Notes de l'auteur :

Encore une fois pour ce chapitre, les notes de l'auteur seront données à la fin pour éviter tout spoil involontaire.


Chapitre 20 : Déclaration

Il avait à nouveau neuf ans, et le même sentiment d'excitation au cœur que la première fois qu'il avait franchi les portes du bâtiment alloué aux réunions hebdomadaires des rangers scouts juniors. Son bel uniforme, que sa mère avait réussi à lui offrir en dépit des protestations de son père, lui saillait à merveille, et il n'avait qu'une seule hâte : rejoindre officiellement la troupe. Faire partie d'une bande. Enfin, sortir de la bulle resserrée de sa seule fratrie et s'ouvrir au monde, devenir un individu à part entière, sur lequel les autres pourraient compter. Nicholas Piberius Wilde était prêt à vivre le rêve de Zootopie, où chacun pouvait devenir ce qu'il voulait.

« Alors Nick, t'es prêt pour l'initiation ? »

« Oui les mecs, j'suis super prêt ! » répondit-il avec une voix enjouée en dévalant les dernières marches menant au sous-sol où les membres de la troupe se réunissaient chaque mardi et vendredi.

Les autres petits mammifères de la troupe, tous des proies, se mirent en cercle autour de lui, et il scella celui-ci de sa présence. Jamais il ne s'était senti aussi accompli qu'en cet instant solennel, où on lui offrait enfin sa chance de se révéler au monde, d'être autre chose qu'un fils obéissant, ou un frère compatissant, généreux et dévoué. Pour la première fois, il pouvait enfin penser à ce qui était bon pour lui, et se focaliser sur ses espoirs personnels. Cette aventure allait changer sa vie, il en était certain.

Soudain, il fut plongé dans le noir, ce qui ne l'inquiéta qu'une demi-seconde car rapidement sa vision nocturne prit le relai… Presque comme si son aptitude particulière avait été anticipée, le rongeur rondouillard qui avait le privilège d'être chef de troupe (sans doute parce qu'il était le plus âgé et expérimenté de la bande), braqua la lumière d'une lampe torche sous ses yeux, ce qui l'éblouit et le perturba quelques instants. Nick secoua légèrement la tête, mais se reprit rapidement, lorsqu'il lui fut demandé de lever sa patte et de réciter le serment.

Nick s'exécuta, tout sourire. « Moi, Nicholas Wilde, promet d'être courageux, loyal, obligeant… Et digne de confiance. » Ces mots avaient un sens tout particulier pour lui. C'était presque comme proclamer à la face du monde qu'il était certes un renard, mais que ces valeurs qu'il proclamait avaient toujours été les siennes… Enfin, il arriverait à être compris des autres, par des mammifères partageant sa vision des choses, des camarades, des amis qui…

« Même si tu es un renard ? » intervint une voix pleine de méfiance cruelle, brisant le fil de ses pensées et le laissant interdit.

« Qu… Quoi ? »

Sans avoir le temps de comprendre ce qui était en train de se passer, il fut projeté à terre avec violence. Le souffle court, il tenta de se redresser, mais deux autres mammifères de la troupe le plaquaient au sol, tandis qu'il essayait en vain de se débattre et de comprendre pourquoi les choses étaient en train d'aller de travers. Ces animaux étaient des proies, des scouts, impossible que l'erreur vienne d'eux, pas vrai ? Ils étaient ses amis, après tout…

« Non… Non… Non, les gars ! Qu'est-ce que j'ai mal fait ? Qu'est-ce que j'ai mal fa… »

Sa confusion fut stoppée par la grille en métal froid qui lui enserra bientôt le museau, l'empêchant de remuer les lèvres, ou même de s'exprimer. Il secoua la tête, horrifié, tandis que le rongeur se penchait au-dessus de lui, et lui lançait le regard le plus méprisant qu'on lui avait jamais adressé (et pourtant, il avait eu droit à sa dose de mépris, au cours des premières années de sa vie).

« Tu ne croyais tout de même pas qu'on allait faire confiance à un renard sans muselière ? T'es encore plus bête que t'en as l'air ! »

Nick recula en rampant au sol, secouant la tête avec véhémence pour tenter de se dégager de l'emprise glaciale et atroce de cet engin de contention, outil de torture qui marquait sa rupture totale avec les autres, et l'incapacité qu'il aurait à trouver sa place parmi eux. Son expression déchirée en disait long sur son état d'angoisse, de peine et de détresse. Il se redressa piteusement sur ses pattes, manquant de trébucher dans son empressement, et prit la fuite sous le regard amusé et les rires moqueurs de ces mammifères qui jamais ne l'accepteraient dans leurs rangs. Le plus dur n'était pas de faire face à cette réalité, mais d'en avoir caressé l'espoir, d'avoir été si près du but, et d'avoir échoué au dernier moment. Les premiers sanglots le gagnèrent tandis qu'il franchissait le palier le ramenant à l'étage, et il eut encore le temps de percevoir les dernières railleries des scouts restés en bas, avant de se précipiter vers l'extérieur du bâtiment.

« Ooooh ! Il va s'mettre à chialer ! »

Nick dévala l'escalier menant au perron, et alla se dissimuler à son couvert, avant de se débattre de toutes ses forces pour se défaire de l'horreur qui entravait son visage. Il la rejeta au loin dans un mouvement de dégoût, avant de retomber piteusement contre le mur. Effectivement, il allait se mettre à pleurer, mais en dépit de tous les efforts qu'il ménagea pour empêcher ses larmes de couler, il n'y eut rien à faire. Il avait été touché et blessé plus profondément que toutes les autres fois où on lui avait renvoyé en pleine figure le fait qu'il était un renard, et donc un individu méprisable et indigne de confiance. Le rêve de Zootopie n'était qu'un mensonge, et jamais il n'aurait sa place au sein de cette société. Ce fut la certitude qui gagna le cœur du petit renard en pleurs, qui comprenait une fois de trop à quel point le monde pouvait être injuste et cruel.

Tout devint noir pendant quelques instants, et il rouvrit les yeux dans le bureau de son père. Jonathan Wilde se tenait de l'autre côté, remplissant des documents tout en lui jetant de temps en temps un petit regard inquiet. Après sa mésaventure chez les scouts, il lui avait demandé de venir le voir, afin qu'ils puissent discuter de tout cela. Nick s'était rapidement défait de cet uniforme qui avait coûté une fortune à ses parents, et qu'il jugeait à présent grossier et ridicule. Jamais il ne le remettrait.

Comme d'habitude face à son père, il se sentait démuni et ne savait pas quoi dire. John Wilde était avare en mots, et n'était pas le mammifère le plus prolixe qui fut. Il était relativement froid et distant, même avec ses enfants, mais était toujours présent pour eux dans les moments difficiles, ce qui ne voulait pas dire qu'il se montrait particulièrement adroit dans la gestion de leurs problèmes.

Comme Nick baissait piteusement la tête et reniflait bruyamment tout en réfrénant un nouveau sanglot, son père poussa un soupir, boucla son livre de comptes d'un geste ferme, avant de se pencher par-dessus son bureau pour faire face à son fils.

« Ne laisse jamais les autres voir que tu as été blessé. »

Nick redressa piteusement la tête, plongeant son regard dans celui de son père. Il y lut une forme de préoccupation affirmée, mais également une certitude froide, et légèrement indignée.

« C… Comment ça… ? » bredouilla Nick d'une voix faible et tremblante.

« Ce n'est pas la dernière fois qu'on te brutalisera pour le seul fait d'être un prédateur, qui plus est un renard. Il faut que tu t'armes contre ce genre de choses, où elles finiront par te consumer, et faire de toi un individu n'ayant plus que la haine au cœur. Ce n'est pas ce que je veux pour toi, Nicholas. Et je sais que ce n'est pas ce que tu veux, toi non plus. »

Le petit renard secoua doucement la tête, n'étant pas sûr de réellement comprendre la logique de ces paroles.

« En somme… tu me demandes de ne pas réagir lorsqu'on s'en prend à moi ? »

« Si on t'agresse, il faudra te défendre, bien entendu… Mais pour tout le reste… Les injures, les moqueries, le spécisme. Ignore tout ça. Fais comme si tu n'entendais pas. Avec un peu de chance, et beaucoup de temps, les gens finiront par comprendre qu'ils ne parviendront jamais à te blesser à ce sujet, et ils se lasseront d'eux-mêmes. Ne les laisse pas voir que leurs propos peuvent t'affecter, car tout ce qu'ils disent est de toute manière indigne d'être entendu. »

Nouveau trou noir, et nouveau changement d'environnement. Il se retrouvait maintenant dans la chambre qu'il partageait avec son frère Vincent, avant que leurs parents ne se séparent. Le jeune renard, qui ressemblait énormément à Nick, à ceci près qu'il avait les yeux gris, et un pelage plus sombre que le sien, tournait en rond dans la pièce, visiblement furieux et agité. Nick était installé au bord de son lit, et le regardait aller et venir, inquiet.

« Papa n'est qu'un lâche ! Faire comme si de rien n'était ? Non, ce serait trop facile ! » maugréa Vincent en serrant les poings.

« Je crois qu'il a raison, Vince… » protesta Nick avec une voix dénuée de conviction. « On ne peut pas les persuader, ni les raisonner, et encore moins les faire changer. S'il faut les subir, alors autant le faire la tête haute. »

« Et leur laisser croire qu'ils ont raison ? Qu'ils peuvent traiter les prédateurs comme ça ? »

Vincent donna un violent coup de poing dans leur commode. Le geste fit grimacer Nick. Il était impossible que son frère ne se soit pas blessé dans le processus. Cela sembla néanmoins calmer le jeune renard, qui prit une profonde inspiration, avant de se retourner, dévoilant une expression terrible, mélange horrifiant de rage et de tristesse.

