Notes de l'auteur :

Exceptionnellement, pour éviter tout risque de spoil éventuel, les notes de l'auteur se trouvent en fin de chapitre, cette fois-ci. Donc lisez d'abord le chapitre, avant d'aller lire mes élucubrations usuelles. Merci !


Chapitre 19 : Sienne

Un calme relatif régnait à présent dans l'artère principale du centre-ville, où Bogo tentait d'organiser la gestion de la crise. Gardant la tête froide en toute circonstance, il gravitait entre différents groupes spécialisés dans leurs domaines respectifs, que ce soit la défense, le médical ou l'administratif. Il était suivi comme son nombre par une girafe appartenant aux équipes de premier secours, qui bataillait tant bien que mal pour finaliser un bandage à la plaie que le buffle s'était vue infligée au bras, alors qu'il défendait des civils contre l'un de ses propres officiers devenu sauvage.

Le plus dur était derrière eux, à présent. Bogo était parvenu à limiter les dégâts en coordonnant ses équipes sur le cortège principal, mettant hors d'état de nuire les membres des Gardiens du Troupeau, ainsi que la totalité des prédateurs qu'ils avaient infectés à l'aide du sérum d'Hurleurs Nocturnes. Après cela, il avait fallu opérer un travail de longue haleine pour calmer les manifestants, les ramener à l'ordre et au calme, ce qui avait été rendu plus aisé par l'intervention de Gazelle et le message d'apaisement qu'elle avait finalement pu transmettre, lorsque les équipes techniques avaient repris le contrôle du direct.

Malheureusement, des victimes étaient à déplorer. Il n'en avait pas dénombré énormément pour l'instant, mais il n'avait pas pu remonter l'intégralité du cortège, et n'avait que des nouvelles très fragmentaires quant à ce qui était arrivé dans les autres quartiers. Il savait seulement que pour une raison mystérieuse, les manifestants de Tundraville s'étaient conduits de manière héroïque, et qu'aucune perte n'était à déplorer de leur côté. Ils avaient commencé à se disperser dans le calme, encadrés par les unités en place là-bas. Bogo aurait souhaité qu'il en soit autant partout, mais au bout de toutes ces années de métier, il avait cessé de croire aux miracles.

Il avait finalement rejoint la caravane de l'équipe de transmission, qui était devenue, par défaut, une sorte de point névralgique temporaire, quartier général des opérations… Toute cette débâcle n'était pas prévue au programme, de prime abord, et le chef ne put que se féliciter d'avoir affecté assez d'officiers pour assurer la sécurité de l'évènement, et dû reconnaître que la ténacité de Fangmeyer avait peut-être bien sauvé la mise, étant donné qu'elle leur avait permis d'anticiper de quelques minutes les attaques. Des minutes qui avaient pu sauver de nombreuses vies, en permettant aux policiers de se préparer au pire.

Toujours était-il que le chef ne comprenait toujours pas la logique d'une telle attaque. Elle était organisée, solide, préparée sous tous les angles… Et pourtant, elle semblait avoir été menée volontairement de travers. Les Gardiens qu'ils avaient arrêtés le long des cortèges, étaient des amateurs peu entraînés, qui savaient à peine se servir de l'équipement pourtant très perfectionné (et incroyablement onéreux) qui leur avait été remis. De même, le sérum employé pour contaminer les prédateurs du ZPD était un dérivé de qualité médiocre, aux dires des équipes scientifiques qui avaient commencé à se pencher sur la question. Il ne faisait qu'abrutir les victimes en les renvoyant à un état sauvage primitif, sans stimuler leur agressivité, comme c'était le cas du sérum employé par les subalternes de Bellwether. De fait, les mammifères devenus sauvages étaient simplement hébétés, craintifs, et n'avaient attaqué que lorsqu'ils s'étaient sentis acculés ou menacés. En dehors de ça, ils avaient surtout cherché à fuir ou à se cacher, et les maîtriser n'avait posé aucune difficulté particulière. Tout ceci ne collait pas.

« Une chose est sûre… » déclara Karen, à laquelle Bogo avait commencé à exposer ses doutes. « Ils ne cherchent plus à obtenir l'aval du public, ni à se faire voir comme une sorte de troisième voie… »

« C'est certain… » confirma Gazelle en hochant de la tête. La popstar était encore sous le choc, et tremblait comme une feuille, ce qui ne l'empêchait pas de raisonner avec beaucoup de finesse. « Ils se sont montrés sous leur véritable jour. Plus personne ne pourra s'y tromper, maintenant… Ces types sont des criminels, une organisation terroriste de la pire espèce. Si leur but était de voir des gens adhérer à leur cause, ils risquent d'être déçus. »

« Je pense que ce n'est pas ce qu'ils cherchent, au final. » la corrigea Karen, qui semblait ailleurs, perdue dans ses réflexions. « Nous nous sommes mépris sur les intentions des Gardiens, dès le début. Nous les avons sous-estimé parce qu'ils voulaient qu'on les prenne pour un groupuscule extrémiste sans importance, qui surfait sur la vague du spécisme afin de faire parler de lui. Ce qu'ils ont fait aujourd'hui, c'était une démonstration… Ils se sont affichés dans toute leur puissance et leur potentiel de dangerosité. Leur but n'est pas de de faire adhérer la population à leur vision rétrograde du monde, mais de la faire céder par la terreur. »

Gazelle secoua nerveusement la tête. Cette idée était indubitablement logique, mais bien plus effrayante encore que de s'imaginer les Gardiens du Troupeau comme une bande d'idéalistes aux attentes viciées (mais qui demeuraient néanmoins des idéalistes à leur propre cause, même si celle-ci était vile, répugnante et rétrograde)… Là, il fallait les considérer comme une force de frappe imprévisible, ayant les moyens de ses ambitions, assez de membres pour sacrifier sans retenue les moins importants, et qui pouvait se manifester à n'importe quel moment, de la plus violente des manières.

« Comment gère-t-on ce type de menace, Adrian ? » demanda la chanteuse d'une voix brisée par l'émotion.

« On la subit, malheureusement. Jusqu'à ce qu'elle se trahisse, et nous permette de la faire tomber. »

Le buffle poussa un soupir en constatant que sa réponse ne réconfortait en rien son interlocutrice. « Ecoutez, il y a visiblement un chef à la tête de cette bande de tarés. Ce type au masque qui se fait appeler le Berger… S'il tombe, alors tout son édifice s'écroule. Et puis, tout n'est pas perdu. On aura peut-être amoncelé assez de preuves et d'évidences aujourd'hui pour remonter jusqu'aux leaders du groupe. On s'est pris une fessée, c'est vrai… Mais ils n'ont pas triomphé pour autant. »

Karen hocha la tête pour appuyer les dires de Bogo. Ce n'était peut-être pas les paroles les plus optimistes, mais au moins elles se cantonnaient aux faits. « On peut même espérer qu'en ayant révélé leur vrai visage aujourd'hui, ils perdent l'appui d'une bonne partie de leurs sympathisants. Il sera bien moins « tendance » de se dire agneau sous la protection des Gardiens, à partir de demain. »

« Ca n'empêchera pas les gens de le penser… » marmonna Gazelle.

Bogo poussa un rire froid à cette remarque, avant de déclarer : « Parce que vous croyez que ces gens avaient attendu les Gardiens du Troupeau pour faire preuve d'un spécisme latent ? Tout ceci n'est qu'un prétexte pour cracher dans la soupe, et rien de plus. Ça se tassera, comme toujours. Et on mettra chacun de ces fichus terroristes derrière les barreaux, croyez-moi. »

La certitude affichée par le buffle sembla rasséréner Gazelle, au moins un peu. Elle opina doucement du chef, avant de poser une patte chaleureuse contre l'avant-bras du chef du ZPD. « Merci, Adrian. Notre association lutte de toutes ses forces pour la préservation de la paix et de l'harmonie entre chaque espèce vivant à Zootopie, et même dans le reste du monde. Nous sommes heureux de savoir que les forces de l'ordre font tout ce qu'elles peuvent pour défendre ces valeurs. »

« Nous défendons la loi et l'ordre avant tout. » la corrigea Bogo, semblant ne pas vouloir entrer dans un conflit d'intérêt.

Sa réponse fit beaucoup rire la chanteuse, qui secoua la tête face à tant de pragmatisme. « Parce que la paix a une valeur légale, maintenant ? »

La finesse rhétorique de Gazelle en disait long sur sa mentalité, et son intelligence particulière. Elle était loin de l'image de la popstar délurée et sans cervelle que la plupart des gens se faisaient d'elle. Cela ne faisait qu'ajouter à son charme si spécial, aux yeux de Bogo, qui se dérida un instant, pour lui offrir un léger sourire. Karen en resta estomaquée… C'était la première fois qu'elle voyait le buffle afficher une telle expression. Si elle avait pu immortaliser l'instant d'une photo, elle l'aurait fait. Mais le sourire fut aussi bref qu'un claquement de doigts, et disparut presque aussi vite qu'il était apparu. Cependant, celle à qui il était destiné ne manqua pas de le remarquer, et sembla intriguée d'un tel témoignage de sensibilité de la part de ce policier bourru, qui se dissimulait habituellement derrière un masque impénétrable.

Au même moment, le lieutenant Higgins fit irruption dans la caravane, attirant l'attention de tous sur lui.

« Chef ! Chef ! » clama l'hippopotame d'une voix horrifiée. « Il faut que vous veniez voir ça, c'est terrible ! »

Bogo fronça les sourcils, excédé. Visiblement, ses soucis du jour étaient loin d'être derrière lui. Il se précipita vers l'extérieur d'un pas rapide, Karen et Gazelle sur les talons.


