Disclaimer : Square Enix, Disney
Je vous autorise à imaginer le serveur et le Baveux avec le visage de votre perso de KH préféré. Hihi.
Merci pour vos reviews sur le dernier chapitre ;; Vous êtes cool.
— J'vois pas de quoi tu parles.
Adossé au mur, les bras croisés, Hayner regardait un point derrière l'épaule de Vanitas pour éviter de croiser son regard. Le sourire de celui-ci s'agrandit.
— Voyons, Hayder.
— Hayner.
— Hayner, oui. C'est vilain de faire ce genre de cachotteries. Mes yeux ne mentent jamais.
— T'étais bourré, t'as rien compris. C'était pas moi.
— J'étais tout à fait sobre. Kairi n'a vraiment rien pour s'amuser.
— T'as fini ? J'peux me casser maintenant ?
Vantas secoua la tête et baissa la voix.
— Allez, dis-moi qui c'était. Je ne le dirai à personne, je le jure.
— Qu'est-ce que ça peut te foutre, sérieux ?
— Ah, parce que t'étais là, finalement ?
— C'est pas ce que j'ai dit. Et puis, t'as tort. C'était ma copine, que t'as vu.
Cette fois, il le regardait droit dans les yeux. C'était forcé, évidemment. Vanitas n'était pas stupide.
— Ta meuf est vachement grande et baraquée.
— Elle avait un gros manteau.
— Et une jolie paire de couilles.
— Putain, ferme ta gueule. T'es lourd, à la fin. Depuis quand tu me parles, déjà ? On se connaît même pas.
— On est dans la même classe. C'est juste une conversation entre... camarades. Si tu vois ce que je veux dire.
Lui-même avait du mal à voir, mais il trouvait cette finalité du meilleur effet. Hayner ne le releva même pas. Il resta silencieux, les lèvres pincées, la mâchoire serrée. Il avait envie de répondre. Il ne le ferait pas.
Les yeux de Vanitas brillèrent – il avait déjà gagné.
— T'as pas intérêt à le raconter à qui que ce soit, marmonna Hayner en enfonçant les mains dans ses poches.
— Alors, qui ? Roxas ?
— Ça va pas la tête ? T'as besoin de lunettes, mon vieux.
— Merde, ça aurait été parfait. Mais c'est vrai qu'il ne correspond pas au profil.
Si seulement, pensa-t-il. Kairi en aurait été verte de rage. Il aurait gagné avant même d'avoir commencé à jouer.
— Et Kairi ? demanda Hayner en regardant autour de lui d'un air nerveux. T'as dit que t'étais avec elle.
— Oh, elle ? Elle est trop bête pour avoir remarqué quoi que ce soit, ne t'inquiète pas. Je lui ai dit que t'étais sans doute avec Tifa.
— Qui c'est, celle-là ?
— Elle est en dernière année. Tu sais, miss t-shirt mouillé.
— Ah, elle. Je la connais même pas !
— Je t'ai dit que Kairi était un peu idiote.
— Ouais, mais...
— Il faisait noir. T'inquiète, je te dis. Et puis...
Il lui passa une main autour des épaules et s'approcha de son oreille.
— ... on est dans le même camp. Elle peut pas comprendre, elle. C'est juste une meuf un peu gnangnan qui passe son temps à délirer sur ses robes et son verni à ongle.
— Dégage, bordel !
Vanitas recula d'un pas et répondit d'un ton léger :
— Sois un peu poli, petit garnement. Papa va se fâcher si tu continues comme ça.
— On n'est pas dans le même camp. On est que dalle. Tu me fais chier, sérieux.
— T'es hargneux, comme gars. Écoute, j'vais pas me foutre de ta gueule. Je suis quelqu'un d'intègre, tu sais. Et puis, c'est pas cool de se moquer de ce genre de truc. Je m'en fous que tu te fasses tous les mecs du quartier. J'en ai besoin d'un seul.
Il y eut un long silence durant lequel Hayner sembla réfléchir. Il fronça les sourcils sans comprendre.
— Mais de quoi tu parles ?
— T'es pote avec Ventus, non ?
Nouveau silence.
— Ven. Ven ?
— Faut le répéter trois fois pour que ça arrive jusqu'à ton cerveau ?
— Merde, t'es sérieux ? Ventus ? Moi qui pensais que Roxas se faisait ses petits scénarios perso, j'y crois pas...
— Roxas n'est apparemment pas aussi idiot qu'il en a l'air. Ou bien c'est de la chance. Je miserais plutôt sur la seconde proposition.
Hayner avait un petit sourire, désormais, mais Vanitas fit de son mieux pour ne pas perdre le contrôle de la situation. Hors de question que l'autre idiot inverse les rôles.
— Et quoi, qu'est-ce que ça peut faire que je sois pote avec Ven ? Tu veux que je lui file ton numéro ?
— Il l'a déjà.
— Sérieux ? Eh bah putain.
— Écoute, je vais pas y aller par quatre chemins. Ventus ne semble pas très à l'aise avec moi.
— C'est le moins qu'on puisse dire, vu ta personnalité de psycho.
Vanitas leva les yeux au ciel.
— Fais en sorte que ce ne soit plus le cas.
— Ha, ha, ha. Fais-le toi-même, mec. Je suis pas ta bonniche. Il s'intéresserait peut-être à toi si t'étais un peu moins con. Enfin, non. Mais ça aiderait.
— C'est comme tu veux. Cela dit, je ne suis pas sûr que tout le monde gobera cette histoire de Tifa...
Hayner était de nouveau sur la défensive. Il croisa les bras.
— À qui t'as raconté cette merde ?
— À personne, encore. Mais bon, on ne sait jamais que la rumeur commence à...
— Te fatigue pas avec tes « on ne sait jamais ». C'est quoi, le plan ? Tu fermes ta gueule et je t'arrange un coup avec Ven ? T'es vraiment siphonné, ma parole.
— C'était l'idée, ouais.
