Notes de l'auteur :

Un chapitre bourré de révélations, d'informations importantes, et de nouvelles pistes scénaristiques qu'il faudra bien retenir pour la suite.

Le tout noyé dans un océan de fluff et d'humour... Et vous comprendrez donc assez bien pourquoi je suis particulièrement fier de ce chapitre 21, que j'ai pris un plaisir non négligeable à écrire.

On m'a demandé s'il y aurait du "lemon" dans ma fiction, et ne sachant absolument pas de ce dont il s'agissait (je ne suis absolument pas contumier de l'écriture, ni même de la lecture de fanfictions, et donc je ne connais rien au jargon spécifique de ce type de média particulier), je suis allé me renseigner. C'est donc du contenu à caractère potentiellement pornographique, si j'ai bien compris. Donc je peux répondre à cette question d'office en vous renvoyant à la classification T que j'ai choisi pour cette fiction, et dont j'ai déjà l'impression d'avoir effleuré plus d'une fois les limites (notamment dans ce chapitre). Je n'ai rien contre un soupçon d'érotisme, dans la mesure où cela sert le récit, mais il n'y aura pas de description crue, gratuite et détaillée de quelque acte sexuel que ce soit dans la fiction (si jamais vous l'espériez, vous pouvez tout de suite oublier). Ca ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de sexe, bien entendu, puisque la spécificité anthropomorphique des protagonistes rend la chose très intéressante à traiter, du point de vue de l'écriture (vous remarquerez d'ailleurs dans ce chapitre que j'essaie de donner du sens à certaines spécificités reproductrices du monde animal)... Seulement, vous l'aurez compris, ce n'est pas autour de ça que tourne cette histoire, donc je ne me focaliserai pas là-dessus, et si je m'y attarde un jour, ce sera fait de manière à ne pas dépasser la classification T, en dépit de tout.

Voilà voilà. Il me reste encore à tous vous remercier pour votre soutien, votre présence toujours croissante, et vos encouragements !

A très vite pour la suite :)


Chapitre 21 : Lien

Contrairement à ce qu'il avait pu redouter la veille au moment de fermer les yeux et de sombrer dans le sommeil, la nuit de Nick fut calme et paisible. S'il fit des cauchemars, ceux-ci ne furent pas suffisants pour se graver dans sa mémoire… Rien de comparable avec l'atroce enchaînement de souvenirs mêlés d'horreur qui avait caractérisé sa période d'inconscience, alors qu'il était devenu sauvage et s'était perdu en lui-même.

Il s'était réveillé à deux ou trois reprises au cours de cette nuit, pendant quelques secondes à chaque fois, renouvelant systématiquement le même rituel. La légère panique tandis qu'il ne parvenait pas à identifier le lieu où il se trouvait, le petit corps chaud appuyé tout contre lui, respirant doucement dans le creux de son cou, la joie de se rendre compte qu'il reposait aux côtés de Judy, et il retombait à nouveau dans les limbes d'un sommeil réconfortant. Il n'aurait pas pu être plus heureux.

Aussi, lorsque la lumière du jour le tira une bonne fois pour toute de sa léthargie, il se sentait parfaitement reposé, rechargé à bloc pour affronter cette nouvelle journée. Il ouvrit les yeux pour se retrouver museau-à-museau avec Judy, qui le contemplait avec intensité.

« Bonjour, monsieur Wilde. » murmura-t-elle d'une voix douce.

« Euw… » maugréa Nick en remuant légèrement les naseaux. « L'haleine est chargée au réveil, Carotte ! »

La lapine fronça les sourcils tout en affichant un sourire en coin… Expression assez difficile à analyser mais qu'il comprenait sans mal. Judy ne se formaliserait jamais de ce genre de petites provocations matinales… Même si elle avait pu espérer des premiers mots un brin plus doux.

« Je fais front à la tienne depuis des jours… » répliqua-t-elle d'un ton mordant. « Et j'ai fini par me demander si tu n'étais pas un chacal, en fait. »

« Je suis sûr que tous les chacals de Zootopie apprécieront cette analogie. Qu'as-tu fait de tes grands principes, Carotte ? »

Judy leva les yeux au ciel et secoua la tête, rejetant au loin cette remarque cynique. Mais Nick n'en avait pas fini avec la perche qu'elle lui avait tendue, et enchaîna sur une nouvelle moquerie. « Et d'ailleurs, d'où te vient cette expertise dans l'haleine des chacals ? Tu en as souvent approché d'aussi près ? »

La lapine se contenta de pousser un petit rire avant de passer ses bras derrière le cou de son ami, et de se rapprocher doucement de lui. « Tu devrais savoir que je n'ai d'yeux que pour les renards, mon cœur… » déclara-t-elle d'une voix douce avant de déposer un petit baiser sur ses lèvres. Satisfaite de lui avoir aussi facilement cloué le bec, elle conclut à son tour d'une petite pique bien sentie. « Aucune raison pour toi d'être jaloux, donc. »

« Jaloux, moi ? » répliqua derechef le renard avant de lui offrir un sourire narquois, tout en crocs. « Et Bobby Catmull, alors ? Ce n'était pas un renard, mais un couguar, si je ne m'abuse. Et je ne sais rien des autres prétendants que tu as eu, Carotte… »

« De un, je ne suis pas sortie avec Bobby Catmull. » répondit Judy en fronçant les sourcils.

« Mais rien ne t'aurait fait plus plaisir, avoue ! » renchérit Nick d'un ton mordant.

Judy ignora totalement sa réflexion, gardant une expression digne et détachée, avant de poursuivre. « Et de deux, le reste des prétendants en question n'avait rien de particulièrement glorieux… Donc je te déconseille de te comparer à eux, si tu as un peu d'estime. »

« Outch. J'aimerais pas être à leur place en ce moment, ils doivent avoir les oreilles qui sifflent. » répliqua le renard, tout sourire de la voir si critique à propos de ses anciennes relations. Cela le surpris lui-même, l'espace d'un instant, et il se laissa aller à supposer qu'éventuellement, la plaisir qu'il ressentait à l'entendre en parler ainsi pouvait bien être le signe qu'effectivement, il était jaloux… Sentiment qu'il ne s'était jamais connu, jusqu'alors. Mais comme Judy se montrait soudainement si prolixe sur la question, il décida de se montrer un peu plus insidieux, histoire de récolter l'une ou l'autre information, l'air de rien. « Et d'ailleurs, en parlant de leurs oreilles… » commença-t-il d'un ton neutre, tout en pointant les siennes de ses deux pattes. « Ils les avaient plutôt longues, ou bien… ? »

Judy se figea un instant, avant d'afficher un sourire navré face à la pitoyable tentative de Nick d'obtenir des informations sur ses exs. Bien entendu, elle n'était pas dupe de sa manœuvre, et trouva très amusant le fait que le renard, habituellement si habile en matière de manipulation par la parole, se montrât pour le coup des plus maladroits.

« Non, non, non, monsieur Wilde. » répondit-elle en plaquant son museau contre le sien avant de remuer doucement la tête de gauche à droite. « Vous en savez déjà bien assez sur mon passé sentimental, là où je suis totalement ignorante du vôtre. Je ne lâcherai aucune nouvelle information compromettante tant que je n'obtiendrai pas une quelconque équivalence de votre part. »

Nick croisa les pattes sur son torse avant de froncer les sourcils, visiblement vexé d'avoir été si facilement percé à jour. Son attitude sembla réjouir la lapine qui laissa sa tête reposer contre l'oreiller, avant de pousser un soupir de satisfaction… Les lits de l'hôpital n'étaient pas particulièrement confortables, mais s'allonger au côté de l'être aimé compensait sans mal ce léger désagrément.

« Très bien, Carotte. » concéda Nick en lui jetant un regard en coin. « Que veux-tu savoir, exactement ? »

« Eh bien… » hésita-t-elle un instant, un léger sourire aux lèvres, trop heureuse de voir le renard lui accorder quelque ouverture sur son passé, même s'il s'agissait d'un sujet aussi léger que celui de ses anciennes conquêtes. « Combien y en-a-t-il eu, tout d'abord ? »

« Une quantité innombrable. » répondit-il sans hésiter en lui offrant un sourire féroce, avant d'enchaîner directement. « Question suivante ? »

« On ne passe pas à la question suivante alors qu'on sait tous les deux que tu as éludé la première… » intervint Judy d'un ton lassé, en roulant les yeux sous ses paupières.

Nick poussa un soupir, avant de se tourner vers Judy, qui le contemplait de ses grands yeux violets. Il prit appui sur ses bras pour se dresser au-dessus d'elle, la surplombant totalement, avant de glisser doucement son museau vers le sien. Cette proximité et cette impression de domination ne laissa pas la lapine indifférente. Nick la sentit tressaillir légèrement, et presque immédiatement, Judy se mit à dégager une odeur légère et enivrante, prémices de délices olfactifs à venir, que le renard avait appris à reconnaître pour y avoir été régulièrement confronté, ces derniers-temps.

Ravi de l'effet qu'il semblait avoir sur elle, il lui offrit un sourire satisfait, avant de rétorquer : « Très bien, c'est le jeu du ping-pong questions stupides, c'est ça ? »

« Je peux en connaître les règles, si déjà tu décides de nous l'imposer ? » répliqua Judy en lui souriant avec affection. Elle ne put s'empêcher de redresser une patte pour venir la glisser avec tendresse contre la ligne du museau de Nick, en appréciant la douceur. Le renard fut légèrement troublé par ce contact… Ils se découvraient l'un l'autre une toute nouvelle forme de proximité, que leur autorisait la clarification de leur relation… Ils ne manqueraient pas de se surprendre mutuellement plus d'une fois au cours des prochains jours.

« Tu me poses une question stupide, et j'essaie d'y répondre avec honnêteté, et vice-versa. »

« Si cela sous-entend que les réponses doivent être honnêtes… » commença Judy.

« C'est un peu ce que je viens de dire, Carotte. » la coupa Nick en levant les yeux au ciel.

« … cela sous-entend que je dois accepter l'improbabilité que tu fasses preuve de ladite honnêteté. » poursuivit la lapine en ignorant totalement l'intervention de son petit-ami. « Je ne suis pas sûre de vouloir jouer à ce jeu avec toi, du coup. »

« Tu veux ma parole de scout ? » demanda Nick en lui offrant un sourire moqueur.

