours avec moi, partout où j'allais. Il était hors de question que je m'en sépare.
Je cochais les jours qui me rapprochaient de mes 18 ans. Je le montrais tous les soirs à Kiara et elle souriait quand je lui affirmais que ce jour-là nous serions libres et que plus personne ne pourrait nous séparer. Jamais.
Ma bourse d'étude ayant été acceptée, j'avais choisi la faculté la plus éloignée de Seattle dans l'état de Washington.
New-York.
Fuir, c'était le seul sentiment qui avait guidé mon choix.
Le 13 septembre au matin, je m'étais levée et avec un simple sac comme valise, j'avais été cherché ma fille âgée seulement de trois petites années. Elle n'était même pas encore éveillée quand je l'avais tiré du lit. La serrant contre moi, j'étais montée dans la navette qui passait devant l'orphelinat et je m'étais rendue à la banque.
Mon maigre héritage, une somme dérisoire en y repensant, avait été viré sur mon compte. J'avais tout retiré sans demander mon reste, ce qui ne représentait pas grand-chose, et j'avais filé avec ma fille à l'aéroport sans me retourner.
En montant dans l'avion, je m'étais juré de ne jamais reparler ni même penser à ce que j'avais vécu dans cette partie du pays.
Bien entendu cette promesse avait été brisée au moment même où j'avais prononcé les mots. Mais sur le moment, la seule chose qui avait compté c'était d'offrir une vie meilleure à Kiara. J'étais prête à tout sacrifier pour ça.
Sortant de mes réflexions je me tournais vers ma fille et la contemplais.
Elle ne saurait jamais à quel point elle avait été tout pour moi. Elle m'avait sauvé la vie, à un moment où j'étais prête à sombrer dans les ténèbres les plus noires. Mes prunelles dérivèrent sur Edward et je croisais ses pupilles émeraude si lumineuses.
J'ignorais si mes pensées étaient claires mais le fait est, qu'il m'adressa un sourire que je lui rendis. Il avait participé également à ma survie il y a 15 ans. Sans le savoir il m'avait offert Kiara. Il m'avait donné cette enfant et je ne pourrais jamais assez le remercier. La rancœur ressentie plusieurs semaines auparavant avait disparu.
- Bella ? M'appela soudain Renée.
Je sursautais de nouveau en entendant mon prénom et me repris en constatant que cela devait faire un moment que je regardais Kiara et Edward sans cligner des yeux.
- Tu veux entrer ?
J'hochais la tête et pris une profonde inspiration. Edward avança mon fauteuil dans le but délibéré que je me réinstalle enfin dans mon fauteuil. J'obéis sans discuter car j'avais mal et nous nous avançâmes tous vers la porte.
Renée ouvrait la marche et elle tint le battant ouvert alors que Kiara la suivait tenant ses petites sœurs silencieuses par la main.
La salle d'accueil était telle que dans mon souvenir. Nous avançâmes encore jusqu'à la pièce suivante. Le réfectoire désert à cette heure, était à l'époque le témoin de la cohue sans nom à l'heure des repas. Mon regard se vrilla sur la droite vers une table un peu éloignée où je m'étais installée durant la plupart des repas passés ici.
Posant les mains sur les roues de mon fauteuil, j'avançais vers la table et m'arrêtais devant, un long moment. J'avançais la main et posais les doigts sur la face rugueuse du bois vieillis par le temps.
Renée nous fit ensuite traverser les différents couloirs qui nous menèrent aux dortoirs. Elle ne s'arrêta que quelques minutes plus tard devant le battant de la chambre 178.
La mienne.
Celle que j'avais partagée avec Tanya puis avec d'autres enfants après son départ.
Je ne pus m'empêcher de sourire en constatant l'ordre quasi militaire qui régnait dans la pièce. Tout était rangé et propre, dénué de chaleur aussi. Comme l'avait été la mienne avant.
Mais au lieu d'éprouver de la douleur face aux souvenirs de mes moments ici, le regret seul emplit mon cœur.
- C'était ta chambre n'est-ce pas ? Demanda Kiara en se postant près de moi.
- Oui …
Je l'interrogeais du regard un sourcil levé mais elle désigna une inscription sur l'armoire branlante située dans un coin de la pièce. Quelle ne fut pas ma surprise quand je reconnus les entailles que j'avais faites dans le bois.
« Bella & Kiara
2004 »
Ma fille passa ses doigts sur l'inscription et prit une profonde inspiration avant de se tourner vers moi.
- Je crois que je me rappelle … des images dans le fond de ma mémoire … comme des flashs … le sentiment que je ne devais pas te quitter, que je devais rester avec toi à n'importe quel prix. Ma joie quand je te voyais …
- Tu vivais vraiment ici maman ?
La voix incrédule de Charlotte me laissa un instant perplexe. J'imaginais ce que ça pouvait donner à ses yeux.
Mes filles n'avaient jamais vécue autre part que dans la maison de Dimitri, autre part que dans des lieux somptueux. Je me demandais ce que l'endroit pouvait évoquer pour elles.
Kiara était plus à même de comprendre mais Charlotte et Lise auraient sans aucun doute du mal à m'imaginer évoluer dans un endroit pareil.
- Oui, mon ange. Quand j'avais ton âge, je vivais ici. Kiara aussi.
- C'est parce que tu n'avais plus de maman et de papa que tu étais obligée de vivre ici, comprit Lise en détaillant la pièce la bouche ouverte.
Je me demandais ou les filles voulaient en venir.
- C'est là où on aurait habité aussi si tu étais partie quand le méchant monsieur t'a fait du mal ?
- Non ! M'exclamai-je en même temps qu'Edward et Kiara.
Prise d'effroi, je chassais comme je le pus les images de mes bébés dans un lieu tel que celui-là. Je savais maintenant que même si j'étais morte de la main de James ou de celle de Caius, Edward se serait battu pour mes enfants. Et je n'avais pas besoin de la vision que j'avais eue pendant mon coma pour en être certaine. Sans parler de Kiara qui n'aurait jamais laissé faire non plus.
Une famille.
Sans trop savoir pourquoi, cela me frappa avec une telle force que j'en fus un instant interdite.
Nous étions une famille.
Il suffisait de prendre un instant pour contempler les regards dont nous nous couvions tous. L'adoration dans les yeux d'Edward, pour Kiara, pour les fillettes et pour moi, la force et l'amour dans ceux de Kiara, la confiance totale dans ceux de Lise et de Charlotte. La complicité également qui venait nous souder tous les cinq, ensemble.
Si je n'avançais pas pour eux, si je ne fermais pas la page sur mon passé pour ma famille, alors je ne serais jamais digne de la mémoire des gens que j'aimais : mort ou vivant.
Consciente d'être à un tournant de mon avenir, je gardais le silence alors que Renée nous conduisait à la salle de jeu ou étaient installés Carlie, seule entrain de contempler une peluche défraichie.
Au dehors, la cours commençait à se remplir, signe que les enfants afflués de l'école.
- Maman ? On peut aller jouer dehors ? Demanda Charlotte en contemplant tous ces jeunes de 5 à 17 ans à l'extérieur.
- Je vais les accompagner, me rassura Kiara avant que je n'ai pu émettre une objection.
Elle me montra son téléphone qu'elle balança de droite à gauche quelques instants avant d'entrainer ses sœurs à l'extérieur.
Je vis mes filles se mêler à la foule de jeunes au dehors et de nouveau le contraste me frappa.
Mes enfants étaient tellement en confiance, ils croyaient en l'avenir, celui que je tentais de leur construire.
Pourtant malgré la différence évidente, Charlotte et Lise se mêlèrent à la foule d'enfants et se mirent à courir et à sauter partout sous l'œil attentif de leur grande sœur qui ne les quittait pas des yeux.
- Elle te ressemble beaucoup …
Je me tournais vers Renée qui avait les yeux rivés sur Kiara.
- Je ne suis pas sa mère biologique …
Elle était bien la première à qui j'avouais la vérité sans arrière-pensée, sans rancœur et sans même en éprouver de la douleur. C'était un simple fait. Elle était ma fille que je l'ai porté ou non.
- Je sais … mais elle est comme toi …
Gonflée de fierté, je baissais les yeux émue. Edward enroula ses doigts autour des miens et je vis à quel point il était heureux par cette simple constatation.
- Je vais devoir aller surveiller les enfants …, annonça-t-elle en s'excusant presque de ne pouvoir rester plus avec nous.
- Ne t'inquiète pas … nous n'allons pas tarder non plus …
- Les filles doivent avoir faim …, ajouta Edward.
Après un instant d'hésitation, je relevais la tête et regardais Renée droit dans les yeux.
- Je vais aller voir la directrice puis nous partirons.
Je vis parfaitement le regard qu'échangèrent Renée et Edward mais je crois que j'en avais besoin pour mettre un point final à cette histoire.
