Notes de l'auteur :

Wow. Dix chapitres... Près de cent mille mots publiés, en l'espace de quoi ? Dix jours ? Ca faisait bien longtemps que je n'avais pas été aussi productif, et jamais je n'aurais pensé qu'une fanfiction me motiverait autant, sachant que je n'en avais jamais écris.

Je ne vais pas vous mentir, c'est à vous tous que je le dois. Chaque fois que je suis en séance d'écriture et que me vient l'envie de m'arrêter, de prendre une pause, de remettre la suite à plus tard, je n'ai qu'à me connecter sur le site, et je tombe sur de nouvelles reviews, de nouveaux followers... et toujours plus de vues et de visiteurs. Quelques stats (j'aime les stats) : on en est à quasiment 4500 vues, et plus de 500 viewers différents... dont 300 à 350 suivent les publications de chaque chapitre. C'est vraiment impressionnant.

Pour moi, qui n'ai jamais eu la chance d'avoir un quelconque lectorat pour mes œuvres, en dehors de ma famille ou de mes amis proches, c'est une émotion vraiment incroyable. Et je voulais simplement vous dire merci.

Cette fanfiction sera vraisemblablement très très longue, vous vous en doutez. Il y a tellement de matière avec cet univers, que ce n'est vraiment pas dur de trouver des choses intéressantes à raconter, d'autant plus quand on a à disposition des personnages aussi adorables et attachants.

De toute manière, tant que vous répondrez présents, je ne vois pas cette fièvre inspiratrice se calmer! On refera le point dans dix chapitres (haha) et en attendant, je vous souhaite une bonne lecture!


Chapitre 10 : Immunité médiatique

Au cours de son existence, Nick Wilde avait pratiqué nombre d'actions illicites, d'arnaques, de tricheries, de coups bas… Et s'il était tout à fait honnête avec lui-même, il ne regrettait que peu d'entre elles. Parfois même, il était fier de sa technique, de sa flexibilité, de son intelligence pour ce genre de choses. De fait, la honte et le regret n'étaient pas vraiment des sentiments auxquels il était accoutumé. Ce fut pourtant sous la gouverne de ces émotions détestables qu'il franchit les portes du poste de police principale, aux environs d'une heure du matin, entouré par l'officier Fangmeyer et le lieutenant Delgato. Ils n'avaient pas besoin de le guider, ni même de le ceinturer… Ils respectaient seulement la réglementation qui leur imposait d'encadrer de près tout suspect qu'ils conduisaient en détention.

Fort heureusement pour Nick, à une heure aussi tardive, il n'y avait pas grand monde pour assister à sa déchéance, non pas que cela lui ait importé particulièrement, de toute manière. Il n'y avait qu'un seul mammifère dont il redoutait de croiser le regard en cet instant, et bien entendu, il n'y échappa pas.

Judy se tenait auprès de l'accueil, aux côtés de Benjamin Clawhauser. Nick la vit poser ses yeux sur lui dès son entrée dans le bâtiment. Il y lu d'abord un profond soulagement, et crut, l'espace d'une seconde, qu'elle allait accourir dans sa direction pour se jeter dans ses bras. S'il eut l'impression de voir l'impulsion de ce mouvement naître chez la lapine, elle le réprima néanmoins violemment, et se mura derrière une expression plus fermée. Le renard aurait accepté n'importe quel jugement, n'importe quelle condamnation, critique, engueulade, règlement de compte, même une bonne paire de baffe… Mais il écopa de bien pire. Le regard de Judy n'exprimait absolument rien. Ni colère, ni rancœur, ni tristesse… Seulement un profond désintérêt. Le faisait-elle en toute connaissance de cause ? Rien n'était moins sûr… Mais c'était clairement là le meilleur moyen de faire sortir Nick de ses retranchements.

Alors que Delgato laissait Nick aux bons soins de Fangmeyer, ce-dernier prit l'initiative de passer plus près de l'accueil qu'il n'était normalement nécessaire de le faire. Sans doute le loup espérait-il rendre service au renard et à la lapine, s'il leur donnait l'occasion d'échanger quelques mots.

Nick tenta sa chance, tandis qu'il passait à un peu plus d'un mètre de Judy : « Ecoute, Carotte, je… »

« Pas maintenant. » fut la seule réponse qu'il obtint d'elle. Sa voix était sèche, glaciale et tranchante… Mais il y perçut également la vibration légère d'une émotion difficilement contenue. Nick baissa piteusement la tête en comprenant que par ses actions irréfléchies, ses prises de décisions extrêmes, et son manque de communication, il l'avait blessée. Ne laisse jamais les autres voir qu'ils t'ont blessé. Pour le coup, Judy respectait la règle au pied de la lettre, car elle dissimula tout de son état à Nick. Elle ne le laisserait pas voir qu'il l'avait blessée… Ce qui n'empêchait pas le renard de le savoir, malgré tout. Et sans doute, ce châtiment était-il bien pire.

Fangmeyer se racla la gorge, visiblement dépité de ce court échange, et secoua la tête, avant d'emmener Nick. Alors qu'ils remontaient le couloir menant aux cellules, le loup tenta de rassurer le renard : « Tu sais, elle était folle d'inquiétude pour toi quand elle est arrivée au poste, tout à l'heure. On ne se fait pas autant de mouron pour quelqu'un à qui on ne tient pas… »

« Je sais bien, Fangmeyer… » répondit Nick d'une voix éteinte. « Seulement, j'ai été trop loin ce soir… Elle m'avait prévenu, je savais qu'elle avait raison… Mais il a quand même fallu que j'y aille, sachant que je risquais de foutre tous nos projets en l'air. »

« Tu pensais bien agir. Ça s'est retourné contre toi… On fait tous des erreurs. »

« Ouai, c'est vrai. Mais en général, une erreur découle d'un accident. Moi, je savais que je courais à la catastrophe. Bref, ce qui est fait est fait, n'en parlons plus. »

Fangmeyer ne trouva rien à répondre, pour le coup. Tout ce qu'il pourrait dire ne ferait qu'enfoncer d'avantage Nick, même s'il essayait de le dédouaner ou de lui remonter le moral. Malheureusement, le renard était dans le vrai… Les conséquences de cette histoire semblaient plutôt mauvaises, surtout s'il avait l'intention d'être intégré aux forces de l'ordre dans les prochains temps. Un tel gâchis était vraiment dommage. Quand le loup blanc referma la grille de la cellule, laissant Nick à la solitude à laquelle il semblait aspirer, il ne put réprimer un grognement de frustration. Parfois, les coups du sort étaient vraiment dégueulasses.

Lorsque Fangmeyer fut de retour au niveau de l'accueil, ce fut pour voir Judy affalée contre la façade extérieur du comptoir, les genoux remontée contre sa poitrine, la tête basse et les épaules plaquées dans le dos. Clawhauser se tenait à côté d'elle, lui tendant un gobelet fumant qui, à l'arôme, devait contenir du thé noir. Le loup blanc s'approcha d'un pas leste, avant de s'arrêter auprès d'eux.

« Ça va aller, Hopps ? » demanda-t-il d'une voix concernée.

« Je suppose… » répondit-elle d'une voix éraillée, en acceptant le contenant tendu par le guépard.

