Akurokushi : Tiens, le voilà :3 Haha. (Et ouiii, fais un compte ;; *se prosterne*)
Merci pour vos reviews ^^
— Alors ?
Kairi l'ignora et laissa échapper un long soupir en tournant une cuillère dans sa tasse de café. Voyant Vanitas sans consommation, un serveur s'approcha de la table mais fut renvoyé d'un geste. Elle s'en étonna :
— Pas envie de me taxer, aujourd'hui ?
Il lui répondit par un sourire narquois.
— Tu as l'air tellement dépitée, je ne voudrais pas t'embêter.
— C'est ça.
— Tu ne m'as pas répondu. Alors ?
— Comment je suis censée répondre à ça ? Alors quoi ?
— Eh bien, tu sais. Le déchet de tes rêves.
— Je ne vois pas, non, rétorqua-t-elle tout en sachant pertinemment de qui il parlait en ces termes.
— L'horreur de clone de Ventus. Comment s'appelle-t-il, encore ? Rolasse ? Ça rime avec dégueulasse, en tout cas.
— Ça t'amuse, hein ? Ton manque de maturité est tellement évident que ça me fait presque mal aux yeux. Et puis, ce n'est pas la seule personne de ma connaissance dont le nom rime avec « dégueulasse ».
Vanitas lui pinça la joue avec un rire mauvais.
— Pauvre petite Kairi, toute malheureuse parce que son beau prince refuse de voir en elle autre chose qu'une petite gamine sans cervelle. Tu as appelé ta marraine la bonne fée, Kairi ? Peut-être qu'elle pourra transformer tes monstrueuses loques en robes de princesse. Quoique, vu les gens avec qui tu fricotes, tu risques plutôt de te retrouver avec Azazel ou je ne sais quoi.
— Je ne joue pas avec les démons, expliqua-t-elle très sérieusement. Je fais de la magie douce.
— Tu parles.
— Roxas est une exception.
— J'en doute pas.
Ils se défièrent du regard un moment et Kairi finit par lever les yeux au ciel, vaincue.
— Ça finira par fonctionner, de toute façon. Le ciel note chacun de mes efforts. Je fais de nombreux sacrifices pour parvenir à mes fins.
— Tu y crois si fort, c'en est presque attendrissant.
Voyant qu'il se moquait d'elle, elle lui écrasa le pied avec hargne. Il retint de justesse une exclamation de douleur et lui ébouriffa les cheveux avec vigueur en guise de vengeance.
— Tu est un monstre, siffla-t-elle en essayant vainement de remettre sa chevelure en place.
Elle allait pouvoir passer une heure à les remettre en état, maintenant. Quel imbécile, celui-là.
— T'as aucune chance avec lui, tu le sais, non ?
Ses yeux envoyèrent des éclairs mais elle garda les lèvres étroitement serrées.
— Allons, Kairi, continua-t-il. Ne me dis pas que tu crois à ces conneries de rituels sataniques. Roxas te déteste. Pire, il te méprise. Le seul regard que je l'ai vu poser sur toi était le même que celui qu'on accorde à un mec bourré affalé contre un mur.
— Tu exagères. Il est juste un peu...
— Con, c'est sûr. Mais pour lui, tu seras toujours la fille un peu louche assise au fond de la classe.
— Et meilleure amie du type le plus méprisable du lycée.
— Aussi, oui.
Une once de fierté traversa son regard. Avoir mauvaise réputation était loin de le gêner ; ça lui donnait un côté un peu bad boy qui ne pourrait que plaire à Ventus. Tout le monde aimait les bad boys. Ven le cachait peut-être bien, mais il ne leurrait personne, surtout pas lui.
— Retire-moi cet air prétentieux de ton visage. Tu me dégoûtes.
— Pas assez pour que tu te débarrasses de moi, on dirait.
— Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? T'es comme un vieux chewing-gum resté trop longtemps collé sur la semelle d'une chaussure. T'en fais partie, maintenant, on ne peut plus y faire grand chose. Te gratter à la fourchette me demanderait beaucoup trop de temps et d'énergie.
— J'admire ton sens des métaphores.
— Tu ne peux pas te frotter à mon génie.