- Carlie ? Appelai-je l'enfant qui n'avait pas bougé depuis que nous étions entrés dans la pièce. Tu peux m'accompagner dans le bureau de la directrice ?
La jeune fille me regarda un moment perplexe avant de demander l'accord de Renée d'un coup d'œil. Celle-ci finit par hocher la tête à contre cœur.
- Va rejoindre les filles Edward … je n'en ai pas pour longtemps …
- Tu es sûre ?
Apparemment, il ne voulait pas me laisser seule mais il n'émit aucune objection et m'embrassa sur le front avant de me jeter un dernier regard.
- Je t'attends dehors, murmura-t-il en prenant la direction de la cours pour rejoindre les enfants.
Renée n'était pas plus d'accord pourtant elle laissa Carlie passer et me montrer le couloir de l'administration.
J'aurais très bien pu y aller seule après tout j'avais été convoquée dans ce bureau un nombre incalculable de fois. Pourtant je voulais que Carlie m'accompagne. Sans doute parce que je voulais lui parler.
Renfermée et discrète, elle avait la même attitude que la mienne. Je savais ce qu'elle ressentait.
- Tu peux sortir d'ici …, lui lançais-je après avoir fait quelques mètres dans le couloir étroit. Moi non plus je ne pensais pas cela possible. Et pourtant … j'en suis partie …
Physiquement tout du moins.
- Parfois je doute que ce soit possible …
Le cynisme dont elle faisait preuve n'était pas une surprise mais il restait pour moi dure à contempler. Un enfant ne devrait pas perdre son innocence. Il devrait pouvoir espérer une vie meilleure.
- Je doutais aussi … mais je n'ai jamais lâché … j'étais bagarreuse et il faut le dire, je ne respectais pas vraiment les règles. J'avais beaucoup de difficulté à l'école, peut-être parce que je n'avais personne pour m'aider et me soutenir, pourtant je savais que les diplômes étaient la seule échappatoire possible pour moi. J'ai décroché une bourse … alors que tout le monde pensait que je ne serais bonne qu'à faire les trottoirs comme ma sœur ou à trainer dans les rues en volant les passants.
« Je me battais pour ce que je pensais juste. Quand ma sœur et mon frère sont … morts, j'ai continué malgré tout. J'aurais pu baisser les bras … c'est la solution la plus facile. Lâcher prise et répondre enfin à tous ces préjugés que les gens colportent sur nous. C'est la facilité.
Carlie s'arrêta soudain et se retourna vers moi la bouche légèrement ouverte. Je ne trahissais rien des émotions qui me traversaient, lui montrant que je pensais ce que je disais.
- Je suis une excellente élève …, me lança-t-elle comme dans un défi.
- Je n'en doute pas …
Elle m'étudia puis baissa les yeux sur ses mains.
- Je veux sauver des vies … je veux être capable de sauver des gens et défier le destin afin que plus jamais un enfant ne pleure ses parents. C'est une illusion, je ne suis pas Dieu. Mais je sais que je peux aider des familles à rester ensemble.
J'hochai la tête et pour la première fois je vis la flamme de la ténacité brûler dans ses prunelles.
- Tu y arriveras.
Et je le pensais vraiment.
Pas parce qu'elle me ressemblait au même âge mais seulement parce qu'elle était certaine de ce qu'elle voulait. A 12 ans, elle parlait comme une adulte. Elle se donnerait les moyens pour atteindre son but.
- Le bureau de la directrice est là.
Elle me désigna la porte en bois de chêne. Les choses avaient quelque peu changés ici. L'endroit paraissait plus neuf que dans mon souvenir.
- Bonne chance, me lança Carlie en s'enfuyant presque.
Je la comprenais parfaitement.
Moi non plus je n'avais pas envie de trainer dans ces couloirs à son âge. D'ailleurs à 30 ans j'éprouvais toujours cette même appréhension, bien que j'étais consciente de ne rien risquer.
Me composant un visage impassible et me blindant contre ce qui pouvait arriver, je posais mes pieds à terre et me levais.
Il était hors de question que j'affronte de nouveau cette femme, les fesses dans ce fauteuil. Je ne pouvais pas être en position inférieur.
Je toquais et sans même attendre qu'elle me dise d'entrer, je poussais le battant.
L'endroit était rénové. Le bureau avait été entièrement réaménagé, ne ressemblant plus à ce que j'avais connu. L'odeur de la peinture imprégnait encore les murs bien que se fut subtile.
Assise derrière son bureau, la directrice leva ses yeux de vipères vers moi quand je m'avançais dans la pièce, laissant mon fauteuil à l'extérieur. Je m'avançais à pas lent vers le milieu de la pièce et m'arrêtais soudain à un mètre d'elle.
Elle n'allait pas me proposer de m'asseoir et je n'allais pas le lui demander. Je lisais parfaitement dans ses yeux, que ma présence ici la dérangeait. J'ignorais ce qu'elle avait à craindre de moi mais le fait est que j'étais une gêne pour elle. Exactement comme l'était tous ces enfants à l'extérieur.
Cet endroit serait tellement plus chaleureux si une femme comme Renée pouvait en être la responsable.
Mme Cope retira ses lunettes et darda un regard peu amène sur moi.
- Vous me détestez, maintenant plus qu'il y a 15 ans …
Ses épaules tremblèrent avant qu'elle ne se lève pour me tourner le dos.
- Je n'étais pas là pour que tu m'aimes ou non et c'est toujours le cas …
Sa voix dure me fit frissonner un instant. Heureusement elle me tournait le dos, mes émotions lui étaient donc inaccessibles. Elle ne pouvait les interpréter et constater qu'elle avait toujours autant d'emprise sur moi. Je refusais de me montrer faible.
- C'est ce que tu n'as jamais compris, Isabella.
Peut-être pas nous aimer, mais tout du moins nous respecter. Etre encourager, aider était sans doute ce que j'aurais aimé avoir de sa part.
- Vous ne m'avez laissé aucune chance … vous n'en laissez à personne.
- Tu n'avais pas besoin de chance Isabella. Tu te l'es toi-même créée ta chance …
Elle se tourna vers moi et me détailla réellement pour la première fois depuis que j'étais entrée dans ce bureau.
- Tu vois ces gamins dehors … peu d'entre eux sont capables de se battre. La plupart préfère sombrer en pensant que c'est plus simple. Combien vont décrocher une bourse ? Combien vont trouver le courage de se battre pour se sortir de la misère ?
Je déglutis et me demandais réellement ou elle cherchait à en venir au juste. Elle contourna le bureau et se retrouva à moins d'un mètre de moi.
- Ta sœur était lâche, elle était faible …
- Si vous l'aviez aidé, si vous lui aviez fait comprendre qu'il y avait d'autres solutions, les choses auraient été différentes. Elle avait juste besoin d'aide.
Je m'exhortais au calme, ne tenant pas à réveiller mes démons. Je n'étais pas là pour des reproches. Je voulais juste une chance de tourner la page et de retrouver ma famille. Je voulais un avenir, peut-être avec encore plus de force que 15 ans auparavant.
- Ta sœur n'aurait jamais pu s'en sortir même avec toute l'aide nécessaire. Elle ne voulait pas de main tendue, Isabella. Aucun de ses gosses n'en veut.
- Moi j'en voulais …
- Tu n'en avais pas besoin.
Elle était glaciale. Son visage totalement fermait et ses yeux noirs comme de l'encre.
Je secouai la tête devant tant de dureté et me fis la réflexion que de toute façon je ne pouvais rien faire. Cette femme ne changerait pas.
- Si vous le dîtes … je vous suis reconnaissante de nous avoir permis d'entrer … au revoir Madame Cope.
Je n'allais pas la remercier. Je ne me ferais pas cet affront. Je ne devais rien à cette femme. Pas plus hier qu'aujourd'hui.
- Tu n'es pas à ma place Isabella. Tu ne peux pas comprendre. J'ai cessé de me faire des illusions sur le monde depuis très longtemps. Quand tu es témoin tous les jours de la médiocrité des gens, tu peux analyser toutes les situations avec un regard froid. Tu sais comment ça finira dès le premier instant.
Un tel regard cynique me fit froid dans le dos. Comment une femme comme elle pouvait s'occuper d'enfant ?
Inconsciente de mon tourment elle continua impitoyable.
- Quand tu es entrée ici avec ton frère et ta sœur, tu n'avais que 5 ans. Une petite chose si naïve et si fragile, voilà ce que tu étais. Tu ne t'en rappelles pas mais moi si. Je pensais vraiment que tu finirais exactement comme le reste de ces gamins. Ton comportement, celui de ta sœur, tout allait dans ce sens, jusqu'à cette gosse que tu as ramenés à 15 ans.
Elle tendit la main vers une pile de dossier sur le haut de la pile. Il était plutôt épais. Elle ne regarda même pas la couverture rouge sang et me le tendit nonchalamment.
