Notes de l'auteur :
Je me suis éclaté à écrire ce chapitre, en dépit de la chaleur toujours insoutenable qui règne en Alsace. Mais où sont les foutus orages qu'on nous avait promis? Je les attends de pied ferme, et en arrive au point où je pourrais finir par craquer et aller gambader tout nu sous la première rincée glaciale que le ciel jugera bon de déverser sur nos têtes! (non, bon, je ne le ferai pas, parce que l'exhibitionnisme c'est pas bien, m'voyez?)
Suite de l'investigation menée par Fangmeyer et Finnick (il y a un peu de Judy et Nick également, je vous rassure), et je vous préviens, les révélations envoient du lourd, et annoncent du très, très gros pour le prochain chapitre. J'appréhende réellement de l'écrire, tant les évènements qui s'y dérouleront seront intenses. Bref, trêve de teasing : Je n'ai qu'à vous souhaiter une bonne lecture, tout en vous remerciant une fois de plus pour votre soutien, vos encouragements, vos retours, votre présence.
PS : Un très gros clin d'oeil (ou carrément même une référence, voire un hommage appuyé) à l'un de mes films préférés est dissimulé (pas discrètement du tout), dans ce chapitre. A vous de deviner de quel film il s'agit (mais si vous l'avez vu, ça devrait vous sauter aux yeux).
A très vite pour la suite :)
Chapitre 16 : Le pâtre
« Attends une minute, tu bosses le dimanche, maintenant ? »
Sa fourchette encore enfoncée dans la bouche, Dwayne contemplait son frère, qui se tenait dans le petit hall d'entrée de l'appartement qu'ils partageaient, et semblait sur le point de partir. Habituellement, il n'aurait pas interrogé les activités privées de Simon, mais puisque ce-dernier venait de récupérer sa plaque d'officier du ZPD sur la commode de l'entrée, et de la fourrer dans la poche de sa veste, il n'avait pu s'empêcher de le questionner.
Fangmeyer lança un regard dubitatif à son petit frère, surpris de le voir s'intéresser de si près à ce qu'il faisait. Habituellement, le jeune loup était relativement indifférent à ce qui l'entourait… Pas forcément détaché, ni même froid ou distant, il manquait simplement de curiosité vis-à-vis de ce que les autres pouvaient faire, dire ou penser.
Le loup blanc réajusta le col de la chemise noire qu'il portait sous sa veste, et répondit d'une voix détachée : « Aussi étrange que cela puisse sembler, les flics protègent la ville, même les dimanches. »
« Ouai, sauf que tu bosses pas normalement, aujourd'hui. » répondit Dwayne en reprenant une nouvelle bouchée de la galette de céréales recouverte de sirop d'érable qui lui servait de petit déjeuner. « Tu m'as si souvent répété d'être attentif à ton planning que j'ai fini par le retenir. » précisa-t-il en déglutissant.
Dwayne était dans le vrai… Etant donné leur mode de vie assez particulier, et le rythme très différent qui animait leurs quotidiens respectifs, il était indispensable que le jeune loup connaisse les jours et les horaires de travail de son frère, afin qu'ils puissent tous deux organiser leurs journées de manière optimale… Surtout si l'on considérait que Dwayne était, en quelques sortes, dépendant de son frère sous bien des aspects. Tout génie qu'il fut, il n'en restait pas moins un adolescent, parfois irresponsable. Du moins, c'est ainsi que Fangmeyer voyait les choses, et de fait, il avait pris les devants en affichant son planning hebdomadaire sur la porte du réfrigérateur.
Le loup blanc grimaça légèrement, pris au dépourvu. « Heures supp'. » finit-il par mentir en récupérant son trousseau de clé. « J'ai une affaire importante en cours. » Et à ses yeux, cette petite précision tenait en revanche de la vérité la plus totale.
« Si tu le dis… » marmonna Dwayne, pas convaincu pour un sous.
« Je ne devrais pas rentrer trop tard, normalement… Tu vas t'en sortir ? »
Dwayne lui lança un regard incrédule, avant d'hausser les épaules. « Y a des chances, oui. »
Fangmeyer poussa un soupir. Il était déjà en retard et n'avait pas envie d'entrer dans une nouvelle lutte d'intérêt avec son frère… Cela arrivait déjà trop fréquemment. Il se demanda, l'espace d'un instant, comment ses parents étaient parvenus à gérer une dizaine de cas comme celui-ci. Lui aussi était passé par cette phase de pseudo-rébellion cynique à l'encontre de toute forme d'autorité… De fait, il était capable de l'accepter comme un mal nécessaire. Restait qu'y être confronté au quotidien était des plus désagréables.
« Ah ! Au fait ! » l'interpella Dwayne alors qu'il s'apprêtait à quitter l'appartement. « Fais gaffe, en ville… Y a de nouvelles marches pour la paix qui doivent se faire aujourd'hui, un peu partout dans les différents quartiers… »
« Et alors ? C'est plutôt une bonne chose, non ? » questionna Fangmeyer d'un air un peu surpris. Il lui était rare de voir Dwayne s'inquiéter, et encore plus de le voir se faire du souci pour lui. D'autant plus que le sujet de ses inquiétudes semblait plutôt surprenant.
« C'est pas les pacifistes qui m'inquiètent… » explicita le jeune loup. « Mais ceux qui ne manqueront pas de venir foutre le bordel. »
« Dwayne, je suis flic… Tu crois franchement qu'ils vont s'en prendre à moi ? »
Le jeune loup sembla hésiter un instant, avant de baisser la tête. Fangmeyer ne manqua pas de remarquer l'expression légèrement piteuse qu'il affichait. Ce qu'il déclara ensuite acheva de confirmer ses soupçons. « J'en sais rien, Simon… Ces types-là sont tarés. »
« On dirait que tu parles d'expérience… » répondit Fangmeyer d'une voix teintée par l'inquiétude. Il lâcha la poignée de la porte avant de se diriger vers le coin cuisine pour rejoindre son frère. Ce-dernier semblait particulièrement soucieux de ne pas croiser le regard du loup arctique… Craignant sans doute ce que celui-ci pourrait voir dans le sien.
« Il s'est passé quelque chose à la fac ? » questionna Fangmeyer en essayant d'apparaître le plus détaché possible, sachant très bien que se montrer trop pressant ou affecté risquait de braquer son jeune frère.
Un silence gêné s'installa entre eux, et Fangmeyer sentit une boule angoissée enfler dans son estomac, mélange étrange de crainte, de tristesse et de colère. Finalement, Dwayne se racla la gorge, et marmonna : « Tu sais… Certaines Confréries de proies ont des… sympathies particulières pour… enfin… J'ai l'impression que c'est à la mode de se proclamer comme agneau sous la protection des Gardiens, aussi ridicule que cela puisse paraître. »
« Un agneau ? » questionna le loup blanc d'une voix incertaine. « Qu'est-ce qu… »
« C'est comme ça que les sympathisants des Gardiens du Troupeau se font surnommer, Simon. T'es flic et tu sais pas ça ? » le coupa Dwayne, en retrouvant un peu de sa composition habituelle. Mais Fangmeyer voyait clairement dans ses yeux que quelque chose n'allait pas.
« Ils t'ont dit quelque chose, Dwayne ? On t'a fait du mal ? » Trop angoissé par les révélations faites par son frère, Fangmeyer ne cherchait plus à prendre des gants, à présent. Il s'était visiblement passé quelque chose de suffisamment grave pour affecter Dwayne… Au point qu'il en arrive à craindre pour la sécurité de son frère.
« Ça fait des mois que ça va pas… Tous les prédateurs étaient jaugés d'un œil méfiant, avec ces histoires d'agressions sauvages. Mais depuis quelques temps, c'est devenu encore pire. » Il en coûtait vraiment à Dwayne de s'ouvrir ainsi sur le sujet, lui qui était habituellement réservé, distant, et préférait gérer ses problèmes par lui-même. « On aurait pu croire que la dénonciation du complot mettrait un terme à cette sale ambiance… Mais j'ai plutôt l'impression que cette histoire a servi de prétexte pour que certains affichent ouvertement leur dégoût des prédateurs. »
« Tu y vas un peu fort ! Ils ne sont quand même pas si nombreux, n'est-ce pas ? » argumenta Fangmeyer, essayant de dédramatiser la situation, espérant ainsi rassuré son frère.
« Non, heureusement. Mais j'en ai marre de ces conflits d'intérêt. Y a toujours un type qui va dire un truc de travers, et ça démarre au quart de tours… Toi, tu te retrouves au milieu, accusé par les uns, défendu par les autres… C'est déjà assez dur comme ça d'être le petit gamin au milieu d'une bande d'adultes, j'ai pas besoin de ça en plus ! »
Le loup blanc se retrouva légèrement démuni face à la détresse subitement affichée par son frère. Lui qui était d'habitude si renfermé, si discret, s'ouvrait totalement à lui, exposant ses faiblesses et les difficultés qu'il avait à s'affirmer dans un milieu social où il avait l'impression de ne pas avoir sa place, que ce soit par son âge, sa situation, et à présent le simple fait qu'il soit un prédateur.
« Tu sais quoi, Simon ? Les Gardiens du Troupeau ont raison : les proies et les prédateurs ne peuvent pas vivre ensemble ! Ils ne devraient pas vivre ensemble ! »
« Arrête de dire des conneries ! » s'exclama Fangmeyer d'une voix rude et véhémente, tout en tapant violemment du poing sur le comptoir. Cet emportement le surprit autant lui-même que son interlocuteur. Dwayne écarquilla les yeux, estomaqué par cette intervention brutale et excédée. Le loup blanc resta un instant interdit, ayant encore du mal à réaliser les raisons de son emportement, et comprit soudain que toute cette situation délétère l'avait certainement affecté plus qu'il ne l'estimait lui-même, et que cet échange avec son frère avait mis le feu aux poudres. Il avait accumulé secrètement trop de frustration, de peur et d'angoisse, refusant de se les avouer à lui-même… Cette pression devait bien s'évacuer à un moment, d'une façon ou d'une autre.