— Va te faire foutre.
— Eh bien, c'est le but, au final. Mais passons. Je...
— Je dois me répéter ? Tu peux aller te faire mettre. Je m'en balance de ton chantage à deux balles. Raconte ça à qui tu veux, personne te croira. Et puis merde, t'as rien vu, de toute façon. Cordialement.
Sur ces mots, Hayner partit d'une démarche rageuse et dévala les escaliers qui menaient à la cour sans un regard en arrière. Stupéfait par son échec, Vanitas resta immobile au milieu du couloir pendant un bref moment.
Ce fut une voix féminine qui le ramena à lui.
— Hayner ? J'étais sûre que t'allais essayer.
Kairi ne cachait pas son contentement. Il grommela.
— Qui ne tente rien n'a rien.
— Trop facile d'utiliser des expressions passe-partout comme ça, se moqua-t-elle. T'es pas sérieux, quand même. Hayner ? Il te déteste. Enfin, tout le monde te déteste, cela dit.
— Je ne voudrais pas me répéter, mais...
— C'est pas grave, Vani. Ça ira mieux la prochaine fois.
— C'est ça, on va voir qui rigolera quand j'aurai...
— Tu ne gagneras pas. Tu passes ton temps à te rater. Je n'ai encore aucun échec à mon actif.
— Normal, t'as encore rien essayé. Et puis, je t'avais battue avec Joshua.
— Je ne savais même pas contre qui je me battais, ça ne compte pas. Mais ne t'inquiète pas, j'ai un plan.
— C'est la millième fois que tu me le dis, mais j'ai toujours rien vu.
— Tu lui as dit, pour Ven ? Je suis sûre qu'il est tout content d'avoir un ragot à raconter. Il va le dire à tout le monde.
— Boh, ils le savent déjà tous.
— Depuis quand t'es lucide ? C'est bien, Vanitas, continue comme ça. Être honnête avec soi-même, c'est la clé.
— Ta gueule.
Elle secoua ses cheveux et sortit dans la cour avec un grand sourire. Il la suivit en marmonnant entre ses dents. Elle se croyait meilleure que lui, mais elle avait tort. Elle bluffait. Elle n'avait pas le moindre plan.
Ils passèrent à côté d'Hayner, Pence, Roxas et Ventus en sortant de l'établissement. Après un bref échange de regard, ils adressèrent un grand sourire à Hayner qui leur fit un doigt d'honneur sous le regard estomaqué de ses amis. Vanitas eut le temps d'entendre un bref : « Laisse tomber, c'est juste deux gros connards », avant de s'éloigner et de prendre le chemin de la maison en compagnie de sa meilleure amie – ou ennemie, peut-être, il n'en était jamais bien sûr.
xxxxx
Les jours passèrent, puis les semaines, sans qu'aucun signe d'amélioration notable ne se présente ni pour l'un ni pour l'autre. Comme d'habitude, Ventus passait son temps à éviter Vanitas du mieux qu'il le pouvait, l'esquivant dans le couloir ou détournant subtilement la conversation quand elle avait le malheur d'exister. Il n'avait pas l'air de vouloir passer la moindre seconde en sa compagnie et, fatigué, Vanitas finit par arrêter d'essayer. Il trouverait bien autre chose, pensait-il en plongeant la tête sous l'eau, bien calé au fond de sa baignoire. Il ne pouvait pas perdre. Il ne s'en remettrait jamais et, connaissant Kairi, elle se ferait un plaisir de le lui rappeler à chaque seconde de son existence.
Elle était suffisamment insupportable comme ça. Au moins ne l'avait-elle plus convié à ses sabbats de sorcières, ce qu'il ne manquait pas d'apprécier.
Il sortit de l'eau, s'essuya et s'habilla en vitesse. Il avait rendez-vous avec elle, une fois encore. L'hiver touchait à sa fin mais elle refusait d'abandonner les cappuccinos de leur café habituel.
Lorsqu'il arriva sur place, il la trouva assise à une petite table ronde perdue dans un coin. Elle semblait perdue dans ses pensées et ne fit attention à lui que lorsqu'il s'assit en prenant soin de lui donner un bref coup de pied dans le tibia, juste pour le plaisir.
— Fais gaffe !
Il haussa les épaules. Il faisait beau, aujourd'hui, et il avait enfin pu se débarrasser de son écharpe ridicule sans grelotter.
Un serveur s'approcha d'eux avec un grand sourire.
— Vous avez choisi ?
— Coca.
— Et pour la demoiselle ?
— La demoiselle a déjà un café, au cas où, grogna Vanitas.
— Je reviens tout de suite, alors ! Et vive le printemps !
Le serveur s'éloigna et Vanitas se laissa tomber sur la table en soupirant.
— T'as un problème, Vani ?
— Nan. Il est con, celui-là, avec son sourire benêt et son putain de printemps. Qu'est-ce que j'en ai à foutre, du printemps ? Putain de merde.
— C'est donc ça. Tu es triste parce que les gens sont contents. Mon pauvre chéri.
— On est samedi et tu me forces à sortir de chez moi. C'est une raison suffisante pour faire la gueule.
— J'en suis ravie. Attends une seconde, t'es pas allergique au pollen, toi ?
— Non.
— J'ai dû confondre. Ça m'aurait bien fait rire.
— Et voilà votre commande !
Le serveur déposa le verre et la bouteille puis laissa la note sur la table avant de s'occuper de quelqu'un d'autre. Vanitas le suivit des yeux en serrant les dents.
— Zen, gamin. Pas la peine de montrer tes griffes.
— Ferme-la, Kairi. Pourquoi tu m'as appelé ?
— Pour te saouler, je dirais.
— Mais encore ?
Elle termina sa tasse de café et lui adressa un sourire compréhensif.
— Ça fait un moment que je ne t'ai plus entendu parler de Ven, remarqua-t-elle. Comment va-t-il ?
— Très drôle.
— C'est que je commence à croire que tu as laissé tomber.