« Ne sois pas trop dure avec lui, d'accord ? » argumenta l'officier en jetant un regard par-dessus son épaule. « Il pensait bien faire, tu le sais… »

« Oh, ça, j'en suis persuadée. » répliqua Judy d'un ton plus frustré. « Seulement, j'espérais qu'il aurait compris que c'était la pire décision à prendre, sur tous les points… Mais malgré tout, je n'ai pas été capable de le retenir. Je ne sais pas si c'est à lui que je dois en vouloir, ou à moi-même. »

Clawhauser se frotta nerveusement la nuque, avant de proposer : « Ni l'un ni l'autre, ce serait pour le mieux… Mais je me doute que ce n'est pas si simple. »

« Benji ! Il aurait pu se faire tuer, ce soir… Ou être impliqué dans quelque chose de beaucoup plus grave qu'une simple bagarre de bar ! On a vu des règlements de compte tourner bien plus mal, et pour moins que ça. Il a vraiment été stupide ! Renard crétin ! »

« Wow, du calme ! » déclara Fangmeyer en redressant ses deux pattes dans un geste défensif face à la soudaine colère exprimée par Judy. « Tu sais quoi ? Il vaudrait mieux que tu lui dises tout ça, à lui. Nous on sait très bien ce que tu penses, et ce que tu souhaites. On n'est pas dupes, pas vrai Ben ? »

Le guépard se contenta d'hocher la tête pour toute réponse, laissant le champ libre à son collègue pour continuer : « Mais ne t'en fais pas, il se sent déjà bien assez mal… Et je pense qu'il a compris son erreur. »

« Ça nous fait une belle jambe, maintenant qu'il l'a commise ! »

« Dois-je te rappeler une certaine conférence de presse, que tu as tenu il y a trois mois ? » demanda sournoisement Fangmeyer, en affichant un sourire narquois auquel Nick n'aurait certainement rien eu à envier. La question était peut-être un peu mesquine, mais elle eut au moins le mérite de clouer le bec à la lapine. Toute trace de colère disparut de son expression, pour ne laisser place qu'à une forme de dépit mêlée d'épuisement.

« Tu as raison, Simon… » répondit faiblement Judy en remontant ses genoux contre son menton. « Je pensais simplement Nick suffisamment malin pour ne pas tomber dans le même genre de piège. »

« Ne t'en fais pas, Judy. J'ai l'impression que toutes ces histoires de luttes entre proies et prédateurs nous poussent à dire ou à faire des choses complètement stupides… On a chaque fois l'impression de bien agir, et c'est l'effet boomerang ! Paf ! Ça se retourne contre nous. C'est sans doute parce qu'il n'y a pas de bonne position à tenir, dans ce genre de situation… Il faut seulement rester intègre, et garder l'esprit clair. Nick l'aura compris à la dure… Il n'a pas besoin que tu ajoutes d'avantage à la culpabilité qu'il doit ressentir. »

Judy savait que Fangmeyer était dans le vrai… Les circonstances avaient poussé Nick à faire des choix en rapport avec son propre vécu. Sa vision du monde avait beau avoir évoluée, il n'avait jamais connu d'autre façon de gérer un problème que de le confronter de cette manière dissidente, biaisée, et bien entendu illégale. Elle aurait simplement aimé qu'il l'écoute, et qu'il respecte sa décision de laisser la haine s'épuiser d'elle-même. Aux yeux de Judy, bien qu'elle ait été directement attaquée, les choses ne pouvaient aller si mal. Les Gardiens du Troupeau étaient des extrémistes malsains en quête de publicité et de médiatisation… Les confronter sur leur terrain, c'était leur donner ce qu'ils voulaient, alors que se montrer aveugle à leurs actes et sourd à leurs propos était la meilleure façon, selon elle, d'affaiblir l'impact de ce qu'ils pouvaient représenter. Judy pensait sincèrement que la plupart des gens étaient en opposition totale avec ces individus méprisables… Il fallait seulement se concentrer sur cet immense pourcentage de la population qui, si elle ne se manifestait pas ouvertement, n'en était pas moins intègre et cherchait simplement à vivre en paix, dans l'harmonie que symbolisait Zootopie.

Mais le cynisme de Nick l'empêchait de voir le verre à moitié plein, et surtout, elle avait été prise pour cible… Elle avait compris que le comportement chevaleresque du renard en réaction à l'agression était une preuve de l'attachement profond qu'il avait pour elle… Ce qui ne faisait que la culpabiliser d'avantage. Elle l'avait, en quelques sortes, motivé à se lancer dans cette croisade sans queue ni tête, et elle souffrait de le voir en payer les inévitables conséquences, à présent. Elle aurait dû se montrer plus forte, et trouver les mots justes pour le retenir. Quand il avait quitté l'appartement pour rejoindre Finnick, elle n'aurait pas dû sombrer dans l'abattement et la consternation qui avaient monopolisé son esprit pendant près d'une heure, l'empêchant d'agir telle qu'elle l'aurait fait en des circonstances normales. Elle se serait lancée à la suite de Nick, quitte à l'attraper par la peau du cou et le traîner dans l'appartement pour l'attacher à une chaise, jusqu'à ce que cette stupide idée de vengeance ne lui passe. Mais elle n'avait rien fait. Elle avait eu ce moment de faiblesse où, démunie face à la force des sentiments qu'elle ressentait pour lui, elle avait été incapable de faire quoique ce soit pour le retenir…

Et maintenant, il allait passer la nuit en cellule, et elle à cogiter à tous les « si » possibles et imaginables, à toutes les conséquences désastreuses qui pourraient découler de la catastrophe que symbolisaient à ses yeux les évènements de la soirée. Le lendemain, le chef Bogo prendrait le renard entre quatre yeux, et scellerait son destin… Oh, bien sûr, aucun risque que Nick ne soit inquiété, juridiquement parlant. Techniquement, au sens strict du terme, il n'avait rien fait de concrètement illégal. Mais ce flirt constant avec les limites de la légalité risquerait de pousser le chef à rejeter la demande d'affectation de Nick à la police…

De toute manière, elle n'était pas persuadée que Nick ait réellement envie de faire partie des forces de l'ordre, étant donné sa tendance à ne pouvoir se détacher de ses habitudes clandestines. Elle supposait qu'après une vie entière à vivre de cette manière, il devait lui être difficile de tout laisser derrière pour entamer quelque chose de diamétralement opposé. La preuve en était sa façon de prendre les choses en main, ce soir.

La lapine poussa un soupir de lassitude. Elle se sentait totalement perdue. Elle voulait aider Nick, mais d'un autre côté, elle ressentait trop de fatigue et de colère pour se montrer claire et cohérente avec elle-même.

« Je suis tellement fatiguée… » finit-elle par murmurer.

Clawhauser lui tendit sa patte pour l'aider à se relever délicatement. Une fois qu'elle fut debout, il la poussa gentiment en direction du couloir desservant les bureaux et les quartiers de l'administration.

« Tu devrais aller dormir en salle de repos. » déclara le guépard d'une voix douce. « A cette heure-ci, les seuls collègues présents sont ceux de service pour la nuit… Je crains que personne ne puisse te ramener chez Nick. »

« Et il est absolument hors de question que tu rentres seule dans cet état. » ajouta Fangmeyer d'une voix ferme.

« J'ai laissé toutes mes affaires là-bas… » tenta de protester Judy d'une voix peu combattive. Dans les faits, son corps criait au supplice. Elle était déjà épuisée au moment où Nick avait quitté l'appartement… Maintenant, elle fonctionnait en pilote automatique, mais elle avait l'impression que le moindre geste éveillait dans sa poitrine une douleur brûlante.