La réaction de Dwayne fut immédiate. Le jeune loup fronça les sourcils et se releva brutalement de sa chaise avant de se diriger d'un pas rapide en directement de sa chambre. Fangmeyer tenta de l'arrêter au passage, désireux de s'excuser pour sa réaction excessive, mais fut violemment repoussé.
« T'es à côté de la plaque, Simon ! » lui hurla Dwayne en plein visage. « T'as toujours couru les proies, avec tes foutus besoins vicieux ! Maintenant t'es même pas capable de voir qu'elles veulent notre peau ! »
Le dégoût manifeste avec lequel le jeune loup avait prononcé ces paroles laissa Fangmeyer sans voix. Bien sûr, son frère savait taper là où ça faisait mal… Cependant, le plus blessant n'était pas tant la nature des mots, que de les entendre prononcés de la bouche de Dwayne… Le seul membre de sa famille qui se soit mis de son côté le jour où il avait décidé de se fiancer à une proie…
Tout ceci semblait bien loin, maintenant. La pression et la peur avaient eu raison de l'optimisme idéaliste de ce jeune loup, qui semblait à terre, comme la plupart des prédateurs de Zootopie, à l'heure actuelle…
Fangmeyer savait que la situation était désastreuse et qu'il faudrait du temps pour que les choses redeviennent comme avant, s'il s'avérait que ce soit possible. Mais ce ne fut que ce jour-là, alors que son frère claquait la porte de sa chambre sans lui lancer un seul regard en arrière, après lui avoir craché au visage les mots les plus blessants qu'il était à même de lui adresser, que le loup blanc comprit à quel point les tensions étaient devenues critiques.
« On frôle le point de rupture… » se murmura-t-il à lui-même.
Encore estomaqué par ce qu'il venait de se passer, Fangmeyer saisit mollement son trousseau de clé, et quitta son appartement, trouvant soudainement dérisoires les efforts qu'il déployait pour mettre un terme aux agissements des Gardiens du Troupeau. Manifestement, les arrêter ne changerait plus rien : le mal était fait.
« Oh bon sang, qu'est-ce que c'est que cette gueule que tu tires ? »
Finnick s'était exclamé en projetant une quantité impressionnante de postillons… C'est ce qui devait arriver lorsqu'on s'écriait avec la bouche pleine de Buga Burger. Le fennec éructa, manquant de peu de s'étouffer, et fit passer la quinte de toux en avalant la moitié de la cannette de boisson énergétique qui accompagnait son repas…
Fangmeyer s'installa sur la banquette adjacente, et tourna vers son nouvel-associé-par-défaut, un regard qui en disait long.
« Oh ! La routine… Je viens d'apprendre que mon frère se fait persécuter à la fac parce qu'il est un prédateur, et que visiblement la majorité de nos compères finit par croire qu'il est devenu impossible pour les différentes espèces de vivre en communauté. En somme, Zootopie est devenue une hérésie pour le plus grand nombre. »
« Meh… »
Finnick laissa un léger silence s'installer entre eux, en profitant pour prendre une nouvelle bouchée du burger géant qui lui faisait face… Etait-il seulement possible pour lui d'ingurgiter tout cela ? Le sandwich devait être au moins aussi gros que son estomac.
« Pas d'avis sur la question ? » demanda Fangmeyer qui avait visiblement besoin d'entendre quelques mots positifs, histoire de contrebalancer son dépit.
« Non. Je dis pas qu'il a raison, mais bon… Je crois surtout que… Bah, hey ! Bienvenue dans la réalité ! »
Le loup blanc fronça les sourcils, ne comprenant pas vraiment où Finnick voulait en venir. « Tu peux développer ta pensée ? »
« La plupart des habitants de Zootopie ont toujours vécu dans une sorte de bulle préservatrice qui leur clamait à longueur de journées (il prit alors une voix beaucoup plus douce et innocente, qui semblait très loin de l'aspect grave et caverneux qu'il employait habituellement) « t'en fais pas, mec, tout va bien… Tu croises tous les jours des lions, des tigres, des panthères, des éléphants ou des hippopotames, mais t'angoisses pas, aucun d'entre eux ne va te croquer ou bien te piétiner, nan. La magie de Zootopie fait que, tous autant qu'ils sont, ils t'adorent et ne veulent que ton bien. » Foutaises ! (retour à la voix initiale, changement brutal de ton. Effet réussit sur l'auditoire.) On vit pas tous bien ensemble, au naturel… Ça ne veut pas dire que c'est impossible, seulement qu'il faut composer avec. Le souci, c'est que la majeure partie de la population de cette ville vivait dans son petit paradis illusoire, et que là, ben merde : l'illusion ne fait plus effet, et tout le monde se rend compte qu'en fait, Zootopie, c'est pas toujours aussi cool qu'on le pense. »
Fangmeyer lui lança un regard dubitatif avant de croiser les bras sur sa poitrine, semblant jauger sa réflexion d'un œil critique… Essayant de rester impassible, il ne pouvait nier que le fennec soit malheureusement, et indubitablement, dans le vrai… Même s'il avait une tendance certaine à grossir le trait. Néanmoins, le loup espérait que la situation ne soit pas si terrible que ça, et qu'il y ait encore quelque chose à faire… Il avait l'impression de se retrouver face à un discours qu'aurait pu tenir Nick Wilde.
« Tous les renards sont aussi cyniques ? » demanda-t-il d'une voix cinglante, pour mettre en avant le rapprochement.
Finnick haussa les épaules, avant de tempérer son avis. « Ne considère pas ce que je dis comme une mauvaise chose, mec. Si les gens ouvrent les yeux sur les véritables rapports qu'entretiennent les mammifères à Zootopie, et qu'on arrête finalement de se voiler la face en croyant que tout est beau et rose, peut-être qu'en lieu et place de la haine et de spécisme, on pourra aboutir à une véritable harmonie… Une vraie compréhension, et une entente non simulée. Enfin, des trucs bobos-hippies dans le genre, tu vois ? » Son propre avis, et sa difficulté à le clarifier commençaient visiblement à l'irriter, alors il agita rapidement la patte, comme pour se débarrasser du sujet, et conclut : « Ecoute, ce genre de conneries… réconforter, écouter, réfléchir, c'est pas mon truc. Alors je dirais simplement : laisse les couilles molles se lamenter et concentre-toi à éradiquer la source du problème… Le reste se résoudra de lui-même. »
« Ce serait sympa de pas traiter mon frère de couille-molle, Finnick. »
« Alors conseille-lui d'arrêter de se comporter comme s'il en était une ! »
Face à l'expression légèrement outrée de Fangmeyer, Finnick plaqua une patte nerveuse contre ses yeux, avant de pousser un soupir. « Ecoute, c'est simple… La plupart des gens sont apathiques. C'est la meilleure définition que j'ai pour les qualifier. Ils mènent leur petit train-train quotidien en pensant avant toute chose à leur bien-être et leur petit confort. Ce qui les dérange est forcément menaçant… Quand ce qui les dérange a des crocs et des griffes, ça devient encore pire. Mais tu les changeras pas. Tu referas pas le monde. Mais ça veut pas dire que tu peux pas agir, ni changer leur façon d'aborder les choses… Rends leur quotidien plus détendu, et ils cesseront de voir les prédateurs comme les annonciateurs d'une quelconque apocalypse. Faire des marches pour la paix, brandir des pancartes et se faire plein de petits bisous, ça marchera un temps, mais ça n'enlèvera rien au fond du problème. Eradique les perturbateurs, ceux qui mènent le front, et les suiveurs se tourneront bien rapidement vers ce qu'ils considèrent être la norme. »
« Je ne suis pas sûr que considérer les gens comme des moutons soit la meilleure chose à faire… Avec tout le respect que je dois aux moutons, bien entendu. » contesta Fangmeyer d'un ton douteux. « Les gens ne sont pas stupides, ils comprennent les choses. »
« A l'échelle individuelle, c'est vrai. Mais mets les en groupe autour d'un sujet sensible, et tu vas voir comme les idées les plus stupides et radicales deviendront rapidement les meilleures. Les Gardiens du Troupeau ne sont pas puissants parce qu'ils sont dans le vrai, ni même parce que les gens sont spécistes par nature… Simplement parce que dans le contexte actuel, ils semblent apporter une forme de réponse simple, et désignent un ennemi facile à identifier, minoritaire, et fragilisé. Si tu ouvres les yeux à ces pauvres innocents sur la véritable nature de ceux qu'ils suivent, et que tu leur présentes une autre voie, ils changeront bien vite leur fusil d'épaule. »
« Bien… Parfait. » acquiesça le loup blanc comme si le discours de Finnick était la solution à tous les maux. « Et tu comptes faire ça avec quel type de magie blanche ? Ou bien on fait appel à un marabout ? Il paraît que le docteur Ombongowlou, grand shaman de la tribu des Wapitis-Ka est super doué pour résoudre les problèmes de cœurs, les conflits professionnels, les oncles incarnés, et ramener la paix et l'ordre civil. »
Finnick grimaça à cette réponse des plus ironiques, avant d'afficher un petit sourire en coin. « Et après, c'est moi le cynique ? » Le fennec prit une nouvelle gorgée de sa boisson énergétique, avant de reprendre : « Non, mec. Si tu veux attirer l'attention des gens, tu peux pas te contenter de leur taper gentiment sur l'épaule en leur disant que ce qu'ils font ou ce qu'ils pensent est mal. »
« Comment tu fais, alors ? »
« Tu leur retourne une putain de tarte dans la gueule ! Voilà ce que tu fais ! »
La solution proposée par le fennec ne sembla pas convaincre Fangmeyer, qui resta impassible, le regard fixé sur son interlocuteur, comme s'il cherchait à évaluer son niveau de stupidité. Finalement, un léger sourire fendit son museau, et il ne put contenir plus longtemps son euphorie… Aussi stupide qu'ait été la réponse de Finnick, elle eut au moins le mérite de faire rire le loup blanc. Cela sembla contenter le fennec, qui y joignit son propre ricanement.
« Blague à part, on a du boulot. » reprit finalement Finnick en sortant de la poche de son blazer un petit bout de papier plié qu'il fit glisser sur la table en direction de Fangmeyer.