— J'ai pas laissé tomber. Je fais une pause stratégique. Pour qu'il m'oublie un peu, tu vois.
— C'est ça. J'avais oublié ton intelligence supérieure. Ça n'a rien à voir avec de la lâcheté.
— Et toi, alors ? répliqua-t-il avec mauvaise humeur. T'en parles jamais non plus. Et ne viens pas me parler de ton plan mystérieux, ça fait presque trois mois que tu te contentes de bayer aux corneilles.
Les yeux se Kairi se mirent à briller et il sut qu'elle avait précisément attendu cette question lorsqu'elle l'avait appelé ici.
— Mon plan mystérieux se porte très bien. Extrêmement bien, même.
— Laisse-moi deviner : tu as étudié la démonologie et passé un pacte avec un terrible monstre qui poussera notre cher Roxas dans tes tendres petits bras.
— Tu es loin du compte. Il ne semble pas très réceptif aux ondes spirituelles. J'ai laissé tomber.
— Encore heureux.
— Non, j'ai plus classique. Mais ça m'a demandé beaucoup de travail.
— Je crains le pire.
Il avait raison. Kairi sortit un cahier de son sac et le lui présenta avec son plus beau sourire. Il l'ouvrit sans un mot.
— Je me suis entraînée pendant des mois, dit-elle tandis que les yeux de l'adolescent parcouraient une page prise au hasard au milieu du fascicule.
Il ne répondit pas. À vrai dire, il avait du mal à comprendre. Il ferma le cahier et leva les yeux vers Kairi qui attendait sa réaction avec une sorte d'espoir malsain.
— Une pièce de théâtre.
— Une pièce de théâtre, confirma-t-elle en replaçant une mèche derrière ses oreilles.
— Je ne comprends pas.
Elle soupira longuement.
— C'est vrai que tu es parfois long à la détente. Je l'oublie, à l'occasion. Je crois que je suis trop optimiste.
— Tu comptes te baser sur un des personnages pour le pousser à sortir avec toi ? Il y a des mystérieuses techniques de dragues cachées, genre prendre du faux poison pour avoir l'air mort et se tuer ensuite ?
— Vanitas. Il ne t'arrive vraiment jamais de suivre un peu les événements, hein ?
— J'ai loupé un truc ?
— Je vais t'expliquer. Vois-tu, cette pièce (elle désigna ostensiblement le cahier) basée sur Alceste d'Euripide, sera représentée au début du mois de juin dans notre bon collège afin de récolter des fonds qui serviront à rembourser notre voyage scolaire qui, tu le sais, aura lieu dans quelques semaines à peine.
— Et ?
— Et il se trouve que Roxas aurait apparemment un certain attrait pour le théâtre. Il prend des cours depuis quelques années, à ce qu'on dit.
— Et tu sais ça d'où ?
— J'ai mes sources. Olette, en fait. Elle ne peut pas la fermer une fois qu'elle a commencé.
— Je vois. Tu t'es donc fait chier à étudier cette pièce en entier pour avoir une minuscule chance de partager la scène avec Roxas.
— Tu as tout compris. Mais je n'ai pas tout étudié. Juste un des rôles principaux.
Un vague sourire apparut sur les lèvres de Vanitas. C'était encore pire qu'un de ses tours de magie. À en croire l'espoir qui embrasait son regard, elle y croyait vraiment.
Il retint un rire. Elle s'en aperçut aussitôt.
— Un problème ?
— Aucun. Si ça te fait plaisir, c'est le principal.
— Tu doutes de ma capacité à décrocher le premier rôle ?
— Je n'oserais pas.
— Menteur. Mais ce n'est pas grave. Je te prouverai bien assez tôt ma supériorité dramatique. On n'aura jamais vu meilleure Alceste dans tout le pays.
— Tu vois grand.
— Ma mère m'a appris à ne pas me restreindre. C'est comme ça qu'on finit par taxer ses amis en croyant qu'ils le font de bon cœur. Un jour, ils finissent par s'arrêter, et on se retrouve à crever de faim au coin d'une rue.
— Je peux payer mon coca tout seul.
— Je ne parlais pas de toi.
Son expression démentait ses propos mais il n'en dit rien. Il avait l'habitude. Et puis, accepter de se faire marcher dessus à chaque fois alors même qu'elle savait exactement ce qui l'attendait relevait de la faiblesse pure et simple, voir de l'idiotie. Ça n'avait rien à voir avec de la générosité ou un manque de restriction. Qu'est-ce que ça voulait dire, déjà ? Sa mère lui donnait vraiment de bien étranges leçons.
Enfin, pas pire que celles de sa grand-mère, quand il y réfléchissait. Entre l'idiotie et la sorcellerie, il avait vite choisi.
— Et le casting, alors, c'est quand ?
— Le casting ? Il est déjà passé. C'était avant-hier.
— Ah bon ?
— Roxas semblait si heureux. Il est sûr et certain d'avoir le rôle d'Admète. Il ne sait pas encore qui va finir par jouer sa tendre épouse.
— J'ai presque envie de t'encourager, juste pour voir son visage se décomposer quand on lui annoncera la grande nouvelle. Tu dois être la dernière fille à qui il a envie de donner la réplique.
— Il n'aura pas le choix. J'ai fait une bonne prestation. Les autres filles ne sont pas suffisamment jolies.
Il siffla.
— Tu ne manques pas de confiance en toi.
— Insinuerais-tu que je suis moche ?
— Pas plus qu'un poux sur lequel on aurait zoomé 300 fois. Enfin, tu sais, mon avis...
— Tu ne sais pas apprécier les bonnes choses.
— On va dire que c'est ça.
— Bref, la prof annoncera les rôles à la troisième heure vendredi. Croise les doigts pour moi.
— Avec plaisir. Tu payes mon coca ?
— Va te faire voir. Mais bien essayé.
