Disclaimer : Square Enix, Disney.

Merci pour vos reviews ! coeur sur vous hihi


La semaine entière leur avait offert des températures presque estivales. Certains avaient déjà ressortis leurs lunettes de soleil et la plupart des passants que Ven croisa sur le chemin qui menait jusqu'à chez lui se promenaient en t-shirt. Le métro était devenu un véritable enfer, aussi Roxas et lui avaient-ils décidé qu'il n'était pas si terrible de rentrer à pied ; ils n'avaient qu'une demi-heure de marche et, au moins, ça leur permettait de profiter eux aussi de la présence du soleil.

— Et je suis certain qu'il fera dégueulasse lundi, déclara Roxas en se frottant l'avant-bras comme si ça allait l'aider à se débarrasser de son récent coup de soleil.

— Ne parle pas de malheur, soupira Ventus.

— J'ai le genoux détecteur de pluie qui gratte. Je regarderai la météo quand on rentrera, tu vas voir. Enfin, si je pouvais avoir tort... J'en avais tellement marre de l'hiver, il a plu pendant un mois d'affilée.

— Je sais, j'étais là.

— Ouais, bon. Sinon, on pensait faire un laser game avec Olette et Pence. Hayner est occupé, encore. Tu veux venir ?

— Vous avez décidé ça quand ?

— Quand t'étais avec Sora, hier midi. Je leur ai dit que je t'en parlerais.

— Ah... c'est quand ?

— Samedi ?

Ven resta un instant silencieux. Roxas haussa un sourcil.

— T'as un truc prévu ?

— Ouais... j'ai promis à quelqu'un d'aller, euh, quelque part.

— Dis-lui d'aller se faire voir, au pire.

— Trop tard. J'ai accepté, j'ai pas envie de lui faire faux bond. Enfin, ce ne serait pas correct.

— Toi et ton bon cœur. Quelqu'un qui, d'ailleurs ?

Ventus regarda ailleurs. Il n'avait pas la moindre envie d'en parler avec son frère. Il savait exactement comment il réagirait.

— Avec qui ?

— Oh... quelqu'un. Enfin, laisse tomber, c'est juste un truc à la con. Il est venu comme ça et ça m'a pris par surprise. J'ai pas pu dire non.

À vrai dire, il ne savait même pas si quelques minutes de réflexion en plus auraient changé la donne. Il préférait ne pas se poser la question.

Roxas le dévisageait.

— Quoi ?

— Rassure-moi, t'es pas en train de parler de Vanitas ?

Comment avait-il pu le deviner ? Roxas ouvrit la bouche, stupéfait.

— Tu te fous de moi !

— J'avais pas le choix. Enfin, si, mais...

— Mais t'es trop con pour oser dire non. Putain, j'étais sûr que ça finirait par te mettre dans la merde. Achète-toi une foutue personnalité !

— Il m'a pris au dépourvu. Je savais pas quoi dire. Et puis merde, je vois pas en quoi ça te regarde. Si j'ai pas de personnalité, c'est mon problème. Laisse tomber.

Mais Roxas n'avait pas l'intention de laisser tomber. Ses yeux lançaient des flammes. Par habitude, Ven se prépara à subir ses remontrances en soupirant.

— Si personne te le dit, tu vas continuer à faire l'ombre pathétique pour le reste de ton existence. T'en as pas marre de jamais prendre aucune décision par toi-même ? Arrête de laisser les gens te mener par le bout du nez comme ça ! T'es un grand garçon, maintenant, t'es capable de réfléchir tout seul à ce que tu veux faire et à ne pas céder à la moindre demande. Surtout quand ça vient de gens manipulateurs-nés comme lui. T'as bien remarqué qu'il était bizarre, non ? Pourquoi t'as dit oui ?

— Je ne me laisse pas marcher dessus.

— Tu parles ! Même moi je te fais faire ce que je veux quand j'en ai envie. T'as jamais un mot plus haut que l'autre, tu contestes jamais rien, t'oses jamais faire front. Si t'as envie de rester le mec à qui on donne des ordres et qui les exécute avec un grand sourire benêt, grand bien te fasse. Mais prends-en au moins conscience. Tu saoules tout le monde avec ça.

— Qu'est-ce que tu en sais ? Personne ne m'a jamais reproché mon attitude.

— Les seules personnes qui aiment les suiveurs sont les pervers manipulateurs. Tu vas te faire écraser un jour ou l'autre. J'm'en fous, moi, je dis ça pour toi.

Ven ne répondit pas. Il en avait déjà conscience, et il avait décidé que ça ne le gênait pas. Il ne se sentait pas manipulé, il n'avait pas l'impression de déléguer sa propre existence.

Mais n'était-ce pas le propre des personnes sous influence ?

Comme Roxas attendait une réponse, il lui sourit. Son frère le dévisagea puis partit devant, la démarche raide. Ce qu'il pouvait dire n'avait pas grande incidence sur Ven. La conversation était terminée, il le savait très bien.

C'était toujours comme ça.

Ven le rattrapa au trot. Il finirait par laisser passer. Contrairement à ce que tout le monde pensait, Roxas n'était pas rancunier ; il était juste un peu brutal dans ses paroles.