« On sait très bien tous les deux que tu n'as été scout que très brièvement… » répliqua-t-elle d'une voix un peu tendue, craignant que de faire référence à cette anecdote n'affecte l'humeur de Nick… Ce n'était pas vraiment le meilleur de ses souvenirs, à en juger la manière dont il en avait parlé, lorsqu'il en avait fait référence à bord de la nacelle, quelques mois plus tôt.

Mais le renard ne s'en offusqua pas, semblant même apprécier l'ironie de la réponse, car il poussa un petit ricanement, avant de secouer la tête et déclarer : « Scout un jour, scout toujours. »

« Très bien, Nick. Je commence, alors… » déclara Judy, et avant que Nick n'ait le temps de s'opposer à cette idée, elle s'en défendit immédiatement. « Honneur aux dames. Et t'as pas répondu à ma première question stupide, donc… »

« Donc tu n'as même pas besoin de la reposer… » termina le renard à sa place avant de pousser un soupir. Il laissa passer un petit instant, semblant réfléchir à la meilleure manière de formuler sa réponse. Judy ne le brusqua pas, se contentant de le scruter avec intensité pour bien lui faire comprendre qu'elle n'en démordrait pas. « Tu veux savoir combien j'ai eu de conquêtes, ou combien j'ai eu de vraies relations ? » demanda-t-il en faisant un signe de guillemets des doigts lorsqu'il employa le mot « vraies », laissant sous-entendre qu'il lui en coûtait de les considérer de cette manière, encore aujourd'hui.

Judy haussa les épaules, la nuance n'avait pas vraiment d'importance à ses yeux. « Les deux, Nick… Une relation est une relation, qu'elle dure une nuit ou une année… »

Le renard ne manqua pas de remarquer le ton légèrement blessé qu'employa Judy en formulant cette réponse, tout comme son regard quelque peu fuyant. Elle tentait de jouer l'indifférence, mais elle appréciait finalement assez peu d'apprendre que Nick avait connu d'autres histoires, et que certaines aient pu être particulièrement courtes, ce qui laissait sous-entendre un type de relation bien spécifique.

« Carotte… » murmura Nick avec affectation, ramenant l'attention de Judy vers lui. Il l'interrogea du regard, cherchant à soupeser son état, mais elle ne répondit rien, se contentant d'attendre sa réponse. Le renard poussa un soupir, avant de céder à sa demande, craignant déjà la réaction qui serait la sienne. « Dans le cadre de certaines arnaques, j'ai charmé des femelles de toutes natures et de tous horizons… Rarement plus d'une soirée, ou d'une nuit, histoire d'obtenir ce que j'attendais d'elles. Je ne fais pas le compte de ce type de rapports… Une cinquantaine, peut-être plus. »

Judy fit semblant de rien, mais le renard était observateur. Il capta la légère dilatation de ses pupilles, manifestant son choc contenu, et il perçut, bien entendu, la fragrance brève et piquante qu'elle dégagea, tandis que son corps générait instinctivement un flux d'hormones, visant à séduire et conserver le mâle que son inconscient considérait à présent comme volage.

Comme elle ne disait rien, attendant visiblement la suite (avec une appréhension visible au creux du regard), Nick poursuivit : « Quant aux véritables relations, c'est-à-dire celles qui engageaient réellement Nick Wilde, et pas l'un de mes nombreux alter-égos ou autres noms d'emprunt, il y en a eu cinq. Aucune qui n'ait tenu plus de quelques jours. »

« Et comment s'appelaient-t-el… » commença Judy, avant d'être directement interrompue.

« Tatata ! Carotte ! Une question stupide à la fois. Il semblerait que ce soit mon tour, à présent. »

La lapine poussa un léger soupir avant d'acquiescer, ce qui contenta le renard. Il était resté au-dessus d'elle pendant tout ce temps, et ses bras commençaient à fatiguer, aussi se laissa-t-il glisser à son contact, s'allongeant par-dessus elle en prenant garde à ne pas la blesser ou l'écraser. Sa tête reposant contre son épaule, son museau était juste à la hauteur de la base de ses oreilles. Judy fixait à présent le plafond, les yeux écarquillés, cherchant à se vider l'esprit… Elle luttait farouchement pour retenir la chaleur brûlante qui bouillonnait au creux de son estomac. Sentir Nick si proche, littéralement allongé sur elle, la mettait dans un état quasiment incontrôlable.

« Noms et espèces des trois petits-amis… » murmura Nick au creux de son oreille, libérant un souffle brûlant dans l'orifice qui s'ouvrait à lui, ce qui la fit frissonner.

Judy ferma les yeux et se mordit les lèvres. Elle avait failli pousser un cri dans le feu de l'action… Et ce n'était certainement pas un cri de douleur, bien au contraire. Elle tremblait concrètement à présent, mais cela ne semblait pas affecter Nick outre mesure, ni même l'inquiéter, car il ne sourcillait pas, et ne manifestait aucun désir de bouger ne serait-ce que d'un millimètre… L'aurait-il fait qu'elle l'en aurait certainement empêché, de toute manière, et cela aurait certainement déclenché une succession d'évènements qui aurait précipité les choses, car Judy le savait très bien à présent : il lui suffirait de sourciller de travers, ou de seulement l'effleurer d'un doigt, et elle exploserait. Purement et simplement.

Elle prit une profonde inspiration, focalisant son esprit sur la réponse à formuler, et sur rien d'autre. Ne pas penser au fait qu'il était allongé sur elle. Ne pas penser à la sensation voluptueuse de son souffle dans le creux de son cou, et qui remontait pour glisser contre son oreille. Ne pas penser à ses lèvres, si proches des siennes. Ne pas penser aux crocs qu'elles dissimulaient… Comment pouvaient-elle encore phantasmer là-dessus après l'épreuve horrible qu'ils venaient de traverser ? L'incident n'avait rien arrangé, semblait-il… Bien au contraire, cela n'avait fait que rendre plus ardent son désir de sentir ces dents pointues et aiguisées (ces dents de prédateur) glisser sous son pelage et racler délicatement son épiderme… Elle se contracta en plissant les paupières, agrippant les draps à pleine pattes dans un vain effort de maintenir un certain contrôle sur les ardeurs instinctives de son corps.

« P… Patrick… Dalton… Et… Et… Francis… To… Tous des lapins… » parvint-elle finalement à articuler à grand mal, avant de pousser un soupir de soulagement… Cet effort lui avait semblé insurmontable, mais au moins parvenait-elle à présent à focaliser une parcelle (très légère certes) de son esprit, à d'autres pensées moins lubriques… Puisque c'était à son tour de poser une question.

« A moi, maintenant… » bredouilla-t-elle, un sourire crispé aux lèvres.

Nick se contenta de répondre par un « hmm-hmm » désintéressé, avant de glisser son museau dans le creux de son cou. Judy retint un cri en sentant la chaleur de son souffle soulever son pelage. Son corps, tendu à l'extrême, et réceptif à tout type de sensation, dans l'état d'excitation particulier qui le caractérisait à présent, lui transmettait tous ses ressentis avec la plus extrême minutie, bombardant son cerveau de signaux distinctifs, qui tous se rassemblaient sous un seul mot : plaisir. Plaisir de sentir chacun des poils de son pelage s'écarter et s'écraser sous la légère pression du museau de Nick, de sentir la douce chaleur de son souffle caresser sa peau, les mouvements quasiment imperceptibles de son corps contre le sien.

« Nick… Qu… Qu'est-ce que tu fais ? » parvint-elle à articuler, alors qu'elle sentait les lèvres de son petit-ami se presser doucement contre sa gorge, y déposant un baiser d'une douceur telle qu'elle crut sombrer dans un état d'inconscience extatique.

« C'est ta question stupide, là ? » demanda-t-il d'un ton réjoui, qui la tira légèrement de sa torpeur. « Parce que pour le coup, elle l'est vraiment… »

Judy grimaça. Est-ce que Nick agissait de la sorte pour profiter de sa confusion et retourner les règles du jeu contre elle ? Ça lui ressemblait terriblement, et ça ne la surprenait absolument pas, au final… Même si cela retirait beaucoup à l'intensité du moment, elle ne bouda pas son plaisir en sentant le renard déposer une nouvelle fois ses lèvres dans le creux de son cou, pour y glisser un baiser d'une douceur exquise. Alors qu'il renouvelait l'acte à plusieurs reprises, Judy laissa échapper un petit gémissement de contentement, et redressa ses pattes avant de les glisser derrière la nuque du renard pour le serrer d'avantage contre elle, et l'inviter à poursuivre le traitement dont il la gratifiait.

Cette fois, elle ne retint pas le cri de surprise qui la gagna lorsqu'elle sentit la chaleur brûlante de la langue de Nick glisser contre son pelage, et se déposer sur sa peau. Elle se mordit les lèvres, comprenant qu'elle ne parviendrait pas à contenir plus longtemps le feu qui l'habitait… Mais puisque le renard semblait décidé à la pousser au-delà de ses limites, elle ne voyait aucune raison de se restreindre, et laissa s'effondrer le barrage de ses inhibitions. La chaleur bouillonnante l'envahit totalement, et un flux intense de phéromones l'accompagna, irradiant littéralement de chacune des fibres de son être.

Nick retroussa les naseaux, lorsque ses avances furent récompensées par l'odeur qu'il cherchait tant à stimuler chez sa partenaire. Il plaqua sa truffe directement contre la peau de Judy, désireux d'aspirer la fragrance à sa source. La lapine fut ravie de l'entendre pousser un gémissement de plaisir, ce qui ne fit que le motiver à la stimuler d'avantage. Ses doux baisers et ses légers coups de langue se firent plus insistants, tandis que les pattes de Judy se resserraient autour de son pelage, palpant nerveusement tout ce qu'elles pouvaient. La lapine respirait à présent par à-coups, entre deux soupirs langoureux, et son corps vibrait littéralement, cherchant à stimuler des mouvements significatifs au niveau de ses hanches… Qu'elle parvenait encore à contrôler, pour l'instant. Mais si Nick continuer à la titiller de la sorte, elle ne répondrait plus de rien.

Jamais elle n'avait été dans un tel état d'excitation, et une part d'elle-même était terrifiée du contrôle total que son corps semblait prendre sur son esprit… Et la façon presque nonchalante dont ce-dernier avait l'air de s'en moquer totalement.