Elle avala le reste de son café et appela le garçon de salle pour lui en commander un autre. La situation en méritait bien deux. Un pour supporter Vanitas, le deuxième pour l'aider à réfléchir sur son prochain mouvement dans ce qu'elle appelait intelligemment « l'opération Roxas », RoxOp, pour les intimes dont son « meilleur ami » ne faisait pas partie.
— Tu vas vraiment continuer ton petit jeu ridicule ? lâcha Vanitas en bâillant.
— Ce que je fais ne te regarde pas.
— Tes méthodes ne mèneront à rien. Regarde, Roxas a la gastro et quoi ? Tu crois qu'il va en ressortir transi d'amour pour toi ? Tu te mets le doigt dans l'œil, si tu veux mon avis.
— Je n'ai pas demandé ton avis.
— Dommage.
Le serveur apporta sa commande et elle le remercia sans un sourire. Intérieurement, elle bouillonnait. Pour qui se prenait-il, celui-là, à critiquer ses méthodes ? Elle s'y connaissait mieux que lui. Il ne pouvait pas comprendre.
Et puis, Roxas avait bel et bien eu une gastro-entérite. Il ne pouvait pas le nier. Le moment viendrait bien où la multitude de sortilèges, pactes et talismans qu'elle avait créé finiraient par faire leur petit effet. C'était mathématique.
Elle porta à sa bouche une cuillère de crème chantilly et sourit.
— Mais je suis sûre que tu as d'excellentes méthodes à me proposer, tiens. Au hasard, traumatiser tes victimes en espérant qu'elles finiront par te tomber dans les bras.
— Je ne traumatise personne. Je suis la délicatesse incarnée.
Elle rit à pleine gorge, s'attirant les regards outrés de la clientèle du café.
— La délicatesse incarnée, bien sûr ! Comment ai-je pu ne pas le remarquer après tout ce temps passé avec toi ?
— Je suis sûr que Ventus me trouve gentil et agréable.
— Tu lui fous les boules, Vani. La seule chose qu'il a envie de faire quand il te voit, c'est de s'enfuir en courant.
— Tu critiques mes méthodes de séduction ?
— Vu les résultats qu'elles ont fournis jusqu'à présent, elles le méritent bien.
— Alors que tu passes tes nuits à danser nue sous la pleine lune en espérant que Roxas se réveillera en te trouvant soudainement attirante ? Voyons, Kairi. S'il y a quelqu'un qui se berce d'illusions, ici, c'est toi.
— Au moins, Roxas n'a pas peur de moi.
— J'utilise juste une façon de faire qui ne fait ses preuves que dans la longueur. Tu verras. Je suis certain qu'il me tombera dans les bras avant que son imbécile de frère ne te découvre le moindre charme.
— Ven te trouve moche.
— Roxas te trouve débile. Et Ventus ne me trouve pas moche du tout.
— Laisse-moi rire...
— Je le vois dans ses yeux. Je lui fais de l'effet. Tu n'oses simplement pas admettre que je suis plus doué que toi.
— Très bien.
Elle lui tendit la main et il la contempla avec un sourcil levé.
— Quoi ?
— Tu penses que tu peux me battre ? Soit. Faisons un pari.
— Oh.
Un sourire victorieux grandit sur le coin de ses lèvres. C'était gagné d'avance. Mais si elle y tenait, tant pis pour elle.
— Tu ne viendras pas pleurer quand tu auras perdu, railla-t-il en lui serrant la main. Qu'est-ce qu'on parie ? Le premier à choper son jumeau favori ?
— D'accord. Et ça ne compte pas s'il n'y a pas échange de salive.
— Trop facile.
— Je veux parler d'échange consentant. Mieux ; le pari est gagné si c'est l'autre qui initie le mouvement.
— Tu triches, soupira-t-il. Ventus n'a aucun sens de l'initiative.
— Tu crains pour ta fierté ? Tu peux aussi abandonner.
— Pourquoi je refuserais une compétition que je suis sûr de gagner ? Quel prix en cas de victoire, d'ailleurs ?
Elle leva les yeux vers le plafond et réfléchit à une mise qui pourrait être intéressante.
— Si je gagne, tu seras obligé de participer à tous les rituels auxquels je te convierai. Et sans protester. Avec la robe.