De toute façon, les raisons qui avaient poussé Ven à accepter ne regardaient personne. C'était sa vie à lui, et il s'en occuperait tout seul. Ce que Roxas pouvait bien dire ne changeait rien. Rien du tout.

xxxxx

— Je t'en prie, Vanitas. Sauve-moi.

Elle avait l'air désespéré, comme ça. Ses cheveux étaient en désordre et elle ne cessait de regarder l'écran de son téléphone portable avec angoisse. Assis tranquillement au fond de la salle d'étude, Vanitas la regardait faire d'un air moqueur.

— Tu t'es mise dans la merde toute seule. Je t'aurais prévenue, si t'avais pas voulu garder ton super plan top secret.

— J'avais aucune idée de la quantité de texte qu'il restait à étudier ! Et merde, t'étais pas là lundi, mais c'était ultra stressant. La prof passe son temps à râler, Roxas ne veut même pas croiser mon regard, et je chopais à chacune de mes phrases. Je suis censée avoir retenu cette scène-ci par cœur, mais ça fait seulement quatre jours ! Pour qui elle me prend ?

— Tu l'as bien cherché.

— Merci de ton soutien. C'est une joie de t'avoir pour ami.

— Tu croyais pas que j'allais te consoler, quand même ?

— T'es content de toi, hein ?

C'était le moins qu'on puisse dire. Le plan de Kairi était déjà en train de tomber en morceau alors que le sien commençait à porter ses fruits. Il lui adressa son plus grand sourire en espérant augmenter encore un peu son stress, ce qui ne manqua pas de faire son effet.

— T'es vraiment, vraiment le pire connard que la terre ait jamais porté. Et je pèse mes mots. T'es qu'un foutu con, va chier.

— Le théâtre n'a pas amélioré ton langage, en tout cas. C'est regrettable.

Elle sembla sur le point de répondre mais finit par abandonner l'idée et se concentra sur son texte en serrant les dents.

La porte de la salle d'étude s'ouvrit pour laisser entrer Sora, Riku et Ventus. L'occasion rêvée. Vanitas savourait déjà sa victoire. Il fit signe à Ven de s'approcher, ce qu'il fit non sans garder un air un peu méfiant sur le visage.

— Toujours OK pour samedi, hein ? demanda-t-il en prenant bien soin à ce que Kairi l'entende.

Celle-ci releva la tête en fronçant les sourcils. Bizarrement, Ventus semblait hésiter à répondre. Il le vit réfléchir quelques instants.

— Oui, bien sûr.

Et il sourit.

C'était si soudain et inattendu que Vanitas en eut le souffle coupé. Surpris, il lui fallut quelques secondes pour réagir. Ven lui lançait un regard interrogateur auquel il répondit par un petit rire nerveux.

— Ah, bah... cool. Super. Hum, du coup...

— Je serai au centre commercial à quatorze heures, tu n'auras qu'à me rejoindre là-bas. T'as mon numéro, de toute façon.

Sa réaction était tellement inhabituelle que même Kairi en paraissait troublée. Il acquiesça bêtement, incapable de savoir quoi faire, et Ventus partit s'installer plus loin avec ce qu'il aurait pu prendre pour un sourire en coin si l'envisager n'était pas aussi surréaliste.

Encore sonné lorsqu'il revint à Kairi, il eut le plaisir de constater qu'elle gardait les yeux fixés sur sa feuille et grattait quelque spirales sur le coin de sa feuille.

— Si t'appuies comme ça, tu vas finir par péter ton crayon, remarqua Vanitas.

Il était à nouveau maître de lui-même mais se permit tout de même une longue expiration discrète pour calmer les battements de son cœur qui, naturellement, ne savait plus où donner de la tête.

La rousse l'ignora et rangea brusquement ses affaires sans même regarder comment elle les entassait dans son sac. Elle ne tarda pas à tirer sur la fermeture-éclair et quitta la salle la tête haute.

Vanitas se pencha sur les feuilles sur lesquelles il gribouillait quelques phrases sans le moindre sens depuis le début de leur heure de fourche, un léger sourire aux lèvres. Le ciel lui souriait enfin. Lui qui avait essuyé échec sur échec avait droit à son heure. Sa persévérance avait payé.

Une sonnerie retentit dans la salle et il rangea vite fait ses affaires. Il jeta un coup d'œil à l'autre bout de la salle où Ven riait avec Sora malgré le brouhaha des élèves qui rentraient en classe. Il ne comprenait pas ce qui avait bien pu lui passer par la tête, mais c'était tout bénéfice pour lui. Peut-être le charme avait-il fini par opérer, en fin de compte.

Oui, ça devait être ça.

xxxxx

Il avait passé tant de temps à essayer de se convaincre qu'il n'était pas nerveux qu'il faillit arriver en retard à l'heure du rendez-vous. Heureusement pour lui, la circulation avait été fluide et il était parvenu au centre commercial juste à temps.

En entrant dans le complexe, il se rendit compte qu'il n'avait pas donné de point de rendez-vous précis à Ventus ; cette simple pensée lui noua l'estomac et il dut s'y prendre à trois fois pour sortir son téléphone de sa poche. Il manqua de le faire tomber mais se rattrapa à temps.