Bonnie et Stu Hopps étaient rivés devant leur écran depuis près d'une heure à présent. Lorsque les voisins les avaient informés que la chaîne d'informations générales diffusait une édition spéciale en direct sur un attentat terrible s'étant déroulé à Zootopie, la frayeur avait commencé à gagner leurs cœurs, et ils s'étaient installés devant l'écran du salon, les pattes jointes, les yeux exorbités, suivant l'avancée de la situation commentée par une reporter nommée Zella Leona, une lionne en tailleur noir et chemisier blanc, qui s'était infiltrée au sein des évènements désastreux au mépris du danger.

Petit à petit, les nombreux enfants Hopps avaient entendu que quelque chose de grave s'était produit, et s'étaient amassés au salon, s'agglutinant les uns derrière les autres, tout autour de leurs parents, et même au-devant du canapé. Il était passé par la tête de Bonnie qu'éventuellement un tel spectacle aurait dû être épargné aux plus jeunes de ses petits… Mais elle était trop effrayée et angoissée pour se perdre dans ce type de conjecture.

Jessica, l'une des sœurs de Judy, issue de la même portée, qui était venue rendre visite à ces parents aujourd'hui en compagnie de ses propres petits, laissa retomber son téléphone portable contre sa cuisse en poussant un soupir anxieux.

« Toujours rien ? » demanda Bonnie d'une voix éperdue.

Jessica secoua la tête, avant de répondre : « Non, elle ne répond pas… » La lapine posa une patte réconfortante sur l'épaule de sa mère, pour essayer de la rassurer. « Ne t'en fais pas, maman… Je suis sûre que Judy va bien. »

Au même moment, un évènement nouveau sembla se dérouler du côté de la manifestation, car Zella Leona repris la diffusion du direct, commentant la situation d'une voix claire et professionnelle.

« Nous sommes toujours sur Savannah Avenue, où le cortège principal a été attaqué, il y a cinquante minutes environ. Les forces de l'ordre viennent de reprendre de l'activité, et une certaine agitation règne. On dirait qu'il se passe quelque chose qui… »

La reporter arrêta son discours un instant, avant de fixer son regard par-dessus l'épaule de son cameraman. Elle lui fit ensuite signe de se retourner. « Hey, c'est derrière ! Sur les écrans de retransmission ! »

La caméra opéra une rotation à cent-quatre vingt degrés, pour se placer face à l'un des écrans géants montés sur les chars, qui se trouvaient à présent à l'arrêt. Une foule de badauds hagards commençait à se rassembler tout autour, attentifs aux images qui étaient diffusées. Zella Leona se précipita au-devant de la caméra, se mettant sur le côté pour ne pas masquer l'écran géant, qui renvoyait une image peu claire, à présent. Il n'y avait que de noir.

« Il semblerait que quelque chose se trame avec la retransmission. » commenta la reporter. « Rappelons que le système a été piraté plus tôt au cours des évènements, pour permettre à l'individu prénommé le Berger, chef supposé des activistes terroristes, de délivrer son message et de… »

Au même moment, l'image affichée sur les écrans s'illumina, la lumière inondant une pièce qui semblait être une cuisine ouverte sur un salon, dont on ne distinguait pas vraiment le mobilier. Deux mammifères se tenaient dans le cadre… Un renard, et une lapine.

Bonnie plaqua ses deux pattes contre sa bouche en reconnaissant immédiatement Judy et Nick, tandis que Stu étouffait un juron et se redressait sur ses deux pattes, les yeux exorbités. Des murmures angoissés parcoururent toute l'assemblée familliale, tandis qu'un silence de plomb s'instaurait, autant à Bunnyburrow que sur Savannah Avenue.

« Bonjour Nicholas. » déclara une voix étrangement mielleuse, provenant d'une personne qui n'apparaissait pas dans le cadre.

Bonnie n'avait pas manqué de remarquer que Judy avait l'air patraque, comme si elle était malade. Mais ce qui la choqua le plus demeura l'expression atterrée et terrifiée qu'affichait Nick, fixant ce troisième intervenant inconnu, qui se tenait vraisemblablement derrière la caméra.

« Qu… Qui êtes-vous ? » demanda Judy d'une voix tremblante, qui fit vibrer sa mère d'horreur.

« Stu… » déclara-t-elle d'une voix impuissante, tandis que les larmes lui montaient aux yeux. Le père de famille resta interdit, obnubilé par ce qu'il voyait. Il était si concentré qu'il semblait en oublier de respirer

« Je suis le Berger. » répondit le mammifère dissimulé. « La véritable question, c'est… Qu'est-ce que vous êtes, vous ? »

« Ce… Ce que je suis ? »

Zella Leona avait l'air particulièrement dérangée par ce qui était en train de se passer, et son caméraman lui faisait visiblement des signes, car l'image n'était plus fixe et vibrait légèrement.

« On peut pas filmer ça, Zel' » déclara une voix en hors champ. « Je refuse de filmer ça ! »

« Les gens doivent savoir, Dean ! Alors filme, bon dieu ! »

« Non… Non, ça va mal finir ! C'est juste ce que ce taré espèce ! »

« Oui, ce que vous êtes. » reprit la voix du Berger, jaillissant depuis l'extérieur du cadre, car le dénommé Dean avait laissé pointer sa caméra vers le sol, se refusant à mettre en images ce qui se déroulait sous ses yeux, et que l'écran de retransmission rendait visible à tous. La voix de Zella, qui s'énervait après son cameraman, vint perturber la perception que la famille Hopps pouvait avoir du déroulé des évènements, mais le chaos de la situation, sur place, ne leur était pas épargné. Plusieurs frères et sœurs de Judy commencèrent à paniquer, à pleurer et à crier, posant des questions qui se transformèrent bien vite en un marasme sonore rendant toute audition de la télévision quasiment impossible.

Mais les oreilles affutées de Bonnie et Stu ne manquèrent pas les paroles atroces que la caméra retransmit en direct, en dépit du vacarme assourdissant qui régnait autour d'eux.

« Vous êtes sa proie. »

Les deux parents se blottirent l'un contre l'autre, transits d'horreur, les yeux rivés sur l'écran qui ne montrait rien de plus que du macadam. Un bruit étrange se fit entendre, comme un tir de pistolet, suivi de la réaction horrifiée du public se trouvant à Zootopie, et qui avait, pour sa part, le « privilège » d'assister en direct au spectacle que la conscience de Dean l'empêchait de retransmettre en direct.

La caméra se redressa, captant brièvement l'écran qui montrait une Judy face à face avec un individu vêtu de noir, et dont le visage était dissimulé par une capuche, puis elle pivota sur elle-même, tandis que Dean, le caméraman, prenait la décision de se mettre lui-même à l'écran, en gros plan. Il s'agissait d'une hyène affichant une expression horrifiée et mal à l'aise.

« Ici Dean Laughburg, caméraman chez ZNN. Les images diffusées sur les écrans géants risquant de heurter les spectateurs, je prends sur moi de couper le direct. Désolé… »

La seconde suivante, l'écran devint noir, et la diffusion repartit en studio, où les présentateurs de l'édition spéciale s'emparèrent du sujet, et le commentèrent de vive-voix… Mais ni Stu, ni Bonnie, n'avaient plus la force ou l'envie de se concentrer sur ce que ces individus extérieurs avaient à dire sur le sujet. Il était plus que certain que leur fille était en danger, à cet instant même. En danger de mort… Tout portait à le redouter… Et trois-centre-trente-sept kilomètres les séparaient d'elle, et du secours qu'ils auraient pu lui apporter. L'impuissance s'ajouta à la panique, faisant craquer Bonnie, qui s'effondra au sol, en larmes, tandis que Stu se précipitait à l'extérieur, les clés de son camion entre les pattes… Il arriverait trop tard, bien trop tard, il le savait pertinemment… Mais ne rien faire aurait été pire. Pour ne pas devenir complètement fou, il devait agir.


« Hopps… » marmonna Bogo, les yeux rivés sur l'écran géant qui lui faisait face.

Le Berger venait d'asséner à la lapine un violent coup de poing en pleine poitrine, et celle-ci s'était effondrée au sol en hurlant de douleur. Le buffle poussa un grognement fauve, en tournant un visage furibond à l'attention d'Higgins.

« Higgins, trouvez un moyen de couper la retransmission de ces images ! Quoiqu'il advienne, je ne veux pas que ce soit visible plus longtemps, par qui que ce soit ! Si vous devez faire feu dans chacun de ces foutus écrans géants pour arrêter la diffusion de cette horreur, faites-le ! »

« Bien chef ! » déclara Higgins en hochant de la tête, avant de se précipiter vers ses hommes afin de relayer les ordres. Ils ne tardèrent pas à choisir la solution la plus simple, et de nouveaux cris d'horreur retentirent tandis que tous les policiers présents commençaient à ouvrir le feu sur les écrans géants, afin de stopper par la force les images qu'ils retransmettaient.

Bogo s'éloigna d'un pas rapide en direction du fourgon, espérant que les ordres seraient relayés assez rapidement pour que tous les écrans de tous les cortèges soient mis à l'arrêt avant que les images qu'ils diffusaient ne deviennent concrètement sordides. Bien que le buffle se refusât à admettre cette possibilité, tant elle l'horrifiait, il ne pouvait réfuter l'atroce fatalité. Il ferait tout ce qu'il pourrait pour arriver sur place le plus vite possible… Mais il serait sûrement trop tard.