« C'est… ? » questionna Fangmeyer en laissant sa phrase en suspens. Finnick se contenta d'acquiescer rapidement en jetant un regard méfiant autour de lui. Il avait un mauvais pressentiment depuis qu'il avait commencé à s'investir dans cette affaire aux côtés de ce loup flic. Mais bon, il y était maintenant, et il n'allait pas se défiler. Ce n'était pas son style.
Fangmeyer déploya le papier, lisant l'adresse qui y était griffonnée au stylo noir : « 19 Black River Lane ». Le quartier de la forêt tropicale… Le loup blanc acquiesça, avant de placer le bout de papier dans la poche de sa veste.
« Merci pour le coup de main. Je vais te laisser terminer ton burger, et me mettre en route. »
Finnick fronça les sourcils et secoua la tête. « Nan, mec ! Je viens avec toi si t'as pas compris… »
« Un civil n'a rien à faire dans cette enq… »
« Tu la fermes, et tu m'écoutes. » répliqua le fennec sans lui laisser le temps de s'exprimer. « J'ai merdé, l'autre soir. Autant que Nick. Si on n'avait pas déconné, vous le tiendriez, cet enfoiré qu'on pourchasse aujourd'hui, pas vrai ? J'ai aussi ma part de responsabilité… En tout cas, je veux faire ce qu'il faut pour réparer nos fautes. »
Le fennec avait bien pesé le pour et le contre depuis la dernière conversation qu'il avait eu avec Nick, à leur sortie du ZPD, après qu'ils aient été relâchés. La décision du renard l'avait bouleversée, même s'il n'en montrerait jamais rien. Voir Nick se mettre du côté de la loi, passer dans les rangs des flics, c'était quelque chose d'impressionnant… Mais ce n'était rien par rapport à la conviction qu'il avait affiché. Il savait pourquoi il voulait faire ça, et quel était le but qu'il cherchait à atteindre. Finnick avait eu beaucoup de temps pour y réfléchir, lui aussi, maintenant qu'il se retrouvait plongé dans le noir… Il avait poursuivi certains de ses petits trafics, mais rien ne semblait plus pareil. Il aurait pu mettre cela sur le compte de l'absence du renard et sur le fait qu'il devait à présent travailler en solo. Mais ça allait plus loin que ça. Sans en être véritablement conscient, Finnick avait commencé à s'interroger sur ses propres valeurs, lui aussi, et à ce qu'il convenait de faire. On ne pouvait pas toujours agir seulement par impulsion, ou par réaction… Parfois, il fallait planifier, penser et se projeter, chose que le fennec n'avait plus eu l'habitude de faire depuis de nombreuses années. Maintenant, il avait l'occasion d'accomplir quelque chose d'autre, quelque chose d'utile, de concret, de constructif. Il ne se laisserait pas mettre de côté.
« Finnick… » reprit Fangmeyer d'une voix qui essayait de se montrer calme et intransigeante. « Je ne suis même pas sensé travailler sur cette enquête. Alors si tu te retrouves impliqué, ce sera encore pire. »
« C'est trop tard pour les cas de conscience, mec. Je suis déjà impliqué. Et puis, il te faudra bien quelqu'un pour tabasser ce type une fois qu'on l'aura trouvé. »
« On ne va tabasser personne ! » répliqua Fangmeyer en haussant légèrement le ton.
Mais Finnick se redressa en le pointant du doigt, comme pour souligner l'erreur qu'il venait de commettre : « Tu as dit « on ». Trop tard pour revenir en arrière, tu as tacitement accepté que je t'accompagne. »
« Je n'ai pas… »
« Trêve de discussions, Fang'. On est ensemble sur ce coup-là, depuis le moment où tu m'as demandé ce service. Ne crois pas pouvoir te débarrasser de moi aussi facilement… Je suis très tenace. »
Fangmeyer poussa un soupir avant de secouer la tête. « Pourquoi tu veux m'accompagner ? Ça t'avancerait à quoi de venir ? »
Le fennec lui lança un regard incrédule, comme s'il ne comprenait pas comment son interlocuteur pouvait ne pas comprendre ses motivations. « On vient pas d'avoir une discussion sur le sujet, mec ? Pour arranger les choses, ils faut agir, et confronter la source du problème… C'est pas qu'une question de je-ne-sais quelle autorité légale ou policière. Rien à foutre de ces concepts. Rien à foutre de vos conneries de poulets. C'est une question morale : je peux agir pour mettre un terme à tout ce bordel, et j'ai bien l'intention de le faire. Je te préviens, mec : je connais l'adresse, tout comme toi… Si tu ne m'emmènes pas avec, j'y vais seul, et là je règlerai les choses à ma manière. »
« On peut pas vraiment dire que ça t'a réussi, la dernière fois… »
« Raison de plus pour toi de m'empêcher de refaire une telle connerie… Je suis parfois long à la détente. »
Le loup blanc poussa un soupir de résignation, avant de finalement opiner du chef, accréditant ainsi la demande de Finnick. « Okay. Mais si ça chauffe, tu restes à l'écart, d'accord ? Tu n'interviens que si je te le dis, et tu fais ce que je te demande. »
« Nan mais tu t'es pris pour mon père ou quoi ? »
« Oh non ! Pitié ! J'ai déjà bien assez à faire avec un adolescent en pleine crise à la maison sans avoir envie d'en gérer un deuxième… »
Finnick fronça les sourcils, et fut vif comme l'éclair. Fangmeyer n'eut pas le temps de réagir, qu'il prenait un bon coup de poing sur le sommet du crâne. Le loup poussa un léger cri de douleur, avant de plaquer une patte contre la bosse qui commençait déjà à se former. Il lança un regard incertain à Finnick, surpris de la force qu'un si petit renard était capable de déployer.
« Bon, on y va ? » questionna le fennec. Fangmeyer hésita un instant à faire une réflexion par rapport au coup qu'il venait de prendre, mais se réserva… Quelles que soient les mœurs particulières et les conventions sociales s'appliquant en la présence d'un énergumène tel que Finnick, il savait d'ores et déjà qu'elles étaient trop bien ancrées pour lui faire la moindre remarque à ce sujet, et encore moins pour les lui faire changer… Il faudrait donc composer avec, faute de mieux.
« Ouai… On y va… » acquiesça finalement le loup.
Ils quittèrent le Wild Dozzer et se rendirent sur le parking en direction de la voiture de Fangmeyer. Le temps se couvrait, et il ne tarderait pas à pleuvoir… Sûr et certain qu'il ferait humide dans le quartier de la forêt tropicale, avec ou sans les arrosages automatiques. Alors qu'ils approchaient du véhicule, Finnick se figea un instant, avant de soulever les lunettes de soleil qu'il avait vissé sur le museau, pour zieuter en direction du fond du parking, où il repéra un véhicule un peu trop classieux, et qui faisait tâche dans le décors peu avenant du fast-food quelque peu vieillot et délabré. Il s'agissait d'une berline noire, flambant neuve, aux vitres teintées… C'est surtout ce dernier point qui inquiéta le fennec, et le poussa à se concentrer sur la plaque d'immatriculation, qu'il repéra immédiatement comme étant une fausse, une contrefaçon assez grossière, d'ailleurs. Pendant un temps, Nick et lui s'étaient lancé dans la contrebande de plaques et de cartes grises, et il avait appris à faire la différence, à cette époque, étant donné qu'il était chargé de la modification des pièces volées.
« Attends, Fang'… » murmura-t-il à l'attention de son partenaire.
Le loup blanc tourna son attention vers lui, légèrement surpris. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Prenons plutôt mon van… » répondit simplement Finnick, sans quitter le véhicule banalisé des yeux. « Je voudrais vérifier quelque chose. »
« Tant qu'on arrive à bon port en un seul morceau, c'est comme tu veux. »
Finnick acquiesça, et ils s'éloignèrent de la voiture de Fangmeyer pour se diriger vers son vieux van, dont le flanc était toujours recouvert de cette fresque épique, où un renard habillé en guerrier aztèque soutenait une prêtresse quelque peu lascive au-devant d'un décor figurant l'orage et la foudre.
« Charmante déco. » commenta Fangmeyer sur un ton cynique, mais le fennec ne releva pas, toujours concentré sur l'observation minutieuse de la voiture noire.
« Monte et ferme-la. » déclara-t-il néanmoins, avant de l'avertir : « Et pas le moindre commentaire… C'est ma maison, que tu critiques là. »
Le loup blanc s'exécuta, non sans jeter un coup d'œil à l'arrière du van, tandis qu'il s'installait à la place passager. Le confort qu'affichait le « domicile » de Finnick était des plus spartiates : un matelas jeté en travers occupait quasiment tout l'espace, tandis qu'un combiné kitchenette-four à micro-ondes (le tout monté sur batterie externe) remplissait le côté latéral droit. Seul autre matériel en présence : une chaîne hi-fi qui, pour sa part, semblait d'excellente qualité… Mais c'était tout. Un flot incessant de questions naquirent dans l'esprit de Fangmeyer sur la façon dont le fennec s'y prenait pour vivre dans ces conditions, mais par respect pour lui, il se décida à les garder pour plus tard, si jamais un moment plus propice se présentait.
Finnick n'avait rien loupé du regard légèrement peiné que son associé d'un jour avait porté sur ses possessions, et secoua la tête en guise de réaction. « Hey ! Tire pas cette gueule… C'est pas si mal, quand on s'y fait. Et au moins, j'ai pas d'impôts à payer. »
Ni d'adresse, ni de véritable foyer, et encore moins de refuge… Finnick était donc un vagabond, pour ne pas dire un sans-domicile-fixe (l'appellation semblait un brin péjorative aux yeux du loup), et pourtant ce mammifère se débrouillait sans mal dans la vie de tous les jours, visiblement. Cela força le respect de Fangmeyer, loin de susciter chez lui de la pitié.
« J'aime bien. » commenta-t-il. Et l'honnêteté qu'il employa sembla satisfaire Finnick.
