Notes de l'auteur :

Toujours plus de reviews, et même des gens qui réclament la suite. Je suis vraiment comblé. J'espère ne pas vous avoir fait attendre trop longtemps... C'est toujours le risque lorsqu'on ne prépare pas les chapitres en avance, cela génère parfois des temps d'attente imprévus. Je m'en excuse.

Pour information, j'ai commencé à poster sur Fanfiction mon roman fantastique/steampunk, qui a été en partie inspiré par Zootopie. Je vous invite à aller le découvrir et le lire, si vous aimez mon style (Vous le trouverez en passant par mon profil d'auteur). L'Avant-Propos vous expliquera toutes les spécificités de cette histoire, que j'ai décidé de partager avec vous. Je serais vraiment ravi, comblé, touché et honoré, si vous alliez y jeter un œil (et encore plus si, par hasard, vous aimiez ce que vous y trouverez).

Autre point, avant de vous laisser à la lecture du chapitre. On m'a demandé si je faisais volontairement un lien entre mon histoire et l'actualité mondiale (en rapport avec le terrorisme, tout ça). Je pense que ce serait un peu hors propos, de ma part, si ce rapprochement était volontaire. Ce serait même maladroit, voire dangereux. Je pense que nous faisons par nous-mêmes des liens entre ce que nous lisons et ce qui anime notre quotidien (même s'il s'agit, dans ce cas, de choses particulièrement affreuses). On ne peut pas vraiment faire de parallélisme concret entre ce qui se passe dans nos sociétés cosmopolites, et un univers plus coloré (mais également plus compact) comme l'est celui de Zootopie. Les choses y sont trop "simples" pour que je puisse justifier un tel lien avec l'actualité. J'avais seulement envie (et besoin) d'illustrer les aspects les plus sombres de l'extrémisme spéciste dans la société de Zootopie (en allant bien plus loin que le film pour le coup, j'en ai conscience). Mais c'est pour les besoins de l'histoire, et rien d'autre, je vous rassure ^^

A mercredi pour la suite, qui se composera sans doute d'un chapitre très très long. Je m'excuse d'avance pour cela.


Chapitre 7 : Parental Advisory : Explicit Content

Les souvenirs de Judy, suite à son premier éveil dans l'ambulance la conduisant à l'hôpital central, étaient fragmentaires et ressemblaient d'avantages à une succession de diapositives vaguement animées, passées sur un vidéoprojecteur en fin de vie, au milieu d'une lumière aveuglante, rendant leur perception quasiment impossible. Un visage tourné vers elle, non identifiable, lui assurant que tout allait bien. Un spot l'aveuglant, la poussant à fermer les yeux, sans qu'elle ait la force de les rouvrir. Une sensation de froid, tandis qu'on découpait ce qu'il restait de la chemise que Karen lui avait fait enfiler pour la conférence de presse. Une succession de couloirs carrelés aux couleurs pastel. L'impression de glisser sur un coussin d'air. Une salle agitée, remplie de mammifères en blouses portant masques et gants, une patte réconfortante se posant sur son épaule. Elle avait frissonné à ce contact et tourné la tête dans la direction du geste de réconfort, s'attendant à voir Nick, et avait réussis à murmurer son nom, une note d'espoir au fond de la voix… Mais elle n'avait pas eu le temps de poser son regard sur l'individu, qu'elle sombrait dans un sommeil plus profond, entièrement vide, obscur et hors du temps.

S'il dura longtemps, Judy n'aurait pu en juger, mais lorsqu'elle rouvrir finalement les yeux, son esprit semblait plus clair, ses pensées plus concrètes, et son inconfort plus lointain. Elle était allongée dans une chambre au confort spartiate, relativement petite, en dépit de la taille surdimensionnée du lit qu'elle occupait. Elle comprit sans mal qu'elle se trouvait encore à l'hôpital, et que quoiqu'il lui soit arrivée depuis son admission suite à l'agression violente qu'elle avait subir, tout semblait s'être passé au mieux… Du moins l'espérait-elle.

Elle pivota la tête vers son torse, rassurée de ne plus voir le manche du couteau dépasser de sa poitrine ruisselante de sang. En lieu et place de la lame, il n'y avait que la couleur pâle d'une blouse de patient à la couleur verdâtre. Judy voulut soulever son bras gauche, mais ressentit une vive douleur à cette tentative, qui la convint de cesser immédiatement l'expérience. Elle avait l'impression que le côté gauche de sa poitrine était cousu à son épaule, elle-même reliée de trop prêt à son biceps. Le moindre mouvement du bras lui donnait le sentiment de souffrir de crampes multiples dans toute cette zone. Le reste de son corps semblait répondre correctement, et du bras droit, elle vint soulever sa tunique hospitalière pour voir de ses propres yeux ce que les médecins avaient trafiqué. Bien entendu, la découverte ne fut pas des plus impressionnantes, car elle ne rencontra qu'une immense compresse lui barrant la poitrine, elle-même maintenue par un réseau de bandages serrés à l'extrême. Elle n'aurait pu juger de la gravité éventuelle de ce qui se trouvait en-dessous.

Les premières sensations désagréables d'un éveil faisant suite à sommeil non-naturel commencèrent à se faire sentir. D'abord, elle se rendit compte que sa bouche était sèche, pâteuse, envahie par un goût métallique répugnant, et qu'elle mourait de soif. Bien vite, les besoins de son corps se réactivant, elle eut une envie plus qu'urgente de soulager sa vessie, qui lui semblait sur le point d'exploser. Elle essaya de s'extraire des draps pour quitter le lit, mais son corps n'était pas encore aussi bien réveillé que son esprit, et se retrouva emmêlée dans les couvertures trop grandes, incapable de trouver la force de se dégager, et bien trop petite pour atteindre le bouton d'appel de l'infirmière depuis l'endroit où elle était.

Elle fronça les sourcils, se maudissant d'être si minuscule au sein d'une société cosmopolite qui accueillait en son sein des animaux allant de la plus petite souris au plus énorme des éléphants. Elle était sans doute encore trop groggy pour prendre conscience qu'un hôpital aussi important que le Zootopia Central pourvoyait aux besoins de toutes les espèces, et qu'un second bouton d'appel se trouvait à sa portée, au niveau de la tête de lit, justement placé là pour être atteignable des mammifères de plus petite taille.

Réduite qu'elle en était à se battre contre les draps, elle poussa un soupir de lassitude, détestant se sentir aussi molle et incapable, et se décida à faire la seule chose qui était encore en son pouvoir… Crier.

« Il y a quelqu'un ? S'il vous plaît ? Je… J'ai besoin d'un coup de patte ? »

Elle réitéra l'appel à deux ou trois reprises avant que finalement une infirmière ne fasse irruption dans la chambre avec vivacité, une expression concernée au visage. L'ourse qui venait d'arriver devant sans doute s'attendre à une situation plus grave que celle qui se présenta à elle, car elle ne put réprimer un petit rire où se lisait une pointe de soulagement.

« Eh bien, mademoiselle Hopps ? Déjà assez en forme pour rouler dans les brancards, à ce que je vois ? » Elle se figea un instant, consciente de sa propre boutade involontaire, avant de reprendre sur un ton plus confus. « Si vous me pardonnez ce choix de mots un peu malvenu… »

« Je vous pardonnerai toutes les offenses si vous me tirez de là avant que je ne me fasse pipi dessus… » répondit Judy d'une voix suppliante, sa réplique accompagnée d'une grimace d'inconfort.

