Notes de l'auteur :
Bonjour à tous.
Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour le retard important avec lequel je publie ce chapitre. A cela, deux raisons. L'une pratique (que vous pouvez lire sans soucis, car en rapport avec le processus d'écriture), l'autre personnelle (que vous n'êtes vraiment pas obligés de lire, car au final, on s'en fout un peu de ma vie XD).
Donc, tout d'abord : le chapitre est exceptionnellement long. Il fait pratiquement la dimension de deux chapitres conventionnels à lui tout seul. Je n'ai pas choisi de le faire long parce que je souhaitais compenser son retard de publication. En réalité, je savais comment le commencer, comment le terminer, tout ce que je voulais y raconter, sans me douter que cela prendrait de telles dimensions. Soit je ne sais pas faire court, soit j'ai vu trop grand (ou un peu des deux). Qu'à cela ne tienne, on a là l'un des chapitres les plus denses depuis le début de cette aventure d'écriture, et il contient vraiment de tout : du fluff (en quantités astronomiques), des révélations, de l'humour, de l'émotion. Tout ce que j'aime, en somme ^^
Ensuite, raison personnelle d'un tel retard : j'ai aidé ma sœur à déménager au cours des trois derniers jours… Et elle n'avait personne d'autre pour l'y aider. Cela a donc été très long, très chronophage, et très épuisant. J'ai vraiment essayé d'écrire le soir en rentrant, mais mon corps au supplice ne réclamaient que deux choses : une douche, et une bonne nuit de sommeil. J'ai achevé ce chapitre ce soir avec les pires courbatures, et l'impression que mon dos n'est guère plus qu'une planche dans laquelle un sadique s'amuserait à planter des clous.
Voilà. Ah oui, et mon ordinateur est devenu fou, aussi. Genre il fait un bruit mais monstrueux, et cela en permanence. Mais pas le bruit genre léger… Non, le bruit bien irritant, qui te déconcentre et te vrille les nerfs, tant il est insupportable et incessant. Je ne sais pas quand je vais avoir l'occasion de le faire réparer (surtout que ça me priverait pendant quelques temps de mon principal outil de travail, et moi j'ai pas envie de stopper l'écriture de ma fiction)… Du coup, je bosse sur le chapitre 24 avec des boules quies enfoncées dans les oreilles depuis quatre jours. Je suis sérieux. Ca atténue la souffrance auditive, mais malgré ça, je continue à l'entendre, et ça continue à me rendre à moitié dingue (et vu que je l'étais déjà à moitié de naissance, me voilà à présent 100% dégénéré, ce qui explique peut-être certaines tournures étranges dans ce chapitre… A vous de me le dire) !
A présent, une grosse question demeure en suspens : que dois-je faire dans le prochain chapitre (vous comprendrez la raison de cette question lorsque vous lirez la fin de celui-ci). A vous de me le dire dans vos retours, en reviews ou par MP.
Mais bon, il y a de grandes chances que je n'en fasse qu'à ma tête, en dépit de tout :-)
Encore une fois, je vous remercie pour votre présence, votre soutien, vos retours détaillés… Je ne le répète jamais assez, mais sans vous je n'aurais pas la motivation d'écrire autant. On approche des 300 000 mots à présent. Je n'ai jamais été aussi productif de ma vie, c'est complètement dingue… Et c'est à vous que je le dois !
Alors merci, et bonne lecture ^^
EDIT du samedi 20/08/2016 -13:21- : Chapitre relu, corrigé et amélioré. Enjoy.
Chapitre 24 : Wilde Times
Au moment où Finnick et Fangmeyer faisaient face à un refus catégorique d'accéder aux dossiers de la compagnie 112, dans le bâtiment des archives de l'armée, Nick et Judy se réveillaient seulement, éreintés suite à une journée intense suivie d'une soirée riche en évènements, en révélations et en émotions. Il était neuf heures trente du matin, et tout leur semblait à présent si éloigné, embrumé dans les vapeurs volatiles d'un rêve à demi-conscient, tandis qu'ils reposaient tranquillement dans les bras l'un de l'autre.
Judy tournait le dos à Nick, roulée en boule tout contre lui. Le renard avait épousé la forme de son corps en l'enveloppant presque totalement, ses bras glissés sous les siens, qu'elle maintenait fermement contre elle, comme si, dans les affres de la nuit, elle avait craint de le voir s'éloigner et avait cherché à le retenir, envers et contre tout. Le menton du renard reposait contre le sommet du crâne de la lapine qui, ayant les oreilles plaquées dans le dos, pouvait apprécier le souffle de son petit-ami caresser le pelage de son front.
L'un comme l'autre savait parfaitement qu'ils étaient tous deux réveillés, mais pourtant aucun ne voulait effectuer le moindre geste, car un seul mouvement aurait mis fin au ressenti tendre, calme et parfait qui les animait. Ils voulaient apprécier la présence de l'autre, dans cet état d'éveil lent et langoureux, et ce aussi longtemps que possible, car il leur semblait alors n'avoir rien d'autre à penser que ce qui comptait vraiment à leurs yeux : ils étaient ensembles, heureux, et isolés de tout mal. Ils se sentaient parfaitement bien.
Néanmoins, une succession de bruits feutrés en provenance du salon leur rappela qu'ils n'étaient pas seuls dans l'appartement ce matin, et qu'une grasse-mâtinée faite de dorlotages, de câlins et de tendres sessions de marquage, n'étaient pas à l'ordre du jour. Ils avaient, à grand mal, persuadé Dizzie de ne pas partir trop tôt, et de se reposer au maximum avant de s'en retourner vers Atlantea, mais à présent la renarde était réveillée, et il aurait été impoli de la laisser seule trop longtemps, sachant qu'elle ne pouvait se permettre de repartir trop tard.
« J'aurais pu rester comme ça des heures encore, Carotte… » marmonna Nick après avoir poussé un léger soupir de frustration.
« Et moi donc, mon cœur… » répondit Judy en souriant doucement, les yeux toujours clos, tout en resserrant une dernière fois son étreinte sur les pattes de Nick.
Le renard lui rendit la pareille, tout en déposant un doux baiser sur le sommet de son crâne. Il était toujours surpris d'entendre Judy employer ces termes relativement intimes lorsqu'elle s'adressait à lui, à présent… Mais au-delà de l'incongruité de la chose, il ne pouvait s'empêcher d'apprécier ces marques d'affection oratoires, qu'il avait toujours entendu les couples employer (et ses parents les premiers, lorsqu'ils étaient encore ensemble, du moins), sans jamais s'imaginer un jour avoir la satisfaction de se les voir attribuer. Cela ne faisait que lui rappeler systématiquement la chance qu'il avait d'avoir vu Judy Hopps entrer dans sa vie. Si cela avait tout changé, ce n'était que pour le mieux. Et ça, c'était le moindre des constats qu'il pouvait faire.
Il se redressa finalement sur son séant, Judy acceptant de libérer ses bras, presque à contrecœur. Comme il se relevait, elle se laissa rouler sur le dos, et se retrouva allongée juste à côté de lui, les yeux fixés sur son visage. Elle lui sourit avec douceur, et Nick fut frappé par l'amour presque palpable qui habitait son regard.
« Je suppose que tu apprécies ce que tu vois ? » demanda-t-il en affichant un sourire moqueur.
Elle pouffa brièvement, avant d'hocher la tête. « Moui… Ce sera encore mieux après un petit coup de peigne, monsieur Wilde. Mais je dois bien avouer que tu n'es pas la chose la plus désagréable à voir lorsque j'ouvre les yeux le matin. »
« C'est le moins qu'on puisse dire. » répondit-il en prenant un air faussement coquet. Il se pencha ensuite vers elle pour l'embrasser avec délicatesse. Le premier baiser de la journée… Là encore, une chose à laquelle il n'était pas accoutumé, mais dont il pourrait très rapidement s'accommoder (au point que cela puisse devenir une forme de dépendance). Lorsqu'il se redressa pour séparer ses lèvres des siennes, son regard erra le long de la courbe de son cou, jusqu'à glisser à la lisière du débardeur dans lequel elle avait dormi. A la bordure de celui-ci apparaissait le sommet de la cicatrice que lui avait laissé le coup de couteau de Staliord. Nick fronça les sourcils, avant de la désigner du museau.
« Ça te fait encore mal ? » demanda-t-il d'un ton légèrement inquiet.
« Quoi donc, Nick ? » questionna Judy, toujours perdue dans l'extase du baiser qu'elle venait de recevoir, ses pattes caressant avec affection le pelage qui ornait la gorge du renard.
« Ta blessure… Là. » répondit Nick en faisant un petit mouvement de la truffe en direction de la plaie fraichement cicatrisée.
Judy hésita un instant, saisissant le regard concerné et soucieux de Nick. Elle secoua la tête rapidement, avant de lui offrir le sourire le plus rassurant qu'elle pouvait. « Non. Elle ne me fait plus souffrir… Ce n'est guère plus qu'une nouvelle cicatrice à ajouter à mon palmarès. »
« Judy la casse-cou… » ironisa Nick en levant les yeux au ciel. « Ce serait bien que tu cesses d'accroître ta collection de coups et blessures avec cet ultime trophée, d'accord ? »
La lapine poussa un petit rire qui se voulait rassurant, mais elle était profondément touchée par la sollicitude que Nick témoignait à son égard. Au-delà de l'ironie de ses propos, elle comprenait parfaitement que ses inquiétudes étaient sérieuses. « Je fais un métier dangereux, tu sais. Je ne peux pas te promettre qu'il ne m'arrivera plus jamais rien… Mais si ça peut te rassurer, je te garantis que je ferai tout pour que rien de grave ne me tombe dessus. »
« Tant que je ne suis pas là pour y veiller moi-même, en tout cas. » ajouta-t-il en hochant la tête d'un air satisfait.
La réflexion fit beaucoup rire Judy, qui se redressa pour le serrer dans ses bras. « Oh, Nick… Pas encore flic, mais déjà une âme d'ange-gardien pour ta future partenaire. »
« Partenaire au travail, partenaire dans la vie… Je ne vois pas vraiment la différence… » déclara le renard en resserrant ses bras dans le dos de la lapine, qui restait pendue à son cou. « Mais je peux t'assurer que je ne laisserai plus jamais personne te faire du mal. »
« Ça va demander de toi une attention constante… » répondit Judy en frottant amoureusement sa joue dans le creux de son cou, marquant son pelage de son odeur, ce qui fit immédiatement frémir Nick de plaisir. « … Et de rester toujours à mes côtés. J'espère que tu en es conscient ? » reprit-elle en ponctuant sa phrase, ainsi que la question, de petits baisers, stimulée qu'elle était pas les soupirs appréciatifs de son compagnon face au traitement qu'elle lui infligeait.
« Bien sûr… » répondit-il dans un souffle avant de remonter sa patte contre ses oreilles et de les caresser avec application, comme pour l'inviter à poursuivre ce qu'elle était en train de faire. « Ça fait partie de mon plan. »
Au contact délicat et insistant de sa patte contre cette partie si sensible de son anatomie, Judy ne put réprimer un frisson de plaisir, auquel s'adjoignit une décharge odorante de phéromones. Nick avait beau y avoir été confronté un nombre incalculable de fois à présent, l'effet de surprise restait toujours le même, tout comme l'impression que cela lui donnait de se retrouver dans une sorte de paradis sensoriel, où tout n'aurait été qu'odeurs suaves et sucrées.
« Je suis une nouvelle fois la victime d'une de tes manipulations, alors ? » demanda la lapine en redressant la tête, pour venir frotter son visage contre le dessous du museau de Nick. La délicate pression qu'elle exerçait à ce point précis, très sensible chez lui, accompagnée de l'odeur délicieuse du marquage qu'elle y déposait, faillit le faire tomber à la renverse. Il avait entendu dire que les lapins avaient une tendance naturelle aux démonstrations physiques d'affection (et en cela, le marquage étaient chez eux une chose des plus importantes au sein d'une relation), mais entre se l'imaginer le vivre, il y avait un gouffre. Nick se considérait à l'heure actuelle comme le mammifère le plus chanceux au monde.
« Je n'en suis pas si sûr… » répondit-t-il en accentuant le massage qu'il effectuait sur ses oreilles, ce qui redoubla les frissons qui parcouraient l'échine de sa petite-amie. « Peut-être que c'est moi qui suis tombé dans un de tes pièges, au final… Devoir me consacrer corps et âme à cette lapine, et cela à plein temps… Ça va exiger de moi des sacrifices terribles. »
Judy releva la tête, se mettant à son niveau, avant de glisser ses pattes contre ses joues et de déposer ses lèvres sur les siennes. Cela aurait pu se limiter à un simple baiser, mais au-delà de la pression qu'elle exerçait, Nick fut surtout surpris lorsqu'il sentit la langue de Judy glisser entre ses lèvres et venir caresser l'émail de ses dents. La sensation était tout à la fois étrange et merveilleuse, mais d'une douceur infinie. D'abord interdit, le renard se laissa finalement aller et répondit avec une certaine appréhension à ce nouvel échange particulier qu'ils développaient entre eux. Sa propre langue vint à la rencontre de celle de Judy, ce qui ne fit que renforcer la passion qu'elle impliquait dans cet échange. Finalement, au bout de plusieurs longues secondes à profiter de ce contact particulier (rendu délicat par leurs différences anatomiques), ils s'éloignèrent doucement l'un de l'autre, quelque peu éperdus. Judy passa une patte nerveuse contre ses oreilles, avant de se glisser vers le bord du lit.
« On… On ne va pas faire attendre Dizzie plus longtemps, pas vrai ? »
« Ce serait assez malvenu, en effet. » répondit Nick en hochant piteusement la tête, le regard vague et perdu dans une sorte d'extase. Il avait encore le goût de Judy en bouche… Littéralement. Pas seulement sa saveur, ni même son odeur… Mais son goût. Une notion totalement différente, qui stimulait chez lui une forme d'urgence sauvage, remous mystérieux de ses instincts en sommeil. Il lui fallut quelques secondes supplémentaires pour comprendre qu'il avait tout simplement envie d'elle… Mais pas dans le seul sens amoureux ou même sexuel de la chose. Cela, il l'avait déjà éprouvé, et ce qu'il ressentait actuellement allait plus loin. Il le percevait comme un désir irrévocable et impérieux, un besoin de concrétiser une forme d'appartenance complète et entière… C'était donc cela que les mammifères appelaient grossièrement le « rut » ? Ne l'ayant jamais ressenti, il avait toujours cru qu'il s'agissait d'une sorte de mythe… Mais au final, c'était une sensation bien réelle, et on ne pouvait plus concrète.
« Est-ce que ça va, Nick ? » demanda Judy d'un air inquiet. « Tu tires une drôle de tête… »
Le renard secoua le museau pour se remettre les idées en place. Ce qu'il trouva d'ailleurs excessivement difficile. « Oui… » répondit-il finalement d'un ton hésitant. « Oui, oui, ça va… »
« Jamais je n'aurais pensé te faire un tel effet. » déclara-t-elle sur le ton de la plaisanterie, tout en ajoutant un clin d'œil en guise de point final à la phrase. Elle n'avait même pas idée du degré de véracité de ce qu'elle venait de déclarer.
« Haha… » ricana bêtement Nick, sans savoir vraiment pourquoi. « On sait bien que de nous deux, tu es celle qui ne sait pas résister à mes charmes. »
« Oh… Dans ce cas je devrais peut-être œuvrer à changer la donne ? » répondit-elle sur un ton provocateur, en croisant les bras sur sa poitrine, ce qui eut pour effet involontaire de faire glisser l'une des bretelles de son débardeur de son épaule. Ce n'était pas grand-chose, bien entendu, mais dans l'état de fébrilité où se trouvait Nick, c'était peut-être le coup de de trop. Le renard avala à sec, avant de détourner les yeux, mais son odorat surdéveloppé lui fit comprendre immédiatement que tout espoir d'empêcher son corps de générer une quelconque réaction était perdu. L'odeur de son propre musc le frappa de plein fouet, et il crut qu'il allait avoir la nausée.
Judy remua fébrilement son petit museau, avant d'écarquiller les yeux, percevant immédiatement l'odeur qui lui semblait fine et entêtante, et faillit lui faire tourner la tête. Elle avait déjà entendu parler de l'odeur que certains mâles pouvaient instinctivement dégager pour faire comprendre qu'ils étaient tout disposés à pousser les choses plus loin, mais jamais elle n'aurait pensé que cela puisse avoir un tel effet enivrant. Son propre corps répondit d'ailleurs immédiatement… Elle sentit une onde de chaleur sans précédent enfler au creux de son abdomen, qui ne tarda pas à se décharger en une puissante vague de phéromones. Le souffle court, Judy se plia en deux sous l'effet imprévisible de cette réaction hormonale, et détourna le regard, visiblement gênée. Elle ne voulait même pas voir l'effet que pourrait avoir cette indication olfactive sur Nick, étant donné l'état dans lequel lui-même se trouvait.