J'attrapais la pochette et restais bouche bée devant mon nom s'étendant en lettre capitale.
- Ce n'était pas ton bébé, je l'ai su à partir du moment où j'ai posé les yeux sur elle.
J'ouvris la pochette et me retrouvais face à un cliché. Une photo vieille de 15 ans où je tenais une Kiara âgée de quelques jours dans les bras. L'adoration sur mes traits face à ce petit être était évidente. J'étais subjuguée.
Je tournais la photo et me retrouvais face à un test ADN ou il était écrit noir sur blanc que la petite n'était pas ma fille.
- Mais …
- Je ne t'ai pas aidé … je ne l'aurais pas fait … mais tu n'en avais pas besoin de toute manière. Tu as déjouée tous mes pronostics Isabella Marie Swan. Tu es la seule sur qui je me sois trompée en 30 ans de carrière. La seule.
Je ne comprenais rien à l'endroit où elle venait en venir.
Je restais choquée par ce document attestant que je n'étais pas la mère biologique de Kiara.
Je me concentrais de nouveau sur le dossier énorme entre mes mains. En tournant les papiers, je me rendais compte que tout y était. Les attestations des assistantes sociales me confiants au foyer à l'âge de 5 ans, puis les familles d'accueil que j'avais visité au fils des années. 15 familles en tout entre 5 et 11 ans sur des périodes allant de quelques jours à quelques mois seulement.
Ma fugue puis mon retour avec Kiara.
Mes quelques hospitalisations plus jeunes, les coups que j'avais reçus, mes nombreuses bêtises au fil des ans.
Tout était étalé là. Avec des clichés de moi à différents âges. Il y en avait plusieurs que je ne me rappelais même pas avoir pris.
- J'ai toujours su qui tu étais au fil des années. Dès l'instant où tu as épousé Dimitri Voltury, je savais ton véritable nom. J'ai gardé ce dossier en lieu sûr pour qu'il ne tombe pas entre de mauvaises mains.
- Je ne comprends pas …
De nouveau son regard se durcit mais j'eus plus l'impression que s'était pour ne pas me montrer ses pensées véritables.
Ou voulait-elle en venir ?
- Détruit le …
- Pourquoi faîtes-vous ça ?
Elle se détourna et gagna son bureau pour reprendre place derrière sur sa chaise.
- Pour ne plus jamais que tu remettes les pieds ici. J'agis exactement de la même manière que le jour où je t'ai laissé ce bébé qui n'était pas le tien. Tu as réussis Isabella, ta place n'est pas ici. Elle ne l'est plus alors pars et ne reviens pas.
- Vous voulez me faire croire que vous m'avez protégé ? Que vous vous souciez de moi et de ma famille ?
- Pense ce que tu veux … mais rentre chez toi …
Je secouai la tête mais cette fois je ne répondis rien et me dirigeais vers la porte sans me retourner, le dossier serré contre moi.
Le détruire ? Surement.
Il était la preuve de tout ce que j'avais vécu.
Je me réinstallais dans mon fauteuil et me dirigeais vers la cours bondée ou m'attendais un Edward plutôt inquiet qui bondit sur ses pieds quand il me vit.
- Pouvons-nous rentrer, s'il te plait ?
Il hocha la tête et appela les filles.
Je me tournais vers Renée qui me tendait une bout de papier ou était annoté ses coordonnées. Le doux sourire qu'elle m'adressa me réchauffa quelques peu et elle me serra contre elle les larmes aux yeux en me faisant jurer de l'appeler.
Je le fis et me tournais vers la sortie.
Quand la voiture fit marche arrière, j'eus juste le temps de voir le visage de la petite Carlie. La jeune fille était juste derrière le grillage et m'adressa un léger signe de main quand elle s'aperçut que je l'avais vu.
Le trajet se fit dans un silence total alors que nous regagnâmes l'hôtel.
Epuisée autant mentalement que physiquement, je m'excusais et pris la direction de la chambre ou je m'enfermais. Je posais le dossier sur le sol près du lit avant de me hisser sur la courtepointe et de m'allonger, enfouissant le visage dans les coussins.
Les images de notre visite au foyer défilèrent dans mon esprit. C'était dur mais nécessaire. Retourner là-bas était une bonne idée enfin en théorie. J'avais retrouvé Renée, rien que ça devrait suffire à me convaincre.
- Maman ?
Apparemment je n'avais pas entendu le coup sur la porte. Kiara était devant moi incertaine.
Je lui adressais un sourire et tendis la main vers elle alors que je me redressais. Elle se blottit contre moi et me laissa la bercer quelques instants.
- Qu'est ce qui se passe, maman ?
Je ne le savais pas moi-même en vérité.
Je désignais le dossier sur le sol et Kiara comprit ce qu'il contenait.
- Ce n'est plus toi tu sais ...
- Mais ça l'a été …
Je secouai la tête, refusant d'en parler davantage, et me levais pour aller dans le salon afin de prendre le repas. Je couchais ensuite les filles qui étaient épuisées par la journée passée.
Je rejoignis la chambre un peu plus tard et j'entrepris de me préparer pour la nuit.
J'étais entrain de me glisser dans les draps quand Edward entra dans la chambre à son tour. Il m'embrassa sur le front avant de prendre la direction de la salle de bain pour prendre sa douche.
Bercée par le son de l'eau qui coulait, je me mis à réfléchir de nouveau à tout ce qui s'était passé durant la journée, ressassant encore et toujours.
Renée d'abord, puis Carlie, la directrice et tous les souvenirs qui avaient émergés en moi en posant de nouveau les yeux sur le portail du foyer. Je savais avant de venir ici qu'affronter le passé serait une étape particulièrement difficile. Pourtant en étant honnête, revoir Renée, prendre conscience que j'étais sortie de la, que j'avais offert un avenir à mes filles, me rendait fière malgré tout ce qui s'était passée. J'avais le sentiment d'avoir accompli quelque chose.
Je m'étais battue, la directrice elle-même l'avait avoué et dieu sait que cette femme ne me portait pas dans son cœur. Le prix à payer avait été énorme mais pourtant j'en étais là aujourd'hui.
Qu'aurais-je pu faire pour que les choses tournent de manière moins dramatique ?
Rien. Strictement rien.
Dimitri possédait déjà la compagnie quand je l'avais rencontré, il aurait été tué par Caius quoi que je fasse. Edward aurait quand même été lié à la mort de Quil, quant à Aro … les choses auraient pu être différentes pour lui mais Caius avait déjà prévu de nous abattre tous.
Je n'étais qu'humaine, je n'avais aucune prise sur la mort.
- A quoi penses-tu ?
Je sursautais malgré la voix douce qui venait de résonner dans la pièce silencieuse. Edward m'adressa un sourire contrit et se coucha à mes côtés.
Plutôt que de lui répondre j'haussai les épaules et détaillais son visage d'ange.
Pouvait-on qualifier de chance sa présence ici à mes côtés ?
Surement. Malgré ce que je lui avais fait, à lui et à sa famille, il était là devant moi et il m'aimait. Ses yeux brûlaient de l'amour qu'il me portait. Il n'hésitait jamais à me le dire.
- Ce n'est pas facile pour toi … chuchota-t-il en portant sa main à mon visage pour me caresser les lèvres, les joues, le front et finir sa course dans mon cou.
Les marques laissées par les mains de Caius étaient encore violettes autour de mon cou, contrastant violemment avec ma peau blanche. Les stigmates, que je portais sur moi, étaient nombreux, rendant mon corps meurtri. J'étais une épave.
Et pourtant, malgré les efforts qu'il faisait pour le dissimuler, je voyais le désir dans les yeux d'Edward. Et sans savoir pourquoi, ce désir me faisait peur.
Je n'étais plus celle qu'il avait connu.
Il approcha son visage tout doucement du mien et ses lèvres se posèrent délicatement sur les miennes dans un baiser plus léger qu'une plume.
Il enroula ensuite ses bras autour de moi et me rapprocha de lui. Je posais ma tête contre son torse et fermais les yeux pour profiter pleinement des battements de son cœur et de son odeur envoutante surtout après la douche.
Doucement comme pour tester mes propres réactions, j'avançais ma main et la posais sur son torse nu pour le caresser, d'abord son cou, puis ses épaules, ses omoplates, avant de revenir sur sa poitrine et son ventre.
Je le sentis frémir contre mon oreille et retenir sa respiration quand je frôlais l'élastique de son boxer.
- Bella …
- Je suis désolé Edward … désole de ne pas pouvoir t'offrir …
- Il est hors de question que tu finisses cette phrase, Bella …
Je relevais la tête vers lui et je pus y lire un soupçon de colère qui me laissa perplexe. Qu'avais-je dis ?
Il noua ses doigts autour des miens et me regarda droit dans les yeux.
- Tu as frôlé la mort Bella, deux fois en trois mois ! Tu es marquée à jamais par ce que Caius Vladescu t'a fait. Et tu penses que je vais t'en tenir rigueur parce que nous n'avons pas de relations intimes ?