Mais Nick ralentit soudainement le traitement des plus plaisants qu'il appliquait au cou de Judy depuis près de trois minutes, et se redressa, en la contemplant d'un œil surpris. Judy, haletante, lui lança un regard vitreux… S'il s'arrêtait là, elle serait bien capable de devenir violente, elle en était certaine.

« Je rêve, ou tu as dormi avec ton uniforme ? » demanda-t-il en ricanant bêtement.

La lapine se figea un instant. Est-ce qu'il venait vraiment de s'arrêter dans son élan pour faire un constat aussi ridicule, ou bien cherchait-il concrètement à la torturer? Elle tendit une patte vers lui, et l'agrippa par le cou, essayant de l'obliger à reprendre les choses là où il les avait laissées.

« Je me suis toujours demandé comment tu faisais pour rentrer dans ce truc. » commenta-t-il d'un air distrait.

Ah ? Il se le demandait ? Vraiment ? C'était ça, son petit jeu ? La chercher, la stimuler ainsi, la rendre à moitié folle, pour ensuite s'amuser à changer de sujet, et à aborder les pires banalités pour tenter d'éteindre le feu qu'il avait volontairement allumé ? Et sans doute, à la base, pour une seule foutue raison : l'empêcher d'aborder des sujets qui le dérangeaient ou de poser des questions auxquelles il n'avait pas envie de répondre. Elle fronça les sourcils. Non, elle ne le laisserait pas s'en tirer comme ça, cette fois-ci.

« C'est ça ta question stupide, Nick ? » demanda Judy d'une voix distante, mélange étrange de passion et de colère. « Tu veux savoir comment j'enfile mon uniforme ? »

Le renard s'apprêtait à répondre quelque chose (et ce quelque chose devait être une réponse négative, puisqu'il avait commencé à secouer la tête), mais la lapine ne lui laissa pas l'occasion de la formuler, car elle reprit d'une voix tendancieuse : « Je vais te le montrer, alors… »

Le renard se figea, la bouche-entrouverte, tandis que Judy faisait sauteur les attaches des bretelles de son plastron en kevlar souple d'un mouvement rendu expert par l'habitude, et dégrafait le velcro latéral qui maintenait la pièce d'armure en place. Elle jeta l'équipement bleu marine au sol, se souciant peu d'où il finirait, révélant aux yeux du renard ce qui était dissimulé en dessous. Judy n'était plus vêtue que de son seul juste-au-corps bleu en néoprène, la tenue qu'il l'avait vu porter dès leur première rencontre… Mais le fait d'avoir retiré son plastron rendait le tout nettement plus… attrayant. Il avait toujours remarqué à quel point l'uniforme particulier de Judy, quelque peu moulant, mettait ses formes en avant… Mais il constatait maintenant qu'il les mettait également en valeur. Il avait une vue parfaite de sa silhouette, à présent… Avec la seule barrière de ce textile caoutchouteux, que son imagination parvenait sans mal à ignorer.

Nick avala à sec, essayant d'arrêter la poursuite des évènements avant qu'ils ne dérapent, mais il fut une nouvelle fois devancé par le discours de Judy, qu'il n'avait pas la force nécessaire de contrer… Plus maintenant en tout cas, plus avec ce qu'il avait sous les yeux.

« Tu vois, en fait c'est très simple… » expliqua-t-elle en glissant sa patte le long du col de son uniforme, sans le quitter des yeux. Ses doigts parcoururent l'ouverture que pratiquait le textile au niveau de son cou, et continuèrent plus bas, là où le plastron dissimulait habituellement la vue. Là se trouvait une simple tirette, qui effectuait une courbe sur le côté droit, et descendait le long de son torse, jusqu'à mi flanc. « Il suffit de tirer là-dessus, et… »

Et ses doigts saisirent l'embout métallique de la tirette, qu'elle commença à faire glisser le long de son rail, lentement et méthodiquement, tout en fixant Nick avec une intensité brûlante. Aussi assurée qu'elle voulait paraître, alors qu'elle dévoilait toujours d'avantage de son pelage, elle ne pouvait empêcher sa patte de trembler légèrement. Judith Laverne Hopps ne voulait rien laisser paraître, car elle savait ce qu'elle voulait, et comme toujours, elle ferait tout pour l'obtenir… Mais ce qu'elle s'apprêtait à accomplir, ce qu'elle était prête à révéler, elle ne l'avait jamais fait pour personne… Aussi, l'appréhension était-elle une part obligatoire du processus. Du moins, le supposait-elle.

En tout cas, cela ne l'arrêterait pas. L'expression sidérée de Nick, et la dilatation progressive de ses pupilles, qu'il ne parvenait plus à détacher de l'action qu'elle était en train de mener, ne firent que la motiver à aller au bout des choses, et à ne pas s'arrêter en si bon chemin. Pour une fois, c'est elle qui avait l'ascendant sur lui.

La tirette s'engagea dans la courbe, et elle la laissa glisser vers son flanc. Le néoprène, n'étant plus soumis à une quelconque pression, s'écarta immédiatement, dévoilant ce qu'il dissimulait habituellement à la vue de tous : le poitrail à nu de Judy. Techniquement, ce n'était pas la première fois que Nick l'avait sous les yeux… Mais la dernière fois, il était sauvage, et n'avait pas conscience de ce qu'il voyait.

Nick remua piteusement les lèvres, essayant sans doute de formuler quelques mots, sans y parvenir. Judy espéra nerveusement que c'était là l'expression d'un quelconque contentement, et trouva la force de mener la tirette jusqu'à sa destination finale, avant de glisser une patte délicate dans le creux du cou du renard.

« Et voilà, Nick… Je me glisse par cette ouverture. Voilà comment j'enfile mon uniforme… » elle plissa doucement les paupières avant de se redresser vers lui, glissant son museau vers le creux de son oreille, pour lui souffler d'un ton sensuel : « Ou que je le retire… »

Et sans ménagement, elle laissa redescendre son menton le long de la ligne de son museau, le marquant de haut en bas de son odeur, avant d'achever le voyage par un profond baiser sur ses lèvres, auquel le renard répondit avec une intensité presque féroce. Ils échangèrent une série d'embrassades qui ne fit que croître en intensité, rythmé par le son étouffé de leurs respirations chaotiques. Puis Judy, enfiévrée par l'intensité de leurs échanges, perdit pied. Elle se redressa encore d'avantage tout en enfonçant le visage de Nick dans l'ouverture qu'elle avait pratiqué sur son uniforme. Le passage forcé écarta encore d'avantage le textile, et le fit glisser des épaules de la lapine, mettant totalement son torse à nu.

Judy ne put réprimer un gémissement de plaisir en sentant les lèvres et la langue de Nick errer le long de zones de son anatomie que personne avant lui n'avait appréhendé, et surtout pas d'une telle manière. Elle glissa ses bras derrière son cou, pour l'inviter à se montrer plus insistant. Elle pouvait sentir le cœur du renard battre à tout rompre, et saisissait sans mal son excitation, au rythme frénétique de sa respiration, et à la manière fébrile dont ses pattes légèrement tremblantes glissaient dans son dos, semblant chercher une prise à laquelle se raccrocher.

Lorsqu'elles remontèrent jusqu'à ses oreilles, les saisissant délicatement, tout en les caressant avec une intense douceur, Judy crut défaillir. Ses yeux se révulsèrent, et elle glissa en arrière, tombant sur le dos en entraînant Nick dans son sillage. Le renard stoppa sa chute en se retenant des deux pattes, pour se retrouvé penché au-dessus d'elle, son regard se noyant dans le sien. Judy lui sourit, en glissant une patte habile dans son dos, cherchant le nœud qui retenait fermée sa chemise d'hôpital, dont elle voulait le voir se délester au plus vite.

Mais Nick stoppa son mouvement en attrapant doucement son poignet par la patte, et en le ramenant vers le matelas, avant de l'immobiliser délicatement. Judy fronça les sourcils en voyant l'éclat passionnel diminuer d'intensité au creux du regard de son partenaire… Visiblement, il était en train de ménager un effort pour calmer ses pulsions, et tempérer son désir, autant que ses ardeurs. Judy secoua la tête en comprenant son intention de stopper les choses ici.

« Non… Nick… Je t'en prie, ne me fais pas ça… » murmura-t-elle d'une voix suppliante.

Mais le renard secoua le museau en fermant les yeux. Il peinait à retrouver son souffle, mais parvint à articuler : « Pas maintenant… Pas ici… Pas comme ça… »

« P… Pourquoi ? » s'indigna Judy en écarquillant les yeux, luttant de toutes ses forces pour ne pas laisser la colère l'envahir.

« Carotte… On est dans une foutue chambre d'hôpital. Tu… Tu mérites mieux que ça… »

« Nick… » commença Judy d'une voix qu'elle espérait raisonnable et contrôlée. « Je n'ai jamais rêvé d'un lit recouvert de pétales de roses, ni de bougies, ou encore d'encens qui se consume sur fond de musique classique, d'accord ? J'ai juste besoin d'être avec la bonne personne, et je sais que c'est toi… »

Nick écarquilla les yeux, semblant soudain prendre conscience d'une chose qu'il n'avait pas suspecté, et qui sembla le terrifier. « Att… Attends une minute… Si je comprends bien, tu n'as jamais… ? »

Judy secoua lentement la tête, redoutant que l'aveu de sa virginité ne soit le coup de frein final dont Nick avait besoin pour se persuader que les choses devraient en rester là… Ce qui fut bien entendu le cas. Il s'écarta d'elle avec précaution, presque comme si elle était en cristal, et que le moindre contact risquait de la briser. Ce comportement ne fit qu'excéder d'avantage la lapine, qui croisa les bras sur sa poitrine à nu.

« Qu'est-ce que ça peut bien faire, Nick ? Je ne te donne pas l'impression d'être prête ? »

« Si, justement… C'est bien ça qui me surprend. Normalement, pour une première fois, on est censé être nerveux et… Je sais pas… Avoir la trouille, non ? »

Ces babillages ne faisaient aucun sens aux oreilles de Judy. Elle n'avait pas envie que son petit-ami se comporte en gentleman sous le seul prétexte qu'elle n'avait encore jamais connu les joies de la chose. Elle détestait être infantilisée de la sorte. Elle savait ce qu'elle voulait, et c'était lui, et c'était maintenant.

« A en juger par ton comportement, Nick, on dirait plutôt que c'est toi le puceau dans l'affaire. » déclara-t-elle d'un ton à la fois cynique et mordant, cherchant à le faire réagir par la provocation.