Il entendit alors le pas rapide qui le talonnait et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Karen l'avait suivi. « Chef, où allez-vous ? » demanda la springbok d'une voix paniquée. « On a besoin de vous ici. »

« Hopps et Wilde. C'est eux qui ont besoin de moi, maintenant ! » répondit brutalement le buffle d'une voix aussi glaciale qu'intransigeante, tout en ouvrant à la volée la portière conducteur de son fourgon.

« Ne perdez pas votre sang-froid, chef ! » le réprimanda Karen en le retenant par le bras, ménageant plus de force qu'il aurait pu supposer de sa part. « Il doit y avoir des unités plus proches de chez eux… Envoyez-les sur place. »

« Non. » répliqua Bogo, qui refusait de se montrer raisonnable. Visiblement, la situation extrême avait finalement eu raison de son professionnalisme, et c'étaient l'instinct et la colère qui dictaient sa conduite présente. « Vous, contactez toutes les unités les plus proches. Si elles arrivent sur place avant moi, tant mieux… Mais il ne sera pas dit que je serais resté derrière, et que je n'aurais pas agi, si quelque chose de grave venait à se produire. »

« Chef… » tenta une dernière fois Karen d'une voix suppliante, mais Bogo l'ignora totalement, et fit démarrer en trombe le moteur de son véhicule. Les concessions et les demi-mesures n'avaient plus lieu d'être, à ses yeux. Seul son but comptait… Car, tant qu'il conservait cet objectif en tête, il ne cédait pas au désespoir… C'était un moyen comme un autre de continuer à croire qu'il pourrait éventuellement empêcher un drame atroce de se produire. Un moyen comme un autre de se mentir à lui-même.


Judy avait essayé de se relever, mais c'était peine perdue. Ses jambes refusaient de lui obéir, et elle n'avait même plus la force de prendre appui sur ses bras pour tenter de se redresser. Son regard empli de larmes était fixé sur le plafonnier, et le spot lumineux qui trônait au-dessus du comptoir de la cuisine lui faisait horriblement mal aux yeux. Son esprit n'était qu'un shrapnel épars de souffrances, de terreur et de panique, tandis que tous ses sens étaient braqués vers les sons étouffés et les borborygmes bestiaux en provenance de Nick, qui se trouvait à quelques mètres d'elle, mais qu'elle ne pouvait voir dans sa position.

Le souffle court, elle grimaçait à chaque prise d'air, sa blessure à la poitrine se rappelant à elle à la moindre occasion. Elle avait l'impression qu'on avait glissé un charbon ardent sous sa peau, et que celui-ci s'enfonçait toujours plus profondément en direction de ses poumons, les consumant peu à peu sous sa chaleur brûlante.

Comment en étaient-ils arrivés là ? Pourquoi le sort semblait ainsi s'acharner contre eux ? Il y avait une ironie presque comique dans la situation. Ils avaient sauvé Zootopie d'un complot mené par Bellwether en feignant que Nick ait été touché par le sérum, et une semaine plus tard, ils se trouvaient les victimes d'un nouveau stratagème, plus violent et cruel encore que le précédent, et cette fois, son ami ne jouait pas la comédie… Ce n'était pas une myrtille qui l'avait touché en pleine tête. C'était le Hurleur Nocturne. Les grognements qu'il poussait n'étaient pas là pour donner le change, l'éclat bestial de son regard animal n'était pas le fruit d'une mascarade habilement maîtrisée. Non, Nick n'était plus là, seuls ses instincts de prédateurs subsistaient à présent, annihilant tout le reste.

C'était injuste. Le renard était l'être le plus doux, le plus sincère, le plus charmant et le plus drôle qu'elle connaissait. A ses côtés, elle se sentait bien, en sécurité, paisible, heureuse… A sa place. Plus encore qu'ailleurs, plus encore que nulle part. Son rêve de devenir officier de police faisait pâle figure à côté de celui qu'elle caressait depuis quelques temps, et qui n'incluait que Nick… Et elle. Ensemble, tout simplement. Pourquoi n'avaient-ils pas droit à une chose aussi simple que celle-ci ? Pourquoi les choses tournaient-elles systématiquement mal ?

Ces questions n'auraient certainement jamais de réponse, car le son d'un mouvement fugace en provenance de l'arrière lui fit comprendre que Nick avait cessé de lutter, et s'était à présent redressé sur ses quatre pattes… Nick n'était peut-être pas le nom adéquat pour qualifier la chose… Il s'agissait de l'animal qui avait pris sa place. Elle devait s'absoudre à s'imaginer qu'il puisse s'agir de Nick… Elle ne voulait pas que ses dernières pensées mettent à mal l'image qu'elle se faisait de son ami, de son amour. La chose qui emporterait son dernier souffle, ce n'était pas lui… C'était une arme. Une arme pointée dans sa direction par un assassin masqué, le Berger. Non, Nick n'était pas responsable… Jamais elle ne pourrait se laisser convaincre de cela. Et elle espérait que chacun aurait l'intégrité, la sagesse et le courage de penser comme elle… Elle espérait que personne ne blâmerait Nick pour ce qui allait arriver, et qu'au contraire, il saurait trouver du soutien auprès de leurs amis communs, pour se remettre de ce qui allait se passer.

Car au final, elle en était persuadée, le plus dur ne serait pas pour elle. Elle souffrirait peut-être, mais ce serait sans doute relativement rapide. Quelques coups de crocs bien placés… N'importe quel animal sauvage savait tuer sans faire souffrir. La nature était bien faite pour cela. En revanche, Nick resterait… Avec le poids de sa mort sur les épaules, et sa fichue tendance à s'isoler et à tout garder pour lui. Parviendrait-il à surmonter cela ? Les gens comprendraient-ils qu'il était la victime, et non pas le coupable ? Judy ne se connaissait pas comme particulièrement croyante, mais si une entité supérieure l'écoutait en cet instant, elle avait une prière sincère à lui adresser : que Nick parvienne à se remettre de cette épreuve, qu'il retrouve la joie, la passion et le goût de vivre qu'il méritait d'avoir, et qu'il puisse mener une existence tranquille, sans heurts, et sans nouveaux malheurs.

A l'idée qu'elle ne ferait pas partie de cette vie qui serait la sienne, une vague de chagrin la submergea, et elle ne fit rien pour retenir ses larmes. Elle avait souhaité être celle qui partagerait sa vie… Elle ne désirait rien de plus, en cet instant, qu'avoir une chance, une dernière chance, de rester à ses côtés. Pour toujours, elle le voulait, car elle l'aimait plus que tout au monde. Elle l'avait ressenti à de nombreuses reprises, sans avoir la force ou le courage de se l'avouer ouvertement… Mais à présent, cette certitude prenait la forme d'un espoir auquel elle se raccrochait avec toute l'énergie qu'elle pouvait encore rassembler. Si Nick voulait bien d'elle, elle ne le quitterait plus… Si on lui laissait la chance de vivre.

Mais une part d'elle-même n'était pas dupe, et avait déjà accepté son sort. Cette contradiction entre deux états aussi opposés, n'était source que de souffrances supplémentaires. Si Judy avait eu la possibilité de fuir hors d'elle-même, d'éteindre son esprit, de plonger ses pensées dans un black-out total en bref de disparaître totalement, elle l'aurait fait, plutôt que de subir une seule seconde de plus l'attente insoutenable d'une fin qui tardait à venir.

Une ombre glissa au-dessus d'elle, voilant son regard et atténuant la lumière aveuglante qui lui torturait les yeux. Judy ajusta sa vision rendue opaque, floutée par les larmes. La tête du renard se dressait au-dessus de la sienne. Ses babines retroussées révélaient des crocs impressionnants, qu'elle s'était surprise à admirer quelques jours auparavant. Dans un éclat de luxure, elle s'était laissée aller à imaginer ces crocs se refermer doucement, amoureusement, autour de son cou, la mordiller avec tendresse, et remonter jusqu'à son épaule… A présent, ils ne lui inspiraient plus la même envie, bien malheureusement.

Mais en dépit de tout, elle ne parvenait pas à avoir peur. Ce qui se dressait au-dessus d'elle n'était pas Nick… Mais à ses yeux, il était toujours là, quelque part. Et jamais elle ne lui ferait l'affront de le craindre, de témoigner la moindre frayeur face à lui, car elle s'était jurée de ne plus jamais le faire souffrir comme elle l'avait fait le jour de la première conférence de presse, il y avait de cela déjà plus de trois mois. Il n'en aurait pas conscience, bien entendu, mais elle partirait l'esprit serein, en sachant qu'elle l'avait aimé et respecté pour ce qu'il était, jusqu'à son dernier souffle.

Cela revenait à accueillir la mort à bras ouverts, elle en avait parfaitement conscience… Mais dans les yeux émeraude de cette faucheuse en devenir, elle ne percevait pas d'animosité, et encore moins de bestialité. Pas de rage, pas de fureur. C'était Nick. Même soumis au sérum, rétrogradé au rang de mammifère sauvage primitif, c'était Nick. Elle pourrait tenter de le nier autant qu'elle le voudrait, elle ne pourrait jamais se décharger de cette vérité.

Tout en tremblant légèrement, elle ne put s'empêcher de lui sourire, ses yeux continuant à verser des larmes amères. Le renard la contempla d'un air curieux, sans se départir de ses grognements insistants.

« Pardonne-moi, Nick… » bredouilla Judy, avant de fermer les yeux, sans doute pour la toute dernière fois. « Je t'aime. »

Elle sentit le souffle brûlant s'échappant des naseaux du renard se rapprocher de son visage, et se diriger vers son cou. Il ne tarderait pas à mordre et déchiqueter, et c'en serait terminé. Elle serra les poings, le corps tendu par l'appréhension, et serra les dents, anticipant l'instant fatidique où son sort serait scellé…

Mais rien ne vint.