« Que je puisse te tenir dans mes bras, t'embrasser, te serrer contre moi et dormir à tes côtés est un miracle Bella. Que tu me laisses entrer dans ta vie, et pas seulement auprès des filles représente tout à mes yeux.
- Edward …
Il paraissait tellement sincère et je me sentais tellement mal de n'être qu'une coquille vide pour le moment.
- C'est la vérité mon amour … on est ensemble Bella. Si tu me laissais faire, nous serions … ensemble … pour le meilleur et pour le pire … dans la richesse et dans la maladie, chaque jour de notre vie … jusqu'à ce que la mort nous sépare …
Je restai un moment interdite face à ce qu'il venait de dire. Fixée sur son visage serein, je me demandais comment nous en étions arrivés là.
Après tout nous parlions de relations intimes, pas de … mariage !
Insidieusement, l'idée se fit une place dans ma tête et l'image de mes filles en jolie robe de dentelle devant un autel vers lequel je m'avançais vêtue moi aussi d'une belle robe de mariée, s'imposa à ma conscience.
Edward et moi devant un prêtre à répéter le discours symbolique qui nous unirait l'un à l'autre. De façon officielle.
Isabella Masen Voltury Cullen. Jamais cela ne m'avait effleuré l'esprit.
- Je …
- C'est ce que je veux … un jour …
L'espoir dans ses prunelles émeraude me serra le cœur.
Je me rappelais comme si s'était hier, la demande de Dimitri. Je ne voulais pas me marier. Cela n'avait jamais fait partit de mes projets. Pourtant, c'était naturel entre lui et moi. En répondant oui, je ne m'étais pas sacrifiée. Je le voulais aussi.
Avec le recul, j'avais peut-être envisagé ça comme un moyen de le garder près de moi et de légitimer notre union ainsi que nos enfants. Nous étions sous le feu des projecteurs, le point de mire des tabloïds. Je ne voulais pas que quiconque remette en question ma position près de l'homme que j'aimais. Je préférais être sa femme plutôt que la conquête du moment.
A seulement 21 ans, je ne mesurais pas réellement le taux d'engagement dont j'avais consenti en épousant Dimitri Voltury. Je n'avais pas le recul nécessaire pour comprendre la pleine mesure des vœux échangés.
Je savais qu'il n'en irait pas de même aujourd'hui. J'avais souffert, j'avais perdu beaucoup. A la vie à la mort était une notion bien plus concrète que dix ans plus tôt.
A l'époque, le mariage n'avait pas été grandiose. Juste une petite cérémonie à l'église et une robe simple. Je ne voulais pas d'un grand mariage bien que Dimitri me l'aurait offert volontiers.
Epouser Edward serait complétement différent.
L'engagement serait plus profond. L'amour aussi. Bien que je ne l'aurais pas admis à haute voix.
J'avais aimé Dimitri et je l'aimerais toujours.
Il était le père de Charlotte et de Lise et j'avais vécu de merveilleuses années à ses côtés. Mais j'avais conscience que l'amour que je portais à Edward atteignait d'autres sommets.
Je n'étais pas perdue sans Dimitri, je ne le cherchais pas quand il n'était dans mon champ de vision, je ne pensais pas à lui à chaque minute, je n'avais pas désespérément besoin de sa présence à mes côtés à chaque instant.
Certes lors de mon mariage, je ne savais pas encore ce que signifiaient les mots « frôler la mort », mais je doutais que cela ait eu un lien avec mes sentiments profonds.
Quelque chose d'encore plus inavouable si possible.
Quand James avait cru me détourner d'Edward, que j'étais certaine qu'il était coupable de la mort de Quil, ce n'était pas seulement à lui que j'en voulais. Mais sans doute plus à moi-même.
Parce que même s'il avait réellement pressé la détente, s'il avait tué mon petit frère, je l'aurais aimé. Je n'aurais jamais cessé de l'aimer.
J'en prenais conscience seulement maintenant.
Alors étais-ce une si grande surprise qu'il songe à ce genre d'engagement entre nous ?
Non. Même si j'avais du mal à appréhender l'idée.
Après tout, je n'étais même pas certaine d'avoir un avenir.
- Ne te tracasse pas, Bella chérie … ce n'est pas une demande … enfin si bien sûr que s'en est une mais … enfin …
Je posais un doigt sur ses lèvres et plongeais mes prunelles dans les siennes. Mon geste était délibéré. J'étais certaine qu'il pouvait voir la dilatation de mes pupilles et mon expression ahurie, face à ce qu'il venait de me dire mais en cet instant je voulais être un livre ouvert pour lui.
- Je ne sais pas quoi répondre à ce que tu viens de me dire. J'ai du mal à appréhender mon avenir ou ce que je vais faire dans un futur proche. J'ignore ce que je vais devenir.
Je vis la douleur que provoquèrent mes mots bien qu'il tentait de me le cacher. Je ne voulais pas lui faire de mal. Mais le mensonge était exclu.
Pas parce qu'il pourrait comprendre que je ne disais pas la vérité mais seulement parce que je voulais être honnête avec lui. Il méritait de savoir dans quoi il s'engageait. Je le voulais près de moi, j'avais besoin de lui mais ce n'était pas juste pour lui.
- Mais j'ai besoin de toi …
Il fronça les sourcils et me regarda intensément. Après ce que nous avions vécu doutait-il encore de mes sentiments envers lui ?
Au vu de l'expression qui déformait ses traits, il y avait de grande chance que la réponse soit oui. Il avait besoin d'être rassuré, exactement de la même façon que moi.
- Moi aussi j'ai besoin de toi Bella, tellement.
Doucement comme pour tester mes propres limites, je me penchais vers lui et posais mes lèvres sur les siennes pour initier un baiser. D'abord légère comme une plume, la caresse s'intensifia et je remontais mes mains vers ses cheveux pour rapprocher sa tête de la mienne. J'avais conscience que ma force encore diminuée par les blessures, était dérisoire par rapport à la sienne mais il me laissa faire me laissant entièrement le contrôle de la situation.
De son côté, ses mains étaient inertes le long de son corps comme si il avait peur de me faire du mal.
De ma main blessée quelques semaines plus tôt, et qui était encore fragile, je caressais son torse doucement une nouvelle fois et finis par la poser à l'endroit exact ou battait son cœur.
J'approfondis délibérément notre baiser et me rapprochais encore de lui. Je ne parvenais pas à exprimer par les mots tout le besoin que j'avais de lui mais je pouvais le lui montrer. Je devais en être capable. Du moins dans une certaine mesure.
S'écartant soudain, Edward me regarda les yeux totalement embués et les lèvres gonflées par les baisers que nous venions d'échanger. Il semblait comme dans un état second mais il souriait. Son souffle était court mais il n'en avait apparemment pas conscience. Son attention était entièrement dirigée vers moi.
Il me fixait intensément et son regard sur moi me donna le sentiment d'être belle. Alors que je n'avais jamais été moins séduisante, je lisais dans ses prunelles brûlantes à quel point j'étais magnifique à ses yeux.
- Tu es épuisée mon amour. Il faut que tu dormes …
J'aurais aimé protester mais cette fois, se fut lui qui me coupa dans mon élan en m'embrassant une nouvelle fois. Puis il s'écarta de nouveau, tira les couvertures sur nous de manière à nous envelopper dans un cocon chaud et douillé. Il enroula ses bras autour de moi me collant complétement à lui et enfouis mon visage dans son torse.
- La journée a été éreintante …
Il avait raison bien sûr.
Je me forçais à me calmer malgré mon envie de continuer ce que nous avions commencés. Je fermais les yeux et après seulement quelques je m'endormis.
Des flashs. Des coups de feu, un bruit sourd et un corps qui s'écroule.
Je levais les yeux sur la personne à côté de moi. Je restais tétanisée en constatant que Kiara me regardait les traits déformés par la terreur. Je fronçais les sourcils me demandant ce qui pouvait provoquer une telle réaction.
Je la détaillais, elle n'avait rien.
Je compris quand je sentis mes jambes se dérober sous moi.
Elle n'avait pas peur pour elle mais pour moi. Je m'écroulais sur le sol au moment où une arme –objet froid et menaçant – se retrouvait au-dessus de mon crâne.
- BELLA !
Le cri me fit tourner la tête et j'eus un hoquet quand je vis Edward s'élancer pour se positionner entre le canon et moi.
- NON !
Les coups furent assourdissants et je sombrais avec pour seule image un Edward en sang gisant sur le sol sans vie.
Je me réveillais en sursaut et me forçait à étouffer mon cri dans ma paume que je mordis de toutes mes forces pour provoquer une douleur assez forte. Je devais me détourner de mon cauchemar.
- BELLA !
En sueur et totalement tétanisée par ce que je venais de vivre, je me rendis compte après coup des cris d'Edward près de moi qui tentait de me calmer sans succès.