Ils roulèrent pendant une vingtaine de minutes avant d'arriver aux abords du quartier de la forêt tropicale. La circulation était ralentie en raison des nombreuses déviations mises en place pour libérer les artères et avenues qui constituaient l'itinéraire de la marche pour la paix, qui n'allait pas tarder à débuter.
Fangmeyer ne manqua pas de remarquer les petits coups d'œil anxieux que le fennec lançait jetait régulièrement dans son rétroviseur. Alors que le loup allait l'interroger à ce sujet, Finnick le devança, en déclarant d'une voix sombre : « J'ai bien l'impression qu'on te file, Fang'. »
« Quoi ? Comment ça ? » s'exclama le premier intéressé en se redressant sur son siège.
Finnick restait étonnamment détendu, mais son regard restait à présent braqué sur son rétroviseur, où apparaissait une certaine voiture noire aux vitres teintées, qui se trouvaient à une centaine de mètres derrière eux. Une dizaine de véhicules seulement les séparait, mais en dépit des soucis de circulation, elle était toujours là, à les filer.
« La voiture noire, avec les vitres opaques. Onze voitures derrière nous. Tu la vois ? »
Fangmeyer acquiesça, après avoir contrôlé les informations que lui fournissait Finnick aux moyens du rétroviseur du côté passager.
« Elle était sur le parking du Wild Dozzer. Je le sais, parce qu'elle est arrivée quasiment en même temps que toi… Je l'ai vu se stationner peu de temps après que tu te pointes. Comme t'étais en retard, je me concentrais justement sur le parking. Elle était encore là quand on a quitté le fast-food, et c'est pour ça que j'ai voulu qu'on prenne mon van… Maintenant, c'est mon véhicule qu'elle suit, signe que c'est toi qui est pisté. »
Le fennec avait délivré toutes ces informations sur un ton froid et distant, tandis que Fangmeyer se sentait de plus en plus mal à l'aise à mesure que la situation se clarifiait. Depuis combien de temps exactement était-il suivi, et surtout pour quelle raison ? Il essaya de raisonner sereinement en explorant toutes les possibilités. C'était une chose qu'on leur apprenait à l'académie : lorsqu'on se retrouvait dans une situation possiblement dangereuse, le meilleur moyen d'appréhender les meilleures solutions était de garder son calme et d'analyser posément toutes les possibilités d'action, et de toujours choisir celle qui semblait à la fois la plus cohérente et la moins dangereuse. On n'aimait pas trop les flics casse-cou qui risquaient leurs vies à la moindre occasion… Les accidents que ce type d'énergumènes causait avaient tendance à faire tâche sur les statistiques des performances du ZPD. Aussi, prenait-on la peine de former les cadets à être des flics responsables, investis, mais sachant tout de même se préserver. Pour autant, les raisonnements logiques de Fangmeyer se noyaient à présent dans les inquiétudes liées à la révélation que Finnick venait de lui faire…
« C'est les Gardiens du Troupeau, tu crois ? » demanda-t-il nerveusement à son compagnon d'infortune. « Ils savent qu'on sait, et ils essaient de nous coincer ? »
« Ils auraient eu mille occasions de le faire, dans ce cas… Et je crois pas que cette soi-disant « organisation » soit suffisamment dotée et structurée pour se permettre de mettre en place des filatures avec des voitures banalisées. »
C'était logique, en effet. Peu de chance que ces fêlés extrémistes, plus doués pour faire dans la surenchère que dans la subtilité, ait flairé quoique ce soit par rapport à l'enquête secrète que menait Fangmeyer. Il s'agissait donc d'une autre branche liée à l'affaire… Des gens dotés de moyens plus conséquents. La voix de Bogo résonna alors dans son esprit, et l'une des choses qu'il lui avait dit fit tout à coup sens à ses yeux : « Il y a visiblement plus en jeu ici que la seule agression subie par Hopps. Vous devez vous en douter maintenant, puisque débarquent successivement les gros bonnets de la justice… »
« Le fils de pute… » marmonna Fangmeyer en comprenant tout à coup qui était à l'origine de la filature qu'il était en train de subir.
« Un trait de génie soudain ? » questionna Finnick d'un ton ironique. « J'admire ton langage fleuri, mais j'espère que c'est pas de ma maman dont tu parles ! »
« Quillspray ! L'avocat de Blake ! Il m'a mis sous surveillance, cette espèce de sale petite fouine ! »
« C'est une fouine ? »
« Non, un suricate… Les fouines sensibles me pardonneront l'expression. »
Finnick poussa un ricanement. Visiblement, la situation pourtant tendue n'avait pas l'air de le stresser le moins du monde. Bien entendu, il en fallait bien plus (beaucoup plus même) que ça, pour parvenir à faire naître une once d'inquiétude dans un esprit aussi retors que celui de Finnick.
« Bon, et alors ? Ça pose un problème, je présume ? »
« Tout dépend de ce que notre fileur sait, a vu et entendu. Quillspray devait chercher à s'assurer que je ne trouverais rien de compromettant à l'encontre de Blake… Et vu que je n'ai pas employé les voies les plus légales pour aboutir là où on en est, il y a fort à parier qu'il nous reste peu de temps avant que tout ceci nous explose à la tronche. »
« Bien… » répliqua le fennec en haussant les épaules. « Dans ce cas, il ne nous reste plus qu'une chose à faire. »
Et sans prévenir, Finnick passa une vitesse à toute allure, forçant la sortie de son van hors de la ligne de circulation sur laquelle ils avançaient au pas. Fangmeyer faillit basculer de son siège, et s'écrasa contre la vitre passager, se rattrapant à tout ce qu'il pouvait face au débordement extrêmement nerveux du véhicule. Il crut l'espace d'une seconde que le van ne tenait plus que sur deux roues et allait se coucher sur le flanc, mais le fennec contrebraqua brutalement, remettant son véhicule sur les rails avant de traverser la voie en sens inverse, évitant de justesse deux voitures qui venaient de l'autre côté. Sous le concert de klaxons, Fangmeyer étouffa un juron et se surprit à prier pour sa vie.
Le fennec poussa un rire éclat de rire frénétique en frôlant de justesse un camion de marchandises, ce qui l'obligea à monter sur le trottoir. Les passants affolés se jetèrent sur le côté, craignant de voir le véhicule poursuivre sa course folle en zone piétonne, mais Finnick bifurqua brusquement dans une ruelle si étroite que son van passait tout juste en largeur, avant de mettre la gomme pour rejoindre l'autre côté, débouchant sur une avenue secondaire.
« Qu'est-ce que tu fous ? » s'exclama Fangmeyer tandis que la conduite de son partenaire revenait à peu près au calme. « T'essaie de nous tuer, ou quoi ? »
« Nan, j'essaie de nous tirer des yeux indiscrets de ton pisteur. On prendra un peu plus de temps pour arriver à destination, mais je te garantis que pour sa part, il ne nous retrouvera pas de sitôt. »
« Oh, tu crois ? Il a très bien vu par où on est parti ! »
Finnick se racla bruyamment la gorge pour manifester son mépris face au manque de considération manifeste de Fangmeyer. « Pour ça il faudra déjà qu'il parvienne à se dégager de la file où on était… Tu te doutes bien que j'ai attendu le bon moment pour me tirer… Lui ne pourra pas manœuvrer aussi facilement… Il était cul à cul avec deux autres caisses. Haha ! »
Le loup blanc lança un regard hébété à son associé, ne sachant pas trop s'il devait le remercier ou l'incendier de s'être montré si imprudent. Faire équipe avec un électron libre tel que Finnick était une épreuve de chaque instant, mais pour le coup, il venait de lui tirer une sacrée épine du pied.
« Okay, Finnick… » acquiesça finalement Fangmeyer. « Bien joué, je te dois bien ça ! »
« Oh, rien de plus simple. » répondit fièrement le fennec en tapotant affectueusement sur le tableau de bord. « J'ai ce petit bijou dans la peau, je le connais par cœur… J'pourrais le conduire les yeux fermés ! Lui et moi, on en a vu d'autres. »
A l'idée que Finnick ait pu pratiquer des acrobaties de pilotage plus extrêmes que celle-ci laissa Fangmeyer sans voix. Son cœur palpitait encore de la soudaine montée d'adrénaline, et il lui fallut quelques instants pour se calmer. Finnick, pour sa part, se concentrait à nouveau sur la route, l'expression fermée, un étrange petit sourire en coin imprimé sur le museau.
« Ce van nous servait de base, à Nick et à moi. On l'a payé ensemble… Mais il a toujours dit qu'il était à moi… ». A l'évocation de ces souvenirs, la voix de Finnick se fit moins forte, plus fluctuante, et Fangmeyer put avoir un bref aperçu de la personnalité sensible et sincère qui se dissimulait sous cette apparence de roublard à la peau dure. « Bordel, ça va me manquer de plus bosser avec cet imbécile. »
Le loup blanc détourna le regard… Il ne savait que trop bien à quel point il était difficile de retrouver ses repères, une fois qu'une personne qu'on avait l'habitude de fréquenter au quotidien, avec qui on avait des échanges synergiques presque automatiques, s'éloignait du jour au lendemain… Bien sûr, la relation qu'entretenaient Finnick et Nick était bien différente de celle qu'il avait eue avec son ex-fiancée… Mais en dépit de tout, cette proximité dans le ressenti devait générer le même type de souffrances, de doutes, et d'indécisions.
« Vous étiez associés depuis longtemps ? » demanda Fangmeyer d'une voix distante, se demandant si le fennec avait envie ou non de s'ouvrir d'avantage sur le sujet. En parler pouvait parfois être bénéfique. Lui, il n'avait eu personne vers qui se tourner… Sa famille l'avait quelque peu « rejeté » à l'époque, en raison de ses choix sentimentaux particuliers.