« Je termine mon service aux alentours de neuf heures, demain matin. » la rassura Clawhauser, d'un ton toujours aussi apaisant. « Je te déposerai chez lui en rentrant à la maison. » Le guépard eut alors un petit sursaut, et poussa un petit cri de surprise, comme si l'idée qui venait de lui passer par la tête lui avait causé un léger électrochoc. « Hey ! Mais j'y pense ! J'ai libre, demain ! Si tu veux, on peut passer la journée ensemble, Judy ! Ça te changera les idées ! »

Judy sourit faiblement à la proposition. Elle était sincèrement touchée par la sollicitude de Clawhauser… Il était vrai qu'avoir quelqu'un à qui parler et qui serait capable de distraire son esprit le lendemain serait une bonne chose. Elle craignait de ne faire que cogiter à ce que subirait Nick au cours de la journée à venir… Des interrogatoires, des prises de déposition, des secouages de puces. Bref, il allait déguster, c'était certain…

« C'est vraiment gentil, Benji… » répondit-elle finalement. « Mais je ne veux pas que tu sacrifies ton jour de repos pour ça… En plus, il faut sérieusement que je me mette à chercher un nouvel appartement. »

« Eh bien voilà une activité toute désignée ! Je te servirai de chauffeur, et on fera le tour des agences… On visitera quelques appartements, et je te donnerai mon avis d'expert ! »

Visiblement, le guépard se réjouissait sincèrement à la possibilité de passer la journée en sa compagnie. Son amabilité et sa sollicitude ne semblaient pas forcées. Aussi, Judy ne voyait aucune raison de rejeter son offre, d'autant plus qu'elle appréciait particulièrement le guépard. Il avait été l'un des rares collègues à l'accepter sans restriction lors de son arrivée au poste de police principal, et l'un des seuls dont elle ait obtenu un soutien inconditionnel.

« D'accord, Ben. » répondit-elle finalement avec un sourire. « Ça me ferait plaisir. »

« Oh ! Chouette ! » s'exclama-t-il en bondissant sur place, et en tapant des pattes pour manifester son excitation. « J'ai tellement hâte que mon service de nuit va me sembler encore plus interminable, maintenant. »

Les trois collègues échangèrent encore quelques mots, avant de finalement se séparer. Clawhauser resterait à l'accueil jusqu'au petit matin, tandis que Judy trouverait sans mal le sommeil sur l'énorme banquette qui occupait le fond de la salle de repos. Quant à Fangmeyer, il avait un certain lièvre à cuisiner… Et il n'allait pas le ménager, ça non. Pas après qu'il ait essayé d'assassiner Nick Wilde.

La nuit fut longue et éprouvante pour Nick. Non pas qu'il ne soit pas accoutumé à l'inconfort des cellules de détention des différents postes de police de Zootopie… Il les avait déjà tous fréquenté une ou deux fois, pour diverses raisons, bien qu'il n'ait au final jamais été inquiété. Il valait mieux dormir au sol que sur le soi-disant lit mis à disposition, dont le matelas était si dur qu'il semblait avoir été rembourré avec des briques de parement, mais ce n'était pas vraiment cela qui avait perturbé son sommeil.

Bien évidemment, c'était son esprit en ébullition qui l'avait maintenu éveillé, ainsi que son appréhension sans cesse grandissante des évènements à venir. Il ne savait pas ce qu'il était advenu de Finnick et des deux hommes de main de Mr Big, et même s'il n'y avait pour ainsi dire aucune chance que l'un de ces trois-là disent quelque chose de compromettant, il n'était pas pour autant des plus rassurés quant à la tournure des évènements. Car Nick le savait : il était allé beaucoup trop loin, cette fois. Il avait poussé l'arnaque jusqu'à en faire un piège diabolique, et il avait jubilé de le voir se refermer sur ses victimes… Cependant, il avait fait les choses en grand, et du coup, l'échec n'en avait été que plus retentissant… Une finalité désastreuse qui aurait pu être bien pire si la police n'était pas intervenue. Pour la deuxième fois de sa vie, il avait été heureux de voir la cavalerie en bleue débarquer. La première fois, c'était suite à la confrontation avec Bellwether. Cela ne faisait que quelques jours, mais pourtant il avait l'impression que des semaines entières s'étaient écoulées. Les dernières soixante-douze heures avaient vraiment été intenses. Mais il n'avait pas pu trouver le sommeil pour autant.

Demeurait la culpabilité, bien entendu… Le regard que Judy lui avait lancé avait placé la dernière touche de peinture noire au monochrome de son état d'esprit déplorable. Pas vraiment glorieux, c'était sûr. Il ne doutait pas qu'elle puisse lui pardonner, s'il s'excusait sincèrement… Mais le problème n'était pas là. De simples excuses ne suffiraient pas à ce qu'il parvienne à se pardonner lui-même. Il avait déçu celle qu'il aimait, et il avait mis à mal ses chances de tourner la page de son passé douteux, pour commencer auprès d'elle une vie nouvelle, riche en possibilités. Pourquoi ne s'était-il rendu compte de ce qu'il mettait en péril qu'une fois qu'il avait été trop tard ? Rien n'est moins sûr, abruti de renard. Si ça se trouve, tu savais très bien ce que tu faisais, et c'est pour ça que tu as agi de la sorte. Parce qu'au fond, t'es pas sûr de vouloir que ça change, pas vrai ? Et si cette petite voix cynique avait raison ? Et si Nick avait sabordé ses chances en toute connaissance de cause, simplement parce que voir son quotidien changer du tout au tout le terrifiait plus qu'il ne souhaitait réellement l'admettre ? Tu as peur d'être heureux, Nick Wilde. C'est pathétique.

Il fut tiré de ses sombres pensées par l'ouverture brusque de la grille de sa cellule. Nick n'avait aucune idée de l'heure qu'il était… Sa fourrure était en vrac et les cernes sous ses yeux se portaient garante de son refus de s'endormir. Il portait encore le costume de Lupin, mais il avait retiré la veste du costume, et déboutonné le veston. Il avait plutôt l'air d'un riche fêtard se réveillait dans le caniveau au lendemain d'une soirée trop arrosée.

Il redressa piteusement la tête pour voir devant lui l'officier Teddy Delgato, qui le jaugeait avec sévérité. A ses côtés, se tenait Judy. Elle avait meilleure mine que lorsqu'il l'avait croisée à son arrivée au poste. Au moins, à présent, son regard exprimait-il quelque chose… Mais quand Nick vit que c'était de l'inquiétude, cela ne lui remonta pas beaucoup le moral.

« Nicholas Wilde, le chef Bogo souhaite s'entretenir avec vous. » déclara Delgato d'une voix rude et professionnelle. « Veuillez me suivre, je vous prie. »

Nick acquiesça et se releva en maugréant. Il s'était tenu dans une position inconfortable, adossé au mur du fond de sa cellule pendant une bonne partie de la nuit. Son corps le lui reprochait, à présent… Mais c'était bien le cadet de ses soucis.

« Salut, Carotte. » déclara-t-il en quittant la cellule.

« Salut, Nick. » répondit-elle sans oser tourner le regard vers lui.

« T'es venu accompagner le condamné jusqu'au billot ? » demanda le renard d'une voix cynique, essayant de détendre l'atmosphère par un trait d'humour. Bien entendu, ce fut un fiasco retentissant.

« Tu te crois drôle ? » questionna-t-elle avec virulence. Et voilà qu'elle montrait les crocs. Nick s'y était attendu, connaissant le tempérament de la lapine. C'était une bonne chose à ses yeux : mieux valait la colère que l'indifférence.