Il souffla. Il n'était absolument pas nerveux. Absolument pas.

Il envoya son message et en attendit la réponse en observant les hommes, femmes et enfants qui allaient et venaient, tranquillement ou en vitesse, les bras chargés de sacs ou occupés à regarder l'écran de leur portable sans regarder devant eux. Vanitas ne venait jamais ici ; il y avait déjà été traîné par sa tante ou ses parents mais l'évitait en général comme la peste. Trop de monde ; trop de bruit, trop de lumière, trop de tout. Les couleurs et les sons tournaient dans sa tête pour ne plus former qu'une sorte d'imbroglio incompréhensible que chaque tentative de remise en ordre rendait encore plus abscons. Une sorte d'instinct de survie millénaire lui dictait de s'en aller, de se recoucher et de ne plus jamais, jamais fréquenter d'autres individus de son espèce. Il pourrait partir vivre en ermite quelque part ; il se trouverait une belle petite grotte dans les montagnes, pour faire cliché, et lancerait les braises de son feu de camp sur les visiteurs indésirables. Il lui suffisait de sortir de ce maudit centre commercial, et sa nouvelle vie lui ouvrirait les bras.

Enfin, il faudrait d'abord qu'il termine ses études. Même un ermite avait besoin d'un diplôme, ne serait-ce que pour attiser les flammes.

Il secoua la tête ; ce genre de pensées ridicules avaient tendance à le prendre par surprise lorsqu'il se retrouvait dans une situation de malaise intense.

Bien sûr, il n'était pas mal à l'aise. Ce n'était qu'une façon de parler.

Il sursauta quand son portable vibra dans sa main. Ni une ni deux, il se remit en route vers le point de rendez-vous indiqué ; plongé dans ses pensées, il manqua de se prendre une vieille dame dans la figure et elle l'inonda d'injures copieuses tandis qu'il filait le plus vite possible vers l'étage supérieur.

Lorsqu'il arriva dans le café où Ventus lui avait donné rendez-vous, ce fut pour constater que celui-ci n'était pas seul. Sora lui fit un signe de la main et il dut faire preuve d'un grand contrôle sur lui-même pour ne pas se frapper le front.

Il s'approcha en tâchant d'avoir l'air le plus détendu possible. Sa réputation était en jeu, il le savait. Il s'éclaircit la gorge et les salua tous les deux – avec un peu plus de froideur pour Sora, peut-être, mais qui l'aurait remarqué ?

— Il voulait que je l'aide à trouver un truc, dit Ven en guise d'explication.

Vanitas fit de son mieux pour ne pas avoir l'air irrité et se permit même un vague sourire crispé.

— Et vous avez trouvé ?

— Non, fit Sora en prenant un air déçu. Je ne suis pas très chanceux quand il s'agit de faire les magasins. Riku fait ça mieux que moi, mais il est très occupé, en ce moment. Heureusement que Ven est toujours là quand on compte sur lui !

Ce dernier lui adressa un léger sourire.

— On a encore le temps, on finira bien par trouver.

— Mouais... vous comptiez faire quoi, tous les deux ?

Ses yeux passaient de l'un à l'autre avec étonnement et Vanitas haussa les épaules.

— Rien de spécial, répondit Ven. On n'a qu'à continuer les recherches. Une paire d'yeux en plus ne serait pas de refus, après tout. (Il se tourna vers Vanitas :) Si ça te va, bien sûr. Je ne voudrais pas t'embêter pour rien.

Il voulut répondre que ce n'était rien mais seul un borborygme incompréhensible s'échappa de ses lèvres. Il comprit dès cet instant que la journée était fichue ; une fois encore, le ciel avait décidé de le combler de malchance et il finirait couché dans son lit, la tête enfoncée dans son oreiller, à essayer d'oublier cette journée et toutes les précédentes – à imaginer des vies en ermite où ni Kairi, ni Sora, ni Ven n'existeraient.

À croire qu'il était maudit. Ou que quelqu'un lui avait jeté un sort... mais non, Kairi n'avait pas besoin d'utiliser ses rituels idiots pour qu'il devienne la principale victime de la loi de Murphy. C'était un talent naturel. Malheureusement.

Ven et Sora se levèrent et Vanitas s'extirpa de ses pensées avec un soupir au bord des lèvres. Il tenta de se rasséréner du mieux qu'il le pouvait ; après tout, Ven était là, il ne lui avait pas fait faux bond comme il l'avait craint plus d'une fois au cours de la semaine. Sora était peut-être décidé à les accompagner, mais ça ne changeait rien à cet état de fait. Il n'était pas si malchanceux que ça, si on y regardait à deux fois.

— Qu'est-ce que vous cherchez ? se renseigna-t-il alors qu'ils traversaient les différents étages en ne ralentissant qu'à de rares occasions.

— Un cadeau pour ma mère, répondit Sora. Elle est super difficile, c'est la mort de trouver quelque chose qui ne lui fera pas retrousser le nez de dégoût.

— Je vois.

— Ça m'étonnerait. Même moi je ne vois pas ce qu'elle veut.

Ven laissa échapper un petit rire et Vanitas sentit la honte lui serrer le cœur. Quel idiot il était ! Les jours comme ceux-ci méritaient qu'il la ferme pendant plusieurs heures au moins. Chacune de ses paroles seraient retournées contre lui à coup sûr.