— Ridicule.
— Tu as peur ?
— De toute façon, tu n'as aucune chance. Si je gagne, ce qui risque fortement d'arriver, tu devras payer mes consommations pour un an complet.
— Un an ?
— Un an. Et sans protester, comme tu le dis si bien.
— Très bien ! Marché conclu. Tu vas le regretter.
Il sourit et lui serra la main pour sceller le pacte fraîchement conclu.
— C'est ça, sourit-il. On verra.
Elle termina sa tasse et sortit sa monnaie pour régler l'addition, puis enroula son écharpe autour de son cou. Vanitas l'imita et tous deux sortirent affronter la neige en serrant les dents.
— Je déteste l'hiver, marmonna le garçon en enfonçant son menton dans son écharpe. Je déteste la neige.
— Tu détestes tellement de chose que je peine à garder la liste à jour, soupira Kairi.
Il ne lui répondit pas, trop concentré à essayer de ne pas glisser sur la couche de neige brunâtre et à moitié fondue qui collait au trottoir. Lorsqu'ils furent arrivés à l'arrêt de bus qui devait ramener Kairi chez elle, un mystérieux sourire apparut sur les lèvres de Vanitas. Son amie haussa les sourcils.
— Qu'est-ce que t'as, encore ?
Il s'assit sur le banc presque sec et son sourire s'agrandit.
— Rien, répondit-il avec un faux air innocent. Je me demandais juste comment tu comptais draguer molasse, puisqu'il semble bizarrement cloué au lit par une gastro-entérite fulgurante.
— Roxas, corrigea-t-elle en pinçant les lèvres.
— Quel nom de merde.
— Et qu'est-ce que tu penses de Vanitas, alors ? Ça ne ressemble à rien.
— Tu ne risques pas de le revoir de la semaine, en tout cas, continua-t-il en faisant mine de ne rien entendre. Il ne va pas sortir de chez lui avant un moment. Ventus, par contre...
— Quel énorme avantage tu as là, Vanitas ! s'exclama-t-elle. J'avais oublié que tu étais capable de le faire céder en deux petits jours. C'est sans doute ta fierté sans pareille qui t'a empêché de le faire avant ça, je me trompe ?
— Est-ce que je t'ai dit qu'il venait jusque chez moi, dimanche ? Toute l'après-midi.
— Et ?
— Tu verras : lundi matin, tu auras perdu ton stupide pari depuis longtemps.
— Parce qu'il sera venu chez toi pendant deux heures ? Allons. Cesse de prendre tes rêves pour des réalité, mon petit. Tu lui fous la trouille.
— J'ai hâte de voir ton air désespéré à l'annonce de ta défaite.
— Vérifie quand même ses affaires. À sa place, je prendrais un spray au poivre avec moi. Ça peut être dangereux, ces trucs, tu sais ?
— Continue de rigoler, Kairi, tant que tu en as encore l'occasion.
Ils aperçurent le bus arriver et lorsqu'il s'arrêta devant eux, elle se tourna vers son ami avec un léger sourire.
— Je suis sûre que les occasions ne manqueront pas, ne t'inquiète pas. On se revoit demain.
Elle lui adressa un signe de la main assorti d'un petit rire sournois et les portes se refermèrent sur elle avec un grincement. Vanitas reprit sa route.
Elle pensait avoir une chance, mais elle n'en avait aucune. Dimanche, Ventus serait à lui, et il pourrait enfin affirmer sa supériorité sur la ridicule sorcière autoproclamée qu'elle était.
Il se frotta les mains, tant par anticipation de la satisfaction certaine qui l'attendait que pour réchauffer ses doigts gelés.
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Bizarrement et malgré la profonde certitude qu'il allait aujourd'hui arriver à ses fins, Vanitas sentait son estomac se tordre avec l'heure qui avançait. Était-il nerveux ? Non, bien sûr. Ce n'était pas son genre. Il était juste... impatient. Sans doute.
Son regard se tournait vers l'horloge toutes les trente secondes, persuadé que le temps avançait à la fois beaucoup trop lentement et beaucoup trop vite pendant qu'il réfléchissait à la façon la plus rapide et efficace d'amener Ventus à s'intéresser à lui.
