Disclaimer : Square Enix, Disney

Note : j'espère que j'avais répondu à toutes les reviews si non pardonnez-moi je vous aime. ET C'EST LE DERNIER CHAPITRE. Qui va gagner ? Hahahaa mystèèère.

PS s'il y a des fautes dégueu, pardonnez-moi, j'ai écrit ET corrigé en ayant la tête dans le... les fesses. Merci beaucoup pour votre lecture ! Et merci pour votre soutien tout au long de la publication de cette fanfic, je vous aime.


— Psst, Van. Est-ce que t'as un couteau ?

Ledit Van se concentra de toutes ses forces pour ne pas pousser un énième soupir ; Sora avait le don de lui extirper jusqu'à son dernier souffle à chaque parole prononcée. Comme il savait, après deux jours de vie commune, que Sora n'abandonnerait pas avant d'avoir obtenu satisfaction, il répondit d'une voix lasse :

— Pourquoi je me trimballerais avec un couteau ?

— Pour te défendre ? Crois-moi, tu es en grand danger.

— C'est les esprits qui t'ont dit ça ?

— Hein ? Non, pas du tout.

— Quoi, alors ?

— La lueur vengeresse au fond des yeux de Roxas.

Ils se tournèrent discrètement vers l'intéressé, adossé à un des murs jaune criard de leur auberge, les bras croisé, des envies de meurtre plein les yeux. Vanitas déglutit involontairement.

— Ah, dit-il. En effet.

— Je suis sûr qu'il va essayer de t'étouffer pendant la nuit. T'as bien fait de te mettre en haut, je te le dis.

Ils le dépassèrent en trottinant de peur qu'il ne lance quelque infâme malédiction sur leur pauvre personne. Ils crurent l'entendre dire quelque chose mais, incapable de comprendre quoi, ils ne purent qu'émettre des hypothèses :

— Je crois qu'il t'a traité de « bouse de cheval », fit Sora avec un de ces immenses sourires dont il avait le secret.

— J'avais entendu « Couz' de chacal », mais maintenant que tu le dis...

— Couz' de cheval ?

— Ou bouse de chacal.

— Comment ça s'appelle, un excrément de chacal ?

— Du crotin ?

— Non, corrigea Sora, ça, c'est les chevaux. Quoi qu'il en soit...

Ils étaient arrivés devant la salle de bain commune où une large file d'adolescents énervés les attendait déjà.

— Super, soupira Vanitas. Manquait plus que ça.

— Ven nous avait prévenu.

Certes, il l'avait fait, mais il ne s'était pas attendu à devoir attendre derrière quinze gamins en pyjama – pour les plus avisés.

— Je me demande si on va avoir droit à de l'eau chaude.

Vanitas ne répondit pas. Riku sortait de la salle d'eau, une serviette enroulée sur les cheveux et élégamment relevée sur le haut de son crâne. Il leur adressa un clin d'œil en passant et se dirigea vers leur chambre, la démarche tranquille.

— Il ne manque pas d'assurance, remarqua Vanitas en haussant un sourcil.

— T'as vu ? Il a toujours l'air hyper maître de lui-même, ça me rend dingue.

Son voisin de chambrée marqua un silence.

— Par dingue, se reprit précipitamment Sora, je veux dire jaloux. Pas dingue comme tu es dingue de...

— Ça va, c'est bon, j'ai rien dit, on oublie.

Le brun eut un sourire joyeux.

— Mais je dois reconnaître qu'il est un peu B.G. Un peu. Genre, t'as vu ses biceps ? Il jure qu'il fait pas de muscu, mais c'est n'importe quoi.

— Tu t'es entendu parler ?

— Ma famille vient d'un quartier populaire. J'ai le droit de dire B.G.

— Plus depuis 2004, mon pauvre.

— Tout le monde peut pas être un gosse de riche ! Et puis allez, avoue. T'en penses quoi ?

Vanitas le regarda sans comprendre.

— Penser quoi de qui ?

— Bah, de Riku ! Il est B.G. ou quoi ? Vas-y, fais pas le timide.

— Si on regarde en penchant la tête... avec un œil fermé...

Son voisin le frappa à l'arrière de la tête et il ne put retenir une exclamation.

— Putain, maugréa Vanitas, quand je pense que j'ai osé me sentir soulagé de pas traîner avec Kairi... T'es pire qu'elle, c'est fou. Vous iriez bien ensemble.

Sora cilla avant de lui adresser un sourire radieux.

— T'as peut-être envie que je parle un peu à Ventus des sombres secrets que je connais sur toi ?

— OK, c'est de bonne guerre. Je le jure, j'l'ai pas fait exprès.

— C'est pas grave, Van, je te pardonne. Pour cette fois.

Ils avançaient lentement. Assailli par les vapeurs des douches, Vanitas se passa une main sur le visage.

— Jamais compris le principe des douches communes, marmonna-t-il entre ses dents.

— Je croyais que tu serais le premier à t'en réjouir, commenta Sora.

— Tu t'arrêtes jamais, hein ?

— Si. Quand je dors !

Il éclata de rire et se précipita sur une cabine au moment-même où celle-ci se libéra, avec en prime un petit signe de la main à destination de Vanitas qui ne répondit que par un grognement.

Aucune chance qu'il revienne de ce voyage reposé.

Lorsqu'il revint des douches en traînant les pieds, une vingtaine de minutes plus tard, Sora et Ven, assis sur le lit de ce dernier, étaient déjà en train de jouer à un jeu plutôt bruyant dont il n'avait pas eu le courage d'apprendre les règles ; Riku, lui, lisait tranquillement un livre sur son propre lit. Vanitas ne savait même pas de quoi il parlait ; il était écrit en russe, et Riku s'amusait à en changer le résumé à chaque fois qu'on lui posait la question.

— Chouette pyjama, remarqua Sora à l'instant même où il entra dans la chambre.

Il avait dit ça avec un sourire si grand que Vanitas se demanda s'il n'avait pas des crampes de temps en temps. Ven gloussa.

— C'est le même qu'hier, au cas où, rétorqua Vanitas.

Il ne voyait pas où était le problème. Ses imprimés de girafes souriantes lui plaisaient bien, à lui.

Riku semblait retenir un rire.

— C'est pas moi qui l'ai choisi, se défendit-il tout de même.

— Qui, alors ? dit Sora en abattant une carte sur le lit, ce qui tira à Ven une exclamation. Ta grand-mère ?

— Non, ma petite sœur.

— Ta sœur ? T'as une sœur ?

— Ouais. Elle est morte.

Il y eut comme un moment de gêne. Vanitas se laissa tomber sur une chaise, la tête entre les mains.

— C'est vrai, ça ? demanda prudemment Ven.

Sa voix semblait si inquiète que c'en était presque réjouissant.

— J'avais quatre ans. Elle s'est noyée dans son bol de céréales. Heureusement, avant de mourir, elle a eu le temps de m'acheter ce pyjama grâce à ses maigres économies... une enfant si généreuse, si gent –

— Merde, Van ! l'interrompit Sora. J'ai cru que t'avais une histoire tragique, j'ai même eu l'audace de me sentir désolé pour toi pendant un instant ! On rigole pas sur des trucs pareils !

— Qu'est-ce que tu veux, je suis un monstre.

— Laisse-moi un instant... oui... ta petite sœur imaginaire me fait parvenir un message... oh, voilà. Elle dit que t'es un gros con.

Ils éclatèrent de rire. Ven fut le premier à reprendre son sérieux.

— Rassure-moi, t'as vraiment pas de sœur ? demanda-t-il.

— Oh non. Mes parents avaient suffisamment à faire avec moi.

— Tu m'étonnes, intervint Sora. C'est eux qui t'ont filé le pyjama ?

— Laisse-moi tranquille, répliqua Vanitas. Il est pas si moche que ça, en plus. C'est cool, les girafes.

— C'est mignon, fit Ven avec un sourire.

Vanitas manqua de s'étrangler et grimpa sur son lit.

— T'as entendu ça, Van ? dit Sora avec force clins d'œils. Il a dit que c'était mignon ! T'es pas cool, Ven, tu sais bien qu'il est pas capable d'assurer quand il reçoit un compliment de ta part.

On ne pouvait pas dire qu'il était discret. C'est à peine si quelqu'un faisait encore semblant de ne pas être au courant, dans cette chambre.

Vanitas enfonça la tête dans son oreiller en priant pour que ses rougeurs disparaissent au plus vite. Hors de question de laisser de la matière à plaisanterie à Sora.

Heureusement pour lui, quelqu'un entra dans la chambre sans même prendre la peine de frapper pour leur annoncer que tout le monde se réunissait dans la salle commune pour disputer une partie de loup-garou.

— Super ! s'exclama le châtain en filant vers le couloir.

Riku referma son livre et s'étira.

— Explique-moi comment tu fais pour ne pas faire de crise de nerf, le supplia Vanitas en descendant près de lui. J'arrive pas à croire que tu le côtoies chaque putain de jour qui passe.

— Il est gentil, fit Ven en enfilant un pull léger.

Il lui allait drôlement bien, mais Vanitas se fit violence pour rester le plus stoïque possible. Il était hors de question qu'il cède. Kairi ne le lui pardonnerait pas.

— J'ai un secret, c'est vrai, confia Riku.

— Je te l'achète pour une barre de chocolat de ton choix.

— C'est simple : je pense à ce qui m'intéresse, les yeux dans le vague, et je hoche lentement la tête quand il se met à me regarder avec un peu d'insistance. Il est persuadé que c'est de cette façon-là que je communique avec tout le monde. Ça fonctionne depuis des années.

— Je suppose que c'est mort pour nous, alors.

— Mort de chez mort.

— Il parle de quoi, ton livre ? demanda Ven en lui jetant un bref coup d'œil.

— C'est l'histoire d'une fille qui tire son eau à la rivière. Elle passe les dix premiers chapitres à penser à sa vie, et les dix suivant à rêver d'une autre. C'est très intéressant.

— Oh... d'accord.

Il n'avait pas l'air convaincu ; malheureusement, Riku était sorti avant qu'il puisse lui poser la moindre question.

Seuls dans la chambre, Vanitas et lui échangèrent un regard dans un silence gênant.

— Bon... on y va ? proposa le blond.

Sans attendre de réponse, il se mit en route, bientôt suivi par son compagnon de chambrée.

Ils étaient déjà nombreux à s'être installés, là-bas ; les conversations allaient bon train, et Vanitas repéra au premier coup d'œil sa meilleure amie, occupée à rire avec Naminé dans un coin de la salle. Lorsqu'elle le vit, elle lui tira la langue.

— C'est sa façon de dire que je lui ai manqué, expliqua Vanitas à Ven qui s'asseyait là où les places étaient encore libres.

Celui-ci eut un sourire.

— À vous voir comme ça, on en aurait presque l'impression que vous pouvez communiquer par la pensée.

— À force de passer nos journées l'un avec l'autre, on finit par en savoir un peu trop. Je peux même te filer la taille de son soutif, si tu veux. Et gratuitement.

— Le soutif de qui ? T'en as déjà vu un, au moins ?

Hayner s'était glissé derrière eux, une moue méprisante sur le visage, flanqué de Roxas qui les regardait en pinçant les lèvres.

— Celui de ta mère, Hayner. Elle a vraiment bon goût.

Les élèves qui avaient entendus échangèrent des regards estomaqués. Ven avait plaqué une main sur sa bouche, par choc ou pour s'empêcher de rire. Hayner n'aurait pas eu une expression différente si on l'avait giflé. Il fulminait.

— Espèce de...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase ; derrière eux, les professeurs qui les accompagnaient étaient entrés en discutant, l'obligeant à se taire. Il leur lança un regard menaçant et partit s'installer à l'autre bout de la table en marmonnant, Roxas sur les talons. Ce dernier n'avait pas prononcé un mot, mais son visage en disait long.

— Il t'aurait frappé, tu sais, fit Riku alors qu'il s'asseyait à la gauche de Vanitas.

— Et alors ? répliqua ce dernier. Qu'il vienne, s'il en a tant envie. Je commence à en avoir ma claque.

— Tant de violence...

— Écoute, ça fait des moins qu'il raconte de la merde sur moi dès qu'il le peut, et j'ai rien dit. J'ai jamais bougé. Maintenant, qu'il aille se faire foutre. T'as vu comment Roxas me regarde ? On dirait que j'ai assassiné un membre de sa famille. Quelle bande de cons – sans vouloir te vexer, Ven.

Ce dernier secoua la tête.

— Je vois ce que tu veux dire.

— Pourquoi il a l'air aussi fâché, d'ailleurs ? demanda Riku en jetant un bref coup d'œil à Roxas.

Les yeux de celui-ci brillaient d'une envie de meurtre certaine et tous trois frissonnèrent.

— C'est parce que je suis dans votre chambre, répondit Vanitas avec un faible sourire.

— Sérieusement ?

Vanitas soupira.

— Vois-tu, notre bon Roxas semble en proie à une possessivité que je ne soupçonnais pas de sa part. Il n'arrive pas à se remettre du fait que Ven ne soit pas dans sa chambre et ait préféré traîner avec la lie de la société, c'est-à-dire nous.

— Il n'avait pas l'air de lui en vouloir, la dernière fois.

— Vous n'étiez que trois, la dernière fois. Tant que Ven allait avec vous pour vous permettre d'avoir une chambre complète, tout allait pour le mieux. Mais maintenant que vous m'avez gracieusement ramassé au bord de la route, mon corps battu puis abandonné par le reste de la classe – vous avez pour cela toute ma gratitude...

— N'exagère pas, intervint Ven avec un sourire.

— Vous êtes des gens bien, c'est tout ce que je dis. Bref, le pauvre Roxas garde ma présence en travers de la gorge. Avec moi, vous aviez le nombre suffisant pour que Ven choisisse de prendre la chambre de son frère, ce qu'il n'a pas fait. Enfin, à vrai dire, il n'aurait sans doute pas réagi comme ça si vous aviez pris avec vous... je ne sais pas, moi, Tidus.

— Donc, c'est toi le problème, conclut Riku.

Vanitas haussa les épaules.

— C'est toujours moi, tiens. Il est trop jaloux, c'est tout. Il a peur que je lui vole son précieux petit frère – pourtant, Dieu sait que je ne nourris aucune intention de ce genre à son égard. Je suis aussi innocent qu'un agneau nouveau-né.

Il ignora le regard dubitatif de Riku.

— Et moi, je suis quoi, du coup ? grommela Ven. La cinquième roue qu'on trimballe partout pour être suffisamment nombreux dans une chambre ?