Ils déposèrent l'argent sur la table et sortirent sans se soucier des grands sourires du serveur qui les remerciait de leur visite. Tout se jouerait lundi, désormais ; et si Kairi avait le malheur de décrocher le rôle principal, Vanitas devrait lui-même réfléchir sérieusement à un nouveau plan. Il était hors de question qu'elle gagne. Hors de question.
C'était maintenant une question de vie ou de mort.
Il partit en sifflotant dans les premiers rayons de soleil du printemps.
xxxxx
— Nom de Dieu.
C'était bien la cinquième fois que Roxas répétait cette phrase depuis le début de la journée. Depuis la troisième heure, plus précisément.
Ven lui adressa un regard faussement désolé. Il n'avait vraiment pas envie de se mettre son frère à dos, mais il ne voyait pas non plus où était le problème. Kairi n'était pas si terrible, si on ne prenait pas en compte ses étranges fréquentations.
— C'est pour notre bien à tous, le consola Olette. Si tu avais vu les autres filles, tu en aurais pleuré. Elle n'est vraiment pas mauvaise.
— Et puis, remarqua Ven, elle est plutôt jolie.
Roxas prit un air sceptique.
— Elle est surtout folle à lier.
— J'ai jamais remarqué. Tu tiens ça d'où ?
— De nulle part, j'en sais rien. Elle me fout les jetons. Enfin bon...
— Quand même, intervint Pence, ça aurait pu être pire. Et Kairi a toujours été gentille... je crois...
— Comment t'expliques qu'elle n'ait aucun ami, alors ? cracha Roxas.
— C'est Vanitas, expliqua Hayner en hochant la tête. Il envoie des ondes tellement négatives qu'elle finit par se perdre dedans.
— La pauvre, compatit Olette.
— Maintenant que tu le dis..., dit Roxas. C'est vrai qu'ils sont ensemble depuis la première année. Je me demande comment elle fait.
— Il n'est peut-être pas aussi insupportable qu'il en a l'air, intervint Ven. Je veux dire... enfin, elle doit bien lui trouver certaines qualités.
— J'ai du mal à y croire, fit Hayner. Il faudrait enquêter.
— C'est ça, ouais. On s'en fout, sinon. J'aurai qu'à le lui demander quand on répétera pour la pièce, puisque je suis obligé de la fréquenter. Mais ça ne m'enchante toujours pas.
— C'est juste pour quelques mois...
Roxas ignora la remarque. Quelques mois, c'était déjà quelques mois de trop.
— Bon... vous voulez faire quelque chose avant de rentrer ? proposa Pence.
— Non merci, répondit Roxas. Je suis trop fatigué. Je rentre chez moi. Et toi, Ven ?
— Je reste encore un peu ici.
— Comme tu voudras.
Il leur adressa un bref signe de tête en guise d'au revoir et partit si vite que Ven eut presque l'impression qu'il s'enfuyait. Il leva les yeux au ciel. Roxas avait été plutôt calme, ces derniers mois, mais voilà qu'il était de nouveau en colère pour une raison stupide. Sa mère avait beau mettre son comportement sur la sacro-sainte « crise d'adolescence », il savait pertinemment que ça n'avait rien à voir. À son avis, ça ressemblait plutôt à de la frustration.
— Bon, je vous laisse.
Ven lança un regard interrogateur à Hayner qui haussa simplement les épaules.
— Encore ? s'exclama Olette. Tu nous fais le coup presque chaque jour !
— Je suis très occupé. Enfin, un truc comme ça. À demain, les gars !
Il disparut aussi vite que Roxas. Ven et Pence échangèrent un regard.
— Ça lui arrive souvent depuis noël, vous trouvez pas ? demanda ce dernier .
— Vous croyez qu'il s'est lancé dans un truc avec la bande de Seifer ? dit Olette.
— Seifer ? Pourquoi il ferait ça ?
— J'en sais rien. Je l'ai vu en train de discuter avec lui, l'autre jour. Et c'est pas la première fois.
— Oh... bah, c'est peut-être une surprise ou un truc comme ça. Il finira bien par nous le dire.
— Je me le demande. Ven ? Ça va ?
Tous deux le regardaient avec une certaine inquiétude et il les rassura d'un sourire.
— Pardon, j'étais dans mes pensées.
Il était hors de question qu'il participe à cette conversation. Il n'était pas doué pour mentir. Et puis, ce n'était pas ses affaires.
Une silhouette s'approchant derrière l'épaule d'Olette retint son attention. Suivant son regard, celle-ci se retourna et laissa échapper une exclamation entre la surprise et la joie. Depuis qu'Hayner avait décidé de raconter n'importe quoi à qui voulait bien l'entendre – ce qui reprenait à peu près tous les étudiants de son année – Olette et lui se faisaient un plaisir d'y aller de leur petit commentaire à chaque fois qu'ils avaient le malheur de croiser la route de Vanitas. Ven hésita à s'enfuir avant d'avoir à supporter les petits sourires en coin de la jeune fille.
— On dirait que c'est pour toi, remarqua Olette en le voyant s'approcher.
— Ça va, c'est bon, soupira Ven.
Il était fatigué d'avance. Vanitas ne l'avait plus abordé depuis plusieurs semaines, et on ne pouvait pas dire que ça lui avait manqué. Enfin, au moins, ni Roxas ni Hayner n'étaient là pour passer l'heure suivante à se moquer de lui.
Comme prévu, Vanitas s'arrêta à sa hauteur et lui adressa un de ses étranges sourires.
— Tiens, Ventus. Quel hasard.
Hasard ? pensa Ven en fronçant les sourcils. Vanitas avait pratiquement foncé sur lui à l'instant où il l'avait vu.
— Enfin, corrigea Vanitas comme s'il avait lu dans ses pensées, c'est une façon de parler. À vrai dire, je devais...
Il sembla réfléchir pendant quelques instants.
— Ah, oui. Kairi se demandait comment Roxas prenait la nouvelle. Pour la pièce. Il a toujours cette expression quand il la voit, tu sais, celle qu'on a quand on passe près d'une bouche d'égout un peu trop nauséabonde.