La réaction qu'elle obtint fut bien différente de ce qu'elle avait escompté. Nick se figea, presque comme si elle venait de lui administrer une gifle aussi sèche que violente, puis il détourna un regard légèrement honteux. Judy écarquilla les yeux en comprenant immédiatement l'énorme gaffe qu'elle venait de faire, et plaqua ses deux pattes contre sa bouche en secouant la tête.

« Oh… Oh non ! Nick… Nick, je suis désolée… Je… Jamais je n'aurais pensé qu… »

« C'est rien, Carotte… » bredouilla-t-il d'une voix distante, qui fit bien comprendre à Judy que tout espoir de passer encore à l'acte venait de disparaître, purement et simplement. « N'en parlons plus, d'accord ? »

Elle l'agrippa par l'épaule tandis qu'il se détournait en vue de quitter le lit, et le retint avec force, l'obligeant à reporter son attention sur elle. L'expression dépitée et désolée qu'elle lui adressait aurait pu faire fondre un iceberg en quelques secondes à peine… Elle lui sembla tout à coup minuscule, fragile, et au bord des larmes. Alors, Nick consentit à un effort, et lui offrit un sourire contrit. Judy secoua la tête, toujours atterrée par sa maladresse. Jamais elle ne pourrait se pardonner d'avoir été aussi stupide et cruelle… Ses hormones auraient sa peau, décidemment.

« C'est seulement qu… Tu venais de me dire que tu avais eu une cinquantaine de conquêtes au cours de tes arnaques, alors je… »

« Et tu t'es figurée que j'avais couché avec chacune d'entre elles ? » s'égosilla le renard en affichant une expression sidérée. « Tu m'as pris pour une sorte de gigolo ou quoi ? »

« Pas forcément… Mais… Tu es un séducteur, tu as un charme fou… Alors je m'étais imaginée qu… »

Nick secoua la tête avant de redresser une patte pour l'inciter à se taire, avant de finir à sa place : « Tu t'es imaginée que j'étais une sorte de macho qui sautait sur tout ce qui bouge ? »

« Là c'est toi qui grossit le trait. » rétorqua-t-elle en croisant à nouveau ses bras sur sa poitrine et en prenant une expression plus sévère.

« Bon, je pense qu'il va falloir clarifier les choses, Carotte… Parce que ce genre de dialogue de sourd ne peut nous faire que du mal. »

« Je suis entièrement d'accord. » concéda-t-elle en hochant la tête.

Nick se tourna à nouveau vers elle, et prit une profonde inspiration avant de prendre le temps d'expliciter sa situation particulière. « La principale raison qui fait que je ne veux pas qu'on se précipite est la même qui fait que je suis toujours « vierge », d'une certaine manière… Mais la virginité, chez les canidés, c'est pas la même chose que chez les autres espèces. Je suppose que tu ne le savais pas, non ? »

Judy remua la tête pour répondre par la négative. Tout à coup, elle était beaucoup plus intriguée par ce qu'il essayait de lui expliquer, et resta silencieuse et attentive.

« Ça ne m'étonne pas. » commenta Nick en levant les yeux au ciel. « Il n'y a pas vraiment d'intérêt à aborder ce genre de sujets dans les cours d'éducation sexuelle dispensés aux lapins… Les relations entre différentes espèces ne sont pas vraiment abordées par les programmes éducatifs, je suppose… »

« Surtout pas dans le milieu scolaire rural, je te le concède… » répondit Judy en employant le même ton ironique que son interlocuteur.

La réponse cynique eut au moins le mérite d'éveiller l'ombre d'un sourire sur le museau de Nick, qui poussa un profond soupir avant de poursuivre. « Eh bien, pour faire simple… Un canidé peut avoir des rapports sexuels tout en restant « vierge ». »

Judy releva un sourcil intrigué, ne saisissant absolument pas où il voulait en venir… La notion lui échappait totalement. Normalement, lorsqu'un mâle pénétrait une femelle, il perdait sa virginité, point final. Et cela valait pour toutes les espèces, du moins lui semblait-il.

« Chez nous… La perte de la virginité, c'est quelque chose de plus spirituel que physique. » expliqua Nick. « J'ai eu des rapports intimes avec certaines de mes relations… Donc on peut considérer que je ne suis plus « vierge » du point de vue qu'ont les autres espèces sur le sujet. »

Alors que Judy allait rétorquer quelque chose, sans doute pour se dédouaner de la gaffe qu'elle avait faite plus tôt, en venant souligner le fait qu'elle avait donc raison finalement, puisqu'il n'était pas vierge (du moins pas à ses yeux), il la devança en redressant les deux pattes, pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas terminé.

« Quand un canidé arrive au bout de l'acte sexuel, il se passe un truc spécial… C'est… » Nick hésita un instant, son regard fuyant celui de Judy, plus appuyé et insistant. La lapine se montrait un peu trop passionnée et intéressée par le sujet, à son goût. Finalement, il détourna les yeux, et reprit d'une voix un peu plus faible. « On appelle ça le « nœud ». Une protubérance se forme sur notre… truc… ce qui le scelle dans votre… chose… »

La lapine poussa un soupir consterné en l'entendant employer des termes aussi infantiles. Il y avait visiblement des sujets face auxquels Nick Wilde n'avait aucune dextérité langagière… Ce qui était plutôt malvenu de la part d'un mammifère qui avait habituellement la langue si bien pendue, et la verve aussi facile qu'acerbe.

« Nick… » commenta-t-elle d'une voix lassée. « Nous sommes tous les deux des adultes qui échangeons à propos d'un sujet sérieux. Si ce truc est aussi « spirituel », spécial et important que tu le prétends, tu pourrais au moins me le présenter avec plus de vocabulaire que si tu me racontais une vulgaire blague de cul. »

Le renard émit un léger grognement de protestation, avant de finalement acquiescer. Il poussa un soupir avant de reprendre ses explications en s'obligeant à employer des termes clairs. « A la fin de l'acte, une sorte de boule massive se forme à la base du pénis, ce qui le bloque dans le vagin de la partenaire. On se retrouve scellés et incapables de se séparer, tant que cette masse ne s'est pas résorbée… Ce qui peut prendre parfois jusqu'à quarante minutes. »

Judy resta sans voix à l'audition de cette nouvelle, et ses pattes se resserrèrent instinctivement sur les draps. Une petite boule d'appréhension se forma dans sa gorge tandis que son imagination se mettait en branle, et illustrait un peu trop clairement ce qu'elle se figurait de la chose. Elle n'était pas certaine, au bout du compte, si ce qu'elle venait d'apprendre sur le sujet la terrorisait… ou l'excitait terriblement. Etant donné la quantité importante de phéromones qu'elle dégagea instinctivement, et dont Nick fut inondé bien malgré lui, son approche de la chose était relativement claire.

« Eh bien, moi qui pensais que la nouvelle te déplairait… » commenta Nick d'un ton légèrement moqueur.

Judy, honteuse de sa réaction, détourna les yeux en pinçant les lèvres. Effectivement, passée la surprise de l'idée… Elle ne désirait plus qu'une chose, c'était d'expérimenter cela avec celui qu'elle aimait. Le fait de devoir « subir » ces déconvenues particulières lui semblait au final un honneur plus qu'un calvaire, et une chose pour laquelle elle préférait se réjouir, plutôt que de l'appréhender. Car si même au niveau de leurs rapports intimes, la spécificité de leur union leur permettait d'aller au-delà de leurs différences, cela ne ferait que rendre leur couple plus fort et plus uni.

« Je ne saisis toujours pas cette notion spirituelle, et en quoi cela conditionne la perte de la virginité chez les canidés… » commenta-t-elle néanmoins.

« C'est assez simple, Carotte… » répondit Nick en haussant les épaules. « Lorsque le nœud est en place, les deux partenaires sont totalement unis. Ils ne forment plus qu'un, qu'ils le veuillent ou non. Cela impose une confiance mutuelle totale, et une proximité qui dépasse le simple cadre physique. C'est une harmonie de l'esprit… Et on ne doit normalement en arriver là qu'avec une personne en qui on a une confiance totale, un partenaire pour qui nos sentiments sont forts, avérés, sincères, suffisamment puissants pour qu'on soit prêt à se joindre à lui à un niveau qui dépasse le cadre de la seule intimité, ou du simple acte sexuel. C'est pour ça qu'on considère qu'on est encore vierge tant qu'on n'a pas resserré le « nœud ». »

« Et… Et c'est ton cas, c'est ça ? » demanda Judy d'une voix hésitante.

Nick hocha la tête, avant de répondre d'une voix grave : « Pour la plupart des canidés, cette histoire de nœud, c'est de la connerie, et ils vont au bout des choses, peu importe leurs partenaires, ou ce qu'ils ressentent pour elles… Ce n'est pas comme ça que j'ai été élevé. Mon père m'a expliqué ces choses dès que je suis arrivé à un âge où il estimait qu'il était nécessaire de m'apprendre certains « faits de la vie », comme il disait. Il m'a enseigné que faire le « nœud » avec quelqu'un, s'était s'ouvrir totalement à cette personne, et que cette union ne devait pas être gâchée… Car ce lien physique indestructible représentait une forme de promesse. Il lie les âmes par le corps… En somme, nous autres canidés ne devrions nouer un tel lien qu'avec le mammifère qui partagera notre existence jusqu'à la fin. »

Judy sentit son cœur se serrer dans sa poitrine en comprenant tout à coup pourquoi la chose était aussi importante aux yeux de Nick… Il était mû par une conviction sincère, qui découlait d'une croyance ethnique qu'elle trouvait tout à la fois magnifique et très valable. Les canidés avaient donné un sens concret à leur système de reproduction particulier, et avaient explicité cela par une dimension métaphysique qu'elle jugeait aussi philosophique que poétique. Elle déposa avec douceur sa patte sur celle du renard, et lui offrit un sourire lumineux, qui débordait d'amour.

« Oh, Nick… Je comprends mieux, maintenant… »

Nick lui sourit à son tour, avant de baisser les yeux. « Quand mes parents ont divorcé… Je n'ai pas compris comment c'était possible. Ils avaient eu trois enfants ensemble… Comment le lien qui les unissait avait-il pu se briser ? Honnêtement, ça m'a fait douter plus d'une fois, sur toute cette histoire de spiritualité… Mais au final, je n'ai jamais pu dépasser cela, et encore moins aller au bout des choses. J'aurais considéré cela comme du gâchis, une véritable erreur. »

« Il faut croire qu'au final, tu croyais toujours en l'amour… » répondit Judy en cherchant des yeux son regard fuyant.