« On faisait déjà les quatre cent coups ensemble au primaire… » explicita Finnick d'une voix légèrement tremblante. Fangmeyer voyait bien qu'il luttait intérieurement pour ne pas se murer dans le silence, ce qui était la solution la plus simple dans ce genre de situation. Mais visiblement, le fennec avait besoin de s'épancher un peu sur quelqu'un. « J'étais dans la classe de sa sœur. J'avais un béguin fou pour elle… Ça n'a pas trop changé, d'ailleurs. Mais ma chance est passée. Enfin bref… Il a voulu me casser la gueule parce qu'il appréciait pas que je la lorgne en permanence. Il voulait jouer les frères protecteurs, tu vois le genre ? »
Fangmeyer acquiesça. Jouer les grands frères protecteurs, il connaissait bien. Il avait l'impression de vivre ça au quotidien.
« Au final, c'est moi qui lui ai mis sa branlée… Ça m'a pas rapporté des points auprès de sa frangine, mais dans l'histoire, j'ai gagné le seul véritable ami que j'ai eu de ma vie. »
« Ouai… Je comprends que ce soit dur de le voir suivre une autre voie, à présent. » concéda le loup blanc d'un ton légèrement accablé.
Finnick haussa les épaules, essayant de reconquérir un peu de sa composition usuelle. « Bof ! Il fait ce qu'il veut. Et s'il est heureux comme ça… Je suppose que c'est pour le mieux. »
« Hey ! Tu peux pas nier prendre goût à la vie de flic, toi aussi ! » répliqua Fangmeyer, espérant qu'un peu d'humour ironique aiderait à détendre l'atmosphère. « J'ai bien vu la petite lueur au fond de tes yeux, quand on a avancé dans l'enquête, trouvé des indices, et même quand tu nous as fait ce petit rodéo, à l'instant. »
« Tu vois une lueur derrière mes foutus lunettes de soleil, mec ? » demanda placidement le fennec, ce qui eut pour conséquence de jeter un blanc dans l'espace confiné du van… Le silence fut brisé au bout de quelques secondes, lorsque les deux compères éclatèrent de rire simultanément. Oui, très clairement, ces deux-là étaient faits pour s'entendre.
Finnick stationna le van dans une petite ruelle humide, afin d'éviter qu'il soit repéré par certains yeux indiscrets. Les murs des bâtiments adjacents étaient bardés de mousses et de lianes, fait courant dans le quartier de la forêt tropicale, où la jungle sauvage reprenait souvent ses droits sur les habitations, sans que cela ne dérange particulièrement les habitants, qui recherchaient justement ce type d'environnement climatique. Le fond de l'air était étouffant, en dépit de la pluie qui tombait drue. Fangmeyer remonta le col de sa veste en maugréant… Il ne détestait pas la pluie, mais préférait en général l'apprécier de l'intérieur, au sec.
Le 19 River Black Lane était un complexe de logements sociaux vieillissants, dont la masse semblait s'être affaissée en son centre, ployant sous l'humidité constante qui caractérisait ce quartier bien particulier de Zootopie. Il était étonnant que l'ensemble n'ait pas encore été bouclé et détruit pour raison d'insalubrité, voir même de risques d'effondrement.
« Merde… » réalisa soudain Fangmeyer en serrant les dents. « Il doit bien y avoir une centaine d'appartements, dans ce taudis. Comment on va savoir lequel occupe notre cible ? »
Finnick secoua la tête en levant les yeux au ciel. « Oh, mon pauvre vieux… Heureusement que tu m'as emmené. Tu as ta plaque ? » Fangmeyer acquiesça, ce qui sembla contenter le fennec, qui lui fit signe de le suivre. « Dans ce cas, tout va bien. »
Ils se présentèrent à la loge du concierge, qui était tenue par un porc-épic vieillissant, qui tremblait comme un bloc de gelée.
« Yo, mec ! » commença Finnick, trop petit pour être aperçu depuis l'arrière du comptoir, ce qui obligea le concierge à se pencher en avant, ce moindre mouvement semblant lui demander des efforts extraordinaires. Lorsque le fennec eut la certitude qu'il était vu et entendu, il présenta le nœud du problème.
« Nous sommes du ZPD. » déclara-t-il, en faisant un petit signe de la patte à Fangmeyer, afin de l'inciter à présenter son insigne. Le loup blanc s'exécuta sans mot dire, trop curieux de voir comment le fennec allait obtenir l'information qu'il recherchait. « Nous sommes sur une affaire et on a retracé un numéro de ligne référencé dans cet immeuble. »
La nouvelle sembla surprendre le porc-épique, qui parvint à manifester un frisson au-dessus de son tremblement usuel. « M… Mon dieu... » bredouilla-t-il. « Pas… Pas un crime… tout de même ? »
« Non, non. Simple enquête de routine, monsieur. » répondit Fangmeyer, qui désirait devancer toute stupidité que Finnick aurait pu proférer en réponse à cette question.
« M… Mais en quoi… Puis-je vous… vous être utile ? Moi… Je ne suis que le concierge… Je… Je ne sais rien… De ce que font les locataires… » s'excusa nerveusement le porc-épique, qui semblait très nerveux à l'idée de faire face à deux policiers du ZPD, sans se douter que l'un d'entre eux n'était guère plus qu'un petit truand, tandis que l'autre n'était même pas supposé être en service, et encore moins se trouver ici.
« Vous avez pas besoin de savoir quoique ce soit, mon vieux. On a juste besoin de la notice technique des lignes téléphoniques de la résidence. Vous avez ça dans votre loge, je pense ? » le rassura Finnick, qui arrivait étrangement à se faire passer pour un individu avenant et agréable… Le fennec avait vraiment un don pour endosser n'importe quel rôle, et en changer aussi facilement qu'il remontait ses lunettes de soleil sur son museau.
Le concierge acquiesça, semblant rassuré que les exigences de ces deux officiers se limitent à cela. Il s'excusa et leur demanda de patienter, le temps qu'il mette la patte sur le dossier convoité. Cela lui prit près de dix minutes, qui semblèrent interminables aux yeux de Fangmeyer. Il n'avait jamais été d'une nature très patiente, et avait tendance à apprécier d'avantage les résultats que le processus qui permettait d'y parvenir. Mais au final, leur condescendance fut récompensée lorsque le concierge reparu, un lourd dossier de maintenant entre les pattes. Il le tendit à Finnick, tout en restant attentif à ce que le petit mammifère allait en tirer.
Le fennec se mit à feuilleter l'ouvrage technique avec l'aisance d'un habitué de ce type de documents… Pour sûr, Fangmeyer avait bien compris que son comparse était à l'aise avec les technologiques de la communication, de la téléphonie et des réseaux. Bien plus que lui, dans tous les cas, et pourtant il touchait sa bille dans ces domaines bien spécifiques. Cependant, il aurait été incapable de déchiffrer ou d'interpréter les annotations complexes référencées dans ce manuel d'entretien.
« Ah ! » s'exclama Finnick en pointant son doigt sur l'une des pages. « Voilà ce que je recherchais : attribution et enregistrement des lignes fixes. » Il parcourut la feuille des yeux, jusqu'à trouver la codification binaire qui déterminait la source du numéro qu'ils avaient récupéré la veille.
Le fennec referma brusquement le dossier, avant de le rendre à son propriétaire, qui le récupéra à la manière d'un précieux sésame.
« Merci, mon vieux ! Bonne journée. » déclara le fennec en s'éloignant de la loge, sans laisser le temps au concierge de lui poser la moindre question. Il valait mieux ne pas trop s'attarder sur les détails. Aussi, Fangmeyer salua-t-il le porc-épique d'un bref mouvement de tête, avant de rattraper Finnick, qui s'était arrêté devant l'un des deux ascenseurs qui desservaient les huit étages de l'immeuble.
« Alors ? » demanda finalement le loup blanc.
« Troisième étage, appartement 309. Le type s'appelle Allister Oldoof. »
Au-delà de l'excitation qui gagna Fangmeyer à l'idée de se rapprocher à un tel point du but qu'il s'était fixé, et pour lequel il avait travaillé avec autant d'acharnement depuis des jours entiers, l'officier ne put refreiner une pensée affectueuse à l'égard du fennec qui l'accompagnait, ne pouvant nier que sans son appui et son soutien, il n'en serait clairement pas là aujourd'hui.
« Bon boulot, agent Finnick. » déclara-t-il en lui offrant un sourire légèrement provocateur.
Le fennec se racla bruyamment la gorge pour signifier son mépris apparent, avant de réajuster ses lunettes noires sur son museau. Il avait besoin de dissimuler le fait qu'il était touché par la sollicitude de ce flic.
L'appartement 309 se situait tout au bout du couloir de desserte sur lequel ils débouchèrent en quittant l'ascenseur. La résidence était vraiment dans un état déplorable. De l'eau ruisselait littéralement des murs, et des couches épaisses de moisissures envahissaient leur surface rugueuse. Une odeur infecte imprégnait l'atmosphère, et le plancher vermoulu semblait prêt à céder sous le poids du moindre pas.
« Bon… Maintenant qu'on y est, c'est quoi le plan ? » demanda Finnick d'une voix légèrement nerveuse… Au point où ils en étaient, il quittait quelque peu son domaine d'expertise, et c'était à Fangmeyer de mener la danse. Après tout, c'était lui le flic… Le fennec, pour sa part, n'était qu'un indic, au final. Un indic qui en avait fait énormément, mais qui restait tout de même un civil, peu habitué à ce type de situation.
« On va la jouer au bluff. » déclara Fangmeyer d'une voix ferme et assurée. Visiblement, quoiqu'il advienne, il savait ce qu'il avait à faire. Cela eut au moins le mérite de rasséréné quelque peu son équipier. « On va se présenter comme des officiers du ZPD enquêtant sur les Gardiens du Troupeau. On va le confronter directement, comme si on avait des preuves de sa responsabilité. On verra bien sa réaction, et ça nous permettra peut-être d'obtenir des aveux. Il faut à tout prix éviter qu'il comprenne qu'on a rien de concret contre lui… Rien d'officiel. Parce que dans les faits, on a rien à faire ici, et les preuves dont je dispose n'ont pas été vérifiées ni accréditées par ma hiérarchie. »
« En somme, on fait quelque chose d'illégal. »
Presque comme s'il le comprenait uniquement à cet instant, Fangmeyer avala à sec, avant d'hocher la tête pour répondre par l'affirmative. « Il est trop tard pour reculer, de toute façon. »
« Qui parle de reculer, mec ? »
Les deux comparses échangèrent un sourire entendu, avant de parcourir les derniers mètres qui les séparaient de la porte. Fangmeyer prit une profonde inspiration, avant d'appuyer sur la sonnette, qu'il entendit retentir de l'autre côté. Ca y était, la partie était lancée… Il fallait conclure la partie et remporter la mise, à présent…
Sauf que personne ne vint ouvrir. Fangmeyer poussa un soupir de lassitude, après avoir réappuyé sur la sonnette à cinq reprises.