Ses bras étaient toujours enroulés autour de moi mais je tremblais trop pour en avoir tout à fait conscience, me débattant de toutes mes forces.
Un bruit étrange, comme un cri d'animal terrifié, emplissait la pièce et je me demandais d'où il pouvait bien venir.
Je regardais autour de moi pour analyser les lieux et me rassurer quant à ma sécurité immédiate. Il me fallut un moment pour comprendre que personne d'autre qu'Edward était là. Le cri venait tout simplement du fond de ma gorge.
- Je suis là Bella, tout va bien tu es en sécurité. Je suis là.
Je me roulais en boule contre lui et tentais de me calmer.
Ma réaction présente ainsi que la teneur de mon cauchemar dont je me souvenais parfaitement, me permettait de comprendre à quel point ma raison était sur une pente dangereuse.
Entreprendre le voyage jusqu'à Seattle était une épreuve pour moi. Essentielle me semblait-il mais tout de même éprouvante.
Je mis longtemps à me calmer, berçais par Edward qui chantonnait un doux air de musique qui calma les battements affolés de mon cœur. Je ne connaissais pas cette chanson mais en tout cas elle eut l'effet escompté sur moi.
Je finis par relever la tête vers mon compagnon qui me fixa intensément comme pour savoir si la crise était passée.
- Ca va …, murmurai-je d'une voix roque.
Il semblait perplexe ce que je comprenais.
- J'ai soif …
Il sourit brièvement et se mit debout près du lit avant de tendre les mains vers moi pour me porter dans ses bras à la manière d'une jeune mariée.
Je le laissais faire notant au passage qu'il faisait encore nuit noir, signe qu'il ne devait pas être encore 6 heures du matin.
Il m'emmena dans le salon où il me déposa dans le salon avant de me déposer sur le canapé et d'allumer la lumière. Il remplit un verre d'eau qu'il me tendit. Je le bus d'une traite et lui rendit l'objet.
- Tu m'as fait peur …
- Je sais … je suis désolé.
- Tu n'as pas à t'excuser …
Il me reprit dans ses bras et je me laissais une nouvelle fois bercer. Mais cette fois je ne m'endormis pas. J'en étais tout simplement incapable.
Mon cauchemar était encore bien trop présent dans ma mémoire. En revanche, je sentis la respiration d'Edward se faire régulière et sa prise autour de moi se resserrer. Même dans son sommeil, il ne me lâcha pas.
Etant trop étroitement serrée contre lui, je ne pus étudier son visage bien que j'aurais aimé le faire. Je me contentais donc de sentir son odeur et de sentir son cœur battre. Déjà énorme.
Il était vivant. Il allait bien.
Je fixais l'écran devant moi et ne fermais pas l'œil pensant à tout et à rien à la fois.
Il était un peu plus de 8 heures quand la porte de la chambre s'ouvrit sur une Charlotte encore ensommeillée tirant son ours en peluche derrière elle. Je la vis sourire en nous voyant sur le canapé.
Mon mouvement vers elle réveilla Edward qui releva la tête et tendit la main vers ma fille.
L'enfant courut vers nous et s'allongea à mes côtés.
Le canapé était assez grand pour nous soutenir tous les trois mais nous étions étroitement collés, ce qui ne me dérangeait nullement, bien au contraire. Edward nous enlaça toutes les deux.
J'étais bien en sécurité. Apaisée.
Tout le monde finit par s'éveiller et nous dûmes nous séparer, à regret pour ma part.
Je pris ma douche rapidement et sortis de la baignoire prenant appuis sur ma jambe valide et mon poignet intact.
Sortant le plus lentement possible pour ne pas chuter, je m'enroulais dans une serviette et me postais face au miroir.
Mes cheveux mouillés étaient répandus sur mes épaules et cascadaient dans mon dos. J'analysais mon visage.
Les bleus maintenant vieux d'une semaine, avaient considérablement jaunit. Je marquais facilement et en général il me fallait un moment pour guérir. Les dégâts étaient minimes et surtout temporaires. Il n'y avait rien qu'un peu de maquillage ne pourrait corriger.
Mon cou par contre, c'était différent. Les marques étaient encore bien présentes et faisaient peur à voir. Il me fallait des écharpes, très courantes à cette époque de l'année heureusement, pour dissimuler les traces violettes provoquées par les doigts de Caius.
Je me tournais vers le miroir gigantesque près de la baignoire. Il permettait de se voir de la tête aux pieds sans se contorsionner.
Je défis la serviette afin de me retrouver nus.
C'était la première fois que je faisais ça.
J'ignorais pourquoi j'avais besoin de le faire mais après la conversation avec Edward la veille, j'avais besoin de constater vraiment ce qui restait de celle que j'avais été.
Les marques qu'Edward avaient déjà vues datant de mon enfance, étaient toujours là. J'avais appris à vivre avec. Une entaille profonde partant de la base de mon sein et remontant sur ma clavicule, les brûlures de cigarettes laissées par un homme servant de famille d'accueil, la brûlure sur ma hanche et les coupures au couteau sur mon ventre, mes côtes et sur le haut de mes cuisses signe de l'agression quand j'étais plus jeune. A cela venait s'ajouter les stigmates plus récents, infligés par James Nomades et Caius Vladescu.
Quatre cicatrices bien distinctes ornaient maintenant mon corps et malgré ma tentative pour minimiser les choses, je ne pouvais détacher mon regard de ces marques. La cicatrisation était en bonne voie, il n'y avait plus de suintement inapproprié ou de fils autour des plaies. Tout avait été retiré et soigné depuis longtemps.
Malgré tout, les quatre zones d'impact restaient peu esthétiques. C'était étrange d'avoir ça sur moi depuis trois mois et d'en prendre conscience seulement maintenant.
Sur mon épaule droite d'abord, la moins impressionnante de mes blessures de guerre à mon avis, était bien refermée et surtout plus petite que les autres. Sous mon sein gauche, là où se trouvait ma rate quelques semaines plus tôt, la cicatrice était plus rouge et plus étendue.
Les deux dernières cicatrices en revanche n'étaient pas belles à regarder. Celle à quelques millimètres seulement de l'endroit ou battait mon cœur et celle logée au milieu de mon ventre étaient les plus graves d'après Carlisle. Elles avaient eu plus de mal que les deux autres à se refermer et à cicatriser. Le processus était long et pendant ce temps, mon corps était un champ de mine.
Pour la première fois depuis un long moment, je me regardais vraiment dans le miroir et me demandait si Edward allait me trouver attirante malgré tout.
Un coup à la porte me fit sursauter et je m'empressais d'enfiler mes vêtements avec un j'arrive empressé.
Aujourd'hui je tenais à me rendre à Forks.
Le trajet fut un peu long pourtant les filles ne manifestèrent à aucun moment leur mécontentement. Kiara avait pensé à prendre un jeu de cartes pour les tenir occupés. Du coup, nous étions lancés dans une partie de 7 familles plutôt intense. Seul Edward derrière le volant ne pouvait participer à notre jeu. Lise faisait équipe avec Charlotte puisque qu'elle ne savait pas encore lire. Patiemment sa grande sœur lisait l'intitulé des cartes et très concentrée la petite l'écoutait sans broncher. Au bout d'un moment elle réussit même, sans doute grâce aux images, à participer pleinement au jeu.
Après le jeu des 7 familles, se fut le tour du Uno et du Menteur.
Heureux hasard ou alors légère tricherie, Charlotte et Lise remportèrent toutes les parties sous l'œil d'une Kiara plutôt mécontente.
M'amuser ainsi avec mes enfants me permit de ne pas penser à l'endroit où nous nous rendions. Bientôt pourtant, le panneau d'entrer de la bourgade de Forks apparut devant mes yeux. Je rendis les cartes que j'avais dans la main à Kiara qui rangea soigneusement le tout dans une boîte.
Comme de fait exprès, la pluie se mit à tomber au moment où Edward arrêta la voiture dans le « centre-ville ». Le mot approprié aurait sans doute dût être place ou impasse mais pourtant il s'agissait bien du cœur de l'endroit.
Rien à voir avec New-York ou Seattle.
Edward sortit le premier et ouvrit les parapluies pour nous permettre de rester le plus au sec possible. Comme il était déjà midi, il était temps de manger.
Nous pénétrâmes dans le seul restaurant de la ville. Le Logde. Un petit endroit assez coquet et charmant au demeurant.
Bien sûr dans un endroit aussi petit ou tout le monde se connaissait, il nous fût impossible de passer inaperçu. Notre entrée provoqua des regards en coin et des murmures. Les gens nous dévisageaient de la tête aux pieds et je me demandais quelle conclusion ils en tiraient.
Edward nous fit asseoir sur une des tables devant la vitre. Ayant laissée mon fauteuil dans la voiture en raison de la pluie, je fus soulagée de pouvoir m'asseoir sur la banquette rouge vif.