« Désolée, Nick… » déclara-t-elle d'une voix piteuse en sentant soudain un goût métallique lui envahir la bouche, ce qui était le signe indicateur de la pire chose qui pouvait lui arriver en cet instant précis. Elle plaqua ses deux pattes contre son ventre et secoua la tête, médusée.
« Tout va bien, Carotte ? » hésita le renard, qui n'osait même pas s'approcher d'elle.
« Ou… Oui, oui… » bredouilla-t-elle, la gorge sèche. « Tu… Tu devrais aller prendre une douche, avant de rejoindre ta sœur… Je ne sais pas si elle apprécierait ton nouveau parfum. »
« Tu l'as senti ? » demanda-t-il d'un ton dépité et faussement surpris. Il ne se doutait certainement pas qu'il allait lui-même avoir très vite l'occasion de sentir des choses bien pires encore, pensa Judy en fermant les yeux, avant de pousser un soupir.
« Je n'ai pas un odorat très développé, mais oui, je l'ai senti. Et si j'ai pu le sentir, alors Dizzie le pourra aussi, et je doute que tu aies envie qu'elle s'imagine tout un tas de choses, pas vrai ? »
Mais pour sa part, l'imagination était déjà en branle, et emplissait son esprit de visions relativement lubriques… Ce qui n'avait rien d'étonnant, si l'on considérait ce que tout ce pataquès matinal venait de déclencher chez elle. Ca ne pouvait pas arriver au pire moment, songea-t-elle en serrant les dents.
« Alors, vas-y maintenant, d'accord ? » reprit-elle d'une voix un peu éperdue, qu'elle essayait de faire passer pour naturelle. « Je… Je prendrai le deuxième tour. »
Nick acquiesça, avant de contourner le lit pour se diriger vers la porte de la chambre, des vêtements propres sous le bras. Avant qu'il ne quitte la pièce, Judy l'alpagua une dernière fois, une note de désespoir au fond de la voix. « Nick… Est-ce que tu as de l'atténuateur olfactif ? »
« Oui, ne t'en fais pas… Je vais en mettre, ça dissimulera l'odeur. » répondit-il sur un ton légèrement pincé. Il ne s'était pas imaginé que son musc déplairait à ce point à Judy, mais bien entendu, ce n'était pas pour cela qu'elle lui avait posé la question.
« Ce n'est pas par rapport à toi, imbécile. » répondit-elle en relevant la tête vers lui, les larmes aux yeux. « Nick… Je suis désolée… »
« De quoi ? » demanda-t-il, son expression devenant soudain plus soucieuse et concernée, car il craignait très sérieusement qu'elle ne soit à nouveau tombée malade.
Judy poussa un soupir avant de baisser piteusement la tête, frappée d'un sentiment de honte soudain. « Je préfère te le dire plutôt que d'essayer de te le cacher, parce que de toute façon d'ici quelques heures ce sera impossible. » commença-t-elle en ponctuant sa phrase d'un petit ricanement nerveux totalement incontrôlable. Elle observa l'expression curieuse et inquiète de Nick quelques secondes encore avant de prononcer la révélation, qui sonnait comme un glas à ses propres oreilles. « Je… Je suis en chaleur. »
Un lourd silence tomba entre eux, tandis qu'ils échangeaient un regard empli de perplexité, mais aussi de craintes, ce qui en disait long sur la situation… Les prochains jours risquaient d'être très, très compliqués à gérer, pour l'un, comme pour l'autre.
Judy accueillit le jet d'eau chaude de la douche comme une bénédiction. Elle avait été tentée de positionner l'arrivée d'eau sur « glacée », pour s'aider à lutter contre le innombrables vagues brûlantes d'intensité plus ou moins importantes qui ne cessaient de jaillir depuis son bas ventre avant d'inonder le reste de son corps. Mais elle savait très bien comment elle réagissait dans ces périodes très particulières, et le moindre choc thermique, la moindre réaction un tant soit peu spéciale, avait plus de chances de générer un effet inverse à celui escompté.
S'il y avait bien une chose que la lapine avait toujours détesté, c'était ses périodes de chaleur. Elle se sentait alors esclave d'une forme de stéréotype récurrent chez les lapins, qui voulaient qu'ils ne soient tous qu'une bande de pervers accrocs au sexe, ne pouvant s'empêcher de faire des petits à longueur de temps. La période de gestation plus courte des lapins (qui s'était néanmoins largement étendue au gré de leur évolution, depuis leurs origines primitives), et leur tendance à arriver par lots de dix, leurs permettaient effectivement de générer très facilement des familles de trois cents enfants en l'espace de vingt à vingt-cinq ans seulement, et cela n'était rendu possible que par la flexibilité de leurs périodes de reproduction.
A l'origine, les lapins ne connaissaient pas l'œstrus, ce cycle de fertilité propre à la plupart des mammifères, durant lequel les femelles étaient aptes à procréer. De ce fait, une lapine pouvait en réalité faire des petits n'importe quand. Mais le temps passant, leur nature avait changé, et leur corps s'était adapté aux normes de leur évolution civilisée (sinon quoi la terre entière n'aurait bientôt plus été remplie que de lapins se marchant les uns sur les autres). Dès lors le corps des femelles lagomorphes avait développé un cycle de chaleurs, mais à la différence de la plupart des autres espèces, l'œstrus des lapines était erratique et imprévisible, car il se déclenchait sporadiquement en réponse à certains stimulis.
Dès l'adolescence, déjà, lorsque le corps se découvrait et que cela impliquait un questionnement plus ouvert sur la nature de la sexualité, les premières chaleurs suivaient généralement. Le souci des lapines, c'était leur nature à se synchroniser. En général, les périodes de chaleur de Judy avaient toujours été déclenchées par les périodes de ses sœurs les plus proches. Comme elle ne s'était guère intéressée aux joies de la chose, toute obstinée qu'elle était dans le travail qu'elle fournissait pour atteindre ses objectifs insensés, elle n'avait jamais généré sa propre période de chaleur, et les avaient toujours subies parce que son corps « imitait » en quelques sortes les aléas chimiques de ceux de ses sœurs. De fait, elle avait un rapport très négatif à la chose, qu'elle avait toujours perçue comme invasive, handicapante, désagréable et humiliante.
Bien qu'elle ait eu trois autres relations au cours de son existence, Judy n'avait jamais été en chaleur au cours de celles-ci. Ce qui était en général plutôt mauvais signe aux yeux des lapins, car cela signifiait qu'il n'y avait aucune attirance de la femelle pour le mâle… Et si Judy était parfaitement honnête avec elle-même, elle devait bien avouer que cela avait été le cas, du moins dans son cas. Elle était sorti avec chacun de ses compagnons parce qu'elle ne voulait pas passer comme « bizarre » auprès de ses sœurs, et parce qu'elle estimait qu'elle avait atteint un âge où il était peut-être temps pour elle de s'ouvrir au monde de l'amour, afin d'appréhender des sensations et des expériences qui lui étaient jusqu'alors inconnues… Mais aucune de ses relations n'avait réussi à générer chez elle un quelconque sentiment de bien-être avéré. Elle n'avait pas détesté cela, bien entendu, mais elle s'était systématiquement lassée très rapidement, car au fond, son objectif premier de devenir officier de police revenait toujours sur le devant de la scène, et ne laissait aucune place au reste… Sans doute parce que ce « reste » n'avait pas assez de consistance pour s'imposer à elle comme une chose indispensable.
Bien entendu, c'était entièrement différent avec Nick. Et cela ne découlait pas du fait qu'elle avait atteint son objectif et que de ce fait elle se sentait plus libre de s'ouvrir à toutes ces autres choses qu'elle avait jusqu'alors négligé. Non, au contraire… Judy se félicitait de ne pas avoir fait la connaissance du renard avant d'être devenue policière, sinon quoi elle aurait bien été capable de reléguer son rêve au second plan pour se consacrer exclusivement à sa relation avec lui… Vérité relativement amère à accepter pour elle, car elle lui donnait l'impression de se voir reléguée à un cliché de lapine fleur bleue, sentiment qu'elle ne pouvait nier pour autant : elle était folle amoureuse de Nick.
Tellement amoureuse, en réalité, que pour la première fois de sa vie, elle subissait un œstrus déclenché non pas par mimétisme, mais par réaction instinctive à son attraction à un mâle. Ses sœurs lui avaient dit que cela leur arrivait tout le temps… Dès qu'elles sortaient avec un garçon qui leur plaisait un tant soit peu, elles n'y coupaient pas. Ce qui était en général mauvais signe pour Judy, car elle savait qu'elle subirait bientôt une synchronisation, et qu'elle passerait quelques jours des plus déplaisants. Maintenant, c'était son propre corps qui répondait librement à des stimulations bien différentes. Elle avait craint que cela puisse lui arriver dans cette situation particulière, d'autant plus que la frustration sexuelle était un facteur aggravant, et elle devait être honnête avec elle-même : elle s'était retrouvée frustrée plus d'une fois depuis que les choses avaient évolué entre elle et Nick.
A présent, ils étaient concrètement ensembles, rien n'était donc en mesure de les empêcher d'aller au bout des choses, si ce n'était la crainte évidente générée par un fait indéniable : ils n'étaient pas de la même espèce. Nick était bien plus grand qu'elle, et il lui avait dépeint quelques spécificités dans les mœurs sexuelles des canidés qui n'étaient pas forcément pour la rassurer. Du coup, elle avait peur d'avoir mal, et lui avait peur de lui faire mal. Bien entendu, une part inconsciente, instinctive et relativement lubrique de l'esprit de la lapine contestait cette vérité en rendant la chose plutôt excitante en réalité, et son esprit aventureux et casse-cou n'était pas du genre à se camoufler derrière des faux semblants. Elle était d'une nature battante qui faisait face… Elle n'avait pas peur de souffrir pour obtenir ce qu'elle voulait. Mais la part consciente de sa psyché la rappelait toujours à une certaine évidence : souffrir juste pour souffrir n'était pas forcément intéressant, et si les choses se passaient mal, Nick en serait très affecté. Et cela, elle refusait de l'accepter.
Toutes ces considérations en tête, elle quitta la cabine de douche pour se placer sous le séchoir, une amère conviction au fond de la gorge : elle devrait œuvrer, au cours des prochains jours, à éviter toute situation sensible avec Nick, qui risquerait de les faire déraper. Elle n'avait qu'une envie, renforcée encore d'avantage par ses hormones en ébullition, c'était de se jeter sur lui, lui arracher ses vêtements et essayer de lui faire tout ce qu'elle s'imaginait que l'on puisse faire au cours de rapports intimes… Mais elle devrait se contrôler, et continuer de se rappeler qu'en réalité elle n'avait aucune expérience en la matière, et qu'elle serait très certainement beaucoup moins douée et habile que ce que son esprit enfiévré lui laissait croire. En réalité, entre son seul désir et passer concrètement à l'acte, il y avait un monde. Nick lui avait bien fait comprendre l'importance de la chose… Suffisamment en tout cas pour qu'elle réalise toute la symbolique impliquée, et pas uniquement parce qu'il s'agissait d'un canidé. Il s'agissait également d'elle… Il s'agissait d'eux. Il ne fallait pas tout gâcher, simplement parce que son corps avait décidé à sa place qu'il était temps de passer à l'action.
Elle s'empara de la bombe d'atténuateur olfactif que Nick avait laissé bien en évidence au bord du lavabo. Il avait dû en faire usage, lui aussi, pour atténuer l'odeur de son musc… Et rien que de penser à cette fragrance lourde, suave et entêtante, légèrement amère et piquante, Judy se sentit frissonner de désir, et dû s'appuyer au bord de la vasque, le souffle court, les oreilles brûlantes. Elle ressentait ces spasmes invasifs et insistants au niveau du bas-ventre, sans doute l'une des sensations qu'elle détestait le plus au monde, car elle lui donnait l'impression d'être sale et vicieuse. Il lui fallut un petit moment pour parvenir à retrouver son calme et apaiser son corps soumis aux tortures que lui infligeaient ses décharges hormonales incontrôlables. Elle se renifla brièvement, constatant avec effroi que son odeur était déjà insupportablement provocante. Cela deviendrait pire encore dans les heures à venir, jusqu'à ce que cela se stabilise à un niveau un tant soit peu tolérable. Elle avait envie de se terrer dans un trou et de ne plus en sortir jusqu'à ce que cela passe… Mais ça ne servirait à rien, bien au contraire.
D'un geste rapide et précis, elle se vaporisa d'atténuateur de la pointe des oreilles à la plante des pieds. Heureusement, Nick disposait d'un produit de qualité. S'il ne parvint pas à dissimuler intégralement l'odeur très distincte de ses chaleurs, il les rendait au moins acceptables. Il faudrait littéralement coller son museau à son pelage pour être certain qu'elle était dans sa « mauvaise période », et aucun mammifère un tant soit peu civilisé ne se comporterait d'une manière aussi déplacée.
C'était d'ailleurs une forme de code de comportement tacite qu'il fallait respecter au sein d'une société mammalienne cosmopolite, comme celle de Zootopie. Certains mammifères avaient un odorat plus développé que d'autres, mais on ne pouvait pas aller contre la nature : n'importe quelle femelle finissait un jour ou l'autre par être en chaleur. La dignité les poussait à camoufler leurs fragrances au moyen d'atténuateurs olfactifs, mais il revenait aux mâles de faire preuve d'un peu de bon sens et de civilité, et de se comporter normalement à leur égard, même pendant ces périodes un peu tendues. C'était une chose avec laquelle n'importe quel mammifère avait appris à composer.
Cette pensée rassurante à l'esprit, elle enfila ses vêtements du jour, qu'elle avait choisi très décontractés, en raison de son état de sensibilité extrême. Pendant ses chaleurs, Judy était littéralement à fleur de peau, et son acuité sensorielle était multipliée par dix. Il fallait donc éviter les tenues trop moulantes. Elle s'était donc revêtue d'une chemise à carreaux bleue par-dessus laquelle elle avait passé une vieille salopette en jeans usée jusqu'à la corde qu'elle affectionnait particulièrement. L'ensemble lui allait vraiment bien, aussi incongrue que cela pouvait paraître, mais son gabarit tout comme sa silhouette se prêtaient bien à ce genre d'ensembles.
Judy prit une dernière inspiration avant de poser sa patte sur la poignée de la porte. Elle allait quitter sa petite bulle de solitude, qui l'isolait du monde extérieur et des regards qu'il ne manquerait pas de poser sur ses nouvelles contrariétés… Mais comme toute autre déconvenue inhérente à sa condition de lapine, c'était une chose avec laquelle elle avait appris à composer. La seule chose face à laquelle elle n'avait aucune certitude, c'était la façon dont Nick réagirait, et la manière dont cela risquait d'affecter leur relation. Elle espéra que tout se passerait bien, et s'obstina à rejeter au loin toutes ces appréhensions, qui ne découlaient selon elle que de son émotivité, exacerbée par son état actuel.
Elle fut accueillie par une odeur étrange, alors qu'elle se rendait dans la cuisine… Elle n'aurait su déterminer si celle-ci était désagréable ou tout simplement atroce. On aurait cru que quelqu'un s'était amusé à cuisiner des produits périmés et à les laisser brûler sur la plaque de cuisson. Judy fut donc quelque peu surprise de trouver Dizzie aux fourneaux, en train de batailler pour décoller de la poêle ce qui ressemblait vaguement à un pancake, en dépit de son aspect grumeleux et quelque peu… grillé. La lapine grimaça avant de redresser la patte, prête à saluer la sœur de Nick lorsque celui-ci jaillit prestement depuis le coin salon, un doigt posé contre sa bouche. Il attrapa Judy par les épaules et la tira en direction de la chambre, tout en jetant des regards inquiets par-dessus son épaule.
Immédiatement, l'esprit enfiévré de la lapine se mit à dresser mille et un scénarios pour expliquer la conduite étrange du renard, tous s'achevant tous de la même manière : Nick et elle, complètement nus, impliqués dans l'une ou l'autre position abracadabrantesque, que ce soit sur le lit, au sol, et même dans la cabine de douche. Un petit rictus se dessina sur son museau, qu'elle eut bien du mal à effacer, tandis que Nick refermait la porte de la chambre derrière eux. Il se retourna vers elle, l'air un peu éperdu, tandis qu'elle le contemplait, légèrement nerveuse, les pattes tremblantes.
« Nick… On ne peut pas faire ça maintenant, pas avec ta sœur à la maison… » bredouilla-t-elle timidement, ses instincts prenant momentanément le contrôle de son esprit rationnel.