« Il faut qu'on parle, Carotte… »

« Oh, oui ! On a des choses à se dire. » acquiesça-t-elle d'un ton toujours aussi sévère et cassant. « Mais pas maintenant. Ce soir, s'ils te laissent sortir… Et ce n'est pas garanti. »

A cette pensée, sa colère se mua en une forme de tristesse qu'elle peinait à dissimuler. Elle poussa un léger soupir et raffermit sa position, se campant droit sur ses pattes en croisant les bras sur sa poitrine. Nick ne put refreiner un sourire à la voir si combattive.

« Je veux juste que tu saches que je suis sincèrement désolé… » déclara finalement le renard avec sincérité, et une pointe de timidité désarmante. Etre jaugé par Delgato, qui semblait jouer les chaperons à ce moment-là, n'aidait pas à le mettre à l'aise.

« Je sais que tu l'es. » répondit Judy d'une voix plus douce. « Mais ce n'est pas le plus important. Nick… Ne cache rien à Bogo, d'accord ? Sois honnête. C'est la meilleure façon pour que ça se passe le moins mal possible. »

« Outch… les formules d'atténuation. Jamais bon signe, les litotes. Pas très encourageant, Carotte… »

« C'est le mieux que je puisse t'offrir pour l'instant. Je te préviens, quand on aura cette petite conversation tous les deux, tu vas passer un sale quart d'heure. »

« Au moins, tu as le mérite de me prévenir… C'est plutôt fair-play. »

« Il faut bien qu'un de nous deux le soit. » répondit-elle avec agressivité. Nick grimaça. Celle-là, il ne l'avait pas volée.

Judy sembla jauger son expression de malaise, mêlée de fatigue et d'appréhension. Elle secoua la tête, avant de sourire légèrement. Des deux pattes, elle réajusta son veston et reboutonna sa chemise, avant de l'épousseter légèrement. Nick se contenta de la regarder faire, incrédule.

« Je doute qu'avoir bonne allure soit d'un quelconque secours auprès de Bogo. » commenta-t-elle en achevant sa manœuvre. « Mais au moins, on aura mis toutes les chances de ton côté. »

« Bien. Il va falloir y aller maintenant. » déclara Delgato en se raclant la gorge, comme pour rappeler aux deux autres sa présence.

Judy se tourna vers lui et acquiesça. « Merci de m'avoir permis de passer le voir, Teddy. »

« Pas de soucis, Hopps. » répondit le tigre en souriant sincèrement, brisant un peu le masque du flic sévère qu'il arborait jusqu'alors. Cependant, cette composition se reforma immédiatement lorsqu'il reporta son attention sur Nick. « Allez, Wilde. En route. »

Le renard hocha de la tête, et suivit Delgato, qui ouvrait la marche. Au moment où il laissait Judy derrière lui, il sentit la patte de la lapine effleurer la sienne. Un contact léger, d'une seconde à peine, mais qui lui fit un bien fou. Il lui lança un ultime regard par-dessus l'épaule. En dépit de son expression terriblement inquiète, elle parvint à lui offrir un sourire. Il lui rendit, espérant avoir réussi à le rendre un minimum convaincant.

Delgato mena Nick par les couloirs du poste de police. Une certaine activité y régnait à présent, signe que la matinée était sans doute déjà bien entamée. Lorsqu'ils passèrent brièvement par la zone d'accueil pour se rendre de l'aile de détention à celle où se trouvaient les salles d'interrogatoire, le renard eut le temps de jeter un coup d'œil à la grande horloge murale qui dominait le guichet : il était neuf heures cinquante-quatre. Une girafe se tenait au comptoir, en lieu et place de l'officier Clawhauser. Visiblement, le guépard avait fini son service et avait été relevé par sa remplaçante.

Alors qu'ils remontaient le long couloir desservant les différentes salles d'interrogatoire, ils croisèrent Fangmeyer, qui arrivait dans le sens inverse, un énorme dossier sous le bras. Delgato stoppa sa marche pour recueillir quelques informations auprès de son subordonné.

« Alors ? Il a donné quelques informations sur ses supérieurs ? »

« Non, lieutenant. » répondit Fangmeyer en lançant un regard nerveux en direction de Nick. « Il a passé une bonne partie de la nuit à déblatérer des horreurs sur les prédateurs, et a prophétiser un destin funeste pour notre « espèce », comme il dit. Bref, rien de constructif. Mais j'ai pu en tirer quelques infos sur le système hiérarchique des Gardiens du Troupeau. »

« Très bien. » commenta le tigre sans parvenir à dissimuler une légère note de déception. « Bon boulot, officier. Remettez-moi votre rapport avant de terminer votre service. »

« A vos ordres, lieutenant. »

Fangmeyer quitta leur compagnie, non sans lancer un dernier regard à Nick, accompagné d'un sourire qui se voulait encourageant. Le renard resta impassible, mais apprécia le geste de sollicitude. Si après tout cela, il lui était malgré tout possible d'aller au bout des choses et de faire partie des forces de l'ordre, il était heureux de savoir qu'il aurait quelques collègues visiblement formidables. Cette pensée ne fit que rendre la situation plus amère, tandis que les choses se précisaient et que le lieutenant Delgato s'arrêtait devant la dernière salle d'interrogatoire, située tout au fond du couloir, et frappait à la porte. L'heure de vérité, songea Nick. Essaie de ne pas rendre les choses pires qu'elles ne le sont déjà.

« Entrez. » beugla une voix grave et forte, que le renard reconnut comme étant celle du chef Bogo. Buffalo-débile, l'avait-il surnommé une fois. Il n'en menait pas large, maintenant, et tous les surnoms du monde n'y changerait rien : le buffle avait son destin entre ses pattes.

Delgato mena Nick à l'intérieur. Le renard fut surpris de constater que le chef Bogo n'était pas seul. Il se tenait assis derrière la table, mais deux autres personnes l'encadraient, l'une de chaque côté. Il reconnut celle de droite comme étant Karen Jumcorn, la chargée de communication du ZPD. Le mammifère de gauche était un okapi qui avait fier allure dans son magnifique complet bleu-marine. Une paire de lunettes fines reposait sur son museau. De toutes les personnes présentes dans la pièce, il était le seul à avoir l'air calme et détendu. En effet, l'expression de Bogo était encore plus fermée et opaque qu'à l'habituelle, tandis que Karen semblait perdue dans un état de regret, teinté de stress. Cela n'augurait rien de bon.

« Merci, lieutenant. » déclara Bogo. « Vous pouvez disposer. »

« Chef. » répondit le tigre en saluant, avant de quitter la salle sans demander son reste, refermant la porte derrière lui.

Nick resta interdit et immobile. Etre intimidé n'était pas une sensation qu'il avait l'habitude de ressentir. Au bout de quelques secondes, comme personne ne disait rien, mais que tous les regards étaient tournés vers lui, il ne put s'empêcher de tenter de se défaire de son malaise par l'humour. « Eh bien… » commença-t-il. « On se croirait à Furstar Academy. Je préfère vous prévenir, je suis un très mauvais danseur… Quant au chant… Eh bien, ma mère me disait toujours que j'avais une voix d'ange, mais le responsable de la chorale n'avait pas vraiment l'air d'accord avec elle, alors… »

« Ferme ton museau, Wilde. ! Et pose tes fesses sur cette chaise ! » ordonna Bogo d'une voix aussi ferme que tonitruante.

« Oui, monsieur. » répondit Nick derechef avant de se précipiter sur la chaise qui se trouvait de l'autre côté de la large table. Il s'installa piteusement, avant de poser ses pattes sur la table. Il avait vraiment l'impression d'être le condamné hérétique prêt à entendre la sentence d'un tribunal inquisitorial.