Kiara s'installa à côté de moi alors que Charlotte et Lise prenaient place en face. Edward choisit le bout de table.
Il ne fallut que deux minutes pour que la serveuse, une femme d'une trentaine d'année, ne vienne à notre rencontre et nous tende les menus défraichis. Elle avait tout de la bimbo blonde. Seins siliconée, lèvres refaites, cheveux décolorés, maquillage à outrance.
- Bienvenue au Lodge, je suis Lauren, nous lança-t-elle d'une voix nasillarde.
Il ne m'échappa pas qu'elle ne s'adressait qu'à Edward. Le détaillant comme un morceau de viande, elle ne se gêna pas pour le relooker à sa guise.
Je sentis mes points se serrer.
J'avais envie de hurler que j'étais là qu'il était à moi. N'avait-elle donc aucun respect ? Nous étions accompagnés des filles, tout indiqué que nous étions une famille en vacances.
Dans un accent de jalousie assez inédit pour moi, je me rapprochais d'Edward et enroulais ma main autour de la sienne.
Il parut surpris du geste affectif que j'initiais entre nous. Je n'étais jamais démonstrative et encore mois en public devant les enfants.
Il se laissa faire pourtant et la bimbo siliconée se détourna après m'avoir jeté un regard mauvais.
Je me plongeais dans le menu pour échapper aux regards de mes filles et surtout d'Edward. Je refusais de m'expliquer sur ça.
La serveuse revint et elle nota notre commande sur un calepin avec un sourire inutilement charmeur. Elle s'éclipsa de nouveau.
Je la suivis du regard et je vis que les trois autres clients du restaurant nous observaient. Leurs yeux étaient surtout fixés sur moi et je me sentis assez mal à l'aise. Ils devaient surement m'avoir reconnus ce qui me déplaisait vraiment. J'aurais aimé passer inaperçue.
Je me détournais rapidement pour ne pas donner encore plus matière à leur commérage et tournais mon regard sur la rue. Il pleuvait vraiment maintenant rendant le paysage au dehors presque invisible.
J'avais pourtant vécu dans cette région particulièrement humide durant toute mon enfance mais je ne m'étais jamais habituée à cette pluie incessante et se froid constant. Le climat était certes encore plus rude en hiver à New-York mais au moins nous avions un été et de l'eau qu'une fois de temps en temps.
Nos plats furent bientôt apportés et Lauren en profita pour attirer l'attention d'Edward qui ne parut même pas le remarquer car il était occupé avec l'assiette de Lise. J'adressais un sourire méprisant à la bimbo qui préféra me lancer un regard noir et s'éclipser.
- Tu fais bien, murmurais-je tout bas, mauvaise.
Je ne me savais pas si possessive mais je m'en moquais royalement.
Nous en étions au dessert quand la porte s'ouvrit soudain sur un homme d'environ cinquante ans en fauteuil roulant. Son visage buriné me marqua et je restai un moment interdite me demandant qui il pouvait bien être pour que je ressente cette sensation de déjà-vu.
Edward paya la note et fit lever les filles.
La pluie avait cessé, nous pouvions donc prendre la direction de mon ancienne maison. Je me levais et suivit Kiara vers la sortie.
Alors que j'allais sortir je relevais la tête vers l'homme aperçut un instant plus tôt et constatais qu'il me fixait la bouche ouverte. Il venait de voir un fantôme. Je me figeais et subit sans broncher son expertise m'attendant à ce qu'il dise quelque chose. Pourtant il resta muet.
Prenant mon courage à deux mains, je pris l'initiative de m'approcher et de me planter devant les clients du restaurant plus nombreux qu'à notre entrée.
Une femme au même visage buriné que l'homme en fauteuil roulant me dévisageait également. La porte s'ouvrit de nouveau et un couple de mon âge entra.
Ils parurent étonnés par le silence qui régnait dans le restaurant et regardèrent un peu tout le monde pour identifier la raison de ce calme environnant.
Près de l'entrée Edward et les filles m'attendaient perplexes. Ils devaient surement se demander ce que j'étais entrain de fabriquer.
Me tournant de nouveau vers les clients, je fixais l'homme en fauteuil.
- Bonjour ?
Ma voix était incertaine et j'avais presque l'impression que mon salut avait eu la forme d'une question.
L'homme serra les points puis les desserra une nouvelle fois.
- Isabella Marie Swan …
En entendant mon vrai nom, j'eus presque un choc. Certes depuis quelques mois, ce nom était fréquemment employé, plus que durant les 10 dernières années, mais devant moi je n'avais pas un homme qui avait écouté les potins à la télé mais quelqu'un qui me reconnaissait, moi.
Je restais un moment interdite me soumettant complétement à son examen minutieux. Je sentis derrière moi les filles et Edward faire machine arrière et se rapprocher de moi, se postant à seulement quelques centimètres.
- Bella, c'est bien toi ?
Il fit doucement rouler son fauteuil jusqu'à moi et releva la tête pour plonger dans mes yeux.
Je tentais vainement de faire appel à mes souvenirs mais je ne parvenais pas à me rappeler de ce visage. Ce que j'avais vécu après la mort de mes parents avaient gommé la plupart des souvenirs heureux de ma petite enfance.
Ne me revenait en mémoire que de vagues impressions, des émotions fugaces et des flashs brouillés et sombres. Le plus clair pour moi restait le visage de ma mère et celui de mon père. Rien d'autre.
- Vous … vous me connaissez ?
Une sorte de rire -un son peu identifiable qui secouait son torse et soulevait ses épaules – secoua son torse. Cela paraissait plus nerveux que joyeux comme si il n'en revenait pas de sa découverte. Est-ce si étrange que je me trouve là devant lui ? Quel lien cet homme avait-il avec mon passé ? Ou peut-être avec mes parents ?
- Oui … enfin … je te connaissais. Je t'ai vu naître, Bella.
Il se passa la main sur le front et écarquilla les yeux. Je me tournais brièvement vers Edward qui portait Lise dans ses bras. Il attendait visiblement la suite, se demandant surement ce qui allait se passer maintenant.
- Naître ?
Il plongea ses yeux noirs dans les miens et désigna un siège à ses côtés. Je pris conscience seulement à ce moment que mes jambes flageolés d'avoir été trop sollicités. Je m'installais avec un signe de tête et me retrouvais au milieu de ses indiens. La femme fit quelques pas et se posta derrière l'homme en fauteuil roulant qui m'avait reconnu.
Elle me détaillait maintenant elle aussi. Mon nom avait-il évoqué quelque chose ? 25 ans étaient passés depuis que nous les Swan habitions à Forks. Cela aurait été présomptueux de croire que les gens se souvenaient de ma famille.
- Tu étais un magnifique bébé. Une petite chose toute petite et toute fragile aussi rose que la couverture qui te recouvrait. Tu étais la fierté de tes parents. Charlie passait des heures à te bercer. Il arpentait les rues de la ville avec la voiture de patrouille pour t'endormir. Ta mère prenait ta poussette et avec ta sœur elle te montrait à tout le monde. Pour un bébé tu étais un amour d'enfant. Tu ne pleurais jamais, ne te plaignais jamais. Même en grandissant, tu n'as jamais posé de problème.
J'ouvris la bouche et sans que je m'en aperçoive les larmes me montèrent aux yeux. Je clignais des yeux pour les refouler et détournais la tête.
Je sentis la main d'Edward sur mon épaule et je tournais la tête pour sentir son odeur apaisante. Je devais me calmer. Il ne fallait pas que je craque.
- Billy, Billy Black … je suis … j'étais … le meilleur ami de ton père depuis toujours.
- Vous connaissiez … mes parents ?
- Depuis l'enfance. Nous avons grandis ensemble. J'étais le témoin de ton père le jour de son mariage. J'ai été là quand il a tenu Tanya dans ses bras, puis toi et Quil. La joie et la fierté qu'il ressentait … je me rappelle comme si s'était hier de son expression d'adoration face à ses enfants. Sa famille était toute sa vie …
Une expression de profonde douleur imprimait ses traits. La disparition de mes parents avait laissé une marque apparemment indélébile pour lui.
- C'était des parents formidables … des personnes exceptionnelles …
- Vous étiez là quand …
- Oui … c'est moi qui aie identifié … les corps …
La femme derrière Billy frémit et ses yeux se posèrent sur le paysage de dehors. Visiblement elle aussi avait connu mes parents. Le jeune couple entrait quelques instants plus tôt, c'était approché et nous jaugeait du regard.
- Je voulais vous prendre chez moi … tous les trois mais … j'avais déjà trois enfants à élever et j'avais perdu ma femme l'année précédente. Je n'ai pas pu …
Je me doutais que prendre en charge les trois enfants de son meilleur ami aurait été une grande responsabilité à ne pas prendre à la légère. Je ne pouvais lui en vouloir de ne pas avoir pris le risque.