« Peut être bien… » répondit-il d'un ton incertain. « Le problème avec l'amour, c'est que tu ne sais jamais quand tu le trouveras…

Il tourna alors un regard intense et plein de conviction vers elle, la subjuguant par ce seul contact visuel. « … Jusqu'à ce que tout à coup, il se retrouve face à toi et que chaque fibre de ton corps se met à hurler que ce que tu as toujours cherché est juste sous tes yeux. »

Judy sentit son cœur se figer une nouvelle fois dans sa poitrine, son estomac s'enflammer, et ses oreilles brûler. Chaque parcelle de son être vibra d'intensité, et elle se redressa pour glisser vers lui, tandis qu'il se penchait dans sa direction. Leurs lèvres se rencontrèrent avec douceur, tandis que leurs pattes enlaçaient le corps de l'autre. Ce baiser n'était en rien différent de tous ceux qu'ils avaient échangé, ni plus intense, ni plus appliqué, mais l'un comme l'autre le garderaient en mémoire comme le premier à avoir réellement compté, comme celui ayant scellé une forme de promesse silencieuse entre eux.

Ils s'écartèrent doucement l'un de l'autre au bout de quelques secondes de cet échange d'une douceur exquise. Judy rouvrit lentement les yeux pour les plonger dans l'abîme émeraude qui lui faisait face. Nick lui caressa la joue d'une patte attentionnée, avant de murmurer.

« Judy… Je… »

Toc-Toc-Toc.

Brusque rappel à la réalité. Quelqu'un à la porte, s'apprêtant à rentrer. Première visite médicale, arrivant à point nommé (toujours au plus mauvais moment). Les deux mammifères échangèrent une expression confuse et paniquée, en glissant un regard conjoint particulièrement gêné sur la poitrine toujours à nue de la lapine.

Alors que la poignée de la porte basculait et qu'un premier bruit de pas se faisait entendre, Judy se jeta instinctivement sous les draps, se roulant en boule tandis que Nick, prenant l'air le plus détaché possible, se calfeutrait contre elle, essayant de dissimuler la forme de son corps en redressant les genoux. Il n'eut pas le temps de s'assurer de la réussite concrète de cette manœuvre de dissimulation que la voix du docteur Barrare envahissait la chambre.

« Bonjour, monsieur Wilde ! Comment allez-vous, ce matin ? »

« Heu… Bien, bien. Merci docteur. Et vous-même ? » demanda le renard d'un air contrit en affichant un sourire des plus forcés. Dissimulée sous les draps, Judy fronça les sourcils… Elle avait l'impression de se retrouver trois mois en arrière, alors qu'ils s'étaient fait prendre par les hommes de main de Mr Big, et que le renard essayait d'expliquer crapuleusement les raisons de sa présence au parrain de la mafia de Tundraville.

Le docteur Barrare lui-même sembla surpris du ton mielleux employé par son patient, qu'il connaissait habituellement comme distant, froid ou cynique.

« Ma foi, je fais aller. » maugréa le castor avant de se munir de son stéthoscope et de grimper sur le petit escabeau mis à sa disposition prêt du lit, pour pouvoir contrôler le pouls de Nick, ainsi que vérifier sa tension.

« Eh bien ? Que se passe-t-il mon vieux ? » s'étonna le docteur Barrare en affichant une grimace de surprise, et en éloignant son appareillage médical de la poitrine de son patient. « Vous êtes sujet à la tachycardie ? On dirait que vous venez de courir un marathon. »

« Non, rien de tout cela. » répliqua Nick, avant d'enchaîner sur le premier mensonge qui lui venait. « Je viens juste de me réveiller, et c'est un sale cauchemar qui m'a tiré de mon sommeil. »

Il n'allait pas se risquer à expliciter au docteur Barrare que l'emballement de son cœur était dû au fait qu'il venait de sortir d'échanges quelque peu érotiques avec une certaine lapine, d'ailleurs dissimulée sous les draps en ce moment-même. Nick se félicita intérieurement d'avoir mis un terme à leurs échanges passionnés… S'il avait cédé, le docteur Barrare aurait pu les surprendre dans une situation beaucoup plus délicate à justifier.

« Ah… » répondit le docteur Barrare avec un air un peu trop concerné pour que Nick n'en déduise rien.

« Pourquoi, docteur ? J'ai des soucis à me faire ? » demanda le renard en fronçant légèrement les sourcils.

« Non, je ne pense pas… » le rassura le castor en secouant la tête. « Néanmoins, étant donné la nature particulière de ce qui vous est arrivé, on ne va prendre aucun risque, d'accord ? »

Le renard acquiesça, avant de voir le praticien se munir de son bloc-notes et d'un stylo. Barrare se racla la gorge et commença : « Avez-vous eu des migraines depuis votre retour à la normale ? »

« Non. »

« Une sensation de fatigue, ou des somnolences ? »

« Pas particulièrement, non. »

« Des cauchemars, oui. Vous venez de me le dire… » marmonna-t-il en griffonnant sur sa fiche.

« Avez-vous ressenti une certaine forme d'agressivité imprévisible ? Ou des sautes d'humeur ? »

Nick grimaça quelque peu à la question et à ce qu'elle pouvait laisser supposer, mais secoua la tête avant de répondre une nouvelle fois par la négative.

« Aucune vision ou hallucination consciente, j'imagine ? »

« Pas encore, docteur… Mais où nous mènent ces questions, exactement ? C'est un hôpital civil ou un asile d'aliénés ? » demanda Nick sans méchanceté, mais sur un ton quelque peu concerné. « Parce que si c'est ma prochaine destination, j'aimerais le savoir… Sincèrement. »

« Rien de tout cela. » le rassura le docteur Barrare en prenant une profonde inspiration. « Nous avons achevé l'analyse du sérum employé Dimanche par les Gardiens du Troupeau et sa composition particulière nous oblige à prendre certaines précautions vis-à-vis de ceux qui ont été affectés. »

« Vous voulez dire… Des précautions autres qu'une muselière et un sédatif, c'est ça ? » questionna Nick d'un ton quelque peu méfiant.

Le castor hocha la tête, visiblement gêné de la tournure de la conversation. « Ecoutez, monsieur Wilde. Je ne peux pas vous en dire plus, malheureusement… Tout cela fait partie de l'enquête, et je suis tenu au secret, alors… »

Le renard se contenta de grimacer. L'orientation des questions laissait supposer d'éventuels troubles neurologiques consécutifs à l'administration du sérum… Et ce n'était pas pour le rassurer. Il se demanda ce que les scientifiques avaient pu trouver de si particulier dans la composition chimique du produit, qui les pousse à marcher ainsi sur des œufs.

« Allons, ne vous en faites pas, monsieur Wilde. Ce ne sont que des précautions d'usage, d'accord ? Et vos amis du ZPD ne tarderont pas à vous rassurer à ce sujet, eux aussi. »

« Docteur… Si dans tous les cas vous savez que je vais être mis au courant, pourquoi me faire languir ? »

Le praticien considéra sérieusement la question, puis ses épaules s'affaissèrent et il poussa un soupir vaincu.

« Bon, très bien… Mais gardez ça pour vous, d'accord ? Je ne suis pas supposé en discuter avec les patients. »

Nick acquiesça pour confirmer, mais resta silencieux, désireux de laisser son interlocuteur s'exprimer librement.

« Bon… On a d'abord pensé que le sérum employé par les Gardiens était un composé chimique similaire à celui qu'utilisaient les sbires de Bellwether, mais d'une qualité moindre… Un produit médiocre qui avait cherché à imiter l'original, sans parvenir à en reproduire la densité et la puissance. Mais après analyses, il semblerait que les deux sérums aient une souche composite commune, et que celle des Gardiens dérive volontairement, au sein même de sa structure chimique, pour tendre vers… Autre chose. »

« Quel genre de choses ? » demanda Nick d'une voix suspicieuse, où s'entendait une légère note d'appréhension.

« Eh bien… Au niveau des molécules employées, on retrouve une composition assez similaire à certains narcotiques et psychotropes… Ce qui laisse à penser que ce sérum est destiné à… induire une forme de bien-être, voire de dépendance. »

« En somme, c'est une drogue ? »

Le docteur se figea et frissonna légèrement, comme si entendre cette appellation prononcée par quelqu'un d'autre la rendait tout à coup plus crédible en inquiétante encore. Cette réaction instinctive ne fit qu'accroître l'angoisse qu'avait suscité la nouvelle chez Nick.

« Oui et non. » commenta finalement Barrare. « Ils ont surdosé l'essence de Minicampum Holicitias, ce qui fait que le produit a induit une régression au stade primal chez tous les mammifères ayant été touchés… Mais il est possible que cette modification soit une décision de dernière minute, afin de transformer une nouvelle drogue en arme. »

« Comment ça, une nouvelle drogue ? » s'enquit Nick en se redressant quelque peu, avant de stopper son mouvement en sentant Judy s'agripper à sa jambe.

Le docteur Barrare baissa piteusement la tête, avant de pousser un nouveau soupir. « Elle… Elle existe déjà, monsieur Wilde. Elle sévit depuis environ une semaine, sans qu'on ait rendu cela public. Les camés qui nous arrivent l'appellent « l'or bleu », ou « le Hurleur Sauvage ». C'est un dérivé du sérum de Bellwether, qui agit à un niveau infinitésimal, mais est suffisamment puissant pour donner au consommateur l'impression que tous ses instincts sont en alerte, plus fins et plus aiguisés… Et qu'ils disposent d'une force décuplée, d'une vitalité primale les rendant presque invincibles. Ce qui bien sûr est faux, et a déjà provoqué quelques incidents. »

Nick resta sans voix à l'audition de cette nouvelle. Il aurait pu s'attendre à toutes formes de dérives suite à l'arrestation de Bellwether et à la mise en lumière des tenants et aboutissants de cette sinistre affaire… Et il s'était douté que toutes les conséquences ne seraient pas forcément positives. Mais jamais il n'avait suspecté, pas même une seule seconde, que quelqu'un serait assez fou pour faire du sérum une nouvelle forme de drogue, et qu'ils se trouveraient des gens suffisamment stupides pour vouloir en faire la consommation.