— Tenez, fit Sora, arrêtons-nous là-dedans. Ça a l'air suffisamment louche pour elle.

Sans attendre leur réponse, il s'engouffra dans un magasin aux tons rouges et orangés qui dégageait de lourdes senteurs de parfums et d'encens jusqu'à l'extérieur. Vanitas détestait ce genre d'endroit ; l'odeur lui montait déjà à la tête, il y faisait souvent inutilement chaud et les étagères étaient si serrées qu'il fallait faire constamment attention pour ne pas en renverser une par inadvertance.

Il hésita un instant à passer outre et à entrer pour prouver à tous qu'il était capable de supporter cet enfer. Il se rendit bien vite compte que ça n'avait aucun sens et que, de toute façon, il allait à coup sûr faire tomber une étagère, histoire de bien se tourner en ridicule. À la place, il se laissa tomber sur un banc installé non loin du magasin et attendit que les deux autres aient fini leurs courses en regardant les gens passer.

Une dizaine de minutes plus tard, Ven le rejoignit tranquillement, les mains dans les poches.

— Fatigué ? demanda-t-il.

— Pas plus que d'habitude, répondit-il mollement.

— Je suppose que je dois prendre ça pour un oui.

Il s'assit à côté de lui. Il avait gardé une certaine distance de sécurité, mais le fait même qu'il se soit consciemment mis près de lui était une avancée spectaculaire dans leur relation – ou leur absence de relation, plutôt. Cela ragaillardit un peu Vanitas, ce qui ne l'empêcha pas de se demander quel genre d'entourloupe le ciel lui avait encore préparé pour l'occasion. Il s'autorisa un pâle sourire.

— Tu sais... enfin, c'est pas à moi de te dire ça, mais je suis désolé pour les rumeurs que Hayner a répandues à ton sujet.

Vanitas haussa un sourcil. Il n'avait pas entendu de rumeurs particulières courir sur sa personne ; pas plus que d'ordinaire, en tout cas.

— Et puis, poursuivit-il, j'ai été idiot de l'écouter. Je sais que tu t'en fous, mais je...

Sora choisit cet instant précis pour les rejoindre en trottinant joyeusement. Il fallut attendre que Ven se relève pour que Vanitas puisse constater qu'il avait le rose aux joues. Cette découverte le laissa pantois ; il avait du mal à voir ce qui avait pu l'embarrasser à ce point.

— Bon, dit Sora en montrant son sac en plastique, c'est un peu nul mais ça conviendra.

Vanitas n'eut pas l'idée de lui demander ce qu'il avait pris. À dire vrai, il était un peu perdu, sans savoir pourquoi.

— Tant mieux, fit Ven.

— Je ne sais pas trop quoi faire, maintenant. Et vous ? Vous étiez ici pour quoi, à la base, d'ailleurs ? Je ne savais même pas que vous étiez amis.

Les pieds dans le plat, songea Vanitas en réfléchissant à une réponse qui conviendrait sans en dire trop. Au train où allaient les choses, mieux valait jouer sur la sécurité. Par chance, Ventus répondit plus vite que lui :

— Il n'est jamais trop tard pour le devenir, hein ? Et puis, avec Roxas et Kairi qui répètent leur pièce tous les deux jours, tu sais...

— Ah ! J'avais oublié. Ils s'en sortent bien ?

Ven et Vanitas échangèrent un regard et leur visage se tinta d'un léger sourire.

— Je ne suis pas sûr qu'on puisse dire ça comme ça, dit Vanitas.

— La prof est horrible avec eux, rit Ven. Roxas est au bord de la dépression nerveuse. Impossible de rester dans la même pièce que lui – ni dans la même maison, d'ailleurs. C'est l'enfer.

— Tu t'es donc enfui pour te réfugier dans le centre commercial.

— Tu as tout compris. Enfin, ça se passerait peut-être mieux s'ils essayaient au moins de s'entendre...

— Ils ne s'entendent pas ? s'étonna Sora.

— Pas du tout. Ils se disputent tout le temps.

— Bonne ambiance, quoi.

— Exactement. Enfin, je suppose que ça finira bien par marcher... Kairi n'est pas aussi terrible qu'elle en a l'air. (Vanitas prit un air dubitatif mais Ven l'ignora.) J'ai essayé de le dire à Roxas, mais il ne veut rien entendre. Quand il s'est fait une idée sur quelqu'un... et encore, c'est pas le pire.

— Il y a pire ? demanda Vanitas qui avait du mal à imaginer une version pire de Roxas que celle qui existait déjà.

— Il est persuadé qu'il a été maudit à la naissance, et il a décidé qu'il devait voir une sorte de voyante un peu louche pour « comprendre comment apaiser les esprits ». Il a acheté un million de livres sur le sujet, j'en peux plus. Je lui ai dit que c'était la faute de son caractère de merde, mais si c'est son truc...

Vanitas retint un rire ironique mais parvint à rester quasiment impassible. Il en prit note silencieusement : il fallait absolument qu'il le dise à Kairi.

— Roxas donne dans l'ésotérisme ? dit-il de son air le plus innocent. Ça alors.