— Roxas oublie parfois que tu es un être humain, comme lui. Ce n'est pas bien grave.

— J'imagine que ce sont des choses qui arrivent..., marmonna-t-il.

— Mais sois tranquille, le rassura Vanitas en posant la main sur sa poitrine avec recueillement. Tu seras à jamais un des membres les plus précieux de l'humanité dans mon cœur,.

— Amen, intervint Riku, mais personne ne le releva.

Ven s'éclaircit la gorge et décida de changer de sujet de conversation.

— Tiens, où est Sora ?

En effet, le châtain semblait avoir disparu de la surface de la Terre. Il ne fallut pas longtemps à Vanitas pour le repérer.

— Ne cherchez plus, annonça-t-il. Il est à côté de Kairi.

— Pourquoi ça ne m'étonne pas ? fit Ven avec un sourire.

C'était tout de même un peu étrange ; Vanitas aurait juré avoir vu Naminé s'asseoir à cette exacte place à peine quelques instants plus tôt. Il faudrait qu'il songe à demander à Sora ses techniques d'approches. Elles semblaient bien plus rodées que les siennes.

Leur professeur principal frappa dans ses mains pour demander un silence qu'il n'eut aucun mal à obtenir.

— Bien ! Je suppose que vous connaissez tous le principe ?

La majorité d'entre eux acquiescèrent, mais un ou deux lançaient à leur professeur un regard perdu.

— Y en a toujours bien un pour ne pas connaître, marmonna Vanitas, et Ven eut un petit rire.

— Je vais laisser Léon, qui a eu la gentillesse d'accepter de jouer le rôle du narrateur, vous rappeler les règles du jeu.

Léon, un gamin à l'air irritable à qui il ne parlait pas beaucoup, se leva en bougonnant.

— C'est sa punition pour avoir raté la dernière interro, murmura Riku.

Ça expliquait bien des choses. Léon jeta à la salle un regard plein de haine.

— Bon, dit-il en haussant le ton, c'est pas compliqué. Y a un village avec des villageois et des loups-garous. Les villageois doivent tuer les loups-garous, et les loups-garous doivent bouffer les villageois.

Un garçon a l'air naïf, Tidus, leva la main.

— Comment on sait si...

Le regard noir de Léon le dissuada d'aller plus loin et il se recroquevilla sur son siège.

— Bon, j'vais distribuer les cartes. Si vous en avez une rouge, vous êtes un loup-garou. Cool. Si vous en avez une beige, vous êtes un villageois ; en gros, vous ne servez à rien. De rien.

— Souris un peu, Squall ! s'exclama Youfie, une fille aux cheveux noirs assise non loin de lui.

Vanitas et Kairi en avaient déjà discuté, mais ils n'avaient jamais compris pourquoi elle l'appelait « Squall » quand son nom était Léon. Cela dit, pensa-t-il avec un sourire goguenard, moi aussi je prendrais un surnom, avec un nom pareil.

— Bref, les cartes... tiens, t'as qu'à les distribuer, toi. Et t'as pas intérêt à regarder !

Sa voisine de table les lui arracha pratiquement des mains avant de les déposer délicatement devant chacun des participants.

— Bon. Avant de retourner vos cartes, j'vais vous expliquer les rôles spéciaux. Vous voyez les feuilles devant vous, avec des dessins un peu chelous ? Bah, c'est ça. Lisez-les bien avant de commencer. J'ai pas envie de me retrouver avec trois sorcières sur les bras parce que vous avez été incapables de vous poser deux secondes pour prendre connaissance des règles. J'vous laisse deux minutes, top chrono.

Il avait l'air d'une humeur massacrante, remarqua Vanitas qui n'était pas tout à fait convaincu du choix de leurs professeurs. Même lui aurait fait un meilleur narrateur – mais bon, il fallait avouer qu'il préférait quand même se retrouver dans le feu de l'action. Il attendit patiemment que les autres se soient mis à jour. Il n'en avait pas besoin, lui ; il y avait suffisamment joué avec Kairi lors d'une sombre colonie de vacances quelques années plus tôt, ainsi qu'à quelques repas de familles. Il regretta un instant l'absence de sa tante ; avec elle dans son camp, il aurait été sûr de gagner. Ils formaient une paire d'élite.

— C'est bon, c'est OK. Retournez vos cartes, sans les montrer, et si vous avez des questions, tant pis pour vous.

Vanitas pria les dieux pour ne pas finir en stupide villageois. Il retourna lentement sa carte, les yeux plissés. Bien. Sorcière. Le destin était un sacré blagueur.

— Bon, c'est la nuit. Ça veut dire que vous fermez les yeux sans tricher. Merci. Blablabla, c'est quoi, l'ordre, encore ?

— T'as pas dit combien de loups-garous il y avait, fit remarquer Youfie.

— Et alors ?

— Alors on devrait le savoir.

— T'es vraiment trop... (Il jeta un coup d'œil aux adultes qui attendaient la suite de la phrase avec impatience.) Ennuyeuse. Il y a vingt-et-un joueurs, dont six loups-garous, un loup-garou blanc...

— Sept loups-garous pour vingt-et-un joueurs ? C'est pas un peu exagéré ?

— Écoute, tu veux faire le jeu à ma place ?

Comme elle ne répondait pas, il reprit :

— Une voyante, une sorcière, un chasseur, un cupidon pour le fun, une petite fille, un idiot du village, un joueur de flûte. Et sept villageois. T'es contente ? Bon, je peux faire mon boulot ? Le village s'endort, donc, et vous feriez bien de fermer les yeux une bonne fois pour toute.

Tous s'exécutèrent sans un mot de plus.

— Je passe les politesses, cupidon se réveille... tu choisis deux bonhommes, ils finiront en couple et on les emmerdera avec ça jusqu'à la fin du voyage. Merci bien. Bon, je vais toucher l'épaule des amoureux, ils se reconnaissent, tout le toutim. Vous devez gagner ensemble, quel que soit votre camp. Je vous en prie.

Sans surprise, il effleura l'épaule de Vanitas qui réprima un soupir. C'était obligatoire, bien entendu ; personne ne pouvait s'empêcher de faire des blagues avec le mec louche de la classe. S'il se retrouvait avec Ven, il jurait d'assassiner Kairi avec sa potion de mort dès la première nuit. Ou Sora, en fait. Les deux étaient possibles.

Ce ne fut pas Ven qui ouvrit les yeux, cependant, mais Kairi elle-même ; elle lui fit un nouveau clin d'œil, et en un instant il sut : pour autant qu'elle ait écopé d'un rôle intéressant, la partie était gagnée d'avance. Ven l'avait bien dit lui-même ; ils communiquaient pratiquement par télépathie, à force.

— C'est bon, vous avez fini de vous draguer ? J'ai pas que ça à f... à faire.

Les réveils se firent à tour de rôle, et Vanitas attendit patiemment son tour pendant que la voyante, les loups-garous et le loup-garou blanc s'éveillaient et se rendormaient sous les ordres de Léon qui semblait profondément ennuyé par ce premier tour de nuit.

Enfin, il appela la sorcière.

Il ouvrit les yeux.

— Pouce en l'air pour un sauvetage, en bas pour un empoisonnement, rien pour, bah, rien. J'te montre la victime, hein, comme ça tu sais.

Il avait rarement vu si piètre maître du jeu. Quand il désigna Ven du bout du doigt, il réfléchit un instant.
Impossible que ce soit un simple hasard. Quelqu'un essayait de tester ses sentiments. Qui ? Le ciel lui-même ? Il hésita un long moment.

Non, il ne pouvait y avoir qu'une seule solution. C'était un message. Un message de quelqu'un que Ven mettait en danger. C'était sa façon à elle de lui montrer qui elle était. Kairi était une fille un peu trop maligne, parfois.

Au comble du désespoir, mais désireux de lui montrer que ce qui se passait au village restait au village, il ne fit rien.

— Eh bah. OK, alors. C'est à qui, maintenant... ah ouais, le joueur de flûte...

Vanitas retomba dans le profond sommeil caractéristique des habitants de sa contrée isolée au milieu d'un bois rempli de sauvage loups-garous, attendant patiemment que le soleil se lève à nouveau – si possible sur un cadavre qui ne serait pas le sien.

Le joueur de flûte se leva et s'endormit, les joueurs charmés à leur tour, puis ce fut la journée.

Il y voyait un peu flou et se frotta les yeux comme la plupart d'entre eux.

— Super nuit..., commenta Léon, le regard plus blasé que jamais. Ah ouais, bon. Breaking news : nous avons deux morts. Comme c'est triste, et cætera. Le premier, dévoré et les intestins répandus un peu partout : notre cher et regretté Ventus, qui était... une petite fille. Oups, ça alors. Fallait être plus discret, Ven ! T'auras vraiment pas pu faire grand chose.

Il haussa les épaules et Vanitas implora silencieusement son pardon. Avec un peu de chance, la partie finirait vite, et il ne tarderait pas à revenir en jeu.

— Le deuxième corps est celui de Tidus, qui était un loup-garou.

— Et il est mort de quoi ? demanda Alice, une fille blonde qui, pour une étrange raison, évoquait à tout le monde l'héroïne de Lewis Carroll.

— De quoi veux-tu qu'il soit mort ? De la peste ? Il s'est fait bouffer, comme tout le monde. Par le loup-garou blanc. Pas de chance.

Vanitas eut un moment d'inquiétude ; à peu de choses près, Kairi aurait pu finir à la place de Tidus, cette nuit. Le loup-garou blanc guettait ses victimes et trahissait son propre clan ; si elle était bel et bien un loup-garou et avait fait assassiner celui pour qui battait son cœur afin qu'il ne regarde pas d'autre visage que celui de son aimée, elle n'était pas plus en sécurité que lui.

À moins, bien sûr, qu'elle soit elle-même le loup-garou cannibale. Mais c'était statistiquement impossible ; il n'avait pas suffisamment de chance pour lui permettre un coup pareil. Et puis, ce serait bien trop facile.

— Voilà voilà, fit Léon, maintenant vous votez. Vous avez trois minutes, sinon on est partis pour la nuit. Enfin, la journée. Enfin, on se comprend.

Vanitas se redressa un peu sur son siège.

— Et comment on est censés faire ? demanda Roxas en croisant les bras. On prend quelqu'un au hasard ?

— Non, répondit Léon, tu te sers de ton cerveau. Mais je ne suis plus là, de toute façon. Il reste six loups-garous, on se dépêche.

Roxas sembla sur le point de répondre quelque chose mais la main de Pence sur son épaule l'en empêcha. Il s'enfonça dans son siège en marmonnant des malédictions à l'encontre de Léon et de tous ceux qui, apparemment, ne cherchaient qu'à lui pourrir le voyage.

Hayner fut le premier à lancer les hostilités.

— Vanitas est un loup-garou, affirma-t-il.

D'un mouvement parfaitement synchronisé, Léon, Kairi, Ven, Riku et Vanitas lui-même levèrent les yeux au ciel. C'était une attaque bien trop facile et évidente pour qu'elle ait la moindre chance d'aboutir ; Hayner était un parfait idiot.

Sora, qui paraissait amusé, l'apostropha de l'autre bout de la table.

— Tu dis ça simplement parce que tu le détestes, dit-il. Tout le monde le sait, c'est même pas discret.

— Je crois plutôt qu'il fait ça pour le punir d'avoir mis un pyjama aussi affreux, renchérit Kairi.

— Je l'ai trouvé dans ta penderie, Kairi, tu ne t'en rappelles pas ? se défendit Vanitas. T'as exactement le même, mais en plus moche.

— Moi, au moins, je ne le porte pas en public. Il me sert à faire les poussières.

Tous à l'exception de Hayner et Roxas éclatèrent de rire. Bien, pensa Vanitas, continuez à nous prendre pour des ennemis. C'était ainsi qu'il avait le plus de chances de gagner.

— Hayner semble bien prompt à accuser les gens à tort et à travers, fit remarquer Naminé en forçant un peu sur sa voix pour qu'on l'entende à travers la pièce. Ça me paraît un peu louche, mais je dis ça comme ça.

— Je suis innocent, moi. Si j'avais été un loup-garou, c'est Vanitas que j'aurais assassiné en premier.

— À moins que tu ne sois un loup-garou et que Vanitas ait été ton allié, ou bien que vous formiez un charmant petit couple.

Le visage d'Hayner sembla virer au bleu face à l'horreur que cette proposition lui inspirait.

— Il vous reste une minute, commenta Léon.

— Il va bien falloir qu'on trouve un loup-garou, fit Wakka, un grand garçon roux qui traînait en permanence avec Tidus et Selphie. Au pire, il y en a six, alors si on vote au hasard...

— Je vote Hayner ! s'exclama Sora en levant bien haut la main.

— Moi ? Pourquoi ?

— Bah, au hasard. Et parce que t'as l'air trop énervé pour être innocent. Enfin, je dis ça...

— Quelle excuse de merde !

— Qui vote avec moi ? demanda Sora.

Une dizaine de mains se levèrent dans la salle, dont celle de Vanitas, Kairi, Naminé et Riku. Bien, voilà qui était parfait.

— C'est bon, c'est fait ?

— Quoi ? s'écria Hayner. C'est pas juste !

— Défends-toi, alors, dit Youfie.

— Mais qu'est-ce que vous voulez que je dise ?

— L'accusé n'a apparemment rien à dire, déclara Aerith d'une voix douce. Je propose qu'on le pende.

Chacun sembla trouver la proposition à son goût malgré les protestations de l'intéressé.

— Bien, fit Léon. Hayner est donc pendu, adjugé. Nous enterrons son cadavre froid au fond du cimetière du village. Mais qui était-il ?

Il retourna sa carte, puisque Hayner avait croisé les bras en marmonnant dans sa barbe.

— Un simple villageois ! révéla Léon.

Personne n'avait l'air déçu.

— Bah, ça arrive, fit Selphie avec un sourire.

— Il parlait trop, de toute façon, commenta Youfie.

— Mais je..., commença Hayner, mais il fut rapidement rabroué par Léon.

— Les morts ne parlent pas, mon petit. Allez, c'est la nuit.

La voyante fut la première à se réveiller, cupidon n'ayant plus grand chose à faire. Léon fit le tour de la table en soulevant les cartes en toute discrétion. Puis les loups-garous s'éveillèrent à nouveau, choisirent leur victime, se rendormirent. Enfin, ce fut au tour de Vanitas. Le loup-garou blanc ne se levait qu'une nuit sur deux, fort heureusement.