« Je… Je n'arrive pas à y croire… » marmonna Nick, d'une voix brisée. « C'est… C'est très grave… »

« Pas plus que le fléau que représente la drogue en général, monsieur Wilde. C'est une donne avec laquelle nous avons malheureusement appris à devoir composer. »

Le castor rangea son calepin dans la poche de sa blouse et replaça son stéthoscope autour de son cou, avant de descendre les trois marches de l'escabeau.

Comme Nick restait toujours abasourdi, le médecin s'obligeant à lui offrir quelques paroles réconfortantes avant de le quitter : « Ne vous en faites pas ! Il ne semble pas que ce sérum spécifique ait eu le moindre impact sur votre santé physique, ou même mentale. A dire vrai, vous me semblez en pleine forme. Je pense que vous pourrez quitter l'hôpital cet après-midi. Mais mieux vaut se montrer prudents, d'accord ? Donc si vous ressentez le moindre trouble spécifique, ou si vous avez un quelconque doute par rapport à certaines sensations qui vous gagneraient, n'hésitez pas à venir me voir. On est okay, par rapport à ça ? »

Le renard acquiesça piteusement. « On est okay… »

« Parfait. » déclara le médecin avant de se diriger d'un pas rapide vers la sortie de la chambre. « Allez, bonne journée monsieur Wilde ! »

« Bonne journée, docteur ! »

« Et bonne journée à vous aussi, mademoiselle Hopps ! » clama-t-il d'une voix légèrement cynique avant de refermer la porte derrière lui.

Les oreilles de la lapine émergèrent de sous les draps, bientôt suivies par le reste de sa personne. Son expression médusée en disait long sur son ressenti par rapport à la dernière remarque du médecin qui, visiblement, n'avait pas été dupe un seul moment, quant à sa présence dans la chambre.

« Heu… Je me sens terriblement stupide, pour le coup… » marmonna-t-elle en trouvant enfin le temps de réajuster son uniforme sur ses épaules, camouflant le pelage blanc qui recouvrait son poitrail.

« Mouai… » ricana Nick. « Je crois bien que ton odeur a envahi la chambre… difficile de passer inaperçue, du coup. »

« Oh non ! » se maudit Judy en plaquant ses deux pattes contre sa bouche. « Il va croire qu'on a… »

« On a bien failli, Carotte… Donc peu importe ce qu'il croira, ce ne sera jamais beaucoup éloigné de la vérité. »

La remarque prononcée sur un ton cynique lui valut un petit coup de poing rageur dans l'épaule. « Renard crétin… » grommela-t-elle.

La réflexion fit naître un sourire incontrôlable sur le museau de Nick, qui vint frotter son menton entre les oreilles de la lapine, y déposa une nouvelle trace de marquage… Ce qui la fit légèrement tressaillir, alors qu'elle se débattait avec la tirette de son uniforme.

« Tu sais que tu m'aimes ! » lui susurra-t-il au fond de l'oreille.

Judy se tourna vers lui en le jaugeant d'un regard dubitatif, avant d'afficher un petit sourire en coin et d'hausser les épaules. « Est-ce que je sais ça ? » demanda la lapine d'un ton incertain, qui le fit très légèrement tressaillir. « Mouai… Oui, je le sais. » le rassura-t-elle immédiatement avant de déposer un petit baiser sur ses lèvres.

D'un bond, elle était hors du lit, et récupérait son plastron qu'elle enfila avec aisance et rapidité.

« Et sinon, qu'est-ce que tu penses des dernières nouvelles ? » questionna finalement Nick en laissant courir son regard en direction de la porte.

« Tu veux que je te dise ? » demanda Judy en réajustant le pelage légèrement empêtré de ses joues et de son cou. « Ça ne me surprend même pas, en fait… Un nouveau produit… Des gens prêts à en tirer profit… Au final, c'est des choses qu'on connait, pas vrai ? »

« Et qu'est-ce qu'on fera si jamais des types font des overdoses, et deviennent totalement sauvages… Que cette saloperie leur grille le cerveau et qu'ils soient incapables de revenir à la normale ? »

L'idée avait visiblement déjà traversé l'esprit de Judy, puisqu'elle grimaça à cette possibilité. « Je suppose que ça finira par arriver, si on ne fait rien. Mais on n'est pas dupes, il n'y a qu'une personne à ma connaissance qui sache manier à un tel degré de perfectionnement la composition du Hurleur Nocturne. »

« Tu penses à Doug, le complice de Bellwether ? » demanda Nick en soulevant un sourcil circonspect.

Judy acquiesça avant de croiser ses bras sur sa poitrine. « Il est déjà recherché… Il était donc inutile pour lui de chercher à se faire oublier, surtout s'il y avait de l'argent à se faire. Je pense qu'il a modifié sa formule pour en tirer profit, et il l'a vendue aux Gardiens du Troupeau. »

« Ou bien il a rejoint leurs rangs. »

« Ou bien il en a toujours fait partie. »

Cette réflexion, et ce qu'elle impliquait, laissa Nick quelque peu abasourdi. Mais Judy n'en resta pas là, trouvant enfin l'occasion d'aborder l'une des théories qui la travaillait le plus depuis quelques temps. « Qu'est-ce que cela aurait de surprenant, dans le fond ? Les Gardiens du Troupeau nous ont déjà montré qu'ils avaient de multiples facettes, et un développement tentaculaire prouvant que leur groupuscule existe depuis plus longtemps que ce que l'on pouvait escompter… L'affaire Bellwether les a mis sous le feu des projecteurs, mais je pense qu'il n'est pas impossible qu'ils soient derrière tout ça, également. Que Bellwether ait agi en leur nom. »

« Oui… Mais si c'est le cas, ça voudrait dire qu'ils sont également à l'origine de l'apparition de cette nouvelle drogue… Ce « Hurleur Sauvage »… dans les rues de Zootopie… Et ça, c'est vraiment pas bon signe, pas vrai ? »

La lapine secoua la tête tout en poussant un soupir concerné. Nick était dans le vrai… Si tout était lié, cela ne pouvait qu'acheminer vers une situation inextricable, et particulièrement dangereuse. Les Gardiens du Troupeau faisaient une priorité de brouiller les pistes, en jouant à divers degrés, et en affichant plus d'un visage. Il était très difficile de comprendre leurs buts, leurs motivations, et de fait quasiment impossible d'anticiper leurs actions.

« Je n'en sais rien, Nick… Peut-être que je me plante totalement, et que toutes ces affaires n'ont rien à voir les unes avec les autres. Je ne fais que spéculer, et honnêtement, je suis un peu démunie. » Elle serra les poings, frustrée de ne pouvoir agir. « J'ai vraiment hâte de reprendre le service… Il faut que je tire tout cela au clair. »

Nick la contempla avec intensité, heureux de la retrouver si combative, alors que les derniers évènements avaient plutôt eu tendance à affecter son moral et sa motivation. La conviction affirmée que Judy affichait la plupart du temps faisait partie de ce qu'il admirait chez elle, bien que cela soit la source d'une nouvelle forme d'inquiétude, pour lui. Il redoutait qu'il ne lui arrive malheur… Dans une semaine, elle arpenterait à nouveau les rues de la ville, agissait pour rendre le monde meilleur, et luttant contre ces ennemis de l'ombre qui semblaient avoir une dent particulière contre elle. Et lui, il ne serait pas à ses côtés… Il ne pourrait pas veiller sur elle.

Judy sembla capter l'expression assombrie de son ami, et s'approcha doucement de lui, glissant une patte sous son menton pour l'obliger à relever la tête vers elle. « Hey… Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Nick s'obligea à sourire et à secouer la tête. Il n'avait pas envie de passer pour le petit-ami soucieux et possessif… Il devait faire confiance à Judy, en dépit de toutes ses inquiétudes. « Rien, tout va bien. » répondit-il d'une voix claire. « J'ai seulement hâte de sortir de l'académie, pour t'épauler au quotidien. »

Judy lui offrit un sourire tout en douceur, semblant comprendre la nature de ses préoccupations. Elle en fut particulièrement touchée, d'autant plus qu'il semblait désireux de ne pas les présenter ouvertement, sans doute par respect pour elle.

« Ce sera vraiment super, Nick. » commenta-t-elle d'un ton réjoui. « A partir de ce moment-là, les criminels n'auront qu'à bien se tenir, parce que le duo Wilde-Hopps ne leur laissera pas une seule seconde de répit ! »


« Je me suis souvenue où j'avais déjà vu ce fichu masque ! »

Margaret Wilde était venue rendre visite à son petit-fils en fin de matinée, et avait ainsi rejoint la famille Hopps, l'ayant précédé d'une demi-heure environ. Après les politesses d'usage, la renarde en était venue au cœur du sujet qui la préoccupait depuis la veille : elle avait déjà vu le masque macabre d'agneau qu'arborait le Berger, et ça l'avait visiblement travaillé depuis… Elle leur avait confié ne pas être parvenue à ferme l'œil de la nuit, tant cette certitude la hantait, encore et encore. Quand enfin, l'illumination l'avait frappé sans prévenir, ses souvenirs se rappelant à elle.

« Ça remonte à tellement loin que j'avais dû parquer l'information dans ma réserve à souvenirs perdus. » commenta-t-elle en pointant son front du doigt.

Judy ne put refreiner un léger rire. Elle retrouvait tellement de Nick dans ce genre de petites remarques originales involontairement comiques que la filiation entre les deux était totalement incontestable.

« Eh bien, vas-y mémé ! Fais nous profiter de tes lumières. » insista le renard, visiblement impatient.

Margaret acquiesça, avant de laisser s'écouler quelques secondes, pour mieux ménager son effet. « Le théâtre de Traque. »

Elle avait lâché cela comme si elle s'attendait à des éclats vocaux consternés de la part de son auditoire, mais toutes les personnes en présence restèrent muettes, ne saisissant visiblement pas la référence. Margaret semble quelque peu déçue de ne stimuler aucune réaction particulière, et croisa les bras sur sa poitrine, en maugréant pour elle-même.