Ce qu'il faisait sans doute déjà. Ventus faisait mine de l'éviter pour toute autre activité que leurs rendez-vous « professionnels », mais il n'était pas dupe ; ce n'était qu'une façade, une façon de lui demander de venir le chercher lui-même, de faire en sorte qu'il soit constamment occupé à le chercher des yeux et, par là même, de demander de l'attention. Mais il n'avait rien à craindre ; cette attention, Vanitas la lui accordait déjà plus que de raison et ce n'était pas en cette froide après-midi qu'il pourrait se plaindre du manque de proximité entre eux deux. Ils étaient faits l'un pour l'autre, après tout. Si Ventus avait accepté de venir jusqu'ici, c'était parce qu'il avait décidé de céder à ses avances discrètes.
Et dans quelques heures, Vanitas pourrait raconter à une Kairi dégoûtée par son échec la réussite de sa mission.
Il en tremblait d'impatience et resta là à rêver du moment où Ventus s'approcherait de lui pour poser sa bouche sur la sienne jusqu'à ce qu'une sonnerie stridente le fasse sursauter violemment.
Il s'éclaircit la gorge et prit une inspiration et son plus bel air séducteur pour ouvrir à son invité.
Ventus le salua d'une petite voix et semblait étrangement livide. Il marqua une hésitation avant d'entrer dans la maison et, lorsqu'il fut enfin à l'intérieur, resta immobile, tout près de la porte, incertain de ce qu'il devait dire ou faire.
Il devait être nerveux, pensa Vanitas tandis que sa bouche se tordait en un sourire fébrile et pas tout à fait rassurant.
— Entre, dit-il en lui désignant l'intérieur du salon.
Ven avança d'un pas mal assuré et déposa ses affaires sur le bord d'un canapé. Mal à l'aise, il collait ses bras bien droit le long de son corps dans une vaine tentative de prendre le moins de place possible. Vanitas, lui, ne le lâchait pas des yeux et se délectait à chaque seconde du petit air inquiet et curieux qui se baladait sur son visage. Leurs regards se croisèrent un instant et, si Ven détourna rapidement les yeux, c'en fut assez pour que grandisse le sourire de Vanitas. Il l'aurait facilement. Ventus ne pourrait pas lui résister.
Les yeux de ce derniers se posaient partout dans le salon, détaillant chaque objet comme s'il pouvait lui donner un quelconque indice du degré de danger encouru au cours d'une après-midi en seule compagnie de Vanitas. Il s'arrêtèrent sur l'horloge accrochée au mur et un sourire fugace éclaira son visage.
— Jolie décoration, commenta-t-il en récupérant un visage parfaitement lisse.
Ses yeux brillaient pourtant d'une drôle de lueur d'amusement. Vanitas leva les yeux vers l'horloge. Douze chatons lui lancèrent un regard fixe et vide.
Comment avait-il pu oublier de cacher cette chose ? Il sentit ses joues brûler lentement mais ne fit aucun commentaire. Il devait garder la tête haute. Son honneur était en jeu.
Il se permit néanmoins de maudire sa tante et ses goûts déplorables.
— Je peux m'installer ici ? demanda Ven en désignant la table du salon.
Vanitas aurait pu l'entendre parler pendant des heures tant sa voix le faisait frissonner de haut en bas. Il acquiesça.
— Fais comme chez toi. Je vais chercher mes affaires.
Il fila dans sa chambre et inspira un grand coup pour reprendre ses esprits. Il n'aurait jamais pensé que de voir Ven dans sa propre demeure lui ferait autant d'effet ; il pouvait le contempler tout son soûl, à volonté, entendre sa voix chantante et surtout, surtout, s'approcher de lui autant qu'il le voudrait. Tout un monde de possibilités s'ouvrait à lui, et il dut se faire violence pour ne pas réaliser ses envies immédiates et entraîner Ven dans le monde incertain de ses désirs. Ce n'était pas le moment de faire un faux pas. Il fallait qu'il garde son calme.
Il rassembla les feuilles posées pêle-mêle sur son bureau, attrapa un stylo et cala son ordinateur portable sous son bras avant de rejoindre le garçon qui l'attendait au rez-de-chaussée.