Léon lui désigna Pence, mais Vanitas ne fit rien. Ses potions étaient précieuses ; il ne devait pas les utiliser à la légère. Sa victoire – leur victoire, à Kairi et lui – reposait sur ses épaules, et sur son merveilleux chaudron.

Les morts observaient la scène, les yeux grands ouverts, et il adressa un sourire d'excuse à un Ven abasourdi avant de refermer les yeux.

Puis ce fut au tour du joueur de flûte, et enfin la deuxième journée commença.

— Nous avons un mort à signaler, cette nuit, dit Léon. Dites adieu à notre bon vieux et discret Pence.

Pence mima une agonie terrible puis retourna sa carte.

— ... qui était un chasseur, continua Léon. Au moment de mourir, et parce qu'il ne quitte jamais son arme, Pence a tiré sur son présumé meurtrier. T'as tiré sur qui ?

Pence réfléchit un instant.

— Ah, euh... Roxas...?

— Roxas rejoint donc son bestolito dans les ténèbres éternelles. Pas cool, mon vieux. T'étais quoi ?

Roxas répondit si bas que personne n'entendit.

— Quoi ?

— Idiot du village.

Vanitas réprima un éclat de rire. Même Kairi semblait amusée.

— Idiot du village... ça te va drôlement bien. Ça va, ça va, je déconne... Bon, il reste toujours six loups-garous à trouver. Aux votes !

Aussitôt, la main de Riku s'éleva dans les airs. Tout le monde lui jeta un regard intrigué.

— Déjà ? dit Belle en secouant ses cheveux bruns.

— Je vote Sora.

— Quoooi ? s'écria celui-ci. Je croyais que j'étais ton meilleur ami !

Riku ferma les yeux pour ne pas finir rongé par la culpabilité ; Sora était très doué pour attendrir le cœur de ses ennemis, et il n'avait pas le droit de flancher.

Comprenant aussitôt que Riku devait savoir quelque chose, Vanitas le suivit.

— Hé ! Toi aussi ?

— Bah, il a l'air honnête. Et tu souris trop, c'est louche.

Naminé hocha lentement la tête.

— C'est vrai que...

— Naminé !

— Désolée, Sora, mais il faut bien que quelqu'un y passe.

— Et pourquoi pas, euh... Donald, tiens !

Donald, un garçon à la voix nasillarde qui ressemblait assez au cri d'un canard, s'insurgea immédiatement.

— J'ai rien fait du tout ! cancana-t-il. C'est toi qui est bizarre.

Il vota derechef contre Sora. Naturellement, tous les autres ne tardèrent pas à suivre.

— Bon, je suppose que mon destin est scellé, soupira Sora, des trémolos dans la voix. C'était un plaisir de partager cette vie avec vous. Je vous regretterai dans la mort, mes chers...

— Ouais, ouais, intervint Wakka, au bûcher, qu'on en finisse !

La remarque tira des applaudissements et Léon retourna la carte de Sora.

— Un loup-garou !

Un véritable hurlement de joie retentit dans la salle. Vanitas lança un regard à Kairi, mais elle ne bougeait pas. Elle ne se doutait peut-être pas qu'il était la sorcière, songea-t-il tout à coup ; elle avait peut-être tué Ven pour voir s'il allait le sauver, et croyait désormais qu'il n'avait pas de rôle spécial. Mais elle avait tort. Il se demanda un instant comment le lui faire comprendre, mais tout le monde fermait déjà les yeux.

— La voyante, ça c'est fait... les loups-garous... ok... le loup-garou blanc, cette fois encore... la sorcière...

Léon pointa la tête de Donald. Donald ? Pourquoi n'avaient-ils pas visés Riku ? Il était évident qu'il était la voyante, c'était ridicule. À moins que...

Il ne bougea toujours pas, mais était tout de même un peu inquiet. Roxas, au loin, lui jetait des regards noirs.

— Le joueur de flûte... les charmés... OK, on y est. Debout tout le monde !

Il avait presque l'air de bonne humeur, maintenant qu'il pouvait annoncer des macabres découvertes à chaque lever de soleil.

— Nous découvrons le cadavre de Donald, baignant dans son sang et ses tripes.

— Voyons, Léon, le reprit Aerith en fronçant les sourcils.

— Bah quoi ? Bon, bref, Donald est mort. T'es vraiment rabat-joie !

Il retourna la carte.

— Et c'était un pauvre villageois. Voilà Donald, c'est ce qui arrive quand on met à mort un loup-garou. La meute se venge. Bref, nous avons un autre cadavre à signaler ce matin ; celui de Cloud, dont on n'aura pas eu l'occasion d'entendre la voix aujourd'hui. Cloud qui était un loup-garou, comme vous pouvez le deviner. On remercie le loup-garou blanc pour son appétit vorace.

À son habitude, Cloud ne pipa pas un mot. Vanitas, lui, était troublé ; il jeta un œil à Kairi qui eut un très léger sourire.

Elle avait tué Cloud. Bien entendu. Un sentiment de triomphe intense monta en lui. Avec Kairi en loup-garou blanc, il était sûr et certain de gagner. Enfin, presque.

— Cette partie traîne en longueur, se plaignit Gaston, un élève que tout le monde exécrait mais qui s'entendait mystérieusement bien avec Selphie.

— Il reste trois loups-garous, un loup-garou blanc, une voyante, une sorcière, un cupidon, un joueur de flûte et cinq villageois. Choisissez bien.

Vanitas s'éclaircit la gorge. C'était à lui de jouer.

— Pourquoi personne n'a tué Riku ? demanda-t-il.

C'était prendre des risques, s'il était effectivement la voyante, mais il faisait pour l'instant une cible idéale ; de plus, les loups-garous le suivraient dans l'instant et, s'il était accusé, Kairi le couvrirait sans doute.

— Pourquoi quelqu'un aurait tué Riku ? demanda Alice, un peu candide.

— Parce que Riku a désigné Sora d'entrée de jeu, la dernière fois, exposa-t-il. Il savait que c'était un loup-garou.

— Et alors ? C'est bien, non ?

Ça devait être une de celles qui ne connaissait pas bien le jeu. Il soupira.

— Eh bien, il n'y a que trois façon d'être à coup sûr certain de l'identité d'un loup-garou : soit en étant voyante et en ayant retourné sa carte au cours de la nuit, ce qui semblerait le plus logique – mais dans ce cas, pourquoi les loups-garous ne l'ont-ils pas tué cette nuit ? Ils ne sont pas stupides, si ? Il représente un danger, s'ils veulent gagner la partie – ; soit en étant la petite fille et en l'ayant espionné durant la nuit, mais elle est déjà morte, paix à son âme ; soit en étant soi-même un loup-garou. S'il n'est pas un loup-garou, pourquoi donc ne pas l'avoir tué ? C'est ridiculement dangereux, sachant qu'il pourrait découvrir l'identité de n'importe lequel d'entre eux.

— Tu parles comme un loup-garou, nota Belle.

— Je ne fais que réfléchir un peu.

— Tu penses que Riku est un loup-garou ? demanda Naminé. Dans ce cas, qui est la voyante ?

Il haussa les épaules.

— Très bien, va pour Riku, fit Gaston.

— C'est ridicule, marmonna l'accusé.

Léon soupira.

— Riku, donc... qui d'autre ?

Les joueurs se regardèrent, et Ariel leva lentement la main.

— Il est un peu bizarre, s'expliqua-t-elle.

— Si j'étais un loup-garou, intervint Riku, pourquoi aurais-je tué Sora tout à l'heure ?

— Pour ne pas qu'on ait des soupçons, bien sûr ! s'exclama Youfie. Ou parce qu'il est le loup-garou blanc et qu'il n'avait pas assez d'une victime toutes les deux nuits.

— Cette explication semble un peu bizarre, remarqua Aerith. Enfin, on verra bien, au point où on en est...

— Levez la main si vous voulez amener Riku à l'échafaud, ordonna Léon.

Vanitas, Gaston, Ariel, Youfie, Kairi, Wakka, Alice et Selphie levèrent la main. Naminé n'avait pas bougé, nota Vanitas ; Belle et Aerith semblaient en proie à une profonde hésitation, signe qu'elles n'étaient sans doute pas des loups-garous ; Olette, elle, restait parfaitement immobile. Il enregistra cette information dans un coin de sa tête ; elle était du genre suiveuse, d'ordinaire, et son attitude ne collait pas à son caractère habituel.

— Huit sur treize, Riku est mort. Et c'était... une voyante, bien sûr. Bande d'idiots.

Vanitas leva les mains en signe d'impuissance.

— Il avait l'air bizarre, c'est tout ce que je disais, lança-t-il.

— Ouais, on verra demain, ou jamais, si tu meurs. Tout le monde dort !

Cette nuit, comprit Vanitas, serait décisive. Avant de s'endormir, il surprit un coup d'œil de Kairi qui hochait lentement la tête de gauche à droite. Avait-elle comprit qui il était et lui intimait-elle de ne pas bouger ?

La voyante morte, ce furent les loups-garous qui se levèrent les premiers. Ils choisirent assez vite, se rendormirent, et Vanitas se leva à nouveau.

Riku, à côté de lui, plissa les yeux. Il lui sourit. La victime de cette nuit était Selphie, et il ne fit rien.

— Décidément, commenta Léon.

Puis il l'invita à fermer les yeux et demanda au joueur de flûte de se réveiller. Cette fois, cependant, il lui effleura l'épaule ; le joueur de flûte l'avait charmé, et il ouvrit à nouveau les yeux pour voir les autres joueurs qui avaient cédé à sa musique mortelle.

Le résultat, par chance, n'était pas aussi catastrophique qu'il s'y était attendu. Sur les douze joueurs encore en jeu, en comptant Selphie, seuls cinq d'entre eux étaient charmés ; le joueur de flûte avait dû jouer de malchance. Youfie, Aerith, Wakka, Alice et lui se regardèrent un moment avant de refermer les yeux.

Bien. Il faudrait qu'il règle son compte à celui-là aussi.

Au réveil, il chercha tout de suite à capter le regard de Kairi et mima discrètement un sifflement que, par chance, personne ne vit. Elle hocha la tête.

— J'ai le regret de vous annoncer la mort de Selphie, dévorée par les loups-garous et abandonnée par la sorcière. Selphie qui était cupidon. Oups.

Tous soupirèrent.

— J'avais oublié qu'il restait des amoureux, nota Naminé. Et on ne les a toujours pas eu. Enfin, bon, s'ils sont tous les deux villageois... c'est pas bien grave. Bon, qu'est-ce qu'on fait ?

— On tue des loups-garous, répondit Vanitas.

— Ah... tu veux dire, le genre de loups-garous qui assassinent des voyantes à la lumière du jour ?

Oups.

— Avant de nous occuper des loups-garous, dit Kairi, pourquoi on ne s'occuperait pas du joueur de flûte ? Je ne sais pas si les loups-garous ont essayé de faire quelque chose contre lui, mais ça fait longtemps qu'il est dans la partie, et je n'ai aucune idée d'où il en est.

— Tu protèges Vanitas ? Ça sent l'amour, tout ça !

Même les morts se mirent à glousser, Sora excepté. Il souriait d'un air tranquille.

— Ça paraîtra peut-être suspect, dit Alice, mais je suis d'accord avec elle.

Wakka et Aerith hochèrent la tête.

— Et à quoi ça sert, de tuer le joueur de flûte ? lança Gaston. Qu'on élimine ces loups-garous avant qu'il ne soit trop tard !

— Si le joueur de flûte charme tous les joueurs vivants, la partie est finie, expliqua Youfie. Ça veut dire que tu ne gagneras pas, à moins que tu sois toi-même le joueur de flûte.

Gastin détestait perdre, aussi se redressa-t-il dans son siège.

— Très bien ! Débusquons ce joueur de flûte et tuons-le ! À vos fourches, camarades !

Ils échangèrent des regards dépités.

— Bon, si vous y tenez, consentit Naminé. Mais fais attention à toi, Vanitas : je te surveille.

Elle agrémenta sa menace d'un clin d'œil auquel il répondit par un grand sourire. Bon, maintenant, il était temps pour lui de réfléchir.

Youfie, Aerith, Wakka et Alice était hors jeu, de même que Kairi. Il ne restait plus que Belle, Olette, Naminé, Ariel et Gaston ; Gaston étant beaucoup trop stupide, il avait peu de chance de l'être ; il se serait fait remarquer dans la seconde.

Naminé, Belle et Ariel avaient un peu participé au cours du jeu. Il soupçonnait Naminé d'être un loup-garou : ça lui ressemblait bien. Quant aux autres... il passa en revue leurs visages, l'un après l'autre. Olette ne bougeait pas d'un pouce. Elle n'avait pas bougé depuis le début de la partie.

— C'est Olette, conclut-il, et Belle avait prononcé son nom exactement au même instant.

— Hein ? Quoi ? Non, non, non, c'est pas moi, pas du tout.

Elle réagissait avec beaucoup trop de vivacité.

— Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? demanda Aerith.

— Elle est beaucoup trop calme, expliqua Belle. Ce n'est pas son genre. Elle n'a suivi personne depuis le début du jeu et a presque toujours évité de voter. C'est bizarre, non ?

— J'ai juste fait ça parce que... hum...

Elle semblait avoir bien du mal à trouver une explication, et tous secouèrent doucement la tête.

— Voyons, Olette, n'essaie pas de mentir, ça ne te va pas, dit Kairi.

— Au bûcher ! s'écria Gaston.

Belle retint un soupir.

— Très bien, je vous suis, fit Naminé.

— Qui vote Olette ? demanda Léon.

Tous à l'exception d'Olette levèrent la main.

— Vous êtes vraiment pas sympa, bougonna-t-elle.

Quand on retourna sa carte, cependant, elle sourit.

— Joueur de flûte, dit Léon. Mais bien tenté. Bref, bonne nuit tout le monde. Il ne nous reste presque plus de joueurs spéciaux, ça va finir en villageois versus loups-garous. Et les loups-garous ont un sacré avantage.

— Pas étonnant, s'exclama Youfie, t'en as mis sept !

— Et l'un d'eux va mourir cette nuit. C'est pas beau, ça ? Allez, dors. Bon, sans surprise, les loups-garous se réveillent ! Qu'ils se grouillent, je commence à être fatigué, et les pauvres morts de début de partie aussi, hein, Ven ? OK, c'est noté. Le loup-garou blanc ? Eh bah, tu décides vite ! Bref, blablabla, sorcière ? Tu fais quoi ?