— À force de vivre avec lui, je ne m'étonne plus de rien. Enfin, bref. Vous voulez faire quelque chose de spécial ?

Sora lui adressa un grand sourire.

— Je ne voudrais pas vous gêner, dit-il. J'étais juste venu pour le cadeau.

Impossible de savoir si sa remarque relevait de l'ironie ou non ; Vanitas décida de faire comme s'il n'en avait pas vu trace.

— Il paraît qu'il y a une petite exposition sympa, au dernier étage.

— Ah bon ? Sur quoi ?

— Les petites bêtes. J'ai entendu dire qu'il y avait tout un tas d'araignées vivantes à découvrir.

Vanitas blêmit à vue d'œil et s'éloigna de quelques pas par sécurité. Sora, lui, s'était figé.

— Hors de question qu'on aille là-bas ! Quelle horreur, tu veux nous tuer ?

Pour une fois, Vanitas fut heureux de l'avoir auprès de lui. Le visage de Ven s'éclaira sensiblement.

— Allons, les enfants. Il faut savoir faire face à ses peurs.

— Plutôt mourir, rétorqua Sora. Qui es-tu, monstre infernal ? Sors de ce corps et rends-nous Ventus immédiatement !

— Je plaisantais. Et vous avez raison, ce n'est pas drôle de se moquer des phobies des gens.

Dieu merci, pensa Vanitas. C'était déjà ça de pris.

— Sinon, on peut...

Ven s'interrompit et sortit son téléphone de sa poche avec étonnement.

— Pourquoi il m'appelle, encore ? marmonna-t-il avant de décrocher l'appareil. Salut... ouais. Quoi ? Merde... je veux dire, oui, d'accord. J'arrive.

Il raccrocha avec un long soupir.

— Je suis désolé. Une urgence, si on peut dire.

— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Sora.

— Ma mère est hyper fâchée pour un truc idiot. Il vaut mieux que je sois là avant qu'elle rentre, ou je vais me faire descendre.

— Pas cool.

— Bon, bah... on se revoit lundi, je suppose.

Il leur adressa un sourire désolé auquel Vanitas répondit par un bref haussement d'épaule.

— Excuse-moi, Van. Une autre fois, peut-être ?

— Ah... ouais. Salut.

— Salut !

Il se dirigea vers les escaliers et les descendit quatre à quatre jusqu'à disparaître complètement de leur champ de vision. Sora s'éclaircit la gorge, un peu gêné. Vanitas et lui ne se parlaient approximativement jamais, et ça devait être la première fois qu'ils se retrouvaient seuls au même endroit. Ils ne savaient pas vraiment de quoi discuter.

— « Van » et Ven, dit soudain Sora avec un léger sourire. C'est marrant.

— Super marrant...

— C'est mignon.

Vanitas manqua de s'étouffer. Son camarade de classe avait l'air très satisfait de lui-même.

— Allez, sois pas grognon ! s'exclama-t-il en lui donnant une grande tape dans le dos.

— La ferme, grommela Vanitas.

L'expression faciale de Sora lui donnait des envies de meurtre.

— Rien à voir, mais, hum... tant que t'es là, vu que t'es son meilleur pote... tu sais si Kairi a quelqu'un ? Je veux dire...

Alors ça, c'était une surprise. Sora croisa les bras derrière sa nuque. Il souriait.

— Elle a quelqu'un en vue, hein ?

— Mouais, répondit Vanitas.

Il n'osait pas trop en dire. Elle le tuerait.

— Qui ça ?

— Qu'est-ce que j'en sais, moi ?

— Fais pas genre. Elle te raconte tout. Enfin bon... j'imagine que c'est pas moi, déjà.

— Désolé.

— Bof, j'en étais sûr. C'est pas Riku, hein ?

Il pesa le pour et le contre et répondit par la négative.

— Ouf, soupira Sora. Je ne sais pas ce que j'aurais fait si ça avait été le cas. Ça m'aurait vraiment mis dans une drôle de position.

— Laisse tomber, ça vaut mieux.

— Conseil d'ami ? J'ai vraiment aucune chance ?

Vanitas secoua la tête.

— Aucune.

— Bah, tant pis, alors. C'était juste pour être sûr. Enfin, bref...

Il regarda sa montre et sourit.

— Je suppose que je vais rentrer chez moi. J'espère que j'ai pas, hum... gâché ta journée.

Vanitas se garda bien de répondre. À bien y réfléchir, ça n'avait pas été si terrible que ça. Ça aurait pu être pire, oui. Au moins, Ven lui avait adressé la parole.

— À lundi, Van' !

— À lundi, ouais...

Sora fila aussi vite que Ven l'avait fait avant lui et Vanitas se retrouva seul au milieu de l'allée, indécis. Ses pensées étaient troubles et il ne savait plus quoi penser.

Tant pis, pensa-t-il, il aurait tout le loisir d'y réfléchir durant la soirée. En attendant, maintenant qu'il était là...

Il écrivit un rapide message sur son portable et n'eut pas à attendre deux minutes pour recevoir une réponse.