L'infirmière vint prestement au secours de Judy, retirant les draps qui s'étaient enroulés autour de ses membres inférieurs, puis rejetant les couvertures au bas du lit, avant de la prendre entre ses bras à la manière d'un nouveau-né, pour la conduire en direction de la salle de bain. Si Judy haïssait habituellement de se voir ainsi infantilisée, elle ne s'en offusqua pas cette fois-ci, car il y avait urgence.

Une fois qu'elle fut déposée à terre, et que l'ourse s'assura qu'elle avait une bonne prise sur la poignée de support mis à disposition des patients pour les aider à tenir sur leurs pattes quand ils en étaient encore incapables (généralement en raison des anesthésies), Judy se hissa sur la cuvette, ajusta sa tunique d'hôpital pour libérer le passage, et fut enfin libre de soulager la pression abominable qui régnait sur son bas-ventre. L'infirmière s'était tournée pour respecter l'intimité de la lapine, mais celle-ci n'en avait cure pour l'instant. Elle était encore trop droguée par l'anesthésie et les antidouleurs pour ressentir la moindre inhibition, son esprit se focalisant uniquement sur la résolution des besoins primaires que son corps lui faisait ressentir.

Judy eut encore besoin du secours de l'ourse pour la maintenir pendant qu'elle se lavait les pattes (moment où la lapine fut heureuse de constater que son bras gauche fonctionnait encore pleinement, bien que le moindre mouvement l'affectant fut accompagné d'une douleur plus que désagréable), et pour la ramener dans le confort relatif de son lit, où elle la pria de laisser les draps loin d'elle pour l'instant, craignant de s'y trouver à nouveau emmêlée.

« Vous disposez d'un bouton d'appel à votre niveau, juste là. » Indiqua l'infirmière en attirant l'attention de Judy vers la tête de lit. « Inutile d'essayer d'atteindre l'autre dans votre état, mademoiselle Hopps. Vous vous donneriez du mal pour rien. »

Judy se sentit un peu gênée d'avoir fait tout ce raffut alors que la solution à son problème était aussi simple et s'excusa piteusement.

« Oh, ne vous en faites pas pour ça, voyons ! » répondit l'ourse d'une voix joviale. « Nous sommes là pour ça, alors n'hésitez pas à nous appeler en cas de besoin. »

« Est-ce que tout s'est bien passé… au niveau de l'intervention, je veux dire ? » questionna finalement Judy, sans réelle inquiétude. Elle n'était pas une experte dans le domaine médical mais il était clair que son état ne semblait pas gravissime. C'était plus sa curiosité qui parlait, pour le coup.

« Oh, je ne saurais vous le dire exactement, mademoiselle Hopps. Je n'y étais pas. Mais le docteur Barrare, qui s'est occupé de vous, passera vous voir dans l'heure pour tout vous expliquer. En attendant, il faut vous reposer. »

Elle s'apprêtait à quitter la chambre avant de se figer sur le pas de la porte, comme si quelque chose lui revenait soudainement en mémoire.

« Ah, oui ! Il y a ce renard qui prétend être un de vos amis, qui nous questionne sur votre état toutes les dix minutes depuis près de quatre heures… Si c'est réellement l'un de vos proches, accepteriez-vous qu'il vienne vous voir, afin qu'il arrête de nous harceler ? »

Judy ne put réprimer un rire à l'audition de cette dernière remarque, et acquiesça spontanément. « Oui, je vous en prie. Faites-le venir tout de suite ! ».

Ceci arracha un sourire de contentement à l'ourse que Judy eut du mal à interpréter. Comprenait-elle l'attachement qu'il y avait entre elle et Nick, ou bien était-ce simplement un soulagement à l'idée d'être débarrassée de ce renard trop insistant ? Peu importait aux yeux de la lapine, pour l'instant. Elle était juste sincèrement émue et touchée, son émotivité déjà impressionnante encore exacerbée par la médication relativement lourde qui lui avait été prodiguée. Nick était resté à l'hôpital tout du long. Il avait attendu après elle, et il était là, maintenant qu'elle était réveillée. D'un côté, cela ne la surprenait pas… Elle s'était attendue à cela de la part du renard, et aurait été blessée qu'il en soit autrement. Mais tout de même, elle ne pouvait réprimer une bouffée de bonheur et de joie en apprenant qu'il avait passé quatre heures à s'inquiéter suffisamment à son sujet pour en arriver à harceler toute l'équipe médicale, au point que celle-ci cherche à se débarrasser de lui par tous les moyens. Elle trouvait cela réellement adorable… Et indiscutablement romantique.

Cette pensée chaleureuse à l'esprit, elle s'accorda quelques instants de repos et s'autorisa à fermer les yeux, une intense fatigue la gagnant à nouveau. Avant même qu'elle n'ait le temps de se sentir sombrer, elle s'endormait sur l'instant, vaincue par l'épuisement physique et émotionnel de cette journée mouvementée.

Ce fut la légère pression d'une patte sur la sienne qui la tira de son léger sommeil. Elle n'avait en réalité dormi que cinq minutes, mais ce repos naturel avait été bien plus salvateur que les quatre heures que lui avait imposées l'anesthésie. Sa vision embuée distingua une forme vague la surplombant, mais ce fut surtout sa couleur, ainsi que son odeur, qui lui confirmèrent qu'il s'agissait du mammifère qu'elle avait le plus envie de voir en cet instant. Nick était là, auprès d'elle, sa patte sur la sienne. Son cher ami, ce renard pour lequel elle était certaine d'avoir des sentiments plus profond, et dont elle n'avait plus peur de se dire amoureuse, était auprès d'elle. Elle avait eu tellement peur. Peur de disparaître avant d'avoir pu lui dire tout ce qu'elle ressentait. Peur de ne plus pouvoir le voir, le toucher. Peur de ne jamais avoir la chance de poser ses lèvres sur les siennes, de sentir ses pattes la toucher là où aucune autre patte ne l'avait touchée. Peur de ne pouvoir vivre avec lui toutes ces choses que vivent les couples, des choses qui lui semblaient jusqu'alors de peu d'importance, et dont elle pensait pouvoir se passer sans mal jusqu'à la fin de ses jours. Judy avait toujours été pragmatique : elle avait un but, un rêve, l'avait accompli, et pouvait s'y contenter et s'y complaire sans jamais rien attendre d'autre de la vie. Mais l'amour était passé par là, présentant un tout nouveau but à atteindre… Et les obstacles avaient suivi, rudes et violents, inattendus… quasiment mortels. Elle aurait pu mourir aujourd'hui, et ne plus jamais sentir la patte de Nick sur la sienne.

Cette révélation la frappa comme un coup de massue, et elle ne put réprimer les larmes instinctives qui se mirent à ruisseler de ses yeux, embuant toujours d'avantage sa vision, tandis que la voix de Nick se faisait entendre et lui demandait si tout allait bien. En toute honnêteté, Judy n'aurait pu répondre à cette question. Elle n'en savait vraiment rien. La joie, la terreur, le bonheur et la panique se mêlaient en son esprit, et son corps chercha instinctivement quelque chose auquel il pourrait se raccrocher. Sa patte droite agrippa sans ménagement la cravate de Nick, qu'elle tira avec force vers lui… Une force insoupçonnée, étant donné l'état dans lequel elle était. Le renard bascula vers elle, visiblement surpris, plaquant ses pattes autour de son corps pour éviter de tomber sur elle et de l'écraser. Mais Judy s'en moquait totalement. Son esprit fonctionnait à deux cent à l'heure, mais n'était plus mené par la rationalité. Une urgence terrible l'enfiévrait, manifestation d'une sorte d'instinct de préservation, plaçant ses priorités en des lieux étranges et enfouis. La patte de Judy relâcha la cravate qu'elle maintenait, avant de s'agripper à la nuque de Nick, qu'elle pouvait à présent atteindre, et avec force, elle l'obligea à se pencher d'avantager, comblant les quelques centimètres qui séparait son museau du sien.