Lorsqu'il retourna dans le salon, Ven n'était plus assis à table et se promenait dans la pièce avec curiosité. Vanitas l'observa en silence, trop content de ce bref instant de félicité qui lui était accordé. Il manqua cependant de lâcher toutes ses affaires lorsque l'adolescent s'arrêta devant l'étagère de sa tante avec un sourire amusé.
— Tu es fan d'Amour, Gloire et Beauté ? demanda-t-il en sortant un DVD de l'imposante collection qui trônait en évidence sur le meuble de rangement.
Vanitas déposa précautionneusement son ordinateur et autres documentations sur la table du salon et secoua vivement la tête, mortifié.
— Je vis avec ma tante... se justifia-t-il en remettant brusquement l'odieux DVD à sa place. Elle a des goûts, euh...
Il chercha ses mots mais ne termina pas sa phrase. Il jura intérieurement. Ce n'était pas du tout ce qui était prévu. Ventus n'avait pas l'air le moins du monde impressionné ou séduit ; au contraire, il semblait beaucoup s'amuser, et une lueur moqueuse éclairait son regard tandis qu'il regardait les autres DVD présents sur l'étagère.
— Peut-être qu'on devrait bosser, intervint son hôte désespéré.
Il fallait absolument qu'il détourne son attention de cette étagère avant qu'il ne déterre ses plus sombres secrets. Et puis, ils n'étaient pas là pour ça. Ils étaient là pour... quoi encore ? Oh, tant pis, ça n'avait pas d'importance. Il fallait simplement l'éloigner de cette horreur.
Par chance, Ven se retourna et vint s'asseoir devant la table du salon, l'air un peu plus sérieux. Il ne devait pas avoir eu le temps de voir grand chose, au moins, c'était déjà ça.
— Je suppose qu'on peut terminer la rédaction aujourd'hui, déclara Ven en relisant les quelques notes qu'il avait prises avec lui. Ce n'est pas bien long, après tout.
Il ne fallait surtout pas qu'ils terminent la rédaction aujourd'hui. Malheureusement, traîner plus longtemps dans la maison risquait de le mettre en bien mauvaise posture. Une solution... ha, non, rien ne lui venait en tête.
— Tu as trouvé quelque chose de nouveau ? demanda Ven en levant la tête vers lui.
Il ne répondit pas tout de suite, perdu dans la contemplation des iris de son vis-à-vis, l'esprit à nouveau embrumé par les milles scénarios qui lui revenaient sans cesse en tête. Bizarrement, l'image de Kairi lui apparut et il fronça les sourcils. Comment osait-elle préférer à Ven son imbécile de frère ? Ils n'avaient rien en commun. Roxas était l'archétype du pire de ce que l'humanité pouvait donner ; Ventus, à l'inverse, était la plus parfaite représentation de ce qu'elle faisait de mieux.
Et Kairi, des deux, n'avait d'yeux que pour Roxas. Il fut parcouru d'un frisson d'horreur. Pas étonnant, au fond, qu'elle soit complètement dingue. Il fallait bien avoir un petit problème pour voir ne serait-ce qu'une seule qualité dans son caractère de merde, ses yeux bleus vides et ses cheveux ternes. Il avait peut-être un visage harmonieux (c'était le même que celui de Ven, après tout) mais il était toujours gâché par des expressions grossières et une voix sifflante et impossible à supporter.
Quand il pensait que Ventus devait supporter sa vue chaque jour. Il ressentit une pointe de compassion qu'il étouffa aussitôt. Il s'éclaircit la gorge.
— Pas grand chose, répondit-il enfin.
Son invité avait l'air un peu perturbé mais ne dit pas un mot. Il se replongea dans ses propres affaires et commença à prendre des notes à un rythme effréné.
Vanitas pencha la tête sur ses propres notes, sales et désordonnées. Il tenta vainement de les lire pendant quelques minutes, sans succès ; son esprit était bien trop occupé à enregistrer les moindres détails du visage du garçon en face de lui, de la façon dont il fronçait les sourcils lorsqu'il ne comprenait pas quelque chose aux brefs sourires qui le traversaient lorsqu'il se perdait dans des pensées secrètes. Désespéré, il décida d'abandonner et de faire une petite pause bien méritée.