Elle continuait à sentir son souffle insistant, l'humidité de sa truffe contre le pelage qui recouvrait son cou, mais le renard ne semblait pas disposé à mordre… Il se contentait de renifler. Les aspirations furent d'abord contenues, timorées, presque méfiantes, mais bien vite, elles se montrèrent plus insistantes, plus profondes et plus exactes… Le museau du renard remonta le long des courbes de son visage, continuant à humer avec avidité, retraçant un cheminement bien particulier, qui fit immédiatement écho dans l'esprit de Judy.

Le renard reconnaissait son propre marquage. Nick reconnaissait son propre marquage.

Judy écarquilla les yeux, son cœur se serrant dans sa poitrine. Elle se retrouva museau-à-museau avec le renard, qui s'était déplacé pour la surplomber totalement. Elle était allongée sous son corps, et il la dominait de toute sa hauteur, de toute sa majesté animale, parcourant son visage atterré de son museau, et la reniflant avec intensité. Ses babines n'étaient plus retroussées, et ses yeux n'exprimaient aucune bestialité… Seulement un intérêt particulier, une sorte de curiosité sauvage.

Le premier coup de langue la surprit, et elle se mordit les lèvres pour retenir le cri qu'elle faillit pousser à ce contact doux, chaud et légèrement visqueux. Le renard la lapa ensuite à de nombreuses reprises, goûtant le marquage qu'il avait laissé sur elle, sans doute pour s'assurer de sa nature, et se réapproprier l'acte, tel qu'il était accompli à l'état sauvage.

Un léger sourire se dessina sur le museau de Judy, tandis que Nick se penchait sur elle, semblant la « reconnaître » d'une certaine façon… Ses instincts la reconnaissaient comme sienne. Ce qu'il avait en face de lui n'était pas une proie, n'était pas une lapine, et encore moins son repas… Il s'agissait de sa femelle. Celle qu'il avait proclamé sienne. Aucun état de conscience perdu, aucune sauvagerie supposée, n'étaient parvenus à occulter cette vérité aux yeux, mais surtout aux naseaux, du renard. Le mammifère qu'il surplombait avait beau être totalement différent de lui, cela n'y changeait rien.

Il frotta donc son museau avec une insistance bestiale, partout sur le visage de Judy, dans le creux de son cou, jusqu'à suivre la ligne de ses bras, jusqu'à fourrer ses naseaux dans les creux de ses pattes, sans hésitation, sans crainte, avec une urgence toute animale, y déposant sans vergogne son odeur fauve et musquée, renouvelant un marquage sans demi-mesure. Si la lapine n'avait pas été dans un tel état de stress, de fatigue et de souffrance, elle aurait pu profiter de l'intensité de cet instant d'ouverture totale, où plus aucun doute, aucune crainte, aucune convention sociale, ne restreignaient Nick. Il n'y avait plus que ses instincts possessifs et protecteurs.

Ces-derniers se manifestèrent immédiatement, lorsqu'en explorant le corps de sa femelle, le renard se rendit compte que celle-ci était blessée. D'un coup de dents vif et rapide, il déchira sans mal la chemise de Judy, exposant son poitrail à l'air libre. La lapine ne réagit pas, en dépit du fait que Nick avait pour la première fois sous les yeux cette partie de son anatomie, mise à nue. Mais comme il ne pouvait avoir conscience de la portée érotique de la situation, il valait mieux ne rien en déduire, ne rien en supposer, et surtout ne rien en espérer.

Les bandages qui recouvraient la plaie étaient souillés de sang, et celui-ci dégorgeait au travers du pansement, ruisselait le long de sa poitrine, imprégnant son pelage. Le renard lécha les abords de la plaie avec précaution, et Judy ne put restreindre un gémissement à ce contact… La sensation était toute à la fois douloureuse… Et excitante… Bien entendu, Nick agissait ainsi par instinct, cherchant à nettoyer la blessure de sa femelle, et à stopper son saignement, mais il restait qu'il appliquait ce traitement tout particulier à une partie particulièrement sensible de son anatomie… Et Judy n'était pas devenue sauvage, elle, aussi ne put-elle empêcher son esprit de divaguer vers certaines fantaisies particulières.

Si elles lui semblèrent de prime abord déplacées, ces sensations voluptueuses eurent au moins le mérite de lui faire constater qu'elle était toujours vivante, et qu'elle ressentait à présent non plus de la souffrance, mais du plaisir. La lapine écarquilla les yeux, et son cœur se figea dans sa poitrine, tandis qu'elle réalisait ce fait simple, évident, mais ô combien salvateur : elle n'allait pas mourir. Le renard ne lui ferait aucun mal, bien au contraire… Même dans son état bestial, Nick ferait tout pour la protéger, c'était évident.

Elle redressa ses pattes, et vint les glisser dans le pelage qui marquait les contours du visage du renard. Celui-ci se laissa faire, placide, tout en continuant à nettoyer le sang qui s'amoncelait aux abords du pansement. Judy glissa ses pattes le long de son museau, le caressant avec amour et douceur, n'en revenant pas d'être en train d'avoir cette interaction particulière avec un mammifère devenu sauvage. Mais après tout, c'était Nick.

Et dans cet instant précis, où en dépit de tout ils continuaient à veiller l'un sur l'autre, Judy comprit à quel point les Gardiens du Troupeau, les spécistes et tous les ignorants de la même engeance, étaient dans le faux. Il n'y avait rien de plus juste que ce que Nick et elle étaient en train de vivre, rien de plus naturel, rien de plus précieux. Au-delà de leurs différences, de leurs craintes, et de tout ce qui pouvait les opposer, c'était finalement leurs sentiments respectifs qui les définissaient, non pas en tant qu'individus, mais en tant que couple. Même la sauvagerie et la bestialité, l'absence de raison, la violence, ne pouvaient s'opposer à cette vérité. Les liens qui les unissaient étaient plus forts que tout.

Peu importait ce que le Berger avait espéré prouver en les attaquant de la sorte : il avait perdu. Et à n'en pas douter, cette défaite serait une leçon que tout Zootopie retiendrait. Du moins fallait-il l'espérer.


Lorsque Bogo fit irruption dans l'appartement de Nick, une dizaine de minutes plus tard, accompagné d'une équipe d'intervention équipée de la tête aux pattes, ainsi que des premiers secours, qu'il avait pensé à appeler (en le faisait, il avait eu l'idée obscure qu'il ne les faisait venir que pour transporter les restes éparpillés et sanguinolents de Judy Hopps à la morgue), il passa par deux phases de réaction très distinctes.

Tout d'abord, ce fut de l'horreur. Persuadé qu'il allait trouver un carnage, la première chose qu'il vit fut le sang recouvrant la poitrine exposée de Judy, et qui maculait également les babines du renard. Certes, ce n'était pas la boucherie qu'il s'était escompté, mais visiblement l'animal avait fait son office, tué Hopps, et commencé à la dévorer. Son cœur s'était figé, et il s'était maudit d'être arrivé trop tard.

Mais cette réaction s'estompa en quelques secondes lorsqu'il réalisa qu'Hopps était en vie, qu'elle respirait… Et ainsi, sa deuxième émotion fut la stupeur. Le renard ne l'avait pas tuée. Il était allongé sur la lapine, lové autour d'elle, le museau callé dans le creux de son cou, les yeux braqués d'un air méfiant en direction des individus qui venaient de faire irruption sur son territoire. Immédiatement, l'animal se redressa sur ses quatre pattes, surplombant Judy, qui restait immobile au sol, et s'arqua en grognant, prêt à attaquer quiconque approcherait sa femelle blessée.

« Hopps… » marmonna Bogo, incrédule, en tendant un bras robuste pour stopper l'avancée du reste des mammifères en présence. « Est-ce que tout va bien ? »

« S'il faut être honnête, chef… » répondit Judy en déglutissant, sans trouver la force de ne serait-ce que tourner la tête vers lui. « … J'ai connu des jours meilleurs. »

« Et lui ? » demanda le chef d'une voix incertaine, en faisant référence au renard qui grognait à son attention, dévoilant chacun des crocs qui composaient sa dentition particulièrement affutée.

« Il a été touché par le sérum… Mais il m'a reconnue, malgré tout… Il ne m'a fait aucun mal, chef. Ne le brutalisez pas, s'il vous plaît. »

Bogo acquiesça en poussant un soupir de soulagement. Il n'avait pas envie de réfléchir au pourquoi du comment pour l'instant. A ses yeux, la situation tenait plus du miracle qu'autre chose. Il y avait certainement une explication logique à tout cela, mais il n'avait pas envie de la chercher, ni même de la comprendre pour l'instant. Hopps était en vie, et peu importe ce que la fichue caméra qui trônait dans le salon avait pu filmer, rien d'horrible ni de choquant ne serait transmis par son biais.

Restait à s'occuper du cas Wilde. L'animal était farouche, sur la défensive… La lapine, qu'il considérait visiblement comme sa femelle (le concept ne sembla étrange à Bogo qu'une fraction de seconde), était blessée, ce qui rendait ses réactions imprévisibles et potentiellement dangereuses.

« Wolford, on va y aller avec le collet, d'accord ? »

Le loup noir, qui se tenait derrière Bogo, acquiesça avant de passer au-devant de son chef, un collet arrêtoir dressé au bout d'une perche entre les pattes. A son approche prudente, Nick redoubla en grognements sauvages, s'accroupissant toujours d'avantage en couvrant Judy de son corps. Il semblait prêt à partir à l'assaut à tout moment, et l'officier du ZPD hésita un instant.