Judy n'avait pas été touchée par une cartouche de Hurleur Nocturne, mais le baiser n'en fut pas moins sauvage, puissant et profond. Judy enfonça ses lèvres contre celles de Nick, et crut mourir de plaisir à leur contact chaud et légèrement humide. Elle l'avait pris par surprise, et était la seule à agir, aussi fut-elle au comble de l'extase quand elle sentit la bouche de Nick lui répondre, pendant une demi-seconde, avant qu'il ne s'extraie un peu brusquement de l'étreinte dans laquelle elle l'avait piégé, et secoua la tête, aussi gêné qu'incrédule.

En dépit de sa vision toujours incertaine, Judy interpréta sans mal l'expression particulièrement gênée et inconfortable de Nick, dont les oreilles plaquées en arrière et les yeux écarquillés en disait long sur l'état de panique dans lequel l'action inconsidérée de la lapine venait de le placer. Celle-ci crut avoir mal agi et se sentit obligée de s'expliquer en gesticulant piteusement de la patte droite.

« Oh, pardonne-moi, Nick. Je n'aurais pas dû… Je sais que tu voulais attendre pour voir où les choses nous menaient mais avec ce qui s'est passé j'ai cru… J'ai cru que je ne te reverrais jamais, et j'avais tellement envie de t'embrasser, de te dire que je t'aim… »

« Judy ! » l'interrompit Nick avec véhémence, une teinte de panique au fond de la voix, sachant très bien qu'utiliser son prénom était la meilleure manière de l'estomaquer, et donc de la faire taire. « Avant de dire plus de choses que tu risquerais de regretter, je me dois de te signaler que… nous ne sommes pas seuls… »

Judy lui lança une expression d'incompréhension, avant de concentrer sa vision floutée sur le doigt que Nick tendait, pointant de l'autre côté du lit. La lapine pivota lentement la tête, sentant la fatalité s'abattre sur elle à chaque centimètre qu'elle ajoutait au mouvement de rotation de sa nuque. Ses yeux s'écarquillèrent et son cœur se figea dans sa poitrine à la vue de ses parents, qui la contemplaient avec une expression de surprise mêlée d'effroi. Son père avait même jugé bon de présenter une bouche béante en sus de ses yeux ronds comme des billes. Seule Suzie, son adorable petite sœur, était tout sourire. Les bras dans le dos, elle se dandinait d'une patte sur l'autre, la tête enfoncée dans les épaules et un grand sourire émerveillé aux lèvres… Visiblement, voir sa sœur témoigner son amour au renard de manière si explicite ravissait la petite fille au plus haut point. Malheureusement, cela ne semblait pas être le cas de Bonnie et Stu Hopps, qui restaient estomaqués, incapables d'articuler quoique ce soit.

Le regard de Judy retourna sur Nick, qui ne lui offrit pour tout réconfort qu'une grimace d'inconfort, manifestant tout la gêne et la panique dans que lui inspirait la situation. Le visage de la lapine ne tarda pas à se déformer en un pastiche assez similaire, tandis qu'elle reportait à nouveau les yeux vers ses parents, tout en affichant un sourire maladroit, feignant la surprise de les voir là, auprès d'elle.

« Hey ! C'est mes parents ! »

« Judith Laverne Hopps ! »

Visiblement, entendre le son de la voix de sa fille avait réussi à débloquer la parole de son père, et elle n'avait rien de réconfortante, en dépit de la situation particulière dans laquelle ils se trouvaient. Judy avait-elle secrètement caressé l'espoir que son géniteur se montrerait conciliant étant donné l'épreuve qu'elle venait de traverser ? Elle secoua la tête en se disant que c'était peine perdue : après ce qu'il venait de voir, il était clair que son père avait totalement oublié qu'il était présent au Zootopia Central pour rendre visite à sa fille qui avait été sauvagement poignardée quelques heures. Il ne devait plus avoir en tête que l'image de la chair de sa chair agrippant un renard par la nuque pour l'embrasser avec tant de passion qu'il était clair que ses intentions à son égard étaient tout sauf pures et chastes.

« Laverne ? » s'étrangla Nick en pouffant de rire.

Oh non. Dans sa stupeur, son père avait révélé un élément compromettant à la seule oreille au monde qu'il aurait fallu prémunir contre ce genre de cadeaux informatifs… Nick venait de découvrir son deuxième prénom, et en dépit de la situation extrêmement tendue, il ne pouvait sans doute s'empêcher de se délecter par avance de l'usage qu'il pourrait en faire pour l'incommoder. Son attitude y parvenait déjà particulièrement bien, pour le coup. Là où il aurait dû se fondre dans le décor, se taire, se faire oublie (en sommes, accomplir tout ce qui était en son pouvoir pour faire oublier qu'il était le renard qu'elle venait d'embrasser à pleine bouche devant ses parents), il se faisait seulement d'avantage remarquer. C'était sans doute trop demander de sa part de la jouer fine et discrète, et elle se contenta de lui lancer un regard furieux, où brûlait une colère sourde. Finalement, l'exaspération de son père éclata, et elle fut contrainte de tourner ses yeux vers lui, libérant Nick de leur rage infernale.

« Je crois que ça répond à pas mal de questions ! On se demandait pourquoi ton odeur était partout sur ce renard, et… »

« Ce n'est pas « ce renard », papa… » le corrigea Judy d'une voix froide. « C'est Nick. »

« Peu importe le nom ! Qu'est-ce que ça peut faire ? Est-ce que ce n'est pas ce qu'il est ? » s'alarma Stu, incapable de demeurer cohérent.

« Ça fait que tu me fais du mal, en le ramenant seulement à son espèce… Nick est mon ami. Et il mérite que vous le respectiez, comme tout à chacun… »

« Oh, mon cœur… » prononça finalement sa mère, faisant entendre sa voix pour la première fois en se penchant au-dessus du lit surdimensionné pour pouvoir atteindre sa patte, qu'elle saisit dans la sienne avec ferveur. « Nous nous sommes faits tellement de soucis pour toi. N'écoute pas ton père. La seule chose qui importe pour l'instant, c'est que tu ailles bien. »

L'affection sincère qu'elle témoignait et le fait qu'elle comprenne que la situation inconfortable faisait plus de mal que du bien à Judy rasséréna la jeune lapine, qui s'autorisa à se détendre un peu, resserrant sa patte autour de celle de sa mère.

« Je suis vraiment désolée de vous avoir causé tant de frayeurs… » répondit Judy avec affectation. « Désolée que vous ayez été obligés de venir jusqu'ici en pleine semaine, à cause de moi. Je sais l'organisation que cela demande, par rapport à la ferme et à la famille. Merci… Merci d'être là, tous les deux. »

Elle tourna un regard suppliant en direction de son père, auquel celui-ci ne put résister. Sa colère et sa consternation s'évanouirent rapidement, tandis qu'il s'asseyait sur le bord du lit pour pouvoir prendre à son tour la patte de sa fille dans la sienne. Suzie les rejoignit rapidement, rampant jusqu'à sa sœur pour l'agripper par le cou, tout en faisant preuve d'une grande délicatesse afin de ne pas lui faire mal. Judy extirpa sa patte de l'étreinte de ses parents pour venir passer un bras autour de sa petite sœur et la serrer le plus fort possible contre elle.

