Chapitre 57 : Un premier pas …
Bonsoir tout le monde !
Et où vous ne rêvez pas, je suis de retour avec un nouveau chapitre et cela après des semaines sans nouvelles.
Je tiens vraiment à m'excuser pour ça. Je suis particulièrement occupée cette année avec plusieurs concours que je ne peux me permettre de négliger. Sans parler de l'inspiration qui a eu du mal à venir sans doute parce que je n'ai pas envie de dire au revoir à cette histoire !
Mais bon voilà ENFIN le chapitre 57 qui vient d'être relu il y a quelques minutes.
Il est plus long que d'ordinaire (je tente de me faire pardonner ^^) et j'espère que vous l'apprécierez. Il s'agit de l'avant dernier avant l'épilogue !
Espérant vous retrouver dans une petite review en tout cas je vous souhaite une bonne lecture et on se retrouve en bas !
Bonne lecture !
PDV Bella
- Bonjour, je suis le docteur Uley ... Emilie Uley.
Un instant, prostrée, je regardais cette femme devant moi comme si elle était mon ennemie. Elle avait pourtant tout de quelqu'un d'absolument ordinaire, rien de menaçant, rien de choquant.
Normale.
Je me trouvais assise dans mon fauteuil roulant dans un cabinet surchauffé, sur le seuil d'une pièce où je n'avais pas envie d'entrer, dans un endroit où je n'avais pas du tout envie d'être.
Edward était à l'extérieur dans la voiture et il m'attendait. Les filles étaient à l'école, Marcus à la compagnie et moi je me trouvais dans le cabinet de cette psychologue avec l'envie de fuir aussi vite que mon état me le permettait. Etais-ce la bonne solution ? Avais-je vraiment besoin de ça ?
Ma raison me soufflait que oui, mon cerveau et surtout mon cœur suppliaient à corps et à cris de m'enfuir avant qu'il ne soit trop tard.
Mais je restais pour le moment tétanisée sans pouvoir esquisser un seul geste. Je me devais d'être raisonnable avant tout. Je n'avais pas le droit de me comporter comme une enfant.
Nous étions rentrés depuis trois jours déjà. Le voyage avait été une épreuve que j'avais pourtant surmontée comme tant d'autres choses avant. Nous avions passés cinq jours dans l'état de Washington mais le devoir m'avait rappelé plus rapidement que prévu. Il fallait rentrer.
Marcus ne me l'avait pas demandé bien entendu, il n'aurait jamais osé mais au son de sa voix, je me doutais qu'il était submergé à la fois par le travail mais également par sa solitude et par son deuil bien trop lourd à porter. Il ne l'avouerait sans doute jamais, ne consentirait absolument pas d'en parler, pourtant je le connaissais assez bien depuis le temps pour deviner ce qu'il taisait. Je le ressentais ce vide sans doute le même que lui, au plus profond de mon propre cœur.
Je ne pouvais pas restée indéfiniment à Seattle ou à Forks à me cacher en espérant que personne ne se souvienne de moi. Une fois les lieux de mon enfance écumés, après être allée sur la tombe de ma famille pour la première fois, je n'avais plus vraiment besoin de rester là-bas, sans parler des filles et de la société d'Edward. Pour le bien de tous, rentrer était la meilleure solution.
Mais reprendre le cours de ma vie s'était avéré … compliqué. Le pire, sans doute, avait été de voir Edward rentrer chez lui, la veille.
Il avait passé la première nuit de notre retour avec moi mais le lendemain, il n'avait pas eu le choix. Il fallait qu'il parte, qu'il nous laisse, les filles et moi. Sa société avait besoin de lui de façon urgente, plus que moi sans doute. M'ayant consacré tout son temps depuis deux semaines, Jessica l'avait appelé pour lui demander de venir dès qu'elle avait su que nous étions de retour. Elle l'avait presque suppliée, même.
Lundi matin donc, il m'avait embrassé, les yeux brillants avant de prendre le chemin du travail. Quand sa voiture avait disparu à l'horizon en même temps que celle des filles pour l'école, j'aurais voulu hurler et me défouler sur n'importe quoi. Il fallait que j'évacue ce sentiment insupportable d'abandon au fond de moi. Pourtant je n'avais pas bougé, je n'avais rien fait et il était parti sans vraiment prendre conscience à quel point ne plus l'avoir à mes côtés était douloureux.
J'avais passé la journée à l'hôpital, reprenant enfin ma rééducation avec un Carlisle plutôt furieux de la régression que j'avais faite durant ces deux dernières semaines. Il tenait à s'occuper lui-même de ma guérison et ne voulait confier mon cas pathétique à personne d'autres. Ce que j'étais reconnaissante malgré tout. J'avais confiance en Carlisle. Cet homme m'avait sauvé la vie. Le fait qu'il me touche et me voit ainsi en position de faiblesse, ne me terrifiait pas. Je n'avais pas peur de lui.
Tout au long de la journée, je n'avais guère bavardé. Je savais que je devais engager la conversation et aborder un certain sujet rapidement. Il était le seul de ma connaissance à pouvoir me fournir l'information qu'il me fallait. Pourtant je n'avais pas desserré les dents alors que les heures s'égrenées inlassablement. Je n'y étais pas parvenue.
Après des heures d'efforts et d'exercices en tout genre, censés me redonnait la force et le tonus que j'avais un temps eu dans mon corps, j'avais murmuré son prénom d'une voix chevrotante. D'abord interloqué par mon ton d'enfant terrifié, Carlisle avait attendu patiemment sans broncher. Le mot psychologue avait fini par franchir mes lèvres.
Je craignais un peu sa réaction pour tout dire, mais toujours professionnel, il n'avait fait aucun commentaire et il s'était contenté d'un geste réconfortant, me serrant doucement la main. Il m'avait ensuite tendu un papier ou était griffonné un nom et un numéro de téléphone.
Le soir, Edward n'ayant pas pu venir à la maison, je m'étais retrouvée seule avec mes filles pour la première fois depuis longtemps. Kiara avait été très patiente, bien heureusement. Elle m'avait aidé avec Charlotte et Lise, prenant en charge le bain et le couché alors que je sentais ce vide grandir en moi et prendre toujours plus de place. J'avais cette impression d'être totalement vulnérable et exposée malgré les gardes du corps à nos côtés. La protection autour de nous n'avait pas été diminuée et pour le moment, je tenais à ce que les choses restent ainsi même si cela pouvait paraître excessif.
Pourtant, Alec et Felix étaient revenus à mon service malgré tout, je ne me sentais pas en sécurité pour autant. Je voulais Edward. J'avais besoin de lui et de sa présence réconfortante.
Découvrir à quel point il m'était devenu indispensable au point que je me sente perdue sans lui aurait dû me terrifier. Après tout, je ne voulais plus dépendre de qui que ce soit.
Mais loin d'être rationnelle, mon cœur se serrait inexorablement à la simple idée de ne pas l'avoir près de moi pour une durée indéterminée. Qu'importe d'être dépendante ou d'avoir à ce point besoin de lui, je venais de perdre mon meilleur ami.
Raisonnable pourtant, j'avais conscience qu'Edward devait travailler très tard et je le sentais fatigué au bout du fil. Il ne pouvait pas faire de nuit entière avec moi qui me mettais à hurler à n'importe quelle heure en proie aux cauchemars les plus violents qui soient. Je l'avais donc convaincue de se reposer chez lui. Sa réticence avait réchauffé mon cœur et l'espace d'un instant, j'aurais aimé jouer les égoïstes et lui demander de me rejoindre.
J'avais passé la nuit seule de nouveau terrassée par un cauchemar d'une vivacité inédite, criant à en perdre haleine en me réveillant. J'avais tellement fait de bruit que même Kiara, un étage au-dessus m'avait entendu. Cela n'avait fait que confirmer ma décision. J'avais vraiment besoin d'aide.
Le lendemain matin, j'avais donc appelé le docteur Uley qui avait fixé un rendez-vous le soir même. J'en avais informé Edward qui avait tout de suite dit qu'il m'accompagnerait. Je n'avais pas protesté, j'avais besoin de lui.
Les filles étaient parties à l'école le matin avec des sourires d'encouragements et des câlins de réconforts. Kiara, elle, avait désigné le téléphone. Je pouvais l'appeler à n'importe quel moment, elle serait là comme elle l'avait été quelques heures auparavant en me rejoignant après mon réveil brutal.
Le cœur gros, je les avais observé monter dans la voiture. William, l'ancien chauffeur d'Aro avait accompagnés mes enfants.
La journée m'avait paru très longue enfermée à la maison puis lors de la séance de rééducation à l'hôpital. J'avais informé Carlisle de mon rendez-vous prochain et il m'avait souhaité bon courage.
Il allait m'en falloir, c'était certain.
L'heure fatidique avait fini par arriver et Edward était passé me chercher à l'hôpital comme nous l'avions convenu. Le long baiser qu'il m'avait donné avait un temps chassé les nuages au-dessus de ma tête puis il avait démarré et sans un mot, sa main ne quittant pas la mienne, il avait pris la direction que je lui avais indiquée.
En franchissant les portes du cabinet de la psychologue, mon cœur s'était mis à battre plus fort et mes mains étaient devenues subitement moites. Je n'en menais vraiment pas large.
L'endroit était désert.
Pourtant malgré cette terreur si vive en moi, je faisais suffisamment confiance à Carlisle pour savoir qu'il ne m'orienterait pas vers quelqu'un en qui il n'avait pas entièrement confiance lui-même.
La femme d'environ une quarantaine d'année devant moi avait ouvert la porte quelques minutes auparavant avant même que je n'ai frappé dessus. Elle paraissait jeune avec ses cheveux blond bouclés et sa frimousse un peu ronde. Son visage était dénué de sourire mais ses yeux étaient francs et elle me regardait directement ne trahissant aucune émotion particulière. Elle était habillée de manière très simple, jupe portefeuille et chemise blanche.
Au premier abord, je n'eus aucun a priori mais mon sentiment pouvait changer.
Carlisle m'avait dit que je pouvais partir à tout moment si je ne me sentais pas à l'aise. On pouvait chercher quelqu'un d'autre si cette psychologue ne me convenait pas. Il ne fallait pas que je me sente oppressée ni forcée par quoi que ce soit.
Je regardais derrière le docteur. La pièce me donna envie de me lever et de partir aussi vite que je le pouvais … encore une fois. Pourtant la sensation était seulement dû à ce que je ressentais et non à quelque chose qui me dérangeait dans ce cabinet. La pièce était lumineuse et non sombre comme je m'y attendais à moitié. Les meubles étaient clairs, pas de fauteuils pour s'allonger, pas d'instrument étrange, rien.
Il y avait juste un bureau avec trois chaises autour et un petit salon qui pouvait ressembler à celui que j'avais dans mon propre bureau à la compagnie.
- Isabella … Voltury.
Elle m'adressa un sourire en hochant la tête et désigna l'intérieur de la pièce.