« Le théâtre de Traque… » répéta finalement Stu d'une voix pensive. « Ça me dit quelque chose… »

« A moi aussi. » confirma Bonnie. « Il me semble que des troupes itinérantes donnaient ce genre de spectacles, quand j'étais encore toute gamine… Mais mes parents ne voulaient même pas en entendre parler, si je me souviens bien. »

« Ça n'a rien d'étonnant, Bonnie. » explicita Margaret d'une voix grave. « Le théâtre de Traque était une forme théâtrale réservée aux prédateurs… Elle a été interdite par la suite, en raison de la nature perverse des représentations qu'elle officiait. »

« De quoi s'agissait-il, mémé ? » demanda Nick d'une voix soudain piquée par la curiosité. « Tu ne m'en avais jamais parlé, il me semble… »

« Parce que pour y avoir assisté à une unique reprise au cours de ma jeunesse, je savais que je préfèrerais effacer cela de ma mémoire. Croyez-moi, ce théâtre n'a pas été censuré pour rien. »

Elle avait prononcé cela d'une voix tremblante et pleine d'horreur qui jeta un froid sur l'assemblée. Margaret tourna un visage concerné en direction de Suzie qui, agrippée à la jambe de Judy, la contemplait avec des yeux grands comme des soucoupes.

« Je vais vous parler de tout ça… » déclara la renarde d'une voix sèche. « Mais il vaudrait mieux faire sortir le petit bout de chou… Ce ne sont pas des choses qu'un enfant devrait entendre. »

Jackie hocha la tête, avant de prendre Suzie entre ses bras. « Allez viens, ma puce. On va aller faire un petit tour, d'accord ? »

Judy formula un merci muet à l'attention de sa sœur, qui se contenta d'hocher la tête pour lui faire comprendre qu'il n'y avait aucun problème. Suzie protesta quelques secondes, avant que Jackie ne l'emmène hors de la chambre en lui promettant une glace, ce qui eut pour effet de transformer les plaintes de la petite lapine en gesticulations euphoriques.

« Désolée. » s'excusa Margaret à l'attention de Stu et Bonnie.

« Il n'y a pas de mal, Margaret. » commenta Bonnie en secouant la tête.

« Je t'ai rarement vu aussi mal à l'aise… » déclara Nick à l'attention de sa grand-mère. « Ça ne laisse rien augurer de bon, par rapport à cette histoire. »

« Tu l'as dit, mon petit. Cette saleté de spectacle m'a filé des cauchemars pendant des mois, quand j'étais toute gosse. » acquiesça la renarde avant de pousser un profond soupir. « Le théâtre de Traque était une forme théâtrale traditionnelle qui s'est transmise de lignées de prédateurs à lignées de prédateurs. Forcément, c'était un spectacle supposé divertissant, écrit et joué par des prédateurs, pour un public de prédateurs. »

Margaret laissa passer une petite seconde pour évacuer le tremblement nerveux qui la gagna, avant de reprendre. « Du coup, lorsqu'un acteur devait jouer le rôle d'une proie, son visage était dissimulé par un masque en bois sculpté, imitant les traits de l'animal incarné. »

« Le masque d'agneau que porte le Berger… C'est un masque de ce type, n'est-ce pas ? » demanda Judy, que le concept mettait mal à l'aise malgré elle.

Margaret acquiesça. « Oui, c'est exact… Et c'est indéniable, parce qu'ils arboraient toujours ces formes très acérées, caractéristiques de la technique de sculpture qu'employait le théâtre de Traque. Ces masques me terrorisaient, quand j'étais enfant… Ils étaient si froids et si… Dénués de vie. Enfin bref, ce n'était pas ça le pire… »

« Le pire était la nature du spectacle en question ? » interrogea Stu, qui avait pris la patte de Bonnie dans la sienne, appréhendant ce qui pourrait être révélé.

« C'est exact. » confirma Margaret, à nouveau parcourue d'un tremblement d'horreur. « Il n'y avait aucun dialogue, dans ces spectacles… Tout reposait sur une sorte de chorégraphie musicale qui se voulait poétique, mais qui m'a toujours semblé grotesque et terrifiante, étant donné ce qu'elle cherchait à représenter… Toujours un prédateur, toujours une proie… Et la mise en scène d'une chasse. On n'appelle pas cela le théâtre de Traque pour rien. Toute la représentation reposait sur une succession de chasses, opérées par différents prédateurs, sur différentes proies… Du pistage, jusqu'à la mise à mort. »

« Je… Je te demande pardon ? » s'égosilla Nick, qui n'en revenait pas d'apprendre qu'un tel type de théâtre avait pu exister à une époque relativement moderne.

Judy et ses parents échangèrent un regard contrit, qui en disait long sur le malaise qu'ils ressentaient en découvrant cet aspect quelque peu terrifiant de la culture artistique de certains prédateurs.

« Mon grand-père m'a emmené voir ce spectacle, quand je n'avais que six ans… » explicita Margaret d'une voix légèrement éperdue. « Je n'ai pas compris ce que j'avais sous les yeux, mais je me souviens très bien avoir ressenti toute l'horreur de la situation, son côté inexorable, implacable… J'ai fait une crise, et je me suis mise à pleurer. Ça l'a obligé à quitter la salle, et il n'était pas content du tout de mon esclandre. Quand je me suis calmée, près d'une heure après, je lui ai demandé pourquoi les prédateurs allaient voir de telles horreurs… Il n'a pas compris que j'en parle d'une telle façon… Il m'a dit que c'était naturel, que c'était pour ne pas oublier notre nature, et notre réel rapport aux proies. Qu'on ne pouvait certes plus les traquer, ni les manger, mais que cela ne signifiait pas qu'on ne pouvait plus… apprécier une… Une bonne chasse… »

Elle acheva son récit d'une voix bredouillante, confuse et meurtrie par l'émotion vivace d'un souvenir relativement traumatisant, qu'elle avait du mal à revivre, surtout face à un public composé majoritairement de proies. Leur révéler ainsi que nombre de prédateurs vivaient avec de telles pensées, à une époque encore relativement proche, était un crève-cœur. Il y avait de quoi avoir honte d'être un prédateur, lorsqu'on assistait à ce type de spectacles.

« Je n'y ai jamais remis les pattes… » explicita-t-elle finalement, rompant le silence glacial qui s'était abattu sur la chambre. « Et quelques années après, un drame s'est produit, qui a poussé la communauté des mammifères à interdire ce type de spectacles… »

« Un… Un drame ? » demanda Judy d'une voix tremblante.

« Une troupe du théâtre de Traque avait décidé de pousser le concept à son maximum, en faisant tenir le rôle des proies par… des proies. Et la mise à mort, tout comme la curée, n'étaient pas de la mise en scène… »

Stu et Bonnie poussèrent un hoquet d'horreur simultané, tandis que Margaret détournait les yeux, honteuse. Judy et Nick échangèrent un regard, et la lapine fut navrée de lire de la culpabilité dans les yeux de son ami.

« Bien entendu, c'était une troupe composée d'artistes complètement fous… Et ceux qui allaient voir ces spectacles ne pouvaient être sains d'esprit… » commenta Margaret avec affectation. « Mais ils eurent l'occasion de proposer ces représentations pendant près de cinq jours, avant que quelqu'un ait finalement l'intégrité morale d'aller les dénoncer. Dix-huit proies, principalement des adolescents qui avaient été enlevés à leurs familles, furent mis à mort au cours de cette seule période. Ça a été l'évènement le plus catastrophique et le plus honteux pour l'histoire moderne des prédateurs… Je n'ai jamais eu aussi honte d'être née avec des griffes et des crocs qu'à cette époque… Je n'osais même plus sortir de chez moi, parce que je n'avais pas la force de soutenir les regards que poseraient toutes ces proies sur moi… Sur ce monstre que j'avais l'impression d'être. »

Le geste que Bonnie accomplit à l'égard de la grand-mère de Nick laissa tout le monde sans voix. La lapine lâcha la patte de Stu, pour avancer d'un pas rapide en direction de la veille renarde, qu'elle serra dans ses bras sans la moindre hésitation, afin de lui apporter un peu de réconfort. Margaret resta bouche-bée, les yeux écarquillés, avant de laisser glisses ses pattes usées dans le dos de Bonnie, afin de lui rendre son étreinte amicale.

« Aucun membre de la famille Hopps ne vous considèrera jamais comme un monstre, Margaret. » déclara la matriarche d'une voix pleine de conviction. « Et aucune proie ne devrait le faire, non plus. Et si cela devait arriver, alors ce mammifère ne vaudrait pas mieux que les artistes sanglants qui officiaient dans ce théâtre de cauchemars. »

« M… Merci… » bredouilla Margaret, d'une voix brisée par l'émotion.

Judy, légèrement tremblante, prit la patte de Nick dans la sienne… Ce n'était pas le moment de jouer les lapines émotives, certes, mais elle ne put refreiner quelques larmes.


Comme Judy n'avait pas été dans sa chambre au matin, elle dû rendre visite au docteur Barrare dans son bureau, afin qu'il puisse faire le point sur son état de santé, et procéder aux vérifications d'usage. Elle dû supporter les coups d'œil tendancieux qu'il lui lança, ainsi que ses remarques les plus cyniques, faisant référence à son apparente incapacité à rester éloignée de plus de deux mètres de son petit-ami. Mais le castor était un professionnel d'une grande intégrité, et d'une efficacité redoutable, alors elle n'allait pas le blâmer pour quelques taquineries, d'autant plus que lui ayant annoncé qu'elle pourrait quitter l'hôpital en même temps que Nick, il rendit sa journée un peu plus joyeuse.

Elle retrouva ses parents, ses sœurs, Margaret et Nick dans la chambre de ce-dernier, alors que le repas de midi venait de lui être servi. Celui-ci n'était visiblement pas à son goût car il tirait une tête d'enterrement à l'idée de devoir ingurgiter ces substances étranges afin de se sustenter. Il était certain qu'avec des qualités culinaires aussi abouties que les siennes, devoir faire face à la cuisine hospitalière était sans doute un vrai crève-cœur. Tandis que Judy picorait déjà dans son plat, et s'était fait une priorité de lui dérober le flan au chocolat qui devait normalement lui servir de dessert, Nick proposa à tout le monde d'aller plutôt manger dans un petit dinner se situant au coin de la rue, et qui était plutôt pas mal à son souvenir.