« Mais de quoi tu parles, Carotte ? » s'enquit Nick en fronçant les sourcils d'un air suspicieux.
La réaction du renard fut une douche froide suffisante pour calmer les ardeurs involontaires de la lapine, qui secoua la tête avant de pousser un petit rire gêné. « Visiblement, pas de la même chose que toi… »
Mais heureusement, Nick semblait concerné par toute autre chose que les aléas hormonaux de sa petite-amie, ce qui eut au moins le mérite de ne pas lui faire prendre conscience de ce qu'elle avait voulu sous-entendre plus tôt.
« Écoute… Dizzie s'est mis en tête de nous préparer le petit-déjeuner, pour nous faire plaisir. » expliqua-t-il d'une voix effrayée.
« Eh bien ? C'est très gentil de sa part, non ? » répondit Judy avec enthousiasme.
« Oui, très gentil, en effet. » acquiesça Nick, avant de reprendre une expression plus alarmiste. « Non, Carotte, c'est un désastre. Dizzie est la pire des cuisinières au monde. Elle est capable de rater un plat à réchauffer au micro-ondes. »
« Moi aussi… » marmonna Judy en prenant une expression légèrement vexée, que Nick ignora cependant en faisant un petit mouvement de patte, comme pour signifier que la comparaison n'avait pas lieu d'être.
« Dis-toi simplement que ce qui passe entre ses pattes prend mystérieusement un goût atroce et une texture tout à la fois bizarre et... et dégueulasse… » Il s'exprimait sur le ton de celui qui avait vécu une amère expérience et qui redoutait d'y être à nouveau confronté. « Mais il va falloir le manger quand même, et avec le sourire… Parce qu'elle pense être une excellente cuisinière, et crois-moi, tu n'as pas envie d'être celle qui essaiera de lui faire entendre le contraire. Tu suis ma pensée ? »
Judy acquiesça avec gravité. Elle avait rarement vu Nick aussi sérieux sur un sujet. Visiblement, il était gagné par une certaine forme de traumatisme lié aux capacités culinaires de sa sœur, auxquelles il redoutait de refaire face aujourd'hui, tout en sachant très bien qu'il ne pourrait s'y substituer. La lapine préféra positiver en se disant que Nick avait de toute manière un certain talent pour l'exagération, et que le goût ne serait peut-être pas aussi terrible que ce que l'odeur ou l'aspect pouvait avoir laissé supposer.
« Bon, allons la rejoindre maintenant. » déclara Judy en passant devant lui pour atteindre la porte. « Elle va finir par se poser des questions à force. »
Tandis que la lapine passait à ses côtés, Nick laissa glisser son museau le long de ses oreilles, s'abreuvant d'une lampée discrète de l'arôme très spécifique qu'elle dégageait à présent. Judy ne fut pas ignorante du soupir extatique que le renard poussa après cette bouffée. Le contact de la truffe légèrement humide de Nick sur la courbe de son oreille fut suffisant pour plonger la lapine dans un état d'excitation intense. Elle redressa la tête vers lui, le regard totalement éperdu.
« Nick… » murmura-t-elle d'une voix faible, où s'entendait une note d'impuissance flagrante.
« D… Désolé, Judy… »
Pourquoi de tous les moments qu'il aurait pu choisir pour commettre l'erreur de l'appeler par son prénom, sur ce ton tout à la fois suave et suppliant, fallait-il que ce soit celui-ci, où elle était au bord de l'explosion, et savait pertinemment qu'elle ne pourrait résister à aucune provocation insidieuse, même aussi minime ?
Judy craqua littéralement, sans prévenir, et avec une fureur presque sauvage. Elle agrippa Nick par le cou, se hissant contre lui tout en le ceinturant de ses puissantes pattes antérieures, le plaquant contre la porte sous sa poussée insistante. Elle trouva ses lèvres toutes disposées à accueillir les siennes, comme s'il n'avait attendu que ça. L'odeur du musc la frappa immédiatement, en dépit de l'atténuateur qu'il avait utilisé, et ne fit qu'attiser sa flamme. Mais si elle se sentait particulièrement insistante dans ses manœuvres intimes, elle n'en fut pas moins surprise par l'intensité de la réponse de Nick, qui la ravagea littéralement. Elle sentit ses pattes se glisser dans son dos, toutes griffes dehors, et le contact puissant de ces attributs de prédateur la fit gémir de plaisir. Nick laissa glisser son museau dans le creux de son cou, l'embrassant avec une avidité féroce… Un nouveau frisson d'extase parcourut l'échine de la lapine lorsqu'elle sentit les crocs du renard effleurer sa peau. Presque immédiatement, ses hanches se mirent à osciller de manière instinctive d'avant en arrière, pour faire glisser sa région pelvienne contre celle de son partenaire. Judy se moquait totalement d'avoir l'air grossière ou ridicule. Elle ne contrôlait plus rien, de toute manière, son esprit se focalisant uniquement sur le ressenti plus que plaisant qui la gagnait, tandis que toutes ses tensions accumulées trouvaient enfin un moyen de s'apaiser et de se décharger.
Néanmoins, au bout d'une vingtaine de secondes de ce traitement, ils parvinrent à reprendre le dessus sur leurs instincts et leurs besoins, prenant conscience de ce qu'ils faisaient, et des circonstances dans lesquelles ils agissaient. Leurs embrassades se firent plus douces, tandis qu'ils ménageaient peu à peu les efforts nécessaires, et quasiment insurmontables, pour calmer leurs ardeurs.
Finalement, Judy fut assez apaisée pour pouvoir redescendre au sol et reprendre pieds sans s'effondrer sous l'effet étourdissant quelque peu vaporeux que son corps lui faisait ressentir, tout à la fois pour la remercier de l'avoir soulagé, ne serait-ce qu'un peu, mais également pour la punir de ne pas avoir été au bout des choses.
« C… Combien de temps ça dure, exactement ? » demanda Nick, le souffle court, tandis qu'il réajustait sa chemise froissée d'une patte tremblante.
« Les chaleurs ? » demanda Judy, tout en sachant très bien que c'était de cela dont il voulait parler. « Au moins une semaine, Nick… Sans doute plus si jamais on ne… »
Elle laissa sa phrase en suspens. Inutile de l'achever, le renard avait bien compris ce à quoi elle faisait allusion.
Nick secoua la tête, l'air un peu éperdu. « Je me connais comme un mammifère qui parvient à me contrôler en toute situation, Carotte… C'est l'une de mes principales qualités, d'ailleurs. Mais là, je ne vois pas comment je vais pouvoir. Honnêtement, c'est au-dessus de mes forces. »
« Personne n'a dit que tu devais te contrôler… » répondit Judy d'une voix hésitante, tout en baissant les yeux, un peu honteuse de ce qu'elle laissait sous-entendre.
La réponse de Nick la laissa néanmoins sans voix. « Tant mieux… » déclara-t-il en passant une patte délicate contre son oreille avant de pousser un soupir contrit. Il reprit sur un ton plus grave et cérémonieux. « Tu es consciente que ça va arriver, Carotte ? Je veux dire… »
« Je sais ce que tu veux dire, Nick. » répondit-elle en saisissant sa patte entre les siennes. « Et j'en ai bien conscience, oui. Je ne vois pas ce que je pourrais faire pour l'empêcher… Et si tu n'y parviens pas non plus, je pense qu'il est inutile de se dissimuler la vérité, pas vrai ? »
« Ça te fait peur ? » demanda le renard d'une voix incertaine, faisant comprendre à Judy que la question s'adressait autant à lui qu'à elle.
Elle hésita un instant, avant de finalement acquiescer. Il était inutile de lui mentir dans cette situation, et de toute manière, ça n'aurait rien changé.
« Oui. » répondit-elle d'une voix douce, avant de lui sourire. « Mais j'en ai tout de même envie. Parce que je t'aime… »
Nick l'attira doucement à lui afin de déposer un délicat baiser sur ses lèvres. Il la laissa s'éloigner de quelques centimètres, avant de murmurer la réponse qu'elle attendait. « Je t'aime, moi aussi… »
C'était absolument atroce.
Heureusement pour Judy, elle ressortait d'un moment d'euphorie, de bonheur, d'amour et d'extase qui lui permettait de se raccrocher à une note d'espoir et de ne pas sombrer dans les abîmes terrifiants de cet enfer gustatif… Nick n'avait pas exagéré, ou bien même avait-il fait preuve d'un euphémisme rare : les talents culinaires de Dizzie n'étaient pas proches du néant, ils étaient purement et simplement l'œuvre du diable en personne. Il n'avait peut-être pas fait les renards rouges pour qu'ils soient à son image, comme le prétendait Grand Pop'Hopps, mais il leur avait clairement confié des pouvoirs terrifiants, à même d'amener le monde vers un cataclysme certain.
« Je suis heureuse de voir quelqu'un qui a si bon appétit ! » déclara Dizzie avec un sourire, tandis que Judy engouffrait une part énorme de pancake dans sa bouche. La renarde était loin du compte. En effet, la lapine avait un appétit gigantesque, mais ce n'était pas ce qui la poussait à ingurgiter son petit déjeuner en de telles quantités… En réalité, Judy savait très bien comment réagir face à une situation douloureuse : c'était comme retirer un sparadrap de son pelage. Y aller tout doucement ne faisait que rendre l'expérience plus désagréable, et surtout interminable. Ça pouvait paraître rassurant, bien entendu, mais étaler la souffrance sur la durée n'était pas une stratégie viable. Il valait mieux que ça fasse carrément mal d'un coup. Car si ça devait de toute manière être douloureux, autant que cela dure le moins longtemps possible.
Il en allait de même pour cette torture à base de pancakes… Il lui serait impossible d'y échapper, à moins de prendre sur elle et de vexer définitivement la sœur de son petit-ami (ce que ce-dernier lui avait vivement déconseillé de faire)… Et ce n'était pas exactement ce qu'elle avait prévu à son programme de la journée.
Au moins, l'odeur de brûlé insistante qui avait envahi la cuisine rendait quasiment imperceptible ses propres émanations olfactives. Du moins le supposait-elle, car Dizzie n'avait fait aucune remarque lorsqu'ils l'avaient finalement rejoints pour le petit déjeuner.
Judy jeta un coup d'œil à Nick, qui avalait ses pancakes morceaux par morceaux, sans même les mâcher. Bonne stratégie, là encore, qui lui permettait de dissimuler la difficulté de l'épreuve sans en souffrir trop ouvertement. Au moins n'avait-il pas à apprécier la texture très particulière des pancakes de Dizzie, grumeleux et spongieux, tout en étant à la fois rêches et râpeux, par moments. Il était surprenant que le goût du charbon (car une bonne partie des pancakes en question n'étaient guère plus que du fumeron… même pas d'une qualité assez bonne pour alimenter le feu d'un barbecue) ne l'emporte pas sur le reste, qui était totalement indéfinissable, mais qui n'évoquait guère d'autres adjectifs que les plus péjoratifs qu'on puisse imaginer.
« Dis-moi, Dizzie… » marmonna Judy tout en mâchonnant, avant d'avaler sa bouchée dans une grimace d'inconfort qu'elle espéra discrète. « C'est quoi ton truc pour les pancakes ? Le résultat est… »
Elle sentit immédiatement Nick lui donner un petit coup de pied sous la table, cherchant ainsi à la prévenir qu'elle effleurait la limite rouge, celle qu'il ne fallait surtout pas dépasser. Ce n'était pas l'intention de la lapine, qui se contenta de lui lancer un regard de reproche, avant de reporter son attention sur Dizzie afin de terminer sa phrase : « … surprenant ! »
« Oh, rien de spécial ! » répondit la renarde avec une certaine fierté, ce qui laissa Judy sans voix. Comment pouvait-elle être à ce point ignorante de l'effroyable désastre qu'elle avait perpétré ? Elle aussi le mangeait, après-tout ! Était-il possible qu'après tant d'années à s'infliger ce traitement atroce, elle ait développé une sorte d'immunité à la souffrance culinaire ? Et dire qu'elle avait un petit… Triste vie pour le pauvre James.
Comme Judy restait sans voix, Dizzie crut qu'elle voulait plus de détails sur sa recette, et se sentit obligée de développer. « Juste les trucs de base : farine, œufs, lait, sucre… Mais le secret est dans la cuisson, en fait. » conclut-elle avec un petit clin d'œil.
Le secret ?! s'écria intérieurement Judy. Le véritable secret était de réussir à rater à ce point quelque chose d'aussi simple que des pancakes, et en plus en utilisant des ingrédients totalement communs et normaux. La lapine était persuadé que le dernier qu'elle venait de manger avait été aromatisé aux brocolis avariés ! Comment était-il seulement possible d'obtenir un tel résultat sans jouer les apprentis chimistes (voir les apprentis sorciers) ? Quant au secret de la cuisson, il n'était pas bien dur à deviner. Son père devait être au courant, d'ailleurs, parce qu'il employait le même truc lorsqu'il mettait feu au tas de feuilles mortes qu'il rassemblait à la fin de l'automne. Judy en aurait mâchonné les cendres que l'impression aurait sans doute été meilleure.
Finalement, au bout de ce qui lui sembla la plus interminable des descentes aux enfers (n'importe qui venant à bout d'un tel supplice méritait d'être reconnu comme martyr et de survivre dans la mémoire collective à la manière d'un saint héroïque), Judy engloutit sa tasse de thé d'une traite dans le vain espoir de se départir du goût insistant qui lui restait dans la bouche. Pas sûr que son seul dentifrice, qu'elle avait à présent hâte d'employer, au point de s'en vider le tube dans le gosier, soit en mesure d'en venir à bout… Peut-être que si elle descendait une pleine bouteille d'antiseptique, elle arriverait à effacer toute trace de ce traumatisme buccal. Bon, cela risquait de la tuer au passage, mais au point où elle en était, elle se sentait prête à courir le risque.
« Eh bien, ça faisait très longtemps qu'on n'avait pas fait ainsi honneur à ma cuisine ! » déclara Dizzie d'un ton réjoui. « Prends-en de la graine, Nick ! A chaque fois que je suis derrière les fourneaux, j'ai l'impression que tu picores. »
« Oh, tu sais, j'ai toujours eu un appétit des plus légers. Mais ne t'en fais pas, je me souviendrai longtemps de l'exemple que Judy vient de me donner. » Et il avait l'air sincèrement admiratif dans sa phrase. La lapine avala à sec, avant de sourire d'un air maladroit en redressant un pouce triomphant. Celui-ci fut interprété de deux manières bien distinctes par les renards présents autour de la table. Dizzie comprit « C'était vraiment top ! », et Nick perçut le message réel, qui était plus à ses yeux une sorte de manifestation euphorique du type « J'ai survécu à ça ! ».
« En tout cas, je me réjouis à l'idée que vous veniez passer quelques jours à Atlantea ! » reprit Dizzie en se laissant glisser au fond de sa chaise. « Vous devriez en profiter pour venir à la maison. Nick, cela ferait vraiment plaisir à James de voir son parrain. Ça commence à faire long pour lui. »
Le renard acquiesça, tout en terminant d'essuyer son museau à l'aide de sa serviette de table. « Je pense qu'on fera un saut, bien entendu. J'ai hâte de revoir mon p'tit guerrier ! »
« Oui, ça me ferait plaisir de le rencontrer, moi aussi. » acquiesça Judy, toute euphorique à l'idée de faire la connaissance du reste de la famille de Nick, et de voir la manière dont son renard interagissait avec un modèle réduit issu de la même espèce. Elle se demanda si Nick ferait un bon père pour leurs futurs petits, avant de secouer la tête, alarmée par cette pensée… Cette question venait d'être posée par ses hormones débridés, pas par la part consciente et intègre de sa personnalité : c'était à elle seule qu'elle devait essayer de faire confiance, à présent, et pour les jours à venir…
« Super ! » répondit une Dizzie extatique, qui manifesta sa joie en claquant ses pattes l'une contre l'autre. « Je vous ferai ma spécialité : mes célèbres lasagnes végétariennes ! »
« Ne te sens pas obliger d'en arriver là ! » répliqua immédiatement Nick en écarquillant les yeux, et en prenant une pose défensive qui alarma Judy en éveillant ses instincts survivalistes : visiblement, les lasagnes en question étaient bien plus redoutables encore que les pancakes infernaux… Il devait sans doute s'agir d'un quelconque artefact ancien et diabolique, à même d'amener tous les fléaux mythiques sur terre. Elle se crispa immédiatement à l'idée d'avaler quelque chose de pire encore que ce qu'elle avait déjà ingurgité ce matin. Son estomac se contracta, et l'espace d'une seconde, elle crut qu'elle allait vomir.