« Pour commencer, je veux les faits dans les détails, mais sans fioritures ni à-côtés. » commença Bogo. « Je me fous des raisons qui t'ont poussé à faire une telle connerie, ou si tu pensais bien agir. Tout ça, on s'en cogne. On n'est pas là pour ça. Alors mets-toi à table, et ne nous fait pas perdre notre temps. »

Nick acquiesça avant de prendre une profonde inspiration. La voix de Judy lui conseillant de faire preuve d'honnêteté et de transparence résonna dans son esprit, et il décida de suivre son sage conseil. Il fit le récit détaillé de la manière dont le plan s'était mis en place, la façon dont il avait travaillé avec son ami et associé Finnick à la concoction d'une arnaque qui leur permettrait de mettre hors d'état de nuire ce petit groupe de Gardiens du Troupeau. Il expliqua tout dans les moindres détails, chaque étape du plan, la façon dont la rencontre s'était passée, comment le piège s'était lentement refermé, la réaction suscitée, les conséquences qui en avait découlé. Il s'obligea néanmoins à ne pas prononcer le nom de Mr Big, et à laisser en zone d'ombre sa part de responsabilité dans l'affaire. Il prétendit que les deux ours polaires étaient d'anciens associés, qui travaillaient à présent comme gardes du corps privés, et qui avaient accepté de jouer le jeu pour faire pression. En somme, il ne mentit pas, mais préserva l'implication du parrain de la mafia… Car il valait mieux éviter qu'il soit rattaché de près ou de loin à une quelconque enquête. Les conséquences auraient pu être désastreuses. Il se doutait que les ours polaires, tout comme Finnick, joueraient le même jeu que lui et tiendraient un discours similaire… C'était une technique connue, dans le milieu. Si on se faisait choper, on niait avoir un quelconque lien avec le réseau, et on prétendait agir à son propre compte. C'était aussi un moyen de préserver Judy, bien entendu… Le chef de la police n'avait pas besoin de savoir que l'une de ses meilleures officières était affiliée d'aussi près à l'une des plus dangereuses familles mafieuses de Zootopie.

Le chef posa deux-trois questions, pour expliciter quelques détails qui lui semblaient importants, mais fort heureusement, n'orienta pas son interrogatoire dans une direction qui aurait pu le mener à Mr Big. Au final, l'entretien fut assez rapide. Comme Nick n'avait pas cherché à se défiler et s'était montré prolixe dans ses explications, comme dans les intentions qui avaient été les siennes, ne cherchant pas à dissimuler son implication ou sa culpabilité, il n'y avait pas grand-chose de plus à demander.

Aussi, Bogo retira-t-il se lunettes en se laissant retomber au fond de son siège, avant de pousser un profond soupir. Il laissa s'écouler quelques secondes, avant de déclarer : « Dire que ce plan était totalement stupide et irraisonnable est un euphémisme, Wilde. »

« J'en ai parfaitement conscience, chef. » répondit Nick, sans se laisser démonter.

« Alors dans ce cas, pourquoi avoir agi de la sorte ? »

« Parce que je… Je pensais devoir faire quelque chose… Mais je ne savais pas comment agir autrement, vous comprenez ? J'ai fait ça presque toute ma vie… C'est de cette façon que j'ai toujours réglé ce genre de problèmes, par le passé. » Alors qu'il prononçait ses mots, le renard les regrettait d'ores et déjà… Mais c'était la vérité. Il ne connaissait rien d'autre que ces méthodes pour s'en sortir dans la vie. C'était ça, son quotidien, sa réalité, les forces avec lesquelles il composait, au jour le jour.

« Comprenez bien que ça me pose plusieurs gros problèmes. » commença Bogo, avant de se pencher en avant pour joindre ses pattes au-dessus de la table. Même penché ainsi, il dominait Nick d'une hauteur impressionnante.

« Le premier, c'est qu'à cause de tes inepties, on a raté une occasion de mettre derrière les barreaux l'un des cadres de ce groupe extrémiste. »

Fangmeyer avait déjà fait allusion à cela, la veille. Bien entendu, cette information n'avait fait que rendre Nick plus honteux de sa prise d'initiative malheureuse. Il avait espéré pouvoir confondre les dirigeants des Gardiens du Troupeau en mettant leurs subordonnés hors d'état de pouvoir lui refuser quoique ce soit. Il avait espéré pouvoir les faire plier, les faire couiner, les faire parler… Cependant, le seul qui s'était trouvé en mesure de le renseigner aurait préféré mourir pour la cause, plutôt que de révéler le moindre nom. Impasse. Echec. Double échec, également, puisque la police avait eu les moyens de coincer un plus gros bonnet… Et par sa faute, il ne l'attraperait sans doute jamais, à présent.

« Je sais que ça ne changera rien à la gravité de la situation, chef… » commenta piteusement Nick. « Mais je regrette sincèrement ce que j'ai fait… Judy m'avait dit de vous faire confiance, que vous alliez faire correctement votre job et coincer ces enfoirés… J'ai pas voulu la croire, et voilà le résultat. »

« Ce qui me mène logiquement au deuxième gros problème que pose toute cette affaire. » enchaîna Bogo d'une voix plus sombre, avant d'extirper d'un dossier un feuillet que Nick reconnut immédiatement. Son cœur se figea tandis qu'était déposée devant lui sa fiche de demande d'intégration au ZPD.

« Il y a quelques jours, quand tu m'a remis ce papier… J'étais partagé entre plusieurs sentiments contradictoires. D'un côté, j'étais inquiet… Un renard, on n'en a jamais vu dans les forces de l'ordre. Mais on n'y avait jamais vu un lapin, non plus. Et quand on voit le genre de flic qu'est Hopps, on a tendance à se mettre à penser que le jamais-vu, c'est assez payant, mine de rien. Alors bref, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Autre sujet d'inquiétude… Ton passif. Je n'ai pas eu besoin de chercher bien loin pour découvrir quel genre de vie tu menais jusqu'à présent, et les activités plutôt illicites que tu pratiquais, toujours en marge de loi, mais en restant dans le cadre de la légalité… Cependant, les anciens vauriens dans ton genre font d'excellents flics, lorsqu'ils décident de se ranger du bon côté de la loi. Comme ils ont longtemps traîné dans les bas-fonds, ils ont une sorte d'instinct particulier, qui leur permet de voir les choses sous un angle différent… De plus, ils arrivent à penser comme des criminels, et donc à les coincer plus efficacement. Malheureusement, il est assez rare que le casier de tels candidats soit vierge, ce qui les empêche d'aller au bout des choses. Etrangement, le tiens est vierge, ce qui est assez exceptionnel étant donné ta tendance manifeste aux magouilles pas nettes. Du coup, je m'étais dit que tu pourrais faire un excellent flic. »

Bogo laissa passer quelques secondes pour permettre à Nick de digérer tout ce qu'il venait d'entendre. Le renard était particulièrement mal à l'aise. Le buffle semblait avoir un certain talent pour percer les gens à jour, et surtout pour cibler leurs faiblesses. Il sentit que la foudre n'allait pas tarder à s'abattre, ce qui bien sûr fut le cas. Le chef fit glisser la fiche d'intégration vers Nick. Le renard put constater que Bogo avait déjà fait circuler le document par la voix administrative, car le tampon d'acceptation de la municipalité y avait été apposé. Il ne manquait qu'une toute petite chose pour que la demande soit entérinée.