Prenant mon courage à deux mains, je posais les doigts sur les roues de mon fauteuil et m'avançais. Le docteur Uley ferma la porte et nous nous retrouvâmes seules, elle et moi. Plutôt que de prendre place derrière son bureau comme je m'y attendais, elle s'installa sur un des fauteuils du petit salon. Sur la table basse, je voyais un service de thé et des petits gâteaux. Méfiante, je jaugeais le docteur et la nourriture. Je finis par décidée qu'elle ne m'empoisonnerait pas et me levais pour m'asseoir sur l'autre fauteuil.
Mal à l'aise, je ne regardais pas le médecin, préférant me concentrer sur mes doigts.
- Vous êtes nerveuses Madame Voltury ?
Je la regardais incrédule me demandant pourquoi elle me posait la question. Après tout mon attitude était assez parlante, cela devrait lui suffire. En plus, elle était psychologue. Mes émotions devaient lui être parfaitement claires.
- Je ne suis pas du genre à m'asseoir avec des inconnues autour d'un service à thé pour papoter sur ma vie.
J'aurais pu ajouter bien des choses mais je m'en abstins. Pas besoin d'en rajouter dans le dramatique. Ma voix était cassante et mon ton frémissait presque de colère. Pourtant cela ne faisait que cacher le fait que j'étais terrorisée par tout ça.
Je tentais de me calmer. Cette femme faisait son boulot, juste son boulot. Et j'étais là de mon plein gré. Personne ne m'avait forcé.
- Nous ne sommes pas obligées de papoter …
Je levais un sourcil dans sa direction. Je n'étais pas là pour regarder le mur en face de moi ou pour papoter sur la pluie et le beau temps, j'étais là pour avancer.
- C'est pourtant le but en venant ici non ?
Le docteur coinça ses mains entre ses cuisses croisées et haussa les épaules.
- Pas si vous n'en avez pas envie …
- Je veux avancer.
- Je n'en doute pas.
Je la regardais incertaine et me demandais où elle voulait en venir. Je ne comprenais pas vraiment cette entrée en matière. Le seul psy que j'avais vu m'avait demandé de m'allonger et m'avait presque ordonné de parler de ma vie et de mes problèmes. Il voulait savoir ce qui m'avait emmené dans son cabinet.
Mais pas le docteur Uley. A moins qu'elle le savait déjà ? Carlisle le lui avait peut-être dit après tout.
- Carlisle Cullen … vous le connaissez bien ?
Elle eut un sourire pour une fois expressif. Je pouvais lire la joie fugace qui la traversa. Elle avait compris le but de ma question apparemment.
- C'est un confrère. Il m'a parlé de sa belle-fille Isabella Voltury qu'il estime beaucoup avant de me demander de libérer une place dans mon emploi du temps. Rien de plus.
Estime beaucoup ? Carlisle lui avait-il vraiment dit ça ?
Ce ne serait pas étonnant mais je pus m'empêcher de froncer les sourcils.
- Vous semblez perplexe … pourquoi ?
- Je me demandais juste pourquoi vous avez dit qu'il m'estimait …
Après tout, pour quelle raison il m'apprécierait ? Je n'étais rien de plus qu'une patiente et la compagne de son fils. Et en y réfléchissant un peu, il devrait surtout avoir envie de m'éloigner de lui. Enfin c'est ce que je ressentirais si une femme comme moi approchait mon propre fils.
- Parce que c'est le cas … pourquoi en irait-il autrement ?
Elle semblait sincèrement étonnée que je puisse douter de l'affection profonde du docteur Cullen. Mais après tout, j'avais des raisons non ?
- J'ai cherché à envoyer son fils en prison, je voulais l'humilier publiquement, vous devez le savoir non ?
Après tout, cette histoire avait fait la une des journaux durant des semaines. Elle devait déjà être au courant de beaucoup de choses à mon sujet.
- J'ai suivi les actualités en effet. Mais j'ai tendance à ne pas prêter beaucoup de foie aux tabloïds.
- Vous devriez … ils ont souvent raison …
Je ne pensais pas ce que je disais bien entendu. Mais qui ne croyait pas ce qui se disait dans les journaux ? Moi-même, je prêtais une grande attention aux médias.
- Alors Edward Cullen est un meurtrier ?
- NON !
Horrifiée, je la regardais complètement choquée. Mais comment en étions nous arrivés là ? Je refusais que qui que ce soit doute de l'innocence d'Edward.
- Vous le défendez avec véhémence pour quelqu'un ayant trainé cet homme devant les tribunaux …
- Je l'aime …
Je me pris la tête dans les mains et me concentrais pour garder mon calme et ne pas penser à ce que je lui avais fait. Je me sentais tellement coupable de l'avoir tant fait souffrir. Je ne pourrais jamais réparer le mal que j'avais provoqué à lui autant qu'à sa famille. Les Cullen ne méritaient pas un tel déchainement de haine. Ils étaient la famille de Kiara, ma fille était une Cullen.
Et quelque part Lise et Charlotte pouvaient le devenir également. Je n'en serais pas surprise d'ailleurs.
Quand je relevais les yeux vers le docteur Uley, je constatais qu'elle ne me regardait pas. Elle s'était levée pour rejoindre son bureau et attrapait une carafe d'eau qu'elle ramena sur la table du petit salon.
- J'avais besoin d'un coupable, murmurai-je comme si cela justifié tout. Je voulais que quelqu'un paye pour la mort de mon frère …
Le docteur sentit surement mon envie de changer de sujet. Je n'étais pas prête à lui révéler tous les détails scabreux de cette partie de ma vie.
Sans pouvoir m'en empêcher, je jetais un regard par la fenêtre et le médecin me vit faire. Elle m'adressa un sourire er me désigna la porte.
- Nous pouvons mettre un terme à notre entretien si vous le voulez …
J'hochai la tête et me levais presque aussitôt pour regagner mon fauteuil. Je m'arrêtais à quelques pas de la porte et me tournais vers le docteur Denali.
- Nous pouvons fixer un autre rendez-vous ... si vous le désirez bien entendu …
Je réfléchis un long moment me demandant si j'en avais envie ou non. La réponse immédiate qui me vint aux lèvres fut non mais loin d'être impulsive, je gardais ma réaction pour moi. Je n'étais pas à l'aise loin de là mais je ne m'attendais pas à tomber sur quelqu'un comme le docteur Uley.
La vérité c'est que j'étais restée et que je m'étais assise avec elle pour discuter. Elle était gentille et très professionnelle. J'avais eu une bonne première impression.
Après tout, j'avais entrepris de venir ici, il fallait que je continue. J'hochais donc la tête pour accepter.
- Quand êtes-vous disponibles ?
- En fin de semaine ?
Nouveau hochement de tête et je pus enfin sortir de là.
En rentrant à la maison, je retrouvais Kiara qui me demanda seulement si je me sentais bien. J'haussai les épaules guère désireuse de parler et entrepris d'appeler Marcus.
Partagée entre ma rééducation et le peu de temps que je pouvais passer avec Edward, la fin de semaine arriva vite et mon rendez-vous chez la psychologue aussi.
Cette fois, je dus me rendre seule au rendez-vous, Edward avait une importante réunion et n'avait pas pu se libérer. Sans oser le dire, je me sentais à nouveau complètement seule.
Les filles étaient à l'école et avaient repris leurs vies, Edward travaillait énormément voulant rattraper le retard qu'avait laissé son absence durant de nombreuses semaines quand à Marcus il dirigeait la compagnie sans doute pour oublier son deuil.
D'ailleurs depuis mon retour, je n'y avais pas encore mis les pieds à la compagnie.
J'avais toujours une excuse pour ne pas y aller. Marcus venait à la maison ou Jacob mais moi je ne me déplaçais pas. Je n'y arrivais pas. Heureusement les deux hommes étaient conciliants et ma présence n'était pour l'instant pas indispensable. Du moment que les dossiers étaient signés et les décisions importantes validées, je n'avais pas besoin de faire pour l'instant acte de présence.
En fait en dehors de l'hôpital et de mes visites chez la psy, je ne sortais pas.
C'est d'ailleurs par ça que je commençais mon deuxième entretien avec le docteur Uley.
- Je n'ai pas repris le cours de ma vie … je n'y parviens pas …
- C'est normal, après ce que vous avez vécus.
Elle se montrait conciliante alors que je n'étais rien d'autre que faible finalement.
- Non. Je devrais pouvoir … enfin je suis bloquée dans ce maudis fauteuil parce que je suis trop faible pour rester trop longtemps debout … c'est impossible de retourner travailler parce que je me sens vulnérable et incapable de gérer mes émotions devant ses hommes d'affaire que je maitrisais parfaitement avant …. Et par-dessus tout …je suis pétrifiée à l'idée de retourner à la compagnie parce que je sais que passer devant le bureau d'Aro sera une torture …
Elle me jaugea un long moment avant de se pencher en avant comme pour se rapprocher de moi. Sans le vouloir je me raidis.
- Alors pour résumer, vous vous considérez comme faible, incapable, terrorisée et minable ?
C'était sans doute un bon résumé de la situation.
- Je me sens seule, ajoutais-je après un temps de réflexion … ils ont tous repris le cours de leur vie … Edward, les filles, même Marcus … on ne dirait jamais qu'il vient de subir le plus gros choc de sa vie …. Et moi je suis là et … je suis incapable de vivre tout simplement …
- Toutes ces personnes vous ont pourtant prouvés qu'elles ne vous laisseraient pas seules, qu'elles étaient là pour vous, non ?
Je baissais les yeux sur mes mains et réfléchis à ce qu'elle venait de me dire. Bien sûr qu'elle avait raison. La solitude était seulement le reflet de l'absence d'Edward et le fait que je me retrouvais seule dans la grande maison toute la journée.
Je n'étais jamais restée ainsi inactive. Depuis mon plus jeune âge le travail était la seule chose que je connaissais. Même à l'époque de mon mariage avec Dimitri, je me tenais occupée, étudiant durant de longues heures pour obtenir ma licence, redécorant la maison m'occupant de Kiara puis de Charlotte encore jeunes et dépendantes. Pendant que j'attendais Lise, je ne m'étais arrêtée qu'au moment où j'avais perdu les eaux en pleine réunion de travail devant 20 hommes d'affaire choqués et un Aro quelque peu paniqué par la situation totalement inédite pour lui.
- Edward me manque …, soufflai-je si bas que je doutais presque que le médecin m'ai entendu. Je sais que nous n'avons pas passés beaucoup de temps ensemble mais depuis la mort d'Aro, il était là. Tout le temps, et sans m'en rendre compte, je me suis totalement accrochée à lui. Maintenant … je sais qu'il doit s'occuper de sa société … qu'il ne peut pas toujours être là mais …
- Lui en avez-vous parlé ?
Je secouai vivement la tête.
- Pourquoi ?
Je laissais mes yeux errés sur le mur d'en face et réfléchit à sa question durant un long moment.