Bien évidemment, il avait été lui-même désigné en temps que victime. Comment Kairi avait-elle pu laisser faire ça ? Il leva le pouce en l'air, et Léon hocha la tête.

— Bon, ça, c'est fait. C'est l'heure de se lever, les enfants !

Comme les joueurs morts se mettaient à parler, il s'éclaircit la gorge pour demander le silence.

— Écoutez les gars, en un tour c'est terminé. On se calme. Bref ; Naminé est morte. Adieu, Naminé, qui était un horrible loup-garou.

Tous, morts compris, applaudirent.

— Félicitations, certes, mais il reste trois loups-garous.

— T'en avais beaucoup trop mis ! dit Youfie.

— Ouais, ouais... bon. La suite des événements, s'il vous plaît ?

Aerith prit la parole :

— N'y aurait-il pas dû avoir deux morts cette nuit ? Puisque le loup-garou blanc a tué Naminé, les loups-garous devraient avoir désigné une autre victime.

— Il reste la sorcière, nota Belle.

— Ah, juste. La sorcière qui n'avait rien fait depuis le début de la partie...

Elle réfléchit un long moment puis sourit.

— Ah, bien sûr. Je sais qui c'est.

— Et c'est qui ? demanda Youfie.

— Pour que les loups-garous le découvrent ? Je ne suis pas idiote.

— C'est exactement ce que dirait un loup-garou, répliqua Kairi.

— Je penche pour Alice et Gaston, fit Ariel.

— En sorcière ?

— Non, en loups-garous. Il en reste trois, et nous sommes neuf joueurs en vie. Qui a formé une coalition depuis le début de la partie ?

— J'aimerais te répondre, dit Aerith, mais je n'ai rien retenu.

— Je ne suis pas un loup-garou ! beugla Gaston en se levant à moitié de sa chaise. Je ne vis que pour tuer ces bêtes monstrueuses qui menacent notre beau village ! Je peux les voir au premier regard. Il suffit de faire un peu attention.

Il s'arrêta quelques secondes sur le visage de chacun d'entre eux, sous les gloussements du public de morts qui suivaient la partie avec intérêt.

— AH AH !

Il avait frappé sur la table et pointait le doigt vers Alice qui regardait nerveusement autour d'elle, apeurée.

— Tu joues la fille qui n'y connaît rien, mais tu caches bien ton jeu ! Voilà un loup-garou qui ne manque pas de discrétion, mais je sais qui tu es, moi, sous ce masque d'innocence que tu portes à la lumière du jour ! Dis-moi, Alice, aimes-tu dévorer les enfants innocents ?

Elle secoua frénétiquement la tête.

— Mensonge ! s'écria-t-il.

— Calme-toi, Gaston, soupira Youfie.

— Je ne suis pas sûre qu'Alice soit..., commença Belle, mais déjà Ariel et Kairi avaient levé la main contre Alice.

Aerith suivit sans trop réfléchir, un peu fatiguée, rapidement suivie par Vanitas pour qui la victime importait peu. Si Kairi jouait suffisamment finement au tour suivant, leur victoire était assurée.

Léon sembla soudain se réveiller.

— Alice ? Quelque chose à dire pour ta défense ?

— Je suis un peu perdue, confia-t-elle.

— Elle avoue ! dit Gaston. Qu'on lui coupe la tête !

Léon haussa les épaules et retourna sa carte.

— Simple villageoise, dit-il.

Alice paraissait sur le point de pleurer. Naminé, à côté d'elle, lui tapota gentiment le dos.

— Ça arrive à tout le monde de faire des erreurs ! lança Gaston.

— Ouais, c'est ça. Le village s'endort, encore une fois. Il reste trois loups-garous pour cinq villageois. Bonne chance.

Les loups-garous ne furent pas longs à choisir leur victime et, quand vint le tour de Vanitas, il ne fit rien. Il fallait qu'il garde sa potion de mort pour la fin ; en attendant, il comptait sur la protection de Kairi.

Il y eut un soir, il y eut un matin, cita Léon, et c'est couverte de sang que nous trouvâmes Belle, gisant dans la forêt.

— La bête l'a tuée ! dit Gaston. La bête !

— Je vote Gaston, fit Kairi.

Aussitôt, Ariel, Youfie et Vanitas la suivirent.

— Défends-toi, Gaston, soupira Aerith.

Sentant qu'il allait partir dans un grand discours que personne n'avait envie d'entendre, Léon les interrompit :

— Un, deux, trois, adjugé, Gaston est mort et c'est bien dommage. Gaston qui était un simple villageois.

Vanitas s'étira.

— La prochaine nuit sera décisive, mes enfants. Dormez bien, et bonne chance.

Ils fermèrent les yeux.

Quelqu'un, au bout de la table, s'était mis à taper en rythme, et il fut bien vite suivi par tous les villageois et loups-garous morts. Vanitas sourit.

— Bien, fit Léon en élevant la voix pour couvrir la musique, si les loups-garous voulaient bien choisir une victime ?

— Ça alors ! s'exclama à nouveau Gaston. J'en étais sûr !

— C'est ça, dit Sora, ça explique tu aies visé systématiquement à côté depuis le début de la partie.

— C'était pour...

— Le loup-garou blanc se réveille.

Nombre d'élèves se mirent à siffler.

— Bien sûr, quelle idiote, commenta Naminé.

— Très bien, dit Léon.

Vanitas entendit très clairement Donald ricaner dans un coin.

— La sorcière se réveille...

Il désigna Aerith. Vanitas baissa le pouce. C'était le moment ou jamais.

— Enfin, grommela Léon. Et qui ?

Il était évident que Youfie, Kairi et Ariel formaient une coalition depuis le départ. Comme Aerith était morte, et que Kairi avait vraisemblablement tué un autre loup-garou, il valait mieux qu'il se concentre sur Wakka ; quoi qu'il arrive, de toute façon, s'ils étaient trois à survivre, ils avaient gagné.

Il désigna Wakka avec un clin d'œil à Sora qui arrondissait la bouche en comprenant le stratagème, et ne prit même pas la peine de refermer les yeux lorsque vint le matin.

— Cette nuit a vu couler le sang, conta Léon en s'appuyant sur la table. J'ai bien peur d'avoir à vous annoncer une véritable hécatombe.

Il s'approcha d'Aerith.

— Aerith, tout d'abord, dévorée par les loups-garous, n'était qu'une pauvre villageoise sans défense. Elle aura tenu longtemps, mais pas assez. Paix à son âme.

Il posa sa main sur l'épaule de la jeune fille qui laissa échapper un éclat de rire.

— C'était évident, dit-elle.

— Shh. C'est près de l'école maternelle, vide à cette heure, que nous avons trouvé le cadavre béant de Youfie, qui était un loup-garou et brûlera en enfer avec les siens. Tu y étais presque Youfie, mais tu ne resteras pas dans nos cœurs.

Il marqua un silence puis sourit.

— Et notre sorcière, après de longues nuits de suspense, a enfin décidé d'empoisonner un de ses compagnons. Ainsi découvrons-nous le corps sans vie de Wakka, de la bave mousseuse au coin des lèvres...

— Dégueu, dit Hayner.

— ... Wakka qui était un simple villageois. La sorcière n'a pas l'air d'apprécier ses compatriotes.

— Il reste qui, du coup ? demanda Ariel.

Kairi et Vanitas échangèrent un immense sourire.

— Je crois que t'es cuite, Ariel, fit remarquer Youfie. Ah, on est trop bêtes ! J'aurais dû savoir que c'était elle.

— J'avais oublié qu'il restait un couple en jeu, dit Aerith. Dommage. Vous auriez dû viser Vanitas deux fois de suite, loup-garous inutiles.

— Bon, eh bien, ne gardons pas le suspense plus longtemps ; les votes ?

— Ariel, dit Kairi.

— Ariel, répéta Vanitas.

— Je suppose que je n'ai plus grand chose à dire, soupira Ariel.

— Ariel passe donc sur la chaise électrique, annonça Léon, et c'est sans surprise que je déclare notre mignon petit couple d'amoureux qui a eu, je dois l'avouer, une chance de cocu au niveau des rôles...

— Rien à voir, intervint Kairi. C'est vous qui étiez idiots. La prochaine fois que vous jouerez au loup-garou, retenez que faire en sorte que Vanitas et moi soyons associés revient à signer votre arrêt de mort. On y a joué mille fois ensemble.

— On te remercie pas, Selphie ! dit gaiement Sora.

— Je savais que vous communiquiez par télépathie, fit Ven. Si seulement tu ne m'avais pas laissé mourir au premier tour, l'issue aurait pu être différente.

Vanitas lui décocha son plus beau sourire en coin.

— Voyons, Ven. Elle me testait : je n'ai pas eu le choix.

— Je trouve que cette victoire mérite des applaudissements, dit Pence, et tout le monde le suivit.

— Bon, on en fait une autre ? proposa Sora, tout à son enthousiasme.

Gaston, Belle, Aerith et Alice partirent se coucher, mais les autres restèrent bien assis, prêts à prendre leur revanche.

Vanitas mourut dès la première nuit, lors de la partie suivante ; il n'était qu'un simple villageois, de toute façon, et son rôle n'avait pas grand intérêt. Il ne fut pas surpris de voir Roxas et Hayner parmi les loups-garous, ce qui expliquait sa mort rapide, et suivit la partie avec un grand intérêt en espérant que les villageois, dont Ven et Kairi faisaient partie, prendraient rapidement leur revanche. Cela ne manqua pas : Roxas et Hayner n'avaient aucun sens de la stratégie, contrairement à Sora qui, voyante cette fois, les élimina les uns après les autres en riant.

Les élèves s'en furent les uns après les autres et, bientôt, il ne resta plus que la chambrée de Vanitas, accompagnée de Kairi et Naminé, dans la grande salle. Aucun d'entre eux n'avait une idée de l'heure qu'il était ; les adultes étaient partis se coucher depuis un moment, lentement suivis par leurs élèves.

Si Vanitas était déjà à deux doigts de s'écrouler de fatigue, cela ne semblait pas être le cas des autres. Kairi et Riku parlaient à voix basse dans un coin, étroitement surveillés par Sora qui leur lançait des regards à la dérobée ; celui-ci disputait une partie de bataille corse contre Ven avec un jeu de cartes que Naminé avait sorti de nulle part. Elle arbitrait le jeu avec enthousiasme, laissant souvent le point à Ven qui, amusé, requérait son avis à pratiquement chaque victoire de Sora.

Celui-ci s'indigna si fort que Riku dut se lever pour le faire taire. Ils n'avaient aucune envie que les professeurs viennent leur remonter les bretelles.

Kairi vint s'asseoir à côté de Vanitas pour lui pincer la joue.

— Déjà fatigué, Vani ? T'as quel âge, 85 ans ?

— Je t'emmerde...

— J'avais oublié que ton sens de la répartie s'amenuisait avec l'avancée de la nuit. Tu devrais aller te coucher.

— Qu'est-ce tu conspirais, avec Riku ? Vous ne vous parlez jamais.

— Riku ? Rien. On a toujours été très amis.

— Tu parles...

— Dis, tu veux qu'on te porte jusqu'à ta chambre ? Je suis sûre que t'as même oublié comment marcher.

— Pour que tu ressortes ça comme une piquante anecdote à chacune de nos prochaines rencontres ? Ça ira, merci.

Par chance, Ventus avait entendu leur conversation. Il se planta devant eux, tout sourire.

— Je peux te porter, si tu veux, proposa-t-il d'un air taquin.

Vanitas caressa l'idée d'accepter, juste pour voir la tête que Kairi ferait, mais il estima que ce serait une atteinte irrémédiable à sa virilité.

— Dommage, fit Ven. J'ai plus de force que j'en ai l'air, tu sais.

— T'inquiète, Ven, il le sait, intervint Kairi. T'es son principal divertissement en cours de gym.

— Vraiment ? Ça alors, répondit Ven.

Vanitas avait peine à croire à la facilité avec laquelle Ven surfait sur la vague sans même sembler gêné.

— Il y a un jour où vous arrêterez de me vanner ? demanda-t-il, au bord du désespoir.

Ven et Kairi se consultèrent du regard un court instant.

— Jamais, répondirent-ils en chœur.

— C'est bien ce qu'il me semblait.

Sora accourut vers eux et se jeta au cou de Ven avec un grand sourire pour Vanitas.

— Quelqu'un veut que je lui lise son avenir ? demanda-t-il.

— Je peux te le dire, moi, répondit Vanitas. Tout le monde va aller dormir et faire de jolis rêves...

— Avec Ven à poil, murmura très bas Kairi que personne, heureusement, n'entendit.

— ... puis on se lèvera demain aux aurores, la tête dans le cul, mais premiers au buffet petit déjeuner.

— Et on fera en sorte de prendre toutes les petites portions de nutella, continua Naminé.

— Ça me semble être un bon avenir, dit Ven. Je l'accepte.

— Bien, puisque tout le monde semble être plus doué que moi..., soupira Sora.

— Désolé, vieux.

Riku lui tapota l'épaule d'un air contrit.

— Je veux bien que tu me lises mon avenir, dit soudain Kairi.

Le visage de Sora s'illumina. Vanitas, lui, laissa échapper un long bâillement.

— Eh bien, bonne voyance, dit-il. Moi, je vais dormir.

Il sortit de la salle, rapidement suivi par Ven, Riku et Naminé. Cette dernière les abandonna pour partir vers le couloir du dessous, où se trouvait sa chambre. Exténué, Vanitas avança comme un zombie vers sa chambre, tellement dans les vapes qu'il manqua de se tromper de porte ; par chance, Ven et Riku gardaient un œil sur lui et le guidèrent doucement jusqu'à son lit. Il eut tant de mal à grimper au-dessus que Ven décida, dans sa grande mansuétude, de le laisser prendre le lit du bas tandis qu'il se couchait dans celui du dessus. Pas le moins du monde fatigué, il tarda à s'endormir ; Riku, lui, lisait un chapitre de son étrange livre russe en silence. Avant d'éteindre les lumières, Ven lui demanda de quoi il parlait.

— C'est l'histoire d'un pêcheur au milieu de l'océan, raconta-t-il. Sauf qu'il est poursuivit par toute une bande de requins génétiquement modifiés et supérieurement intelligents. Ça offre une intéressante perspective sur l'humanité de chacun et les limites de l'intelligence.

Ven resta un instant la bouche entrouverte. Puis il éteignit.