« Papa est dans le faux. » insista-t-il d'une voix glaciale qui n'appelait pas à la discussion et se voulait totalement intransigeante. « Moi, je vais leur montrer qu'ils n'ont pas le droit de nous blesser. »

Le noir suivant fut envahi par un cri d'horreur aigu, et Nick savait qu'il ne voulait pas rouvrir les yeux sur ce souvenir. Néanmoins, il ne pouvait le contrôler, et le spectacle qui s'offrit à lui était aussi désolant que la première fois qu'il y avait été confronté. Le local de rencontre des rangers scouts juniors avait été saccagé. Le mobilier était en miettes, les équipements de la troupe mis en morceaux, toute la documentation sur la flore, une compilation précieuse comprenant de nombreux relevés et spécimens rassemblés par huit générations de rangers, avait été jetée dans le feu de la cheminée. Il n'en restait rien… Mais le pire était l'état dans lequel se trouvait deux des jeunes scouts qui s'étaient trouvé sur place lorsque la folie vengeresse de Vincent Wilde s'était abattue sur les lieux. Il les avait tabassé, mordu et griffé. L'un d'eux avait dû être hospitalisé, car il avait perdu conscience… Et de surcroît, ces deux jeunes scouts n'avaient rien à se reprocher : ils n'étaient même pas présents, le soir où Nick avait été brutalisé. Ils avaient juste eu la malchance de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.

Tout ceci n'avait aucun sens, mais pourtant c'était bel et bien Nick qui se trouvait là, entre son père et sa mère, face au directeur de l'association, qui faisait le décompte des dégâts sous leurs yeux médusés.

« C'est une chance pour vous que les familles de ces deux enfants renoncent à porter plainte à votre encontre. Ils ne se montrent magnanimes que parce qu'ils savent très bien la situation difficile de votre famille… Mais ne croyez pas que je serai aussi indulgent qu'eux. »

Le directeur, un gnou au pelage gras et mal entretenu, acheva de prendre en note le constat des dégâts opérés, avant de revenir vers eux, l'expression grave et dure. Son regard glissa un instant sur Nick, et le renard n'y lit qu'un profond mépris mêlé de dégoût.

« Je chiffre le montant des dégâts à trois mille dollars environ. »

« Quoi ? » s'égosilla John Wilde en secouant la tête. « Pour quelques chaises, une commode et des rideaux ? »

« Vous oubliez aussi la valeur inestimable de l'herbier que votre garnement a jeté au feu. Ce n'est pas quelque chose que l'on pourra remplacer ! »

« De la valeur culturelle, oui ! Sentimentale, peut-être. » contesta le père de Nick. « Mais pas monétaire. »

Le gnou fronça les sourcils, avant de pousser un soupir méprisant. « Le comité directeur de l'association a déjà contacté les services administratifs de la ville et a obtenu leur accord pour la pleine considération financière du préjudice subi par la perte de cet almanach des plantes. »

John Wilde essaya de trouver quelque chose à redire, mais comprit qu'il risquait d'empirer la situation s'il contestait une nouvelle fois les arguments de son méprisable interlocuteur. Ce-dernier sembla satisfait de ce mutisme soudain, et reprit : « C'est bien simple, monsieur Wilde. Ou vous payez la somme due, ou bien nous allons au bout de la procédure pénale, et votre vaurien de fils (il lança un nouveau regard haineux en direction de Nick) finit en maison de correction. Ce qui serait peut-être pour le mieux, d'ailleurs. »

Nick vit ses deux parents échanger un regard meurtri, où ne brillait aucun éclat. Le jeune renard baissa la tête… Tout ça était de sa faute, rien que de sa faute…

« Pourquoi as-tu fait ça, Vince ? » Nick se retrouvait à présent, une nouvelle fois, dans la chambre qu'il partageait avec son frère. Ce-dernier se tenait adossé au mur, les bras croisés et l'air ailleurs. Il se moquait visiblement des remontrances de son frère. « Tu te rends compte de la situation dans laquelle se retrouvent papa et maman, maintenant ? »

« Pourquoi tu ne leur as pas dit que c'était moi qui avait fait le coup ? » demanda Vincent d'une voix détachée, sans même chercher à croiser le regard de son frère.

« Quoi ? » Nick secoua la tête. « Tu croyais vraiment que j'allais faire ça ? Tu sais bien que si tu fais encore un seul faux pas, ils te mettront en… »

« Et alors ? » le coupa le jeune renard d'un ton brutal, en montrant les crocs. « Tu crois que j'assume pas ce que je fais ? Tu crois que je cherche à me cacher ? Que j'ai peur de ce qui pourrait m'arriver ? Toutes ces proies… Ces foutues proies qui passent leur temps à nous juger, à nous toiser ! Elles peuvent aller se faire foutre ! » Il avait prononcé cette dernière phrase en hurlant de toutes ses forces, les poings serrés. Nick fit un pas en arrière… Il détestait quand son frère perdait ainsi le contrôle et partait dans des crises de colère noire. Il valait mieux éviter de se trouver sur son chemin, lorsque cela arrivait.

Finalement, au bout de quelques secondes, il sembla se calmer, mais ce n'était qu'un apaisement d'apparence, car la tempête de haine qui bouillonnait en lui continuait à balayer ses sentiments de rafales terrifiantes. « Il y a des milliers d'années, on les tuait, Nick. On les bouffait, on les mettait en pièces ! Pour se nourrir, ou seulement pour se divertir… On dominait, à cette époque-là. C'était nous qui étions au sommet ! Les prédateurs ! Pas les proies ! A présent, c'est nous qui sommes piétinés, rejetés, marginalisés… Ils parlent pas de l'oppression que subissent les prédateurs, à devoir toujours faire bonne impression, à ne jamais montrer le moindre signe d'agressivité ! Notre férocité, notre force, nos… nos griffes et nos crocs… Tout ça, c'est ce qui nous définit, pas vrai ? Et on doit les cacher, comme si on en avait honte ? Tout ça parce que ces saloperies de proies nous font culpabiliser, à toujours nous renvoyer nos instincts de tueur en pleine face ! »

« C'est pas en se comportant de la sorte qu'on leur fera changer de point de vue, Vince ! » protesta Nick d'une voix tremblante, bien qu'essayant d'afficher un maximum de conviction.

« Mais pourquoi devrait-on changer leur point de vue, au juste ? » demanda Vincent d'une voix cruelle, en fronçant les sourcils. « Après tout, c'est les proies qui ont décidé que tous les renards étaient fourbes, cruels, dangereux, indignes de confiance. Alors, pourquoi essayer de se comporter différemment, je te le demande ? Tu auras beau faire tous les efforts du monde, te montrer patient, conciliant, te laisser marcher sur la gueule à longueur de journée, aucune proie ne te verra jamais autrement que la machine à tuer qu'elle suppose que tu es. Arrête de vivre dans ton monde, Nick… Tu me fais pitié. »

Ayant lâché ces mots, il prit la direction de la sortie de la chambre d'un pas rapide et colérique. Nick fit quelques pas en sa direction, avant de se figer en saisissant au vol le regard glacial que son frère lui lança, et qui lui signifiait de ne surtout pas tenter un pas de plus. Figé de stupeur, Nick se demanda alors où était passé son frère si doux, si gentil et si fragile, qui venait se réfugier dans son lit à chaque fois qu'il faisait un cauchemar… Zootopie avait-elle finalement eut raison de ce tempérament affable et pacifique, ne laissant derrière elle qu'un bourbier de haine et de violence ?

« Où tu vas ? » demanda finalement Nick, tandis que Vincent posait sa patte sur la poignée de la porte.

« A ton avis ? Je vais me dénoncer. Tu pourrais pas vivre avec la culpabilité que tout le monde pense que c'est toi qui a fait le coup. T'es trop lâche pour assumer ta haine des proies, et de toute cette saloperie de ville. Pas moi. »

Nick voulut le retenir, lui crier de ne pas faire ça, qu'il était prêt à assumer tout ce qu'il voudrait pourvu qu'il n'aille pas expliciter la situation… Mais sa voix mourut dans sa gorge, et ses yeux versèrent des larmes amères tandis que la porte se refermait derrière son frère. C'était la dernière fois qu'il le voyait avant qu'il ne ressorte de maison de redressement, trois ans plus tard.

Nick sombrait, il chutait. La sensation vertigineuse bloquait sa respiration. Le noir se dissipa, et il se vit tomber de toujours plus haut, gesticulant et hurlant, tandis que le décor se reformait autour de lui, et qu'il se retrouvait au cœur des cascades de Cliffside, chutant depuis l'évacuation d'eau de l'hôpital désaffecté où Judy et lui avaient retrouvé les prédateurs devenus sauvages.

Son corps traversa le voile d'eau glacée, et il crut qu'il n'arriverait jamais à remonter à la surface, incapable qu'il était de ne serait-ce que distinguer le haut du bas, l'endroit de l'envers. Mais par un quelconque miracle, il émergea, reprenant son souffle en gesticulant et en se débattant dans l'eau. Il était seul… Pourtant, Judy devait se trouver là, quelque part. Peut-être s'était-elle noyée !

Paniqué, il lança des regards erratiques dans toutes les directions, cherchant la moindre trace de la lapine. « Carotte ? Hopps ? Judy ! »

Et dans son souvenir, c'était là qu'elle réapparaissait, saine et sauve, comme répondant à son appel… Mais cette fois, rien. Seulement le bruit insistant et entêtant provoqué par la chute d'eau, et le clapotis perpétuel de la pluie à la surface du lagon. La panique se transforma en terreur, tandis qu'il réalisait qu'elle ne remontait pas… Qu'elle était en train de se noyer.