« Tu es là toi aussi, mon cœur ? » demanda Judy avec affection avant de déposer un baiser sur la joue de la petite lapine. « Tu n'avais pas école aujourd'hui ? »

« Si. Mais je préférais venir te voir. »

« Ça ressemble à un prétexte pour faire l'école buissonnière… » répondit Judy sur un ton faussement réprobateur qui fit glousser Suzie de rire.

Bonnie releva la tête vers Nick, qui contemplait l'échange entre Judy et sa sœur, un léger sourire au coin du museau. Le renard sembla remarquer qu'il était observé, car son regard bifurqua en direction de la mère de Judy, qui se contenta de lui sourire d'un air énigmatique. Poliment, il lui rendit la politesse, avant de détourner les yeux, visiblement gêné.

« Alors, Judy… » reprit sa mère après avoir poussé un léger soupir. « Qu'est-ce qui s'est passé ? Les informations parlaient d'un acte terroriste d'un groupe de proies extrémistes. Pourquoi s'en sont-ils pris à toi ? Ça n'a pas de sens ! »

« Ils m'en veulent parce que nous avons réussi à mettre un terme aux agissements de Bellwether. Parce que finalement, nous avons apporté la preuve que les prédateurs de Zootopie ne sont pas plus dangereux que n'importe quel autre citoyen de la ville. »

« Et donc ? » questionna Stu avec stupeur. « Ils t'ont attaqué parce que tu as dit la vérité ? »

Judy se contenta d'hausser les épaules, mais c'est Nick qui formula la réponse, attirant l'attention de tout le monde sur lui.

« Les menteurs et les manipulateurs sont souvent moins inquiétés que ceux qui se battent pour la vérité, monsieur Hopps. »

« Dans ce cas, vous n'avez certainement pas de soucis à vous faire ! » rétorqua le lapin avec véhémence, ce qui heurta Nick. A son expression il était clair que la réflexion l'avait blessé. La réaction de Judy et de sa mère fut unilatérale.

« Papa ! »

« Stu ! »

« Ce n'est rien. » répondit Nick dans un souffle, avant de se frotter la tête d'un air gêné. Il se détourna finalement, laissant sous-entendre qu'il allait quitter la chambre. « Je vais vous laisser entre vous. Ma présence ici est déplacée. »

« Non ! Tu restes ici ! » protesta Judy sur un ton outré, en agrippant son poignet de sa patte valide. « Si ta présence dérange qui que ce soit dans cette pièce, c'est à cette personne de s'en aller, pas à toi. »

Un silence de mort envahit l'espace confiné de la chambre suite à cette déclaration, mais Judy tint bon, soutenant fermement le regard légèrement blessé que son père lui adressait. Suzie s'était redressée, ne comprenant pas très bien les raisons qui faisaient que le ton était monté d'un cran, tout à coup. Alors que Nick allait protester, espérant pouvoir arranger les choses en insistant pour la laisser seule avec ses parents, histoire de dissiper le malaise, Judy reprit la parole, non sans avoir laissé glisser sa patte au creux de la paume entrouverte de Nick. Tout espoir d'échappatoire s'évanouit de l'esprit du renard lorsqu'il sentit les petits doigts duveteux de la lapine se resserrer fermement autour des siens.

Judy espéra que son père avait bien vu ce geste, et affirma son regard déterminé, avant de déclarer : « Papa, si je me suis faite agressée aujourd'hui, c'est justement parce que je lutte de toutes mes forces contre les personnes qui tiennent des propos rétrogrades et ont des préjugés contre les autres espèces. » Elle fit une petite pause pour constater de l'effet de ses mots sur leur destinataire, et sembla satisfaite. Stu avait baissé les yeux, et semblait particulièrement intéressé par la laine composant la couverture du lit. Mais Judy n'en avait pas fini pour autant. « Tu ne peux pas traiter Nick de cette façon juste parce qu'il est un renard ! »

« Je ne lui reproche pas d'être un renard ! » se défendit finalement Stu, écartant les bras comme pour rejeter en bloc l'accusation.

« Dans ce cas quel est le problème ? » répondit sa fille sur un ton égal de stupeur.

« Tu me demandes ça ? Sérieusement ? » répliqua-t-il d'une voix incrédule. « Est-ce que ce n'est pas évident ? » Il pointa du doigt leurs pattes liées, avant de reprendre avec plus de fermeté : « Tu sors avec un renard, Judy ! C'est… C'est mal ! »

A cette déclaration, Bonnie plaqua une patte contre ses yeux avant de secouer la tête, visiblement lassée de ce petit jeu. Elle poussa un soupir avant de se tourner vers son mari. « Stu, est-ce que tu peux m'épargner la honte de donner l'impression que j'ai épousé un rabat-joie extrêmement vieux jeu. »

Voyant le désarroi de Stu, qui semblait dépité de ne pas obtenir le moindre soutien, Nick tenta de prendre un parti un peu moins accusateur, dans l'espoir de calmer les aprioris que le père de Judy pouvait avoir à son égard. Le renard se tourna vers Bonnie, avant de déclarer : « Je peux comprendre ses inquiétudes, madame Hopps. Mais je vous assure que Judy et moi ne sommes pas ensemble… »

« C'est sans doute pour cette raison que la première chose qu'elle a souhaité faire en se réveillant était de vous embrasser ! » répliqua Stu d'un ton ironique. Son esprit ne parvenait à chasser l'image de sa fille en train d'embrasser un renard avec passion. Encore et encore, cette scène lui revenait en tête, prenant à chaque fois un caractère un peu plus concret, là où il aurait espéré avoir subi une simple hallucination. Sa fibre paternaliste extrêmement protectrice le mettait en garde contre ce qu'il considérait comme étant un danger pour sa chère enfant.

Judy le tira de sa torpeur en venant confirmer les propos de Nick, tenant une nouvelle fois tête à son père. « Non, c'est la vérité. Nous ne sommes pas ensemble. » déclara-t-elle d'une voix où s'entendait une pointe de déception, que Nick ne manqua pas de remarquer. « Nous sommes encore en train d'essayer de comprendre ce que nous ressentons l'un pour l'autre… » Elle baissa la tête, une légère honte la gagnant tandis qu'elle se remémorait avec plus de précision ce qu'elle avait fait il y avait de cela quelques minutes. « Je n'avais jamais embrassé Nick auparavant, et je n'aurais pas dû faire ça… Je ne dis pas ça parce que ça s'est passé en votre présence. J'ai agi impulsivement. » Elle se tourna alors vers le renard, lui offrant un regard où se lisait une certaine forme de culpabilité. « Pardonne-moi, Nick. »

« Il n'y a rien à pardonner, Carotte… »

Comment aurait-il pu en vouloir à un visage aussi adorable ? La mention du baiser le ramena à ce qu'il avait ressenti à cet instant… l'incrédulité, la surprise, l'émotion… Puis l'angoisse… Une angoisse qui se confirmait à nouveau, maintenant que Stu, visiblement hors de lui, reprenait la parole avec véhémence. « « Carotte ? ». Tu acceptes qu'il t'appelle comme ça ? Et après, c'est moi qui fait des préjugés ? »

« Papa, c'est qu'un surnom… Arrête un peu s'il te plaît ! » répondit Judy sur un ton excédé, ce qui ne calma pas son père un seul instant.