- Je ne sais pas vraiment … sans doute pour ne pas qu'il se sente obligé …
Quand les mots sortirent de ma bouche, je pris conscience que ce n'était pas vrai. Je savais qu'il ne se sentirait jamais obligé de rester avec moi. Après tout ce qu'il m'avait dit, tout ce qu'il avait fait, je ne pouvais pas douter de son amour.
- Non, la vérité c'est que je ne veux pas le priver de sa vie … alors que je ne suis pas certaine de pouvoir reprendre la mienne.
- Vous savez … les choses ne pourront jamais être comme avant … parce que vous avez changés, vous avez souffert, vos filles aussi ainsi qu'Edward et Marcus. Ce que vous avez vécu est horrible, c'est un drame mais malheureusement la vie continue. C'est cette attitude qu'ont adopté vos proches.
- Alors pourquoi moi je suis incapable de le faire ?
- Parce que c'est vous qui avez le plus changé. On s'en est pris à vous physiquement, psychologiquement … intimement … c'est dans votre chair que l'on vous a attaqué …
Le travail que j'allais devoir faire avec le médecin me paraissait insurmontable en cet instant. Il allait falloir des années avant de pouvoir me considérer comme de nouveau stable et heureuse.
Ma famille allait-elle m'attendre aussi longtemps ?
- Il serait égoïste de demander à Edward de m'attendre aussi longtemps.
Et j'en étais découragée.
- Ecoutez … on n'apprend pas à courir avant de savoir marcher … et on n'apprend pas à marcher avant de savoir se tenir debout. Vous voulez aller le plus vite possible … mais depuis combien de temps, portez-vous votre plus grande souffrance ?
- 25 ans …
J'hésitais un moment, regardais le docteur avant de me concentrer sur mes mains.
- Depuis la mort de mes parents … ensuite il y a eu … mon petit frère Quil, ma sœur Tanya … mon mari … et maintenant Aro.
A ma voix qui se brisait, le médecin parut comprendre que je n'étais pas encore prête à parler de mon enfance. Je ne voulais pas révéler à un étranger la vérité sur Kiara, sur l'enfance que j'avais passé. Je ne pouvais pas.
- Et vous ?
Je fronçais les sourcils en regardant le docteur Uley. Je ne comprenais pas le sens de sa remarque avant qu'elle ne fasse un geste évasif vers moi. Elle désignait le fauteuil roulant sur lequel j'étais assise. J'hochais la tête quand je compris.
- Il y a quatre mois, un homme s'en est pris à la famille d'Edward, à ses parents, ses frères et sœurs et même aux enfants. Il a enlevé mes filles … et il m'a tiré dessus.
Je me sentais suffoquée et je dus me plier en deux pour ne pas m'étouffer.
- Vous voulez vous arrêter Madame Voltury ?
J'hochai vigoureusement la tête.
- J'ai un créneau de libre lundi … 18 heures ?
Nouveau hochement de tête alors que je sortais de la pièce. Cette fois-ci aussi je m'enfuyais à toutes jambes (à toute roue devrais-je plutôt dire). Je ne voulais pas rester ici. Il fallait que je sorte.
A l'extérieur, Alec et Felix m'attendaient dans la voiture. Ils me ramenèrent sans un mot.
A la maison, les filles m'attendaient. Nous discutâmes de la journée et je pris plaisir à voir leurs petits visages s'illuminer quand elles racontaient des anecdotes.
Il était plus de 23 heures quand la sonnerie de la porte d'entrée retentit. Les filles étaient déjà coucher. Kiara et moi étions devant la télévision entrain de regarder un film dans le salon. J'entendis quelqu'un prendre la direction de la porte et l'ouvrir. Sans vraiment m'en rendre compte, je tendais l'oreille aux aguets.
- Bonsoir, mes amours !
Je me redressais immédiatement en souriant, soulagée. Edward était sur le seuil de la pièce et nous observait le regard débordant de tendresse.
- Papa !
Kiara se leva et serra son père dans ses bras.
Attendrie par l'affection manifeste que ressentaient le père et la fille l'un envers l'autre, je restai clouée sur le canapé, les observant. Ils étaient parvenus à nouer des liens tellement forts depuis que James m'avait forcé à avouer la vérité.
Pour un homme découvrant sa paternité d'une adolescente de 15 ans, Edward avait accepté la responsabilité sans jamais prendre ça comme un fardeau. Bien au contraire.
Quant à Kiara, Edward représentait le père dont elle avait rêvé toute sa vie. Bras dessus, bras dessous, le père et la fille s'approchèrent de moi et se postèrent de chaque côté du canapé, m'entourant.
Edward se pencha vers moi pour m'embrasser légèrement les lèvres.
- Ce que tu m'as manqué … murmura-t-il les yeux brillants en me serrant ensuite contre lui dans une étreinte à la fois douce et forte. Comment vont les filles ?
- Elles vont bien. Elles ont pleins de projets apparemment.
Il hocha la tête visiblement heureux de constater que mes enfants allaient bien. Quand il m'appelait, il ne manquait jamais de me poser la question. Pas par devoir mais parce que la réponse était vraiment importante pour lui.
- Bon, finit par dire Kiara en se levant.
Elle se pencha sur moi puis sur son père pour nous embrasser chacun à notre tour.
- Je suis crevée après cette semaine de fou … tu seras là demain matin papa ?
- Bien sûr. D'ailleurs j'ai eu Esmée au téléphone, une journée chez eux demain, ça vous dit ?
Les yeux de Kiara s'illuminèrent à l'évocation de ses grands-parents mais au lieu d'accepter tout de suite, elle se tourna vers moi.
J'avais la gorge nouée. Je n'avais pas vraiment revu les Cullen depuis l'enterrement et à cet instant trop enfoncée dans mon chagrin, je n'avais pas pris la peine de parlementer. Mise à part Carlisle et Esmée qui étaient tous deux venus à l'hôpital, je n'avais eu aucun contact avec eux.
Charlotte, Lise et Kiara les avaient côtoyés durant les longs mois que j'avais passé loin d'elles, mais pas moi.
Il allait bien falloir de toute façon que je les affronte un jour ou l'autre. J'hochai donc la tête, avec autant d'enthousiasme que possible.
Ma fille grimaça, visiblement je n'avais pas été très convaincante mais elle ne fit aucun commentaire et s'éclipsa.
- Bella qu'est-ce qui t'arrive ? Si tu ne veux pas y aller …, commença Edward.
Je posais ma main sur son torse en secouant la tête, l'interrompant au milieu de sa phrase. Je refusais qu'il choisisse entre sa famille et moi. Kiara voulait y aller et j'étais certaine qu'il en était de même pour Charlotte et Lise.
- Non, ne t'inquiète pas …
Il fronça les sourcils mais cette fois je posais ma main sur ses lèvres.
- Tu m'as vraiment manqué …
- Sans doute pas autant que toi … j'étais tellement seul sans vous.
Ma tactique ayant apparemment fonctionnée, il enroula ses bras autour de moi et me porta dans la chambre pour que nous nous couchions.
Il était environ 11h30 le lendemain quand Edward gara la Volvo devant la maison de ses parents. Visiblement ces frère et sœur étaient déjà arrivés puisque deux voitures stationnées devant la villa.
Elle était exactement la même que dans mes souvenirs, se dressant devant moi dans sa majestueuse beauté. Avant qu'Edward ait coupé le contact, les filles étaient déjà descendues, courant vers la porte d'entrée. Seth et Jade sortirent et des cris retentirent.
Les quatre enfants disparurent bientôt de notre vue. Stupéfaits par leur attitude, nous étions tous les trois encore dans la voiture.
- Apparemment cette journée tombait bien, fit remarquer Kiara en claquant sa portière à l'arrière.
Je descendis à mon tour mais avant que je n'aie fait un pas, Edward m'avait pris dans ses bras pour me faire monter les escaliers.
- Je vais bien, protestai-je. Je suis capable de monter seule …
Faisant peu cas de mes protestations, il me déposa sur le seuil de la villa et poussa le battant, resté ouvert. Kiara entra la première suivit par Edward, et moi derrière eux.
- Mes chéris ! S'exclama Esmée en se levant.
Comme la dernière–et seule fois- où j'étais venue dans cette maison, la table était dressée au centre de la pièce. Tout était joliment décoré. Rosalie, Emmett, Alice et Jasper se trouvaient déjà installés. Carlisle était débout près de sa femme.
Je laissais la mère de famille serrer son fils puis sa petite fille dans ses bras restant en retrait. Je me faisais l'effet d'une intruse dans cette maison si familiale et débordante d'amour.
En détournant le regard, je croisais les prunelles bleues océan du médecin. Il m'adressait un sourire chaleureux comme il l'avait toujours fait.
Alors que je m'attendais à ce qu'elle ne me fasse qu'un signe de tête, la mère de famille, s'approcha de moi et me prit la main.
- Bonjour Bella, comment allez-vous ?
- Bien, Esmée.
Pourquoi ma voix semblait-elle si petite et faible ? Pourquoi ma réponse avait-elle sonné comme une question et non comme une affirmation ?
Le docteur Cullen s'approcha à son tour.
- Je suis contente que vous soyez là Bella …
Il tendit ses bras et attendit que je refuse ou non son étreinte. Mais j'appréciais vraiment cet homme. Je me laissais enlacer avec le sourire profitant d'une étreinte paternelle. Je le voyais tous les jours. Il était là à chaque étape de ma rééducation. Il ne me lâchait pas.
J'avais un tel respect pour lui. Il était le père que j'aurais voulu avoir. Si je m'étais faite une image de Charlie, il serait comme Carlisle.
Il ne me garda pas plus longtemps que nécessaire et me relâcha rapidement, enroulant son bras autour de la taille de sa femme ensuite. Il avait exactement la même attitude qu'Edward avec moi en cet instant. Je sentais la chaleur de mon compagnon contre moi et cela me donna le courage de me tourner vers ces frères et sœurs.
Kiara avait déjà salué tout le monde et attendait apparemment ma réaction autant que celle de ses tantes et oncles. J'avais conscience de leurs regards sur moi et sur leur frère. Emmett fut le premier à se lever et à faire une accolade chaleureuse à Edward. Il se tourna ensuite vers moi et parut hésiter un moment avant de tendre -timidement ?- la main.
- Bonjour, Bella, content de vous compter parmi nous.
Sa grosse voix était douce alors que je serrais sa main, surprise. Il avait l'air sincère. Alice sauta soudain sur ses pieds et comme une fusée fonça sur moi et m'enlaça avant que quiconque ait dit ouf.
Je sentis Edward tenter d'écarter sa sœur mais après un instant d'hésitation et de vive émotion dû à une bouffée de terreur importune refoulée avec force, je passais mes mains autour d'elle et la serrais maladroitement à mon tour.
Je n'étais pas grande –d'autant moins sans talons- mais Alice était encore plus petite que moi.
Quand je pus voir son visage à nouveau, j'y lus une vive émotion et je m'en demandais la raison. C'était comme si elle tentait de se convaincre que j'allais bien.