« Madame Mim "ramène son cul" dans 5 minutes et te fera regretter de l'avoir appelée comme ça. J'espère que tu ne tiens pas trop à tes parties génitales. Avec toute mon affection. »

Il sourit et s'engouffra dans un magasin de multimédia en sifflotant entre ses dents. Rien de tel pour se mettre de bonne humeur que de jouer un peu avec les nerfs de Kairi.

xxxxx

Assis dans le métro, Ven ne prêtait pas attention aux cahotements qui le balançaient sans merci à gauche et à droite. À vrai dire, il ne prêtait pas attention à grand chose ; il était si complètement plongé dans ses pensées que le monde extérieur avait cessé d'avoir toute importance à ses yeux. Il ne réagit même pas quand un enfant en bas âge grimpa à côté de lui et s'amusa à triturer son gilet malgré les remontrances de sa mère. Il ne le sentait pas ; c'était comme s'il n'existait plus.

Il ne s'inquiétait pas pour son arrêt ; à force de prendre les transports en commun, il avait développé une sorte d'instinct qui lui permettait de se réveiller au bon moment à chaque fois. Il ne perdait plus son temps à compter les arrêts ou à regarder le paysage. Ça n'avait aucun sens, de toute façon. Il ne pensait pas à ça.

Il pensait à Vanitas.

Ou plutôt non ; il pensait à lui-même. Il réfléchissait, décortiquait ses propres actions et n'y trouvait pas le moindre sens logique. C'était une sensation étrange, comme s'il était en désaccord avec une autre partie de lui-même, une partie qui luttait pour être mise en avant et qui prenait de plus en plus souvent le contrôle de ses actes et de ses pensées.

Pourquoi avait-il accepté cette rencontre, déjà ? Il avait beau y réfléchir, il semblait avoir oublié ; il n'avait eu aucun contrôle, il avait simplement dit oui sans savoir comment il était censé réagir. Une partie de lui regrettait cette décision – pas que la rencontre ait été désagréable, non, mais il était partagé entre colère et honte vis à vis de son inhabilité à réfléchir avant d'accepter n'importe quoi. Ces regrets prenaient souvent la voix de Roxas, et il ne pouvait s'empêcher de le voir devant lui, les sourcils froncés, à lui dire qu'il n'était bon à rien et qu'il devait se réveiller s'il voulait un jour avoir la force de prendre de véritables décisions. Il n'était pas un lâche – qu'est-ce que ça voulait dire, de toute façon ? – mais il manquait, sinon de courage, au moins d'un minimum vital de fermeté.

Une autre partie de lui, cependant, lui murmurait le discours inverse. Il ne voulait pas l'entendre, alors il l'ignorait le plus souvent, mais elle était plus présente, cette fois, et il savait qu'elle n'avait pas tout à fait tort. Non, elle avait tort – il n'était pas ce genre de personne, il n'avait pas consciemment voulu se retrouver dans cette situation, il...

Il laissa échapper un soupir.

Non, non, c'était Roxas qui avait tort. Il n'avait pas accepté n'importe quoi – il avait accepté un rendez-vous (parce que c'était l'idée, n'est-ce pas ? Si les rumeurs étaient vraies...) avec Vanitas, et il s'y était rendu avec une légère boule au ventre, une once de nervosité qui accélérait les battements de son cœur aussi sûrement qu'il respirait. Il était nerveux, d'accord, et suffisamment pour qu'il ne puisse pas se mentir. Mais pourquoi ? Ce n'était pas de la crainte, ça n'avait rien à voir. Il en avait vu et entendu assez pour savoir que Vanitas était aussi inoffensif que les petites bestioles dont il avait si peur (un sourire étira ses lèvres à ces pensées, mais il le réprima avec horreur) ; s'il avait été un jour mal à l'aise en sa présence, il ne l'était plus, ou du moins pas pour les mêmes raisons.

Et tandis qu'il se demandait : quelles raisons ?, une autre pensée s'insinua au premier plan de sa conscience et il se sentit un peu étourdi. Il n'avait pas simplement accepté parce que Vanitas l'avait pris par surprise ; s'il n'y avait eu que ça, il lui aurait été facile de changer d'avis plus tard et de lui annoncer qu'il ne viendrait pas. Mais il avait confirmé une seconde fois et, à sa propre surprise, il était venu sans même hésiter un instant. Non, il avait accepté parce qu'il le voulait – parce qu'il avait été curieux, parce qu'il voulait savoir si tout ce qu'Hayner lui avait raconté était vrai, si Vanitas était bien le connard qu'il avait dépeint ; et si la description correspondait sur certains points, il avait fini par constater que la vision d'ensemble ne lui déplaisait pas tant que ça – pour être honnête, elle ne lui déplaisait pas du tout. Il regrettait presque que Roxas l'ait appelé, que Sora l'ait interrompu. Il ne savait pas ce qui se serait passé ensuite – rien, sans doute – mais cette question l'intriguait et il ne pouvait s'empêcher de faire des hypothèses plus absurdes les unes que les autres.

Il ne savait pas quoi faire de cette information.

Le métro s'arrêta et il en sortit sans regarder devant lui. Par chance, la station était presque vide. Il soupira à nouveau. Il devait arrêter de penser à tout ça : pour l'instant, il fallait qu'il se concentre sur une façon de faire face à sa mère sans fondre en larmes, technique qu'il avait par malheur encore beaucoup de mal à assimiler.