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Il était six heures et demi lorsque le téléphone de Riku sonna, les réveillant tous au passage. Tous, sauf Sora qui, pour une raison inconnue, dormait du sommeil du juste, un sourire aux lèvres.

Vanitas détestait qu'on le réveille à l'aube, aussi mit-il une bonne dizaine de minutes avant de se redresser pour observer son environnement et tenter de deviner où il se trouvait. La présence des trois autres le laissa un moment indécis.

— Eh bah, commenta Ven, quand tu t'endors, c'est pour de bon. J'ai cru que te coucherais à même le sol, hier soir.

Il lui fallut un instant pour comprendre pourquoi Ven était là. Les cheveux parfaitement en désordre, un sourire amusé aux lèvres, ce dernier ne semblait pas le moins du monde fatigué. Vanitas fut parcourut d'un frisson un peu trop agréable. Bien. Il fallait qu'il se calme. Il enfonça son visage dans son oreiller.

— Il a pas l'air du matin, commenta Riku.

— C'est le moins qu'on puisse dire.

Il s'assit sur le lit malgré les grognements de Vanitas et chercha des vêtements potables dans son sac.

— Pourquoi je suis couché là, encore ? demanda son camarade de chambre d'une voix pâteuse.

— On n'était pas assez motivés pour te lancer sur ton lit, répondit Ven.

— Vous auriez pu tenter le coup.

Ven rit mais ne répondit pas. Il s'habilla sans faire attention aux autres. À vrai dire, si Vanitas avait eu à donner son avis, il aurait presque pu penser que Ventus faisait exprès de se retrouver dans son champ de vision ; mais non, c'était tout bonnement impossible. Ventus était plus innocent qu'un agneau nouveau-né.

— Oh, prenez une chambre, se moqua Riku en lançant son oreiller à la figure de Vanitas.

— On a une chambre, à vrai dire, nota celui-ci. Et je ne vois pas de quoi tu parles.

— Quelqu'un réveille Sora ? fit Ven. Comme je suis le seul prêt ici, je vais réaliser ce que nous ont prédit les cartes et réserver le nutella avant que Naminé ne nous le vole.

Sur ces mots, il fila. Vanitas se cacha sous la couverture.

— Bon, dit Riku, il faut que j'aille trouver Roxas. Je vous rejoindrai là-bas.

Tout à ses pensées impures, Vanitas n'en comprit pas un traître mot. Il hocha vaguement la tête.

Une fois seul, il se convainquit de se lever, secoua Sora jusqu'à l'entendre grommeler ce qui ressemblait à du langage articulé, puis s'habilla et traversa le couloir avec lenteur. Il s'était couché beaucoup trop tard ; la fatigue avait tendance à l'assommer complètement et il lui faudrait une bonne heure avant que son cerveau ne se remette à fonctionner correctement.

Il entra dans la salle commune en traînant les pieds. Comme il l'avait promis, Ven était déjà là, un plateau rempli d'un nombre impressionnant de victuailles devant lui, Naminé à ses côtés. Ils semblaient en pleine conversation.

Vanitas s'assit en face d'eux sans même les regarder. Il posa le front sur la table, prêt à se rendormir.

— Ne le laissez pas faire ça, conseilla Kairi qui arrivait derrière eux, ou il ne se réveillera plus jamais. Le seul moyen de le réveiller vraiment, c'est ça.

Elle lui tordit férocement l'oreille, lui tirant une exclamation de douleur telle que les quelques lève-tôt déjà attablés lui lancèrent des regards intrigués. Ven riait silencieusement, une main sur la bouche, tandis que Naminé étalait consciencieusement un peu de confiture à l'orange sur une tranche de pain, un sourire aux lèvres.

— Mais qu'est-ce qui m'a pris de me lier d'amitié avec une barbare dans ton genre ?

Elle lui adressa son plus beau sourire.

— Et voilà, maintenant il est réveillé. De rien. Tu devrais aller te chercher à manger, Vanitas. T'es presque aussi chiant affamé qu'endormi.

Il répondit par un claquement de langue irrité et partit faire la file. Par malheur, il n'y avait même pas de portion de pâte à tartiner ; il dut se contenter d'un minuscule pot de miel, d'une tranche de pain et d'un bol de céréales sucrées rempli à ras bord.

Quand il revint à table, Kairi, Naminé et Ven étaient en pleine conversation.

— C'était terrible, disait Naminé en secouant la tête. Je me targue d'avoir une imagination plutôt développée, mais ça dépassait mes compétences.

— C'est vrai que c'est assez bizarre, commenta Kairi. Enfin... il n'y a pas un problème technique ? Je veut dire, pour que ça marche, il lui faut une...

— Mais il en a une, c'est ça, le truc.

— Et où ? Cachée à l'intérieur ?

— C'est ça. On la voit quand on le retourne.

— Mais c'est un chapeau. Si c'est à l'intérieur...

— T'as tout compris, dit Naminé.

— Dégueu !

— Et il peut marcher. Peut-être que ça lui sert aussi de pied ?

— Encore pire.

— Enfin, de toute façon, elle termine avec Rogue.

— Triste.

— Et lui termine avec Ginny. Bon.

Ven regardait sa tasse de café d'un œil morne. Intrigué, Vanitas s'installa.

— De quoi vous parlez ?

— Oh, de rien, dit innocemment Naminé.

— De quelque chose de trop grand pour toi, fit Kairi. Et pour Ven aussi, manifestement. Fais-lui du bouche à bouche, Vani, je crois qu'il a perdu son âme.

Ventus sembla se réveiller d'un coup.

— Mais, dit-il, pourquoi Hermione ?

— Parce qu'Hermione est intelligente et canon, voilà pourquoi, répondit la blonde. Qui ne voudrait pas la...

Elle fut heureusement interrompue par l'arrivée de Riku et Sora, ce dernier à moitié appuyé sur son meilleur ami dans une lamentation qui n'en finissait pas.

— Qu'est-ce qu'il a ? demanda Ven.

— Plus de nutella. Et il n'est même pas sept heures.

Tous hochèrent gravement la tête, à l'exception du blond qui souriait. Le mystère du Choixpeau semblait avoir quitté son esprit.

— À vrai dire, il n'a pas disparu, avoua-t-il.

Il les invita à baisser les yeux et leur montra la trentaine de portions de nutella posées sur ses genoux. Il en passa discrètement à Riku, Sora et Vanitas dont le visage s'éclaira sensiblement.

— Petit malin, commenta-t-il.

La bonne humeur rétablie, le petit déjeuner fut des plus agréables ; en dehors de Sora, aucun d'entre eux n'avait l'air d'avoir dormi moins de trois heures et ils adressèrent de grands sourires à chaque élève qui risquait un regard vers eux. Vanitas manqua de s'étouffer lorsqu'il entendit Roxas et Hayner râler sur le manque de pâte à tartiner. Il reçut leur regard méprisant avec un calme olympien. Jamais, de toute son existence, il ne s'était senti à ce point satisfait.

Il était presque huit heures quand ils quittèrent tous la salle, prêts à supporter une journée entière de visites de monuments et musées sous un soleil de plomb.

La journée se révéla plutôt calme, en fin de compte, et même les visites les plus ennuyeuses finirent par trouver un certain attrait aux yeux de Vanitas qui, d'ordinaire, s'en serait à peine soucié. Mais ce n'était pas une sortie scolaire ordinaire ; contrairement à la formation habituelle, constituée de lui et Kairi, il avait droit à un vrai groupe d'amis qui se charriaient à tort et à travers sur tous les sujets possibles et imaginables. Comme Olette s'en était allée avec Pence, Hayner et Roxas, Naminé avait décidé de rester avec Vanitas et le reste de la chambrée, bien sûr accompagnée par Kairi. Elle et Riku en connaissaient toujours mystérieusement plus que leur professeur sur les tableaux qu'ils voyaient au musée d'art de la renaissance ou sur l'architecture de la région qui, selon Vanitas, ne changeait pas franchement de celle de la ville qu'ils avaient quitté quelques jours plus tôt. D'après Riku, il tenait ses informations de son petit livre russe. Personne n'osa lui poser de questions.

À la pause midi, Kairi tenta une approche tactique de Roxas, sans succès. Elle resta irritée des heures durant, malgré les singeries de Sora qui, Vanitas devait bien le reconnaître, déployait des efforts incroyable pour se faire remarquer. Il lui avait lu son avenir quelques jours plus tôt, songea-t-il. Que pouvait-il bien lui avoir dit ?

Quand il posa la question à sa meilleure amie, elle se contenta de hausser les épaules.

— Que j'allais gagner, voilà.

Puis elle sourit.

— Tu sais, il est plutôt doué. Enfin, je pense. On verra, je suppose.

Elle avait l'air si sûre d'elle que c'en était inquiétant ; Vanitas décida cependant de l'ignorer et partit rejoindre Ven qui secouait Riku comme un prunier pour une raison inconnue.

Ce fut le soir même qu'il eut confirmation des hypothèses de Kairi.

Rien d'anormal, au départ ; il ne faisait que se promener dans un des couloirs de l'auberge de jeunesse où ils logeaient à la recherche des toilettes les plus proches. Naminé, qui arrivait en face, lui sourit brièvement. Déconcentré, il oublia de regarder devant lui.

Et se cogna violemment contre un distributeur de boissons chaudes.

Les mains sur le visage, il se mit à maudire la machine. Naminé, catastrophée, vint regarder s'il ne lui était rien arrivé de grave.

— Je t'avais dit de faire attention aux distributeurs automatiques ! s'exclama Sora en arrivant derrière lui.

Il souriait. Vanitas se prit à souhaiter sa mort plus ardemment qu'il n'avait jamais souhaitée celle de Terra, le caissier insupportable de la petite échoppe à côté de chez sa tante, ou même de Roxas. Il se mordit la lèvre pour ne pas lui répondre.

— C'est pas un distributeur automatique, ça, fit remarquer Riku. Un distributeur automatique, c'est pour l'argent.

— Ah bon ? Mais j'avais quand même raison. En quelque sorte.

Par chance, Vanitas n'était nullement blessé ailleurs que dans son estime. Il reprit sa route, la tête haute, ignorant les rires de Sora qui le hantèrent durant une bonne demi heure.

Le temps de la malchance était toutefois terminé. Il le constata en se rendant dans sa chambre, une main sur le front en priant pour qu'aucune bosse n'ait la brillante idée de s'y inviter.

Ven était toujours là, assis sur son lit, occupé à détailler son bras comme s'il espérait y trouver une quelconque illumination.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda Vanitas.

Ven sursauta au son de sa voix, puis il posa une main sur son cœur pour en calmer les battements. Pendant un infime instant, Vanitas regretta d'avoir fait ce pari idiot avec Kairi ; plus que tout, il en regrettait les règles stupides. S'il n'avait pas été pieds et poings liés, il aurait peut-être...

Il dut se mordre l'intérieur de la joue pour se remettre les idées en place. Il était hors de question de partir dans un monde de fantaisies absurdes qui ne se réaliseraient peut-être jamais.

Cette idée le laissa un peu déprimé. Sentiment qui s'envola instantanément lorsque Ven lui sourit.

— Je comptais mes grains de beauté, dit-il.

Par sécurité, Vanitas se laissa tomber sur le lit de Riku, le plus loin possible de son interlocuteur.

— Et combien t'en as ? demanda-t-il.

Il avait la gorge sèche. Ven haussa les épaules.

— Quinze sur le bras droit, douze sur le gauche. Où sont Sora et Riku ?

— Je les ai croisé tout à l'heure, mais...

— Tu t'es fait mal ? l'interrompit Ven.

Il se leva et s'arrêta devant lui. La façon dont il le regardait rendit Vanitas tout chose ; il s'éclaircit la gorge en espérant que ça l'aiderait à reprendre contenance.

— Je me suis pris le distributeur de café dans la gueule, expliqua-t-il.

Ven ne sourit pas ; il avait l'air un peu inquiet.

Oh, ça suffit, pensa-t-il. Il ne se sentait pas de taille à affronter un tête à tête avec Ven, pas maintenant. Déjà il perdait le contrôle de ses pensées, et ça ne s'arrangea pas quand le garçon tendit la main vers lui et effleura doucement son front en demandant :

— Ça te fait mal ?

En proie à la confusion, il ne put rien faire d'autre que balbutier quelque chose d'incompréhensible. Heureusement, l'arrivée impromptue de Riku lui épargna de plus amples explications.

— Ça va, Vanitas ? demanda celui-ci.

— La prochaine fois que Sora fait une prédiction, demande-lui d'être plus précis, rétorqua-t-il. « Distributeur automatique »... n'importe quoi.

— Il manque de vocabulaire, qu'est-ce que tu veux. Vous ne venez pas manger ?

Vanitas fila à la vitesse de la lumière, laissant là Ven et Riku qui échangèrent un regard intrigué.

— Qu'est-ce qu'il a ? demanda Riku.

— C'est peut-être à cause de son coup à la tête, hasarda Ven. Ça avait l'air plutôt douloureux.

— C'était pas la seule chose douloureuse, si tu veux mon avis.

Ven lui lança un regard interrogateur, mais Riku balaya sa question d'un geste de la main.

— Bon, on y va ?

Après un dernier regard inquiet dans le couloir, Ven le suivit sans discuter.

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Sora avait commencé une pyramide avec des dessous de verre en carton quand les deux garçons vinrent s'asseoir auprès de lui. Immédiatement, Riku ouvrit son livre pour se plonger dans une lecture silencieuse. Naminé tenta de déchiffrer le titre, en vain.

— Et Vanitas est... ? demanda Kairi.

Tout le monde se tourna vers Ven qui se sentit curieusement rougir.

— J'en sais rien, répondit-il. Je croyais qu'il venait ici.

Il y eut un silence.

— Il est sorti précipitamment après que Riku est venu nous prévenir, alors...

— Vous parliez de quoi ? demanda Naminé, soudain intéressée.

— De quoi ? De rien de spécial, je crois.

— Est-ce qu'il avait l'air d'essayer de parler tout en émettant des sons n'ayant aucun équivalent connu dans la langue française ? fit la rousse.

Il réfléchit.

— Maintenant que tu le dis...

— Ça va, je sais où il est. Je reviens.

Sur ces mots, elle se leva et sortit de la salle avec un petit sourire aux lèvres. Intrigués, les autres attendirent son retour une minute durant avant de revenir à leurs activités.

— Qu'est-ce que tu lis ? demanda Naminé.

Riku referma doucement son livre.