« Comment ça, « en arriver là ? » » questionna Dizzie d'un ton suspicieux, où se percevait déjà une effroyable note de colère… Effectivement, la formulation quelque peu maladroite de Nick, stimulée par son angoisse à l'idée de faire face à une telle épreuve, pouvait laisser sous-entendre son aversion pour la cuisine de sa sœur, ce que cette dernière avait bien entendu saisi. Le renard enfonça la tête dans ses épaules, horrifié par ce qu'il venait de dire et les conséquences que ça ne manquerait pas d'avoir dans les secondes à venir. Il craignait de voir le doigt se redresser d'un instant à l'autre.
Heureusement pour lui, Judy vola à son secours : « Oh, Nick voulait simplement dire que tu n'avais pas à te déranger autant pour nous ! On pourra toujours se commander une pizza, au pire ! »
« Ah, oui, je vois ! » répliqua Dizzie en se détendant quelque peu, ce qui permit à Nick de souffler discrètement. Il était passé à deux doigts de la catastrophe, et il le devait à Judy, à qui il offrit un sourire de gratitude. Celle-ci hocha doucement la tête, fière de son habileté, qui leur épargnerait peut être en prime d'avoir à faire face au boss final du donjon de la catastrophe gastronomique.
Mais son espoir fut de courte durée, car Dizzie s'amusa (sans le savoir bien entendu) à le piétiner, le réduire en bouille, avant d'enterrer ses restes dans le fond des abysses de la détresse. « Mais ne t'en fais surtout pas, Judy ! J'adore cuisiner. Rien ne me fait plus plaisir, et j'ai rarement l'occasion de me prêter au jeu… Donc je me chargerai de tout, ce sera génial ! »
Tant de contre-vérités prononcées à la suite fit grincer les dents à la policière qu'était Judy, son âme de justicière se sentant littéralement souillée par une telle déclaration, qui en plus avait le mauvais-goût d'être dictée sur le ton de l'innocence et de la gentillesse. Il était clair à présent que ni elle, ni Nick, n'y couperaient. La vie était parfois cruelle. Mais au moins cette fois, elle aurait le temps de s'armer psychologiquement, et ne serait plus prise au dépourvu… Cependant, lorsqu'elle perçut les tremblements convulsifs de Nick, qui tentait de faire bonne figure, mais qui transpirait littéralement d'une angoisse d'appréhension, elle comprit que rien ne saurait la préparer à ce qui l'attendait. Oui, la vie était vraiment cruelle.
« Vous ne partez pas ce matin, j'imagine ? » demanda Dizzie, tout en commençant à débarrasser la table, imitée en cela par Nick et Judy, qui étaient restés sans voix depuis qu'ils venaient d'apprendre qu'ils auraient bientôt à faire face aux terribles lasagnes végétariennes.
« Non. » répondit Nick en repoussant sa chaise. « Judy a prévenu le ZPD par rapport à ce qu'on a découvert ici hier soir, ils vont envoyer une équipe d'analystes dans la matinée. On prendra la route une fois qu'ils auront terminé. »
« Oui, j'espère qu'ils trouveront quelque chose de pertinent. » ajouta la lapine, sans trop y croire.
« Moi aussi. » acquiesça Dizzie. « Ce psychopathe qui se fait appeler le Berger ne mérite qu'une seule chose : finir derrière les barreaux, ou dans un asile… Dans les deux cas, qu'il soit enfermé très loin de nous. »
« Etant donné qu'il semble me connaître, d'une certaine manière, ou qu'en tout cas il a une connexion évidente avec notre père, je crains qu'on soit amenés à le revoir, un jour ou l'autre… » expliqua Nick en prenant une mine des plus sérieuses.
A cette idée, sa sœur ne put réprimer un frisson. « Rester ici n'est peut-être pas une bonne idée, alors. » déclara-t-elle en jetant un coup d'œil inquiet autour d'elle, pour faire comprendre qu'elle faisait référence à l'appartement.
« Eh bien, quelques jours à Atlantea nous permettront déjà de mettre un peu de distance entre nous et… » commença Nick, avant que Dizzie ne l'interrompe en secouant la tête.
« Non, Nick. Je ne parle pas de quelques jours. Vous devriez quitter cet appartement définitivement. Trouvez quelque chose d'autre, soyez discrets… »
« On ne va tout de même pas vivre en se cachant sous prétexte qu'un taré nous a dans le collimateur ! »
Judy hocha la tête, comme pour confirmer les dires de son ami. « Le fuir ainsi lui donnerait juste la satisfaction de savoir qu'il a pu nous affecter… Ce serait lui accorder trop d'importance. »
« C'est bien joli dans les faits. » répliqua Dizzie après avoir poussé un soupir de lassitude. « Mais on ne va pas se mentir : il vous a affecté, l'un comme l'autre, que vous le vouliez ou non, que vous l'ayez compris ou pas. Quant à lui accorder ou non de l'importance, je pense que la question n'est pas là. On se fiche de sa petite fierté personnelle, l'essentiel c'est que vous soyez en sécurité. »
« Tant que nous veillons l'un sur l'autre… » répondit Judy en posant sa patte sur l'avant-bras de Nick. « … Nous sommes en sécurité. »
Dizzie resta silencieuse un petit moment, observant le jeune couple plein de volonté et de convictions qui lui faisait face. Elle devait bien l'admettre : son frère avait trouvé la femelle qu'il lui fallait. Quelqu'un qui avait confiance en lui, au point de mettre son avenir tout entier entre ses pattes. Ils avaient peut-être bien raison, dans le fond… Le Berger reviendrait vers eux, où qu'ils soient, peu importe ce qu'ils feraient pour chercher à l'éviter. Mieux valait en avoir conscience et se tenir prêts à la confrontation, plutôt que de chercher à l'éviter.
Et ces deux-là semblaient tirer l'un de l'autre suffisamment de force et de courage pour faire face à n'importe quel péril.
Dizzie amorça son départ une vingtaine de minutes plus tard. Comme ils allaient être amenés à se revoir très vite, les au-revoirs ne trainèrent pas en longueur. La renarde était de toute manière relativement pragmatique. Elle avertit néanmoins son frère que si elle était à nouveau obligée à l'avenir de se taper un aller-retour Atlantea-Zootopie juste pour s'assurer qu'il était encore en vie, elle s'assurerait elle-même de son trépas, histoire d'être certaine qu'il n'y aurait pas de troisième fois. Et comme l'avertissement fut accompagné du doigt cataclysmique, le renard prit la menace très au sérieux et se contenta d'acquiescer piteusement, comme un petit enfant se faisant réprimander par sa maman.
Une fois Dizzie partie, Nick et Judy mirent un peu d'ordre dans l'appartement, en veillant à ne rien déranger au niveau du bureau, qui devait recevoir très bientôt la visite de l'équipe d'investigation du ZPD. Ils plaisantèrent un bon moment au sujet des capacités culinaires de Dizzie, bien que des frissons d'angoisse les parcoururent chaque fois qu'ils se souvenaient devoir faire face à de tels pouvoirs démoniaques une nouvelle fois encore. Nick ne ménagea pas les effets dramatiques, dignes des plus terrifiants romans d'épouvantes, pour décrire l'infamie innommable et génocidaire que représentaient les lasagnes végétariennes de sa sœur. Ses immondes pancakes étaient des douceurs paradisiaques en comparaison. Judy pria simplement de survivre à une telle épreuve, avant d'en faire une sorte de défi. Le renard la reconnaissait bien là, et trouvait sa vision des choses plus encourageantes. Dans le fond, elle avait raison : mieux valait-il voir cela comme un challenge que comme une fatalité. Mais même dans ces considérations optimistes, il n'était pas certain que la lapine ait pleinement conscience de la difficulté de l'épreuve en question.
Ils étaient en train de préparer les quelques affaires qu'ils emporteraient avec eux à Atlantea lorsque le regard de Judy se perdit une nouvelle fois sur la guitare qui ornait l'un des coins de la chambre du renard. Elle s'était promis plus d'une fois de l'interroger à ce sujet, mais n'avait encore jamais trouvé l'occasion de le faire. Le moment semblait finalement venu d'éclaircir les compétences de Nick en la matière.
« Dis-moi, Nick… Cette guitare est-elle purement décorative ou bien la preuve d'un autre de tes talents cachés ? » demanda-t-elle d'une voix malicieuse en faisant un petit mouvement du menton en direction de l'instrument.
« Oh… Je ne sais pas en jouer. » répondit Nick en secouant le museau. « En réalité, je ne la touche quasiment jamais, si ce n'est pour la nettoyer de temps en temps. »
« Je vois… » répondit la lapine, qui voyait se confirmer sa suspicion première. « Dans ce cas, pourquoi l'avoir achetée ? »
Le renard poussa un léger ricanement, avant de répondre. « Je ne l'ai pas achetée, Carotte. Elle n'est pas à moi, d'ailleurs. Cette guitare appartient à Vincent. »
Judy se figea, craignant d'avoir mis les pieds dans le plat. Un léger goût métallique lui envahit la bouche, mais n'était pas la manifestation de ses chaleurs, cette fois-ci. Elle savait comment Nick réagissait, à chaque fois que le sujet de son frère était abordé, et l'appréhension de sa réaction la rendait un peu nerveuse. Mais le renard sembla demeurer calme, le regard figé sur l'instrument.
Aussi, la lapine se risqua-t-elle à creuser un peu plus. « Et… Pourquoi est-ce que tu la gardes, alors ? »
« Il la laissait toujours ici. » répondit Nick en haussant les épaules, presque comme si lui-même n'avait pas vraiment de raison valable de conserver cet artefact de son passé. « On ne vivait pas avec notre père, comme tu le sais… Mais on venait le voir régulièrement. Vincent n'était pas doué pour grand-chose, à part pour nous attirer des ennuis si je dois être parfaitement honnête, mais la guitare, il gérait réellement. Cependant, il n'en jouait jamais. Il prétendait que ça l'emmerdait… »
Nick laissa son explication en suspens, un énigmatique sourire de nostalgie envahissant son visage, preuve s'il en était qu'en dépit de la haine que son frère devait lui inspirer pour ce qu'il avait fait à leur père, les souvenirs qu'il conservait de ses rapports avec lui n'étaient pas tous ternis par le malheur et la colère.
« C'était mon père qui lui avait acheté cette guitare, alors lorsqu'on venait lui rendre visite, il l'obligeait parfois à en jouer… Il prétendait que c'était pour qu'il garde la patte, et qu'il ne perde rien de son talent. Mais je crois sincèrement que l'écouter jouer lui faisait du bien… Que ça nous faisait du bien à tous les trois… »
Et c'était sans doute pour la même raison que Nick ne s'était pas débarrassé de l'instrument, même après toute ces années, et en dépit de la façon dont les choses s'étaient terminées. Il ne devait pas la voir comme une possession de son frère parricide, mais comme une preuve que sa famille éclatée avait su être encore heureuse, en de rares occasions, et en dépit de tout le reste.
Mais l'émotion passa rapidement, Nick la rejetant au loin en se retournant vers Judy, son masque charmeur recouvrant son visage, ainsi que ses émotions réelles. La lapine était toujours impressionnée par cette capacité de dissimulation émotionnelle que le renard avait su développer au fil de ces nombreuses années à arnaquer ses concitoyens.
« Alors, Carotte ? Pas trop déçue que ton renard ne soit pas un virtuose de la six cordes ? » demanda-t-il d'un air détaché. « Je me doute que tu aurais aimé que je te joue la sérénade, mais au pire, il me reste toujours ma voix délicate et charmante, pour chanter a capella au clair de lune ! »
« Pitié, épargne-nous ça ! » répliqua immédiatement Judy qui avait déjà entendu Nick chanter sous la douche, et n'en gardait pas le meilleur souvenir au monde.
« Tu es dure, Carotte. Je n'ai pas besoin de te rappeler que de nous deux, tu es certainement celle qui chante le plus faux. »
La lapine grimaça. Difficile de le nier, on le lui avait suffisamment fait remarquer au cours de sa vie : Judy Hopps chantait comme une véritable casserole déformée, et la comparaison était méchante pour la casserole en question. Le souci demeurait qu'elle se prenait souvent à fredonner sans même s'en rendre compte… En général, ça ne durait pas longtemps, quelqu'un finissant toujours par la supplier d'arrêter. C'est ainsi que Nick avait fait la connaissance des capacités vocales inexistantes de sa petite-amie, au cours des derniers jours.
« Bon, et bien si tu ne joues pas de la guitare, quels sont tes petits talents secrets, dans ce cas ? » répliqua finalement Judy en croisant les bras sur sa poitrine.
« Faire tomber sous mon charme les plus adorables lapines de Zootopie. »
« Techniquement, je suis de Bunnyburrow. » répliqua Judy en prenant une expression détachée. « Donc je suppose que tu fais référence aux nombreuses autres lapines tombées sous ton charme ? »
« Oh, les lapines… Entre autres choses. » répondit Nick, un sourire narquois aux lèvres.
La réponse lui valut un petit coup de poing dans l'épaule, et comme Judy prenait une mine boudeuse, le renard poussa un soupir. Il savait que les femelles étaient très susceptibles au cours de leurs « périodes », aussi s'obligea-t-il à concéder quelques informations.
« Bon, d'accord… Je ne sais peut être pas jouer de la guitare, mais je me débrouille pas mal en dessin, si tu veux tout savoir ! »
« Vraiment ? » répondit Judy, soudain extatique. « Moi aussi ! C'est amusant ! Il faudrait que je te montre le comics que je dessinais quand j'étais au lycée ! Les aventures exceptionnelles de Teethare, le lapin devenu prédateur suite à une exposition à des produits chimiques, ayant fait de lui un mutant avec des superpouvoirs et… »
Son flot de paroles surexcitées mourut au fond de sa gorge lorsqu'elle se rendit compte que Nick l'observait avec l'air le plus perplexe du monde.
« Non, mais en fait, t'as vraiment un truc avec les prédateurs, dans le fond… » déclara-t-il sur le ton d'une révélation logique, qui faisait soudainement sens. « Un lapin qui devient prédateur ? » répéta-t-il d'une voix hilare, tandis que Judy lui lançait le regard le plus glacial qu'elle pouvait ménager. « Je comprends mieux pourquoi ton père avait tellement peur pour ton régime alimentaire, en réalité… Il devait craindre de voir tes vieilles pulsions se concrétiser. »
« Rigole seulement, Wilde ! J'espère que l'un de nos petits sera un lapin aux gênes de prédateur… On verra comment tu réagiras à ce moment-là. »
La déclaration irréfléchie, et sans doute influencée par l'état hormonal de Judy, qui lui hurlait en permanence un désir de reproduction irraisonné, imposa un silence gêné. La mention d'une procréation possible entre eux avait toujours été avancée par des individus extérieurs à leur couple, et souvent sur le ton de l'humour. Si c'était toujours le cas ici, le fait que ce soit Judy qui en parle rendait la chose plus concrète, et de fait plus étrange.
« Excuse-moi, Nick… Je… Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. » répliqua Judy en plaquant une patte tremblante de honte devant ses yeux, avant de secouer la tête. « Ces foutus chaleurs me rendent stupide… »
« Tu en veux un jour ? » demanda Nick d'une voix plus sérieuse, qui la tira immédiatement de sa torpeur.
« De quoi ? »
« Des petits. » répliqua-t-il derechef. Son expression totalement neutre empêchait Judy de déterminer le degré de sérieux avec lequel il posait la question, ce qui ne fit qu'accroître son malaise… Elle avait l'impression que quoiqu'elle répondrait, ce serait forcément le mauvais choix.
Au-delà de ça, elle ne s'était jamais réellement posé la question, en définitive. Elle savait qu'elle n'était pas trop jeune pour se lancer dans l'aventure de la maternité, surtout du point de vue des lapins qui, en règle générale, commençaient cette étape de leur vie bien plus tôt (elle était près de sept ans en retard par rapport à la moyenne des lagomorphes, qui avaient pour la plupart déjà cinq à six portées à son âge). Mais à ses yeux, cette étape lui avait toujours paru tout à la fois secondaire et improbable. Car d'un, elle n'avait jamais eu personne dans sa vie qui ait réellement compté, et de deux, elle s'était toujours dévouée corps et âme à son rêve de devenir officier de police. Et il fallait bien l'admettre, ce n'était pas un métier qui laissait beaucoup de place à une éventuelle vie de famille… D'autant plus qu'elle n'était pas certaine que Zootopie soit le lieu idéal pour élever des petits. En définitive, la question ne l'avait jamais réellement effleurée, s'était toujours basée sur une quantité impressionnante de « si » et « d'éventuellement », tant et si bien qu'elle n'avait jamais soupesé son poids concret et entier, en se questionnant d'une façon aussi simpliste et directe que ce que venait de faire Nick : voulait-elle des petits, oui ou non ? Si elle devait répondre honnêtement à cette seule question, en faisant abstraction de tout le reste, alors elle serait tentée de dire…
« Oui. Oui, je crois… »
Judy était quelque peu nerveuse suite à cette réponse, qui était presque une surprise pour elle-même et qui, elle l'espérait, n'avait pas été influencée par son état actuel. Elle se plaisait à croire que finalement, elle avait su se montrer sincère, autant avec Nick qu'envers elle-même. Mais comme l'expression du renard restait tout à la fois figée et neutre, elle se demanda si elle n'avait pas eu tort d'exprimer aussi ouvertement ses attentes.