- Vous savez ce qui s'est passé ?
J'avais lu des rapports dans les journaux locaux de l'époque. Je savais en partie les causes de l'accident mais l'entendre de la bouche de quelqu'un qui aimait mes parents s'était différent.
Une expression de profonde tristesse emplis son visage buriné et je le laissais reprendre contenance. Il devait sans aucun doute chercher ses mots.
- Tes parents étaient sur le chemin du restaurant. Ils aimaient prendre des soirées pour eux de temps en temps. C'était la première fois qu'ils sortaient depuis la naissance de Quil. Ton père voulait offrir une soirée exceptionnelle à Renée. Il avait tout prévu, même le costume. Il roulait doucement mais il avait neigé la veille.
« Une voiture est arrivée en face … il a essayé de freiner … mais les roues se sont bloquées … il a perdus le contrôle de la voiture qui a fait des tonneaux et à percuter un arbre. Ils sont morts sur le coup. On a découvert après coup que le conducteur de la voiture en face était complètement ivre.
J'enfouis ma tête dans mes mains et regardait Edward toujours debout Lise dans les bras. Sa main s'enroula autour de mon cou et ma tête se retrouva sur son ventre.
- Vous avez des souvenirs … heureux … je veux dire … des anecdotes … de nos grands-parents, demanda Kiara en s'approchant.
Billy l'étudia un long moment prenant conscience sans aucun doute de la ressemblance frappante de ma fille avec Tanya.
C'était étrange de constater que les gens ayant connus ma sœur soit immédiatement frappés par le visage de Kiara ? J'avais caché ça durant tellement longtemps.
- J'en ai plein …
- C'est ma fille Kiara, Charlotte et voici Lise. Et mon compagnon … Edward …
Ce dernier tendit la main à Billy qui la lui serra sans hésiter.
Presque religieusement, j'écoutais Billy parler de mes parents. Kiara ne cessait de lui poser des questions et je restais muette suspendue aux lèvres du meilleur ami de mon père. Elle demandait exactement ce que j'étais incapable de faire. Même Lise et Charlotte étaient muettes ce qui étaient plutôt rares chez elles et écoutait le vieille homme en fauteuil roulant.
Il devait être un peu plus de 17 heures un bruit me fit sursauter à l'extérieur.
Des adolescents de 16 ou 17 ans s'étaient regroupés sur la place et paraissaient attendre quelque chose. Peut-être des amis.
Je les regardais pendant un long moment.
- Ce sont les jeunes du coin, le lycée est tout proche à seulement un kilomètre, expliqua la femme à côté de Billy.
Elle s'appelait Sue Clearwater et avait bien connu mes parents également.
Leurs anecdotes, leurs souvenirs de ma famille, des moments que je n'avais pas vécu avec eux, me réchauffaient littéralement de l'intérieur.
- Si les choses avaient été différentes … moi aussi j'aurais fait partis des jeunes du coin …
Mes mots étaient lourds de sens. J'étais toujours en colère de l'injustice s'étant abattue sur ma famille. J'étais née dans un cocon chaud et aimant mais je n'avais pas eu l'occasion d'en profiter.
Il y avait de quoi rendre amère n'importe qui.
Edward comme toujours à l'affut de mes réactions, enroula ses doigts autour des miens et je sentis sa chaleur irradiait le froid en moi.
Billy poussa un soupir et Sue finit par se lever. Je lui tendis mon numéro de téléphone.
- Pour garder le contact … si vous le voulez.
Ses yeux brillèrent et il attrapa ma main.
- Bien sûr Bella, avec joie …
Bientôt seule avec les filles et Edward, je me tournais vers ce dernier et lui indiquait la voiture. Nous prîmes place dans l'habitacle et lentement il fit rouler la voiture vers la seule route possible pour traverser la ville.
- Arrête-toi !
Je le sentis piler d'un seul coup nous propulsant vers l'avant du véhicule. Je me retins au tableau de bord et fis la moue dans sa direction. Il me répondit avec un sourire ironique.
- La prochaine fois Madame Voltury prévenait un peu plus tôt.
Je levais les yeux au ciel alors qu'il faisait demi-tour et s'engageait dans la rue que je lui indiquais.
A travers la pluie légère de l'extérieur, je pointais du doigt la petite maison modeste de l'autre côté de la rue, une bâtisse vieillit par le temps sur deux niveaux.
Je regardais presque religieusement la maisonnette et sentis le chagrin me submergé.
Je ne m'approchais pas. Je n'en aurais pas la force. Pouvoir la contempler d'ici était amplement suffisant.
Mes yeux se voilèrent alors que défilait sous mes paupières une série d'image.
Une bicyclette avec des petites roues et des fanfreluches roses au guidon, mon père derrière moi qui avait peur que je ne me casse la figure moi la miss catastrophe. Ma mère sur un fauteuil à bascule berçant Quil sur la terrasse près de la porte d'entrée. Tanya jouant avec le tuyau d'arrosage et me faisant hurler de rage d'avoir mouillée ma robe rouge. Ma meilleure amie dans la maison d'à côté qui venait jouer à cache-cache avec nous.
C'était des souvenirs heureux que j'avais totalement occulté. Bien plus que de souffrir, je me rendis compte que je souriais. J'avais été heureuse, même si je ne m'en souvenais que vaguement.
Je restais un moment à regarder cette petite maison de l'autre côté de la rue avant de faire un signe à Edward qui démarra. Nous passâmes devant un établissement où était inscrit « Forks High School ».
Le lycée.
Un endroit à mille lieux de celui dans lequel j'avais été à Seattle.
- Oh maman, la plage ! On peut y aller dis on peut ! S'exclama soudain Lise un quart d'heure plus tard.
Je regardais le ciel gris, chargé. Il faisait humide mais il ne pleuvait pas. J'hochais donc la tête vers Edward qui se gara sur le bas-côté. Les filles descendirent et Kiara les accompagna.
Je restais un moment dans la voiture, les yeux dans le vague. Je n'entendis qu'au dernier moment ma porte s'ouvrir et Edward m'appeler.
Sans rien dire de plus, il passa ses bras sous moi et me souleva. Je n'eus le temps que de passer mes bras autour de son cou qu'il refermait la porte d'un coup de pieds et m'entrainer vers un tronc d'arbre un peu défraichis à une centaine de mètres.
Je ne fis aucun commentaire alors qu'il s'asseyait et me gardais dans ses bras. Je posais ma tête dans son cou et fixais la mer sans broncher. Les cris des filles en arrière-plan étaient rassurants, tout comme le bruit du ressac.
- Ca va mon amour ?
- Oui.
Je n'étais pas certaine de dire la vérité mais je ne voulais pas le préoccuper plus que nécessaire. mais c'était mal le connaître.
- Bella … dis-moi ce que tu penses …
- J'ai mal … bien sûr que j'ai mal …
Je me tus et posais ma main sur mon torse pour endiguer la douleur.
- Bella chérie …
- Il faut que je le fasse Edward … il me reste encore une étape … je dois y arriver …
Et quelle étape.
Pour finir mon périple, je devais me rendre sur la tombe de mes parents.
Je ne l'avais jamais fait. Je n'avais pas assisté à leurs enterrements, ni à celui de Quil. Quant à Tanya … je n'en avais pas eu la force non plus. J'avais fait en sorte qu'ils soient ensembles, j'avais fait rapatrié leurs corps mais sans jamais leur rendre visite.
Même quand Dimitri l'avait suggéré allant même jusqu'à réserver un voyage pour ça, j'avais hurlé que je n'en étais pas capable. Je refusais obstinément de voir ça.
Je ne pouvais pas parler à des pierres froides sans vie, marquées de mots douloureux. Ce n'était pas la définition que je me faisais du deuil.
Mais je devais bien avouer que mes méthodes n'avaient pas marchées. 25 ans après le drame, je n'étais toujours pas passée au chapitre suivant de ma vie. Je n'avais pas laissé ma famille partir. Pas plus que Dimitri et maintenant Aro.
Kiara s'était rendue sur sa tombe de nombreuses fois, accompagnant Aro et Marcus. Charlotte y avait été une fois également. Mais pas moi.
En dehors du jour où nous l'avions porté en terre, je n'y avais plus jamais mis les pieds.
Aujourd'hui je pouvais me rendre sur la tombe de ma famille. Il suffisait d'un mot.
Mais je n'avais envie que d'une seule chose, rentrer à l'hôtel. Après que les filles se soient défoulées à se courir après, nous prîmes le chemin du retour.
Le lendemain, après un énième cauchemar qui réveilla de nouveau Edward au milieu de la nuit, je pris mon courage à deux mains.
Consciente que je devais faire cette étape seule, Kiara se proposa de garder les filles pendant que nous reprenions le chemin de Forks.
Je restais silencieuse durant tout le trajet et mon cœur se serra douloureusement en posant mes yeux sur les premières tombes.