« Ne crois pas t'en tirer comme ça, jeune-fille ! J'attends des explications. »

La lapine fut quelque peu soulagée en voyant sa mère accourir à son secours une nouvelle fois. « Elle n'a pas à t'en donner, voyons ! » répliqua Bonnie d'un ton outré. « Elle vit sa vie comme elle l'entend ! Est-ce que tu aurais aimé que mon père vienne mettre son nez dans notre terrier à la moindre occasion ? »

« Oh ! Il n'avait pas lieu de s'inquiéter ! » se défendit Stu en bombant le torse, une expression de fierté brillant au coin du regard. « Tu as épousé un lapin de bonne famille, bien sous tous rapports ! »

« Oui, et qui m'a mise enceinte au bout d'une semaine ! Ne crois pas qu'il ait été ravi lorsqu'il l'a appris. »

A cette réflexion, Stu se ratatina quelques peu, gêné d'être ainsi mis à mal devant tout le monde. « Ce… Ce n'est pas du tout pareil… » finit-il par marmonner, visiblement vaincu.

« Oh, arrête ton cinéma. » asséna Bonnie, visiblement désireuse d'achever son mari alors qu'il était déjà à terre. Pas fair-play, madame Hopps, eut le temps d'ironiser Nick, qui observait la scène d'un regard légèrement pétillant. « Et puis, ce n'est pas comme si tu découvrais les goûts de Judy en la matière ! » reprit la lapine en plaquant ses pattes contre ses hanches afin de se donner un peu plus de constance. « Rappelle-toi un peu la peine de cœur qu'elle a eu lorsque Bobby Catmull a refusé de sortir avec elle… »

Information croustillante à deux heures ! songea Nick en tournant un regard plus qu'intéressé en direction de Judy, avant de lui offrir un sourire tendancieux. « Bobby Catmull, hein ? »

« Maman, pitié… » supplia Judy en libérant la patte de Nick pour venir plaquer la sienne contre son front. Elle n'avait vraiment pas besoin que sa mère commence à sortir les vieux dossiers compromettants en présence de son éventuel futur petit-ami. Pas maintenant, alors qu'elle se réveillait tout juste d'une intervention, après avoir pris un coup de couteau, et qu'elle avait été surprise à embrasser ledit futur petit-ami en question devant ses parents, et qu'en plus il s'agissait d'un renard. Ma vie est vraiment compliquée… se lamenta-t-elle intérieurement.

Ce fut à ce moment-là que Suzie se redressa avant d'aller se glisser entre Nick et Judy, agrippant leurs pattes respectives dans les siennes tout en leur offrant son plus charmant sourire. « Moi je vous trouve très beaux ensemble ! » déclara-t-elle d'un ton jovial et conclusif, comme si son avis allait régler la question. « Embrasse-le encore, Judy ! S'il-te-plaît ! »

Bonnie ne put réprimer un petit rire face à ce manège, tandis que Judy et Nick, terriblement gênés, échangeaient un regard confus et un peu dépité. Stu poussa un soupir en secouant la tête. Il en avait visiblement assez de se battre pour une cause perdue. « Pitié, épargne-nous ça… » grommela-t-il néanmoins. « Mon pauvre cœur ne se remettrait pas d'un tel spectacle, je pense. »

De l'humour, même aussi cynique, demeurait de l'humour. Et si son père en faisait preuve, cela prouvait qu'il ne prenait pas les choses si mal que ça, finalement. Sans doute en entendrait-elle encore parler très souvent, mais l'abcès étant crevé, elle se sentait capable de faire front. Le plus dur était passé.

C'est à cet instant que le docteur Barrare fit son entrée, accompagné de l'infirmière de service.

« Bonjour à tous ceux que je ne connais pas, dont ma patiente du jour, d'ailleurs. Je suis le docteur Barrare. »

« Si même moi je ne vous connais pas… eux non plus, pas vrai ? » répondit Judy, amusée par cette entrée en matière.

Nick se racla la gorge, un peu décontenancé. « Hum…Il se peut que le docteur Barrare et moi nous soyons déjà… entrevus… avant l'intervention. »

« Ah vraiment ? » s'étonna Judy. « Comment ça se fait ? »

« Il était présent lorsque j'ai fait mon rapport préliminaire au chef Bogo quant à votre état de santé. De plus, monsieur Wilde tenait à me faire comprendre à quel point il était nécessaire que je fasse correctement mon travail. »

Le renard baissa la tête, gêné d'être ainsi dépeint par un intervenant extérieur. Judy ne sut si elle devait le taquiner pour son comportement surprotecteur, ou en être flattée. Supposant que cette révélation des agissements de Nick était toute à son honneur et ne manquerait pas de faire bonne impression à ses parents, elle resta silencieuse, mais pris bonne note de le chambrer avec ça lorsqu'ils seraient à nouveau seuls, tous les deux.

« Bien. » reprit finalement le castor avant de s'approcher de Judy. Nick s'écarta pour le laisser approcher sa patiente, non sans prendre Suzie dans ses bras, afin de libérer tout l'espace nécessaire au docteur. Le renard fut soulagé de s'apercevoir que ni Bonnie ni Stu ne semblait mal prendre le fait qu'il porte ainsi leur toute jeune fille. Suzie ne s'en plaignit pas plus, d'ailleurs, car elle passa ses bras autour du cou de Nick, tout sourire.

« Vous serez ravie d'apprendre que l'intervention s'est déroulée à la perfection. » expliqua le docteur Barrare à Judy, qui se contenta de lui sourire pour toute réponse, laissant ses parents exprimer leur soulagement à sa place.

« Comme je le pensais, la lame n'a endommagé aucun organe vital, mais il était nécessaire de l'extraire avec précaution, car elle avait tout de même effleuré votre poumon. La lésion est minime, mais il est possible que vous ressentiez une certaine gêne en cas d'efforts dans les prochaines semaines. C'est tout à fait normal. »

Judy fut soulagée de savoir qu'elle ne garderait aucune séquelle durable de cette sombre affaire, car elle n'aurait pas voulu que cela puisse contrevenir à son éventuel retour au sein des forces de l'ordre.

« On peut dire que j'ai eu de la chance… » commenta-t-elle, arrachant un hochement de tête approbateur au médecin.

« Oui, c'est vrai. Mais le coup porté était trop maladroit pour être véritablement dangereux, je pense. Votre agresseur était, fort heureusement, un individu peu préparé à ce genre d'actions. On a souvent tendance à croire qu'il est facile de poignarder quelqu'un, mais cela demande beaucoup de force, et une certaine maîtrise. Du moins si l'on veut que les coups portés soient mortels. C'est souvent pour cette raison que les crimes impliquant ce type d'arme blanches donnent lieu à de véritables carnages, car il faut porter un nombre de coups impressionnant pour tuer quelqu'un, quand on ne sait pas comment ni où frapper. »

« Merci pour tous ces détails, docteur… » répondit Nick d'un ton ironique. « Je suis sûr que cela rassure énormément Judy de savoir qu'il aurait fallu qu'elle se prenne soixante-dix coups de couteaux supplémentaires pour enfin pousser son dernier soupir… »

Judy lui lança un regard désapprobateur, mais ne put réprimer un léger rire, que Bonnie rejoignit de bon cœur. Stu, pour sa part, restait médusé par les propos terrifiants que le docteur avait tenus à l'instant. Il se sentait sur le point de défaillir.