« Non… Non… Non ! » Il plongea sous la surface de l'eau sombre et glaciale, cherchant la lapine du regard, sans la trouver. Il chercha, chercha et chercha encore, sans résultats, jusqu'à ce que ses poumons crient pitié, et qu'il soit obligé de remonter vers la surface.

Lorsqu'il émergea, les larmes aux yeux et la terreur au ventre, il se trouvait assis par terre, dans le bureau de son père. Il avait presque douze ans, et il voyait son père, Jonathan Wilde, assis de l'autre côté, pleurer pour la toute première fois.

« Je suis désolé, papa… » déclara Nick en versant à son tour des larmes. « C'est de ma faute, pas vrai ? »

Son père redressa un visage furieux dans sa direction, son expression rendue plus furibonde encore par les traces qu'avaient laissés ses pleurs sur son pelage. « Je t'interdis de penser ça, Nick ! »

« C'est forcément de ma faute… J'avais promis de me tenir à carreau au collège, et… Et j'ai encore foutu le bordel… Alors… »

« Arrête ! » hurla son père en tapant des deux poings sur la surface du bureau.

Nick sursauta avant de se figer, horrifié d'une telle manifestation de colère de la part de John, habituellement si impassible. Celui-ci poussa finalement un soupir avant de se laisser retomber au fond de son siège et de plaquer une patte contre ses yeux fatigués.

« Ecoute, Nicholas… » reprit-il d'une voix plus calme et apaisée, bien que celle-ci sonnât faux. « Ta mère et moi… Ca fait quelques années que nous avons des problèmes, d'accord ? Et il semblerait que… Que ta maman n'arrive plus à les gérer aussi bien qu'avant. C'est pour ça qu'on se sépare, tu comprends ? »

« Non ! » protesta Nick, qui refusait d'accepter cette situation, qui ne pouvait pas s'imaginer un seul instant que la seule chose qui lui semblait à peu près stable dans sa vie, sa famille, soit en train de se déchirer ainsi. Tout lui semblait atroce, inéluctable et injuste. Il avait envie de frapper, de détruire, de déchirer. « C'est maman qui veut que vous vous sépariez ! Elle veut plus de notre famille ! Elle veut nous emmener loin de toi ! Je la hais, je la déteste ! Je veux qu'elle crève ! »

Le regard abattu et désarmé de Jonathan Wilde se redressa alors subitement, surplombant la frêle silhouette de Nick pour regarder derrière lui. Le jeune renard capta le mouvement oculaire de son père et le suivit, avant de se retourner pour voir sa mère se tenir, figée, dans l'encadrement de la porte. Entre ses pattes, elle tenait un plateau repas qu'elle venait de préparer pour lui… Nick n'avait pas besoin de voir les larmes dans son regard meurtri pour savoir qu'elle avait tout entendu. Il s'en voulut horriblement, et allait se redresser, se tourner vers elle et s'excuser aussi longtemps qu'il le faudrait… Mais son père le devança, prenant la parole à sa place.

« Pardonne-le, Nat'. Ne prends pas ça trop à cœur. Il… Il est juste un peu perturbé et… Il ne pensait pas ce qu'il vient de dire… »

Entendre son père s'écraser ainsi, justifier la conduite de son propre fils, devant la femelle qui voulait l'abandonner… Les abandonner… Transforma la culpabilité de Nick en une nouvelle bouffée de haine qu'il tourna à l'encontre de celle qu'il jugeait responsable de tous ses malheurs.

« Non, je le pense ! Je le pense et je le redirai autant de fois qu'il le faudra pour qu'elle le comprenne bien ! T'as rien fait pour empêcher Vincent d'être envoyé en maison de correction ! Ça t'a bien arrangé de te débarrasser de lui, parce qu'il te posait trop de problèmes ! Et maintenant, tu veux faire pareil avec moi ! Tu veux faire pareil avec papa, parce qu'il gagne pas assez d'argent, c'est ça ? »

La seule réponse qu'il obtint de sa mère fut une expression d'horreur, figée sur son visage, à l'audition de ces propos atroces qui n'eurent pour seul effet que de lui faire verser des larmes brulantes et amères. Son père fut plus prompt à réagir. Nick n'eut même pas le temps de l'entendre se redresser, de saisir les pas rapides qu'il fit dans sa direction, qu'il se trouvait déjà projeté au sol après s'être vu administré une gifle magistrale, qu'il n'avait jamais oublié depuis… Sans doute parce qu'il considérait que de toutes celles qu'il avait prises au cours de sa vie, c'était sans doute celle-ci qu'il avait le plus mérité.

Lorsqu'il se redressa, le bureau était plongé dans le noir. Il avait dix-huit ans à présent, et l'odeur fut le premier indicateur qui le poussa à vouloir fermer les yeux, à se replier au plus profond de lui-même, à ne surtout pas continuer ce voyage itinérant au fil de ses pires souvenirs. Il atteignait à présent l'apogée d'un cheminement qu'il ne faisait que trop souvent, parfois émaillé d'autres étapes plus ou moins importantes, d'autres fragments mémoriels plus ou moins heureux, à chaque fois qu'il fermait les yeux, et qu'un sommeil agité le saisissait… Il eut une pensée pour Judy. Il n'avait dormi que quatre fois à ses côtés, et ces nuits-là avaient été épargnées par ces fichus rêves. Mais la lapine n'était plus là, maintenant, elle avait disparu sous la surface du lagon. Elle n'avait pas survécu à sa chute depuis les hauteurs de Cliffside, et son corps noyé reposait quelque part, dans les abimes les plus obscurs de son esprit.

Quand bien même il aurait voulu lutter contre l'inéluctable, il ne pouvait empêcher les éléments du souvenir de se mettre en place. Une visite nocturne à son père, pour lequel il se faisait énormément de soucis, en raison de ce que Vincent lui avait révélé la veille… La porte de l'appartement non-verrouillée, toutes les lumières éteintes, la télévision du salon s'égosillant dans le vide, une publicité pour un liquide vaisselle, diffusant une musique ridicule accompagnée d'un jingle que Nick ne pourrait jamais oublier « Ca récure jusqu'au fond des choses ».

Il avait poussé la porte. Cette fameuse porte qui existait toujours, mais qu'il n'avait jamais repoussée depuis. Et l'odeur était là. La fétide odeur de la mort. Il s'y trouvait. La patte tremblante glissa le long du mur, recherchant un interrupteur qu'elle redoutait de trouver. Une boule s'était formée dans sa gorge, tandis qu'il percevait les fragrances familières de Jonathan Wilde, mêlées à cet arôme si particulier, qui prenait peu à peu le pas sur les autres et finirait par les dominer totalement, jusqu'à les faire disparaître.

« Papa ? » marmonna Nick d'une voix qui sembla jaillir hors de lui-même.

Il avala à sec et actionna l'interrupteur. Il n'aurait pas eu besoin de la lumière, sa vision nocturne pouvant lui montrer ce que la pâle lueur du plafonnier lui révéla de toute manière… Mais il avait besoin de ça. Il avait besoin de cette perception supplémentaire et artificielle pour donner du crédit à ce qu'il ne pouvait accepter comme étant la réalité.

Et pourtant, les faits étaient là, aussi morbides qu'indéniables. Jonathan Wilde était affalé derrière son bureau, le visage enfoncé contre la surface en merisier, juste à côté d'une bouteille de whisky dont il ne restait presque plus rien, d'un verre renversé répandant une odeur de malt dans toute la pièce (odeur qui ne parvenait pas à surpasser celle, plus insidieuse, de la mort). Répandus au sol, le reste des comprimés d'antidépresseurs et de somnifères qu'il n'avait pas eu l'occasion d'ingurgiter. Il en avait néanmoins descendu suffisamment pour s'assurer un voyage sans retour pour l'au-delà.

Comme dans son souvenir, Nick resta immobile, contemplant ce spectacle désolant et grotesque, le fixant pendant près de dix minutes sans bouger, presque sans respirer, mais surtout sans y croire. La contemplation n'enlevait rien à l'horreur de la chose, mais il s'était dit, dans un recoin de son esprit brisé, que peut être tout ceci n'était qu'une hallucination, un mauvais rêve grossier dont il se réveillerait dès qu'il aurait atteint un certain degré de mort cérébrale. Mais rien ne changea. Tout resta aussi clair et certain qu'au premier instant. Alors la réalisation se fit, et le malheur frappa.

Il tomba à genoux en hurlant, et le reste, confus, atroce et humiliant, se perdait dans les limbes des souvenirs qu'il avait eu la chance de parvenir à oublier…

« Réveille-toi, Nicholas. »

Il ouvrit les yeux, se retrouvant dans le noir, sans être capable d'y voir quoique ce soit. Alors, c'était donc ça que ressentaient tous ces mammifères n'ayant pas la chance, comme les renards, d'être nyctalopes ? C'était aussi angoissant et perturbant qu'il se l'était imaginé, et s'accoutumer à l'obscurité, après trente ans passés à ne pas y prêter une attention particulière, lui semblait impossible. C'était comme devenir soudainement aveugle.

« Approche. Viens plus près. »

Il s'exécuta, la voix qui l'appelait étant son seul repère dans les ténèbres. Mais en dépit de son indéniable besoin de se diriger vers cette balise auditive, tout son être lui criait de s'en défaire, et de rester là où il était, de faire le mort, et de s'obliger à ne pas écouter cette voix mielleuse et doucereuse, qu'il reconnaissait sans parvenir à l'identifier.