Il semblait très fier de son explication et Ven choisit de faire comme s'il y croyait malgré les sourires entendus de ses deux amis.
— Je suppose qu'il s'y fera, répondit Ven en toute honnêteté.
— La pauvre. Enfin, ce sera peut-être le début d'une belle amitié.
Ven n'y croyait pas trop. Il marmonna un faible « mouais » et s'empressa de regarder ailleurs, comme s'il avait quelque chose de très important à faire.
À vrai dire, discuter avec Vanitas ne lui posait pas de problème, mais la présence de Pence et Olette le gênait plus qu'il n'osait l'avouer et il n'avait vraiment pas envie d'avoir droit à un rapport complet sur leur conversation dès qu'il serait parti.
— Bref... enfin, voilà, fit Vanitas.
— D'accord... je peux t'aider pour autre chose ?
Une brève lueur traversa le regard de Vanitas mais Ven fit mine de ne pas l'avoir vue.
— Eh bien, je...
Il fut interrompu par un cri au loin. Tout le monde se retourna et Vanitas laissa échapper un soupir exaspéré.
— Oh, pitié...
Kairi leur adressa un grand sourire et se pendit au cou de Vanitas avant qu'il n'ait eu le temps de se dérober. Elle se tourna vers Ven, Pence et Olette en s'exclamant :
— Ça alors, on me fait des cachotteries ? T'as décidé que tu changeais d'amis ?
— Dégage, Kairi.
Il tenta d'échapper à son emprise mais Kairi le tenait si bien qu'il s'en trouva incapable.
— Ne sois pas grognon, Vani. Qu'est-ce que vous faites, vous allez quelque part ?
— À vrai dire, répliqua-t-il, j'allais rentrer chez moi.
— C'est vrai ? Je suis un peu déçue. Je pensais que tu voulais qu'on passe un petit moment ensemble.
Elle fit mine de s'approcher de Ven pour lui dire un secret mais ne prit pas la peine de baisser la voix.
— C'est que lui et moi nous sommes beaucoup rapprochés ces derniers temps.
— Dans tes rêves, oui ! s'indigna Vanitas.
— Même dans mes rêves, je ne vois que ton beau visage, mon doux prince.
Elle lui caressa la joue du bout du doigt et il s'éloigna brusquement.
— Dégueu, marmonna-t-il.
— Tu es si gentil, si beau et si fort. Je ne peux pas faire autrement.
— Arrête de me faire chier. Personne ne croit à tes conneries. Tout le monde sait que je suis gay, de toute façon. T'es pas une bonne actrice, t'es juste moins mauvaise que les autres.
Pence retint un rire tandis qu'Olette restait de marbre. Kairi prit une expression stupéfaite.
— Vanitas... tu es gay ? Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ? Moi qui croyais que les bourgeons de l'amour étaient en train d'éclore entre nous ! Et comment ça, « tout le monde le sait » ?
Elle se tourna vers Ven, l'air outré.
— Tu le savais ?
— Oh, eh bien...
— Et personne ne m'avait rien dit ? Ma vie n'a plus aucun sens !
Vanitas tourna les talons et s'éloigna en marmonnant dans sa barbe.
— Tu pourrais au moins dire au revoir ! cria Kairi. Il est vraiment impoli.
Ven sourit.
— Il n'a pas l'air de très bonne humeur, fit remarquer Pence. Vous vous êtes disputés ?
— Oh, ça ? Il est simplement jaloux.
— Jaloux ? s'étonna Olette.
Elle avait humé l'odeur du ragot et avait l'air soudain très intéressée par la conversation. Kairi lui adressa un sourire.
— Il a perdu un pari. Ça le met vraiment en rogne.
— Quel pari ?
Kairi prit un air conspirateur.
— Je vends mes informations très cher. Un chewing-gum à la cerise et je vous raconterai tout.
Trouvant l'échange apparemment approprié, Olette sortit un paquet de sa poche et en distribua à chacun d'entre eux pour faire bonne mesure.
— Ne le répétez à personne, dit Kairi en les invitant à s'approcher d'elle, mais Vanitas a une passion cachée.
— Quel genre ? demanda la brune.
— À vrai dire, il est jaloux parce qu'il est convaincu qu'il aurait fait une meilleure Alceste. Il convoite la place depuis le début de l'année. Il s'était durement entraîné, vous savez. Je lui avais même prêté des robes pour qu'il se sente dans le rôle, mais elles étaient trop petites pour lui.
Ils éclatèrent de rire.
— Il a peut-être le béguin pour Roxas, plaisanta Olette.
— Si c'était le cas, je le tuerais de mes propre mains, dit Kairi à voix basse, mais personne d'autre que Ven ne l'entendit.
— Je croyais qu'il aimait bien Ven, s'étonna Pence.
— Ven ? s'écria Kairi. Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?
— Hayner nous a...
— Pas important, marmonna Ventus.
La conversation ne manquait pas de le mettre mal à l'aise, comme d'habitude lorsqu'elle tournait autour de ce genre de sujet. La rousse lui fit un clin d'œil et, pour une raison qui lui échappait totalement, il se sentit rougir.
— Hayner ? dit-elle. Je me demande d'où il tient ça.
— Ce n'est pas vrai ? s'étonna Pence. Il a dit que Vanitas le lui avait raconté.
— Il a dit ça ?
— Ouais, il y a quelques mois.
Le sourire de Kairi disparut un instant puis revint comme s'il avait toujours été là. Elle pencha un peu la tête.
— Sacré Hayner. Comment va-t-il, d'ailleurs ? Il paraît qu'il est avec quelqu'un ?
Seul un silence abasourdi lui répondit. Ven pinça les lèvres. Elle n'était pas censée savoir.
— Hayner a quelqu'un ? dit Olette. Ça m'étonnerait.
— C'est ce que j'ai entendu dire.
— Et qui t'a dit ça ? demanda Pence.