- J'ai eu tellement peur, si tu savais.
- Nous avons tous eu peur …, ajouta Rosalie juste derrière elle.
Elle m'offrit elle aussi une étreinte et je me retrouvais bouche bée devant la chaleur que me témoignait les femmes de la famille Cullen. Personne ne m'avait jamais témoigné une telle affection. A mes yeux, les Cullen représentaient la famille idéale.
Débordant d'amour les uns pour les autres, s'aimant sans réserve et se respectant au moins autant. Je fixais Rosalie, Alice puis Jasper qui me souriait chaleureusement juste derrière sa femme tout comme Emmett qui avait Liam dans ses bras. Carlisle avait enlacé sa femme et tous deux nous regardaient avec amour, nous couvant tous du regard. Moi autant que les autres.
Levant les yeux vers Edward, je tombais immédiatement sur son sourire chaleureux et dans ses prunelles incandescentes. Ses doigts s'enroulèrent autour de ma joue et ses lèvres bougèrent imperceptiblement. Même si je n'entendis rien, je reconnus parfaitement les mots « je t'aime » prononcés avec émotion.
Je me serrais contre lui et enfouis ma tête dans son torse acceptant les gestes d'affection même devant la famille d'Edward.
Pour la première fois depuis longtemps, je sentis la chaleur monter en moi et me remplir tout entière. Le froid glacial m'emplissant perdait du terrain et je souriais réellement.
Après ce moment riche en émotion, Carlisle et Edward exigèrent que je m'installe sur une chaise et les conversations débutèrent. Les enfants étaient le principal sujet de discussion.
Edward ne me lâchait pas, son bras autour de moi alors que ses frères et sœurs riaient ensembles et m'intégrait dans le groupe sans aucun problème.
La sonnerie retentit soudain dans la maison et le silence tomba sur nous. Je fronçais les sourcils me demandant qui cela pouvait être.
Edward m'embrassa la tempe et c'est lui qui prit la direction de la porte. Je tentais de me pencher, me demandant qui pouvait bien être invité. Tout le monde semblait m'analyser autour de la table et je me sentis un peu mal. Edward revint dans la salle à manger seulement quelques minutes après et s'écarta pour laisser place à Marcus juste derrière lui.
Un bouquet de fleur dans la main, il ne semblait pas des plus à l'aise. Il salua d'une poignée de main, Esmée et Carlisle. Il les remercia pour l'invitation et je me demandais si ce n'était pas Edward qui était derrière tout ça.
Je me relevais et avançais vers mon associé.
Cet homme toujours si fringant d'ordinaire, si sûr de lui et si solide ne paraissait plus qu'être l'ombre de lui-même. Il était venu deux fois à la maison depuis notre retour de Seattle et pourtant cela ne m'avait pas frappé avec autant de force qu'en cet instant. Comme je l'avais deviné, il s'accrochait à la compagnie avec l'énergie du désespoir.
En dehors, il n'avait plus rien. Son visage était devenu osseux, ses yeux éteints et sa peau toujours particulièrement blanche, était maintenant blafarde. Il semblait avoir maigri également.
Il avait tout de l'homme en grande souffrance qui tentait de garder la tête haute même après le choc de sa vie. Il portait son deuil à bout de bras.
Il me vit approcher et tendit la main vers moi.
- Isabella …
Grisée sans doute par l'atmosphère d'amour et de chaleur de la famille Cullen, je fis quelque chose qui nous surpris tous les deux. Je l'attirais à moi pour le serrer dans mes bras, ce que je n'avais jamais fait auparavant. Je n'étais pas une démonstrative de nature, n'avait pas eu le droit à beaucoup d'étreinte de ce genre dans mon enfance et même après.
Mais en cet instant cela me semblait normal.
L'instant de surprise passé, Marcus leva les bras et me serra à son tour.
Quand nous nous écartâmes, il garda les mains sur mes bras pour pouvoir me regarder.
- Vous allez bien ? Il faut que vous alliez bien ….
- Vous aussi …
Nous n'avions plus rien à voir avec le trio intouchable dirigeant la «Voltury Compagny » avec une main de fer.
- Je suis désolé, tellement désolé Marcus …
Depuis qu'Aro s'était éteint, nous n'en avions pas parlé. La communication entre nous n'avait jamais été notre point fort. Mais nous devions changer. C'était obligatoire.
- Il vous aimait, il vous aimait tellement … il était prêt à beaucoup de choses pour vous …
Peut- être trop justement mais je gardais ces mots pour moi.
J'entendis quelque chose coulisser et je vis Kiara entrer. Je ne m'étais même pas aperçu qu'elle s'était éclipsée.
Elle nous adressa un sourire tout en s'approchant. Durant de longues secondes elle nous détailla Marcus et moi avant de baisser les yeux.
- Je dois vous avouer quelque chose à tous les deux …
J'échangeais un regard avec Marcus avant de faire face à ma fille.
- Avant qu'il ne soit emmené par les médecins … Aro s'est réveillé … et il m'a parlé …
Je lâchais un hoquet de surprise et je sentis les doigts de Marcus sur mon bras puis les mains d'Edward s'enrouler autour de ma taille.
- Il savait … enfin … je pense qu'il savait qu'il allait mourir. Il m'a dit qu'il vous aimait Marcus. Il vous aimait de tout son cœur …
Le gémissement de Marcus me fut perceptible. Kiara se tourna ensuite vers moi et me sourit gentiment.
- Marcus a raison, maman, il nous aimait aussi. Il m'a dit que je te ressemblais, il y avait tellement de fierté dans ses mots. Il m'a dit qu'il t'interdisait d'abandonner … tu n'en avais pas le droit … vous n'en aviez pas le droit …
Même proche de la mort, Aro avait donné ses exigences. Cela ne me surprenait pas. Je regardais ma fille et l'émotion était perceptible. Kiara était forte, plus que je ne l'avais jamais imaginé.
- Merci jeune Kiara …, murmura Marcus reconnaissant.
Je le sentis se secouer et reprendre la maitrise de lui-même.
- Et si vous me présentiez un peu Kiara ?
L'adolescente hocha la tête et conduisait mon associé vers ses tantes et ses oncles.
- Tu vas bien ? Chuchota Edward tout bas.
J'haussais les épaules et plutôt que de répondre par des mots pour ne pas me trahir, je posais mes lèvres sur les siennes dans un bref baisé.
L'ambiance fut étrange durant quelques instants puis Emmett se mit à taquiner son frère et l'atmosphère redevint plus légère, au grand soulagement de tout le monde.
Le repas préparé par Esmée, fut servi et les enfants rentrèrent. Le calme relatif jusque-là, se transforma en cris et en éclats de rire. Ils avaient tous les joues rougis et les yeux brillants.
Mon attention s'attarda sur mes enfants. Lise et Charlotte étaient enjouées à mille lieux des enfants renfermées qu'elles étaient encore quelques mois auparavant.
Elles ressemblaient enfin aux petites filles qu'elles auraient toujours dû être, partageant avec des enfants de leurs âges, s'amusant et se défoulant à leur gré.
Les Cullen leur avaient apportés tellement.
Esmée installa une petite table dans le salon devant la télévision. Les quatre enfants s'installèrent et dévorèrent avec joie les hamburgers et les frites préparées par la mère de famille. Leurs bavardages incessants provoqués un son de fond agréable pour moi, même si parfois on ne s'entendait plus vraiment parler.
A un moment Edward se leva pour aider Lise et Seth moins débrouillards avec leurs hamburgers que leurs grandes sœurs. Son attitude paternelle avec ma fille me serra le cœur. La petite fille de son côté, l'écoutait religieusement et se serra même contre lui quand il se leva. Elle enroula les bras autour de son cou et Edward l'embrassa sur la joue le sourire aux lèvres.
Quand je me détournais de cette scène particulièrement touchante, je tombais sur Marcus qui me fixait. Il était installé juste en face de moi et visiblement il avait conscience de ce que je venais de voir.
Bien que participant peu aux échanges autour de la table, je pris plaisir à écouter Alice parler de sa ligne de vêtements qu'elle venait de créer. La critique était très positive et elle espérait un gros contrat avec une maison de couture. Jasper soutenait sa femme à fond. Lena était assise sur ses genoux. Le bébé de presque 15 mois était une magnifique poupée aux joues potelées et aux yeux aussi bleus que son père.
Je fus presque choquée en entendant de la bouche de Carlisle que Jasper était psychologue. Je n'avais jamais vraiment pris le temps de les connaître auparavant, et je m'apercevais de tout ce que j'avais loupé.
J'appris également un peu plus tard qu'Alice et Jasper avaient rencontré des problèmes financiers deux ans auparavant lors de la création de la maison de couture de la jeune femme. C'était Edward qui avait proposé de leur donner la somme nécessaire pour clôturer le financement de la société afin que le rêve de sa sœur se réalise.
Geste complètement désintéressé puisqu'Edward n'avait rien demandé du tout en retour. Alice et Edward d'ailleurs étaient très liés, plus que je ne le pensais au départ. Ils s'aimaient profondément. La jeune femme était en admiration devant son frère et de son côté, mon compagnon était particulièrement attentif à elle.
Rosalie de son côté était toute dévouée à sa famille comme je l'avais déjà compris auparavant. Emmett était un gros nounours à l'humour particulièrement douteux et sa femme passait son temps à le remettre à sa place. Mais ses deux-là s'adoraient. Ils se touchaient souvent, s'embrasser au point que parfois cela pouvait devenir gênant. A un moment, je surpris la main d'Emmett sur le ventre de sa femme et je me demandais s'ils n'allaient pas annoncer une bonne nouvelle dans quelques temps.
Les deux époux tenaient un garage qui marchait très bien dans le centre de la ville. Ils ne se quittaient jamais ce qui ne me paraissait pas étonnant.
Les deux frères aussi étaient proches. Ils passaient leurs temps à se chercher des poux. Tout était prétexte à se chamailler, si bien qu'Esmée devait parfois reprendre gentiment ses fils.
Entouré de sa famille, je découvrais une autre facette de mon Edward et j'en étais heureuse.
Je savais que chacun d'eux occupait une grande place dans sa vie. Je les savais proche mais je ne m'attendais pas à un tel amour inconditionnel, à une telle confiance. Ils comptaient les uns sur les autres et pour les uns et les autres.
Kiara se mêlait joyeusement à l'ensemble. Elles étaient apparemment très proches de ses tantes. Elles parlaient chiffons, shopping et institut de beauté. Emmett l'embêtait quand il pouvait quand à Jasper, il parlait de la guerre de sécession et de l'histoire de notre pays, des sujets qui passionnaient Kiara.
Esmée et Carlisle étaient à l'écoute de tout le monde. Ils avaient une affection particulière pour mes filles. D'ailleurs elles les appelaient papy et mamy, des mots qu'aucune d'entre elles n'avaient jamais pu prononcer auparavant.
Le médecin parlait aussi beaucoup avec Marcus qui se retrouvait tout comme moi au milieu de cette famille.