« Je vous prie de m'excuser… » répondit finalement le castor en secouant la tête d'un air dépité, agitant les énormes lunettes qui reposaient sur son museau moustachu. « Comme je travaille régulièrement avec la police, j'ai tendance à traiter ce genre de cas presque quotidiennement. J'ai finis par perdre l'habitude d'annoncer des bonnes nouvelles. Mais, pour changer, ça ne me fait pas de mal, très honnêtement. »

Ils rirent tous de bon cœur, avant que finalement Judy ne se décide à poser la question fatidique : « Bien… Quand est-ce que je pourrais sortir ? »

« Oulah, n'allez pas si vite en besogne tout de même, mademoiselle Hopps. » répliqua Barrare en agitant les pattes. « On va vous garder en observation cette nuit, et si tout va bien, vous pourrez sortir demain en début d'après-midi. »

« Oh, ce n'est pas un problème. » répondit Stu. « Comme on ne savait rien de la gravité de la situation, on a pris nos dispositions et on a réservé une chambre dans un petit motel, pas loin. On pourra te récupérer lorsque tu sortiras demain, et on rentrera tous ensemble à Bunnyburrow. »

« Bunnyburrow ? » s'exclama Barrare avec affectation. « Là encore, désolé, mais je vais devoir casser vos plans. Votre fille va devoir prendre beaucoup de repos dans les prochains jours, et solliciter le moins possible la zone d'extraction que nous avons soignée. C'est une partie du corps très sollicitée, habituellement, même si on a tendance à ne pas s'en rendre compte. Il serait dangereux pour elle de faire un si long voyage, même en train… De plus, elle devra revenir ici tous les jours, dans un premier temps, afin que l'on refasse son pansement. Il demande des manipulations que nous ne pouvons la laisser faire elle-même, ou même un non-initié effectuer à notre place. »

« C'est embêtant, docteur… » expliqua Judy, confuse face à ces dernières révélations. « Je n'ai plus de logement à Zootopie… Je n'étais ici que de passage. »

« Oh… Oh, oui je comprends que cela puisse être un problème. » répondit Barrare en se frottant le crâne, semblant chercher une solution. « Je suppose que je pourrais transférer votre dossier à l'hôpital des Trois Communes, pour que vous soyez suivie à Bunnyburrow… Mais j'aurais aimé pouvoir surveiller l'évolution de votre blessure moi-même, pour plus de précautions… »

« Hum… Dans le pire des cas, ma porte t'est grande ouverte, Carotte… » déclara Nick d'un ton neutre, évitant de croiser le regard de qui que ce soit tandis qu'il proposait cette solution, sachant pertinemment qu'elle allait soulever un halo de protestation.

« Quoi ?! Qu'elle dorme chez vous ? » s'exclama Stu, les yeux écarquillés. « Après ce qu'il s'est passé ? Non, non ! Pas de mon vivant, mon cher ! »

« Papa, arrête ! » répliqua Judy, lassée du refrain scandalisé de son père. Un peu éperdue, elle considérait néanmoins sérieusement la proposition de Nick, essayant de se concentrer sur l'aspect pratique plus que sur ce que pourrait signifier passé plus de temps avec le renard. Eux deux. Seuls à seuls. Pour une durée indéterminée. Non. Elle ne devait pas laisser ce genre de pensées prendre parti sur sa raison logique. Elle devait penser, avant toute chose, à la meilleure manière de gérer les problèmes logistiques liés à sa blessure.

« C'est extrêmement gentil à toi de me proposer ton hospitalité encore une fois, Nick. » répondit Judy. « Mais malheureusement, je n'ai rien avec moi, ici… pas de linge de rechange, pas d'affaires de toilette… Comme dit, je suis partie en catastrophe de chez mes parents, sans rien apporter avec moi. »

« Heu… à ce sujet… » répondit Bonnie d'une voix incertaine, avant de soulever un sac de voyage qu'elle avait emporté avec elle, le déposant sur le lit auprès de Judy. « Comme on ne savait pas combien de temps tu serais hospitalisée, ni la gravité de tes blessures, j'ai pris l'initiative de te préparer un sac, avec tout ton nécessaire de toilette, et des vêtements de rechange… »

« Bonnie ! Mais à quoi tu joues ? » s'exclama Stu avec emportement, gesticulant ses pattes au-devant de sa femme, dans l'espoir de dissimuler le sac à la vue de Judy.

« J'essaie d'aider… » répondit la lapine, ne comprenant visiblement pas ce que lui reprochait son mari.

« Inconsciente ! Maintenant elle n'a plus de raison de rentrer avec nous ! »

« Oh… » répondit Bonnie, comprenant soudainement où son mari voulait en venir. « Et c'est un problème ? »

« Bien sûr, que c'en est un ! Si elle ne rentre pas avec nous, ça veut dire qu'elle va rester chez le renard ! »

« Il s'appelle Nick. » plaça Judy d'un ton excédé, sans même réussir à attirer l'attention de son père.

« Elle est assez grande pour savoir ce qu'elle fait, Stu. Judy est dans la police, je pense qu'elle est capable de se défendre toute seule… »

« Ca alors ! » répliqua Stu, visiblement hors de lui. « Pourquoi faut-il que tu sois aussi tolérante et ouverte d'esprit dès qu'il s'agit de tes enfants ?! »

« Ce sont nos enfants, Stu. Nous les avons élevés ensemble, je te rappelle. Et je ne pense pas que Nick lui fera quoique ce soit de mal. »

« Oh, ça je m'en doute… C'est justement tout l'inverse qui m'inquiète ! »

A cette idée si ouvertement exprimée, Judy comme Nick ne purent s'empêcher de rougir de honte. Ils savaient bien tous deux que rien n'arriverait, bien entendu. Certainement. Normalement. Peut-être. La lapine poussa finalement un soupir de lassitude, avant d'agripper l'anse du sac de voyage de sa bonne patte pour le tirer jusqu'à elle.

« Je vais rester chez Nick. » répondit-elle avec fermeté, ramenant l'attention de tous sur elle.

Comme elle s'en doutait, son père affichait une expression horrifiée, tandis que Nick… L'expression de Nick n'était pas descriptible. Mais elle allait au-delà du bonheur et de la surprise.

« Je vais normalement réintégrer la police très bientôt. » poursuivit Judy, ressentant le besoin de justifier sa décision. « Je vais devoir trouver un nouveau logement sur Zootopie, du coup. Si je peux rester chez Nick pendant ma période de convalescence, ce sera plus pratique pour moi de trouver quelque chose de convenable. Ça m'évitera de me retrouver à nouveau dans le genre de clapier où j'ai vécu jusqu'à présent… »

« Tu… Tu veux dire que tu as l'intention de demander à être réhabilitée, malgré ce qui s'est passé ? » demanda Stu, visiblement incrédule.

« Bien sûr, papa. Tu ne pensais quand même pas qu'une banale agression allait m'arrêter ? Ils auraient gagné, si je renonçais suite à ça. Au contraire, ça n'a fait que renforcer mes convictions. »

« Oh… Oh oui… J'aurais dû m'en douter, tu as toujours été une battante. »

Et au ton qu'il employait, c'était plutôt Stu Hopps qui était visiblement battu. « Reste que ça ne me rassure pas de savoir que tu vas demeurer chez le renard pendant une période indéterminée. »

« Il s'appelle Nick, pour la vingtième fois. »

« Oui, bon. Tu vois ce que je veux dire. »

« Non, papa. Je ne vois pas. »

« Ne fais pas l'ignorante, jeune fille ! »

C'est le moment que choisit le docteur Barrare pour rappeler à tous sa présence en se raclant la gorge, avant de déclarer : « Hum… Si vous voulez bien m'excuser, même si j'avoue que le spectacle est fort divertissant, j'ai encore d'autres patients à visiter. Nous nous verrons demain au moment de votre sortie, Judy. Mais si vous avez la moindre question d'ici là, n'hésitez pas à me faire appeler. »

Tous le remercièrent et le saluèrent, puis il quitta rapidement la chambre en compagnie de l'infirmière. Personne ne fut sourd aux ricanements qu'échangèrent les deux praticiens lorsqu'ils franchirent la porte, la laissant se refermer derrière eux. Cela offrit un parfait prétexte à Judy pour faire culpabiliser son père : « Tu vois un peu où ça nous mène ? On est la risée du Zootopia Central, maintenant. »

« Voilà ce qui arrive lorsqu'on fait des galipettes avec un renard ! »

« Oh ! Mais c'est pas vrai ! Tu vas arrêter avec tes délires ?