— Je ne sais plus. Les rumeurs, tu sais... je sais juste qu'il était avec une fille très grande et très baraquée. Elle porte souvent un bonnet sur la tête. Je n'en sais pas plus.
Pence haussa les sourcils et porta une main à son menton. Olette avait plissé les yeux et cherchait quelqu'un qui pouvait correspondre à la description.
Ven lança un regard d'avertissement à Kairi qui l'ignora de bon cœur. Il manqua de lâcher un juron. Il voyait parfaitement où elle voulait en venir, et quelque chose lui disait qu'Hayner n'allait pas apprécier.
— Elle est blonde, je crois, et...
— Si c'est vrai, il nous le dira lui-même, intervint le blond.
— J'imagine. Vous êtes ses amis, après tout.
— Oui... bon, je dois rentrer. Kairi, tu vas dans le même sens que moi, non ?
Kairi hésita un instant puis hocha la tête.
— C'est vrai, je devrais y aller. Un texte à étudier. Ce fut un plaisir de faire affaire avec vous, ajouta-t-elle en souriant à Pence et Olette.
Il la saluèrent puis Ven et elle partirent de leur côté. Une fois qu'ils furent assez éloigné, il prit la parole :
— Tu n'étais pas obligée de leur parler de ça.
Elle ne releva pas le ton de reproche employé et haussa les épaules.
— Les gens font parfois exactement ce qu'on ne veut pas qu'ils fassent.
Ce n'était même pas une tentative de justification. Kairi ne souriait plus. Elle avait simplement l'air de réfléchir.
— Mais il...
— Ven.
Il se tut. Elle s'était arrêtée et un léger sourire flottait sur son visage. Pas un sourire moqueur ou forcé. Un sourire doux, presque gentil. Il se sentit étrange. C'était la première fois qu'il la voyait seul à seule, et il prit conscience du fait qu'il ne la connaissait pas vraiment. Ils étaient dans la même classe, mais sans plus.
— Je sais ce qu'on dit à propos de Vanitas.
Qu'est-ce que Vanitas avait à voir avec ça ? Son incompréhension dut marquer ses traits car Kairi expliqua :
— Je le connais depuis des années et je sais exactement ce que chacun pense de lui. Je ne dis pas que leurs pensées sont infondées, mais je ne les laisserai pas répandre n'importe quelles rumeurs sous prétexte qu'il est une cible facile. Il n'y répond jamais et ne réagira pas, et ce n'est pas grand chose cette fois-ci, mais Vanitas est mon meilleur ami. Si quelqu'un décide de raconter ce qui lui chante à son sujet, j'en ferai de même.
— Oh...
— Tu n'es pas du genre à répandre des rumeurs, toi, hein ? Ça me m'étonne pas qu'il t'ait raconté la vérité.
— Comment tu es au courant, d'ailleurs ?
— Hayner n'est pas très discret.
— Il n'en a parlé qu'à moi...
— Je croyais que Roxas était son meilleur ami.
Ven s'était fait la même réflexion, mais il avait préféré de pas poser la question. Hayner et Roxas ne s'entendaient plus si bien que ça, depuis le début de l'année. Depuis que l'humeur de Roxas s'était détériorée, en somme ; et il aurait bien du mal à lui en vouloir. Ven lui-même avait du mal à le supporter, parfois.
— Tu connais Sei... enfin, son...
— Seifer ? C'est vraiment Seifer ? Merde, je l'aurais parié. J'aurais dû.
— Tu ne savais pas qui c'était ?
— Non. J'étais avec Vanitas quand on les a vu, mais c'était il y a quelques temps et il faisait nuit. Ça ne pouvait être que Seifer, de toute façon... enfin, ce n'est pas une surprise.
— Vanitas aussi ?
— Si je sais quelque chose, il y a de fortes chances qu'il le sache aussi. Quand on n'a qu'un seul allié, mieux vaut qu'il soit bien informé.
Ils se remirent en marche.
— J'aimerais bien avoir un meilleur ami comme ça, moi aussi. Enfin, j'ai des amis, mais...
— Je vois ce que tu veux dire.
— Ça a l'air marrant. J'ai bien Roxas, mais... c'est mon frère, ça ne compte pas.
— C'est différent, c'est sûr. Et puis, à force de rester aussi longtemps proche de quelqu'un, on finit par le connaître presque aussi bien que soi-même. Quand j'étais petite, je ne l'aimais pas beaucoup. Lui non plus. Mais on finit par trouver des qualités même chez les personnes les plus bizarres.
— Comment vous êtes devenus amis, alors ?
— Oh, ça ?
Elle eut un vague sourire.
— On avait huit ou neuf ans, quelque chose comme ça. Je ne pouvais pas le piffer. Il passait son temps à fanfaronner ou à pleurnicher dans un coin. Tout le monde se fichait de lui.
Elle regarda le ciel et ses yeux brillaient d'amusement. Ven ne put s'empêcher de sourire à son tour.
— Et après ?
— Il y avait ce gars, dans une classe au-dessus de la nôtre... une brute complètement idiote que tout le monde détestait. Il avait sa petite bande de suiveurs et adorait emmerder les gens du coin. Et il bavait, aussi. Du coup, je lui avais donné le brillant surnom de « le Baveux ».
— Joli.
— Merci. On en rigolait souvent, avec mes copines. Je n'étais pas la plus populaire du groupe, alors je me suis dis qu'un peu d'humour arrangerait ma situation. Malheureusement, comme elles n'étaient pas plus intelligentes que le Baveux, elles ont décidé de l'appeler comme ça à tort et à travers. Après quelques jours, tout les enfants de l'école l'appelaient comme ça, et ça a fini par arriver jusqu'à lui. Inutile de dire qu'il n'a pas apprécié. Bref, après avoir traumatisé deux ou trois gamins plus petits que lui, il est arrivé à une de mes amies de l'époque qui a eu tellement peur qu'elle a pissé dans sa culotte. Il s'est tellement moqué d'elle qu'elle a fini par dire que tout était de ma faute et que c'était moi qui lui avais dit de raconter à tout le monde qu'il s'appelait le Baveux.