D'une voix légèrement intimidée, elle se risqua à lui demander : « Et… Et toi ? »
Nick hésita quelques secondes, une lueur légèrement vitreuse passant au fond de son regard, comme si la question l'avait prise par surprise, et qu'il s'en trouvait soudain démuni. Il se racla la gorge, avant de prendre une légère inspiration.
« Eh bien, si je dois être tout à fait honnête, Carotte, je… »
Au même moment, la sonnette de l'appartement se fit entendre. Judy ne manqua pas de remarquer l'expression de soulagement qui marqua le visage de Nick, lorsqu'il entendit le signal strident, qui le sauvait visiblement d'une situation qui le dérangeait particulièrement, mais qu'il avait pourtant lui-même initiée.
« On reprendra cette conversation plus tard, Carotte. » déclara-t-il en lui frottant le sommet du crâne d'une patte affirmée, geste infantilisant qu'elle détestait particulièrement. « Genre… Beaucoup plus tard… » ajouta-t-il sur une note plus sombre qui ne fit qu'accroître le malaise de Judy.
Bien entendu, les nouveaux arrivants étaient les cinq membres de l'unité d'investigation du ZPD, accompagnés par le lieutenant Delgato en personne. Le tigre passait tout juste par l'encadrement de la porte… Ces immeubles avaient été construits pour accueillir des mammifères d'une taille moyenne un peu plus réduite que la sienne. Mais il lui était toujours possible de s'y mouvoir sans trop de difficultés.
Nick et Judy guidèrent l'équipe vers le bureau, dans lequel ils n'avaient pas remis les pieds depuis la veille au soir, le renard prenant le temps d'expliquer la nature particulière de la pièce et la raison pour laquelle elle était dans un tel état de vétusté. Delgato se montra particulièrement professionnel et courtois, en se limitant strictement à des questions impersonnelles liées aux besoins de l'enquête, déchargeant ainsi le renard de devoir trop s'ouvrir sur les malheurs qui s'étaient produits dans ce bureau, jusqu'alors condamné.
Les renseignements fournis axèrent les analyses sur la recherche d'empreintes au niveau du casier de rangement, et des contours de la tapisserie qui encadrait la porte, ainsi que de la commode habituellement placée devant. Deux des analystes se concentrèrent d'avantage sur les empreintes laissées au sol.
Nick et Judy se tinrent à l'écart, observant avec intérêt les manœuvres rigoureuses et précises, qui durèrent un peu plus d'une heure. Delgato vint finalement les rejoindre, après que les différents spécialistes présents ne lui aient confié leurs premiers retours.
« Rien de concluant, malheureusement. On sait à présent qu'il chausse du 39, ce qui est assez imposant pour un mammifère de cette taille… Surtout s'il s'agit d'une proie. »
« Vous avez pensez à l'éventualité que le Berger puisse être un prédateur ? » questionna Nick.
« Eh bien… Ce serait assez étonnant, étant donné la nature des Gardiens du Troupeau, non ? » demanda Delgato sur un ton légèrement circonspect.
« Oui, c'est vrai. » répondit Nick en hochant la tête. « Mais entre la nature qu'ils affichent en public et leurs véritables intentions, il y a visiblement un monde. »
« Nos analystes vont essayer de se renseigner sur les différentes espèces de proies capables de porter ce type de chaussures et de se déplacer avec sans difficulté… Si rien n'est concluant, on pourra commencer à supposer que la nature du Berger est toute autre que celle que nous soupçonnions jusqu'alors. » répondit Delgato, toujours aussi pragmatique et professionnel.
Nick se contenta d'acquiescer, tandis que le tigre se détournait de lui en déclarant : « On va encore faire quelques recherches de fibres. Ça risque d'être un peu plus long, mais on va faire au plus vite, d'accord ? »
« Faites comme chez vous. » répondit Nick avant de se retourner vers Judy, qui le contemplait d'un air curieux.
« Tu penses que c'est possible ? » demanda-t-elle le plus sérieusement du monde.
« Quoi donc, Carotte ? »
« Que le Berger soit un prédateur ? »
Nick poussa un soupir avant d'hausser les épaules pour signifier qu'en réalité il n'était sûr de rien. « C'est une possibilité qui m'a effleuré l'esprit. J'ai pu sentir son odeur, et il portait de l'atténuateur olfactif… Pour quelle raison, si ce n'était pour dissimuler une fragrance particulière, que j'aurais pu reconnaître ? Or, les prédateurs ont tendance à avoir une odeur plus marquée que les proies, assez distinctive d'ailleurs. Pareil pour les chaussures… Delgato dira ce qu'il veut, mais je connais assez peu d'espèces de proies capables d'enfiler ça, en dehors des lagomorphes, et d'autres espèces très particulières. En revanche, quasiment n'importe quel prédateur peut se déplacer avec ça aux pieds… »
Judy secoua la tête en fermant les yeux, comprenant sans mal que ce n'était là qu'une partie des raisons qui poussaient Nick à émettre cette théorie. « Mon cœur, je te connais… » déclara-t-elle avec lassitude. « Tu ne me dis pas tout. Qu'est-ce que qui te le fait vraiment penser ? »
Le renard poussa un petit rire, avant de sourire affectueusement à sa lapine. « Tu lis déjà si facilement en moi ? »
« Bien avant que les choses ne deviennent plus sérieuses entre nous, mon cher. »
« Voyez-vous cela… » répondit-elle en avançant vers elle, l'obligeant à reculer jusqu'à ce qu'elle soit acculée au mur, ce qui lui permit de la surplomber de toute sa hauteur. Il la vit frissonner de plaisir face à cette attitude dominatrice, conséquence toute naturelle de son état de fébrilité actuelle. La légère vague odorante qu'elle dégagea fut un régal pour ses naseaux.
« Et donc ? Tu crois pouvoir te départir de la question en jouant les gros durs ? » demanda-t-elle finalement en croisant les bras sur sa poitrine.
« Très bien, Carotte. » répondit-il en roulant les yeux sous ses paupières. « Ce n'est guère plus qu'une intuition, qui ne m'a pas quitté depuis que je l'ai rencontré… Mon état d'inconscience, lorsque je suis devenu sauvage, était peuplé de cauchemars affreux et interminables… Dans chacun d'entre eux, un monstre carnassier se dissimulait sous le masque de l'agneau… » Il détourna les yeux, hanté par les images effroyables qui lui revenaient en mémoire, avant de conclure d'une voix faible : « Que ce soit mon propre visage, ou celui d'un autre... »
Il sentit les pattes de Judy se poser sur chacune de ses joues et la force qu'elle engagea pour l'obliger à reporter son attention sur elle. « Nick… Peu importe la nature de ce fou dangereux, qu'il soit une proie ou un prédateur… Ca n'y change rien : il n'a rien à voir avec toi, d'accord ? »
« Puisses-tu avoir raison… » marmonna le renard en baissant piteusement les yeux.
Alors que Judy s'apprêtait à reprendre la parole, ils furent interrompue par la voix joviale de Fangmeyer, qui venait de faire irruption dans l'appartement, sachant très bien qu'il trouverait certains de ses collègues sur place. « Salut la compagnie ! Comment ça va ? »
« Fangmeyer ! » s'exclama Delgato en jetant un coup d'œil vers l'entrée depuis la porte du bureau, sur laquelle il était en train de faire d'ultimes relevés d'empreintes. « Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'as pas pu t'empêcher de venir fourrer ton museau dans cette affaire, encore une fois ? »
« Pas du tout, lieutenant ! » répliqua le loup blanc d'un air détaché. « Je suis en pause déjeuner… Je suis juste venu voir si Judy et Nick avaient envie de partager un snack. »
Le tigre leva les yeux au ciel et secoua la tête, détachant immédiatement son attention de son subordonné pour la réaffecter à des choses plus productives à ses yeux. Son propre travail, notamment.
Fangmeyer s'approcha de Nick et Judy, qui lui lancèrent un regard curieux.
« Partager un snack, vraiment ? » questionna Nick à voix basse, en lui lançant un regard suspicieux.
« Un snack très croustillant. » répondit Fangmeyer sur une note plus sombre, avant de leur faire signe du museau pour les inviter à le suivre.
« Comment ça, il a refusé ? » demanda Judy d'une voix concernée, tout en laissant retomber sa fourchette dans son assiette.
Ils se trouvaient dans un petit dinner à l'angle de l'avenue où habitait Nick. Ce-dernier ne s'était jamais rendu dans l'établissement auparavant, non pas qu'il ne l'ait pas tenté, mais seulement parce que l'occasion ne s'était tout simplement pas présentée. Le renard avait laissé son jeu de clé à Delgato, après l'avoir informé que Judy et lui allaient manger un morceau en compagnie de Fangmeyer. Si le ZPD avait terminé avant leur retour, il n'avait qu'à verrouiller derrière lui et mettre la clé dans sa boîte aux lettres. Le tigre s'était contenté d'acquiescer brièvement, tout concentré qu'il était dans sa recherche d'indices.
« Comme je te le dis. Purement et simplement, sans détours ni discussions. » répondit Fangmeyer, qui venait d'achever de lui narrer le déroulement quelque peu décevant de la mâtinée d'enquête infructueuse qu'il avait mené aux côtés de Finnick.
Ce-dernier se tenait assis à sa gauche, l'air fatigué. De lourds cernes lui pesaient sous les yeux, restes visibles de la gueule de bois qu'il se traînait depuis ce matin… Il avait clairement forcé sur la bière, hier soir, et son petit gabarit lui faisait bien moins tenir l'alcool que son nouvel acolyte.
« La nana des archives avait pas l'air claire non plus. » précisa le fennec d'une voix rauque, avant de grimacer et de prendre une lente gorgée d'eau glacée. « Y a un truc pas net avec cette Compagnie 112. »
« On dirait que des personnes importantes comme Bogo sont au courant de quelque chose par rapport à ce bataillon particulier… » précisa Fangmeyer. « Quand j'ai évoqué le mot, tu aurais dû voir l'éclat d'effroi dans l'œil du chef ! Il savait pertinemment ce dont je parlais, et je suis certain que c'est pour cette raison, et aucune autre, qu'il a refusé de me fournir un mandat. »
« Je n'en suis pas certaine. » répliqua Judy à la décharge de Bogo, qu'elle souhaitait au moins essayer de préserver, car il lui était impossible de croire que le chef, dans l'image d'intégrité, de sérieux et d'autorité qu'il incarnait à ses yeux, puisse se fourvoyer dans un quelconque complot. « Peut-être qu'il voulait simplement t'éviter de nouvelles dérives. »
« C'était simplement un service que je lui demandais. » se défendit Fangmeyer en secouant la tête. « Et ce n'était pas injustifié. Je veux dire, cela repose sur des éléments concrets de l'enquête. »
« Si l'on peut considérer comme concret le fait que l'on se repose sur un insigne que Finnick a peut-être tout simplement mal reproduit… » argumenta Nick en poussant un soupir. Face au grognement de protestation qu'il obtint du principal intéressé, il se força néanmoins à nuancer son propos. « Non pas que j'y crois une seule seconde… J'essaie juste de me mettre à la place de Bogo, et de justifier ce qui aurait pu le pousser à ne pas accéder à ta requête. »
« Mais avec ce qui s'est passé chez toi hier soir, on a la preuve d'un lien évident. » contesta le loup blanc d'un ton las.
« Oui, un lien évident pour nous. » répondit Nick. « Mais on n'a aucune preuve que ce lien existe, en dehors de ce que l'on a vu, et de ce que l'on ne fait que supposer. Rien de tangible, donc. »
« Alors quoi ? » demanda Fangmeyer, l'air un peu éperdu. « On jette l'éponge ? On abandonne la piste ? »
« Il est évident que le chef ne nous suivra pas sur ce coup-là si on ne lui apporte pas d'éléments concrets… » raisonna Judy d'une voix calme, qui chercher à apaiser la tension qui allait grandissante autour de la table. « Le fait qu'il soit au courant à propos de la Compagnie 112 ou pas n'y changera rien… Il nous aidera sûrement, si on lui donne les moyens de le faire d'une manière totalement légale. Peut-être qu'il est coincé par rapport à des directives spécifiques. On parle de l'armée, tout de même ! C'est pas rien ! »
« Le fait que ce soit l'armée les autorise à dissimuler des trucs, alors ? » demanda Finnick d'une voix perplexe. « Même si c'est en rapport avec des actes terroristes ? »
La question pleine d'incrédulité du fennec ne trouva qu'un silence gêné pour toute réponse, ce qui le poussa à émettre un raclement de gorge méprisant, et à tourner son attention vers Nick, à qui il lança un regard dubitatif.
« Et c'est pour ce genre de types que tu vas aller bosser, hein ? » demanda-t-il sur un ton légèrement répugné. « Bon sang, j'espère que t'es sûr de toi, mec. Parce que ton ZPD a l'air tout aussi pourris et véreux que le panier de merde dont on sort, toi et moi. »
« Ça en vaut la peine. » rétorqua le renard. « Et tu le sais très bien, sinon tu ne serais pas là pour en parler ! »
Finnick jeta un petit coup d'œil à Fangmeyer et Judy, qui l'observaient avec curiosité, et dû se résoudre à acquiescer. En effet, il y avait des personnes, même au sein du ZPD, qui avaient de véritables valeurs, assez similaires aux siennes d'ailleurs, et qu'il était heureux d'aider… Même si à présent, il avait le sentiment que tout ceci ne mènerait à rien, et lui faisait seulement perdre son temps.
« Alors qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? » demanda finalement le fennec.
« Rien, malheureusement. » répondit Judy d'un ton dépité. « Ouvrez l'œil, et gardez les oreilles grandes ouvertes. Si vous avez l'occasion de remonter une piste qui permettrait d'avoir une preuve tangible de l'implication de la Compagnie 112 dans les exactions menées par les Gardiens du Troupeau, saisissez-la. »
« Plus facile à dire qu'à faire. » répliqua Fangmeyer en poussant un soupir. « D'autant plus que je sens bien que Bogo va me faire payer ma petite indiscipline du jour en me collant pendant un moment au stationnement… »
« Ne t'en fais pas pour ça. » ironisa la lapine en haussant les épaules. « A force, on s'y fait. Et puis, d'ici une semaine, je reprendrai le service et on pourra faire équipe tous les deux. Ça devrait te permettre de justifier des prises d'initiative plus affirmées sur certaines parts de l'enquête, auxquelles j'ai hâte de me consacrer. »
Fangmeyer lui lança un regard incrédule. « Ah oui, et lesquelles ? »
« Le Hurleur Sauvage, j'imagine… » répondit Nick à la place de Judy, ce qui permit à celle-ci de se contenter d'acquiescer, laissant le soin à son petit-ami de poursuivre les explications. « Apparemment, cette nouvelle drogue est un dérivé de la base du sérum. Vous n'avez pas encore eu de retours à son propos au ZPD ? »
Le loup blanc secoua la tête pour répondre par la négative. Il avait l'air surpris de découvrir l'existence de ce produit illicite seulement maintenant. « Rien du tout. On n'a même pas eu droit à un brief à ce sujet. »
« Ça finira sans doute par arriver, si le phénomène prend plus d'ampleur. » déclara Judy. « Et à mon avis, ça ne manquera pas de se produire, malheureusement. »
Finnick poussa un soupir de lassitude, avant de se laisser tomber au fond de la banquette qu'il occupait. « Je vais aller faire un tour dans les bas-fonds, prendre un peu la température et essayer de me renseigner sur cette saleté, okay ? »
« Bien. » répondit Fangmeyer en hochant la tête. « Mais sois prudent, alors. Si ça a un quelconque rapport avec les Gardiens du Troupeau, c'est que c'est forcément mauvais pour nous autres prédateurs. »
« Il est inutile de faire trop de zèle pour l'instant, de toute manière. » ajouta Judy. « Il va falloir attendre le prochain mouvement des Gardiens, malheureusement. C'est eux qui ont l'avantage, à présent. Ils se sont assurés de faire disparaître tout ce qui pourrait les compromettre, et visiblement ces quelques documents étaient plus dangereux pour eux que la quarantaine de membres qu'ils ont ouvertement sacrifiés à leur cause dimanche dernier. On n'obtiendra sans doute rien du menu fretin… Alors on ne peut qu'attendre, et continuer à récolter les miettes… En espérant trouver une pépite. »
« Hey, toute piste est bonne à prendre, après tout. » conclut Fangmeyer, une note plus positive au fond de la voix. Après tout, ils étaient acculés, et sans marge de manœuvre… Ils ne pouvaient donc pas être plus abattus, dans le cadre de l'enquête. Il n'y avait donc que la possibilité d'atteindre les paliers supérieurs, puisqu'ils ne pouvaient pas tomber plus bas. C'était un moyen comme un autre de prendre les choses positivement.