« Après ce qui s'est passé hier soir… » repris le chef d'une voix lente et sévère. « Donne-moi une seule bonne raison d'apposer ma signature à ce document. »

On y était. Le moment tant redouté par Nick était finalement arrivé. Depuis la veille au soir, avant même qu'il ne soit interpelé par la police, la question avait commencé à se faire plus pressante, plus exacte, plus urgente, appelant une réponse impérieuse et immédiate. Pourquoi voulait-il devenir flic ? Avait-il réellement envie de tirer un trait sur sa vie passée, pour se lancer dans cette nouvelle aventure des plus incertaines ? Parviendrait-il à s'adapter à un mode de vie en contradiction totale avec ce qu'il avait toujours vécu ? A la base, il pensait l'avoir fait parce qu'il voulait passer le plus de temps possible avec Judy… Parce qu'à ces côtés, il se sentait fort, et fier, et différent. Capable de changer les choses, au-delà de changer ce qu'il était. De devenir quelqu'un de meilleur. Mais était-il nécessaire d'aller jusque-là pour bénéficier des mêmes avantages ? Même s'il n'avait pas voulu devenir flic, sa relation avec Judy n'aurait pas été différente pour autant. Ils auraient continué à se voir, à se fréquenter, et les sentiments qu'ils avaient l'un pour l'autre auraient sans doute été les mêmes. La raison se devait donc d'être plus profonde, et il avait peiné à la déterminer et à la comprendre, jusqu'à la veille au soir.

Il avait compris, au moment où la situation lui échappait totalement, qu'il n'avait pas autant de prise sur les choses qu'il semblait le penser. Que ses certitudes pouvaient bien n'être que des illusions, et qu'au final, il n'était pas aussi malin et débrouillard qu'il le pensait. Il avait compris qu'il aspirait à une certaine forme de justice, mais qu'il ne pourrait en bénéficier s'il la pratiquait de lui-même, sans cadre, sans soutien, pour son seul bénéfice. Une justice personnelle n'était qu'une banale forme de vengeance, qu'on embellissait pour se donner bonne conscience. Serait-il parvenu à démanteler les Gardiens du Troupeau tout entier qu'il ne se serait pas senti mieux pour autant, car il n'aurait servi personne d'autre que lui-même, dans ce processus. C'était ce qu'il avait compris, à ce moment-là, lorsqu'il s'était rendu compte, horrifié, que tout ce qu'il avait toujours fait jusqu'alors, il ne l'avait jamais fait que pour lui-même…

« J'ai toujours été égoïste… » finit-il par déclarer, lui-même surpris d'entendre ces mots jaillir de sa bouche. Il ne les avait pas contrôlés, ils s'étaient imposés d'eux-mêmes. Nick hésita à retenir le reste, mais laissa finalement les choses se faire d'elles-mêmes. Trop réfléchir était parfois néfaste. « J'ai fait souffrir un nombre incroyable de personnes, parfois proches, parce que j'ai toujours cherché à me préserver. J'ai toujours eu le sentiment que le monde entier était contre moi, que je menais une sorte de croisade punitive à l'encontre d'une société qui refusait de m'accepter. Mais en réalité, c'est moi qui me marginalisais, il faut croire… »

Il poussa un soupir en fermant les yeux, essayant de calmer la colère brûlante qu'il ressentait à l'égard de sa propre personne. « Mais quand j'ai rencontré Judy… Je croyais d'abord qu'elle n'était qu'une idéaliste patentée qui cherchait à se prouver quelque chose à elle-même. En somme, je pensais qu'elle était juste comme moi : une banale égoïste se dissimulant derrière de grands et beaux idéaux pour refuser de voir les choses en face. Mais j'ai été contraint de la suivre, et j'ai appris à la connaître… Et j'ai vu que ses convictions étaient sincères, que ses intentions étaient pures. Bien sûr, elle cherchait à prouver sa valeur, mais pas pour son propre bénéfice… Elle voulait servir, aider et protéger… Contribuer à rendre le monde meilleur. Et elle était prête à tous les sacrifices pour ça. Elle était prête à sacrifier sa carrière, son avenir… Et plus récemment, elle a même mis sa vie en péril. »

Nick rouvrit les yeux, se redressant du mieux qu'il pouvait pour regarder Bogo droit dans les yeux. Le chef le scrutait avec intensité, attentif au moindre mot. « Elle m'a fait comprendre que ce monde que je rejetais en bloc valait peut être la peine qu'on se batte pour lui. Elle m'a fait confiance, sans arrière-pensée, sans condition. Elle m'a donné envie de contribuer, moi aussi, à rendre ce foutu monde meilleur. Et quand elle m'a proposé de devenir son équipier au sein de la police, je me suis dit que c'était sans doute le meilleur moyen qu'on y parvienne, ensemble.

Le renard haussa les épaules, un léger sourire se dessinant sur son museau à l'évocation de ce partenariat insensé, mais qui avait quelque chose très concret pour lui. « Ça m'a mis du temps pour comprendre tout ça moi-même, chef. Même si ça semble simple et évident. C'est tellement éloigné de ce que j'ai été jusque-là, de ce que j'ai connu… Si je l'avais compris plus tôt, je n'aurais pas fait une telle erreur hier soir. Enfin bref… Vous vouliez que je vous donne une bonne raison de signer cette feuille, pas vrai ? Je ne sais pas si elle vous semble suffisamment bonne… Mais c'est la seule que j'aie à vous fournir, si je veux être totalement sincère. »

Le chef resta silencieux pendant quelques secondes, qui semblèrent interminables aux yeux de Nick. Il tourna finalement la tête vers l'okapi en costard qui se trouvait à ses côtés. Le mammifère se contenta d'hocher brièvement de la tête en souriant. Finalement, Bogo poussa un profond soupir, avant de déclarer : « Je sens que je vais le regretter… » Et d'un geste prompt et rapide, il se saisit de son stylo et apposa sa signature à la demande d'intégration de Nick.

Ce-dernier sentit son cœur se figer dans sa poitrine. C'était fait. Malgré toutes ses erreurs de jugement, la catastrophe qu'il avait causé la veille, le chef décidait de lui faire confiance, et de le laisser faire ses preuves au sein de son équipe… Un sentiment de profonde gratitude gagna le renard, couplé d'un respect sincère et unilatéral pour ce buffle, qui avait été capable de prendre une telle décision en dépit de tout ce qui semblait s'y opposer logiquement.

« M… Merci, chef… » bredouilla Nick, encore incrédule.

« Ne me remerciez pas trop vite, Wilde. Vous avez quelques circonstances atténuantes qui jouent en votre faveur. Karen a fait des pieds et des pattes pour que j'entérine votre demande… Seulement, j'avais besoin d'obtenir de vous une bonne raison de le faire. Espérons que ce n'étaient pas que des beaux mots, et que vous me prouverez que ce que vous avez débité ici était honnête. »

Nick secoua la tête, légèrement surpris face à ce qu'il venait d'entendre. Pourquoi Karen avait-elle appuyé sa demande d'affectation ? Comme il tournait un visage curieux vers elle, la springbok se sentit obligée d'expliciter.

« Vous n'avez pas l'air d'avoir lu le journal d'hier, Nick… Ni même celui de ce matin, j'imagine ? »

« Le facteur est pas passé dans ma cellule, désolé. » répliqua le renard du tac-au-tac, ce qui lui valut un regard réprobateur de la part de Bogo. Le chef devrait s'y faire : il y avait peu de chance que Nick parvienne à contrôler sa langue, même une fois qu'il aurait revêtu l'uniforme.