— C'était pas très sympa.
— Tu l'as dit. Il était fou de rage et a juré qu'il allait m'écrabouiller à coup de chaises à la sortie de l'école. Je crevais de peur. J'étais minuscule, et il était énorme.
— Et il a réussi ?
— Heureusement pas. Je m'étais cachée dans une classe à la fin des cours en pleurant. Tout le monde pensait qu'il allait le faire. Il y en a même qui étaient contents. J'étais une petite peste, en fait. On ne m'aimait pas beaucoup. Et comme mes propres amies m'avaient trahie... enfin. Je suis restée dans cette classe pendant une bonne demi-heure. Quand je suis sortie, la plupart des élèves étaient partis et il ne restait plus qu'une petite quinzaine d'enfants dans la cour. Vanitas était là. Il attendait ses parents, mais ils arrivaient assez tard. C'était le seul garçon de ma classe qui était encore là, alors je suis allée près de lui. Il m'a demandé si j'avais pleuré, et je lui ai raconté toute l'histoire.
— Il t'a sauvée des griffes du Baveux ?
— Il a dit qu'il m'aiderait si je lui donnais des bonbons pendant tous les jours de la semaine qui suivait. J'en avais tout plein chez moi, alors j'ai dit oui.
— Qu'est-ce qu'il a fait, alors ?
Il était vraiment curieux et Kairi lui décocha un grand sourire.
— L'idiot, comme d'habitude. Le lendemain, il est resté avec moi toute la journée. Quand le Baveux est venu pour me frapper, il s'est mis devant moi et a dit qu'il ne le laisserait passer que s'il gagnait un concours d'insultes contre lui.
— Oh.
— Oui. Vanitas apprécie le chaos. Il avait bien envie d'humilier un grand avec témoins. Comme le Baveux était incroyablement bête, il a accepté. Pas de chance pour lui, Vanitas avait passé des semaines pendant ses vacances à inventer les pires injures à sortir au cas où on l'embêterait. Il s'ennuyait beaucoup.
Ils rirent ensemble.
— Le Baveux a eu tellement honte qu'il est parti en chouinant comme un bébé. Tout le monde se moquait de lui. J'étais bien contente.
— Vous êtes devenus amis après ça ?
— Il a vu que j'avais toujours plein de trucs à manger, et je n'avais plus la moindre envie de fréquenter les filles qui m'avaient vendue. On a trouvé un deal. J'ai fini par découvrir qu'il n'était pas si nul que ça. Il avait tout un tas de jeux cool chez lui, en plus. Et il habitait une super grande maison.
— J'imagine la scène.
— J'aurais jamais pensé être amie avec lui avant ça. Comme quoi...
— C'est une belle histoire, en tout cas. Oh...
Il s'était arrêté devant la bouche de métro.
— On se sépare ici, j'imagine, dit Kairi.
— Tu rentres à pied ?
— Je n'habite pas si loin que ça.
— À propos d'Hayner...
— Je n'en parlerai pas. Dis-leur que je disais ça pour rire, si tu veux.
— Merci. Bon, bah... à plus.
— À lundi !
Il s'apprêta à descendre les escaliers quand il fut pris par une révélation et l'apostropha à nouveau :
— Kairi !
Elle se tourna vers lui, surprise.
— Oui ?
— C'est juste que... à propos de ce que Hayner a dit...
— Qu'est-ce qu'il a dit ?
— Eh bien, euh...
Il détestait parler de ça à voix haute. Il s'éclaircit la gorge.
— Enfin... tu sais, sur Vanitas et son prétendu béguin...
Rien que le dire lui faisait monter le rouge aux joues. Il maudit les dieux de ne pas être apte à se contrôler un peu plus. C'était une vraie misère, ce truc.
— Le fait qu'il aurait un crush sur toi, tu veux dire ?
Il acquiesça avec embarras.
— Si tu as envie de le savoir, il te suffit de lui poser la question.
Comme si c'était aussi simple. Il préférait encore s'étouffer avec sa propre langue.
— C'est vrai, alors ? demanda-t-il.
— Je n'ai pas dit ça, répondit-elle avec un bref clin d'œil. Pourquoi, intéressé ?
— Quoi ? Non, je ne... c'était juste...
— Je disais ça pour rire. Allez, on se voit lundi !
Elle lui fit la bise et s'en alla avec un air guilleret. Un peu sonné, il fallut quelques secondes à Ven pour qu'il se décide enfin à descendre dans les couloirs du métro.
Roxas pouvait râler tant qu'il voulait, Kairi n'était pas si terrible que ça, finalement. Il se promit de lui en toucher un mot en rentrant. Avec un peu de chance, ça soignerait sa mauvaise humeur.
Il grimaça à cette pensée et monta dans la rame qui, par chance, était déjà à quai.
xxxxx
« Tu me dois une glace. Un pot entier, au moins. Et je ne rigole pas.
— Dans tes rêves, oui. J'avais rien demandé. Tu t'es plantée toute seule.
— Je me suis dis que si je n'arrivais pas à atteindre ma cible, attendrir le cœur de son cher frère était déjà une étape importante. Ne jamais sous-estimer la puissance du bouche-à-oreille familial.
— Tu es trop intelligente pour ce monde, Kairi. Il ne te mérite pas.
— Je n'ai parlé de toi que pour me faire pardonner de tous mes coups bas. Je n'aurais pas dû venir jusque chez toi, ce jour-là. Mais c'était trop drôle pour que je m'en prive.
— Qu'est-ce que tu lui as raconté, exactement ?
— La glorieuse histoire du Baveux.
— Sérieusement ? T'avais rien de mieux en réserve ?
— Le reste ne répondait pas à sa question. Et sois tranquille ; dans ma grande mansuétude, j'ai omis de citer la partie où le Baveux se vengeait de toi en t'éclatant la tronche dans les toilettes des garçons. Tu resteras à jamais un valeureux héros aux yeux de l'humanité.