Je me rendais compte à ce moment de la retenue dont ils avaient tous fait preuve lors de la seule fois où j'étais venue ici. Etait-ce mon statut ou le fait que j'étais à l'époque trop hautaine pour me mêler véritablement à eux ?
En tout cas, aujourd'hui, les choses étaient différentes. J'étais intégrée, véritablement.
A la fin du repas, Esmée apporta une tarte aux pommes et les enfants se jetèrent dessus comme si ils n'avaient pas mangés depuis des jours. Plus sages qu'eux, nous dégustâmes la pâtisserie et je complimentais Esmée qui m'envoya un sourire et me serra la main.
- Merci ma chérie.
Le surnom lui était venu naturellement et j'en fus retournée un moment.
Edward qui ne m'avait pas lâché de tout le repas, me serra la main. Il était en grande conversation avec Emmett, Marcus et Carlisle.
Quand je me concentrais, je me rendis compte qu'il parlait de la société d'Edward.
- Tu rencontres des difficultés ? Ne pus-je m'empêcher de demander en interceptant un regard de mon associé à mon compagnon.
Les trois hommes se tournèrent vers moi et je fus surprise de constater que tout le monde autour de la table cessa ses bavardages pour nous écouter.
- Ce n'est rien …, éluda Edward en se crispant.
Il me mentait et il n'était pas très doué pour ça. Ma bulle de confort depuis quelques heures explosa soudain et je me tournais vers Marcus qui semblait mal à l'aise tout à coup.
- Edward s'il te plait, dis-moi la vérité.
Il semblait réticent à dire quoi que ce soit. Il se détournait de moi et regardait droit devant lui comme s'il voulait éviter mon regard.
- Marcus ?
Mon associé pinça les lèvres et je sus qu'il était au courant. Ça devait me concernait dans le cas contraire, Edward m'en aurait parlé.
- C'est ta société c'est ça ? C'est pour ça que tu as dû beaucoup travailler cette semaine ?
Edward ferma les yeux et se pinça l'arête du nez. Je me mis à réfléchir à grande vitesse. Sa société rencontrait des difficultés.
Moins de huit mois plus tôt, les clients avaient retirés les uns après les autres leurs contrats, préférant la compagnie, sous ma douce mais ferme influence. Durant des mois, les difficultés avaient été nombreuses pour lui. Mais Aro lui avait proposé un contrat, il y a quatre mois contre ma volonté. Sa manœuvre était pour moi incompréhensible à l'époque alors que maintenant elle était parfaitement claire.
Il voulait nous donner l'occasion de nous expliquer Edward et moi et peut-être de nous retrouver. Une manœuvre d'Aro que je trouvais touchante maintenant et dont je le remerciais en mon fort intérieur même si cela n'avait pas vraiment marché.
Quatre mois s'étaient pratiquement écoulés depuis cette signature. Le contrat avait été menés à bout il me semblait, les choses étaient-elles toujours compliquées pour lui ? Ce que j'avais fait avait-il eu de telles conséquences sur sa société ?
- C'est à cause de moi ? Murmurai-je.
Je posais la question mais je savais la réponse. Quand il tourna la tête vers moi, son mouvement ne fit que me le confirmer.
- J'ai forcé tes clients à résilier les contrats avec ta société … et ils ne reviennent pas n'est-ce pas ? Ajoutai-je puisqu'il ne disait toujours rien.
- Bella, ça va aller … ça va revenir. J'ai plusieurs petits contrats dans le Bronx et le Queens …
Il minimisait les choses alors que cela m'horrifia plus qu'autres choses. Mais il ne niait pas, il n'était pas menteur au moins. J'étais donc responsable.
- Le Bronx et le Queens !?
Mais qu'est-ce que j'avais fait ?
Je portais ma main à mon visage et fermais les yeux comme pour échapper à la vision que j'avais d'Edward luttant pour sa société.
- Bella, s'il te plaît, nous sommes en famille … tu te prends la tête pour rien je t'assure … tout va bien …
Son ton inutilement mielleux provoqua une colère inédite en moi. Je me mis à serrer les points mais j'hochai tout de même la tête pour signifier que la conversation était close. A la moue de sa bouche, il savait que le sujet était loin d'être clos justement. Nous allions en reparler, il pouvait compter là-dessus.
Il était hors de question que je laisse tomber le sujet.
Le silence dura plusieurs secondes avant qu'Esmée ne relance habilement la conversation. Marcus juste en face de moi, me jaugeait du regard le visage indéchiffrable. Il devait forcément être au courant également.
Je savais pourquoi aucun des deux n'avaient crus bon de me tenir informer de la situation mais je ne pouvais m'empêcher de me sentir un peu trahie et coupable.
Je n'étais pas une petite chose fragile. Du moins je ne l'étais pas avant. Peut-être l'étais-je devenue ? En y réfléchissant bien, quand Edward aurait-il pu m'informer ?
A l'hôpital avant la mort d'Aro ? A ce moment, je voulais me tenir le plus loin possible de lui. Il me paraissait impossible de le laisser entrer plus dans ma vie.
Ensuite il y avait eu l'enlèvement d'Aro, le mien puis la mort de mon associé et ma chute toujours plus inexorable dans les ténèbres.
Depuis mon retour, il était clair pour tout le monde que je n'étais plus que l'ombre de moi-même. J'étais incapable de remettre les pieds à la compagnie, bon sang !
Mais maintenant, je savais et il était hors de question que je laisse les choses en l'état. Je devais réparer ce que j'avais fait, il le fallait.
La fin du repas fut beaucoup plus tendue pour moi. Je n'écoutais pas vraiment ce qui se disait. J'étais totalement plongée dans mes pensées.
A un moment Edward se leva et m'embrassa le front avec un je reviens que je ne compris pas, tellement j'étais dans mon monde.
Quand je me relevais, il était trop tard, il avait disparu en compagnie de son père, de son frère et de Jasper. Alice s'occupait de sa fille à l'étage quand à Rosalie, elle était avec Esmée et Kiara dans la cuisine.
Je me retrouvais donc seule avec Marcus qui ne tarda pas à m'interroger.
- Qu'est-ce qui vous arrive Isabella ?
- Vous le saviez ? Pour Edward ? Vous étiez au courant ?
Il poussa un profond soupir et finit par hocher la tête. J'hoquetais et me levais de table pour me diriger vers la fenêtre. Les enfants étaient dans le jardin en pleine course poursuite.
Quand elles me virent les observer, Lise et Charlotte me firent de grands signes, heureuses avant de repartir dans leurs jeux.
Je restais un long moment à contempler ce spectacle enchanteur. Leurs joies étaient un réconfort pour moi.
- Nous devons l'aider …
- Je suis d'accord …
Il y avait une telle détermination dans ses mots que je ne mis en aucune façon sa parole en doute. Il était du même avis que moi ce que je trouvais rassurant. Ne le regardant toujours pas, je perçus pourtant son soudain malaise. Visiblement, il avait quelque chose à me dire mais il ne savait pas comment s'y prendre.
- … Et la compagnie ? Demandai-je pour mettre fin à son hésitation.
Je savais ce qu'il allait demander et je ne tenais pas à ce qu'il se torture plus que nécessaire et prenant des gants pour me parler.
- C'est … compliqué …
Je fermais les yeux. Je savais pourquoi il avait employé un tel mot pour définir la situation.
Le testament d'Aro n'avait pas encore été ouvert. Aucune décision n'avait été prise. Pour résumé, tout se trouvait en suspens depuis deux semaines. Les clients, les investisseurs, les collaborateurs, tout le monde devait attendre les décisions.
Marcus ne m'ordonnerait jamais de revenir. Il ne me l'imposait en aucunement pourtant je m'en doutais.
- Je ne sais pas si j'en suis capable …
Les mots « petites choses fragiles »surgirent tout d'un coup dans ma tête. Etais-je si faible que je n'étais pas capable de me prendre de nouveau en main pour reprendre le cours de ma vie ?
Allais-je laisser Caius Vladescu gagner ?
« Ne la laisse pas abandonner »
Aro me connaissait. Il savait ce que sa mort allait provoquer en moi. Allais-je laisser l'œuvre de sa vie se désintégrer devant mes yeux sans rien faire ?
Tout en moi se rebella. Il en était hors de question !
J'étais plus forte que ça.
Je m'étais qualifiée de faible au docteur Dénali et c'est ce que je ressentais. Mais n'étais-je pas revenue pour reprendre ma vie en main ? Mes proches ne méritaient-ils pas que je me relève ?
« Ne la laisse pas abandonner ».
Qui étais-je pour ne pas exaucer les dernières volontés de mon meilleur ami ?
- Isabella, murmura Marcus d'une voix douce en me faisant retourner vers lui … nous avons besoin de vous … je ne le nierais pas mais … votre santé est le plus important à mes yeux …
L'affection qu'il me portait était parfaitement perceptible au fond de ses prunelles, la peur également. Il redoutait ce que ses mots pouvaient provoquer en moi.
Cet homme portait la mort de son frère jumeau à bout de bras et il gardait tout de même la tête hors de l'eau. Il voulait me ménager autant que possible, me préserver du monde extérieur. Mais si lui parvenait à avancer alors qui étais-je pour me complaire dans la douleur ?
C'était son frère, son jumeau, sa moitié, la deuxième partie de son âme.
Je pris une profonde inspiration et prononçait la phrase que je redoutais tant mais qui celait mon avenir immédiat.
- Je vais revenir … je serais là lundi matin.
Il déglutit et m'étudia un long moment pour analyser ma volonté. Je dissimulais comme je le pouvais la sueur froide qui venait de me traverser ainsi que mon cœur qui tambourinait dans ma poitrine.
Tout mon être se rebellait face à ma décision mais il n'était pas question que je m'écoute.
Je devais aller à la compagnie et rien ne pourrait m'en empêcher.
- Vous êtes sûre de vous ?
- Je dois le faire.
La détermination du ton de ma voix me surpris moi-même mais j'étais heureuse qu'elle ne trahisse pas ma terreur.
Isabella Masen Voltury était partit depuis trop longtemps. J'avais été cette femme, je serais sans doute capable de le redevenir.
Marcus ne parut bien entendu pas convaincu mais il ne contesta pas ma décision et finit par acquiescer à ce que je venais de lui annoncer.
Quand tout le monde revint dans le salon, j'avais recomposé un masque sur mon visage et je parvins même à sourire à Esmée quand elle me demanda si je me sentais bien.
Kiara organisa apparemment une sortie shopping avec ses tantes le week-end suivant. Elles me demandèrent de les accompagner mais je n'étais pas encore prête à parcourir les magasins sur mes deux jambes et le faire en fauteuil pouvait se révéler compliquer.
Ma fille haussa les épaules mais je vis sa déception. Je ne compris d'ailleurs pas tout de suite qu'elle était vraiment déçue par mon refus.