C'est alors que son regard fut attiré par autre chose, un léger mouvement tout au bord de son champ de vision, une chose noire quelque part sur le mur blanc cassé du salon.
Il se leva d'un bond et, d'horreur, s'éloigna jusqu'à l'autre bout de la pièce, le regard fixé sur la chose immonde qui avait l'audace de se tenir chez lui. Le cœur battant, il tremblait de tous ses membres ; sa tête, elle, était complètement vide, toute son attention fixée sur cette horreur sans nom, la peur glissant comme un poison à travers chacune de ses veines.
Ven lui lança un regard interloqué avant de demander :
— Est-ce que ça va ? Que se passe-t-il ?
Vanitas, dans un élan de courage et de lucidité, tendit le bras vers la source de son angoisse. Son invité le suivit du regard et haussa les sourcils.
— Oh, c'est pour ça ?
Il avait dit ça avec un ton détaché. Vanitas n'en croyait pas ses yeux. Comment pouvait-il voir ce monstre et rester aussi parfaitement calme ? Ne comprenait-il pas que sa vie était en jeu ?
— Je vais la mettre dehors, expliqua-t-il calmement en s'approchant d'une araignée grosse comme son poing qui semblait rire de l'angoisse de l'autre garçon.
— Dehors ? Dehors où ? Tu vas pas la toucher, quand...
Ven l'attrapa avec précaution par une patte et l'enferma dans sa main en souriant.
— Celles-là ne sont pas dangereuses, dit-il.
Vanitas se colla au mur, prêt à tomber dans les pommes. Cette après-midi n'aurait pas pu être pire dans ses plus terribles cauchemar.
Son invité s'approcha de la fenêtre, l'ouvrit tant bien que mal et jeta la bestiole de l'enfer à l'extérieur avant de la refermer.
— Voilà.
— Elle va revenir, paniqua Vanitas en se promettant qu'il n'ouvrirait plus cette fenêtre avant une période de sécurité de sept mois.
— Les araignées ne savent pas ouvrir les portes.
— T'as vu la taille qu'elle faisait ? Comment elle est entrée ici ? Et si elle attendait qu'on ouvre ? Si elle reprenait le chemin qu'elle a pris pour entrer ?
Il n'était plus en sécurité nulle part, à présent. Ce monstre était suffisamment énorme pour être doté d'un cerveau qu'il utiliserait à lui pourrir la vie. Il s'avança lentement jusqu'à la table, sur ses gardes, et se réinstalla en jetant fréquemment des coups d'œil inquiets à la fenêtre et à chaque portion de mur et de plafond de la pièce à vivre. De son côté, Ven se retenait de rire ; il était parfois agité de faibles soubresaut, un demi sourire aux lèvres, mais reprenait immédiatement son sérieux pour ne pas paraître trop impoli.
— Je ne savais pas que tu avais peur des araignées, déclara-t-il quand même.
Vanitas ne répondit rien, soudain envahi par la honte. Il n'arrivait pas à croire que cette saloperie avait décidé de se montrer à ce moment-là. Pour une après-midi ruinée, c'était une après-midi ruinée ; Ven ne pourrait plus jamais le regarder autrement qu'en se moquant de lui, désormais. Ça portait un fameux coup à sa fierté, mais il tâcha de faire bonne figure.
Abandonnant tous ses projets et espoirs de séduction qui étaient déjà réduits à néants, il se concentra sur ces maudits poètes du vingtième, encore sous le choc. Les minutes passèrent, puis les heures, et les quelques mots qu'ils échangèrent ne furent rien de plus que des questions et commentaires concernant l'organisation de ce travail de groupe maudit.
Jamais une heure ne lui avait parue aussi longue.
— Je peux voir tes notes, un coup ?
Vanitas tendit ses feuilles à Ven sans un mot. Il était complètement lessivé. Heureusement, se disait-il dans un élan d'optimisme, rien de pire ne pouvait arriver aujourd'hui. Il ne pouvait en tout cas rien imaginer de plus terrible que cette énorme bestiole accrochée à son mur avec l'énergie du désespoir.
Comme pour le contrarier encore un peu, une sonnerie stridente résonna dans le salon en faisant au passage sursauter le blond.