« Chef… »

« On s'est entraîné à ça, Wolford ! » répondit Bogo d'une voix intransigeante. « On a maîtrisé plusieurs de nos propres collègues de la même manière, cet après-midi. Si on peut éviter d'avoir à tranquilliser Wilde, ce serait mieux. »

Le loup acquiesça avant de se concentrer, fixant le renard droit dans les yeux pour l'obliger à focaliser son regard sur autre chose que sur la perche qu'il tendait délicatement en direction de son cou. Le procédé fonctionna à la perfection, car d'un mouvement sec, Wolford fit glisser le collet autour de la nuque de Nick, et put resserrer son emprise.

La réaction de l'animal fut immédiate, car il effectua un mouvement de recul brutal en mugissant subitement, le souffle coupé par la traction du câble. Il déploya une telle force qu'il faillit arracher la perche des pattes de Wolford.

« Je le tiens ! » maugréa celui-ci en maintenant la pression, une grimace d'inconfort au visage. Il luttait avec difficulté pour maintenir le renard en place, celui-ci déployant des efforts incroyables pour se défaire de l'emprise qui lui enserrait le cou.

« Calme-toi, Nick ! » le supplia Judy d'une voix douce, essayant de capter son regard paniqué, et de l'apaiser par quelques caresses. « Tout va bien se passer. »

Le renard tourna vers elle un regard déchirant, empli d'incompréhension et d'une terreur toute sauvage. Il cherchait en elle une protection, un soutien, et elle sentit son cœur se fendre, car elle était incapable d'agir, mais surtout, elle savait qu'il fallait le maîtriser et le mettre à l'isolement, jusqu'à ce que l'antidote soit mis au point, et le tire de cet état contre-nature. Elle avait l'impression de le trahir, là où, pour sa part, il lui était resté fidèle et loyal, même sous l'effet du sérum.

De fait, lorsque Bogo approcha, une muselière entre les pattes, elle trouva finalement la force de glisser sur le côté et chercha à se redresser. Mais ses bras ployèrent sous elle et elle s'effondra au sol en poussant un hurlement de douleur. A ce cri, Nick se débattit avec plus de férocité encore, grognant et éructant en secouant la tête, tirant sur le collet pour retourner auprès de la lapine, qui avait besoin de sa présence et de sa protection. Mais Wolford le maintenant hors de portée, et Judy lut toute l'impuissance et la frustration que ressentait Nick dans le regard bestial désarmant qu'il lui adressa. Même dans ces circonstances, son instinct le poussait vers elle, comme si elle était la seule chose qui importait.

Judy maugréa, se remettant de ses émotions, mais les larmes s'étaient remises à couler et elle tendit une patte impuissante en direction de son ami. Autour d'elle, tout devenait flou, vague, et perdait de son éclat. Elle se concentrait sur les yeux de Nick, qui la fixait de cet air étrange de possessivité sauvage, et voyait Bogo s'approcher toujours plus près pour entraver la gueule de l'animal.

« Non ! Pas de muselière, chef ! Pitié, ne le muselez pas ! Il a horreur des muselières ! S'il vous plaît… »

Sa voix mourut tandis qu'elle perdait conscience. Elle eut encore le temps de voir courir vers elle quelques mammifères en blouses blanches, qui lui masquèrent la vue de Nick. Elle espéra pouvoir le contempler une dernière fois avant de sombrer totalement, mais le noir se fit plus opaque, plus intense, et bien vite, elle était évanouie.


Judy n'émergea concrètement de son état semi-comateux que deux jours plus tard. Elle était passée, entre temps, par plusieurs phase de conscience très brèves, qu'elle ne parvenait pas à déterminer comme appartenant au rêve ou à la réalité. Elle se souvenait du docteur Barrare se penchant au-dessus d'elle pour prendre sa tension, lui sourire en prenant conscience qu'elle était réveillée, la rassurer en lui disant que tout allait bien, qu'il était heureux de pouvoir s'occuper d'elle à nouveau (et elle eut même la finesse de saisir l'ironie qu'il avait employé lorsqu'il avait prononcé ses paroles), et qu'elle devait se reposer. Ce qu'elle fit immédiatement, avant de reprendre vaguement conscience pour remarquer la présence de ses parents et d'un nombre important de ses frères et sœurs, de sentir la patte de sa mère sur la sienne, de voir les larmes qui inondaient ses joues. Elle eut le temps de lui sourire, de bredouiller quelques mots se voulant rassurant (ce qui sortit de sa bouche ne fut en réalité qu'un borborygme incompréhensible, qui à défaut de rassurer ses parents, eut au moins le mérite de faire rire les plus jeunes de sa fratrie). D'autres flashs suivirent. Des infirmières venues lui faire des soins, la visite de Fangmeyer, Clawhauser, et d'autres membres du ZPD qu'elle ne parvenait pas à reconnaître, car ils se tenaient trop loin d'elle, et sa vue était troublée. Elle se souvenait particulièrement bien de la visite impromptue que lui rendit Finnick, et avoir perçu quelques mots colorés sortir de sa bouche, qu'elle retint comme « enfoirés de spécistes » et « leur ferais à tous la peau, tu verras ». Aussi étrange que fut cet échange à sens unique, il la toucha particulièrement, car cela prouvait que le fennec avait visiblement un minimum d'attachement pour elle. Elle se souvenait également avoir demandé des nouvelles de Nick à chaque personne qui se trouvait en face d'elle lorsqu'elle émergeait, mais ne parvenait jamais à se souvenir des réponses qui lui étaient formulées. Elle se réveilla à plusieurs reprises pour entendre la voix de sa mère, qui lui faisait la lecture, ou pour voir son père se tenir auprès d'elle, toujours aussi émotif (elle tenait de lui, de ce côté-là). Une douce chaleur appuyée contre son flanc, à un autre moment, révéla la présence d'une Suzie endormie, pelotonnée contre elle. Enfin, la visite de Bogo et de Karen était l'un des souvenirs les plus clairs qu'elle conservait, car dans son état à demi-conscient, elle avait réussi à tirer d'eux des nouvelles à propos de Nick, et avait pu se rendormir rassurée en sachant qu'il allait bien, et qu'il avait été placé dans l'aile prenant en charge les mammifères devenus sauvages.

Lorsqu'elle se réveilla pour de bon, elle était alitée dans un lit blanc. Elle savait qu'elle était à l'hôpital, mais pas depuis combien de temps… Son père était endormi dans un fauteuil, attenant au lit, tandis que sa mère se tenait près de la fenêtre, en compagnie de Suzie, de Jessica, et de trois autres de ses petits frères et sœurs. Néanmoins, la voix qui l'interpella la première vint de l'autre côté.

« Je crois qu'elle se réveille ! »

Judy reconnut immédiatement le timbre légèrement rauque de la voix de Jackie, l'une des autres sœurs issue de sa portée, et avec laquelle elle était particulièrement proche. Il s'agissait d'une lapine au pelage couleur crème, et aux yeux d'un brun flamboyant.

L'intervention de Jackie attira l'attention de tout le monde, et tira Stu de son sommeil. En quelques secondes, ils étaient tous autour d'elle, la pressant de question, qui toutes avaient attrait à la même chose : son état. Se sentait-elle bien ? N'avait-elle besoin de rien ? Est-ce qu'elle avait mal quelque part ? Est-ce qu'elle avait faim, ou bien soif ? Fallait-il lui appeler une infirmière ? Judy sourit, émue de les voir si préoccupés, et secoua doucement la tête, avant prendre le temps de contempler chacun d'entre eux. Elle était passée si près de la mort, avait été si certaine qu'elle ne reverrait jamais sa famille, qu'elle avait besoin de se noyer dans la contemplation de ses proches, comme pour s'assurer que tout ceci était bien réel.

« Je suis tellement heureuse de vous voir, vous tous… » bredouilla-t-elle d'une voix larmoyante.

Son père pris sa patte et la pressa contre son visage, avant de secouer piteusement la tête. « On était tellement terrifiés, Jude… Tu n'as pas idée. »

« On a vu ce qui s'est passé… » précisa sa mère en baissant les yeux. « On assistait à tout cela, sans rien pouvoir faire. Jamais je ne me suis sentie aussi impuissante. »

Judy baissa les yeux, comprenant à quel point cette épreuve avait dû être difficile pour eux. « Je suis vraiment désolée… Désolée de vous causer autant de soucis. »

« Ce n'est pas de ta faute, voyons ! » la corrigea Jackie en croisant les bras sur sa poitrine. « Ces monstres vous ont attaqué injustement. »

« Mais pourquoi toi… ? » bredouilla Stu, qui refusait de lâcher sa patte, comme s'il tenait là l'unique preuve concrète qu'il ne rêvait pas, et que sa fille était bel et bien vivante. « Pourquoi s'en prendre à toi ? »

« Je crois que… Que ce type… Le Berger… » Un frisson parcourut l'échine de Judy à la mention de l'individu. Elle revoyait ce masque macabre, qui dissimulait son identité. Elle entendait le son mielleux et délicat de sa voix aussi cruelle que doucereuse. « Voulait prouver que les proies et les prédateurs ne peuvent pas… Vous comprenez ? Par rapport à Nick et moi… »

Bonnie et Stu échangèrent un regard préoccupé. Visiblement, la nature de la relation qu'entretenaient la lapine et le renard avait été au centre de toutes les discussions, au cours des dernières heures.

« C'est ridicule. » commenta finalement Jackie, attirant l'attention de tous sur elle.