Quand je me tournais vers Alice puis vers Rosalie, je me rendis compte que ni l'une ni l'autre n'étaient d'accord avec mon argument. Je préférais baisser la tête avant de dire quelque chose que je pouvais regretter.
Mes yeux se posèrent sur mes jambes couvertes de collant opaques puis sur mes chaussures plates. Elles avaient de l'allure certes mais elles n'avaient rien à voir avec ce que je portais en temps normal. Je n'avais pas mis les pieds dans un institut depuis des mois, ce qui expliquait mes mains dénués de tout vernis et de toute manucure d'ailleurs.
Depuis quand n'avais-je pas partagé un tel moment avec ma fille ? Une éternité sans doute qui remontait bien avant mon hospitalisation.
- Et une journée de détente ? Lançais-je à Kiara qui venait de se lever pour rejoindre ses sœurs.
Ma fille pencha la tête sur le côté et parut surprise par ma remarque.
- J'ai besoin d'aller chez la manucure et … quelques massages ne peuvent pas faire de mal …
En fait loin de moi l'idée de laisser quelqu'un m'approcher avec ses mains. Mais je pouvais parfaitement me plonger dans un bain de bulles ou dans un sauna.
Kiara recouvra son sourire.
- C'est vrai ?
- Oui, bien sûr. Alice et Rosalie pourquoi ne viendrez-vous pas également ?
Les deux femmes hochèrent la tête avec enthousiasme et le rendez-vous fut donc prit pour le lendemain. Je balayais leurs objections sur la mention du mot dimanche et elles se réjouirent de se faire dorloter.
L'espace d'un bref instant, je me demandais ce qu'il m'avait pris de leur proposer de m'accompagner. Me mettre en maillot était strictement hors de question. Pourtant, la joie sur le visage de ma fille balaya mes doutes. Je pouvais parfaitement rester sur le bord du bassin.
Quelques minutes plus tard, Edward sonna l'heure du départ.
Je saluai donc tout le monde, ne manquant pas de donner rendez-vous à Carlisle lundi après-midi et à Marcus, lundi matin.
Edward raccompagna tout le monde à la maison et pour la première fois depuis longtemps, je fis l'effort de monter à pas lents les escaliers pour coucher mes enfants.
Lise parut enchanter de me voir assise sur son lit à l'embrasser alors qu'elle fermait déjà les yeux, sans demander d'histoire, éreintée par la journée. Je serrais ensuite longuement Charlotte contre moi avant de me rendre dans la chambre de Kiara.
Je toquais doucement à la porte et ma fille me laissa entrer.
Je souris face à l'ordre qui régnait dans la pièce. Kiara avait toujours été ordonnée.
- On ne change pas une équipe qui gagne, me lança-t-elle en riant consciente de mon regard admiratif.
Elle était déjà couchée dans son lit, un livre dans les mains.
- Qu'est-ce que tu lis ?
- Twilight … une histoire d'amour entre une humaine et un vampire, précisa-t-elle en me voyant froncer les sourcils.
- Une humaine et un vampire ? Dis-je incrédule.
Que pouvait-il y avoir de romantique à embrasser un homme avec des crocs ?
- Et arrête, c'est passionnant ! Tu ne soupçonnes même pas l'intensité du truc ! Ils ne sont pas du tout de la même espèce, enfin je veux dire il devrait boire son sang pas lutter contre ses pulsions et l'embrasser. Ils tombent amoureux l'un de l'autre et ils sont prêt à tout pour être ensemble, malgré tout. Elle n'a pas peur de lui et lui combat sa nature pour elle …
Je dévisageais ma fille et finis pas sourire.
- Tu as raison. Un tel amour fait rêver.
Elle hocha la tête et je me penchais sur elle pour l'embrasser. Alors que je me dirigeais vers la porte, elle m'appela doucement son livre toujours dans les mains.
- Merci, pour demain.
L'émotion dans ses mots ne fit que renforcer mon sentiment. Kiara et moi avions besoin d'un instant ensemble.
- Merci à toi.
Je sortis de la pièce et refermais le battant pour me retrouver dans le couloir face à Edward. Il était appuyé nonchalamment sur la rambarde de l'escalier et m'attendait. Ses yeux se rivèrent sur moi quand je me tournais face à lui et il croisa les bras. On aurait dit qu'il adoptait un air de défi.
Je n'avais pourtant pas prévu de me battre avec lui.
- Marcus m'a appelé …, lança-t-il d'une voix presque dure.
Je me demandais une seconde pourquoi mon associé avait eu besoin de faire ça puis je compris.
La compagnie, mon retour.
Quand je sondais les yeux de mon compagnon, je lisais parfaitement l'opinion qu'il se faisait de ma décision. Il n'était clairement pas d'accord.
- Depuis quand as-tu pris ta décision ?
Pourquoi avait-il besoin de me défier à ce point-là ? J'avais presque l'impression qu'il s'attendait à une dispute. Il paraissait en colère. J'aurais sans doute pu en parler avec lui avant mais après tout j'avais le droit de faire ce que je voulais. Et mon retour devenait chaque jour plus inévitable.
- Cette après-midi … Marcus a besoin d'aide … il faut que j'y retourne …
Cacher mes véritables sentiments était plus simple que quelques heures auparavant. Il était hors de question que je lui avoue que la simple idée me terrifiait. Pas si il avait cet air de défi sur les traits.
Pourquoi réagissait-il ainsi au juste ? Je n'avais rien fait de mal.
A pas lent, je m'approchais de lui et me postais à un mètre m'attendant à ce qu'il esquisse un geste vers moi. Mais il ne le fit pas gardant obstinément les bras croisés.
Soudain sans que je m'y attende, il laissa tomber ses bras le long de son corps et s'approcha pour me soulever de terre et me faire descendre les escaliers.
D'un geste presque brusque, il ouvrit la porte de ma chambre au rez-de-chaussée et il me déposa sur le lit. Une main sur mon épaule, il me coucha sur la courtepointe et grimpa à son tour pour me surplomber. Sa chaine en or se balançait entre nous.
- Pourquoi tu me mens ? Pourquoi Bella ? Chuchota-t-il en proie à une profonde douleur.
Ses yeux avaient repris leur douceur mais ses traits étaient crispés. Apparemment le fait que je me mette à lui cacher ce que je ressentais véritablement le faisait souffrir, exactement de la même façon que quand lui me cachait l'état de sa société.
- Toi aussi tu m'as menti … Tout du moins tu m'as caché la vérité !
- Pour te protéger …, souffla-t-il visiblement exaspéré.
- Je ne suis pas une petite chose fragile ! M'exclamai-je hors de moi par pur esprit de contradiction.
Ses sourcils s'arquèrent et je compris qu'à ses yeux je l'étais. La moindre chose pouvait me faire basculer, il m'évitait tout simplement toute contrariété.
Coucher sous lui, je me rendis compte que même ainsi, il gardait une distance prudente entre nous, veillait à ne pas envahir mon espace et n'esquissait aucun geste brusque envers moi.
C'était comme s'il manipulait un objet en cristal et qu'il craignait à tout moment de le casser.
J'étais devenue exactement ce que j'avais toujours méprisé et je ne pouvais pas le blâmer de se montrer prudent. J'en avais besoin.
- Tu ne vois pas l'image que tu renvois, mon ange. Si forte et dure et pourtant si fragile …
Je portais ma main à mes yeux et je sentis mes larmes déborder, encore un signe de faiblesse.
Je ne pleurais que rarement avant, maintenant tout était prétexte à verser de l'eau.
Je repoussais Edward et me levais. Ce dernier resta sur le lit attendant visiblement que je me mette à parler mais je n'avais rien à dire.
Faible, je l'étais, fragile également. Je me soignais bien sûr, autant physiquement que psychologiquement mais les choses seraient très longues avant de recouvrer une vie normale, si seulement s'était le cas un jour.
J'avais beau faire tous les efforts du monde, le fauteuil roulant était toujours là, mes blessures aussi, mon sentiment de perte était omniprésent, quant à la douleur elle était tapie au fond de moi.
- Ce n'est pas une vie pour toi … murmurai-je en lui tournant le dos.
- Pardon ?
Sa voix était coupante alors que je l'entendis se lever. Ses mains se posèrent sur mes épaules et me retournèrent.
- Je t'interdis de dire de telles âneries Bella ! Quand vas-tu comprendre que tu es la meilleure chose qui me soit jamais arrivée !
Il était vraiment en colère de nouveau et quelque part je pouvais le comprendre.
- Et toi quand vas-tu comprendre que je n'ai rien à t'offrir !
Moi aussi je criais à présent et je serrais les points comme pour le défier. Un affrontement entre nous n'était pas ce que je voulais mais nous y étions pourtant et je n'allais pas me calmer. Pas maintenant.
Il fallait qu'il comprenne. Je devais le confronter avant qu'il ne soit trop tard pour lui.
- Pourquoi évoquer encore et encore le sujet, Bella ! Je me moque de ça, merde ! Je me moque que nous n'ayons pas de vie intime, je t'attendrais le temps qu'il faudra ! Toute la vie si nécessaire !
Au lieu de me rassurer, je fus vraiment crispée par ses paroles. Je serrais les dents et une rage froide envahie tout mon être.
Il ne savait pas quoi il parlait. Il n'avait rien vu, il ne savait pas.
Il fallait qu'il comprenne enfin ce dont je parlais, il avait besoin que je lui ouvre les yeux.
Dans un geste fou, j'attrapais la fermeture éclair de ma robe et l'abaissait violemment.
- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-il, choqué par mon geste.
Sans lui répondre, je donnais un coup d'épaule et forçais le vêtement à glisser le long de mon corps.
J'attrapais ensuite mon tee-shirt en dessous et le retirais à son tour, l'envoyant valser dans un coin de la pièce sans m'en préoccuper.
Edward esquissa un geste vers moi dans le but apparemment de me stopper mais je le coupais d'un regard, le défiant de m'approcher.
- Ne me touche pas ! Hurlai-je, hors de moi en reculant pour être hors d'atteinte.
J'étais comme possédée. Il fallait qu'il se rende compte. Je devais lui montrer.
- Arrête Bella, je t'en prie, arrête !
Sans l'écouter davantage, je retirais mes collants et me retrouvais en sous-vêtement. Le soutien-gorge fut le suivant.
En cet instant, le seul rempart entre nous fut le petit boxer de dentelle noir cachant mon intimité à ses yeux exorbités.
Je me redressais devant lui, m'exposant à sa vue sans me cacher et je le vis ouvrir la bouche, les prunelles rivés sur mon corps ravagé.
- Maintenant ose dire que cela ne te révulse pas Edward ! Que cela n'a pas d'importance, lui lançais-je le cœur au bord des lèvres.
Mes mots pourtant étaient calmes par rapport à la furie dont je venais de faire preuve. Je voulais juste voir enfin le dégoût dans ses yeux. Qui pourrait-être attiré par ça ?
Je restai un moment à l'observer alors qu'il me parcourait de la tête aux pieds. Il me détaillait exactement de la façon dont je le voulais. Je ne lui cachais rien, me tenant bien droite sur mes pieds.