Mais il ne contrôlait rien, et se dirigea d'un pas lent et lourd vers l'origine de la voix. Il remonta un couloir dont il ne devinait pas les murs… Mais il savait qu'il s'agissait d'un couloir néanmoins, et d'une longueur peu commune, car il lui sembla le parcourir pendant des heures, sans jamais réussir à se rapprocher de l'origine de la voix qui renouvelait son invitation de façon régulière.

« Plus près. Encore plus près. »

Et soudain, une silhouette se découpa dans le voile d'ombre. Nick se figea, tandis que la forme avançait soudain vers lui, semblant flotter au-dessus du sol.

« Tu me connais, Nicholas. Tu me connais. Tu me connais. Tu me connais. Tu me connais. Tu me connais. »

La voix se faisait plus forte à chaque occurrence, et l'approche de la silhouette toujours plus rapide. Nick voulut hurler, tandis que la collision était imminente, et qu'il distinguait à présent le masque d'agneau anguleux qui lui faisait face. Le Berger fondait sur lui, et bientôt…

Le choc. Puis plus rien. Le Berger lui était passé au-travers, aussi vif et insidieux qu'un courant d'air qui vous glace les os. Ou bien était-il entré en lui ? C'était plausible, car il ne restait rien de Nick qu'une férocité bestiale, une volonté de tuer et de déchiqueter, de détruire et de malmener. Il se releva sur ses quatre pattes, chien fou errant le long des abimes de son esprit déstructuré. Il cavalait sans réfléchir, animé par la soif de sang et la quête de la chair.

Et elle se trouva soudainement face à lui, lumineuse au milieu des ténèbres, lui tournant le dos. Isolée, seule. Sa proie.

Judy tourna les talons pour lui faire face, son expression radieuse se transformant en horreur complète à la vue de la chose cruelle et sauvage qui lui faisait face. Ses lèvres murmurèrent « Nick », mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Seule la voix du Berger résonnait au fond de son esprit. « Tu me connais. Il faut que tu la manges. Tu me connais. Tu me connais. Mange-la. Tu me connais. Dévore sa chair. »

Et il fondit sur elle, mourant en lui-même à chaque pas qu'il faisait dans sa direction, son cœur se fissurant toujours d'avantage tandis que la distance les séparant se réduisait, encore et encore, inéluctablement. Ses crocs se refermèrent sur la peau tendre de son cou, et il sentit le goût brûlant et métallique du sang envahir sa mâchoire. L'action sembla se dérouler au ralenti, le laissant apprécier chaque microseconde de la mise à mort de l'être qu'il aimait le plus au monde, et qu'il ravageait à présent de ses crocs.

La voix de Vincent résonnait au fond de son esprit, tandis qu'il renouvelait les coups de crocs, projetant sa victime au sol, pour la déchiqueter avec plus d'aisance : « Il y a des milliers d'années, on les tuait, Nick. On les bouffait, on les mettait en pièces ! ». Une part de lui-même, perdu dans les tréfonds de sa psyché, hurlait et se débattait, se projetait contre les murs de sa prison cérébrale, spectateur impuissant d'un carnage que rien ne semblait pouvoir stopper.

Il revit le corps inanimé de son père, mort pitoyablement, face la première contre son bureau. Sauf que le renard dans le siège n'était pas Jonathan, mais son fils, Nick Wilde. Au sol, à ses côtés, le cadavre écharpé de Judy le fixait de son regard vitreux, abandonné par la vie.

Du nulle part d'où il apercevait ce tableau macabre, Nick se mit à hurler, hurler et hurler encore.


« NON ! »

Nick se redressa avec virulence en poussant un hurlement effroyable. Les bras tendus vers l'avant, les yeux à demi révulsés, il se sentait totalement perdu. Une lueur blanchâtre l'éblouit, et il lui semblait impossible de distinguer quoique ce soit de cohérent, tant son esprit agité avait du mal à remettre les choses en perspective. Il agitait la tête en tous sens, espérant clarifier sa situation, trouver un point de repère, une certitude à laquelle se raccrocher. Tous ses sens étaient en éveil, et son cœur battait à tout rompre. Si cela devait continuer ainsi, il allait finir par faire une crise cardiaque.

Mais une douce chaleur l'enveloppa, tandis que deux petits bras se refermaient autour de lui, l'étreignant avec ferveur et délicatesse. Son odorat fut le premier à réagir, bien avant que son regard éperdu ne se fige sur celle qui se serrait à présent contre lui avec toute la force du désespoir.

« Ju… Judy… » bredouilla-t-il.

Lorsqu'elle releva ses yeux violets et humides vers lui, il sut qu'elle était vraiment là, que tout ceci était bien réel. Mais il avait besoin d'en avoir la confirmation. Aussi, demanda-t-il d'une voix tremblante : « Est-ce que… Est-ce que c'est la réalité ? Ou bien… Je rêve encore ? »

Judy secoua doucement la tête, ne parvenant pas à retenir une larme, qui roula le long de sa joue avec une exactitude trop précise pour que cela tienne de son imagination.

« C'est la réalité, Nick. Tu es bien là, tu es revenu. Tout va bien, maintenant. »

« Je suis revenu… » répéta-t-il, hébété, tandis que Judy se serait plus fort contre lui, et enfonçait son visage dans le creux de son cou, semblant chercher à apprécier chaque seconde d'un contact qui lui avait désespérément manqué.

Mais pour Nick, les derniers évènements qu'il parvenait à contextualiser avec clarté remontaient à plusieurs jours, et faisaient référence à une situation inextricable, où il avait été touché par le sérum, et perdait peu à peu conscience, se transformant en une créature sauvage qui allait mettre en pièces celle qu'il aimait. Il avait sombré dans l'oubli avec la pire appréhension au monde, une terreur indicible qui ne le quittait toujours pas. Il agrippa Judy au niveau des coudes et l'écarta de lui, afin de pouvoir l'observer sous toutes les coutures.

« Nick… » protesta Judy d'une voix légèrement surprise.

« Tu n'as rien ? Je t'ai blessée ? Dis-moi que tu n'as rien ! »

Le renard était anxieux et particulièrement agité. Son cœur battait toujours la chamade, et il n'arrivait pas à concentrer ses idées de manière rationnelle… Elles se fixaient à leur gré sur les aspects épars de ses inquiétudes diverses, et pour le moment, il avait besoin de s'assurer que sa femelle allait bien.

« Tu ne m'as rien fait, Nick ! Calme-toi ! » le réconforta Judy d'une voix à la fois ferme et douce, en saisissant son museau des deux pattes afin de l'obliger à fixer son regard sur le sien. « Au contraire… Tu m'as protégé. Tu comprends ? »

« Je t'ai… Protégé… ? Mais… Mais c'est impossible… »

« Non… Il semblerait que même devenu sauvage, tu sois incapable de me faire le moindre mal, n'est-ce pas ? »

Nick en resta sans voix. Sa bouche était sèche, et envahie par un goût amer d'antiseptique. Il trembla légèrement, avant de venir passer une patte fébrile dans le dos de Judy, comme pour vérifier encore une fois qu'elle était bien devant lui, et qu'il n'était pas en train de rêver ou de souffrir d'une quelconque hallucination. Il huma l'air, et sentit son odeur… Etrangement, la forte fragrance qu'elle dégageait fit écho à un souvenir à demi-effacé, qu'il ne reconnaissait même pas vraiment comme étant le sien. Il s'était frotté à elle, avait léché son sang… Mais pas pour la dévorer, non… Pour essayer d'arrêter son hémorragie.

« J'ai… J'ai… » balbutia-t-il. « Le marquage… C'est ça… Je t'ai reconnu à l'odeur et… »

Il se figea, avant de plonger son regard dans le sien. Son esprit commençait à se calmer, en partie grâce à l'impact de la révélation qu'il venait d'avoir. La manifestation physique des sentiments qu'il éprouvait pour elle l'avait finalement protégé de lui-même, et l'avait rendu incapable de lui faire du mal. Il ne savait pas s'il s'agissait là de chance ou de destinée, mais une chose était sûre à ses yeux… Tout cela faisait sens.

« Judy… » marmonna-t-il en ne la quittant pas des yeux et en agrippant ses pattes avec les siennes.

Sous l'intensité de son regard, la lapine se sentit un peu plus fébrile, mais elle resserra ses doigts autour des siens, et le fixa pour écouter ce qu'il avait à lui dire.

« Je… Je t'aime… Je t'aime… » déclara-t-il, d'une voix d'abord hésitante, puis avec plus de conviction. Judy se figea, les yeux écarquillés, visiblement terrassée par l'émotion. Le renard poussa un soupir. Au final, cela n'avait pas été aussi dur qu'il l'avait escompté... Mais il savait qu'il n'aurait pas pu retenir ces mots plus longtemps. Il devait le lui dire. Il avait failli la perdre, sans avoir l'occasion de se montrer clair à ce sujet, une bonne fois pour toute. Il se fichait que ce soit trop tôt, qu'il n'ait pas eu le temps de se figurer le sens de tout ceci. Ça n'avait plus aucune forme d'importance. Ils avaient survécu à la pire des épreuves, et cela, simplement parce qu'ils avaient ces sentiments l'un pour l'autre. Il était inutile de tourner plus longtemps autour du pot et de chercher à rationnaliser ce qui faisait sens, ce qui était tout simplement évident.

Les oreilles plaquées dans le dos, Judy resta interdite quelques secondes encore, avant de glisser doucement sa tête vers lui, afin de faire reposer son front contre le sien. Elle ferma les yeux et poussa un profond soupir de contentement.

« Tu ne vas pas revenir sur tes mots encore une fois, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle d'une voix légèrement rieuse, mais rendue vibrante par l'émotion.

« Non… Plus jamais. » promit Nick en secouant doucement la tête.