Vanitas se dirigea vers la porte d'un pas traînant. Il jeta un coup d'œil par le judas et eut envie de se terrer quelque part au loin, là où on n'avait pas à supporter les imprévus et les imbéciles qui couraient partout sur cette foutue planète.
Il ouvrit la porte, dépité à l'idée de ce qui allait suivre. Kairi lui adressa un sourire radieux.
— Hello, Vani !
— Qu'est-ce que tu fous ici ? marmonna-t-il tandis qu'elle entrait dans le salon sans attendre son autorisation.
Il ne fallut pas une seconde pour qu'elle aperçoive Ventus et se rue sur lui avec un immense sourire aux lèvres.
Elle était venue dans le but de ruiner ses plans. Évidemment. Quel idiot ; il n'aurait jamais dû lui dire quand il prévoyait de faire venir Ven chez lui alors qu'ils avaient lancés un pari impliquant leur vie.
— Tiens, Ven ! (Elle insista fortement sur le surnom en lançant un regard mauvais à Vanitas.) Qu'est-ce que tu fais là ? Je ne savais pas que vous étiez amis !
Le susnommé se leva pour lui dire bonjour sans grande motivation.
— On était censés travailler...
— Oh, c'est vrai. Vous avancez bien ?
— Euh, on...
Vanitas décida brusquement qu'il était temps de reprendre le contrôle de la situation et posa une main sur l'épaule de Kairi avec un sourire doucereux.
— Je t'avais dit de venir demain, dit-il en resserrant discrètement son emprise.
— Vraiment ? J'ai dû confondre.
— Comme tu peux le voir, nous avons du travail.
— Du travail, hein ?
Elle avait dit ça d'un ton qui en disait long et Ven se mit à tousser pour une raison inconnue.
— Je vois, continua-t-elle en lui souriant gentiment. Je ne voudrais surtout pas vous déranger plus longtemps. Vous avez sans doute un tas de... trucs... à faire. On se reverra demain, Vani. Je suis sûr que tu auras beaucoup de choses à me raconter.
Luttant contre l'envie de l'étrangler sur le champ, son meilleur ami la conduisit vers la porte en espérant qu'elle en avait fini avec lui.
— J'espère que tu as prévu des protections, Vani, dit-elle juste assez fort pour que Ventus l'entende. On ne sait jamais, hein ? Mieux vaut sortir couvert.
Toute la concentration de Vanitas fut nécessaire pour résister au besoin de se venger d'elle immédiatement. Il lui adressa à sourire annonciateur de souffrances futures qu'elle lui rendit avec plaisir. Derrière lui, un bruit de feuilles qu'on réunissait en vitesse lui fit tourner la tête.
Ventus avait les joues rosies et évitait soigneusement de les regarder. Il rangea ses affaires dans son sac, le prit sur ses épaules, attrapa son manteau et balbutia un vague :
— On... je crois qu'on a assez travaillé pour aujourd'hui... continuons le reste sur internet. De toute façon, on a presque fini, alors, hum, au revoir.
Sur ces mots, il fila à la vitesse de l'éclair.
Consciente du danger, Kairi recula d'un pas sans cesser de sourire.
— Je vais te tuer, prévint Vanitas en s'approchant dangereusement d'elle.
— Mais que va dire Ventus en sachant que son « partenaire » a assassiné froidement sa meilleure amie ?
— J'en ai rien à foutre.
— Ouuups, je crois que j'ai à faire. À demain, Vani !
Sur ces mots, elle courut sur le trottoir pour rejoindre l'autre bout de la rue. Ses éclats de rire résonnèrent dans le quartier quelques secondes encore avant qu'elle ne disparaisse au loin.
Vanitas resta immobile un instant puis retourna à l'intérieur, prêt à s'effondrer sur son lit pour ne plus jamais s'en relever.
Ce dimanche avait définitivement gagné le trophée du pire jour de sa vie.
Le ciel a décidé de me punir d'avoir écrit ce chapitre en déposant deux araignées dégueulasses dans ma chambre. Je les hais, je les hais, je les HAIS. Foutu printemps. :'(
Sur ce ! merci pour votre lecture et à la prochaine. :)