— Je penserai à acheter un pot de glace.
— J'ai toujours su que t'étais quelqu'un de bien, au fond. Tiens, sinon, pas étonnant que Ven ait passé son temps à t'éviter dernièrement. Hayner lui avait raconté des trucs.
— Ouais, je m'en doutais. Pas grave. Il ne peut pas me battre de cette façon-là.
— Je pensais que c'était moi, ton adversaire ?
— Qu'Hayner raconte ce qu'il veut, je m'en fous. J'ai connu pire.
— Oh, tu parles de cette fois où Axel avait raconté à tout le monde que t'avais un énorme...
— Je ne vois pas de quoi tu parles. Bonne journée, Kairi !
— Attends, attends ! T'es où, là ? J'ai rien à faire, et mes parent sont pas là.
— Malheureusement, j'ai d'autres plans pour la journée.
— Dis-moi où t'es !
— Secret défense. Je te remercie pour ton aide. Je t'enverrai un SMS si je change d'avis !
— Tu peux toujours courir. Je veux plus de toi chez moi.
— C'est ça, au revoir. »
Il raccrocha avec un sourire aux lèvres et rangea son portable dans sa poche. Kairi lui avait sans doute bien facilité le travail en discutant avec Ven. Elle l'avait fait pour elle, bien sûr, mais elle lui avait donné un avantage non négligeable.
C'était de bonne guerre, après tout. Elle avait pris l'avantage en planifiant sa participation à cette pièce de théâtre ridicule. Ça lui donnait une tonne d'excuse pour s'entretenir avec Roxas en plus de tout un tas d'occasions pour le voir après les cours. Lui n'avait pas cette chance.
Assis sur les gradins en plastique qui ceignaient la piste d'athlétisme de la ville, il observait les groupes de sportifs s'entraîner d'un œil attentif. Comme il l'avait espéré, Ven et Roxas participaient à leur entraînement du samedi et couraient autour de la piste depuis quelques minutes déjà. Ils n'avaient même pas remarqué sa présence. Ce n'était pas un problème. Ils le remarqueraient suffisamment tôt.
Kairi se mettait le doigt dans l'œil si elle pensait qu'il avait passé ces dernières semaines à ne rien faire. Il prenait la compétition très au sérieux. Il avait lu de nombreux livres de psychologie – pas en entier, bien sûr ; il s'était simplement arrêté aux chapitres qui l'intéressaient, c'est-à-dire tous ceux pouvant l'aider dans sa quête désespérée de séduction – et en avait retiré de nombreuses connaissances qui, il le savait, l'aideraient à remporter le pari sans la moindre difficulté. Et il n'avait pas besoin de répéter un rôle pour y arriver. Il économisait ainsi du temps et de l'énergie, contrairement à la rousse qui n'aurait désormais plus d'autre vie sociale que celle que la prof d'art dramatique lui accorderait.
Ventus n'allait pas tarder à terminer son tour de piste. Le moment était proche. Il était temps pour lui de rentabiliser ses heures d'études. Il descendit les gradins et se dirigea droit vers Ven avec un grand sourire. Celui-ci, essoufflé, semblait trop abasourdi pour faire quoi que ce soit. Parfait.
— Salut, Ven.
Il resta interdit un instant puis le salua en hésitant.
— Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-il en regardant autour de lui comme s'il pouvait y trouver un quelconque indice de la raison de la présence de Vanitas.
Il se remettait à peine de sa course et avait un peu de mal à reprendre correctement sa respiration. Vanitas sourit.
— Tu veux passer chez moi cet après-midi ?
Voilà une proposition à laquelle Ven ne s'attendait certainement pas. Il plissa des yeux méfiants.
— Pourquoi ?
— Comme ça.
— Euh, non merci... enfin, j'ai des choses à faire cet après-midi et je, euh...
Vanitas prit un air un peu déçu et savamment calculé. Ven se passa une main dans la nuque, signe qu'il était légèrement embarrassé.
— On peut juste boire un verre le week-end prochain à la place, proposa à nouveau Vanitas. Où tu veux.
Le blond avait l'air soulagé. Le sourire de Vanitas s'agrandit. Ça allait marcher.
— Bon, OK... le week-end prochain. Enfin, hum...
Il était hors de question de lui laisser le temps de réfléchir. Il posa une main sur son épaule avant de s'en aller en disant :
— Parfait, alors ! À lundi !
Il s'en alla sans lui laisser le temps de répondre, un sourire triomphant sur le visage. La technique de la porte-au-nez avait été un franc succès. La psychologie sociale était décidément une discipline bien pratique.
Il entendit Roxas s'indigner de sa présence au loin et se laissa aller à rire sans retenue. Kairi pouvait bien se targuer d'avoir un plan convenable, elle n'était pas aussi bonne manipulatrice que lui. La roue avait déjà commencé à tourner.
Il plongea les mains dans ses poches et, pour une fois, se prit à apprécier la chaleur du soleil sur le haut de son crâne.
Cette fanfiction est passée en priorité 1. Il faut que je la finisse avant de commencer quoi que ce soit d'autre, sinon ma sœur va me tuer (gros kiss mdr lol).
Sinon, pour la petite histoire : la technique de la porte-au-nez consiste à faire en sorte que quelqu'un accepte une demande en commençant par lui en proposer une plus grosse qu'il aura toutes les chances de refuser. Héhé.
De même, les gens ont tendance à trouver leurs interlocuteurs plus attirants juste après avoir fait du sport parce que tmtc, les pulsasions rapides et tout le toutim c'est les mêmes symptômes que ceux de l'amouuuur (tru stori). Well played, Vanitas.
Il y a des chances que je réponde à vos reviews avec CrimsonRealm parce j'ai la flemme de me co des fois /o/ Sur ce, merci pour votre lecture et merci encore pour vos reviews, hihi, à la prochaine !