Nick et Bonnie échangèrent un regard entendu : s'ils n'intervenaient pas rapidement, cet échange ridicule et stérile serait sans fin. Nick se chargea de calmer Judy, tandis que Bonnie faisait de même avec Stu. Il fallut quelques minutes pour que la pièce regagne un calme relatif, mais le père et la fille semblaient quelque peu en froid, refusant de tourner la tête l'un vers l'autre, ni même de s'adresser la parole.

« Ca leur passera. » commenta Bonnie à l'attention du renard. Les deux s'étaient isolés près de la fenêtre de la chambre, semblait vouloir fuir le climat de guerre froide qui s'était imposé entre Stu et Judy. Suzie s'était endormie dans les bras de Nick, qui la berçait doucement contre lui, visiblement à l'aise vis-à-vis de la manœuvre. Bonnie poursuivit : « C'est arrivé un nombre incalculable de fois, par le passé… Stu se montre surprotecteur, ce qui énerve Judy et la pousse à faire tout ce qu'il faut pour le faire enrager d'avantage. Mais au final, ils finissent toujours par se rabibocher. Ils s'adorent trop pour que ça dure. »

« C'est une relation saine entre un père et sa fille, il faut croire. » commenta Nick d'un ton légèrement attristé. « Je ne peux pas me vanter d'avoir vécu quelque chose de similaire avec mon propre père, malheureusement. »

« Je suis navrée de l'apprendre, Nick. »

Nick secoua doucement la tête, signifiant qu'il n'y avait pas de mal. Il ne s'ouvrirait cependant pas plus sur le sujet, malgré tout. Il appréciait énormément le tempérament très ouvert et tolérant de Bonnie, qui avait visiblement une grande confiance en ses enfants. Sans doute parce qu'elle savait que l'éducation qu'elle leur avait donnée était irréprochable. Judy lui avait parlé de la capacité qu'avait sa mère à reconnaître ses erreurs et à aller de l'avant. Elle avait été la première à la soutenir dans son projet de devenir policière, alors même qu'elle avait proclamé longtemps auparavant qu'il était impossible pour un lapin d'atteindre cet objectif. Pareillement, son regard sur les prédateurs avait toujours été ouvert et tolérant, sa méfiance se concentrant à l'égard des seuls renards, en raison de l'expérience malencontreuse qu'avait subie Judy dans son enfance, mais elle n'avait pas hésité à reconnaître ses torts et à changer d'avis, lorsque sa fille lui avait ouvert les yeux. Ces immenses qualités de cœur, cette douceur particulière et sa franchise toute rurale avait gagné l'affection de Nick. Et visiblement, elle semblait relativement l'apprécier, ce qui n'était pas pour lui déplaire.

« Je suis également navrée pour ce que Judy a fait… Je ne devrais pas m'en mêler, bien entendu. Mais en tant que mère, je pense qu'elle a fauté… Et forcément, je me sens obligée de m'excuser pour ça… »

« De quoi parlez-vous, Bonnie ? » s'étonna Nick, ne comprenant pas où elle voulait en venir.

« Judy n'aurait pas dû vous marquer. Je lui ai expliqué l'importance de ce geste dans les rapports amoureux, il y longtemps… Comme je l'ai fait avec chacun de mes enfants, d'ailleurs. Vous savez, chez les lapins, l'éducation sexuelle et tout ce qui l'accompagne est à prendre très au sérieux, si vous ne voulez pas vous retrouver jeune grand-mère. »

Nick ne put s'empêcher de partager son rire, avant de la rassurer en secouant doucement la tête. « Vous ne devriez pas vous excuser pour ça, Bonnie. Sincèrement, il n'y a pas de mal… »

« Oh, je sais, puisque vous êtes visiblement très attachés l'un à l'autre. Dans un sens plus profond qu'une simple amitié, ça crève les yeux… Judy ne vous aurait pas embrassé que j'aurais pensé la même chose. Mais tout de même… Elle n'aurait pas dû. Pas tant que vous n'étiez pas réellement engagés l'un envers l'autre. Je le lui ai appris, mais je pense que dans un moment d'égarement, elle a dû l'oublier. »

« Honnêtement Bonnie, je ne vais pas m'en plaindre… » confessa le renard.

Cette confession laissa la lapine sans voix pendant quelques secondes, puis finalement elle se contenta de sourire d'un air énigmatique, avant de tendre les bras pour récupérer Suzie, toujours endormie, qui reposait doucement contre l'épaule de Nick.

« On dirait que vous avez fait ça toute votre vie. » déclara-t-elle en tournant Suzie vers elle afin de la caller au creux de son bras.

« J'ai un filleul que j'adore. » déclara Nick pour toute explication. Au nouveau sourire que lui offrit Bonnie, Nick n'eut plus de doute quant à l'affection que lui portait la mère de la lapine dont il convoitait le cœur. Un sur deux, c'était déjà ça de gagné.

Stu et Bonnie prirent congé une vingtaine de minutes plus tard. Judy et son père s'étaient finalement à nouveau adressés la parole, évitant soigneusement tout sujet fâcheux. Comme Stu avait embrassé sa fille au moment du départ, et que celle-ci l'avait serré contre elle, il semblait évident aux yeux de Nick que les tensions étaient apaisées, pour le moment, ce qui lui mit du baume au cœur. Parmi toutes les choses qu'il souhaitait éviter dans la relation particulière qui l'unissait à Judy, la plus importante était d'être la cause de tensions éventuelles entre elle et ses parents.

Les parents promirent qu'ils repasseraient dans la matinée, pour visiter Judy avant qu'elle ne soit autorisée à sortir. Ils devaient ensuite se retrouver dans l'après-midi, pour qu'elle les mène jusqu'à l'endroit où elle avait stationné le camion de la ferme familiale. Ils le récupèreraient pour faire la route jusqu'à Bunnyburrow à son bord. Ainsi, toutes les obligations rattachant Judy à un retour forcé jusqu'à sa ville natale serait réglées, et elle aurait l'esprit tranquille pour prendre le repos nécessaire à sa convalescence, tout en ayant le temps de trouver un nouveau logement avant sa réaffectation.

Alors qu'ils se retrouvaient enfin seuls tous les deux, Nick s'assit sur le bord du lit, tournant un regard vers Judy avant de pousser un profond soupir. « C'était… assez intense. » déclara-t-il en vue de commenter cette première rencontre en direct avec ses parents.

« Je n'aurais pas eu le loisir de leur cacher longtemps ce qu'il y a entre nous… » répondit Judy en poussant un soupir. « Je suppose que j'ai ce que je mérite pour avoir agis inconsidérément une nouvelle fois. »

« Que veux-tu ? Tu es une vraie tête brûlée, Carotte. Il faut réfléchir, avant d'agir. »

« Je suppose, oui… Mais alors, je ne serais pas amenée à faire de si belles erreurs… »

Nick tourna vers elle un regard concerné, et elle lui offrit un sourire absolument charmant. Cette lapine avait vraiment le don de le désarmer totalement, que ce soit par un geste, un regard, une attitude, ou une simple petite phrase, comme celle qu'elle venait de prononcer. Des faits insignifiants mais emplis d'un sens plus profond, qui lui faisaient ressentir des choses qu'il n'avait jamais expérimenté jusqu'alors. Il se souvint de ce qu'il avait compris sur lui-même, plus tôt dans l'après-midi, et sur la profondeur des sentiments qu'il éprouvait pour Judy. Un frisson lui parcourut l'échine lorsqu'il repensa aux évènements de la matinée. Tout semblait si lointain, à présent, mais la véracité des faits n'en était pas moins glaciale : il avait failli la perdre.