« De deux choses l'une… » commenta Finnick d'un ton quelque peu dépité. « Soit il est sorti faire une course, et on attend qu'il revienne… Soit, en sus de supprimer sa ligne, il a également pris la précaution de virer son cul de là, et attendre ne servira plus à grand-chose. »
« Ton optimisme me va droit au cœur, tu sais ça, Finni… »
Fangmeyer interrompit sa phrase, la laissant en suspens, tandis qu'arrivait dans leur direction un mammifère massif, dont la lourdeur du pas avait attiré son attention. Les deux associés tournèrent la tête dans sa direction, et l'individu se figea brusquement, prenant conscience de leur présence. Il s'agissait d'un auroch de haute taille, vêtu d'un imperméable gris encore ruisselant d'eau. Sous ses bras, il tenait des sachets cartonnés, sans doute remplis de quelques provisions. Dans son ironie, Finnick avait vu juste : le type était réellement allé faire quelques courses. L'auroch resta inerte l'espace d'un instant, mais son expression était clairement nerveuse… Beaucoup trop nerveuse pour que cela soit bon signe.
Espérant pouvoir désamorcer quelque complication que ce soit, Fangmeyer prit un visage avenant, et commença à dresser sa patte en vue de saluer poliment le nouveau venu. Celui-ci réagit alors au quart de tour, lâchant ses paquets au sol pour glisser sa patte sous sa veste, avant d'en retirer un pistolet, qu'il pointa dans leur direction avant de faire feu, sans sommation, et sans la moindre hésitation.
Heureusement, la nervosité rendit son tir des plus imprécis, et la balle alla se loger dans le mur adjacent, à un mètre à peine de la tête de Finnick. Passé la surprise de cette attaque inattendue, Fangmeyer laissa l'expertise professionnelle prendre le pas sur la stupeur, et repoussa violemment Finnick derrière lui, tout en dégainant sa propre arme de service.
« Reste à terre, Finn' ! » beugla-t-il pour couvrir la détonation de son propre revolver, tandis que l'auroch déchargeait deux tirs supplémentaires. Aucune balle ne fit mouche, mais celle tirée par Fangmeyer effleura suffisamment sa cible pour que la panique prenne le pas sur la poursuite de la confrontation. L'auroch tourna brusquement les talons, et se mit à courir dans la direction opposée.
« Reste là ! Tu bouges pas ! Quoiqu'il arrive, tu t'en mêles pas ! » ordonna Fangmeyer à l'attention du fennec, sans tourner le regard vers lui. Il achevait sa phrase alors qu'il était déjà élancé à toute allure à la poursuite de son suspect.
Le bovin était extrêmement rapide et agile, en dépit de sa masse. Il ne tenta pas sa chance avec l'ascenseur, et bifurqua sur la droite pour s'élancer dans la cage d'escalier. Fangmeyer était cependant plus endurant, et avait déjà commencé à réduire nettement l'écart les séparant. Malheureusement, une porte d'appartement s'ouvrit à la volée sur son passage, tandis qu'un résident, alerté par les coups de feu, venait voir ce qui provoquait un tel raffut. Le loup blanc évita l'impact de justesse, mais dû se jeter sur le côté, heurtant le mur adjacent, et trébuchant légèrement, ce qui permit à l'auroch de reprendre une sérieuse avance.
« Police ! » beugla Fangmeyer à l'attention du badaud responsable de sa chute, qui le contemplait avec des yeux ronds. « Reste à l'intérieur et bouclez cette foutue porte ! »
Le loup ne fut pas certain que le résident ait entendu la fin de ses consignes, car il s'élançait déjà quatre à quatre les escaliers lorsque les derniers mots sortirent de sa bouche. Tout en poursuivant sa descente, Fangmeyer lançait de rapides coups d'œil par-dessus la rampe, pour s'assurer que sa cible ne bifurquait pas à un étage en vue de le semer. Etrangement, l'auroch pris le parti de quitter la cage d'escalier au premier étage, plutôt que de descendre jusqu'au rez-de-chaussée. Fangmeyer bondit la dernière volée de marche, retombant lestement sur ses pattes avant de se propulser dans le couloir latéral. Deux tirs inattendus vinrent ricocher à quelques pas de lui, et il dû se plaquer au couvert du mur pendant un petit instant, avant de reprendre la poursuite, sans prendre la peine de gaspiller des balles inutilement : dans la frénésie de cette course, il aurait été incapable de toucher sa cible.
L'auroch remonta toute la rangée de portes donnant sur les différents appartements du premier étage, et bondit de toutes ses forces à l'extrémité du couloir, défonçant la fenêtre donnant sur l'extérieur… et qui ouvrait visiblement au niveau des toits des garages attenants à la résidence. Fangmeyer sprinta de toutes ses forces, bondissant à son tour au travers de l'ouverture pratiquée par sa cible. Il grimaça tandis qu'un bout de verre tranchait la manche de sa veste et le coupait méchamment au biceps. Il atterrit sur les toits en taule vermoulue, ruisselants d'eau de pluie, et manqua de glisser en raison de leur inclinaison. Il sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine, et la chaleur brûlante du sang s'écoulant abondamment de sa récente blessure.
Fangmeyer distingua la silhouette de l'auroch bondir depuis les toits des garages, sur le toit d'une camionnette stationnée en contrebats. S'il parvenait à rejoindre les zones boisées attenantes, il serait beaucoup plus difficile de le repérer, et donc de l'appréhender. Fangmeyer s'élança sans attendre, bondissant à son tour sur la camionnette, avant d'enchaîner par une glissade qui lui fit rejoindre le sol beaucoup plus rapidement.
A peine eut-il touché terre qu'un bras musculeux venait le percuter en pleine gorge, lui coupant le souffle. Le loup blanc fut projeté à terre, éructant et toussant, tandis que son arme lui échappait, et glissait sous la camionnette, hors de sa portée.
Fangmeyer écarquilla les yeux, comprenant qu'il s'était fait avoir : le but de l'auroch n'avait pas été de le fuir, mais de le prendre par surprise au couvert du large véhicule. Il avait réussi son coup, et tourna un visage triomphant en direction du loup qui gisait à ses pieds, pointant son pistolet dans sa direction.
« Je sais pas comment t'es arrivé jusqu'à moi, prédateur… Mais je te rassure, tu n'auras pas à le regretter longtemps. »
C'en était fini. Fangmeyer en eut la froide certitude, et se rendit compte avec horreur qu'à son dernier instant, il était totalement incapable d'avoir la moindre pensée sensée ou cohérente. Une fin bien misérable, à l'image de ses échecs successifs des dernières années, songea-t-il, tandis que l'index de l'auroch glissait sur la gâchette de son arme. Fangmeyer ferma les yeux et serra les dents, anticipant la détonation qui allait retentir, qu'il aurait le temps de percevoir, avant de plonger dans le néant.
Le tir se fit effectivement entendre, mais ne toucha pas sa cible. Fangmeyer prétendrait par la suite que la balle était passée nettement à côté, refusant de reconnaître lui-même qu'il l'avait concrètement senti frôlé le sommet de son crâne. Cela s'était joué à un millimètre… Un millimètre qui fut gagné par l'intervention de Finnick.
Le fennec, bien loin d'avoir obéi aux consignes de Fangmeyer, s'était élancé à sa suite. Plus petit, il était forcément moins rapide, et il lui avait fallu un peu plus de temps pour les rejoindre. Au moment où il les avait rattrapés, l'auroch était sur le point de faire feu sur Fangmeyer, qui était à terre. Le fennec n'avait pas hésité une seconde, et en dépit des risques, il avait bondi depuis le toit de la camionnette, directement sur le bovidé, le percutant au moment où il faisait feu, ce qui dévia son tir et lui fit perdre son arme.
D'un mouvement brusque, il projeta violemment Finnick contre le camion, éveillant un cri de douleur de sa part. Néanmoins, le fennec était resté alerte, et lorsqu'il toucha le sol, il bondit en direction du pistolet que l'auroch avait perdu, le saisissant avec prestance. Le temps qu'il se redresse et ajuste sa cible, celle-ci était déjà loin, et disparaissait dans les fourrés qui séparaient la zone d'habitation de la jungle étouffante qui se dressait au-delà.
Le fennec poussa un râle d'exaspération, et se laissa retomber au sol, le souffle court. La course, combinée à l'adrénaline, l'avait littéralement lessivé… Au final, cette pluie drue et implacable était la bienvenue, bien qu'elle manquât de fraicheur, à son goût.
Fangmeyer, pour sa part, restait estomaqué, les yeux fixés dans le vide, prenant peu à peu conscience que ce qu'il avait devant lui était bel et bien la réalité, que son cœur battait toujours dans sa poitrine, qu'il aspirait et expirait encore de l'air, et que la pluie qui inondait son pelage était concrète, elle aussi. Aussi concrète que la vie qui l'animait en cet instant, vie préservée par l'intervention inespérée du fennec qui gisait à quelques mètres de lui, et peinait visiblement à retrouve son souffle.
« Tu… Tu m'as sauvé la vie, Finnick… » marmonna Fangmeyer. Le son de sa propre voix lui sembla étrange, et extérieur à lui-même. Presque comme s'il l'entendait pour la première fois.
« N'en faisons pas toute une histoire. » se contenta de répondre le fennec avant de partir dans un rire nerveux, qui dura plusieurs minutes.
Ils remontèrent au troisième étage de la résidence, piteux et ruisselants d'eau. Le dénommé Allister Oldhoof, si s'était bien lui, leur avait échappé, manquant de peu d'envoyer l'un d'entre eux dans l'au-delà. On ne pouvait pas dire que l'expédition ait été une franche réussite.