« Il vaudrait mieux… » répondit-elle en se frottant délicatement à lui. « Parce que nous avons des témoins, tu sais ? »

Judy fit un petit signe de la tête en direction de l'autre côté, et Nick suivit son regard, se rendant compte pour la première fois depuis qu'il était réveillé, qu'il était alité dans une chambre d'hôpital et revêtait une chemise blanche de patient. Il n'avait même pas pris en considération le cadre dans lequel il se trouvait, ni ce qu'il faisait là, ni combien de temps s'était écoulé depuis ses derniers souvenirs conscients… Ces questions devraient attendre, car la rotation de sa tête achevée, Nick put apercevoir à quoi, ou plutôt à qui Judy faisait allusion. En effet, étaient présents un petit groupe de mammifères, qui les observaient sans rien dire, certains un peu gênés, d'autres euphoriques… Et d'autres mêmes, qui avaient l'air de se moquer totalement de ce qui pouvait bien se passer ici (il s'agissait surtout de Finnick, qui lui jetait d'ailleurs un regard sombre et tapait du pied au sol, visiblement impatient).

Etaient présents Bonnie et Stu, ainsi que Jackie et Suzie, Clawhauser, Fangmeyer et Finnick, et pour conclure le tout, une personne que Nick aurait dû s'attendre à voir, mais qu'il fut surpris de remarquer malgré tout : sa grand-mère, Margaret.

« Hum… » bredouilla Judy en les invitant à approcher d'un mouvement de patte, ce qui sembla décoincer un peu la situation. « Ils tenaient tous à assister à ton réveil, alors… »

Nick afficha une expression blasée en croisant les bras sur sa poitrine, avant de pousser un soupir de lassitude. « Mouai… Ça va devenir un gag récurrent ce coup du moment gênant au réveil ? On croirait voir les élucubrations d'un auteur en manque d'inspiration… »

« Roh ! Arrête ! » protesta Judy en lui donnant un petit coup de patte dans l'épaule. « Tout le monde se faisait du souci pour toi. »

« Et pas qu'un peu, espèce de petit-fils indigne ! » maugréa Margaret en plaquant ses deux pattes contre ses hanches et en se penchant au-dessus de lui, comme une mère s'apprêtant à réprimander son enfant. « Heureusement que Judy a eu la présence d'esprit de me prévenir que tu avais été hospitalisé ici, sinon je serais encore en train de me faire un sang d'encre après avoir vu cette horrible vidéo aux informations ! »

« Désolé, mémé… » protesta Nick en secouant la tête. « J'étais dans un état qui m'empêchait légèrement de te tenir au courant. Si j'avais trouvé un moyen de te joindre, la conversation aurait vite ressemblé à un échange préhistorique… » Il sembla considérer l'idée un instant, avant de tourner un sourire narquois vers sa grand-mère. « Mais entre nous, tu dois connaître ça, pas vrai ? »

Cette réflexion sur son âge lui valut une petite tape sur le bout du museau, ce qui le fit éternuer. Au moins, ce léger échange eut le mérite de détendre l'atmosphère, car il fit rire presque tout le monde (pour faire rire Finnick, il fallait un autre genre d'humour, de toute manière).

« M'en voulez pas, surtout. » s'excusa finalement Nick en offrant un sourire à tous les mammifères venus lui rendre visite. « C'est juste que ça a un peu… cassé mon moment, je le crains. »

« Oh, Nick ! Quel sentimental tu fais. » répliqua Judy en poussant un léger rire, avant de saisir sa patte dans la sienne. « Tu as besoin de te sentir rassuré, c'est ça ? »

Le renard secoua piteusement le museau avant d'hausser les épaules d'un air gêné. « On en discutera plus tard, seuls à seuls, Carotte. »

« Pourquoi ? » questionna Judy en lui offrant un sourire charmeur. « Maintenant que les choses sont claires entre nous, ça ne me dérange pas que tout le monde sache que je t'aime, moi aussi. »

Et pour faire bonne mesure, elle se redressa subitement pour venir coller son museau contre le sien, tout en déposant un petit baiser sur ses lèvres. Nick écarquilla les yeux avant de laisser son regard errer du côté de l'assistance médusée, qui restait muette de stupeur suite à cet témoignage d'affection ouvertement affiché.

Le renard se racla la gorge, ménageant des efforts incroyables pour garder sa constance et éviter de sourire comme un idiot. Finalement, il brisa le silence qui s'était instauré d'une voix un brin moqueuse : « Je suppose que c'est ce qu'on appelle la solidarité du couple. Je devrais te remercier de te montrer aussi stupide que moi en public. »

Judy leva les yeux au ciel avant d'acquiescer : « C'est tout à fait ça ! Et crois moi, ça me demande des efforts terribles pour me mettre à ton niveau. »

Pour le coup, c'est Finnick qui laissa échapper un rire suite à cette remarque bien sentie. En effet, son genre d'humour se trouvait plutôt au niveau « coups bas ». Nick ne s'en offusqua pas, bien au contraire, et se contenta de ponctuer l'échange d'un petit clin d'œil à l'attention de sa… Comment devait-il la nommer à présent ? Sa petite-amie ? Il trouvait le terme réducteur et infantile, mais mine de rien, c'était le qualificatif qui se rapprochait le plus de ce qu'elle était à présent à ses yeux.

Fangmeyer croisa les bras sur son torse et poussa un léger ricanement, rejoignant ainsi l'euphorie bruyante de Finnick. « Pas de doute, ces deux-là étaient faits pour être ensembles. » déclara le loup blanc d'un ton satisfait.

« Ce qui veut dire que c'est… officiel, maintenant… C'est ça ? » demanda Stu sur un ton qu'il espérait détaché, mais qui ne parvenait à réprimer une note de déception.

Judy ne s'en formalisa pas. Elle connaissait le tempérament très protecteur de son père, et comprit bien qu'il ne s'inquiétait pas que Nick soit un renard, mais plutôt qu'une autre de ses filles allaient bien lui « échapper » totalement, d'une certaine manière. La lapine prit la patte de Nick et lui lança un regard interrogateur. Pour elle, les choses n'étaient pas encore tout à fait claires, du moins sur cet aspect. Elle savait ce qu'elle voulait, et était certaine que Nick n'était pas ignorant de ses attentes sur le sujet… Mais il lui semblait plus juste que ce soit à lui de confirmer les choses, car après tout, si cela n'avait tenu qu'à elle, la question serait déjà réglée depuis plusieurs jours.

Le renard poussa un léger soupir. La situation le mettait quelque peu mal à l'aise, mais il comprit qu'il était nécessaire de clarifier les choses. Judy avait besoin de ça. Ce n'était pas si dur… Le plus difficile était déjà derrière lui, et avait jailli si naturellement qu'il n'y avait, à ses yeux, plus aucune raison de faire traîner cette situation délicate. Il raffermit donc son emprise sur la patte que Judy avait glissée au creux de la sienne, et acquiesça.

« Oui, Stu… Maintenant, c'est officiel. »

Le patriarche resta muet pendant quelques instants, semblant un peu penaud. Aussi Bonnie fit-elle un signe de tête à Nick pour lui assurer que tout allait bien, avant de prendre en charge la détresse émotionnelle de son mari en le menant à l'écart… C'était juste un grand sentimental, et il avait besoin d'encaisser le coup. « Ne vous en faites pas, Nick. » explicita Bonnie d'une voix rieuse. « Il m'a fait ce cinéma à chaque fois qu'une de nos filles s'est engagée dans une relation un tant soit peu sérieuse… »

La nouvelle ne rassura pas tant que cela Nick. Si les instincts paternels de Stu le faisaient réagir ainsi par rapport à ce qu'il y avait entre Judy et lui, alors cela voulait dire qu'éventuellement, il avait pu sentir que… Le renard secoua la tête. Il était encore trop tôt pour penser à ce genre de choses. Mais l'idée le laissa légèrement euphorique, pour une raison qui lui échappait totalement.

« En tout cas, vous deux… Vous ne pouvez pas savoir à quel point cette nouvelle me met en joie ! » déclara Clawhauser d'une voix joviale, en affichant un sourire gigantesque. Il était clair qu'il n'avait plus aucun contrôle sur ses zygomatiques, à présent. « Non pas qu'on en ait douté un seul instant… Il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir ce qui sautait aux yeux depuis toujours. »

« Ouai… Ou bien être un éléphant, faut croire. » renchérit Fangmeyer en farfouillant dans la poche de son veston avant d'en tirer une pièce d'un dollar qu'il exhiba avec fierté. « Je ne me déferai jamais de mes gains, issus de l'aveuglement manifeste de l'officier Pennington ! Considérez cela comme la preuve indubitable qu'en raison de leur taille, les éléphants ne perçoivent pas le monde de la même manière que nous ! »

« Arrête, mec ! » répliqua Finnick d'une voix tendancieuse. « Les éléphantes sont hyper sexys. »

« Je ne dis pas le contraire, Finn'. » répliqua Fangmeyer en replaçant la pièce dans sa poche, avant de se pencher vers son acolyte pour lui offrir un sourire tout en crocs. « Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais persuadé depuis le début que tu avais un faible pour les grandes femelles. »

« Fais gaffe où tu mets les pattes, Fang'… » l'avertit Finnick en se redressant sur ses pieds, afin de se redresser à la hauteur de son interlocuteur… Ce qui fut uniquement possible parce que celui-ci s'était limite plié en deux, pour le coup.