« Je n'ai pas besoin de te rappeler que nous ne sommes pas encore officiellement autorisés à quitter, l'hôpital, Nick… » lui dit remarquer Judy

« Certes, mais on se dissimulera au sein de la foule des Hopps, et ainsi nous passeront inaperçus. »

La foule des Hopps en question appuya la proposition de bon cœur, tandis que Margaret acquiesçait à son tour, ravie de pouvoir déjeuner en si bonne compagnie. Puisque tout le monde semblait se liguer contre elle, Judy ne s'acharna pas à jouer les rabat-joie, et accepta à son tour.

Ils parvinrent à quitter l'hôpital sans aucun problème. Les infirmières ne leur lancèrent pas même un regard suspicieux tant les allers et venues des visiteurs, balai incessant de mammifères se dirigeant dans toutes les directions, leur offrait un écran dissimulateur particulièrement efficace.

Ils se rendirent au dinner que leur avait conseillé Nick, et qui présentait comme un lieu particulièrement tendance, au design raffiné, et aux plats particulièrement alléchants. Tandis qu'on leur attribuait une table suffisamment grande pour tous les accueillir, Nick donna un petit coup de coude à Judy pour attirer son attention vers le fond du restaurant, pointant une table du bout du doigt, à laquelle était installé un buffle qui leur tournait le dos.

« Hey, Carotte… Ce serait pas Bogo, par hasard ? »

La lapine concentra son regard… Et à la vue de l'uniforme officiel que revêtait le buffle en question, il ne faisait aucun doute qu'il s'agisse du chef du ZPD, en effet.

« Je crois bien que si. Allons, le saluer ! »

Judy et Nick laissèrent leurs familles prendre place, leur signifiant qu'ils avaient vu un ami, et qu'ils les rejoindraient très vite après avoir été lui faire un petit coucou.

Le renard et la lapine approchèrent de Bogo d'un pas rapide, avant de se rendre compte que le buffle n'était pas seul, et partageait sa table avec une femelle, à première vue une antilope, qui était revêtue d'une veste à col haut, d'une paire de lunettes de soleil, et d'un fichu qui recouvrait sa tête… On aurait cru qu'elle cherchait à dissimuler son visage aux regards indiscrets. Ce déguisement ne fut néanmoins pas suffisant pour dissimuler très longtemps la vérité aux yeux très observateurs du lieutenant Judy Hopps.

« Oh, par mille carottes ! Vous êtes Gazelle ! » s'exclama la lapine, attirant l'attention de la principale intéressée, tandis que Bogo, sous l'effet de la surprise, recrachait par les naseaux la goulée d'eau gazeuse qu'il venait d'avaler.

« Hopps ! Wilde ! » s'égosilla le buffle en tournant vers eux un regard furibond. « Qu'est-ce que vous foutez là ? Vous êtes censés être à l'hôpital ! »

Mais les remontrances du chef avaient peu d'importance pour Judy, qui l'ignora totalement pour se presser déjà de l'autre côté de la table, des étoiles plein les yeux.

« Je suis votre plus grande fan ! Est-ce que je peux avoir un autographe, s'il vous plaît ? » demanda-t-elle sur un ton suppliant en souriant de toutes ses dents, et en trépignant adorablement des pieds. Nick la regarda faire en relevant un sourcil, avant de pousser un léger ricanement.

« Je paierai cher pour te faire le même effet, Carotte. »

« Oh, la ferme Wilde ! » répliqua la première intéressée sans détacher son regard de la popstar qui, visiblement très gênée, jetait des coups d'œil inquiets tout autour d'elle, craignant de voir s'attrouper soudainement une masse pressante de fans. Heureusement, l'euphorie de Judy ne semblait pas avoir attiré l'attention, et le reste de la clientèle poursuivait ses activités régulières.

Aussi, Gazelle pressa-t-elle son index contre sa bouche, pour inviter Judy à ne pas faire plus d'esclandre. « Pas si fort, s'il vous plaît, lieutenant Hopps… »

Judy comprit soudain sa gaffe, et plaqua ses deux pattes contre sa bouche en affichant une expression horrifiée. « Oh ! Toutes mes excuses ! J'aurais dû me douter que vous étiez ici incognito. »

« Ce n'est pas grave… » répondit la chanteuse en souriant avec douceur. « Et de toute manière, c'est plutôt moi qui devrais vous demander un autographe, pas vrai ? Je voulais vous remercier depuis longtemps de tout ce que vous avez fait pour Zootopie… »

La lapine resta sans voix face à cette manifestation de gratitude, venant de la part de l'une de ses idoles, et sa confusion ne fit que renforcer l'euphorie de la popstar, qui posa une patte délicate sur son épaule. « Très heureuse de faire enfin votre connaissance, en tout cas. »

Judy acquiesça avant de serrer la patte qui lui était tendue. Nick eut droit aux mêmes égards, mais le renard n'avait pas oublié l'incongruité du cadre de cette rencontre, et lança un petit regard en coin à Bogo, qui essayait visiblement de se fondre dans le décor.

« Eh bien, chef… » déclara le renard d'une voix tendancieuse. « On tire finalement avantage de son rang, à ce que je vois. Etre chef du ZPD doit être une sacrée aubaine si cela permet d'avoir un rendez-vous galant avec la célébrissime Gazelle. »

Bogo lui lança un regard furibond, où brûlait l'intense envie qu'il ressentait de resserrer ses deux pattes autour de son cou jusqu'à expulser sa petite tête de renard en orbite, mais il contint sa rage, et marmonna entre ses deux : « Ce n'est pas un rendez-vous galant, Wilde ! »

« Ah bon ? » répliqua Gazelle de l'autre côté de la table, sur un ton pincé qui laissa les trois autres sans voix.

L'expression qu'afficha Bogo était impayable, et Nick regretta de ne pas avoir son téléphone portable sur lui pour immortaliser l'instant. Cela lui rappela que ledit téléphone était resté à son appartement depuis les incidents de Dimanche… Il espéra que Dizzie ne s'était pas trop inquiétée, si elle avait cherché à le joindre.

« Eh bien, c'est que… » bredouilla le buffle, visiblement atterré par la tournure des évènements.

Gazelle le laissa mariner dans ce bourbier pendant quelques secondes encore, semblant apprécier sa débâcle, ce qui révélait aux yeux de tous une certaine la petite part de sadisme qui existait en elle. Mais finalement, elle vint à son secours, en vue de clarifier la situation : « Adrian a raison. » explicita-t-elle.

« Adrian, hein ? » répéta Nick d'un ton tendancieux, en lançant un regard équivoque à Bogo, qui renouvela à son attention une expression des plus courroucées, qui semblait signifier « attends un peu de bosser pour moi, et je te ferais regretter d'être né ».

Gazelle poursuivit en faisait fi de l'intervention taquine du renard : « Nous nous voyons pour échanger au sujet de l'organisation du gala de charité de la police, auquel mon association va participer cette année. Une partie des fonds récoltés iront aux œuvres pour la paix. »

« Une idée de Karen. » commenta Bogo, presque pour se dédouaner de la situation dans laquelle il se trouvait. Mais Gazelle lui lança un regard légèrement blessé, qui le força à faire machine arrière. « Une excellente idée, néanmoins. » se corrigea-t-il d'un air contrit.

« C'est… C'est vraiment chouette. » répondit Judy avec enjouement. « Cela donnera une très belle image du ZPD, et clarifiera notre position par rapport à tous ces évènements tragiques. »

« Notre position était déjà suffisamment claire, Hopps… » contesta Bogo d'une voix grave, avant de finalement pousser un soupir. « Mais au moins comme ça, on marquera le coup. »

« Surtout que la présence de Gazelle lors de cette soirée risque d'attirer plus d'un donateur généreux. » commenta Nick en hochant la tête. « Karen a décidemment du flair pour ce genre de choses. »

« C'est vrai. » admit Bogo. « La multinationale Redwood a déjà promis une donation énorme, et leur PDG sera présent pour officialiser le nouveau partenariat que nous allons signer avec leur firme. »

« Redwood ? » questionna Judy d'une voix curieuse. « De quel type de partenariat s'agit-il ? »

« Renouvellement de l'équipement tactique, amélioration de nos systèmes informatiques, et possibilité d'expérimenter de nouvelles technologiques de pacification sur le terrain. » répondit Bogo d'une voix détachée, mais où se percevait tout de même une certaine forme d'excitation. « Redwood est à la pointe du développement en matière d'équipement stratégique et militaire. Ils sont déjà en train de mettre au point un nouveau pistolet tranquillisant pour nos forces, qui permettra de combiner des doses d'antidote au sérum adapté à la corpulence du mammifère qui sera touché. »

« On en arrive là, alors… » répondit Judy d'une voix affectée. « A devoir développer des technologies spécifiques pour lutter contre les Gardiens… C'est leur accorder bien trop d'importance, chef. »

« Je sais bien, Hopps. Mais on doit faire face à une nouvelle forme de menace, à cause de ce foutu sérum. Il sera employé de bien des manières, et toujours dans le but de nous nuire… Alors on doit pouvoir agir sans être pris au dépourvu, maintenant. Il ne s'agit plus de faire dans la demi-mesure. »

« Ouai. » commenta Nick en hochant la tête. « On dirait bien que vous êtes passés à la vitesse supérieure, au ZPD… Mais de là à accepter un partenariat avec une entreprise privée… »

« Oui, c'est vrai, ce n'est pas commun. » concéda le buffle en poussant un profond soupir. « Mais le contrat que nous allons signer avec Redwood les empêchera de mettre leurs museaux dans nos affaires. Ce n'est qu'un simple échange de bons procédés. Ils mettent à notre disposition leurs technologies, et nous servons de vitrine à leurs produits. Tout le monde y gagne. »

« D'autant plus que Redwood est depuis longtemps le principal donateur de notre association pour la paix. » explicita Gazelle. « Leur PDG est un mammifère intègre et loyal, qui a une vision très optimiste et tolérante de Zootopie. Je pense qu'ils ont sincèrement à cœur le devenir de notre ville. »

« J'ai tendance à ne pas faire confiance aux gros pontes, en général. » répondit Nick en haussant les épaules. « Mais je suppose qu'il y a des exceptions partout. »

« On va vous laisser profiter de votre petit moment à deux. » déclara Judy en souriant, ce qui lui valut un regard à la fois étonné et courroucé de Bogo, qui ne s'attendait pas à la voir rejoindre le camp de Wilde, et à se jouer aussi ouvertement de lui.

« Mais avant cela, Gazelle… » déclara Judy en se retournant vers la popstar et en lui offrant un sourire lumineux. « Si on reparlait de cette histoire d'autographe ? »