— C'est un essai à propos de la décadence de la société occidentale à l'heure des réseaux sociaux. On y parle de la perte d'identité et de la relation à l'image qu'induit le partage permanent et l'omniprésence des caméras autour de nous. C'est éclairant.

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Kairi ne prit même pas la peine de s'annoncer avant de débarquer dans les toilettes des garçons, suscitant par ce geste quelques exclamations étouffées qu'elle ignora superbement. Seul Vanitas ne semblait pas surpris par sa présence soudaine.

— Tout le monde sort, ordonna-t-elle.

Elle attrapa son meilleur ami avant qu'il ait le temps de fuir.

— Sauf toi, ajouta-t-elle avec un sourire dangereux.

Il soupira. Les autres sortirent en grommelant.

— Bien joué, la félicita Vanitas en levant les yeux au ciel. Maintenant, ils vont tous croire qu'on va vraiment finir ensemble avant la fin du voyage.

— Ça te plairait ?

— Autant que de manger un bol entier de confiture moisie. Voir moins.

— Mes sentiments à ton égard sont identiques. Il est bon de mettre les choses à plat de temps en temps.

Elle partit verrouiller la porte des toilettes afin d'être certaine d'être tranquille.

— Alors, Vani. On a paniqué ? Raconte-moi tout.

Il s'appuya contre le mur après s'être assuré de sa propreté. On n'était jamais trop prudent.

— J'en peux rien, soupira-t-il. C'est trop pour moi.

Les lèvres de Kairi tremblaient un peu, mais elle eut la bonne grâce de ne pas rire. Au contraire, elle tapota maladroitement l'épaule de l'adolescent pour le consoler.

— Voyons, voyons, je suis sûre que ça passera, le rassura-t-elle.

— Je ne peux pas rester seul avec lui dans la même pièce, Kairi. Je vais tomber raide mort. Trop de pression.

Cette fois, elle ne prit pas la peine de cacher son éclat de rire.

— Si proche du but, dit-elle, et voilà qu'il ne trouve rien de mieux à faire que de se cacher dans les chiottes. Brillant. (Elle lui pinça les joues.) C'est pour ça que j'aime faire ce genre de concours idiot avec toi, Vani. Parce que je suis sûre de te voir perdre tes moyens avant la fin. Tu passes ton temps à me balancer ton assurance à la figure jusqu'à son total et irrémédiable effondrement.

Elle était très satisfaite.

— Il y a une limite à la classe dont un être humain peut faire preuve, répliqua-t-il avec mauvaise humeur.

— Bah tiens. Tu sais que mon propre plan se déroule à merveille, n'est-ce pas ? Et tu sais ce que tu risques ?

— Ton plan ? Roxas t'a définitivement classée sur la liste des personnes infréquentables.

— Les apparences sont parfois trompeuses, mon chéri. Regarde-toi.

— Aide-moi, s'il te plaît.

Il était rare qu'il l'implore comme ça et son visage exprimait une telle détresse qu'elle ne put s'empêcher d'en avoir le cœur un peu serré.

— Écoute, Vanitas, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Essaye de faire un effort, respire un coup et c'est reparti. Si tu l'évites comme ça, il ne t'arrivera jamais rien de bien, je te le dis. Pas que j'en ai envie, mais...

Il semblait plus déprimé que jamais.

— Bon, t'avais bien réussi à envoyer cette lettre anonyme ridicule à Joshua, non ?

— J'avais dix ans.

— Et tu t'es retrouvé plus d'une fois en tête à tête avec Ven sans aucun problème.

— Tu parles...

Elle gloussa.

— Quand même, c'est trop mignon. Allez, motivation. Je suis sûr que tu peux y arriver. Essaye de penser à autre chose.

— Mais...

— On y retourne. Si je reste ici plus longtemps, ils vont se poser des questions. Je n'ose même pas imaginer les rumeurs dégueulasses qui doivent courir sur nous en ce moment même.

Sur ces mots, elle le tira de force à l'extérieur et le força à s'asseoir à table avec les autres. Il ne tarda pas à reprendre son habituelle expression moqueuse en détaillant les dessins que Sora avait laissé sur chaque dessous de verre en attendant l'heure de manger.

— Qu'est-ce que vous faisiez ? demanda Naminé, curieuse.

Kairi et Vanitas échangèrent un sourire entendu.

— Impossible de m'exprimer là-dessus en public, dit Vanitas.

— C'est extrêmement privé, confirma Kairi. Et sale.

— Sale ? s'étonna Sora. Comme quoi ?

— Tu ne veux pas le savoir.

Le soir venu, Vanitas avait récupéré sa bonne humeur et se prit même à taquiner Ventus qui se prêta au jeu avec toute la bonne volonté du monde. Riku, comme à son habitude, lisait son livre malgré les cris de Sora qui, assis au bout de son lit, avait décidé de rompre la monotonie de son quotidien en retirant ses chaussettes et en les jetant à l'autre bout de la pièce dans l'espoir de le faire bouger. Riku restait de marbre. Pendant un instant, Vanitas se surprit à lui envier sa maîtrise de lui-même.

Ils dormirent d'assez bonne heure, cette fois. Vanitas dut cependant se tourner et se retourner pendant un long moment avant de trouver le sommeil ; il eut le temps de surprendre un ronflement de Sora qui lui tira un sourire.

Au début de l'année, ce voyage aurait été synonyme de calvaire mais, finalement, il s'y amusait plutôt bien.

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— Quel jour on est ? demanda Ven.

— Jeudi, répondit Riku du tac-au-tac.

Sora lui sauta sans prévenir sur le dos, ce qui ne lui tira même pas un clignement d'œil surpris.

— Jeudi ! s'exclama-t-il en retombant. 15h35, Vanitas, n'oublie pas !

Les autres haussèrent les sourcils.

— C'est ça, marmonna Vanitas.

Il lui semblait avoir fait un terrible cauchemar, mais il n'en avait pas le moindre souvenir. Quoi qu'il en fut, il s'était réveillé si fatigué qu'il aurait tout aussi bien pu ne pas dormir du tout.

— Faites des groupes de cinq, puis vous viendrez chercher un feuillet explicatif avant de commencer la visite, déclara leur professeur principal.

Ils échangèrent un regard.

— On est six, si on compte Naminé et Kairi, dit Ven. Je peux aller rejoindre mon...

Mais Sora avait déjà filé en hurlant « Tiduuuus ! » et sautait au cou de ce dernier qui mima le geste de le combattre à main nue.

Personne ne fit de commentaires.

— Bon, je crois que c'est décidé, annonça Naminé.

Elle prit la feuille et la lut d'une traite.

— C'est une... course d'orientation, on dirait. Enfin, vaguement. Avec tout un tas de petites informations culturelles intéressantes.

Kairi et Vanitas soupirèrent en chœur.

— Je parie qu'on va devoir faire tout le tour de la ville, dit Ven. Et il fait au moins cinquante degrés.

Le soleil, en effet, était de sortie. Riku enfila ses lunettes.

— Pas de temps à perdre. Allons-y.

— T'es bien motivé, se moqua Kairi.

— Tu ne te rends pas compte de l'enfer que sera notre vie si Sora gagne la partie.

— Aucune chance, assura Ven. Je suis déjà venu ici.

Riku arqua un sourcil.

— En vacances, l'année dernière. J'ai des points de repère, au moins.

— Parfait, alors. Guide-nous.

Ce qu'il fit. Le premier point ne fut pas bien compliqué à trouver ; ils sortirent la page correspondante et répondirent aux questions ridicules posées par le professeur afin d'avoir la paix le plus rapidement possible.

Il faisait chaud, ce jour-là, bien plus qu'ils ne l'avaient cru au premier abord. L'après-midi avançant, ils finirent par nager dans leurs vêtements aussi sûrement que s'ils avaient été plongés directement dans une piscine d'eau sale. Vanitas avait la bouche sèche ainsi qu'un léger mal de tête ; lorsqu'ils firent une pause à l'ombre d'un parc tranquille, il vida sa bouteille d'eau d'un trait.

— Ça va ? demanda Ven en s'asseyant à ses côtés.

Il acquiesça.

— Un peu mal à la tête, c'est tout.

— Ne nous fait pas une insolation, hein.

Il rit. Il n'aurait pas dû.

Moins d'une heure plus tard, allongé à l'arrière de la voiture d'un accompagnant, il maudissait son destin manifestement truqué depuis le départ par une vilaine sorcière avide de drames et de malheurs. Quelqu'un, là-haut, devait bien rire à le voir tenter de le combattre chaque jour qui passait.

— Tu es sûr que ça ne te gêne pas, Ventus ?

Ce dernier, assis à l'avant, secoua la tête.

— Je suis déjà venu ici l'année dernière, assura-t-il. Je m'en sortirai, ne vous en faites pas.

L'adulte sembla soulagé lorsqu'il les laissa à l'auberge de jeunesse avec les recommandations d'usage.

— S'il y a un quelconque problème, tu vas à l'accueil, dit-il à Ven. Et tu m'appelles. Voilà mon numéro de téléphone – évite de le distribuer autour de toi, s'il te plaît.

Le blond attrapa le bout de papier et hocha la tête.

— Voilà, n'hésite pas. Même si ça te semble stupide...

— Ma mère est infirmière, vous savez, dit-il. Je peux gérer ça.

— C'est vrai... Bon, à ce soir. Mais s'il y a le moindre...

Ven avait déjà refermé la porte avec un sourire poli.

Vanitas, couché sur le lit de Riku (il n'avait pas eu la moindre envie de grimper sur son propre lit), lâcha un profond soupir.

— J'y crois pas, grommela-t-il en buvant un peu d'eau.

— Je t'avais dit de faire attention.

— Sora m'avait pourtant prévenu. Je ne douterai plus jamais de ses prédictions, désormais. Je suis vraiment bien entouré, avec Kairi en prime...

Ven sourit.

— Allez, ça aurait pu être pire.

— Comment ?

— Je ne sais pas... tu aurais pu être coincé en ville avec Roxas.

Vanitas eut un début de rire mais sa tête le lançait si fort qu'il préféra reposer la tête sur l'oreiller.

— Ne force pas trop, conseilla Ven.

Il s'était assis sur son propre lit, le livre de Riku entre les mains.

— Ta mère est infirmière ?

— À domicile. Et elle ne m'a jamais rien appris là-dessus. Enfin, il ne faut pas être un génie pour surveiller la pauvre victime d'une insolation. N'oublie pas de boire, ce serait dommage.

— Merci du conseil...

Par chance, il faisait assez frais, dans la chambre. Il déglutit, mal à l'aise. Le silence lui paraissait pesant, rendant la situation tout à fait désagréable. Quelle heure était-il, déjà ?

Ventus tentait vainement de déchiffrer le livre dans le plus grand calme. Ses yeux parcouraient la page à la recherche d'un sens qu'il ne trouverait probablement pas. D'ordinaire, Vanitas aurait été heureux d'avoir une telle occasion de l'observer comme ça, immobile, sans la peur que d'autres puissent le remarquer ; mais il se sentait si mal et, il devait bien l'avouer, si nerveux, de toute façon, qu'il se sentait incapable d'en profiter. Il porta son attention sur le matelas du dessus, se demandant d'où pouvait bien venir l'étrange tâche sombre qui s'étalait au niveau des pieds.

Cela ne l'empêchait pas d'avoir un peu trop conscience de la présence de Ven à deux mètres de lui.

Il but une gorgée d'eau. Lui qui pensait que la chance avait tourné...

Incapable de supporter ce silence plus longtemps, il s'éclaircit la gorge.

— Alors, demanda-t-il, de quoi ça parle ?

Les lèvres de Ven s'étirèrent en un sourire penché qui ne manqua pas de lui torturer le cœur. Il se morigéna ; il l'avait bien cherché.

— Ça raconte l'histoire d'un enfant qui va à la plage pour la première fois depuis longtemps. Il est tellement content qu'il oublie qu'on est en plein été et que la prudence la plus élémentaire voudrait qu'il porte au moins une casquette pour se protéger du soleil.

Ah, si seulement il avait pu se cacher sous les couvertures pour ne plus jamais s'en échapper !

— Il finit par être obligé de rester dans la maison de sa vieille grand-mère. Mais tout n'est pas aussi terrible qu'il le pense, heureusement. Il n'est pas tout seul. Son chat est là et veille sur sa santé. Ouf.

Puis il rit tout bas. Vanitas n'était pas certain de pouvoir supporter cette situation une minute de plus. C'était trop pour lui. Beaucoup trop.

— Tu te prends pour un chat ? lâcha-t-il en espérant que parler lui permettrait de penser à autre chose.

— J'aime pas les chiens.

— Ça nous fait un point commun.

— Les chats sont plus mignons. Non ?

Oh non, il ne tomberait pas dans le piège aussi facilement. Agité, il se passa une main sur le visage pour effacer toute expression autre que la neutralité dont il devait absolument faire preuve s'il voulait survivre à cet après-midi.

Bizarrement, Ventus avait l'air de bien s'amuser, pour quelqu'un dont on venait d'amputer une après-midi de potentiel amusement.

— Alors Riku ne lit pas vraiment le russe ? avança Vanitas, histoire de détourner la conversation.

— Soit ça, soit il lit quelque chose de peu recommandable.

— Il cache bien son jeu.

— C'est son genre.

Silence.

Vanitas inspira longuement. Grâce aux médicaments qu'on lui avait donné un peu plus tôt, le mal de tête avait reflué. Il chercha activement un sujet de conversation qui n'aurait aucune chance de mener à un thème qu'il tenait à éviter s'il voulait échapper à l'arrêt cardiaque.

Maladroitement, il tendit la main vers son verre d'eau qu'il trouva vide. Évidemment.

— Je vais t'en chercher, dit Ven qui, apparemment, ne l'avait pas quitté des yeux.

Il attrapa le verre et sortit de la pièce.

Vanitas relâcha sa respiration. Son cœur battait à tout rompre. Il fallait vraiment qu'il trouve un moyen de supporter la pression ; s'il continuait comme ça, il mourrait avant l'heure. Il était à peu près sûr que la plus petite surprise lui causerait un infarctus immédiat. Il décida sagement d'arrêter toute forme de films d'horreur, pour limiter les risques.

Ça ne faisait pas quinze secondes que Ven était parti, pourtant la porte s'ouvrait déjà.

— En fait, je, euh..., balbutia celui-ci. Enfin, tu vois... voilà.

Et avant que Vanitas ait eu le temps de se poser la moindre question, il s'approcha de lui, se pencha en avant et l'embrassa maladroitement sur les lèvres, les yeux fermés.