Cela ne sembla pas perturber Karen, qui reprit ses explications d'une voix neutre. « Voyez vous-même. »

Elle fit glisser dans sa direction le journal du matin. En colonne de une, un article posait en gros titre la question suivante « Qui est Nick Wilde ? », le tout accompagné d'une photo parfaitement cadrée sur le moment où Judy avait saisi sa patte, à la fin de la conférence de presse. L'article faisait le point sur la contribution de Nick à la résolution de l'enquête sur l'affaire des Hurleurs Nocturnes, tout en faisant quelques évocations et suggestions quant à la relation ambigüe que le renard semblait entretenir avec l'héroïne du moment, le lieutenant Judy Hopps.

« C'est plutôt pas bon, ça… Non ? » demanda Nick, incertain.

Karen secoua la tête en poussant un soupir de lassitude. Visiblement, Nick ne voyait pas les choses sous le même angle qu'elle. « Vous plaisantez, Nick ? C'est du pain béni en terme d'image pour le ZPD. Non pas que les relations sentimentales soient une chose sur laquelle nous aimions jouer… Mais dans les circonstances actuelles, c'est juste parfait ! La tension entre proies et prédateurs a besoin de ce genre de symboles pour s'apaiser, et le fait que ce soit Judy, l'héroïne du ZPD, qui soit impliquée auprès de ce mystérieux et charmant prédateur, cela permet de positionner clairement le point de vue de notre police par rapport à tout cela. Nous montrons une image plus tolérante, rassurante, qui appelle au calme et à la paix entre les proies et les prédateurs. Et je ne vous expose pas ça d'un point de vue théorique… Il suffit de voir le nombre de réactions positives à ces photos sur Furbook. L'hashtag WildeHopps a été l'un des plus consulté et commenté au cours des dernières quarante-huit heures. »

« L'hashtag WildeHopps ? » demanda Nick d'un air surpris et quelque peu mal à l'aise. Il tourna un regard anxieux vers Bogo, qui écoutait tout ce discours d'une oreille distraite. « Je ne pensais pas que la police se servait du gossip, chef. C'est plutôt… perturbant, si je dois être tout à fait honnête. »

« Oh, nous n'irons pas plus loin que ça, ne vous en faites pas ! Nous respectons totalement votre vie privée. » répliqua Karen d'une voix excitée. « Seulement, quand les gens apprendront que le ZPD accepte dans ses rangs Nick Wilde, le héros issu de la rue, ayant aidé Judy Hopps à résoudre la crise que traversait Zootopie, notre côte de popularité va exploser. Nous avons besoin que le ZPD redore son image, suite à cette triste affaire, et prouve sa neutralité dans le conflit qui oppose les proies et les prédateurs. Intégrité, Honneur, Courage… Ce sont nos valeurs. Et quelle meilleure manière de les représenter que de cette façon ? Accepter un renard, et ce renard en particulier… C'est un symbole fort, en ces temps troublés. »

Nick semblait quelque peu perturbé face à cette vision des choses, et craignit que ce soit là la véritable raison de son acceptation au sein des forces de l'ordre. Il ne se gêna pas pour en faire part à Bogo. « Donc, si je comprends bien… Vous acceptez ma demande simplement pour bénéficier de retombées médiatiques positives ? »

Alors que Bogo s'apprêtait à argumenter, il fut devancé par l'okapi, qui prenait pour la première fois la parole depuis que Nick avait fait son entrée dans la pièce. « Absolument pas, monsieur Wilde. »

Le renard tourna un regard surpris vers lui, auquel l'intervenant répondit par un sourire bienveillant. « Je me présente : Donald Equitor, représentant du conseil municipal de Zootopie. Je prends le statut de maire intérimaire, en attendant que soit mises en place les élections anticipées qui auront lieu dans les prochains mois. »

Pour faire bonne mesure, Equitor tendit sa patte à Nick, que ce-dernier accepta après avoir hésité un petit instant. Ils se saluèrent cordialement, avant que l'okapi ne reprenne. « C'est à moi de gérer le désastre administratif, politique et éthique dans lequel nous a laissé Bellwether… Et je vous le dis, c'est un véritable chaos. Je n'ai qu'une seule hâte, c'est que le nouveau maire soit élu, pour ne plus avoir à gérer ce merdier. Cependant, en attendant c'est à moi qu'il incombe d'essayer de remettre cette ville sur les rails, et vue l'ambiance délétère qui anime nos rues dernièrement, la tâche n'est pas aisée, croyez-moi. »

« Désolé d'avoir ajouté de l'huile sur le feu. » répondit Nick en faisant référence à ses activités de la veille.

« Ne vous en faites pas, cette sale affaire va rester confidentielle. Les quatre Gardiens du Troupeau que vous avez confronté ne seront pas remis en liberté avant un bon moment. Cela leur évitera de répandre des rumeurs selon lesquelles les prédateurs commencent à réagir par la violence à leurs provocations. »

Des rumeurs qui s'avéraient vraies, si on regardait les choses sous un certain angle. Nick et ses comparses avaient effectivement agis de la manière espérée par les Gardiens du Troupeau. Les choses auraient pu bien plus mal tourner, et les conséquences auraient sans doute été catastrophiques, en termes d'image pour les prédateurs… Le renard fut parcouru d'un frisson en prenant un nouveau degré de conscience face à la gravité de ses actes.

« Vous ne le savez sans doute pas… » repris Equitor avec une note de fierté au fond de la voix. « Mais je suis à l'origine du programme d'intégration des mammifères. C'était mon projet, que Lionheart a intégré à sa campagne électorale. L'idée était de rendre possible l'accès de toute profession et activité à n'importe quelle catégorie de mammifère qui en était jusqu'alors privée. J'avais à cœur de rendre le célèbre dicton « A Zootopie, chacun peut devenir ce qu'il veut » beaucoup plus concret. Ça vaut aussi pour les renards. De fait, quand le chef Bogo m'a informé de votre demande d'affectation, j'ai pensé qu'il était important de marquer le coup, pour montrer que les projets civils d'équité, de paix et de stabilité entre toutes les espèces animales étaient toujours l'une des priorités de notre grande ville. Si cela peut permettre de calmer certaines tensions, ce n'en sera que meilleur. »

« Karen et Donald étaient donc partants pour que j'accepte ta demande, malgré ce qui s'est passé hier soir… » intervint Bogo. « Mais j'avais besoin d'être sûr, en dépit de tout le reste, que tu agirais pour de bonnes raisons, Wilde. Tu peux donc être rassuré. Je serais allé à l'encontre de leur avis, si tu ne m'avais pas convaincu aujourd'hui. »

Nick se contenta d'acquiescer, encore estomaqué par tout ce qu'il venait d'apprendre. A force d'encaisser seul les conséquences de l'agression de Judy, il avait fini par croire qu'il luttait pour une cause perdue, que Zootopie était sur le point de s'effondrer sous la pression haineuse des partis extrémistes, peu importait la cause qu'ils défendaient. Mais il avait eu tort. Nombreux étaient ceux qui faisaient de la réhabilitation des prédateurs une priorité, qui agissaient au maintien d'une paix solide et durable entre toutes les espèces, à cette harmonie fragile, mais néanmoins réelle, qui semblait distinguer Zootopie du reste du monde. C'était le cas du ZPD, et visiblement, c'était également le cas du gouvernement provisoire emmené par Donald Equitor. Peut-être que finalement, les choses n'allaient pas si mal…

Pour la première fois depuis longtemps, Nick se surpris à espérer un avenir meilleur. Et il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour œuvrer à son instauration.

Il contribuerait à rendre le monde bien meilleur.