Fangmeyer avait toujours du mal à admettre qu'il était encore de ce monde, et restait légèrement abasourdi, éprouvant des difficultés à se concentrer et à déterminer la meilleure des choses à faire. C'était Finnick qui avait proposé qu'ils reviennent ici, voir ce qu'ils pourraient trouver, mais maintenant qu'ils y étaient, le loup blanc avait la cervelle en sauce blanche, et restait là, les bras ballants, et le regard dans le vide.
Finnick inspecta les sacs de provisions que l'auroch avait laissé tomber au sol, mais ceux-ci ne contenaient que des denrées alimentaires… Rien d'intéressant, en somme. Une voisine ouvrit la porte l'espace d'un instant, afin de les questionner sur la nature des évènements. Quelque peu énervé par ce qui venait de se produire, Finnick l'invita de manière colorée à prendre certaines dispositions vis-à-vis de son postérieur. Cela fut suffisant pour pousser ladite curieuse à refermer la porte de son appartement, sans demander son reste.
« Bon… » commenta Finnick. « A moins que le fait de savoir que ce Gardien du Troupeau est un grand amateur de raviolis au gorgonzola en conserve soit utile pour ton enquête, il n'y a rien de très concluant à tirer de ces sacs. »
« C'est foutu, Finnick. » répondit Fangmeyer d'une voix sèche. « Il n'y a rien qu'on puisse faire de plus. »
« Tu te fous de moi ou quoi ? » protesta le fennec d'une voix sombre, avant de s'avancer vers la porte de l'appartement 309, auquel il donna un petit coup de patte. « Ce que tu cherches est derrière cette porte, mec. »
« Peut être bien. » admit le loup en secouant la tête. « Mais je n'ai rien à ma disposition qui m'autorise à pénétrer à l'intérieur… »
« Ce mec vient d'essayer de te tuer ! » s'exclama Finnick en affichant une expression abasourdie. « Si ça, ça ne t'autorise pas à entrer, je ne sais pas ce qu'il te faut ! »
« Tu ne comprends pas… » reprit Fangmeyer en fronçant les sourcils, sentant sa colère jaillir, et se tourner contre lui-même. « On n'est pas censés être ici ! Rien ne justifie qu'on soit là ! »
« Et ton enquête, alors, c'est du flan peut-être ? »
« Cette enquête est personnelle… Je ne suis pas affecté à cette affaire pour le compte du ZPD. Je n'avais pas l'autorisation de procéder au déblocage du téléphone, et encore moins de remonter cette piste. Si je pénètre dans cet appartement, je commets une infraction. Je suis flic, bordel ! Je ne peux pas faire ça, tu comprends ? »
Finnick resta interdit l'espace d'un moment, semblant digérer les arguments de Fangmeyer, les encaisser… Et finalement les comprendre, puisqu'il acquiesça légèrement en opinant du chef. Cela rassura quelque peu Fangmeyer de le voir se montrer raisonnable… Il était déjà suffisamment furieux contre lui-même sans avoir besoin d'ajouter à la charge de sa responsabilité un conflit d'éthique avec le fennec.
Celui-ci poussa d'ailleurs un soupir de lassitude, avant de bomber légèrement le torse, et de proclamer. « C'est trop con, hein ? Moi je suis pas flic, et du coup je peux faire ce qu'il me chante ! »
Et comme pour démontrer la véracité du propos, Finnick administra un coup de pied phénoménal dans la porte de l'appartement, dont le bois travaillé par l'humidité ambiante ne résista pas une seconde et vola en éclats. Le verrou fut littéralement propulsé vers l'intérieur, tandis que la porte, à moitié sortie de ses gonds, était violemment rabattue contre le mur adjacent.
Satisfait de sa manœuvre, le fennec croisa les bras sur son torse et offrit à un Fangmeyer médusé un sourire triomphal. « Et voilà, plus besoin de se prendre la tête, maintenant ! »
Le loup blanc avança d'un pas lourd en direction de Finnick, le regard enflammé et plein de rage. Les mots se mêlaient dans sa gorge atrophiée par la consternation, et il ne savait même pas par quel bout commencer pour expliciter virulemment au fennec à quel point ce qu'il venait de faire était à la fois stupide et irresponsable. Les conséquences seraient désastreuses, mais les seuls mots qu'il parvint à formuler se limitèrent à : « Toi… Tu… Mais ! »
« Tu m'engueuleras plus tard. » répondit Finnick, avant de pénétrer dans l'appartement par l'encadrement de la porte qu'il venait de fracturer, sans même lancer un regard en arrière.
L'indifférence du fennec par rapport à la situation laissa Fangmeyer quelque peu atterré. Mais pour l'heure, mieux valait finalement remettre à plus tard les considérations éthiques, et les retombées négatives qui ne manqueraient pas de poindre à la vitesse de l'éclair. Le loup blanc se maudit d'avoir accepté de faire un partenariat avec un type aussi imprévisible que ce fennec, oubliant sur le coup que ledit fennec lui avait sauvé la vie, une dizaine de minutes auparavant.
L'intérieur de l'appartement était un véritable capharnaüm. Si quelqu'un y vivait, c'était dans l'inconfort et l'absence d'hygiène la plus totale. Les parquets étaient sales, les murs graisseux et envahis par l'humidité, l'air était étouffant, moite, et envahi par l'odeur amère des détritus en décomposition, et qui jonchaient le sol, s'accumulant dans tous les recoins du logement. Celui-ci était composé de pièces longues et étroites, toutes reliées entre elles par un réseau de portes, ce qui donnait à l'ensemble un aspect quelque peu labyrinthique. Les volets fermés privaient l'environnement de lumière, et les ampoules de faible puissance ne révélait que les parties centrales des pièces, laissant le reste se noyer dans les ténèbres.
L'inspection des lieux ne tarda pas à porter ses fruits. Fangmeyer pénétra dans un bureau, un peu mieux entretenu que le reste de l'appartement. Visiblement, Oldoof dormait dans cette pièce, car un lit de camp y était dressé. Le confort était des plus sommaires, mais ce ne fut pas cela qui attira l'œil du loup blanc, de prime abord. Contre le mur adjacent était disposé un large bureau, qui servait visiblement de plan de travail à l'auroch. Plusieurs téléphones fixes étaient raccordés à un tableau de transfert de lignes… En réalité, l'auroch n'avait eu aucune difficulté à éradiquer un numéro dont il ne souhaitait plus se servir, avec l'aide d'un tel matos. Il lui suffisait tout simplement de débrancher une fiche, et de la rebrancher dans une autre, dont les paramètres étaient configurés d'une manière totalement différent. Un vrai matos de central d'appels. Il y avait six lignes téléphoniques différentes actives, et trois autres inutilisées. En somme, Fangmeyer pouvait conclure qu'Oldoof avait sous sa direction au moins six groupes d'intervention, à l'image de celui dont Blake avait été le responsable. Il commençait à mieux comprendre le fonctionnement hiérarchique des Gardiens du Troupeau, à présent.
Un ordinateur portable en veille se tenait sur le côté. Fangmeyer l'activa, et tomba sans surprise sur la page d'accueil du Furbook des Gardiens du Troupeau, auquel l'auroch avait visiblement accès en tant qu'administrateur. Le loup blanc fut tenté d'en profiter pour publier des démentis et tout un tas d'autres stupidités pour polluer la page de ces abrutis, mais se reprit rapidement : il avait mieux à faire de son temps que de le perdre en petites vengeances mesquines. Il serait plus que ravi de farfouiller dans les entrailles de cet ordinateur un peu plus tard, afin de recueillir toutes les informations intéressantes qu'il ne manquerait pas de contenir sur les autres membres des Gardiens du Troupeau, et notamment le reste de leur hiérarchie (car il était évident qu'Oldoof n'était pas le seul cadre, et clairement pas la tête pensante du groupe).
Mais en attendant, son regard fut attiré par la paperasse qui s'accumulait sur le bureau… Des plans de différents quartiers de Zootopie figuraient sur de larges feuilles au format A3, et des flèches et indications avaient été griffonnées au stylo rouge. Fangmeyer écarquilla les yeux en déchiffrant plusieurs de ces annotations… « Sens de la marche pour la paix », au côté de flèches indiquant des itinéraires au travers des différents quartiers, celles-ci se voyant entrecoupés de plusieurs croix, ainsi que de cercles, qui indiquaient « Lieu de rassemblement de l'équipe 1 », et ainsi de suite jusqu'à l'équipe 6. L'information la plus terrible restait néanmoins la dernière, lorsque les différentes flèches se recoupaient en un point, la place où les différents cortèges devaient se réunir, une fois la marche terminée… Place de la Mairie, à Savannah Central. Celle-ci était encadrée d'un rouge épais, et gratifiée de l'annotation « Point de convergence et d'intervention. »
Fangmeyer sentit sa bouche s'assécher et son cœur se ratatiner dans sa poitrine… Les Gardiens du Troupeau sous la direction d'Oldoof avaient visiblement planifié quelque chose d'énorme, une action tonitruante, et elle était prévue pour aujourd'hui… Les marches pour la paix allaient être prises pour cible. De quelle manière ? Le loup blanc n'en avait aucune idée, mais son instinct lui hurlait d'agir vite, car la situation était plus qu'alarmante : elle était affolante.
« Finnick ! Viens voir ça ! Il faut appeler le QG tout de suite ! Tant pis si je me fais mettre à pied pour mes conneries, mais il va se passer quelque chose de dramatique ! »
« Non, toi viens voir ! » répliqua la voix de Finnick, dont la tonalité alarmiste et ouvertement paniquée (chose totalement inhabituelle de la part du fennec), fit comprendre à Fangmeyer qu'il n'était pas au bout de ses (mauvaises) surprises. « J'ai un truc ici qui est… Oh bordel ! J'ai même pas de mots… »
Fangmeyer suivit la voix de son acolyte pour le rejoindre dans une petite pièce attenante particulièrement surchauffée, et très mal éclairée, qui était envahie par une odeur florale entêtante. Le fennec se tenait debout devant deux tables qui s'étendaient sur toute la longueur de la pièce, et au-dessus desquels étaient disposées des lampes à UV, qui diffusaient une lueur bleuâtre assez désagréable. Disposés sur les tables, se tenaient des bacs de culture, sur lesquels on avait fait pousser des centaines de Minicampum Holicitias.