Je serrais contre moi le bouquet de fleurs que nous avions acheté avant de partir. Il était composé de dizaines de boutons de différentes variétés et surtout de multiples couleurs. Il était beau.
Edward sortit mon fauteuil du coffre et me poussa vers l'entrée du cimetière.
Le silence pesant qui hanté les lieux était logique dans un endroit comme celui-ci mais je sentis une sueur froide me parcourir.
Je ne voulais pas être là. Je n'aurais jamais la force de voir ces tombes. Je n'aurais pas la force de me retrouver devant ma famille.
Pétrifiée, je laissais pourtant Edward me pousser le long des allées goudronnées.
Je connaissais par cœur le numéro d'emplacement où ils se trouvaient. J'avais veillé à ce que ce soit un endroit un peu à l'écart ou ils étaient ensembles à jamais.
Je ne fus donc pas surprise quand nous déambulâmes longtemps le long des allées.
4049 … 4050 … 4051 … mes parents étaient donc au bout de l'allée que nous venions de dépasser.
Je levais la main pour qu'Edward arrête d'avancer. Je fixais mon regard au loin ou je devinais les tombes.
- Bella … tu n'es pas obligée …
- Je dois le faire, il le faut Edward … mais je dois le faire seule …
- Bella …
Je secouai la tête incapable de parler. Mais par bonheur, il n'ajouta rien et lâcha les branches de mon fauteuil.
Incapable de me rendre là-bas en fauteuil en raison des gravillons de l'allée, je me levais donc sur mes jambes.
Carlisle allait vraiment m'étriper quand il constaterait les dégâts que je m'étais infligés. Refoulant pour l'instant tout autres pensées et serrant le bouquet de fleur contre moi, j'avançais à pas feutrés, un pied devant l'autre, concentrée.
4052 … 4053 … 4054 … un espace, des arbres et derrière quatre pierres tombales.
Charlie Swan
Shérif, mari aimant et père remarquable
Renée Dyewer Swan
Epouse adorée, mère dévouée
Tanya Amanda Swan
Quil Charlie Swan
Mon regard dérivé sur les tombes sans que je puisse m'arrêter vraiment sur l'une d'entre elle. Sans que je m'en rende compte mes jambes se mirent à flageoler et je lâchais prise. Je m'écroulais sur le sol dur et froid devant les tombes.
- Maman … papa … c'est moi … c'est Bella …
J'éclatais en sanglot et me pris la tête entre les mains durant de longues secondes.
Mes parents chéris.
Je revoyais dans mon rêve étrange leurs visages souriants, leurs regards aimants. Durant mon coma, je m'étais retrouvée devant eux. J'ignorais si cela avait été un rêve ou simplement l'expression déformé de mes désirs inavoués mais le fait était que j'avais eu la possibilité de choisir.
Et j'avais choisi la vie. J'avais refoulé mon envie désespérée de retrouver mes parents pour retrouver mes enfants et Edward.
- Je suis désolé … 25 ans … il m'a fallu 25 ans pour venir … mais je n'ai jamais eu la force …
Je regardais ces tombes et je n'avais pas l'impression de parler à des cailloux. Devant moi, je voyais ma mère, mon père, Tanya et Quil. Ils étaient assis près de moi et m'écouter.
J'essuyais les yeux d'un revers de la main pour les voir le plus distinctement que possible.
Les tombes étaient loin dans mon esprit alors que ma famille me souriait gentiment.
Et là je me mis à parler déversant comme jamais ce que je gardais en moi.
- Si seulement vous étiez là … se serait tellement différent … Aro … j'ai perdu Aro.
« Oh je sais, il était autoritaire, maniaque du contrôle et parfois tête à claque. Je me disputais avec lui la plupart du temps parce qu'il avait toujours quelque chose à redire mais … je l'aimais … il était mon meilleur ami. J'ai l'impression qu'on m'a arraché une nouvelle fois le cœur et que je me retrouve avec une plaie béante dans la poitrine.
« Je ne sais pas comment gérer cette douleur. Je ne sais pas comment avancer à nouveau. Je suis pétrifiée à l'idée de perdre les personnes qui me reste. Sans Marcus, sans les filles … sans Edward … toutes les personnes que j'aime … vous … j'ai tout perdu … et je n'arrive pas à enlever cette terreur en moi …
« Je ne sais pas comment vous dire au revoir …
Voilà mon problème le plus profond.
Je ne savais pas comment tourner la page et avancer réellement. J'en avais envie pourtant mais je ne sentais rien se libérer en moi. Je voulais poursuivre ma route mais je ne savais pas comment le faire.
Une fois que nous allions retournés à New-York, les choses reprendraient comme avant, sans Aro. J'allais devoir me lever le matin et me rendre à la compagnie. Avant de perdre mon associé, j'avais déjà prévu d'alléger mon emploi du temps afin de me libérer et de me rapprocher de mes enfants. Je voulais également me consacrer du temps.
J'avais des projets pleins la tête. Je voulais vivre. On m'avait offert une seconde chance et j'avais l'intention de la saisir. Mais maintenant … Je ne parvenais pas à retrouver cet enthousiasme et cette vitalité.
Je ne savais tout simplement pas comment faire.
Finir le bouquin que j'avais commencé plus jeune, emmener les filles dans tous les endroits possibles afin qu'elles découvrent le monde, travailler à la compagnie … je le voulais encore … enfin il me semblait …
Mais quel but aurait ma vie ?
Je ne résoudrais pas mes problèmes pour autant.
Relevant la tête, je regardais fixement les pierres tombales, l'image de mes parents bien présente derrière mes paupières.
J'avais choisi de vivre. C'est moi qui avais décidé de rejoindre la vie.
« Vivre c'est accepté de souffrir » avait dit Dimitri dans mon apparition céleste. Etais-ce vraiment ça la vie ? Cette douleur lancinante dans ma poitrine ?
Aro avait en quelques sortes sacrifié sa vie pour moi, pour mes filles. Penser à lui était douloureux mais je me doutais que pour Marcus cela devait être une torture. Et il était seul en ce moment.
Je partageais sa souffrance. Je savais ce par quoi il était entrain de passer. Perdre un être cher surtout dans de telles circonstances était horrible et injuste.
Je fis défiler devant mes paupières les évènements de ces dernières semaines de la mort d'Aro à notre voyage de ses derniers jours. J'avais eu besoin de venir ici pour résoudre mes problèmes. J'avais retrouvé Renée, le meilleur ami de mon père et mes souvenirs heureux. C'était un premier pas pour moi.
Consciente d'être à l'orée d'une révélation frappante pour moi, je me concentrais sur les tombes de ma famille.
Mon père, ma mère, Tanya, Quil, Dimitri et maintenant Aro …
Je les avais aimé par conséquent j'avais accepté de me mettre en danger. Leurs pertes étaient une souffrance quasi quotidienne.
Mais comment vivre avec ? Comment reprendre le chemin de mon existence ? Comment continuer sans eux ?
Marcus, Kiara, Lise, Charlotte … Edward …
Comment accepter de vivre avec le sentiment que je pouvais les perdre eux aussi à tout instant ?
J'avais besoin d'aide …
Ce n'était pas des questions auxquelles je trouverais des réponses seules. J'en prenais conscience seulement maintenant.
Ca n'avait pas marché il y a quelques années mais seulement parce que je n'avais laissé aucune chance au docteur en face de moi. Je n'étais pas prête à ce moment-là.
Mais aujourd'hui les choses étaient différentes. J'en avais besoin.
Il le fallait. Pas seulement pour moi.
Je détournais la tête vers un Edward horrifié à quelques pas de moi. Il était littéralement paniqué face à mon expression mais je secouai la tête à bout de souffle.
Je lui tendis le bras et attendis qu'il me rejoigne.
- Bella ? Souffla-t-il du bout des lèvres en s'agenouillant à mes côtés.
Je plongeais mon regard dans le sien et me noyais dans l'océan de ses prunelles.
Je tenais toujours le bouquet de fleurs dans mes mains. Quittant à regret son regard, je me penchais et le posais sur la tombe de ma famille.
- Merci, chuchotai-je aux tombes.
La perplexité se lisait sur le visage de mon compagnon.
- J'ai besoin d'aide Edward … j'ai besoin d'aide …
Et l'accepter enfin me fit monter les larmes aux yeux, une nouvelle fois.
Et voilà !
Alors vos avis ? Il me tarde de les connaître ^^
Il s'agit d'un chapitre plutôt sombre puisqu'on parcourt le passé de Bella. Mais cela me semblait nécessaire pour qu'elle puisse aller de l'avant. Après tout elle a perdu beaucoup …
J'ignore quand je pourrais poster la suite puisque de nouveau je n'ai pas encore écrit la moindre ligne mais je vais faire de mon mieux pour être la plus rapide et efficace possible.
Bonne année encore une fois et à bientôt tout le monde !