Elle offrit un sourire chaleureux à sa sœur avant de poser une patte réconfortante sur son épaule. « On a bien vu ce qu'il en était, Judy… Tu es toujours là, alors que ce type avait tout mis en œuvre pour te faire tuer. Même sauvage, Nick n'a pas été en mesure de le faire… C'est bien la preuve que ce monstre était dans le faux, pas vrai ? »

La question était d'avantage tournée à l'attention de ses parents que de sa soeur, ce que cette-dernière ne manqua pas de remarquer. Visiblement, elle cherchait à pousser Bonnie et Stu à s'ouvrir sur le sujet, car tous savaient que Judy avait besoin de les entendre prendre son parti, à présent… Ce qu'ils ne manquèrent pas de faire, bien évidemment.

« J'étais terrifié… » bredouilla Stu d'une voix incertaine. « Tellement horrifié par ce qui aurait pu arriver… Et je mentirai si je te disais que je ne me l'étais jamais imaginé, même avant que tout cela n'arrive. Je sais que c'est ridicule, mais je ne parvenais pas à me sortir cette idée de la tête. Cette impression que… Que ce que vous faisiez tous les deux était… Etait anormal. Que cela ne pouvait que mal finir… »

Judy se sentit légèrement blessée par cette révélation qui n'en était pas vraiment une. Elle s'était doutée qu'en dépit des progrès qu'il avait fait récemment, son père avait énormément de mal à accepter ses choix sentimentaux. Mais elle resta silencieuse, l'encourageant à poursuivre du regard.

« Mais j'ai eu tort, Jude… » avoua-t-il en baissant la tête. Visiblement, reconnaître ses torts sur le sujet lui était difficile. « Tout le monde ne parle plus que de ça, désormais… De cet attentat atroce, et du symbole que vous représentez. Je ne suis pas sûr de saisir ce que tout cela implique, mais je suis certain d'une chose à présent… C'est que toi et le rena… » Il secoua la tête pour se corriger de lui-même avant de reprendre. « … C'est que toi et Nick… Ce que vous vivez, c'est… C'est normal. Je veux dire. C'est une relation normale, d'accord ? »

L'émotion que ressentie Judy à cet instant était indéfinissable, mais se rapprochait d'une sorte d'apaisement bienheureux. Elle aurait pu reposer sa tête contre son oreiller et se rendormir sur l'instant, tant ces paroles bienveillantes et tolérantes, prononcées de la bouche de celui qui avait émis le plus de doutes quant au bienfondé de la relation qu'elle entretenait avec Nick, lui semblaient porteuses d'espoir. La lapine se contenta de sourire, et prit la patte de son père dans la sienne.

« Merci, papa. »

Ils échangèrent ensuite sur des sujets divers et variés, essayant d'éluder au maximum la tension sous-jacente que représentaient les évènements dramatiques qui avaient frappé à la fois Zootopie, ainsi que leur famille, deux jours auparavant. Le docteur Barrare vint faire sa visite de contrôle, et fut ravi de voir Judy réveillée. Il lui apprit que c'était surtout sa grippe carabinée (car mal soignée, vu qu'elle semblait incapable de prendre du repos –le castor était vraiment très doué, dès qu'il s'agissait de faire culpabiliser ses patients-) qui l'avait mis dans un état préoccupant. Sa plaie s'était complètement rouverte, mais n'avait pas été déchirée en profondeur. Il l'avait nettoyée et suturée à nouveau, et à présent, elle était à nouveau saine et en voie de guérison. Deux jours de repos forcé et d'inactivité avaient eu des bienfaits plus que certains sur cette blessure.

Aussi, comme son état semblait le lui permettre, Judy demanda au docteur Barrare l'autorisation d'aller voir Nick. Le médecin hésita un instant, mais comme la lapine obtint le soutien de ses proches, il finit par céder. Une infirmière vint leur apporter une chaise roulante, aida Judy à s'installer dessus, et Jackie s'occupa de la pousser jusqu'à l'aile où étaient parqués les mammifères devenus sauvages. Judy fut horrifiée de voir autant de nouveaux prédateurs occuper les chambres isolées et sécurisées. Elle reconnut nombre de ses collègues du ZPD, dont l'officier Grizzoli, qui passait visiblement ses journées à hurler à la mort.

Le docteur Barrare lui expliqua que ces nouveaux « patients » étaient très différents des premiers cas de contamination au Hurleur Nocturne. Ils semblaient simplement redevenus sauvages, et donc incapables de reconnaître toute forme d'interaction sociale évoluée, mais en dépit de cela, ils n'étaient pas particulièrement agressifs, et se montraient en fait plus craintifs qu'autre chose. Bien entendu, cela ne les rendait pas inoffensifs pour autant, mais ils étaient de fait bien plus faciles à gérer et à soigner que les premières victimes du sérum. Grâce aux études menées sur eux, les scientifiques avaient bon espoir d'accélérer la fabrication d'un antidote, qu'ils pensaient pouvoir finaliser d'ici quelques jours.

Judy fut ravie d'apprendre cette nouvelle, pensant surtout aux familles et proches des prédateurs affectés depuis le complot de Bellwether. Pour ces mammifères, le temps devait commencer à sembler bien long.

Finalement, ils arrivèrent devant la chambre vitrée où Nick avait été installé. Le renard était allongé sous le lit, dissimulé dans la pénombre. Ses grands yeux d'un vert émeraude luisaient à la lueur du spot qui illuminait la pièce, mais le reste de son corps était camouflé dans les ombres. Judy fut parcourue d'un frisson d'émotion à la vue de son ami, qui se trouvait dans un état si pathétique. Bien sûr, c'était toujours lui, elle le savait bien… Mais pour le moment, Nick était privé de tout ce qui faisait sa personnalité, et surtout, il était privé de sa liberté. Une chose à laquelle elle savait qu'il était particulièrement attaché.

Elle se pencha en avant pour mieux l'observer, et le renard sembla la reconnaître, car il quitta son abri d'un pas prudent pour se diriger vers elle à quatre pattes, s'arrêtant à un mètre de la vitrine qui les séparait, avant de s'asseoir au sol, et de plonger son regard dans le sien. Elle se l'imaginait très certainement, mais elle était persuadée de lire une forme de soulagement dans le regard de l'animal, presque comme celui-ci était rassuré de voir que sa femelle allait bien, et qu'elle lui était enfin rendue. Il serait difficile de le laisser, après ça, Judy le savait déjà. Aussi dur pour lui que pour elle.

« Je… Je ne peux pas entrer, je suppose ? » demanda Judy en tournant un regard suppliant vers le docteur Barrare.

Le castor secoua la tête, avant de répondre d'une voix affligée. « Nous savons très bien qu'il ne vous attaquerait pas, Judy. Ce n'est pas le problème. Mais si vous rentrez, il ne vous laissera pas ressortir, et ça risque de causer plus de mal que de bien. »

Judy se contenta d'acquiescer mollement avant de reporter son regard vers le prédateur qui lui faisait face, et qui ne la quittait pas des yeux. Elle se pencha en avant, tendant la patte en direction de la vitrine, qu'elle effleura des doigts. Au bout de quelques secondes, Nick se releva et s'approcha, appliquant son museau de l'autre côté, comme s'il cherchait à atteindre son contact, en dépit de la paroi de verre qui les séparait.

« Ça va aller, Nick… » déclara Judy d'une voix brisée par l'émotion. « Nous serons à nouveau ensemble, très bientôt… »


Judy passa les cinq jours suivants à l'hôpital. Le docteur Barrare préféra la garder en observation, pour s'assurer que sa plaie cicatriserait bien et que sa grippe n'était définitivement plus qu'un mauvais souvenir. Il s'assurait également ainsi que la lapine se tiendrait à carreau, et éviterait de mener le genre d'existence mouvementée qu'il se redoutait de la voir conduire, ce qui se montrait généralement contre-productif en termes de guérison.

Ses journées étaient rythmées par le flux constant des visites qu'elle recevait. Ses parents avaient décidé de rester, confiant la ferme et leurs petits aux bons soins de leurs enfants les plus âgés, qui s'offrir de leur rendre ce service pour leur permettre de demeurer auprès de Judy aussi longtemps que cela serait nécessaire. Judy prit la liberté de leur confier les clés de l'appartement de Nick, pour qu'ils n'aient pas à payer un hôtel. Les établissements de la ville étaient soient hors de prix, soit d'une qualité misérable, et elle ne voulait pas imposer une telle chose à ses parents.

Elle leur demanda également de contacter un serrurier, afin qu'il change les verrous de l'appartement, et fabrique de nouveaux jeux de clés. Judy n'oubliait pas, en effet, que le Berger avait trouvé un moyen de s'introduire chez Nick à leur insu, et elle ne se sentait pas rassurée à l'idée de regagner ce logement sans avoir pris toutes les précautions nécessaires… Même en dépit de cela, elle redoutait le moment où elle et Nick retourneraient là-bas. Elle y avait frôlé la mort, du moins était-ce l'impression qui l'avait gagnée pendant quelques minutes qui lui avaient semblé durer une éternité, où elle avait agonisé dans l'angoisse et la terreur, allongée au sol, immobilisée par la douleur. Pas vraiment les meilleurs souvenirs de sa vie, en somme, mais qu'elle revivrait sans doute un bon nombre de fois, dès qu'elle poserait son regard sur le coin cuisine.