« Hoho, pourquoi ? » répliqua le principal intéressé d'une voix pleine de cynisme. « C'est une bonne chose, non ? Au moins ça te laisse l'embarras du choix… Il ne doit pas y avoir beaucoup de femelle à Zootopie qui ne rentre pas dans tes critères de sélection si on s'en réfère à ta taille. »

« Il y en a un qui ne va pas tarder à regretter ses paroles… » marmonna Nick à l'attention de Judy, qui avala à sec tout en acquiesçant. Elle avait appris à connaître le tempérament explosif de Finnick…

Aussi, aucun des deux ne fut surpris en voyant le fennec se jeter à l'encontre de son partenaire pour le projeter au sol sous son poids. Les deux s'engagèrent dans une lutte puérile, digne d'une cour de récréation.

« Haha ! Arrête Finn' ! » protesta Fangmeyer au milieu de deux éclats de rire, et d'un cri légèrement plus endolori (le fennec ne ménageait pas toujours ses coups). « Je te présenterai l'officier Pennington, promis ! »

Décidant de laisser ces deux-là à leurs délires, mais heureux de voir que Finnick semblait finalement avoir rencontré une personne avec laquelle il soit capable de s'entendre un minimum, Nick reporta son attention sur Judy. Il y avait un tas de questions auxquelles il avait besoin d'un avoir des réponses.

« Je suppose que si je suis à nouveau moi-même, c'est qu'un antidote au sérum a finalement été concocté ? »

« Oui. » acquiesça la lapine d'un air ravi. « C'était déjà une urgence avant les évènements de Dimanche, mais avec tous ces nouveaux prédateurs contaminés, je crois qu'ils ont mis les bouchées doubles. »

« Le résultat est efficace, il semblerait… »

« Pour l'instant, tous les mammifères répondent positivement au traitement. Je pense qu'ils vont vous garder en observation au moins deux jours, pour s'assurer de la pérennité des effets de l'antidote, et pour éviter tout risque d'effets secondaires… »

Le ton sur lequel avait dit ça laissait clairement transparaître ses inquiétudes à ce sujet. Nick vint glisser sa patte sous son menton, afin de lui relever la tête et l'obliger à regarder vers lui.

« Hey… Ne t'en fais pas, d'accord ? Je… Je pense que je vais bien, maintenant. »

Judy acquiesça doucement avant de frotter sa joue contre la paume de sa patte, semblant en apprécier le contact chaleureux et réconfortant. Nick ne put contenir la joie qu'il ressentit à la voir si proche de lui. Tout lui semblait si naturel et agréable en cet instant qu'il aurait souhaité le voir durer toujours. C'est donc ça d'être amoureux, songea-t-il. Cela ne faisait que lui confirmer ses suspicions : il ne l'avait jamais été auparavant, contrairement à ce qu'il avait pu croire à l'une ou l'autre reprise. Rien de ce qu'il avait ressenti pour quelqu'un n'avait été aussi fort que cela.

« Je suis resté longtemps dans le coaltar ? » demanda-t-il finalement au bout de quelques secondes.

« Un peu plus de cinq jours… » répondit Judy en se redressant et en saisissant sa patte entre les siennes.

Elle craignait sans doute que la nouvelle ne lui fasse un choc, mais au final il l'encaissa plutôt bien. Il s'était attendu à pire, étant donné que Judy était vêtue de son uniforme. Normalement, elle n'aurait pas dû reprendre le service avant au moins trois semaines, et il pensait donc qu'une telle durée s'était écoulée depuis qu'il était devenu sauvage.

« Ta réhabilitation a été acceptée plus vite que prévu, on dirait… J'ai raté beaucoup de choses en cinq jours. »

« Oh ? C'est par rapport à l'uniforme ? » demanda Judy, visiblement confuse. « Je ne reprends le service que dans une semaine… Le docteur Barrare s'est assuré que je ne puisse pas faire de zèle trop tôt. Mais je n'avais rien d'autre à me mettre, alors… »

« Si tu n'avais rien à te mettre, alors il ne fallait rien mettre. » répliqua Nick en affichant un sourire tout en crocs. Si la réplique tendancieuse laissa Judy sans voix (et visiblement un peu éperdue), c'est Margaret qui fut la plus prompte à réagir en administrant un coup de canne sur le crâne de son petit-fils.

« En voilà des manières, Nicholas ! Quelle graine de malotru ai-je élevé là ? »

« Aï-euh ! Mémé ! C'était pour plaisanter ! » répliqua Nick en plaquant ses deux pattes entre ses oreilles.

« On dit ça ! » répliqua la renarde en croisant les bras sur sa poitrine et en affichant un air sévère. « Mais tous les mâles sont pareils, ils ne pensent qu'à ça ! »

« C'est particulièrement vrai chez les lapins… » intervint Jackie, la sœur de Judy, qui était restée légèrement en retrait jusqu'alors.

Nick lui lança un regard curieux, ce qui fit sortir Judy de son hébètement, et la poussa à se redresser pour présenter sa relative au renard.

« Nick, voici Jackie. C'est l'une de mes sœurs. Nous sommes issues de la même portée. »

Nick et Jackie échangèrent une poignée de patte franche et amicale.

« Combien de frères et sœurs tu as qui sont issus de ta portée, exactement ? » questionna Nick en haussant les sourcils. Il était prêt à entendre n'importe quel chiffre extravagant… Après la révélation initiale qu'elle lui avait faite du nombre d'enfants que comptait la famille Hopps, il s'attendait à tout, même au pire.

« Huit. Trois filles et cinq garçons. » répondit Judy, le plus naturellement du monde. « Il y a Jackie, Jessica et moi, pour les filles. Et pour les garçons, il y a Julian, Jayce, Jeremy, John et Jean. »

« C'était l'année du J ? » questionna Nick en redressant un sourcil, se demandant quel genre de délire avait pu pousser Stu et Bonnie à nommer toute une portée avec une initiale commune.

« Oh… C'est une stratégie relativement commune dans les grandes familles lagomorphes. » explicita Jackie. « On attribue une lettre à chaque portée, que l'on retrouve dans les initiales des prénoms des enfants qui en sont issus. Ça permet de garder le fil d'un point de vue organisationnel. »

Nick aurait bien répondu que le meilleur moyen de garder le fil aurait peut-être été de na pas faire autant de petits, mais se ravisa, estimant que le nombre de lapins dans la pièce accentuait les risques de voir la blague faire un bide, ou pire être très mal prise.

« Par exemple… » continua la lapine d'une voix experte et professorale. « J'ai eu ma première portée il y a huit mois. J'ai donc attribué la lettre A comme référentiel pour mes petits bouts de choux. Je n'en ai eu que trois, malheureusement… Les premières portées sont toujours moins fournies. »

« Trois… C'est… C'est déjà pas mal, non ? » hésita Nick d'une voix confuse.

Judy et Jackie échangèrent un regard intrigué, avant de se figer pendant quelques secondes pour finalement éclater de rire de concert. Nick n'était pas certain de comprendre la raison de leur soudaine euphorie, mais craignait d'être mis au courant… Ce fut encore pire lorsque l'explication provint de la bouche de Judy.

« Tu ne verras jamais une famille de lapins considérant que trois petits est « déjà pas mal ». » déclara-t-elle en imitant le ton maladroit qu'il avait lui-même employé lorsqu'il avait utilisé cette formulation.

Nick afficha une grimace de malaise face à ce concept, mais Judy ne la remarqua pas, puisque l'évocation de ses trois neveux et nièces la poussa à questionner Jackie avec intérêt, passion et affection sur le sujet. Les deux sœurs discutèrent donc pendant plusieurs minutes de la santé et des progrès des petits. Cela eut au moins le mérite d'apprendre à Nick que Judy aimait sa famille, se tenant informé au sujet de chacun de ses frères et sœurs, et que visiblement, elle appréciait particulièrement les enfants… Il ne fut pas surpris de l'apprendre, étant donné la nature très émotive de la lapine, mais cela soulevait d'autres questions, plus houleuses et problématiques… Notamment sur le fait qu'elle devait vouloir fonder une famille elle aussi, un jour… Avoir ses propres petits, bien à elle… Nick, pour sa part, n'était pas certain de vouloir jamais avoir d'enfants… Mais il était sans doute bien trop tôt pour aborder un tel sujet conflictuel, aussi repoussa-t-il le problème loin au fond de son esprit, dans un espace poussiéreux qu'il considérait comme sa « remise à sujets sensibles », le tout accompagné d'une affichette « ne surtout pas les aborder. Merci. ».

Il ne déplaisait pas à Nick que les questions plus tragiques liés aux évènements de la marche pour la paix et de toutes les conséquences qui en avaient découlées, soient laissés de côté pendant quelques instants. Ce fut une heure d'échanges ouverts, divers et variés, où chaque mammifère en présence participa au flux massif des conversations. Une énergie extrêmement positive envahit la pièce tout au long de cette visite, ce qui fit un bien fou à Nick. Même Stu, une fois passé son quart d'heure émotif, se montra ouvert, amusé, et particulièrement prolixe en anecdotes croustillantes sur tout un tas de sujets très distrayants.

Finalement, cette euphorie passagère et réconfortante passa, et comme approchait l'horaire de fin des visites, il parut important à Nick de faire le point sur ce qu'il avait manqué… Bien qu'il lui répugnât de le faire, tant il craignait les mauvaises nouvelles qu'on risquait de lui apprendre.