« Judy et moi allons prendre un peu nos distances avec Zootopie, au cours des prochains jours. » explicita Nick en posant sa patte sur la cuisse de Judy, qui frémit légèrement à son contact. « Mais j'espère pouvoir obtenir de ma mère quelques informations intéressantes à propos de la Compagnie 112. Si c'est le cas, je vous le ferais savoir. »
« Parfait, mec. On est toujours dans la course. » se réjouit Finnick, en claquant des doigts, avant de le pointer de ses deux index.
« Peut-être bien, oui… » répondit le renard d'une voix incertaine. « Mais quoiqu'il en soit, faites profil bas, à présent. Trop de gens savent ce à quoi vous vous intéressez pour que votre position soit sans dangers. »
« Tu sais à qui tu t'adresses, ou pas ? » demanda le fennec en prenant une pose combative.
« Oui, je le sais. Et c'est bien ça qui m'inquiète. »
La suite du repas fut plus détendue, quoiqu'écourtée par le fait que Fangmeyer devait reprendre le service assez rapidement, et que Nick ne voulait pas partir trop tard pour Atlantea. Il leur serait déjà impossible de faire la route d'une traite, aux vues de l'heure, il ne voulait donc pas alourdir encore d'avantage l'ardoise. Ils mangèrent donc de bon cœur, tout en discutant de tout et de rien, Fangmeyer leur parlant des déboires citadins de son petit frère Dwayne, petit génie se retrouvant à l'université avec près de quatre ans d'avance, et Judy prenant le relais avec des anecdotes amusantes au sujet de ses nombreux frères et sœurs.
Finalement, après avoir réglé l'addition, Nick se rendit aux toilettes. Il y fut rejoint quelques instants plus tard par Finnick, alors qu'il était en train de se laver les pattes.
« Le repas t'a plu, demi-portion ? » attaqua le renard d'une voix mordante, ce qui ne lui valut qu'un coup d'œil méprisant de la part du fennec, qui se dirigeait vers l'urinoir le plus proche, après s'être saisi de l'escabeau mis à disposition des mammifères de petite taille.
« Oh, oui ! C'était parfait. Fin et savoureux. Mais le plus délicieux, je crois, c'était l'odeur sémillante de ta petite-amie. » répondit Finnick en haussant les sourcils d'un air tendancieux. « Nick, tu es un renard chanceux. »
« Tu l'as senti ? » marmonna son interlocuteur sur un ton légèrement dépité.
« Bien entendu, pauvre andouille. J'ai un odorat au moins aussi fin que le tiens. »
Un léger silence tomba entre eux, uniquement meublé par le clapotis de l'activité actuelle du fennec. Le zip de sa braguette mis un terme à ce blanc pesant, tandis qu'il bondissait de son escabeau, le reprenant pour l'amener sous les lavabos, afin de se laver les pattes à son tour. Nick était resté sur place tout du long, adossé à la vasque, le regard dans le vide, visiblement pensif.
« De deux choses l'une. » commença Finnick en se frictionnant les doigts. « Soit vous allez passer une dizaine de jours particulièrement éprouvants, pour l'un comme pour l'autre… Soit tu peux choisir de te sacrifier, faire son bonheur, au mépris de ta propre survie. »
« Je sens poindre une réflexion de niveau 10 sur l'échelle de la connerie. » répondit Nick en poussant un soupir de lassitude.
« Ben quoi ? » répliqua immédiatement le fennec sur un ton amusé. « T'es pas au courant ? Pendant ces périodes, il paraît que les lapines sont capables d'enchaîner des dizaines de sessions, sans faillir et sans se lasser. Impossible que tu survives à ça, mec. Si tu mets le doigt dans l'engrenage une seule fois, t'es bon pour y laisser ton corps, ton âme… et ne pense même pas pouvoir préserver les cendres de ta carcasse. »
Hilare face à sa propre réflexion, Finnick ignora totalement l'air blasé affiché par son ami, qui attendit que l'euphorie de son interlocuteur passe, avant de répliquer. « Outre ta poésie toute particulière en la matière, tu ne me gratifierais pas d'un réel conseil, par hasard ? Ça me désole de devoir l'admettre, mais tu as plus d'expérience que moi dans ce domaine. »
« Ça, c'est le moins qu'on puisse dire, monsieur le puritain ! » rétorqua le fennec d'un ton mordant.
« Le fait d'avoir voulu me préserver pour la bonne personne ne fait pas de moi une sorte de moine, Finn' ! » répondit le renard avec véhémence, en tournant un regard furieux vers son ami.
Celui hocha la tête, comprenant que Nick était sérieux, et réellement dans l'embarras. Visiblement, le renard était en proie au doute, à l'incertitude, mais surtout à la crainte de mal faire… Il avait clairement besoin d'être aiguillé, aussi Finnick prit une pose et une expression plus avenantes (si tant est que cela fut possible pour lui).
« Bon, écoutes, les choses sont assez simples en fait. Si tu ne vas pas au bout des choses avec cette femelle, je le prendrai clairement comme un désaveu. »
Nick releva un sourcil, visiblement intrigué par la réflexion du fennec. « Je peux savoir ce que tu sous-entends par-là ? »
« T'as toujours prétendu vouloir attendre la bonne nana… Je sais pas, mec, mais si c'est pas elle, ce sera clairement personne. Je veux dire, c'est une lapine, certes, c'est une flic, okay… Mais en dépit de ça, elle est vraiment cool. Et j'veux dire… Vous êtes faits l'un pour l'autre, ça crève les yeux. »
Le renard contempla son ami de toujours droit dans les yeux, essayant de soupeser son degré de sérieux. Voyant qu'il ne s'agissait pas là d'une plaisanterie vaseuse, ou d'une vanne à demi-dissimulée, il ne put refréner un léger sourire de gratitude. Il opina légèrement du museau, afin de le remercier, et obtint un signe similaire en réponse…
L'échange honnête et sincère étant terminé, ils étaient à présent autorisés à reprendre le cours habituel de leurs échanges, ce qu'initia Nick d'une voix au timbre mielleux des plus forcés. « Oooh… La preuve que le petit Finnick a donc un cœur… C'est à la fois si inattendu, et tellement touchant. »
« C'est surtout clairement intéressé. » répliqua le fennec avec cynisme. « T'as pas entendu qu'elle a près de trois cent frères et sœurs ? Dans le tas, y en a bien une ou deux qui aura un coup de cœur pour ces quarante-cinq centimètres de testostérone ! » déclara-t-il d'une voix assurée tout en se désignant de la plante des pieds jusqu'à la pointe des oreilles.
« Même dans ce cas de figure, elles seront toujours plus grandes que toi ! »
« J'adore les femelles plus grandes que moi. »
« Pratique, dans ton cas. Ça représente environ quatre-vingt-dix pour cent de la population féminine de cette planète... Tu es donc certain de trouver chaussure à ton pied ! » répliqua Nick en se baissant à sa hauteur tout en affichant un sourire des plus moqueurs.
« Tu devrais te méfier, mec. Cette relative petite taille, dont tu aimes tant te moquer, me met juste à la bonne hauteur pour m'attaquer avec efficacité au peu de choses qui te définit encore comme un vrai mâle. » Et ajoutant le geste à la parole, Finnick frappa du poing contre la paume de son autre patte, afin de bien faire comprendre ce qu'il sous-entendait par là.
Nick afficha une grimace consternée, avant de faire un pas en arrière. Le fennec, satisfait de son effet, descendit de son escabeau d'un pas rapide, avant de se diriger vers la porte des toilettes.
« Allez, j'te laisse ! J'ai promis à ce type super marrant de l'accueil du ZPD que je lui ramènerai des beignets cet aprèm. Je dois encore aller les chercher. »
« Qui ? Clawhauser ? » s'étonna Nick, qui n'aurait pas pensé que le fennec irait jusqu'à sympathiser avec d'autres officiers du poste.
« Ouai. » répondit Finnick en hochant la tête. « Le guépard en forme de boule. »
« T'es pas obligé de parler de lui comme ça. » répliqua Nick d'un ton légèrement outré, qui ne lui ressemblait pas, et qui le surprit presque autant qu'il exaspéra Finnick. Il devait faire un constat évident, suite à cette réaction : sa personnalité déteignait clairement sur celle de Judy, mais l'inverse était également avéré. Il grimaça à cette idée.
« J't'en prie, Nick. Joue pas les vierges effarouchées. Tu sais très bien qu'un carré restera un carré, même si tu prétends que c'est un rond. J'ai toujours vu les choses sous cet angle, et je ne vais pas commencer à modérer mes propos pour des raisons aussi ridicules que la bienséance. Clawhauser est gros, je suis un nabot, et toi t'es un puceau. A quoi ça sert de prétendre le contraire ? »
Nick afficha une mine déconfite et légèrement critique face à cette ultime provocation, lâchée sur le ton innocent de la justification.
« Allez, ciao ! » conclut le fennec après avoir tiré ses lunettes de soleil de sa poche, et les avoir calées sur son museau.
« Ah, au fait, Finn' ! » l'interpela Nick alors que son ami s'apprêtait à quitter la pièce. Le fennec se tourna vers lui en lui offrant un visage patibulaire qui semblait lui recommander d'avoir une sacrée bonne raison de le retenir. « Dizzie a demandé de tes nouvelles, et elle te passe le bonjour. »
« Qu... Quoi ? Vraiment ? » bredouilla Finnick, éperdu au point de voir ses lunettes de soleil à la limite de chuter au sol.
Devant l'expression satisfaite de Nick, qui semblait hautement se réjouir de sa réaction face à la nouvelle, Finnick se reprit quelque peu, réajustant sa chemise tout en remontant ses lunettes le long de son arrête nasale. « Okay, c'est cool. » répondit-il finalement en essayant d'avoir l'air indifférent à la nouvelle, ce qui résulta en une pitoyable mais très comique tentative de se donner une allure décontractée.
« Tiens moi au courant, si elle repasse dans le coin... » lâcha-t-il finalement d'une voix rapide, avant de détaler hors des toilettes sans demander son reste.
« Tu as un maillot de bain, Carotte ? » demanda Nick en bouclant l'une des deux étranges sacoches qu'il avait sorti de son placard afin qu'ils y rangent les quelques affaires dont ils auraient besoin au cours de leur séjour à Atlantea.
« Heu… Oui… Mais pas ici, malheureusement. La plupart de mes affaires sont encore à Bunnyburrow. » répondit Judy, légèrement dépitée, sa trousse de toilettes entre les pattes.
Nick la lui prit afin de la caler dans un des interstices encore disponibles dans la seconde sacoche de voyage. « Bon, c'est pas grave… Tu trouveras ça facilement sur place. C'est Atlantea après tout. »
Il referma le contenant en prenant une pose légèrement réflexive, puis enchaîna. « Hmm… Si tu veux, on pourra faire un détour et passer par Bunnyburrow au retour. Ce sera l'occasion pour toi d'enfin récupérer l'intégralité de tes affaires. Qu'en penses-tu ? »
« Ça… Ça serait vraiment super. » répondit Judy avec un sourire émerveillé. « Mais ça ne te dérange pas, vraiment ? »
« Je ne te le proposerai pas, sinon. »
« Bon, très bien. » conclut-t-elle, satisfaite. « Dans ce cas, je préviendrai mes parents qu'on passera avant que je ne reprenne le boulot. Ça devrait leur faire plaisir, je pense. »
Nick réalisa seulement à ce moment qu'il venait lui-même de s'engager pour un aller-simple à Bunnyburrow, ville quasi exclusivement peuplée de lapins, qui ne seraient pas tous aussi ouverts et tolérants à l'égard de leur relation que la majeure partie de ceux qu'il avait rencontré jusqu'alors. Des visions passagères de torches et de fourches envahirent son esprit, et il fut parcouru d'un frisson.
« Tout va bien, Nick ? » s'enquit Judy en posant une patte concernée contre son bras, l'extirpant ainsi de ses pensées.
« Hein ? Oui… Oui, oui ! » répondit le renard, confus, en poussant un léger ricanement. « J'espère juste que le reste de ta très nombreuse famille appréciera la… spécificité de notre couple. »
« Oh, ne t'en fais pas pour ça… » répliqua la lapine en secouant la tête, comme si le renard s'inquiétait visiblement pour des fadaises.
« D'accord, je ne m'en fais pas… C'est seulement que comme ton grand-père avait l'air de prétendre que les renards étaient issus de la cuisse droite du diable, je m'étais dit que… »
« C'est avec ce genre de remarques cyniques que tu risques de les irriter, très cher. » le coupa Judy en poussant un petit rire, avant de se tourner vers lui et de l'enlacer. « Et s'ils ne sont pas capables de voir quel mammifère merveilleux tu es, c'est qu'ils sont soit séniles, soit aveugles. »
« Faire référence à la sénilité, c'est une manière de sous-entendre que ton grand-père posera problème ? »
« Tiens-toi à plus d'un mètre de lui, et il te prendra pour une bouche d'incendie. » répondit-elle en poussant un léger rire. « Tout se passera bien, ne t'en fais pas. C'est plutôt moi qui devrais me faire du souci. »
« Quoi ? Par rapport à ta famille ? » demanda Nick, incrédule.
« Mais non, renard crétin ! Par rapport à la tienne ! Je vais rencontrer ton neveu, ta mère… Pfouh… » Elle secoua la tête, le regard légèrement éperdu et les oreilles plaquées dans le dos. « C'est pas facile pour moi non plus, tu sais. »
« Oh oui, je vais te plaindre. Deux mammifères à séduire, là où j'en aurais près de trois cent à convaincre. Équitable. »
« Allons, allons, c'est toi qui voit ça comme une compétition. Faire une vraie bonne impression à deux personnes est plus difficile que de ne serait-ce qu'exister au milieu de trois cent autres. La plupart d'entre eux auront oublié ton nom avant la fin de notre séjour… » ironisa Judy en secouant la tête.
« Charmant. Je me sens tellement important, maintenant. »
« Il n'y a qu'une personne pour qui tu dois l'être… » répondit-elle en se pressant un peu plus contre lui. « Et c'est moi. » conclut-elle avant de déposer un baiser sur ses lèvres, tout en l'inondant de l'odeur absolument dévastatrice qu'elle dégageait actuellement, et qui le laissa tout à la fois extatique et pantelant.
« Bon, on y va ? » demanda-t-elle d'une voix sereine, en faisant un petit mouvement de la tête en direction de la sortie.
« Ouai, on est sur le départ. » concéda-t-il en empoignant les deux sacoches, avant que Judy ne se précipite pour gérer l'une des deux. Nick ne se débattit pas, il ne voyait pas de raison de jouer le gentleman macho… Ce n'était pas vraiment son genre. Il jeta un coup d'œil à Judy, jaugeant la tenue qu'elle portait. Cette salopette en jeans sur une chemise à carreau devrait faire l'affaire, mais il valait mieux renforcer un peu plus la sécurité. « Carotte, tu devrais mettre ce blouson en similicuir rouge que j'ai vu dans tes affaires. Celui qui est suspendu dans la penderie. »
« Pourquoi ça ? » répliqua Judy avec étonnement. « Il fait assez chaud pour sortir bras nus, non ? »
« Hmmm… Tu vas vite comprendre. »
Et en effet, elle comprit rapidement, lorsqu'il ouvrit la porte de son garage attitré, au sous-sol. Judy n'avait pas compris la raison qui l'avait poussé à l'amener jusqu'ici, sachant que sa vieille berline bleue était stationnée sur le parking privatif du lotissement… Mais visiblement, Nick n'avait pas prévu de se rendre à Atlantea à bord de cette épave… Il prévoyait de les y amener au moyen de la splendide moto qu'il dissimulait derrière la porte coulissante de ce garage.
« Oh… Par toutes les carottes de la terre… » s'égosilla Judy, sans voix, face à la beauté de l'engin qui lui faisait face.
« Foxmaster FZ1 de Yamaconda. » présenta Nick, un sourire de fierté au visage, et de l'amour plein les yeux. « Cette roadster est un vrai petit bijou, Carotte… Et sans doute la plus précieuse de mes possessions. »
La moto était à la fois fine, élégante, tout en demeurant imposante. Elle avait une allure agressive et sportive, soutenue par ses couleurs chromées et les éclats rouges et orangés qui émaillaient sa carlingue, mais donnait une impression sécurisante par son assise confortable, et son gabarit relativement étroit.