Il entra dans son immeuble en faisant le moins de bruit possible et guetta des éclats de voix avec angoisse. Il n'entendit rien ; un peu rassuré, il entra dans l'appartement familial dans l'attente d'un indice sur ce qui avait pu mettre sa mère en colère.

Il ne la trouva nulle part. Quand il entra dans le salon, ce fut pour trouver Roxas affalé dans le fauteuil devant la télé, une main dans un paquet de chips au fromage dans lequel il piochait à un rythme quasi surnaturel.

— Tiens, t'es déjà là ? T'as couru, ou quoi ?

Ven haussa les épaules.

— Maman n'est pas là ?

— Maman ? Non, elle a une réunion, ce soir. On mange ce qu'on veut, elle a laissé de l'argent sur la table.

— Je croyais qu'elle nous en voulait pour un truc...

— Ah, ça ? Non, j'ai juste raconté ça pour te sauver de ton rendez-vous foireux. Remercie-moi.

Ven resta impassible. Comme il ne recevait pas de réponse, Roxas leva la tête vers lui et lui lança un chips.

— Quoi, tu m'en veux ? Tu t'amusais bien ? T'aurais dû m'envoyer chier.

— J'aurais peut-être dû.

— Sérieusement ? T'as qu'à y retourner si t'en as envie. En attendant, je commande des pizzas. Tu veux quoi ?

Il ne répondit pas. Il se sentait un peu en colère. Il s'en voulait, aussi : il aurait dû s'en douter. C'était bien le genre de son frère.

— Sérieux, tu fais la gueule ? Allez, Ven. C'est pas la mort. Si tu tiens tellement à fréquenter ce trou du cul, tu pourras toujours le faire pendant la semaine. On est dans la même classe, au cas où.

— Je sais.

— Alors où est le problème ? Sois pas chiant, allez. Pour une fois qu'on a une soirée tranquille.

Il hésita un instant mais finit par céder. Roxas avait raison.

Pour ça et pour d'autres choses.

Il ne servait à rien de ressasser cette journée. Il aurait bien le temps d'y penser plus tard.

Il plongea la main dans le paquet de chips et s'enfonça au fond du canapé avec un soupir. Encore un, souffla une voix dans sa tête, mais il l'ignora.

Ça n'avait pas grande importance.

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Vanitas avait toujours détesté les cours de sport et n'avait jamais compris pourquoi on les imposait ainsi aux étudiants. Il n'en avait rien à faire, de rester en forme ; s'il en avait eu envie, il aurait pris des vrais cours, pas ces deux heures d'exercices ridicules qu'il avait à faire chaque semaine.

Ce n'était même pas le sport lui-même qui le dérangeait ; non, ce qui l'ennuyait le plus, c'était cette manie qu'avaient les professeurs à les pousser à travailler en groupe, ce qui le laissait toujours avec le dernier choix. Personne ne voulait sciemment se mettre en binôme avec lui ; de même, lorsqu'il fallait répartir les élèves pour un sport d'équipe, il était toujours le dernier à être choisi. Il n'était pourtant pas si mauvais que ça, et avait une certaine tendance à se retrouver malgré lui dans l'équipe gagnante. Ils auraient dû y voir un lien de corrélation, mais ils étaient tous tellement concentrés sur leur propre talent que celui des autres passait automatiquement à la trappe – si on ne comptait pas les élèves qui faisaient du sport en dehors de l'école, naturellement. Pour ça, Roxas et Ven avaient de la chance. On se les arrachait presque.

Le seul avantage à ces deux heures de tortures était qu'il n'avait nullement à se plaindre de la séparation filles/garçons que certains regrettaient amèrement. Quelle bande d'idiots. Voilà ce qui arrivait quand on ne parvenait pas à garder le contrôle sur ses hormones. Les siennes allaient très bien, merci pour lui, et étaient toujours extrêmement satisfaites de s'échauffer à loisir pendant deux heures au premières lueurs du lundi. Il était certainement le seul à s'accommoder aussi bien des vestiaires dont l'odeur, en général, en laissait plus d'un au bord de l'étouffement. Mais lui ne s'en plaignait pas : les vestiaires avaient bien d'autres avantages, des avantages dont il était, aux dernières nouvelles, le seul à profiter. Enfin, presque. Hayner ne comptait pas.

Il ne se priva néanmoins pas de lui faire un clin d'œil alors qu'il était en train d'enfiler son t-shirt de sport pour le mettre un peu en colère. Il était de bonne humeur, ce jour-là : sa tante, sur un coup de tête, avait décidé de préparer un petit-déjeuner royal, il n'avait pas à s'inquiéter pour des devoirs en retard puisqu'il n'en avait aucun et, comble du bonheur, Ventus et Sora l'avaient salué dès son arrivée avec un léger sourire.

Aucune raison de faire la tête, donc, et il sortit du vestiaire avec une démarche tranquille et détendue, différente de son pas traînant habituel. Toute sa motivation s'envola d'un coup lorsque leur professeur les conduisit au hall de sport et leur lança des balles de volleys un peu sales.

— Par groupe de deux, ordonna-t-il. Vous vous mettez sur les lignes, puis vous faites des passes. J'vous sonne quand c'est terminé.