Ainsi, il fut informé du nombre de victimes causées par les mouvements de panique, des décisions administratives prises à l'encontre du groupuscule terroriste, de l'inversion de la tendance sympathisante à son égard, et de toutes les autres anecdotes tragiques qui avaient émaillé la semaine. La commémoration en hommage aux victimes, l'établissement d'une priorité d'arrestation à l'encontre du Berger…

Cet être infâme ne quittait pas l'esprit de Nick une seule seconde. Son masque morbide avait hanté ses cauchemars depuis des jours entiers, qu'il avait passé dans l'inconscience de la sauvagerie par sa faute. Ce type avait essayé de le détruire, de le réduire à néant, en l'obligeant à tuer la personne à laquelle il tenait le plus au monde… Et pour quelle raison, exactement ? Pour ce que Judy et lui représentaient au sein de la société cosmopolite de Zootopie ? Pourquoi eux en particulier ? Ils n'étaient de loin pas le premier couple proie-prédateur de l'histoire…

« Sans doute parce que vous avez été plus ou moins médiatisés… » se risqua à théoriser Clawhauser. « Et parce que c'est votre association qui a permis de déjouer le complot de Bellwether. »

« Il savait qu'il choquerait l'opinion public s'il s'en prenait à vous. » ajouta Fangmeyer sur un ton grave. « Il espérait sans doute souligner la dangerosité de ce qu'il considère comme une union contrenature… »

« Le seul moyen de rendre un prédateur dangereux, c'est de lui coller une dose de sérum en pleine poire. » affirma Finnick d'une voix sombre. « Sinon, les seuls types à être dangereux là-dehors, c'est les enfoirés qui produisent ledit sérum, et qui en font usage. »

Fangmeyer acquiesça, avant de prendre une mine plus affectée. « On a failli attraper l'un des Gardiens. Une femelle… Une brebis. Mais comparé à tous ceux sur qui le ZPD a mis le grappin au cours de cette journée, elle tirait son épingle du jeu. Nick… Cette nana était entraînée. Genre, surentraînée. Je crois qu'il y a une sorte d'élite à la tête des Gardiens du Troupeau, et je ne suis pas certain que leur objectif soit réellement le même que celui de tous les bouseux qu'ils manipulent. »

« Qu'est-ce que tu veux dire, Fang' ? » questionna Judy avec affectation.

« Je crois que les Gardiens du Troupeau ont plusieurs visages, et qu'ils se sont joués de nous autant que de leurs propres membres… Tous les moins que rien pitoyables qui ont attaqué la marche pour la paix étaient des individus lambdas, des types banals… Sans doute des sympathisants inexpérimentés, désireux d'agir pour ce qui leur semblait être une bonne cause. »

« Comme Blake et Staliord. » déclara Nick.

« Exactement. » reprit Fangmeyer. « Des gens sans importances, que les Gardiens étaient prêts à sacrifier sans ménagement au cours de leur attaque. »

« Et donc, vous pensez qu'ils recherchent quoi, concrètement ? » demanda Judy, la bouche sèche.

« Aucune idée. » répliqua Finnick. « Mais on va trouver. »

Nick poussa un léger ricanement à l'audition de cette réponse, avant de porter un regard curieux vers son ancien associé. « Tu t'impliques dans l'équation, on dirait, Finn'. Qu'est-ce qui se passe, tu veux rejoindre le ZPD, toi aussi ? Tu as encore le temps de faire ta demande pour faire partie de la prochaine promotion académique, tu sais ? »

Le fennec se racla la gorge d'un air écœuré, avant de repousser l'idée d'un mouvement de patte. « Plutôt crever que de rejoindre les rangs des poulets. Je suis pas encore assez amoureux de Fangmeyer pour faire la même connerie que toi, Nick. »

« Attends de passer quelques jours de plus à travailler avec moi, dans ce cas. » répliqua le loup blanc en lui lançant un regard outrageusement tendancieux, ce qui fit naître une grimace de dégoût appuyée sur le visage de Finnick.

« Vous allez continuer à bosser ensemble, malgré tout ? » demanda Judy, visiblement surprise de voir que l'association entre ces deux-là semblait étrangement efficace.

« Oui. » répondit Fangmeyer en hochant la tête. « On ne m'a pas attribué de partenaire, et j'ai vérifié dans le protocole : n'importe quel officier peut demander un appui civil dans le cadre d'une enquête, tant qu'il ne laisse aucune prérogative particulière au civil en question. Donc Finnick peut m'assister, tant qu'il s'abstient de défoncer de nouvelles portes à coups de pieds, alors qu'on n'a pas de mandats. »

« J'ai pas défoncé cette porte. » contesta Finnick en prenant une petite bouille innocente. « Comme je l'ai déclaré dans le rapport, j'ai glissé sur une flaque d'eau, et je suis tombé contre le chambranle… qui a cédé sous mon poids en raison de son état de vétusté avancé. »

Un grand silence tomba sur l'assemblée à l'audition d'une excuse aussi pitoyable. Judy fut la première à réagir, en étouffant un léger ricanement. « Tu ne vas pas me faire croire qu'ils ont gobé ça ? »

« Non. » répondit Fangmeyer à la place de l'intéressé. « Mais faute de mieux, ils l'ont accepté. »

La lapine se plaqua une patte contre le front… Comment ses collègues pouvaient-ils faire preuve de si peu de professionnalisme ? Cela semblait leur réussir néanmoins. Mais quand même, ça ne donnait pas une image très sérieuse du ZPD.

« Soit. » répliqua finalement Nick, qui ne semblait pas avoir envie de se pencher plus longtemps sur les détours hasardeux que Fangmeyer et Finnick avaient employé pour couvrir leurs traces. « Et vous avez une piste à suivre, alors ? Histoire d'étayer votre hypothèse par rapport aux véritables intentions des Gardiens ? »

« Peut-être bien. » répondit Finnick. « Mais on a besoin de faire quelques vérifications avant d'en discuter. On vous tiendra au jus dès qu'on en saura plus. »

« D'ailleurs, sans vouloir me montrer désobligeant, on va devoir y aller, parce qu'on a rendez-vous avec un contact qui pourrait nous aiguiller. »

« Regardez-les se la jouer détectives, ces deux-là… » ironisa Clawhauser d'une voix légèrement moqueuse.

Finnick et Fangmeyer ne réagirent pas, se contentant de toiser le guépard du regard avant de tirer de leurs poches une paire de lunettes de soleil chacun, et de les plaquer contre leurs museaux, dans un mouvement similaire qui donnait à la scène un côté comique indéniable. Puis ils tournèrent les talons, et quittèrent la chambre sans demander leur reste.

« Voilà certainement le partenariat le plus improbable que j'ai jamais vu. » se contenta de statuer Nick par rapport à ce qu'il venait de se passer.

« Néanmoins, ils ont raison Nicholas. » déclara Margaret en se penchant au-dessus de son petit-fils. Son expression était soucieuse et affectée. « Ces monstres cherchent quelque chose en particulier… Et leurs intentions sont manifestement néfastes. Nick… Ce Berger s'en est pris directement à Judy et à toi. Il sera sûrement furieux d'avoir raté son coup… Tu mesures les risques, n'est-ce pas ? Il y a de fortes chances qu'il cherche à nouveau à vous atteindre. »

Le renard ne manqua pas de remarquer le regard soucieux que Bonnie et Stu lui portèrent, tandis que sa grand-mère exposait le problème. Visiblement, ils avaient déjà eu cette conversation entre eux, avant qu'il ne revienne à lui, et n'avaient pas trouvé un moyen efficace pour se rassurer quant aux risques qu'encouraient leurs relatifs dans toute cette affaire. Nick poussa un soupir, avant de prendre la patte de la renarde dans la sienne.

« Je ne laisserai personne faire du mal à Judy, mémé. » déclara-t-il d'une voix pleine de conviction, avant de tourner son regard vers Bonne et Stu pour leur faire comprendre que le message s'adressait également à eux. « Et je ne me fais pas de soucis, parce que je sais qu'elle surveille également mes arrières. »

« Nous allons veiller l'un sur l'autre. » appuya la lapine d'une voix claire qu'elle espérait rassurante. « Nous serons prudents, c'est promis. »

« Ça nous rassurerait néanmoins que vous… Vous preniez éventuellement vos distances avec la ville, au cours des prochains jours… » expliqua Stu d'une voix hésitante. « Le temps que cette histoire se tasse, au moins. »

« Judy… » poursuivit Bonnie. « Tu ne reprendras pas le service avant une semaine. Nick et toi vous devriez changer d'air… Vous pouvez venir à Bunnyburrow, si vous voulez… Ou n'importe où ailleurs… Tant que ce n'est pas ici. »

Judy et Nick échangèrent un regard surpris en comprenant que les Gardiens du Troupeau avaient visiblement réussi à atteindre un de leurs objectifs : faire en sorte que les gens craignent leurs agissements potentiels… Et finissent même par craindre le lieu où ils fomentaient leurs actes criminels les gens commençaient à avoir peur de Zootopie. La ville où tout le monde pouvait devenir ce qu'il voulait, un lieu symbolisant la paix, le partage, la tolérance, était devenue, en l'espace de quelques jours, une cité dont les gens se méfiaient.

Et ça, c'était peut-être le plus tragique dans toute cette histoire.


Nick et Judy se retrouvèrent seuls dans la chambre du renard, une quarantaine de minutes plus tard, alors que tous leurs proches et amis quittaient l'hôpital, les horaires de visite étant déjà dépassés depuis plus d'un quart d'heure.

Sans un mot, Judy s'allongea aux côtés de son renard, qui passa une patte derrière elle, afin de la ramener au plus près de lui, avant de la caresser doucement, de la base de la nuque au creux du dos. La lapine glissa sa tête dans le creux de son cou, et ils restèrent ainsi pendant près de dix minutes, en silence, appréciant simplement le contact et la présence de l'autre.

« Nick… » marmonna finalement Judy d'une voix pâteuse signifiant qu'elle s'apprêtait à sombrer dans le sommeil.

« Carotte ? »

« Est-ce que… Est-ce que je peux rester avec toi, cette nuit ? » demanda-t-elle en tremblant légèrement.