« Ne me refais jamais une peur pareille, Carotte… » marmonna-t-il en détournant le regard.

« Je n'ai pas demandé à ce zèbre de m'agresser, tu sais ? J'avais d'autres plans en tête pour occuper ma journée, à la base. » Elle espérait qu'un peu d'humour rendrait son humeur moins maussade, mais cela ne sembla pas fonctionner. Nick était assis sur le côté du lit, la tête tournée vers la porte. Son regard se perdait dans le vide, et il semblait pensif. Elle tendit le bras pour l'atteindre, mais ne parvint qu'à effleurer sa chemise du bout des doigts.

« Vient maintenant le temps d'assumer les conséquences de notre réussite, j'imagine… » déclara finalement le renard.

« C'était un acte isolé, Nick… Un fou extrémiste, éperdu par les révélations que j'ai faites, et qui a tourné sa colère et son désespoir contre moi. Mais ça ne se reproduira pas. »

« Il n'est pas seul, Carotte. Il y en a plein d'autres, comme lui, là-dehors. Tu ne sais pas ce qu'ils tenteront de faire. »

« C'est vrai. On ne sait jamais. Mais je ne me sens pas en danger, d'accord ? Ces gens ne méritent pas que leurs actes influencent notre quotidien, même s'ils cherchent à nous faire le plus de mal possible. Ils y seront parvenus, si tu laisses cela t'affecter. »

Nick resta pensif quelques instants, semblant digérer ces paroles. Finalement, il poussa un soupir et murmura pour lui-même : « C'est moi qui aurait dû prendre le coup… ».

Il pensait sans doute que Judy ne l'entendrait pas, mais c'était sans compter sur la perception auditive exceptionnelle des lapins. Elle se redressa d'un seul coup, attirant son attention par la vivacité de son mouvement. Nick perçut la lueur de colère flamboyante qui brûlait au fond de la rétine de Judy, et s'écarta par réflexe, évitant de justesse le coup de poing qui visait son épaule. Avoir raté son assaut ne calma par la rage de Judy, qu'elle laissa éclater par la parole : « Je t'interdis de dire ça ! Je t'interdis de l'insinuer ! Je t'interdis même de le penser ! »

« Du calme, Carotte ! C'est la vérité ! C'est moi le prédateur qui a contribué à renverser Bellwether ! Ce coup de couteau n'aurait pas dû te frapper toi, si celui qui le maniait avait été logique ! »

« Tu te serais senti mieux, si les rôles avaient été inversés, peut-être ? Tu aurais pu afficher ton sourire triomphal et penser que tu avais eu le beau rôle ? Qu'est-ce que tu crois que j'aurais ressenti, si les choses s'étaient passées comme ça, hein ? Ça m'aurait anéantie… Ne dis plus jamais une chose pareille, Nick… »

Et voilà qu'elle redevenait émotionnelle. La médication qu'on lui avait attribuée, relativement forte, ne devait pas aider. Néanmoins, Nick n'appréciait pas de la voir s'agiter comme ça alors qu'elle devait ménager au maximum sa blessure, aussi n'insista-t-il pas et prit un ton plus doucereux, tendant ses pattes devant lui pour lui attraper les poignets, se montrant le plus délicat possible en vue de la calmer.

« Là… Là… » murmura-t-il alors qu'elle se détendait un peu à son contact. « Je ne le pensais pas ainsi, tu t'en doutes… Tu penses toujours que je cherche à te faire culpabiliser pour quelque chose, c'est ça ? »

« Espèce d'idiot… » bredouilla-t-elle en riant doucement.

Il était parvenu à la contraindre à s'allonger à nouveau. Au moment où il la lâcha, elle l'agrippa par le poignet et le tira vers elle, sans virulence. Il crut d'abord qu'elle cherchait à nouveau à l'embrasser, et pensa s'en défendre, avant d'y renoncer (un peu trop facilement à son goût). Mais elle n'avait pas de telles intentions. Elle le rapprocha simplement d'elle, l'invitant à se coucher à ses côtés. Nick acquiesça. Le lit était largement assez grand pour qu'ils y tiennent à deux sans manquer de place. Mais Judy ne voulait pas simplement que Nick s'allonge à côté d'elle. Judy voulait qu'il s'allonge contre elle. Elle le lui fit comprendre en passant sa patte valide derrière sa nuque et en le tirant dans sa direction. Le renard hésita une seconde, avant de céder à l'invitation, se montrant un peu maladroit jusqu'à trouver une position confortable. Judy se chargea du reste en se lovant au creux de ses bras, enfonçant son visage dans l'angle de son cou. C'est sa place attitrée, maintenant, pensa Nick en souriant. Il raffermit son étreinte contre son petit corps, se montrant extrêmement prudent pour éviter de solliciter sa blessure.

Ils restèrent ainsi pendant plusieurs minutes, silencieux, au point que Nick finit par croire que son amie s'était rendormie. Mais finalement, elle remua légèrement, et murmura d'un ton doux et sincère : « Je suis désolée de t'avoir embrassé, Nick. Pardonne-moi… »

« Je t'ai déjà dit que tu n'avais pas à t'excuser pour ça. Il n'y aurait pas eu tes parents, c'est moi qui t'aurais embrassé. »

« Vraiment ? » demanda-t-elle en redressant la tête, un petit sourire au coin des lèvres. Elle n'était pas si fatiguée que ça, visiblement.

« Oui. Et ça aurait été une bêtise que je n'aurais pas regretté. Mais une bêtise tout de même. Je suppose… »

« Est-ce que tu te formaliserais si je t'avouais que je ne le ressens absolument pas comme une erreur ? »

« Il me semble avoir employé le terme de « bêtise », Carotte… Je n'ai pas parlé d'erreur. » la corrigea Nick.

Judy secoua la tête, un peu décontenancée par la remarque visiblement ironique de son ami. « Je ne vois pas vraiment la différence, Nick… »

« Elle est pourtant évidente : une erreur est immuable. »

Judy sembla réfléchir à ce qu'il voulait signifier par-là, mais ne tarda pas à comprendre sa finesse d'esprit, et poussa un petit rire de contentement, avant de glisser sa patte le long de son museau, appréciant la douceur de sa courbe légère.

« Dois-je prendre ça comme une invitation à recommencer ? » tenta-t-elle.

« Je ne sais pas… » répondit-il avec sérieux au bout de quelques secondes de réflexion. « Qu'est-ce qui nous différencierait encore d'un véritable couple, dans ce cas ? »

« Plus grand-chose, je suppose… Mais est-ce que ce serait si mal que ça ? »

« Attends d'avoir vécu quelques jours avec moi avant de répondre à cette question… »

Le bon vieux Nick, avec sa muraille personnelle de blagues, de provocations et de flirts, était de retour… Cela ne dérangeait pas Judy, finalement. Elle savait où elle en était et ce qu'elle désirait. S'il fallait plus de temps pour que Nick en fasse autant, elle s'en accommoderait. Comme ses parents le lui avaient dit, elle était une battante. Elle irait jusqu'au bout pour atteindre le nouveau but qu'elle s'était fixée. Et ce but n'était pas si lointain, d'ailleurs.

Elle reposait entre ses pattes, en ce moment-même.