Judy resta émerveillée pendant un petit instant, avant de tourner un regard empli de curiosité vers Nick. Celui-ci haussa les épaules, avant de demander : « Alors, qu'est-ce que tu en penses ? »
« Elle est magnifique, Nick… » répondit Judy avec sincérité, avant d'enchaîner, le même sourire ébahi aux lèvres : « Et il n'y a aucun espoir que tu me fasses un jour monter là-dessus. »
« Tu veux parier ? » répliqua le renard derechef, sans se départir de son air narquois.
« Pas la peine… » déglutit Judy, laissant clairement apparaître son effroi. « Mon père a une passion pour ce genre de bécanes… Il en a bricolé plusieurs, qu'il avait récupérés en piteux état. Je les ai toujours trouvées magnifiques, je l'ai même aidé à de nombreuses reprises à les réparer… Mais monter dessus, non. Non, non. Hors de question. »
Nick était à la fois surpris et heureux des différentes choses qu'ils venaient d'apprendre, en sus du fait que Judy avait visiblement réellement peur d'au moins une chose. D'un, le père de sa petite-amie avait une passion commune avec lui pour la belle mécanique, et apparemment, Judy disposait de talents de mécano insoupçonnés. Assez inattendu de la part d'une mignonne petite lapine, mais plus rien ne le surprenait, venant d'elle.
« Écoute, Carotte… » commença Nick d'une voix calme, en passant une patte rassurante dans son dos pour la tourner à nouveau vers la moto, comme pour lui prouver qu'elle ne représentait aucun danger. « Le train pour Atlantea est hors de prix, et je ne prendrai pas le risque de me rendre là-bas à bord de la poubelle sur roues qui me sert de voiture… Donc à moins que tu ne nous caches un tapis volant sous ta chemise… Ce qui m'étonnerait… Nous n'avons pas d'autre choix que de nous en remettre à mes talents de pilote, et à la confiance absolue que j'ai dans cette bécane et sa légendaire tenue de route. »
Judy se retourna vers lui, l'agrippant tendrement par le cou, avant de plonger son regard dans le sien, pour affirmer encore d'avantage sa conviction. « Nick, mon amour… » commença-t-elle d'une voix douce. « Le jour où tu me feras monter sur une moto, il pleuvra des carottes. »
« Bon, le temps n'est pas vraiment couvert, mais peut-être que les premières carottes tomberont en début de soirée. » commenta Nick d'une voix rieuse après avoir fait remonter la pente d'accès aux garages à sa moto, Judy installée derrière lui.
« Très drôle, Nick. » répondit-elle, les dents serrées et la voix angoissée. « Ferme-la et roule, avant que je ne change d'avis. »
Elle était tellement agrippée à lui que ses ongles s'enfonçaient dans le jean de son blouson, qui garderait certainement des marques suite cette première expérience de pilotage avec passager. En sus de cela, elle le serrait de si près qu'il lui était presque impossible de manœuvrer, mais il ne souhaitait pas la brusquer, et avait bon espoir qu'au bout d'une dizaine de minutes, elle finirait par se détendre un peu. La conduite de Nick était très prudente et respectueuse du code de la route… Judy n'avait vraiment aucun souci à se faire. Aux yeux du renard, plaisir ne devait pas rimer avec prise de risques excessive. S'il s'était déjà laissé aller à pousser un peu le moteur de sa bécane dans ses derniers retranchements, il l'avait toujours fait en des lieux où il savait pertinemment qu'il ne mettrait ni sa vie, ni celle des autres, en péril.
« On va faire une petite escale, pas loin d'ici. » déclara le renard à l'attention de sa passagère. Il devait crier assez fort derrière la visière de son casque, rallongé vers l'avant afin de s'adapter à la physionomie de son museau, pour être entendue de Judy, dont les oreilles plaquées en arrière étaient en sus calfeutrées par son propre casque, un modèle plus petit, qu'il avait initialement acheté pour Finnick, mais qui s'était avéré un peu trop grand pour lui. Cependant, il allait parfaitement à la lapine.
« Où ça ? » demanda-t-elle d'une voix tremblante, tout en raffermissant son emprise sur les flancs du renard. A force, elle allait finir par l'étouffer, songea-t-il.
« Tu verras. Quelque chose d'important, que j'avais envie de te montrer depuis longtemps. »
« D… D'accord… » se contenta-t-elle de répondre en hochant doucement de la tête. Visiblement, même parler lui était difficile, tant elle était angoissée. Ce sentiment irraisonné devrait s'apaiser rapidement, espéra Nick, avant de faire vrombir son moteur pour lancer sa moto dans la circulation.
Comme souvent dans les grandes villes, il leur fallut bien plus de temps pour s'extraire de la circulation intérieure que pour atteindre la périphérie. Judy reconnut sans mal les différents quartiers par lesquels ils passèrent et également la partie extérieure de la cité où il les conduisait. Elle avait déjà fait elle-même cet itinéraire, à bord du camion de ses parents, alors qu'elle était partie à sa recherche en vue de s'excuser. Il n'y avait pas si longtemps de ça, d'ailleurs, et pourtant elle avait le sentiment que cela remontait à plusieurs mois, tant les évènements s'étaient enchainés, imprévisibles et parfois irrationnels. Elle était venue dans l'espoir de renouer les liens avec son ami le plus cher, à cette époque-là, et aujourd'hui elle s'en revenait, en couple avec le même individu. La vie était parfois étrange et ironique.
Nick fit ralentir sa moto alors qu'ils franchissaient le petit pont de pierres surplombant le tunnel sous lequel elle avait trouvé la force d'exprimer le regret de ses erreurs, ainsi que son souhait de regagner l'amitié du renard, envers et contre tout. Jamais elle ne s'était ouverte à ce point à quelqu'un, auparavant… Jamais elle n'avait ressenti un tel besoin de proximité avec une personne, au point de rejeter son amour-propre, son égo et toute forme de fierté, pour avouer ouvertement ses fautes dans le seul espoir de se voir donner une nouvelle chance. Nick s'était tourné vers elle, et la lui avait offerte. Dans le fond, elle savait pertinemment à présent, qu'elle n'aurait pas eu besoin d'en arriver là… Il lui avait déjà pardonné. Et il était évident à ses yeux maintenant que déjà à ce moment, elle était folle amoureuse de lui.
Ils descendirent de moto et retirèrent leurs casques, Nick tournant un visage souriant vers elle. « Tu te souviens de cet endroit, j'imagine ? »
« Mouai… Il me semble que je t'ai marché sur les pieds, ou quelque chose dans ce genre-là. » répondit-elle en haussant les épaules.
« Tout à fait, mais il faut savoir que je suis un être très sensible. » expliqua-t-il en prenant une expression endolorie. « Mais je garde plutôt ce lieu en mémoire pour être celui où Judy Hopps a concrètement et publiquement avoué n'être rien d'autre qu'un lapin crétin. »
« Dont tu es tombé amoureux. » répliqua-t-elle en redressant un index, en vue de le corriger. « Donc qui est le plus crétin des deux ? »
Nick ne put refréner un sourire face à cette répartie bien sentie, avant de lui faire un petit signe du museau pour l'inviter à le suivre.
« Ce n'est pas le tunnel qui m'intéresse aujourd'hui. » expliqua-t-il, sans préciser que cet endroit garderait toujours un sens particulier à ses yeux, depuis leurs retrouvailles. « Mais le bâtiment qui se trouve juste là. »
Il lui indiqua du doigt la vieille bâtisse délabrée, qu'elle avait prise pour un énorme entrepôt à l'abandon, la première fois qu'elle était venue ici. Elle l'avait remarquée, bien entendu, mais n'y avait pas prêté une attention particulière. Intriguée, elle emboîta le pas de Nick, qui lui fit faire le tour du bâtiment défraichi, envahie par une végétation sauvage qui avait repris ses droits sur ce qui avait été laissé en son sein.
Finalement, ils firent face au front du complexe, qui était encore beaucoup plus grand que ce qu'elle s'était figurée, et elle put contempler une large enseigne en arc de cercle, surplombant ce qui avait dû être l'entrée principale du bâtiment. Les couleurs, à l'époque criardes, étaient aujourd'hui défraichies, et ce qui était inscrit rendu quasiment illisible par les aléas du temps et de la météo. Cependant, elle parvint à lire l'énorme inscription qui demeurait fidèle au poste, clamant l'identité du lieu.
« Wilde Times ? » questionna-t-elle en tournant un regard empli de curiosité vers Nick, qui hocha la tête avec conviction, un sourire empli de fierté aux lèvres.
« Imagine, un parc d'attractions avec pour thématique l'éducation et la compréhension des prédateurs. Ouvert à tout type de public, prédateurs comme proies… Tout individu désireux de mieux comprendre les us et coutumes de notre « espèce » y aurait été le bienvenu, et aurait appris, tout en s'amusant, pourquoi nous nous comportons parfois d'une manière étrange… Pourquoi nous avons des crocs, pourquoi nous avons des griffes… Et que ces outils ne nous servent pas seulement à déchiqueter ou à dévorer d'innocentes lapines sans défenses. » conclut-il en prenant une mimique faussement agressive à l'égard de Judy, qui ne put réprimer un petit rire lorsqu'elle sentit ses crocs se resserrer avec douceur autour de sa gorge fébrile.
« Tu es sérieux ? » demanda-t-elle finalement, après l'avoir serré dans ses bras. « Tu as vraiment initié un tel projet ? »
« Mon père. » précisa Nick en portant un regard nostalgique sur la bâtisse. « C'était son grand projet. L'œuvre de sa vie. Et pendant quelques années, ça a été la mienne aussi, lorsque j'ai décidé de l'épauler et de devenir son associé officiel. »
« D'où l'étiquette « Wilde&Fils » sous la sonnette de ton appartement ? » demanda-t-elle avec un grand sourire, heureuse de le voir ainsi s'ouvrir à elle sur son passé, sans tristesse ni animosité particulière.
« Exactement, Carotte ! A cette époque-là, j'étais franchement heureux. » déclara le renard en lançant un coup d'œil euphorique à la lapine, qui lui souriait, transportée par son enthousiasme. Il la rejoignit et passa un bras derrière son épaule, afin de pouvoir observer l'enseigne géante à ses côtés. « Rien à voir avec le bonheur que je ressens aujourd'hui, bien entendu, mais c'était pas mal. »
« Vil flatteur. » rétorqua-t-elle en lui donnant un petit coup de coude dans les côtes.
« J'étais sincère, mais c'est toi qui voit. » répondit Nick d'une voix rieuse tout en haussant les épaules. « En tout cas, c'était franchement génial. Réfléchir aux concepts de toutes ces attractions avec mon père, la meilleure manière de les rendre tout à la fois ludiques et amusantes, dans l'espoir que les enfants qui en profiteraient y trouvent un moyen de s'éclater, et de mieux se comprendre les uns les autres… Mon père était persuadé que c'était la meilleure solution à envisager pour permettre aux proies et aux prédateurs de s'entendre… de mieux se découvrir, de partager, d'évoluer ensemble en dépit de toutes leurs singularités. »
« C'était une très belle idée, Nick. » commenta Judy avec sincérité. « Ton père avait sans doute raison, d'ailleurs. Expliquer aux enfants ce qui fait d'eux des proies ou des prédateurs ne les aident pas forcément à appréhender les rapports que cela implique entre eux… Il y a trop de subtilités, trop d'incompréhensions… Peut-être que de pouvoir les découvrir tout en s'amusant, proies et prédateurs réunis dans un lieu commun, leur permettrait de mieux saisir que ce monde est une place où chacun est spécial, mais où on peut tous s'entendre. »
« C'est tout à fait le genre de discours idéalistes que tenait mon père, tu sais ça ? » déclara-t-il en la serrant un peu plus contre lui. « Pour ma part, j'étais plus dubitatif… Mais sincèrement, j'y croyais. Et puis mon père était tellement investi dans ce parc d'attractions qu'il le rendait crédible face à n'importe qui… Dès qu'il était lancé sur le sujet, il n'arrêtait plus. Je crois qu'il avait vu trop d'horreurs durant son service au sein de l'armée, et qu'il avait besoin de découvrir, en quelques sortes, un moyen de protéger ce monde d'une manière à la fois plus… pure… et plus… inoffensive... »
Sa voix se fit plus frêle pendant un moment, et il secoua la tête en poussant un soupir d'incompréhension. « J'aurais tellement aimé qu'il s'ouvre plus à moi. J'aurais aimé comprendre qui il était réellement… J'ai passé tant de temps auprès de lui, mais au final, j'ai l'impression que je n'ai concrètement connu qu'un très faible pourcentage de la personne qu'était réellement Jonathan Wilde. »
« Il était si mystérieux que ça ? » demanda Judy d'une voix douce, espérant que ses questions ne troubleraient pas d'avantage le renard.
« Oui et non. » répondit-il sur un ton incertain. « Je pense plutôt que je n'ai pas posé les bonnes questions… Je me suis trop focalisé sur le mammifère qu'il était devenu, et pas assez sur le mammifère qu'il avait été. J'étais peut être trop petit, quand sa vie a basculé, pour réellement comprendre qu'il avait changé… Que quelque chose en lui avait été profondément affecté. Si j'avais été plus curieux, plus sage, plus disponible pour lui… Peut-être qu'il serait encore en vie, aujourd'hui, et que cette ruine qui nous fait face résonnerait de cris de joie et de rires d'enfants, au lieu de crouler dans la poussière… »
Judy saisit parfaitement l'émotion qui avait gagné Nick au fur et à mesure de son discours. C'était presque imperceptible, mais elle avait appris à analyser les légères fluctuations de sa voix, et les infimes modulations de son humeur. Elle resserra sa patte autour de la sienne, et se colla un peu plus à lui.
« Nick… Il est tellement facile de refaire le monde, quand on analyse les choses à posteriori. » raisonna-t-elle d'une voix calme et rassurante. « Alors, oui, peut-être que tout aurait pu être différent, si les conditions avaient changé, d'une manière ou d'une autre… Mais on n'y peut rien. Personne n'y peut rien. Et surtout pas toi… »
« Je sais bien, Carotte. » acquiesça-t-il au bout de quelques secondes. « Mais regarde nous, aujourd'hui… Quelque chose nous poursuit et nous veut du mal. Quelque chose qui est issu de ce passé, de cet héritage que je porte. Pourquoi ? Qu'est-ce qui provoque ça ? Je n'en sais rien… Pourtant, c'est juste sous mon museau… J'avais toutes les clés entre mes pattes pour le comprendre, sans même le savoir. Tout ça parce que je n'ai même pas été foutu de savoir qui était vraiment mon propre père… Un type assez génial pour consacrer sa vie à l'élaboration d'un parc fantaisiste à même d'aider les proies et les prédateurs à mieux s'entendre… Un mammifère qui a été jusqu'à donner sa propre vie pour sauver celle d'un fils qui lui a demandé de mourir à sa place… »
Nick se figea en se rendant compte de ce qu'il venait de dire, mais le mal était déjà fait. Judy avait resserré sa patte autour de la sienne, horrifiée par la révélation involontaire qu'il venait de faire sur les circonstances de la mort de son père.
« C'est… C'est ça qui s'est passé, alors ? » bredouilla-t-elle d'une voix tremblante. « Vincent lui a imposé de… de… sacrifier sa vie pour… Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? »
« Carotte, je… » sa voix mourut au fond de sa gorge, tandis qu'un tremblement incontrôlable lui parcourait le corps. Mais Judy était lancée, et ne parvint à contrôler le débit des questions qui la tourmentaient à présent.
« Et ce parc, d'ailleurs ? Tu pensais que ta mère avait divorcé parce que ton père ne gagnait pas d'argent ! Comment a-t-il pu financer un projet pareil ? »
« Tout ça, c'est lié, Judy. » répondit Nick d'une voix à la fois froide et détachée.
La lapine se figea. Pas seulement parce que, pour la deuxième fois aujourd'hui Nick l'appelait par son prénom, mais parce que quelque chose dans la tonalité de sa voix lui faisait comprendre qu'elle devait cesser de pousser, et laisser les choses venir naturellement. C'était une véritable épreuve pour Nick de s'ouvrir au sujet du traumatisme associé à la mort de son père… Elle s'en voulut immédiatement d'avoir perdu le contrôle et laissé sa curiosité prendre le pas sur le respect qu'elle devait à celui qu'elle aimait.