Il fallut cinq pleines secondes à ce dernier pour comprendre ce qui se passait. Il resta bouche-bée.

Ventus était rouge comme une tomate et s'apprêta à se reculer pour partir. Vanitas comprit enfin. S'il le laissait s'en aller maintenant, ni l'un ni l'autre n'aurait plus jamais la force de se regarder en face.

Alors, comme il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pourrait bien dire – sa voix répondrait probablement aux abonnés absents, de toute façon –, il l'embrassa à son tour.

Il avait complètement oublié son mal de tête.

Après un moment, Ven s'éloigna un peu et sourit avec embarras.

— Il est 15h35, annonça-t-il.

— Il te l'avait dit, le con. Quel idiot...

Comme prévu, sa voix était plutôt faible, mais ça lui allait très bien comme ça.

Ventus posa les mains sur ses joues.

Finalement, cette insolation n'avait pas que des mauvais côtés. Et ils avaient suffisamment de temps devant eux pour y trouver bien d'autres avantages.

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Naminé, Riku et Kairi remplirent les dernières pages du feuillet et le rendirent aux professeurs, fiers de leur travail. Ils s'en étaient bien sortis, malgré l'absence de Ven.

Il ne fallut pas bien longtemps pour que tous les groupes soient présents. Assis à l'ombre, la plupart des élèves mangeaient un en-cas tout en racontant leurs exploits de la journée.

Roxas, Hayner, Pence et Olette se plantèrent devant le petit groupe.

— Ven a disparu ? demanda Roxas en pinçant les lèvres.

— Ven a disparu ! s'exclama Sora qui accourait derrière eux.

— Il est retourné à l'auberge, expliqua Kairi. Vanitas a fait une insolation, comme l'imbécile qu'il est.

Roxas acquiesça presque inconsciemment. Puis :

— À l'auberge ? Avec Ven ? Il pouvait pas y aller tout seul ?

— Les profs ont préféré qu'il accompagne. Vanitas est tellement stupide qu'il serait capable de mourir si on ne garde pas un œil dessus.

Naminé eut un petit rire.

— Voyons, dit-elle. Il n'est pas idiot à ce point.

— Tu ne le côtoies pas depuis assez longtemps, crois-moi.

Roxas et les autres s'apprêtèrent à partir quand Riku l'interpella.

— Je lisais Alceste, tantôt, déclara-t-il. Enfin, une traduction russe. Très belle pièce.

— Je sais, je l'ai lue, répondit mollement Roxas.

Il évita Kairi du regard. Ni l'un ni l'autre n'avait vraiment envie d'évoquer le sujet.

— Comment se passent les répétitions, d'ailleurs ? continua Riku.

— Ni bien ni mal.

— J'ai vu qu'il y avait une scène de baiser. Vous la jouez aussi ?

Sora avait l'air estomaqué. Kairi bâilla. Roxas, lui, avait violemment rougi.

— Comme si ! s'écria-t-il. Je préférerais me pendre.

— Pas très sympa, nota Olette.

— Laisse, fit Riku, je comprends. J'aimerais pas non plus devoir donner mon premier baiser sur scène.

— Ce serait pas ton premier, Riku, intervint Sora, tu ne te souv...

Un regard noir suffit à le faire taire. Il n'avait pas vraiment besoin qu'on remette cette histoire sur le tapis.

Roxas fronça les sourcils.

— J'ai déjà embrassé des filles, s'insurgea-t-il. Pour qui tu me prends ?

— Vraiment ? Comme ça, j'aurais cru que t'en avais un peu peur.

— Peur ? De Kairi ?

— Il faut avoir des couilles, c'est sûr, renchérit Kairi. Enfin, s'il ne veut pas, laissez-le... tout le monde ne peut pas être doué pour ça.

— J'embrasse tout à fait bien ! s'indigna Roxas.

— J'ai un peu de mal à y croire, se moqua doucement Hayner, ravi de pouvoir mettre son grain de sel. Ça vient avec l'expérience, non ?

— Parce que tu as de l'expérience ?

Il ne répondit pas, mais son sourire en disait long.

— Je suis à peu près certaine qu'il n'ose juste pas, intervint Naminé. Tu sais, Roxas, ce n'est pas si compliqué d'embrasser une fille. Je veux dire, j'ai un certain entraînement derrière moi, et je peux te dire que Kairi est quand même largement...

— Je n'ai pas peur de Kairi !

Kairi haussa un sourcil dubitatif. Les autres échangèrent des rires moqueurs.

— Ah bon ? s'étonna Riku. Tu l'embrasserais ?

— Bien sûr que oui ! s'énerva Roxas.

Toujours aussi rouge, il lançait à Riku un regard de défi.

— Moi aussi, je le ferais, dit Sora.

Naminé gloussa.

— Vas-y, alors, fit Riku à Roxas. Je suis curieux de voir ça.

— Quoi, maintenant ? Ici ? Allez vous faire foutre. Elle en a pas envie non plus, de toute façon.

— Ça te dérangerait, Kairi ?

— Non. Je ne suis plus une gamine, moi. Je n'ai pas peur d'embrasser les gens.

Roxas fronçait si étroitement les sourcils que Kairi pensa qu'il en garderait certainement les plis toute sa vie.

— Très bien, céda-t-il. Vous allez voir.

Ils attendirent tous avec intérêt. Kairi le regardait, les bras croisés.

— T'attends quoi ? demanda-t-elle.

— Rien !

Il paraissait sur les nerfs mais perdit vite contenance lorsqu'il s'approcha un peu plus d'elle. Prenant son courage à deux mains, il l'embrassa le temps d'une seconde, les yeux étroitement fermés.

Les autres applaudirent.

— Est-ce qu'il embrasse mal ? demanda Hayner.

Kairi fit mine de réfléchir.

— J'ai connu pire, déclara-t-elle.

Il donna de grandes tapes dans le dos à Roxas, plus cramoisi que jamais. Il croisa les bras.

— Voilà, vous êtes contents ? J'ai pas peur.

Tout dans son attitude hurlait le contraire, mais ils choisirent de ne pas le lui faire remarquer. Irrité, il partit rejoindre les autres élèves, vite rattrapé par Pence.

— Eh bah, fit Hayner. J'espère que ça le rendra un peu moins chiant.

Olette le frappa à l'arrière de la tête et il rit.

— C'est bon, dit-il.

L'autocar avait rouvert ses portes et tous deux coururent le rejoindre pour prendre les meilleures places.

Kairi lâcha un soupir. Elle sortit son téléphone portable de sa poche.

— Il est quelle heure ? demanda Naminé.

— 15h35, répondit-elle. Je crois qu'on doit aller visiter un musée de propagande de guerre, maintenant.

— Génial !

Elle avait l'air sincèrement contente. Elle et Sora partirent vers le car. Kairi et Riku s'y rendirent tranquillement. Les professeurs n'avaient pas l'air pressés, de toute façon.

— Pourquoi je devais faire ça, encore ? demanda Riku.

Kairi lui adressa un mystérieux sourire.

— Pour me sauver de la pauvreté. Tu seras récompensé, brave homme.

Ils entrèrent dans le car déjà bruyant. Riku s'avança pour s'installer à côté de Sora, mais celui-ci l'envoya se placer près de Naminé qui regardait dehors avec un sourire.

— Hé, Kairi ! s'exclama le châtain quand elle passa à côté de lui.

Elle s'assit.

— Pauvre Roxas, dit-il. C'était pas très cool de l'asticoter là-dessus. Je suis sûr qu'il n'avait jamais embrassé personne, en plus.

— Je suis certaine que si.

— Comment ?

— J'ai mes sources.

— Vraiment ? Qui ?

— Ven. Qui d'autre ?

— C'est vrai. Mais quand même, c'était pas très cool.

Elle soupira.

— Je suppose que tu as raison... mais c'était pour mon honneur.

— Il embrasse bien, alors ?

Elle lui sourit et répondit à voix basse :

— Pas vraiment, mais je ne peux pas lui en vouloir. C'était un peu bas de ma part.

Sora hocha la tête d'un air grave, puis son visage s'éclaira d'un coup.

— Tu sais, je connais quelqu'un qui embrasse un million de fois mieux que lui. Pour du vrai.

— Ah oui ? Qui ça ?

Il ne lui répondit que par un grand sourire.

xxxxx

Il était un peu plus de dix-huit heures quand le car revint à l'auberge. Ni une ni deux, Kairi se rua vers la chambre de Vanitas, Ven, Riku et Sora sans même frapper.

Les deux premiers étaient assis sur le lit de Ven, apparemment en pleine discussion qu'ils interrompirent à l'instant où ils l'entendirent entrer.

— Vanitas, dit-elle. Toi, moi, dehors, maintenant.

Il lui adressa son plus grand sourire. Puisqu'elle tenait à se ridiculiser, c'était le moment idéal.

Elle l'emmena sur une minuscule terrasse qui faisait également office de sortie de secours. Elle prit bien soin de refermer la porte derrière elle. Un sourire triomphant illuminait son visage.

— Fais tes prières, manant. La sorcière t'a eu.

— Ça, ça m'étonnerait.

Elle sourcilla.

— Comment ça, « ça t'étonnerait » ? Tu doutes de mes capacités ? J'ai tout un tas de témoins pour le prouver, si tu veux.

— Il t'a embrassée ?

— Ouais.

— Roxas ?

— Lui-même.

— Impossible. Il te déteste.

— Et pourtant. Je t'avais dit que j'avais un plan, beau jeune homme. Et il a été apparemment plus efficace que le tien.

Bizarrement, il n'avait pas l'air aussi ahuri qu'elle s'y était attendu ; le Vanitas qu'elle connaissait aurait discuté plus longtemps, il aurait cherché à nier sa victoire, mais voilà qu'il souriait d'un air plus tranquille que depuis le début du voyage. Prise d'un doute, elle plissa les yeux.

— Non, murmura-t-elle.

— Eh oui.

— Non !

— Mon plan n'était pas si nul que ça.

— T'inventes, j'en suis sûre. Ou bien tu l'as obligé. Je ne peux pas te croire.

— Va le lui demander, si ça t'amuse. Mais j'ai gagné.

Elle croisa les bras.

— Ça, c'est à voir.

— Tu penses pouvoir me battre ? Je connais l'heure exacte de l'obtention de ma médaille d'or.

— Moi aussi, répliqua-t-elle. Vas-y, dis-le.

— Toi d'abord.

— Très bien. C'était à exactement quinze heures...

— ...trente-cinq. Alors ?

— Il l'a fait à 15h35 ?

— Puisque je te le dis, répondit-il avec suffisance.

Il était extrêmement satisfait de lui-même. Pendant un moment, il avait désespéré de jamais y arriver, mais voilà qu'il touchait la victoire du bout des doigts.

— Roxas m'a embrassée à 15h35.

— Mais bien sûr...

— Va demander à Riku et les autres ! Je te jure que c'est vrai. 15h35. Pile.

— Tu essayes de me faire croire que Roxas et Ven ont en même temps décidé de...

Un silence plana au-dessus de leur tête. Vanitas avait du mal à y croire ; le ciel pouvait bien lui jouer de temps en temps des tours, celui-là était beaucoup trop gros pour qu'il l'accepte sans protester.

— C'est peut-être un truc de jumeau, argua Kairi. Tu sais, la connexion mentale, tout ça.

— Ventus m'a embrassé plusieurs fois.

— Ça ne compte pas. Juste le premier. En plus, je suis sûre que t'as passé une heure à essayer de le convaincre de le faire.

— Si tu savais.

— Mais je sais, Vani. Je sais que j'ai gagné.

Il la fixa un moment.

— Bon, disons que ça c'est réellement passé en même temps... qu'est-ce qui se passe, dans ce cas-là ? Ex-æquo ? J'ai droit à un an de consommations gratuites et je m'oblige à enfiler tes bures sataniques en sacrifiant des chèvres sous la lune ?

— Tu rigoles ? C'est pas équivalent !

— C'est vrai que ces histoires de sorcellerie...

— Au moins, c'est gratuit. Il est hors de question que je...

Ils sursautèrent en voyant Naminé frapper contre la vitre.

— On doit aller manger, les prévint-elle.

— On arrive.

Ils prirent leur air le plus innocent en traversant le couloir pour rejoindre la salle à manger. La plupart des élèves étaient déjà attablés.

— Je croyais qu'on mangeait à 18h30, remarqua Kairi en s'asseyant.

— Il est 18h30, dit Sora.

— Quoi ? Non, il est... (Elle sortit son téléphone.) Seulement 18h20.

— Ton GSM retarde, alors, dit Naminé. Il est trente chez moi aussi.

Il y eut un instant de flottement.

Puis les lèvres de Vanitas s'étirèrent en un sourire victorieux.

— Non, souffla Kairi.

— Il est trente.

— Non.

— Il est trente. Tu sais ce que ça veut dire ?

— Non !

— Ça veut dire que ton téléphone retarde. Tu retardes. Tu comprends ?

Kairi secoua la tête. C'était impossible. C'était un cauchemar. Ça ne pouvait pas arriver.

— Quelle heure il est chez toi, Ven ? demanda Vanitas sans lâcher son adversaire des yeux.

Il hésita un instant.

— Hum... 18h30.

Vanitas pointa le doigt sur Kairi, rayonnant de bonheur.

— J'ai gagné, dit-il.

— Je...

— Incline-toi.

— ...

— J'ai gagné, Kairi. Dis-le. Avoue.

Elle fulminait. Elle pinça les lèvres.

— ... Tu as gagné. D'accord.

Personne, en dehors de Kairi, n'était préparé au hurlement de joie qui retentit alors dans la salle. Elle se boucha les oreilles, dépitées.

— Je le savais ! Je savais que je t'avais battue ! J'en étais sûr, putain !

Il éclata de rire, au contraire de Kairi qui semblait au bord du suicide. Riku, Sora, Ven et Naminé échangeaient des regards consternés.

— C'est le plus beau jour de ma vie, poursuivit Vanitas. Je voudrais tous vous remercier pour ce que vous avez inconsciemment fait pour moi. Ven, tope-la.

Ce dernier s'exécuta sans trop savoir pourquoi. Kairi posa le front sur la table, dépitée.

— J'espère que t'as fait des économies, Kairi. Parce que je ne me priverai pas.

— Oh, va te faire foutre.

— Tss tss, mauvaise perdante.

— Et qu'est-ce qu'elle a perdu, exactement ? demanda Riku, les sourcils froncés.

En un instant, tous deux prirent leur expression la plus innocente.