Le silence dura un long moment jusqu'à ce qu'Edward ferme brièvement les paupières. Une larme solitaire perla au bord de son œil et coula le long de sa joue.
Quand il les rouvrit de nouveau et se mit à me fixer, je ne vis rien du dégoût que j'attendais.
Alors que nous étions séparés de deux mètres, il s'approcha à pas lent se postant devant moi à seulement quelques centimètres. S'il levait la main, il pouvait me toucher aisément, pourtant il ne le fit pas.
- Quand comprendras-tu ce que je ressens pour toi ? Chuchota-t-il d'une voix mal assurée.
- Edward …
- Je t'aime Bella. Je t'aime toi pour ce que tu es, pour ta force et ta ténacité. Je t'aime pour cette fragilité qui est en toi et pour ta dévotion à tes enfants. J'aime la femme que tu es, la mère également. J'aime ton cœur si pur et pourtant si brisé. J'aime tout de toi … et parce que j'aime tout ça, j'aime aussi ton corps, qu'importe l'aspect qu'il a.
« Je ne prétendrais pas que cela ne me fais rien. Je suis horrifié à l'idée que quelqu'un ait pu t'atteindre de cette façon, je donnerais tout pour pouvoir porter cette souffrance à ta place. Si seulement c'était moi qui m'était jeté sous les balles pour protéger Kiara !
« Tu as sauvé la vie de notre fille Bella, deux fois. Tu as voulu sauver celle d'Aro … Tu ne te rends pas compte de ta force et du courage dont tu as fait preuve. Mais moi si … et tout le monde autour de toi également.
« Beaucoup de mère protège leur enfant mais combien sont capables de se jeter comme tu l'as fait devant James ? Combien continuerait à se battre après avoir si profondément souffert ? Combien de gens auraient abandonné après ce que tu as vécu ?
« Pourquoi voudrais-tu que je sois dégouté ? Pourquoi t'abandonnerais-je après avoir cru te perdre de si nombreuses fois ? Je pensais que toi et moi … se serait à jamais impossible … mais regarde-nous.
Il tendit doucement la main vers moi et la posa sur ma joue.
Je baissais les yeux sur mon corps. Les marques me paraissaient si horribles. Et à lui aussi surement pourtant il n'était pas dégouté. Ses yeux avaient l'air si remplis d'amour.
Pour moi.
J'étais presque nue devant lui et il était encore là. Il me regardait toujours avec cette admiration et cet amour sans limite. Pourquoi avais-je tant de mal à croire à ce qu'il me disait ?
Ses prunelles ne me mentaient pas. J'avais assez vu le mensonge dans ma vie pour le savoir.
Je sentis soudain Edward attraper doucement mon poignet et me tirer dans la salle de bain.
Je ne compris qu'une fois devant ce qu'il cherchait à faire.
Levant les yeux sur mon reflet, je plongeais dans les prunelles d'Edward qui me fixaient à travers le grand miroir à pied. Debout derrière moi, il faisait voyager son regard sur moi et je suivis le chemin de ses prunelles.
A aucun moment, je ne vis l'horreur, à aucun moment, je n'eus l'impression que cela devenait insurmontable pour lui. La douleur venant de ses yeux étaient seulement dirigée vers la souffrance que j'étais obligée de porter en aucun cas sur mon corps meurtri qu'il ne désirait plus.
Plus grand que moi, il me dominait d'une bonne tête, si bien que même le pli de ses lèvres m'était visible.
Comprenant que nous étions à un tournant important de notre vie ensemble, j'attrapais sa main toujours le long de son corps et la posais près de ma taille. Visiblement dérouté, il me jaugea et j'hochai la tête.
- Touche-moi …
- Bella …
- S'il te plait … j'en ai besoin …
Il hésitait. Il était tellement à l'écoute de mes moindres besoins, qu'il refusait de me brusquer. Mais je le voulais. J'avais besoin qu'il me montre qu'il m'aimait. Les mots n'étaient plus suffisants.
Quelque chose avait lâché en moi et cette peur viscérale d'être rejetée une fois qu'il aurait vu mes blessures était partie. J'étais presque nue devant lui et pourtant son amour était toujours là dans prunelles brûlantes. J'avais besoin qu'il soit également dans ses gestes.
- Touche-moi mon amour, s'il te plait …
Hésitant, sa main s'ouvrit et sa paume entra en contact avec ma peau. Plus léger qu'une plume, son contact me brûla et je sentis mon cœur s'emballer. Pas parce que j'avais peur, mais seulement parce qu'Edward me touchait. Sa main se déplaça sur mon ventre plat. Je suivais son geste dans le miroir.
En relevant le visage vers lui, je constatais son émerveillement.
Des souvenirs de notre première nuit près 9 mois auparavant me revint en mémoire. La même émotion avait brillait dans ses pupilles à ce moment-là. Je m'étais sentie si désirée, si aimée même si nous n'avions pas prononcé les mots.
Sa main remonta et longea mes côtes. Je retins mon souffle quand elles entrèrent en contact avec mes cicatrices mais il ne s'attarda pas. Au diable la faiblesse de mes jambes trop sollicitées, je ne voulais pas que ce moment cesse.
Ajoutant sa deuxième main, il glissa le long de mes bras et il porta mes doigts à son cou. Il repartit à l'assaut de mon torse mais sans jamais se brusquer. Son contact laissait une trainée brûlante sur ma peau qui s'enflammait. Dans le miroir, je vis parfaitement mes yeux s'assombrirent et le désir s'emparer de moi.
J'en fus presque choquée et je détachais mes mains de la nuque d'Edward pour laisser tomber mes bras le long de mon corps. Mon compagnon cessa tout mouvement quand je me raidis et ses mains restèrent en suspens au-dessus de moi.
Il plongea ses yeux dans les miens et il ouvrit la bouche quand il lut en moi. Mes sentiments étaient d'ailleurs en parfait échos avec les siens. Il me désirait aussi.
Constater que des sentiments aussi anodins pour tout le monde faisaient de nouveau partis de nos vies, me réchauffa.
J'étais encore désirable et moi aussi je le voulais. J'avais tellement peur que cet aspect de notre relation ait disparu. J'étais encore une femme, et il était l'homme le plus beau que je n'ai jamais vu. Et par-dessus le marché, il était à moi. Je l'aimais tellement.
Quand je me regardais dans le miroir, je voyais encore une femme avec des atouts généreux. Quand on omettait ses horribles stigmates, j'étais toujours aussi mince (même plus qu'avant), mon ventre était plat, ma poitrine haute et généreuse, mon visage plus saillant.
Me tournant vers Edward, je levais les yeux vers lui et lus directement ce désir fulgurant qu'il tentait de cacher.
A cet instant, tout s'éloigna et je me perdis dans l'émeraude de son regard envoutant.
Bella Edward … deux faces d'une même âme. Nous avions le même besoin, la même envie, le même désir l'un de l'autre.
Sans réfléchir, je portais mes mains à sa veste et la lui retirer.
Il se laissa faire et j'enlevais également son pull et son tee-shirt. Torse nu, je retrouvais sa perfection marmoréenne. Cet homme était l'être le plus parfait qui soit.
- Bella …
- Aime moi … montre-moi …
Il paraissait vraiment perdu pourtant il n'ajouta pas un mort alors que ses mains me soulevèrent de terre pour me porter sur le lit.
- Bella, souffla-t-il encore au-dessus de moi.
Il était tellement prévenant, attentif à la moindre hésitation ou crispation éventuelles. Mais je le voulais. Je n'avais jamais été aussi sûr de quelque chose dans ma vie.
Son corps était chaud près du mien et il continuait à fixer mon visage avec ses prunelles pénétrantes.
Tremblante malgré tout, je posais ma main sur sa joue ce qui provoqua la fermeture de ses yeux. Doucement, comme pour tester mes propres limites, je caressais doucement son visage étudiant son front, ses tempes, ses joues, son nez et finalement sa bouche pleine et entière qui m'appelait toujours plus.
Je descendis vers son cou et vers ses épaules. Il n'avait rien d'un bodybuilder mais j'avais comme l'impression que sa carrure était plus développée qu'auparavant. A moins que ce ne soit mes souvenirs qui me faisaient défauts.
Il frémit quand je caressais son torse une nouvelle fois m'émerveillant à chaque fois un peu plus. Je remontais ensuite sur sa clavicule puis sur son épaule et descendis le long de son bras pour attraper sa main que je posais sur moi.
- Je t'en prie …
Ses barrières s'écroulèrent enfin et ses mains se mirent en action de manière sensuelle. Le bout de ses doigts parcoururent mon visage exactement de la même manière que je l'avais fait et descendit sur mon cou. Il me regarda une nouvelle fois et voyant l'assentiment qu'il cherchait, il effleura mon sein. Je sursautais malgré moi mais je le suppliai de continuer.
C'était Edward, c'était l'homme que j'aimais. Je ne devais pas avoir peur.
Il s'exécuta et de nouveau il effleura ma poitrine, puis mon ventre. Ses lèvres cherchèrent les miennes et de doux et délicats, le baiser se fit plus empressant. Nous luttions presque l'un contre l'autre.
Malgré le jean qui le recouvrait encore, je sentis la manifestation de son désir contre ma cuisse. Contre toute attente, je ne me crispais pas bien au contraire. Heureuse que mes réactions négatives soient totalement sous contrôle, je posais mes mains sur ca ceinture et déboutonnais le vêtement.
Etant incapable de l'enlever seule, il s'écarta de moi quelques secondes avant de revenir et de m'étendre sur le lit, me surplombant une nouvelle fois.
C'était tellement juste en cet instant. La douceur de chacun de ses mouvements provoquait une sensation de chaleur en moi. Jamais auparavant je n'avais eu une telle connexion avec un homme.
Je repartis à l'assaut de sa peau mais cette fois, j'explorais chaque millimètre carré, chaque recoin pour ne rien rater et m'en souvenir plus tard. Je voulais tout graver dans mon esprit.
Toujours suspendu à me regarder faire, ses mains supportaient son poids, il ne bougeait donc pas. La précipitation ne faisait pas partie du programme. Nous voulions juste apprendre à nous redécouvrir. Finalement, je ne le connaissais pas vraiment intimement. Nos quelques nuits ensembles, 9 mois auparavant ne m'avaient pas préparé à de telles émotions. Nous avions traversé bien des épreuves qui nous avait conduit ici et maintenant.
C'était un instant que je ne pensais plus partagé avec lui, une intimité que nous n'avions pas vraiment partagé auparavant, un instant parfait nous reliant l'un à l'autre.
Au bout d'un temps infini et pourtant si court à mes yeux, mes mains se posèrent sur l'élastique de son boxer qui le recouvrait encore.
Il attrapa mon poignet alors que j'allais le soulever pour le dévêtir entièrement.
- Un mot, mon amour, tu n'as qu'un mot à dire et on arrête immédiatement.