« Je suis désolée, Nick… Tu ne dois pas te sentir obligé de me parler de tout ça maintenant. »
« Mais je le veux, tu sais ? J'ai vraiment envie que tu saches tout… » expliqua-t-il en fermant les paupières, comme si ce qu'il déclarait était une sorte de révélation qu'il se faisait à lui-même. « Parce que je t'aime, que je te fais confiance, et que tu es sans doute la seule personne capable de me comprendre suffisamment pour voir ce que je n'ai pas vu, saisir ce que je n'ai pas saisi… En bref, peut être que tu pourras découvrir dans mes souvenirs ce que moi-même j'avais loupé… Ce qui fait qu'aujourd'hui un individu masqué s'est introduit chez moi pour dérober des documents liés au passif de mon père dans l'armée, et s'est mis en tête de me contraindre à te dévorer en public… »
« Oh, Nick… » répondit Judy, se sentant soudain totalement impuissante face à la peine, la frustration et l'angoisse que ressentait son petit-ami, et qu'il peinait à ne serait-ce qu'exprimer de façon logique.
Elle le sera dans ses bras, tandis qu'il se laissait finalement aller, les tremblements erratiques dont il était parcouru se calmant peu à peu à son contact. Il poussa finalement un soupir, avant de s'éloigner d'un pas.
« Tu dois me trouver ridicule… »
« Non. Pas du tout. Loin de là même. Je te trouve très courageux. »
Il lui offrit un petit sourire de gratitude, auquel elle répondit par un doux baiser, accompagné de délicates caresses dans son cou.
« On va devoir se remettre en route, Carotte. » déclara-t-il finalement, après avoir profité encore un petit moment de ce traitement d'une extrême douceur. « Je n'aime pas rouler de nuit, et notre étape de mi-parcours est encore loin. »
Elle acquiesça, avant de porter un dernier regard à l'enseigne du Wilde Times, ce projet de parc d'attraction un peu fou, au concept révolutionnaire, qui avait à sa manière cherché à rendre le monde meilleur.
Nick dû capter sa pensée, car il déclara : « A chaque fois que j'ai ressenti des doutes, des craintes, que je ne savais pas où aller, ou quelle décision prendre, je suis venu ici. Ce n'est pas pour rien que Finnick savait exactement où t'envoyer lorsque tu es partie à ma recherche… Cet endroit a toujours été une sorte de sanctuaire, à mes yeux. »
« Et à qui appartient-il réellement aujourd'hui ? »
« A mon frère. » répondit Nick d'une voix amère. « Comme tout ce qui a un jour eu de la valeur à mes yeux. Vincent m'a littéralement tout pris, Carotte. Il ne m'a guère laissé que ma culpabilité. Et je suppose que je devrais l'en remercier, il a également eu la générosité de me laisser la vie. »
Face au regard de Judy, mélange étrange d'effroi et de curiosité, Nick répondit par un sourire charmeur, dont il avait le secret. « Dès que nous serons au calme et reposés, je te raconterai toute l'histoire. Pleine et entière. Je te le promets. »
La lapine acquiesça avec gravité, avant de prononcer dans un soupir : « Merci… »
Nick n'eut pas le courage de lui avouer que la seule personne qui méritait d'être remerciée en cet instant, c'était elle.
La fin d'après-midi était déjà bien amorcée lorsqu'ils firent leur arrivée au Cap Tusk. Ils avaient effectué de nombreuses pauses en cours de route, la position à moto étant relativement inconfortable pour l'un comme pour l'autre. Judy en souffrait encore d'avantage, en raison de sa petite taille, qui ne lui permettait pas de laisser ses pieds reposer sur les pédales prévues à cet effet. Mais au final, ils arrivèrent à mi-parcours en temps et en heure, rejoignant la bordure continentale par la route principale en provenance du cœur du territoire, Zootopie. Judy fut émerveillée lorsque le trajet sinueux aborda les falaises en front océanique, la laissant contempler pour la première fois l'immensité bleutée de l'Atlante, l'un des plus vastes océans au monde, brillant de mille feux sous la lumière décroissante du soleil qui glissait peu à peu vers la lisière d'un horizon aux dimensions infinies.
Une demi-heure plus tard, Nick stoppa sa moto sur le parking d'un hôtel côtier dominant ce que la plus récente pancarte qu'ils avaient croisés dénommait le Cap Tusk, ce qui devait avoir du sens à la vue du nombre de morses, otaries et éléphants de mers qui occupaient la plage privative de l'hôtel. Judy avait déjà rencontré des mammifères marins, par le passé, mais pas en un tel nombre, et surtout pas sur la portion du continent que tout le monde s'accordait à reconnaître comme leur territoire légitime.
Le bâtiment, d'un standing certain, avait la particularité d'être construit en bordure directe avec l'océan. La partie arrière de la structure descendait d'ailleurs sous le niveau des eaux, pour permettre aux mammifères marins d'accéder à l'intérieur sans avoir à passer par les terres. Le hall d'accueil était structuré de façon à pouvoir accueillir les mammifères de toutes espèces, en présentant un espace pédestre donnant sur la façade frontale, tandis que la partie latérale était constituée d'un bassin relié à un tunnel subaquatique, qui ouvrait sur le fond de mer.
L'otarie qui se tenait à l'accueil était tout à la fois polie, charmante et d'une grande efficacité. Elle leur confia les clés de leur chambre, ainsi que des bracelets leur permettant d'accéder à la plage privée de l'hôtel, ainsi qu'au restaurant, Nick ayant opté pour une formule demi-pension, qui leur permettrait de dîner ce soir, et de déjeuner le lendemain matin.
L'un comme l'autre étaient fourbus en raison des quatre heures de route qu'ils venaient d'enchaîner, et s'effondrèrent sur le lit double sans demander leur reste. Patte dans la patte, ils s'endormirent presque immédiatement, pour ne se réveiller que deux heures plus tard. Judy pris l'initiative de se changer, avant qu'ils ne se rendent au restaurant de l'hôtel, afin de se vêtir plus convenablement, étant donné l'image relativement guindée qu'elle avait perçu dans les locaux. Elle ressortit de la salle de bain revêtue d'un cardigan violet refermé au-dessus d'un caraco à rayures blanches et noires, le tout surplombant un legging épais de couleur sombre. Nick s'était contenté de changer de chemise, pour en revêtir une très sobre, à la coupe élégante, d'un noir intense. Judy le trouva très beau, et ne manqua pas de le lui faire remarquer.
« Il faut bien que je me mette à ton niveau, Carotte. » rétorqua le renard en réajustant sa chemise tout en prenant une allure de dandy. « Je n'ai pas envie que tu aies honte de moi. »
« Dans ce cas, tu as encore beaucoup d'efforts à faire, très cher. » répliqua Judy d'une voix provocante, ce qui eut au moins le mérite de les faire rire tous deux.
Ils dînèrent en toute sérénité, heureux d'être enfin seuls et de pouvoir profiter de la présence de l'autre, sans interruption extérieure, loin du bruit et de l'activité constante de Zootopie. Installés en terrasse, ils purent profiter de la légère brise océanique, et de l'éclat orangé du soleil couchant, dont les derniers rayons les caressaient de leur douce chaleur. Le repas, essentiellement gastronomique, fut frugal, mais d'une incontestable qualité. La lenteur du service ne les dérangea pas du tout, car ils virent là l'opportunité d'échanger librement sur tout un tas de sujets plus ou moins sérieux, la conversation partant régulièrement dans leurs usuels duels de piques, de provocations, de blagues et leurs incessants jeux de flirt. Aucun des sujets sensibles à l'ordre du jour n'eut la déplaisance de s'imposer à table… Ils auraient tout lieu de les aborder plus tard. L'heure était au calme, à l'apaisement des tensions, et à la possibilité de profiter enfin d'une soirée rien qu'à eux. Parfois, le silence régnait, uniquement meublé par d'intenses échanges de regards amoureux, quelques sourires, le contact de leurs pattes, liées l'une à l'autre.
Lorsqu'ils eurent prit leur dessert et qu'ils quittèrent la table, ils ne se sentaient pas encore fatigués, et décidèrent de conclure la soirée par une promenade dans le sable, aux abords de l'océan.
A cette heure tardive, la plage était déserte, et un silence troublant régnait, que ne venait perturber que le va et vient incessant des vagues, le ressac insistant et hypnotique, seul langage connu de l'océan. Bientôt, la lune remplaça le soleil, et inonda les eaux noires de sa lumière pâle et intense.
« C'est encore plus beau que ce que je m'étais imaginée. » commenta Judy, simplement heureuse d'être là, et de vivre ces instants en compagnie du mammifère qu'elle aimait.
« C'était donc vrai ? Tu n'avais jamais vu l'océan ? » demanda Nick, intrigué.
« Non, jamais. Je suis un pur produit de l'intérieur. La campagne est mon milieu naturel, pas les grands fonds. »
« Il va falloir arranger ça, alors. Tu dois rencontrer l'océan en personne, Carotte ! »
Elle comprit immédiatement ce qu'il avait en tête, alors qu'il essayait de l'attraper, et elle poussa un cri strident suivi d'un rire erratique, avant de prendre la fuite, le renard sur les talons. Bien entendu, c'était Nick… Elle n'aurait pas pu venir au bord de l'eau avec lui sans qu'il cherche à la jeter toute habillée au milieu des vagues. Elle ne le laisserait pas aller au bout de son sinistre projet.
« Alors, Nick ?! » déclara-t-elle d'une voix amusée en cavalant à bonne vitesse, le renard toujours lancé à sa poursuite. « On veut faire partie du ZPD ? Pour ça, il faut avoir du souffle ! Arriveras-tu à rattraper cette pauvre lapine sans défense ? »
« Tu doutes de mes capacités pulmonaires, Carotte ? »
« Absolument pas ! » rétorqua-t-elle en accélérant le pas. « Je sais qu'elles sont inexistantes ! »
Bien décidé à lui prouver le contraire, Nick s'élança avec plus d'élan à son encontre. Cette course-poursuite, à la fois brusque et insensée, leur fit parcourir la plage de long en large pendant plusieurs minutes, avant que finalement le renard ne bondisse, ce qui lui permit de légèrement tâcler celle qu'il poursuivait, la projetant dans le sable. Judy se redressa immédiatement sur ses quatre pattes et profita de l'élan supplémentaire que lui donnait ce mode de déplacement ancestral pour fuir son poursuivant avec plus de vitesse encore, tout en ricanant joyeusement. Pris par la fièvre de l'effort, Nick adopta la même posture de course. L'un comme l'autre étaient revenus à un état formellement sauvage, tandis qu'ils s'amusaient à imiter une traque… Celle d'un prédateur qui poursuivait sa proie. L'idée que ce qu'ils étaient en train de faire renvoyait à une telle image leur traversa l'esprit presque simultanément, et loin de les déstabiliser, cela ne fit que rendre le jeu plus grisant.
Cette course-poursuite, véritable chasse acceptée par les deux participants, était à l'image de leur relation : un prédateur et une proie, ensemble, agissant dans leurs instincts les plus profonds, à un degré de confiance total. Il n'y avait guère que l'amusement qui comptait en cet instant, le rite n'avait rien de létal, ni de mortel… En dépit de tout, commença à croître une forme d'urgence. L'excitation débridée de Judy la rendait incapable de contrôler ses flux hormonaux, qui se déchargeaient dans l'air en vagues incessantes. En dépit de l'atténuateur olfactif dont elle était couverte, la piste odorante qu'elle laissait derrière elle donna une nouvelle motivation à Nick pour rattraper sa proie. Bien vite, l'un comme l'autre furent conscients de l'aspect presque érotique de cette débâcle sauvage, qui mettait littéralement la plage sans dessus-dessous.
Judy était clairement plus rapide que Nick, mais le renard était plus endurant, et comme elle se refusait à quitter un certain périmètre, ne voulant pas trop s'éloigner de l'hôtel, elle finit par céder du terrain. Finalement, Nick parvint à l'agripper tandis qu'elle tentait d'effectuer une esquive en bondissant sur le côté, et ils s'effondrèrent l'un sur l'autre dans un déchaînement de cris et de rires. Judy tenta piteusement de se débattre, entre deux éclats euphoriques, mais elle finit immobilisée par son prédateur, qui la dominait à présent totalement.
Les deux se retrouvèrent face à face, le souffle court, l'œil à moitié fou et le regard éperdu. Judy tenta un petit sourire, avant de murmurer : « Bravo, Nick… Tu as attrapé ta proie. Que vas-tu faire, maintenant ? »
La réponse ne tarda pas. Le renard se laissa lentement glisser contre elle, son museau parcourant ses oreilles de leur pointe à la base, s'abreuvant de l'odeur tout à la fois gracile et intense qu'elles dégageaient. Judy frissonna au contact humide de la truffe contre son pelage, et au souffle brûlant qui s'insinuait dans les creux et recoins de cette partie si sensible de son anatomie. Lorsqu'il commença à les embrasser, et à les mordiller légèrement, Judy fut obligée de se mordre la lèvre pour étouffer un cri de surprise et d'extase, et s'agrippa au pelage de son ami, tout en le tirant vers elle pour l'inciter à poursuivre le traitement qu'il lui administrait.
L'odeur de la lapine devint rapidement explosive pour les sens en ébullition de Nick, ce qui le motiva à presser ses avances, en décalant ses embrassades vers le visage de sa proie, avant de glisser dans le creux de son cou, qu'il gratifia de délicats mais insistants coups de langue.
« Mords-moi, Nick… » supplia Judy d'une voix aigüe, en appliquant d'avantage de pression dans la nuque de son partenaire.
Celui-ci se figea un instant, hésitant à accéder à la requête quelque peu étrange de Judy… Mais ce dont elle avait envie, il le désirait également. Il ne pouvait pas le nier. Alors il mordit avec délicatesse, faisant pression de ses crocs contre la chair tendre et tremblante qui s'offrait à lui. Bien sûr, il s'appliqua à ne pas lui faire mal, et encore plus à ne pas la blesser, contrôlant parfaitement la pression de sa mâchoire, pour que l'expérience soit uniquement plaisante, et ne dérape pas. L'effet sur Judy fut plus intense encore que ce qu'elle avait pu s'imaginer. L'adrénaline, découlant d'une réaction instinctive de peur, mêlée au plaisir intense qu'elle ressentait déployait des décharges extatiques dans tout son corps. Au bout de quelques secondes à peine, et sans que le renard n'ait eu besoin de la stimuler d'une autre manière, elle se sentait parfaitement prête à l'accueillir en elle, et à lui faire l'amour.
« Nick… Est-ce que… Est-ce que tu en as envie ? » marmonna-t-elle, tandis que le renard écartait sa mâchoire pour reprendre une série de baisers plus conventionnels dans le creux de son cou.
« Bien sûr… » répondit-il. « Qu'est-ce que tu crois ? Que je peux résister à ça ? »
« Non, mais ce que je veux dire, c'est… Est-ce que tu es prêt à le faire… Maintenant ? » demanda-t-elle d'une voix légèrement gênée, tout en l'embrassant et en le couvrant de caresses.
« Quoi ? Ici ? » s'exclama-t-il, perplexe.
« Bien sûr que non, idiot. » répondit-elle. « Pas sur la plage… Mais on pourrait s'arrêter là et reprendre tout ça dans… Dans la chambre… Non ? »
Nick baissa la tête, pensif et anxieux. Il était parfaitement conscient de ce que cela impliquait, pour lui comme pour elle, mais l'angoisse lui nouait l'estomac une fois de plus. Cependant, l'odeur dégagée par Judy était si enivrante, si pressante, exprimant un désir d'une telle évidence, qu'il savait pertinemment que tout espoir d'aller à son encontre demanderait de lui un effort surnaturel. Et en toute honnêteté, il n'était pas certain d'avoir envie de fournir un tel effort… S'il était parfaitement sincère avec lui-même, et qu'il écoutait à la fois son esprit rationnel et instinctif, une seule vérité s'imposait à lui : il avait sous les yeux la femelle de sa vie, une lapine qu'il aimait plus que tout, et avec laquelle il était prêt à affronter n'importe quelle épreuve. Et si aux yeux des canidés, aller au bout des choses était comme une forme de pacte indicible entre deux êtres, alors Judy Hopps était clairement celle avec laquelle il voulait sceller le sien.
« Tu es sûre de toi, Carotte ? »
« Pas si tu m'appelles une nouvelle fois Carotte dans une telle situation. » protesta Judy en affichant une mine boudeuse.
Nick poussa un petit rire d'une sincérité désarmante, qui était également la manifestation orale de l'inquiétude qui ne le quittait pas, en dépit de la décision qu'il venait de prendre. Judy avait décidemment le chic pour dédramatiser n'importe quelle situation, même la plus tendue.
« Excuse-moi, tu as raison. » concéda-t-il, avant de reformuler sa dernière question. « Tu es sûre de toi, Judy ? »
Elle lui sourit avec conviction, manifestant une confiance sans faille dans le contact visuel qu'elle échangea avec lui et qui n'était, elle l'espérait, que le premier des liens qu'ils noueraient tous deux ce soir.
« Certaine. » répondit-elle dans un souffle.