Ses nuits étaient d'ailleurs agités par des cauchemars terrifiants, où elle se retrouvait inlassablement dans la même situation. Ce n'était jamais Nick qui venait la dévorer, mais elle voyait le Berger se tordre, convulser, choir à quatre pattes et se métamorphoser en une créature grotesque à la tête d'agneau difforme, dont la gueule était bardée de crocs tranchants, ruisselants d'une bave épaisse. Elle sentait cette mâchoire répugnante se refermer sur elle et disloquer son corps. Elle émergeait alors en hurlant, trempée de sueur, la patte crispée contre son cœur qui battait à tout rompre, et il lui fallait toujours près d'une heure pour regagner son calme, et être capable de se rendormir, toujours dans l'appréhension d'être hantée par un nouveau cauchemar.

C'était en général à ce moment-là que Judy cédait à la tentation, et tirait Mr Fox de sous son lit. Mr Fox était une peluche géante en forme de renard que Clawhauser lui avait offert lors de la première visite qu'il lui fit après qu'elle ait concrètement reprit conscience. D'abord, Judy avait trouvé l'idée d'un goût quelque peu douteux, surtout que Benji la lui avait remise d'un air malicieux en lui disant « Pour que tu aies quelque chose à câliner en attendant que Nick soit à nouveau sur pattes. ». Mais lorsqu'elle se réveillait la nuit, éperdue et terrifiée, cherchant désespérément la présence de Nick à ses côtés (ils n'avaient dormis que quatre fois ensemble, et pourtant c'était déjà devenu une habitude essentielle aux yeux de Judy), Mr Fox servait de placebo assez efficace. Elle le prenait alors entre ses pattes, se lovant au creux de ses bras molletonnées, et remontait sa queue en fourrure synthétique contre elle, s'enterrant littéralement sous le couvert duveteux de la peluche. En général, cela suffisait à la détendre suffisamment pour qu'elle retrouve un sommeil serein, et sans rêves.

Lorsqu'elle ne recevait pas la visite d'un ami, d'un proche, d'une connaissance, voire même quelque fois d'inconnus complets, qui désiraient simplement venir s'assurer qu'elle allait bien, après toutes ces tragédies qu'elle avait traversé (et ce fut à cet instant que Judy comprit concrètement que Nick et elle étaient devenus « célèbres », bien malgré eux), la lapine passait son temps à regarder ZNN, qui brassait toutes sortes d'informations diverses et variées sur le déroulement des évènements tragiques de la marche pour la paix, et sur l'avancée présumée de l'enquête.

Pour le moment, le Berger courait toujours. Fangmeyer lui apprit que les éléments relevés dans l'appartement d'Allister Oldoof, et notamment le contenu de son ordinateur, avaient permis au ZPD d'identifier une dizaine de cadres de l'organisation, des individus partageant un statut similaire à celui de l'auroch, et que les Gardiens du Troupeau nommaient des « Pâtres ». D'après la hiérarchie supposée du groupuscule extrémiste, les Pâtres étaient l'équivalent de lieutenants, des chefs d'escouade qui géraient personnellement un certain nombre de groupes de partisans, ayant chacun à leur tête un référent, comme Blake l'avait été pour le quatuor que Nick et Finnick avaient confondu. Les membres des Gardiens à avoir été appréhendé le jour de la marche pour la paix étaient presque tous sous la responsabilité directe d'Oldoof. Bien que l'auroch courait toujours, il était certain qu'il était à présent démuni de troupes, et qu'il devrait sans doute répondre de son échec auprès de ses supérieurs. Le ZPD recherchait toujours activement les autres Pâtres dont ils connaissaient à présent l'identité. Fangmeyer fut heureux d'apprendre à Judy que trois d'entre eux avaient déjà été appréhendés, et que les partisans qu'ils avaient sous leur responsabilité ne tarderaient pas à subir le même sort.

Ces coups de filet répétés mettraient à mal l'organisation. D'autant plus que leurs actes terribles à l'encontre de la population de Zootopie avaient finalement poussé les gens à rejeter en masse leur idéologie. Tout à chacun considérait à présent les Gardiens du Troupeau comme une menace extrêmement sérieuse, des fous dangereux dont il fallait se méfier, et qui œuvraient à la destruction aveugle des valeurs de Zootopie. Habile dans sa réappropriation du désastre, Karen avait axé sa communication autour de cet aspect particulier, n'hésitant pas à dramatiser la situation et les conséquences de l'attaque (qui aurait en réalité pu être bien pire) afin de forcer l'opinion public à se ranger du côté des pacifistes, ce qui avait eu le mérite, jusqu'à présent, de calmer drastiquement les tensions entre proies et prédateurs, et permis au ZPD de faire son travail plus sereinement.

De Quillspray, on n'entendit pas un mot. Il se contenta d'assurer la défense de Blake et de Staliord, sans s'étendre d'avantage sur les dérives de l'enquête, pourtant illégale, qu'avait mené Fangmeyer avec l'aide de Finnick. De fait, Bogo s'était montré relativement coulant, considérant que l'entêtement du loup blanc avait, au final, permis de sauver de nombreuses vies. Il s'était néanmoins fait remonter sévèrement les bretelles, mais comme il le lui avait annoncé, Delgato assuma une part des responsabilités, ce qui poussa le chef à se montrer plus conciliant. Fangmeyer était néanmoins passé à deux doigts d'un avertissement, et Bogo l'avait prévenu : il l'avait dans le collimateur, à présent. Tout comme Quillspray, d'ailleurs. Le loup blanc n'oubliait pas qu'un homme de main au service de l'avocat l'avait filé pendant un bon moment. Ce qu'il pourrait tirer des informations qu'il avait obtenu par ce principe frauduleux, et par quel moyen il saurait s'en servir le moment venu pour tourner la situation à son avantage, Fangmeyer n'en avait aucune idée pour l'instant, et préférait ne pas y penser.

Une aura traumatique s'était étendue sur la ville. Une commémoration fut organisée, trois jours après la marche, pour rendre hommage aux trente-six victimes consécutives à l'attentat. Gazelle participa aux cérémonies, et chanta l'In Memoriam au côté de la chorale du conservatoire de Zootopie. Un deuil de trois jours fut décrété, et la ville sembla perdre de ses couleurs et de sa vivacité pendant toute cette période. Mais surtout, un climat étrange de tension et de peur régnait à présent. Au moins, proies et prédateurs se réunissaient à nouveau dans un mouvement commun… Mais si le but des Gardiens du Troupeau avait été de plonger la ville toute entière dans l'effroi et l'appréhension, alors ils avaient atteint leur but.

Le Berger, figure charismatique à la tête du groupuscule, était à présent considéré comme l'ennemi public numéro un… Mais on le craignait plus qu'on cherchait à obtenir justice pour ses crimes, et les murmures angoissées des citoyens évoquaient souvent le masque anguleux d'un agneau cruel, qui hantaient leurs pensées et leurs rêves agités.

L'intérêt porté aux relations entre proies et prédateurs fut à nouveau au centre des débats, mais investi d'une connotation nettement plus positive et avant-gardiste. Des questions se posaient à présent sur la légitimité de restreindre le développement de relations sincères, qu'elles soient professionnelles, amicales ou amoureux, entre différentes espèces, et même entre différents groupes ethniques. Le cas de Nick et Judy servait régulièrement d'exemple dans les débats télévisés, mais surtout sur les réseaux sociaux, où le soutien à leur cause été le plus véhément. Judy se sentait particulièrement gênée d'être ainsi marginalisée et mise en avant, alors qu'elle souhaitait simplement mener une vie tranquille, sans interférence extérieure… Mais elle considérait que c'était peut-être pour le mieux, malgré tout. Eventuellement, les choses finiraient par se tasser. Des journalistes vinrent la visiter, passant entre les mailles du filet que le docteur Barrare avait dressé pour la préserver de leurs intrusions, et ils l'avaient interrogé sur le sujet… Judy ne s'était pas montrée prolixe, se contentant de déclarer que ce qu'il y avait entre Nick Wilde et elle ne regardait personne d'autre, et que leurs natures de proie et de prédateur n'entrait pas en ligne de compte, qu'il était tout simplement stupide d'aborder les choses sous cet angle, car ça n'avait vraiment aucune importance. Finalement, une équipe d'infirmiers était intervenue pour déloger les reporters devenus envahissants, qui pressaient Judy de questions toujours plus intimes auxquels elle refusa de répondre, tandis que Bonnie et Stu faisaient des pieds et des pattes pour les expulser hors de la chambre.

La nouvelle de la mise au point de l'antidote et de l'achèvement de ses essais cliniques fut la deuxième bonne nouvelle qui illumina sa cinquième journée d'hospitalisation.

La première fut la visite de Bogo, qui vint accompagné du lieutenant Delgato, et de l'officier Francine Pennington. Le chef était venu la voir trois fois, déjà, et Judy était sincèrement touchée de le voir si prévenant et affecté à son égard, bien que son expression froide et la distance professionnelle qu'il maintenait entre eux dissimulait assez bien son paternalisme latent.

« Bonne nouvelle, Hopps. » déclara le buffle d'un ton brusque. « En raison de la pénurie d'officiers dont nous souffrons actuellement, étant donné que ces tire-au-flancs ont eu la bonne idée de devenir sauvages, l'administration civile semble s'être résolue à bouger ses miches. Votre demande de réhabilitation a été acceptée et vous pourrez reprendre le service dans une semaine. »

La nouvelle laissa Judy sans voix. Elle s'était imaginée qu'il lui faudrait attendre encore trois semaines, voire même un mois, avant que sa demande ne soit validée (si jamais elle devait l'être), mais il semblait que la situation extrême dans laquelle se trouvait la ville nécessitait que tous les effectifs disponibles soient mobilisés le plus rapidement possible. C'était finalement une chance pour elle, au milieu d'un nombre incalculable de malheurs… Elle trouva déplacée de s'en réjouir, et se contenta d'accepter la nouvelle avec un contentement modeste.