Vanitas leva les yeux au ciel. En voilà un qui ne s'écroulerait pas de fatigue à la fin de la journée. Il attendit un peu que les groupes se forment pour voir avec qui il allait encore tomber.

— Tu viens avec moi ? J'ai pris ce qu'il y avait de meilleur.

Ven s'était approché de lui sans qu'il s'en aperçoive et lançait en l'air un ballon un peu plus gonflé que les autre avec un sourire penché. Abasourdi, Vanitas oublia de répondre.

Ven s'en alla et il se dépêcha de le suivre sans comprendre ce qui lui arrivait.

— Tu ne vas pas avec Roxas ? demanda-t-il lorsqu'on son cerveau lui permit à nouveau de s'exprimer dans un langage compréhensible par tous.

— Je passe ma vie avec Roxas. Il n'a qu'à se débrouiller tout seul, pour une fois.

Le brun lança un bref coup d'œil vers le groupe et constata que Roxas les observait d'un regard noir. Il sourit.

— Il n'a pas l'air content, remarqua-t-il.

— Contrairement à toi.

Il avait ponctué sa réplique d'un sourire et Vanitas décida qu'il devait s'agir d'une plaisanterie.

— Je te préviens, dit Ven en se plaçant sur la ligne, je suis assez nul.

— Toi ? Tu fais de l'athlétisme.

— Ce qui n'a pas grand chose à voir avec le volley. Comment tu savais, d'ailleurs ? Que je faisais de l'athlétisme ?

Vanitas déglutit. Il n'avait pas prévu d'avoir cette conversation.

— Tout le monde le sait, répondit-il.

— Tout le monde ne sait pas où et quand.

Il allait droit au but, au moins. Il se demanda s'il valait mieux faire l'innocent ou dire la vérité ; incapable de faire un choix, il prit une troisième option :

— Je l'ai lu dans le dossier que j'ai volé dans les armoires du directeur. Si tu savais toutes les informations qu'il a sur nous ! On se croirait dans un bureau de la NSA.

Ven eut la bonne grâce de rire et lui fit une passe qu'il renvoya sans trop de difficulté.

— Ça ne m'étonne pas de lui, commenta-t-il. Il a toujours eu l'air un peu louche.

— Contrairement à moi.

— Contrairement à toi.

Vanitas avait du mal à croire qu'il était en train de plaisanter avec Ven. D'aussi loin qu'il s'en souvienne, c'était bien la première fois qu'ils avaient une conversation amicale. Il y en avait eu d'autres, d'accord, mais elles étaient toujours un peu forcées. Pas celle-ci.

Cette journée était décidément meilleure que les autres.

La première heure se termina plus rapidement que d'ordinaire. Leur professeur de sport bâilla en leur annonçant qu'ils feraient de l'escalade pour la seconde. Ils n'en faisaient pratiquement jamais, aussi la plupart d'entre eux se montrèrent-ils enthousiastes. Une journée merveilleuse, pensa Vanitas en remerciant le ciel. Il aimait beaucoup ça.

Mieux encore, Ventus avait décidé de rester avec lui – ils avaient la même taille et la même corpulence, ils n'auraient donc aucun problème à s'assurer l'un l'autre.

Il enfila son baudrier et noua sans problème un nœud en huit que l'adulte approuva après un bref coup d'œil. Au même instant, des rires se mirent à résonner dans la salle ; les filles allaient apparemment en utiliser l'autre moitié pour des exercices de basket, et Vanitas ne put s'empêcher de chercher Kairi du regard. L'uniforme de gym était tellement laid qu'il ne se privait jamais de le lui faire remarquer à l'aide de son plus beau sourire moqueur.

Elle ignora son signe mais, lorsque le groupe s'approcha du mur d'escalade, elle plissa les yeux si fort qu'ils ne formaient plus que deux lignes au milieu de son visage. Le sourire de Vanitas s'agrandit. Il lui adressa un clin d'œil appuyé auquel elle répondit par une expression stupéfaite. Ses lèvres formèrent le mot : « Comment ? », tout de suite suivi par un : « Ce n'est pas fini ! » ou « Tu vas le regretter » – il n'était pas si facile de lire sur ses lèvres – accompagné d'une menace de strangulation on ne peut plus claire. Il était si heureux qu'il avait presque envie d'aller lui tirer les cheveux pour le plaisir.

— Tu veux monter en premier ? demanda Ven.

Il se tourna vers lui avec un grand sourire.

— Je t'en prie, après toi.

— Le contraire m'aurait étonné.

Vanitas n'était pas certain de ce qu'il était supposé comprendre, mais il s'en fichait – pour une fois dans sa vie, le ciel était bleu, les oiseaux chantaient, Kairi craignait sa victoire prochaine et tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Pour l'instant, du moins.

Mais l'heure n'était pas à faire des prédictions pessimistes pour l'avenir ; si le destin avait décidé de lui sourire, eh bien, il lui sourirait en retour.


PLUS QUE DEUX.

Si vous appréciez lire cette histoire, n'hésitez pas à mettre une review pour m'en faire part ! J'ai besoin de motivation pour la suite, haha. Et je vous assure que je suis très gentille. 100% garanti.

Merci pour votre lecture ~