J'hochais la tête et lui adressais un tendre sourire, détendue pour la première fois depuis longtemps.
- A tout moment, répéta-t-il alors que ma main effleurait son pubis.
Repoussant son vêtement vers le bas, j'entrepris de caresser son sexe tendu à l'extrême. Alors que je m'apprêtais à pousser plus avant la caresse, la main d'Edward s'enroula autour de mon poignet et mes mains se retrouvèrent au-dessus de ma tête bloqués par la poigne de l'homme de ma vie.
Sans attendre ses lèvres s'emparèrent des miennes et je me laissais faire alors qu'il entreprit de suivre le même manège que moi sur mon propre torse.
L'épreuve fut plus compliquée. Je me crispais quand il effleurait mes stigmates.
- Belle … as-tu confiance en moi ? Murmura-t-il alors que je me tendais encore.
Sans hésiter une seconde, j'hochai la tête et plongeais dans ses yeux. Je le vis remettre en place son boxer et je faillis protester mais il se pencha sur moi et posa ses lèvres dans mon cou. Il descendit sur mes clavicules avant de remonter sur mon épaule. Celle qui avait été touchée.
Complètement tétanisée alors qu'il s'approchait, je faillis hurler quand ses lèvres effleurèrent la cicatrice.
- Détend-toi mon amour … je t'aime, je t'aimerais toujours quoi qu'il puisse advenir …
Arrivant à pic au moment où j'allais lui demander de s'écarter, il donna un baiser léger puis descendit effleurant et embrassant le creux entre mes seins. Ses douces lèvres embrassèrent chacune de mes cicatrices, chacune de mes marques et je le suivais des yeux pour me préparer à l'avance.
Il me révérait littéralement et l'éclat de ses prunelles émeraude ne pouvait me cacher ses sentiments profonds. Sans le savoir, il était entrain de faire naitre une nouvelle émotion en moi.
L'acceptation.
A travers ses gestes et ses regards, il me redécouvrait et m'entrainait dans son exploration. Avec lui, j'apprenais à m'accepter de nouveau et à oublier ces marques horribles sur moi. Il me guérissait. Il m'apprenait à m'accepter. Malgré tout, j'étais une femme non seulement pour lui mais également pour moi.
Un homme et une femme qui s'aimaient et qui se désiraient.
Je n'avais pas à avoir peur de l'acte d'amour que nous créions ensemble. Edward était là pour me faire avancer et me faire oublier que mon corps avait été touché. Nous avancions ensemble dans les bras l'un de l'autre.
Ses caresses durèrent longtemps mais je ne voulais pas qu'elles cessent. Je voulais le sentir encore et toujours contre moi, sur moi. Pourtant quand il effleura l'élastique du bout de dentelle qui me recouvrait encore, je me mis à gémir doucement, impatiente.
- Enlève-le, je t'en prie, enlève le moi !
Sans argumenter, je fus bientôt totalement nue devant lui. Ses lèvres descendirent mais pas encore vraiment prête pour ce qu'il avait en tête, j'attrapais sa nuque et le fit revenir vers moi. Je l'embrassais avec fougue lui disant merci par les actes.
Je repartis à l'assaut de son sous-vêtement qu'il retira enfin complètement. Nous étions enfin nus l'un contre l'autre.
De nouveau, Edward chercha mon assentiment au fond de mes yeux. Il la trouva sans mal et m'embrassa encore. Cette fois se fut lui qui fut le plus fougueux de nous deux. Mais je me laissais faire avec délice, heureuse qu'il se laisse enfin aller. Même dans cet état, il était à l'écoute de la moindre de mes réactions.
- Ma vie … tu es toute ma vie … murmura-t-il le cœur battant.
Quand je sentis son sexe effleurer le mien, je l'encourageais et il entra doucement en moi en m'embrassant toujours plus fort.
Ecartant son visage, je pris ses joues en coupe et plongeais dans ses yeux.
- Je t'aime …, soufflai-je éblouis par la beauté que nous étions entrain de créer.
J'étais si bien, je n'avais pas mal. Je n'étais plus entrain de souffrir et s'était seulement grâce à lui.
- Je t'aime aussi …
Et là dans cette chambre, alors que nous étions entrain de nous aimer, une digue s'effondra au plus profond de mon être, me laissant à la merci de cet homme que j'aimais à la folie. En cet instant, l'espoir renaquit en moi.
L'espoir d'un avenir.
Pensant mes plaies, il me prouva que j'avais encore des choses à vivre et que je pouvais me relever encore une fois. C'était un devoir et non une envie depuis que Carlisle avait annoncé la mort d'Aro. En cet instant dans les bras d'Edward, l'envie de vivre revint en force plus vivace que jamais. Je ne demandais qu'à renaître de nouveau, à partager avec lui ma vie entière.
Les étoiles emplirent mon champ de vision et j'eus l'impression d'être directement propulsée dans un monde merveilleux et magique. Le cri rauque d'Edward fit écho au mien alors que ses bras s'enroulèrent autour de moi avec force.
Nous roulâmes ensemble sur le matelas blottit l'un contre l'autre, émerveillés par ce que nous pouvions de créer ensemble.
Voulant rester dans cet état de béatitude si rare et surtout si précieux, je serrais Edward contre moi, mes bras enroulés autour de son torse. Sans que je m'en rende compte, mes larmes se mirent à couler distraitement.
Comme ma tête était enfouit dans le torse de l'homme que j'aimais, il ne vit rien de l'émotion subite qui me traversait. Je me sentais si choyée et protégée. Ces émotions si précieuses à mes yeux avaient été rares dans ma vie. Je ne les avais jamais vraiment ressentis pour être honnête.
La noirceur était tellement loin en cet instant.
- Bella …
Sa voix était hésitante et je me demandais ce que lui pouvait ressentir en cet instant. Après ce que nous venions de vivre la réserve de son ton me fit relever la tête.
- Oh non, non … Bella … mon amour … mon ange je suis désolé … je le savais … trop tôt c'était trop tôt … oh mon amour.
Il me serra contre lui et j'entendis un hoquet montant le long de sa gorge, comme si il tentait de retenir un énorme sanglot. Ne comprenant pas sa réaction, je le forçais à me lâcher un peu pour que je puisse le regarder.
Il y avait tellement de remord et de douleur dans ses prunelles émeraudes que l'incompréhension me serra les entrailles. Pourquoi ? Pourquoi ne ressentait-il pas ce lien indéfectible entre nous ?
- Edward … soufflai-je mal à l'aise.
- Je t'aime mon amour, je t'aime tellement je t'en prie pardonne-moi … je suis tellement désolé …
- Mais enfin qu'est-ce que tu racontes ? M'exclamai-je horrifiée en me couvrant de mes mains.
Le dessus de lit était toujours bien rabattu, je n'avais aucun vêtement pour me couvrir un minimum. Le froid commençait à reprendre sa place dans mon cœur et dans mon corps. La douleur reprenait du terrain et une sueur froide me parcourra l'échine.
- Je ne voulais pas aller aussi loin, je savais qu'il était trop tôt mais tu semblais tellement sûre de ce que tu voulais … et je te désirais tellement … je ne voulais pas te blesser, je suis tellement désolé … oh mon cœur … pardonne-moi je t'en prie …
Son discours se fit incohérent alors qu'il regardait partout sauf dans ma direction. Il semblait tellement perdu en cet instant. Il avait presque l'air d'un fou me suppliant de pardonner ses méfaits imaginaires.
- Edward regarde-moi, le coupais-je en me détendant légèrement.
Il se tut enfin et baissa les yeux complètement coupables me coupant l'accès à ses prunelles émeraude.
Je pressais mes mains sur son visage et le fit relever les yeux. Des larmes y brillaient et je fus un instant décontenancée.
- Edward … je vais bien …
- Ne m'épargne pas, Bella, soudain en colère, tu pleurais il y a un instant … les larmes sont encore sur tes joues.
Le désespoir s'empara à nouveau de lui et il voulut s'écarter mais je ne lui en laissais pas le temps et me jetais sur lui le clouant sur le lit de toute la force dont j'étais capable. Couchée sur lui, mes cheveux formaient un voile entre nous, nous enveloppant dans un cocon où il n'existait plus que nous deux.
- Tu ne comprends donc pas ? Oh Edward … je ne pleurais pas de tristesse. Pour la première fois depuis longtemps, je pleurais de joie. J'étais heureuse enfin … la douleur était partie … tout était partie et il ne subsistait plus que nous dans mon esprit. Toi et moi ensemble.
Il me regarda ses yeux pleins de douleur et il relâcha enfin son souffle.
- Crois-moi. A aucun moment je n'ai fait quelque chose dont je n'avais pas envie. C'était si beau, si juste … comme si nous aurions toujours dû être ensemble ainsi. Je pensais qu'il allait me falloir des années avait de pouvoir de nouveau appréhender les choses de ce côté-là. Je me sentais si sale, si horrible que je ne pensais pas que tu pouvais me voir autrement que comme moi je me voyais.
- Tu es belle, tellement belle à mes yeux …
- Je le sais maintenant …
Et c'était la stricte vérité. Je l'étais à ses yeux malgré tout.
Reprenant le contrôle de lui-même, il poussa doucement sur mes épaules et me fit allonger à ses côtés.
- Si tu savais comme je t'aime Bella … j'avais tellement envie de toi … mais je me faisais l'effet d'un monstre d'avoir pu profiter ainsi de la situation.
Je souris doucement. Ce n'était pas encore de grande effusion avec les dents découvertes mais j'étais contente en cet instant.
- Je t'ai séduite Edward. Je te voulais et rien ne m'aurait fait changer d'avis. J'avais confiance en toi à chaque instant. Je savais que je n'avais qu'un mot à dire et tu aurais cessé immédiatement.
Il hocha la tête vigoureusement et cette fois, l'incident fut définitivement derrière nous.
Se redressant soudain dans sa tenue d'Adam, il me prit dans ses bras avant de très adroitement rabattre le dessus de lit ainsi que la couverture. Me demandant comment il pouvait être aussi habile avec moi dans ses bras, il me déposa ensuite et nous nous blottîmes tous les deux sous les couvertures.
Nous étions encore nus l'un contre l'autre mais je n'avais pas la force de me rhabiller. La fatigue était entrain de tomber sur moi.
Les émotions de cette journée avaient été tellement intenses. C'était si vif pour moi qui avait passé la majeure partie de ma vie à me retrancher derrière un mur protecteur pour ne pas souffrir davantage.
- Dors mon amour … dors femme de ma vie …
Bercée par ses paroles, je sombrais dans le sommeil, enfermée dans l'étreinte protectrice de ses bras.
Alors votre avis ?
Il me tarde de le connaître !
Le prochain chapitre sera le dernier et ensuite se sera l'épilogue !
Je pense le poster dans 15 jours ou 3 semaines, je ferais le plus vite possible en tout cas pour ne pas trop vous faire attendre ^^
Merci encore d'être là malgré tout et je vous dis à une prochaine fois !
bisous bisous !