Nick resta silencieux pendant quelques secondes, tout en continuant à la caresser délicatement. Finalement, il lui répondit d'une voix douce. « Tu peux rester avec moi toutes les nuits, si tu le souhaites… »

Judy poussa un soupir de contentement avant de se serrer un peu plus contre lui. « Je te prends au mot, dans ce cas. »

« Tu peux. Tu sais bien que je n'ai qu'une parole. »

Nick ferma les yeux, pensant que cela se limiterait à ça pour ce soir. Mais la voix de Judy le tira de sa torpeur, alors qu'il se sentait glisser doucement vers un sommeil qu'il espérait apaisé, étant donné qu'il aurait sa lapine à ses côtés toute la nuit.

« Nick… Je me sens coupable… » déclara-t-elle d'une voix hésitante.

Surpris, le renard pivota la tête dans sa direction et lui lança un regard curieux qui l'invitait à poursuivre son raisonnement.

« Oui… » continua-t-elle en baissant piteusement les yeux. « Je culpabilise de me sentir aussi heureuse alors que tout semble aller de travers autour de nous… Ce n'est pas bien, n'est-ce pas ? »

« Et pourquoi ça, Carotte ? Nous n'avons pas le droit d'être un peu égoïstes, nous aussi ? » questionna-t-il d'une voix cynique, mais sans méchanceté.

« Je suppose que tu as raison… » répondit-elle d'une voix qui laissait néanmoins transparaître une certaine forme d'incertitude. « C'est seulement que… depuis toujours, je m'acharne à atteindre ces objectifs irraisonnables. Devenir le premier lapin flic, contribuer à rendre le monde meilleur, tout ça. Je n'ai jamais vraiment pensé à ce que je voulais, en dehors de ça… Et depuis quelques temps, j'ai l'impression que je n'ai plus aucune prise sur les choses. Je veux dire, je ne fais que subir, en permanence. D'abord l'agression par Staliord, puis cette nouvelle attaque par le Berger. A chaque fois, je ne vois rien venir… Il y a tout… Tout qui s'effondre autour de moi, et moi je me tiens là, hagarde et impuissante… Je pensais parvenir à changer les choses, mais je me rends compte à quel point c'est dur… J'ai l'impression que je n'y arriverai jamais. »

Nick resta silencieux pendant quelques instants, soupesant les paroles de son amie, tout en comprenant très bien l'origine de son trouble. Elle avait toujours eu le sentiment qu'elle savait où elle allait, qu'elle ménageait ses efforts irraisonnables pour atteindre des buts concrets… Et, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, en dépit de leur caractère à priori insurmontable, elle était systématiquement allé au bout des choses. De fait, au cours des deux dernières semaines, le sort s'était acharné à lui faire comprendre qu'en dépit de tous les efforts, il y avait des forces contre lesquelles on ne pouvait pas lutter, même si on déployait toute son énergie pour s'y opposer. C'était une leçon que Nick avait appris à la dure dès son plus jeune âge… Mais que Judy devait apprendre à présent, aussi amère que soit cette expérience.

« Personne n'a dit que tu devais affronter tout ça seule, Carotte… » répondit Nick en reprenant ses caresses délicates dans le dos de la lapine. « Tu es sans doute la personne la plus forte que je connaisse, aussi bien moralement, que physiquement. Mais en dépit de tout, tu ne peux pas faire face à tous les problèmes à toi toute seule. »

Elle lui lança un regard surpris, et il glissa sa patte dans le creux de son cou, le massant doucement, ce qui sembla la plonger dans un état semi-extatique.

« Tu m'as sauvé, Carotte… Pas seulement dans le sens « tu m'as sauvé la vie ». Tu m'as surtout sauvé de moi-même. Je ne sais pas où j'allais, avant de faire ta rencontre, mais à mon avis, c'était droit dans un mur… Et la collision aurait été fatale, parce que j'y fonçais à pleine vitesse, et sans ceinture de sécurité, crois-moi. » Il poussa un petit rire à cette idée, mais Judy restait concentrée, focalisée sur chacune de ses paroles, le fixant avec intensité. Aussi, après un léger instant, il reprit. « Tu penses pouvoir changer le monde et le rendre meilleur, et peut être que tu y parviendras… Mais à mon sens, tu es juste trop exigeante envers toi-même… Et même envers le monde en général. Parfois, il a pas vraiment envie de devenir meilleur, tu comprends ? »

« Mais pourtant tu disais que… »

« Ouai, je sais ce que j'ai dit. » l'interrompit Nick en hochant doucement de la tête. « Et je le pense toujours. Mais ce que j'ai compris, c'est qu'on peut rendre le monde meilleur à différentes échelles… Ma mère me disait que chaque personne était un petit univers, un petit monde… C'est peut être ces mondes-là qu'il faut essayer de rendre meilleurs. Et forcément, avec le temps et un peu d'acharnement, chacun de ces petits mondes contribuera à rendre l'ensemble plus grand, plus fort et plus juste… J'en sais rien, Carotte… Tout ce que je peux dire, c'est que tu as rendu mon monde meilleur. Alors je suis certain que tu pourras en faire de même pour tous les autres. »

Judy le fixa encore un instant, et Nick vit l'émotivité de sa lapine la gagner peu à peu, dans l'humidité croissante qui envahissant son regard améthyste. Finalement, elle s'avança vers lui et l'embrassa à pleine bouche… Un baiser d'une telle force et d'une telle passion que Nick crut qu'il allait rendre l'âme. Il lui rendit l'affection, avec tendresse et douceur, et ils restèrent ainsi, bouche à bouche, profitant de cette cession de baisers échangés qu'ils pouvaient enfin librement savourer, sans se demander s'ils étaient justes, sans se demander s'ils avaient le droit… Car à présent, ils étaient ensemble.

« Je t'aime, Nick. » murmura Judy en s'écartant doucement de lui tout en caressant la courbe de son museau du bout de ses doigts.

Il devait bien l'admettre, cela faisait un bien fou de l'entendre le lui dire.

« Je t'aime, moi aussi. »

Là aussi, il devait bien l'admettre : cela faisait un bien fou de pouvoir le lui dire.


Notes de l'auteur :

Ce chapitre a été très, très dur à écrire. Parce qu'il y avait un million de choses que je voulais faire dire aux personnages au moment de l'éveil de Nick, dont pas mal de trucs drôles, mais surtout des choses importantes... Et au final, je n'y suis pas parvenu efficacement, et j'ai été obligé d'occulter plein d'éléments parce que j'ai pas été foutu de trouver un moyen de les intégrer naturellement à la conversation. Il faudra donc que je les inclue habilement dans les prochains chapitres. Donc, mouai, je suis pas pleinement satisfait de cette scène.

Ensuite, je ne suis qu'une pauvre merde sans parole, semble-t-il, puisque ma promesse de ne rien officialiser entre Judy et Nick avant que l'histoire n'ait rejoint l'intrigue finale du film est tombée à l'eau. Mais là, il va falloir que je m'explique. J'ai un gros problème en tant qu'auteur, c'est que mes personnages prennent parfois le pouvoir au sein de mon histoire. J'essaie de toujours raconter les choses de manière à ce que les réactions des personnages soient les plus justes par rapport au contexte de l'histoire. Et bien souvent, il leur arrive de prendre le contrôle et d'influencer sur ce que j'avais initialement prévu, tout simplement parce qu'ils me dictent ce qu'ils considèrent comme étant la meilleure réaction à avoir dans les situations qu'ils traversent (ils sont meilleurs juges que moi, après tout). Aussi, au moment d'écrire le réveil de Nick, après tout ce qui venait de se dérouler, il m'est apparu logique qu'il était tout simplement impossible qu'il ne veuille pas avouer ouvertement ses sentiments à Judy à l'instant même où il la reverrait. L'avais-je prévu ou anticipé ? En toute honnêteté : NON. Ca ne devait pas se passer à ce moment-là, ça ne devait pas se passer comme ça... Mais soyons honnêtes un instant... S'il ne l'avait pas fait dans ce contexte, ça aurait sonné faux. Il lui était tout simplement impossible de faire autrement... Du moins, dans la façon dont je perçois le personnage, et la manière dont il influence mon écriture, il m'a semblé que c'était juste et que c'était le bon moment.

Alors du coup, tant pis. Ils sont ensembles, ça y est. Ca ne contrevient pas à la logique du film, puisque rien n'indique à la fin de celui-ci qu'ils ne sont pas déjà ensembles à ce moment-là, après tout (étant donné l'ambiguïté volontairement introduite par les réalisateurs). Alors ce n'est qu'une demi trahison (mais une trahison tout de même). Fustigez-moi : je n'ai aucun honneur.

En revanche, autant je ne suis pas satisfait de la conversation avec les proches au réveil, autant je suis vraiment très fier de toute la première partie du chapitre, où on erre entre les souvenirs de Nick et ses cauchemars (qui en disent long sur sa perception des choses, et ne manqueront pas de l'impacter encore par la suite). J'ai été pris d'une certaine forme de transe en écrivant ce passage, et je le trouve aussi fluide, flippant et intense que je l'espérais.

Voilà, on entre dans un petit arc de transition qui devrait occuper quelques chapitres, avant de se lancer dans un nouveau gros morceau, qui sera un peu plus détendu que le premier arc, mais néanmoins riche en évènements et important pour l'histoire ^^

Je n'en dis pas plus, et je vous laisser sur ces quelques mots confus, stupides et inutiles.

Au passage, je vous remercie encore une fois pour votre fidélité, votre soutien et vos retours. Sans vous, je n'y arriverai pas. Merci de tout cœur de me donner la force et l'envie de continuer !

A très vite ;)