« Merci, monsieur. J'ai hâte de pouvoir endosser à nouveau l'uniforme. »

« Oui, à ce propos… » Bogo fit un signe de tête à Francine qui tira de son sac deux nouvelles tenues flambant neuves, l'une pour les cérémonies officielles et le travail de bureau, l'autre pour les interventions en extérieur, assez similaire à celle qu'elle avait revêtue jusqu'alors. Elle les déposa au pied du lit de Judy, qui les contempla d'un œil curieux, mais ravi.

« Comme vous aviez restitué les vôtres, j'ai pris la liberté de vous en commander de nouvelles. »

« Je vous remercie, chef. »

« Il y a encore une chose, Hopps. »

La lapine dressa les oreilles, attentive à l'approche solennelle que son supérieur effectua pour venir se place à ses côtés, en tête du lit. Il extirpa de sa poche un petit boîtier en bois lustré, que Judy reconnut immédiatement, car il lui avait été présenté pour la premières fois quelques mois auparavant, lors de la cérémonie de sortie de l'académie, où chaque recrue se voyait affectée à son poste spécifique. Dawn Bellwether lui avait alors épinglé l'insigne, après l'avoir tiré de cette petite boîte, que Bogo posa à ses côtés. Une émotion intense s'empara de Judy, qui lutta pour ne pas pleurer. Tant de choses s'étaient produite en si peu de temps, mais au final, elle se retrouvait dans la même situation, et ressentait la même joie et la même fierté.

« Je peux ? » demanda-t-elle d'un air incertain, en tendant la patte vers la boîte.

« Bien entendu. » acquiesça Bogo.

Judy porta ses doigts sur le bois laqué, en appréciant le contact à la fois froid et lustré. Elle s'apprêtait à l'ouvrir, mais stoppa son mouvement, avant de pousser un soupir. Elle releva la tête en direction de son supérieur, et lui offrit un sourire, puis rétracta son bras.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda Bogo d'un air incertain.

Judy secoua la tête, avant de déclarer d'une voix frêle : « La personne à m'avoir remis cet insigne l'a fait en espérant pouvoir me manipuler, et m'adjoindre à sa cause, qui visait à détruire la paix et l'harmonie de Zootopie pour lui imposer sa volonté. »

« Hopps… » commença Bogo, qui craignait de la voir hésiter à reprendre le service.

Cependant, Judy contra immédiatement sa pensée, en se redressant légèrement pour déclarer : « Chef… Me feriez-vous l'honneur de me remettre mon insigne, s'il-vous-plaît ? »

Bogo resta estomaqué face à cette demande solennelle, que Judy appuya d'un regard empli de certitudes. Il était évident que la symbolique était importante pour elle, mais il se rendit compte, alors qu'il récupérait le boîtier et qu'il l'ouvrait, révélant à ses yeux la plaque officielle des officiers de police de Zootopie, qu'elle l'était tout autant pour lui. Bogo n'avait pas cru en Judy, il l'avait malmené dans l'espoir de la faire craquer, car il estimait qu'elle risquait sa vie à vouloir faire ce métier, et qu'elle n'y avait pas sa place, qu'il ne pouvait prendre de son temps et de son énergie à la protéger des autres, mais surtout d'elle-même. Il avait exigé d'elle qu'elle renonce à cet insigne, qu'elle se détourne de ses rêves, et qu'elle le lui remette, contre sa volonté. Même lui s'était trouvé cruel et injuste, ce soir-là… Mais s'était persuadé qu'il agissait pour le bien de la lapine. Et à présent, faisant fi de tout cela, elle attendait de lui qu'il lui redonne cet insigne dont il avait cherché à la priver… Alors qu'elle le méritait, indubitablement, et peut-être même d'avantage que n'importe quel autre officier placé sous ses ordres… Peut-être même plus que lui-même. Et elle parlait d'honneur ?

« L'honneur est pour moi, Hopps. » déclara Bogo d'une voix légèrement vrillée par l'émotion, avant de retirer l'insigne de sa boîte, et de le tendre en direction de Judy. Qu'il l'agrafe à une tenue d'hôpital important peu… Ce qui comptait, c'était la personne à qui il le remettait. Un officier se mettant au service de la population, désireux de protéger et d'aider la ville. Judy Laverne Hopps méritait de l'arborer avec fierté, car les vertus du ZPD qui y étaient gravées, Loyauté, Intégrité et Courage, étaient bel et bien les siennes.


Et ainsi, Judy, qui n'était plus de joie, fut elle doublement gratifiée par la bonne fortune ce jour-là, lorsqu'elle reçut une seconde visite, environ une demi-heure après que ses collègues du ZPD n'aient pris congé. Il s'agissait de madame Otterton. La petite loutre se précipita dans les bras de Judy, désireuse de s'enquérir de son état, et de celui de Nick.

« Malheureusement, il est toujours sauvage, lui aussi… » répondit Judy en baissant piteusement la tête.

Elle allait voir Nick tous les jours, et à chaque fois c'était un déchirement. Le renard la reconnaissait systématiquement, et ne la quittait pas des yeux, du moment où elle arrivait, jusqu'à son départ. Parfois, il grattait doucement la vitre devant elle, comme s'il cherchait un moyen de la rejoindre de l'autre côté… En général, Judy finissait en pleurs, ce qui l'obligeait à regagner sa chambre, et il lui fallait près d'une heure pour parvenir à se calmer. Mr Fox aidait assez bien dans ces cas-là, également.

« Plus pour longtemps ! » répliqua madame Otterton d'une voix joyeuse.

Judy se redressa, les yeux exorbités. Elle n'eut pas à poser la moindre question, car la loutre était trop excitée et heureuse pour se contenir plus longtemps. « L'antidote est au point, Judy. Ils l'ont administré ce matin même aux premières victimes du sérum. Ils veulent vérifier son efficacité avant de déterminer un dosage moins important pour les prédateurs touchés au cours de la marche pour la paix, puisque le sérum utilisé par ces monstres était moins concentré. »

« Mais… Mais alors, ça veut dire que vous… Qu'Emmitt va… » bredouilla Judy, qui rejoignait à présent la loutre dans son euphorie.

« Oui, tout à fait ! Il va se réveiller d'un instant à l'autre, d'après les médecins et… Et j'aurais voulu que vous soyez présente à mes côtés, à ce moment-là. »

« Rien ne me ferait plus plaisir, madame Otterton. » déclara Judy en se redressant, se laissant glisser du lit. Sa chemise d'hôpital remonta le long de ses cuisses, dévoilant la courbe de ses fesses. La lapine poussa un petit cri de surprise gêné, avant de secouer la tête. « Hum… Il faudrait peut-être que je passe quelque chose de plus… convenable. » déclara-t-elle en ricanant bêtement.

Madame Otterton acquiesça avant de prendre la direction de la sortie de la chambre. « Je vous attends dehors. »

Judy fut quelque peu gênée de ne rien avoir à se mettre… Elle avait passé la semaine dans le confort relatif des chemises de nuit que l'hôpital avait mis à sa disposition, et n'avait même pas pensé à demander à sa mère de lui ramener quelques affaires de l'appartement, en dehors de sa trousse de toilettes et de quelques sous-vêtements. Elle en fut donc réduite à enfiler son nouvel uniforme, saluant le prétexte qui lui était offert pour le revêtir avant l'heure. Elle s'apprécia dans le miroir, heureuse de se voir à nouveau en bleu.

Elle avait toujours associé cette couleur à l'espoir, et pour le coup, cela lui sembla de circonstance.


Notes de l'auteur :

Bon okay, c'était peut être un peu prévisible puisqu'un certain nombre d'entre vous l'avait vu venir bien avant l'heure. Désolé, je ne suis pas aussi subtil et malin que je pense l'être parfois... Ou bien c'est vous qui êtes trop rusés, que voulez-vous ?

Bref, tout ça pour dire que cette scène, qui me tenait particulièrement à cœur (celle ou en dépit de son asservissement au sérum, Nick protège Judy malgré tout) fait référence à la fin de Zootopie, telle qu'elle devait être dans la première version du film. Cela me permet d'aborder ce sujet que je trouve passionnant : en effet, à la base, Zootopie était un film totalement différent, et beaucoup plus sombre, dont Nick était le personnage principal. Les prédateurs étaient asservis aux proies, et n'avaient droit de vivre auprès d'elles que s'ils portaient un collier qui leur envoyait des décharges électriques dès que leurs émotions tendaient à les rendre trop agressifs (et ceci afin de prévenir les risques qu'encouraient les proies à vivre auprès de prédateurs). Bien sûr, l'intrigue du film reposait sur ce préjudice beaucoup plus marqué que dans la version dont nous avons finalement hérité, et dont Judy est devenue l'héroïne, car le point de vue cynique de Nick sur Zootopie rendait la perception de cet univers trop négative pour le spectateur. Enfin bref, à la fin du film, Nick était touché par une dose de sérum d'Hurleurs Nocturnes, mais au lieu du tuer Judy, il la défendait farouchement, quitte à se battre contre une bande de tigres.

Je trouvais le concept super cool, et riche de sens. Je pense qu'il a sa place dans cette fiction, car il apporte une véritable symbolique sur le cœur même du message que j'essaie de véhiculer au travers de mon histoire.

Voilà, voilà.

J'espère que la lecture vous a plus... On aura un peu plus de douceur, de fluff et d'humour dans les prochains chapitres, je pense. Même si on n'en a pas terminé avec nos grands méchants Gardiens, vous vous en doutez !

Merci encore de votre soutien et de votre présence. Je vous adore !