« Hurleurs Nocturnes… » bredouilla Fangmeyer en laissant courir son regard médusé sur le reste de la pièce, qui était remplie de matériel chimique, d'appareillage de distillation et de concentration. Une boîte en carton nonchalamment disposée contre le mur était remplie à ras-bord de bille plastifié remplie d'un liquide bleu-foncé, tirant quelque peu sur le violet… Des munitions de sérum. Par centaines.
« Finnick… » marmonna Fangmeyer, qui n'arrivait plus à rassembler ses idées, car il était peu à peu envahi par une panique frénétique qui le rendrait bientôt incapable de rationnaliser la moindre pensée cohérente. « Appelle tout de suite Nick et Judy… Il faut qu'ils viennent voir ça… Ce sont les seuls à avoir vu de leurs propres yeux un laboratoire de production du sérum… On a besoin de leur expertise ici. »
Le fennec se contenta d'acquiescer, sans rien répondre. Il semblait tout aussi estomaqué et incapable de réagir que son associé. Fangmeyer prit néanmoins sur lui pour décrocher la radio professionnelle fixée à sa ceinture, et qu'il avait pris soin d'emmener.
Il ne savait même pas comment expliciter la situation de manière claire et ordonnée, au moment où il appuya sur le bouton de mise en contact avec le standard.
Judy avait commencé à se sentir mal la veille, en début d'après-midi. En dépit de la grasse matinée prolongée qu'ils avaient partagé jusqu'aux abords de midi (pour son plus grand plaisir), elle s'était à nouveau sentie rapidement épuisée. Alors que Nick lui avait proposé de l'emmener se promener dans d'autres coins intéressants de Zootopie, la lapine fut désolée de devoir décliner l'offre, au final, car elle se sentait bien incapable de mettre un pied devant l'autre. Lorsqu'elle trébucha, suite à un léger malaise, Nick la porta jusqu'à la chambre et l'allongea dans le lit.
Il la supplia de le laisser l'emmener à l'hôpital, mais elle déclina l'offre, prétextant être sous l'effet d'un coup de fatigue qui ne manquerait pas de passer. De toute manière, elle avait rendez-vous avec le docteur Barrare le lendemain matin à onze heures. Si ça n'allait pas mieux d'ici-là, elle pourrait aviser directement avec lui.
Nick se montra disponible et au petit soin pour elle, tout au long de l'après-midi, et se sentit de plus en plus inquiet, d'heures en heures, alors qu'elle dormait quasiment sans interruption, mais se réveillait toujours aussi épuisée. Visiblement, les heures de sommeil qu'elle enchaînait pourtant à un rythme effréné n'avait aucun effet positif sur son état.
Elle mangea peu, le soir, ne se sentant pas en grand appétit, et n'exigea qu'une chose : que son renard dorme à ses côtés cette nuit encore. Nick accepta bien volontiers, mais passa une nuit de veille assez affreuse, car en fin de soirée, Judy commença à avoir de la fièvre. Il lui fit prendre ses médicaments, et contrôla régulièrement sa température, s'assurant qu'elle ne montait pas trop… Si cela finissait par arriver, il l'emmènerait en urgence à l'hôpital, qu'elle le veuille ou non. Mais la fièvre se stabilisa, et n'empêcha pas Judy de dormir comme une souche jusqu'au matin. A plusieurs reprises, elle fut parcourue de légers tremblements, sans doute dus à son état fébrile, et avait trouvé réconfort et chaleur au creux des bras du renard. Nick ne dormit que par à-coups, une quinzaine de minutes, de-ci, de-là, son inquiétude l'empêchant de sombrer dans un quelconque sommeil profond.
Il fut donc soulagé de pouvoir conduire la lapine à l'hôpital le lendemain, pour sa visite de contrôle avec le docteur Barrare, car elle s'était réveillée dans un état relativement similaire à celui qui avait été le sien tout au long de la journée précédente.
Le médecin pratiqua les soins, avant de s'intéresser plus en détails à l'état de sa patiente. A la grande surprise de Judy, sa plaie était en bon état, et cicatrisait bien. Les points de suture avaient tenus, en dépit de ses excès, et sa fébrilité n'était donc pas consécutive de sa blessure… La lapine, affaiblie par l'intervention qu'elle avait subie quelques jours plus tôt, avait tout simplement attrapé froid, et souffrait de symptômes grippaux relativement anodins, mais qui l'affectaient assez violemment car son corps était encore en récupération, suite à sa mésaventure du début de semaine. Le docteur lui prescrivit donc un médicament supplémentaire, pour lutter contre la grippe, et la renvoya aux bons soins de Nick, rappelant au renard de bien veiller sur elle, et de l'empêcher de faire des excès. Le renard s'en voulait déjà assez de l'état de Judy… Il était clair qu'elle avait attrapé froid à Tundraville, et c'était lui qui l'avait emmené passer la journée là-bas.
Ils argumentaient encore à ce sujet au beau milieu de l'après-midi, au moment même où Finnick défonçait la porte d'un certain appartement 309. Mais de ceci, ils n'avaient encore aucune idée… Ils ne savaient rien encore de ce qui les attendait, dans la suite de cette journée qu'ils avaient souhaité reposante, mais qui bouleverserait une nouvelle fois leurs existences.
« Je vais bien, Nick ! » argumenta Judy en poussant un soupir de lassitude. Elle était confortablement installée dans le canapé, enroulée dans un lourd plaid en laine, à regarder la télévision, avec une infusion de tilleul entre les pattes. « Tu as entendu le docteur, non ? Ce n'est qu'un petit rhume. »
« Il a parlé de grippe ! C'est pas rien, une grippe ! » Le renard maugréa en secouant la tête. C'était au moins la dixième fois qu'il revenait à la charge avec cette histoire depuis leur retour de l'hôpital. « J'aurais jamais dû t'emmener à Tundraville alors que tu venais de te faire opérer. Je suis vraiment trop stupide… »
« Arrête avec ça, maintenant ! » s'impatienta la lapine, visiblement lassée de ces éternels auto-reproches. « Cette journée à Tundraville était en tous points merveilleuse, et si le prix à payer pour l'avoir vécue est d'attraper une misérable petite grippe, alors je suis heureuse d'en subir le désagrément. Content. »
« Assez. » répliqua le renard en affichant un sourire sarcastique. En dépit du reste, il lui était toujours plaisant d'apprendre que Judy passait de si bons moments en sa compagnie.
« Efface ce sourire satisfait de ton museau, Wilde. » répliqua la lapine d'une voix joueuse. « Je n'ai pas dit que cette journée avait été fantastique grâce à toi. C'est Tundraville qui est merveilleuse. »
Nick ne put réprimer un petit ricanement réprobateur, avant de secouer la tête. « Non, non, officier Hopps. Vous m'avez concédé la victoire à un certain pari, qui mettait en jeu le fait que vous soyez heureuse ou fâchée à l'égard de ma personne à la fin de ladite journée. J'estime donc avoir joué un grand rôle dans votre appréciation générale, qui est visiblement très positive. »
« Si on exclue le fait que j'ai attrapé la grippe, alors oui, tu peux l'estimer. » rétorqua-t-elle en lui tirant la langue, sachant très bien qu'elle relancerait une vague de culpabilité chez lui par ce biais.
Elle n'anticipait que trop bien ses réactions, car le renard laissa tomber ses oreilles en arrière, avant de répliquer d'une voix piteuse : « Je croyais que je ne devais pas me sentir coupable ? »
« J'expose seulement les faits, mon cher. » répondit la lapine d'un ton un peu cruel. « Mais je ne vais pas me plaindre, c'est très agréable d'avoir quelqu'un qui est aux petits soins pour moi, histoire de changer. »
« Ouai ? Ben crois pas que ça va devenir une habitude… » répliqua Nick sur un ton un peu boudeur. Visiblement, il n'appréciait que moyennement de se faire manipuler par le biais de son incontrôlable sentiment de culpabilité.
« Je te le rendrai bien, quand je serai en mesure de te faire le fameux massage que je te dois. »
L'intonation légèrement sensuelle qu'elle employa pour déclarer cette dernière phrase laissa Nick sans voix pendant quelques instants. Ni l'un ni l'autre n'avait plus fait mention de cette histoire de massage depuis que le renard avait remporté le pari, et jamais Nick ne se serait permis de l'exiger de lui-même. Aussi fut-il quelque peu surpris de voir cette idée jaillir au sein de la conversation, et surtout en provenance de Judy. Il estimait qu'éventuellement elle passerait à côté, et n'en ferait plus jamais mention, mais visiblement ce n'était pas ce que la lapine avait en tête.
« Je ne pense pas être aussi douée pour ce genre de choses que tu l'es, cela dit. » ajouta-t-elle en haussant doucement les épaules. « Mais je ferai de mon mieux… »
« Hum… Tu… Tu n'es vraiment pas obligée de… » bredouilla Nick.
« Un pari est un pari, Nick. Quels genres de partenaires serions-nous si nous n'allions pas au bout des choses que nous fixons ensembles ? »
Faisait-elle référence à leur future partenariat professionnel, ou bien sa phrase avait-elle un sens plus profond, et surtout plus intime ? La question tournait encore dans la tête de Nick lorsque la sonnerie de son téléphone se fit entendre, et le tira violemment de ses pensées confuses. Il extirpa l'appareil de sa poche pour constater que l'appel venait de Finnick. Assez surprenant que ce-dernier cherche à le joindre à une telle heure de la journée… Le fennec avait plutôt tendance à avoir une vie nocturne.
Nick décrocha en saluant son ancien partenaire d'une voix claire, mais fut rapidement interrompu. Judy observa l'expression de Nick se métamorphoser peu à peu, passer de la surprise à la consternation, puis à l'horreur.
Immédiatement, la lapine comprit que quelque chose de grave était arrivé.