Nick fut gardé au poste une bonne partie de la journée. Il fut sollicité par Bogo pour la retranscription du dépôt de rapport et fut ensuite confié à la charge du lieutenant Delgato, qui était responsable de l'enquête sur les Gardiens du Troupeau. Le renard fut contraint de répéter un nombre incalculable de fois le même résumé complet et détaillé des évènements, tandis qu'on l'interrogeait sur le moindre petit aspect du déroulement de la soirée. Visiblement, Delgato était à la recherche de n'importe quel indice, même infime, qui pourrait lui permettre de remonter la piste de la hiérarchie du groupe activiste. Après tout, les policiers avaient toutes les raisons de faire de cette affaire une priorité : l'une des leurs avait été directement attaquée. Ils ne pouvaient laisser un tel acte impuni. Les responsables de cette agression devraient être trainés devant la justice, et le plus tôt serait le mieux.

On signa les papiers de sortie de Nick aux alentours de seize heures trente. Le renard était éreinté. Il ne souhaitait qu'une seule chose : se doucher, et dormir. Sa nuit blanche, couplé à l'intense effort mémoriel qui avait été exigé de lui tout au long de la journée, l'avaient lessivé. Néanmoins, il ressortit du poste relativement heureux de la tournure inattendue des évènements. Finalement, il aurait au moins une bonne nouvelle à annoncer à Judy ce soir… Ce qui ne retirait rien à son appréhension par rapport à leurs retrouvailles. Elle avait promis de lui faire passer un sale quart d'heure, et il n'y couperait pas… Il espérait seulement que son erreur ne briserait pas la confiance qui s'était instaurée entre eux.

Tandis qu'il descendait les marches du large escalier qui menait aux portes principales du poste, il fut hélé par une voix familière. Nick tourna son visage vers Finnick, qui s'était installé sur un petit muret, et descendait des cannettes de WildBull à la chaîne. Le fennec avait déserté son costume de jeune europattéenne en vacances, pour revêtir des vêtements plus usuels. Il portait ses énormes lunettes noires, qui masquaient totalement ses yeux. Nick le rejoignit d'un pas lent, avant de s'installer à ses côtés, acceptant de bon cœur la cannette de boisson énergisante qu'il lui offrit.

« Alors ? » demanda finalement Finnick. « Je te casse la gueule maintenant, ou je te fais crédit ? »

« Franchement, je passe la main pour cette fois… » répondit le renard d'un ton las.

« Okay. Mais je te préviens, il y aura des intérêts. »

« Je vais pas m'en plaindre. On sait pertinemment que je le mérite. »

Finnick acquiesça avant de vider sa cannette d'une traite. Ceci fait, il s'étira en baillant bruyamment. « Les keufs… Toujours les mêmes, pas vrai ? Notre petite expédition punitive s'est soldée en nœud de boudin… Mais on les aura la prochaine fois, pas vrai ? »

Nick resta silencieux à cette question, se perdant dans la contemplation du morceau de sol qui se trouvait entre ses pattes. Le fennec dû ressentir la tension, car il resta silencieux, attendant que son associé dise ce qu'il avait à dire. Finalement, les mots jaillirent, calmes et sereins : « Pas de prochaine fois, Finnick. Cette guérilla est terminée. Tout comme moi, tu sais très bien qu'on a fait une connerie, et qu'il vaut mieux en rester là. »

« Qu'est-ce que tu racontes, bordel ? Ces types martyrisent les prédateurs, nous ont attaqué directement, et toi tu veux laisser couler ? »

« Non, bien sûr que non… Mais ce n'est pas la question. » répondit Nick en poussant un léger ricanement avant de prendre une profonde inspiration. Ce qui allait suivre serait dur à encaisser, mais le renard se devait d'être honnête avec son partenaire et ami de toujours. « J'arrête tout ça, Finn'. »

« T'arrête « tout ça » quoi ? » demanda le fennec, incrédule.

« Les arnaques. Les truandages. Les règlements de compte. Les trucs pas nets. J'arrête. Je tire un trait dessus. C'est fini, quoi. »

Finnick fronça les sourcils. En dépit de ses épaisses lunettes noires, Nick n'avait aucun mal à deviner l'expression médusée de son regard. « Tu te fous de moi ou quoi ? T'es l'meilleur là-dedans, mec ! Okay, on s'est fait pincer cette fois et le plan a foiré ! Mais c'est pas une raison pour déprimer. On aura d'autres occasions, t'en fais pas ! »

« Ce n'est pas par rapport à ce qui s'est passé hier soir, Finnick. C'est général. Je ne veux plus de cette vie. » Il ne laissa pas le temps à Finnick de protester, et solda son argumentaire par la sentence qui allait sans doute causer le plus de heurts. « J'ai demandé à rejoindre la police. Et ils ont accepté. »

« Je te demande pardon ? »

Dire que Finnick était surpris par cette révélation aurait été un euphémisme. Il était tout simplement apathique tant la nouvelle, totalement imprévisible à ses yeux, l'avait laissé pantois.

« Je suis sérieux. J'y pense depuis quelques mois. C'est fait maintenant, et c'est ce que je veux. »

« Cette lapine t'a vraiment tourné la tête… J'y crois pas, mec ! Tu peux pas rejoindre les keufs ! » s'exclama le fennec en écartant les pattes. La stupeur laissait peu à peu place à la colère. « Et notre partenariat, t'y penses ? Tu comptes me laisser sur le carreau ? »

« Non… C'est certainement mieux pour nous deux, en fait. C'est moi qui t'ai restreint toutes ces années avec ces magouilles. Tu aspirais à mieux, autrefois, tu te souviens ? »

En effet, Finnick avait été étudiant en programmation et développement des systèmes informatiques, à une époque… Mais il avait été doublé par un concurrent malhonnête au moment de la rédaction de son mémoire, et avait été accusé frauduleusement de tricherie, ce qui avait conduit à son renvoi de l'université. Avec l'aide de Nick, il avait obtenu réparation en se vengeant de l'étudiant qui avait provoqué sa chute. Cet enfoiré l'avait payé au centuple… Mais jamais Finnick n'avait voulu réintégrer le cursus, alors même qu'il disposait des preuves de son innocence. Sans doute parce que Nick l'avait infecté par son cynisme et sa vision pessimiste du monde… Le fennec s'était finalement persuadé qu'on avait cherché à se débarrasser de lui, parce qu'il était un prédateur, et plus particulièrement un renard. Les arnaques aux côtés de Nick, ça payait bien, et ça lui permettait de rester aigri par rapport à ce qu'il avait perdu. C'était plus facile… Même si cela signifiait vivre à l'arrière d'un van, et se nourrir de pizzas froides tous les soirs.

« Tout ça, c'est loin. » répondit finalement Finnick d'un ton maussade. « Ma vie, c'est plus ça, maintenant. »

« Ta vie, c'est ce que tu en fais, Finn'. Moi j'arrête. J'espère seulement que tu en feras autant. »

Le fennec poussa un soupir réprobateur à cette réflexion, mais secoua finalement la tête, avant d'offrir à son ancien associé un léger sourire.

« J'ai tellement envie de te frapper, mec… »

Pour toute réponse, Nick se contenta de rire, et fut bientôt rejoint par Finnick. Les deux renards, trop épuisés et affectés par les récents évènements, virent sans doute là un moyen de s'évader quelques instants de toutes ces incertitudes et ces angoisses, et partirent dans un fou-rire incontrôlable, qui dura de nombreuses minutes.

Ce n'était sans doute pas la pire manière pour mettre un terme à une si longue collaboration.