— Mais rien, Riku, répondit Vanitas.

— Rien qui te concerne, en tout cas, ajouta Kairi.

— Quelque chose de très, très privé.

— Qui nécessite, en fait, le plus grand secret.

— Question de survie.

— Tu vois ce qu'on veut dire ?

Ils secouèrent la tête, éberlués.

— Laisse tomber, Kairi, ils ne peuvent pas atteindre notre génie. En attendant, savoure ton premier repas en tant que fier général tombé au combat. À la tienne, Sabrina.

Il leva son verre d'eau et le vida d'un trait. Kairi replaça ses cheveux derrière son épaule. Elle garda la tête haute.

— Ce n'est pas grave, dit-elle. Je me vengerai d'une façon ou d'une autre.

— Tu rêves !

— Tu verras bien. Je trouverai.

Elle souriait à nouveau.

On apporta les plats sur les tables et chacun se servit en discutant de sujets divers et variés. Riku racontait une toute nouvelle version de son livre russe quand Kairi reprit la parole :

— Tenez, j'espère qu'aucun d'entre vous n'a parié sur cette ridicule idée que Vanitas et moi finirions ensemble avant la fin de la semaine, dit-elle.

— Je crois qu'aucun d'entre nous n'est suffisamment idiot pour ça, répondit Naminé à raison.

— Tant mieux, fit Kairi.

Elle adressa à Ven son plus beau sourire.

— Parce que je crois que c'est légèrement compromis.

Le temps que tout le monde comprenne les implications de cette dernière réplique, elle avait déjà quitté la salle en riant sournoisement.

xxxxx

Malgré leurs différends, Kairi et Roxas faisaient des Alceste et Admète plutôt convainquants. Il était hors de question que Vanitas le leur dise, bien sûr. Il ne fallait pas exagérer.

Lorsque tout le monde se leva pour applaudir à la fin de la représentation, il se leva également. Il était au milieu de la salle, si bien que Kairi ne pouvait de toute façon pas le voir. Elle salua la foule, plutôt jolie dans son costume.

Il sortit immédiatement de la salle pour la retrouver dans les coulisses. La connaissant, elle n'aurait même pas envie de remettre ses tristes vêtements de la ville. Elle avait toujours aimé les robes un peu étranges. Il en avait fait les frais.

Il la rejoignit dans une salle à l'arrière de la scène. Comme il l'avait pensé, elle l'attendait, les bras croisés.

— Alors ? demanda-t-elle.

Il lui adressa son plus beau sourire.

— Si je t'avais su si bonne menteuse, j'aurais plus attention à moi, ces dernières années, déclara-t-il.

— Je suppose que c'est ta façon de me complimenter ? Je vais faire comme si c'était le cas. Sois remercié.

— Mais je t'en prie. Tu devrais songer à t'habiller comme ça plus souvent. Ça te va bien.

— Si seulement. Je crains malheureusement que ce ne soit pas très pratique pour marcher.

— Pour faire de la sorcellerie, par contre...

— Bonne idée. Tu n'auras qu'à la mettre la prochaine fois, puisque tu l'aimes tant.

— Ah, je suis exempté de rituels démoniaques, il me semble.

— Je t'ai simplement laissé le droit de protester, mais tu es toujours mon esclave, que tu le veuilles ou non.

— Vraiment ?

— Je suis la seule connaissance que tu aies à posséder autant de sortes de bonbons et chocolats différents.

Il considéra cette idée.

— Très juste. Bien. Mais je te préviens : la prochaine fois, hors de question que je porte une de tes bures barbouillées de sang de poulet ou que sais-je encore.

— Ce n'est pas du sang de poulet, si tu veux tout savoir.

— De quoi, alors ? Humain ?

— Qui sait. L'avantage d'être une femme, c'est qu'on n'a pas à commettre un meurtre pour avoir facilement accès à des flots de sang de temps en temps.

— Quand je pense que tu paraissais si bien élevée, sur scène. J'ai encore laissé ton visage démoniaque me tromper. Va-t-en, Satan.

— Ça marche mieux en latin, pour info.

— Va-t-enus, Satanus.

— Presque. T'es pas loin.

Il voulut faire une nouvelle tentative quand quelqu'un se glissa dans son dos pour l'enlacer.

— Pourquoi tu m'as laissé là-bas ? se plaignit Ven en resserrant son emprise.

Vanitas essaya bien de répondre quelque chose mais, comme d'habitude, son cerveau lui apparut entièrement vide.

— Voyons, Ven, le réprimanda Kairi. Tu sais bien qu'il ne sait pas réagir quand tu le prends par surprise comme ça. Un peu de compassion.

— Ça fait presque un mois.

— Laisse tomber, il ne s'y habituera jamais. Pas vrai, Vani ?

Ledit Vani tenta de lui attraper le nez. Malheureusement pour lui, elle se recula d'un bond.

— Ho ho, bien essayé, mais c'est raté !

— Très belle pièce, en tout cas, dit Ven. Ça méritait ces longues semaines de souffrances, on dirait.

— Oh non. Mais merci. Au passage, vous êtes très mignons, mais j'aimerais retrouver mon adorable petit ami avant qu'il ne décède dans la foule.

— La dernière fois que je l'ai vu, il mimait sa mort devant toute une troupe de gamins de primaire. Avec les dialogues.

— Je crois qu'il m'a un peu trop écoutée, ces derniers jours. Venez, on sort. La plupart des gens sont partis au drink.

Ils retournèrent dans la salle de représentation, quasiment vide à l'exception de quelques enfants qui couraient entre les sièges en gloussant.

Ils trouvèrent Sora allongé sur scène, les yeux clos, gémissant sous les regards catastrophés des petits spectateurs qui lui tournaient autour. Kairi grimpa les escaliers qui menaient à la scène.

Assis au centre de la première rangée, Riku lisait le programme en bâillant. Vanitas et Ven s'assirent à ses côtés.

— On dirait que quelqu'un est mort, dit Kairi en s'agenouillant auprès du défunt garçon.

— Pas mort, dit ce dernier, juste ensorcelé.

— Je vois. Il y a quelque chose à faire pour arranger ça ?

— Un baiser d'Alceste soigne tous les maux, à ce qu'on dit.

— Vraiment ?

— Je l'ai lu dans le tarot. Et je suis un professionnel !

Elle se pencha en avant sous les cris outrés des enfants et de Vanitas qui se plaqua une main sur les yeux.

— Ah, Van, soupira Ven, tu es trop pur pour ce monde.

— Crois-moi, après tout ce que j'ai vécu avec elle, je crois qu'on peut oublier toute notion de pureté. Mais quand même, il y a des trucs que je préfère éviter.

— Petite nature, commenta Riku.

Kairi et Sora descendirent de la scène.

— Bon, Kairi, l'interpella Vanitas, tu me payes un verre ?

— Tu vas m'en demander un tous les jours ? Va mourir.

— Je peux vous en payer, moi ! s'exclama Sora. Je peux même payer la tournée. En soft, parce que vous êtes tous beaucoup trop jeunes.

— Sora est plein aux as depuis qu'il a provoqué un krach boursier en classe, commenta Ven. Sérieusement, j'arrive pas à croire que tu les aies tous entubé comme ça.

— J'ai trouvé ça plutôt malin, dit Vanitas.

— Parce qu'il avait parié sur nous en convainquant tous les autres que Kairi et toi finiriez ensemble. Comme s'ils avaient eu la moindre chance de gagner...

— T'étais pas aussi sûr de toi, au début, il me semble, commenta Riku.

Ven ne répondit pas.

— Ça leur apprendra à déduire des choses stupides alors qu'ils avaient la vérité sous le nez, dit Vanitas. Enfin, bon, que voulez-vous. Ils ne pouvaient pas savoir que tout était déjà écrit dans le grand livre du destin.

Le regard dubitatif de Kairi ne l'atteignit même pas. Il sourit.

— Bon, vous prenez quoi ? s'impatienta Sora. Coca, coca, coca, coca... et moi une grenadine. Je reviens ! Enfin, non, on revient.

Lui et Kairi filèrent rejoindre le bar de fortune ouvert dans la cour pour l'occasion.

— Je ferais mieux de les accompagner si je ne veux pas tout retrouver par terre, soupira Riku.

— Pas faux.

Ventus et Vanitas se retrouvèrent seuls. Une fois assurés que Riku était hors de vue, Ven se leva et sortit dans les coulisses côté cour, rapidement suivi par Vanitas qui n'avait pas la moindre envie de se retrouver seul au milieu des mômes sans surveillance qui démontaient déjà une partie des sièges de la salle.

L'endroit était si sombre qu'il ne vit pas Ven l'attirer dans un coin loin des regards indiscrets. Son cœur se mit instantanément à accélérer la cadence – il se maudit d'être aussi faible, puis oublia qu'il l'était lorsque les lèvres de Ven vinrent se plaquer sur les siennes sans plus de cérémonie. Baiser qu'il lui rendit, bien sûr, avec autant d'enthousiasme.

Ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'un homme apparemment en colère vint rechercher ses enfants par la peau du cou, conseillant aux autres de vite retrouver leurs propres parents avant qu'il ne les prévienne lui-même.

Ven étouffa un rire.

— On devrait retourner chercher Sora et les autres, proposa-t-il.

— Qui ?

Ventus lui posa un doigt sur le nez puis l'embrassa à nouveau. Il adorait faire ça. Vanitas ne comprenait pas vraiment ce que son nez avait de si incroyable ; de toute façon, il n'osait pas poser la question.

— Ou on pourrait rester ici, murmura Ven au creux de son oreille.

— Je préfère ça.

— ... avec les araignées et les autres horreurs qui n'ont certainement pas manqué de faire leur nid dans le coin.

Vanitas fila sur scène sans demander plus d'explications. À sa grande surprise, les trois autres étaient déjà revenus et les regardaient d'un air entendu.

— On vérifiait si tout était aux normes, fit Vanitas.

— Et ? demanda Kairi.

— Très aux normes. Parfaitement aux normes.

— J'ai rarement vu un endroit à ce point aux normes, confirma Ven.

— Je vois.

Les deux adolescents descendirent les rejoindre et tous bavardèrent de la pièce et des crises de nerfs que Roxas n'avait pas manqué de faire à chaque répétition lors de la dernière semaine. On racontait qu'il avait réussi à insulter la professeure d'arts dramatiques qui, depuis, profitait de la moindre occasion pour le saquer devant un public un peu trop heureux.

— Pauvre Roxas, le plaignit Kairi, mais les autres étaient bien trop contents pour adhérer à sa pensée.

Naminé les rejoignit bientôt, accompagnée de Xion qui se présenta aux autres avec un grand sourire.

La soirée se déroula tranquillement et il fallut qu'on vienne les mettre dehors pour qu'ils se décident à rentrer chez eux. Ven, Xion, Riku et Sora partant dans le même sens, ils se dirent au revoir avant de reprendre chacun leur route.

Naminé n'habitait pas très loin, si bien que Kairi et Vanitas furent bientôt seuls à marcher dans la nuit estivale. Entre temps, Kairi s'était changée. Seuls ses cheveux étaient encore relevés en chignon au-dessus de sa tête.

— Belle nuit, fit Vanitas avec un sourire narquois.

— Un vieux en quête de jolies jeunes filles à un arrêt de bus m'aborderait exactement de la même manière. Tu manques d'originalité.

— Comment vont les choses avec ton petit chéri ?

— Tu veux que je te parle de ton « petit chéri » ? Comment vous vous appelez, entre vous ? « Chaton ? »

— On ne s'appelle pas. Aucun mot n'est assez parfait pour décrire ma beauté suprême, et « Dieu » était déjà pris.

Elle éclata de rire.

— Évidemment, suis-je bête. Moi qui pensais que ça calmerait un peu ton amour-propre excessif, c'était avoir bien trop d'espoir.

— J'assure trop.

— Pas quand il est là, apparemment. T'as toujours l'air tellement saisi, c'est magique.

— Rigole tant que tu veux, Kairi. Nous savons toi et moi qui assure le mieux ici.

— Moi, bien sûr.

— Ben voyons.

— Je suis sûre que toi et Ven en serez encore au stade bisou-bisou dans un an et demi, tout ça parce que t'auras jamais osé faire un geste un peu déplacé.

— Tu es sûre de vouloir jouer à ça ?

— T'assures pas, c'est tout ce que je dis. Enfin, tu sais...

Il s'arrêta.

— Tu peux continuer à te moquer, si t'en as envie, mais je suis sûr que je serai passé à la vitesse supérieure bien avant que l'idée ne vienne seulement à l'esprit de ton bien-aimé Sora.

— Ce serait bien mal le connaître, répondit-elle.

— Que tu crois. Il est trop innocent.

— Plus que toi, c'est sûr. Oh, attends voir...

— Tu verras, Kairi.

— Franchement, déclara-t-elle, je ne parierais pas là-dessus.

— Vraiment ?

Son regard était annonciateur de bien des malheurs. Kairi secoua la tête.

— Non, ce ne serait pas moral...

La nuit était silencieuse. Leur échange de regard ne fut interrompu par aucun passant, aucune voiture en virée nocturne. Ils plissèrent les yeux, lentement. Puis sourirent.

— Si je gagne, déclara Vanitas, tu dois me filer ta Wii.

— Si je gagne, tu seras obligé de passer un rituel d'initiation à la sorcellerie avec ma grand-mère pendant les prochaines vacances.

— Bien.

— Bien.

— Marché conclu.

Elle lui serra la main.

— Et comment !

Puis ils reprirent leur route dans le plus grand silence.

Une entreprise comme celle-là, après tout, demandait des plans d'une toute autre envergure.

FIN


J'AI FINI UNE FANFICTION ! (Bon, il reste l'épilogue, maaais.)

C'EST UN GRAND JOUR POUR L'HUMANITE. Je vais pleurer, adieu.

J'espère que cette fin vous a plu, lol. Je suis morte de fatigue. Merci à Nuity, Amestri, Rosalie24 et Rin-BlackRabbit pour leur soutien moral constant, et pis à la mystérieuse personne qui vit le plus souvent sous mon toit pour le harcèlement (il faut bien sinon je finis jamais héhé.)

Si vous avez lu cette fanfic et que vous l'avez appréciée (ou pas), n'oubliez pas de laisser une review ! Il n'y a pas plus grand cadeau que vous puissiez faire à un auteur de fanfic. Merci beaucoup, et plein d'amour sur vous. Keur keur.

À la prochaine (dans pas longtemps je le juure) pour l'épilogue :D.