Bonjour! Voici donc le chapitre 2/3 de cette histoire. Pour info, le chapitre 13 de Obstination arrivera demain normalement.

Bonne lecture!


Chapitre 2

Pendant deux ans, Victor erra de ville en ville, ratissant Berkeley et ses alentours, interrogeant les gens. Pendant deux ans, il vécut dans les remords de l'avoir laissé partir seul. Élisabeth avait été inconsolable et il avait coupé les ponts avec elle un mois après la mort d'Adrian. Alors, il était parti au sud, vers Berkeley.

Après ces années, il n'avait plus guère d'espoir, mais sa haine envers ces loups restait intacte. Il pouvait encore sentir leur odeur infecte qu'il avait perçue à travers la vision. Pourtant, après tant d'attente, il repéra un soir les effluves caractéristiques de ceux qu'il cherchait. C'était une femme d'une trentaine d'années, ravissante, au doux nom de Hope Harper. Et Victor sut qu'il tenait là les éléments de sa vengeance.

Faire avouer à Hope l'endroit où se trouvait le nid de ces êtres abjects était chose impossible. À chaque fois qu'il évoquait son enfance ou sa famille, elle se fermait comme une huître. Il n'avait jamais pu en tirer un mot, un seul indice pour l'orienter. Elle parlait seulement de sa sœur qui vivait dans un endroit perdu de tout. Alors, il s'était décidé à jouer un jeu bien cruel.

Victor l'avait fait tomber amoureuse de lui. Après plus de cinq cents ans d'existence, il avait parfaitement appris à manipuler les humains. Réfractaire au début, elle s'était vite laissée séduire, car il profitait sans scrupule de sa faiblesse émotionnelle. Elle se sentait seule, incomprise. Le vampire lui donna une épaule sur laquelle s'appuyer et épancher son chagrin. Alors, il accéléra les choses, lui demanda de l'épouser.

Un an après leur rencontre, ils organisèrent leur mariage. Ce mariage que Victor attendait avec impatience, le bouquet final à ses manœuvres. Le jour dit, il l'abandonna au pied de l'autel et, lorsque son téléphone sonna à plusieurs reprises, il le considéra avec détachement. Pourtant, au fond, quelque part dans son cœur, il ressentait une profonde tristesse à l'idée de la faire souffrir ainsi. Il n'était pas cruel par nature, mais sa vengeance éclipsait tout le reste.

Alors, ce qu'il avait prédit arriva : elle rentra chez elle, dans sa famille. Il ne la suivit pas tout de suite. Victor avait mis une puce de localisation dans le téléphone de la jeune femme et il préféra attendre de connaître l'endroit où elle irait pour élaborer son plan d'action. Ainsi, il se rendit à La Push plus tard, suivant par la même occasion le meilleur ami de Hope qui s'y rendait aussi. Victor fouilla même dans les affaires du jeune homme, tâchant d'y trouver l'adresse exacte, car il savait que la puce n'avait pas une précision assez fine.

Le grand jour arriva où il foula les terres de la réserve Quileute. L'odeur de ces loups était partout autour de lui, brûlant ses sens comme de l'acide. Il étudia le terrain, se faufila entre les patrouilles de ces monstres abjects qui gardaient leur territoire, puis il laissa une lettre à l'intention de Hope dans sa maison. Il savait qu'elle vivrait cela comme une agression et, tout à sa colère et à sa vengeance, il se montra cruel et tenta de la faire douter des sentiments qu'il avait pu lui porter. Même si elle n'avait rien à voir avec l'agression d'Adrian, elle faisait partie de la même espèce que ces tueurs sans scrupules. Et pour cela, Hope devait payer.

Un jour où il étudiait encore une fois le terrain, il tomba sur deux de ces loups et décida de s'amuser un peu. Puis un troisième arriva, plus grand, plus sûr de lui. Et ce pelage couleur sable, Victor le reconnaissait parfaitement. Il était l'un de ceux qui avaient tué Adrian. Alors il décida de le réduire en miettes, et y serait parvenu si Hope – sous sa forme de louve – n'était pas intervenue pour s'y opposer. Ainsi, elle s'était trouvé un compagnon ? Il pouvait le percevoir dans son regard et cela le mit en colère. Elle ne méritait pas d'être heureuse ! Quand il les laissa tous les deux, un plan commença doucement à prendre forme dans sa tête.

x

Kidnapper Hope alors qu'elle était seule dans la forêt se révéla être un jeu d'enfant. Il l'emmena dans une grotte et laissa un message à l'attention de son compagnon. Il voulait les voir souffrir autant que lui avait souffert à la mort d'Adrian. Ni plus ni moins.

Ils étaient six, dont le loup couleur sable – il reconnaissait son odeur. Ainsi, ils avaient obéi et étaient venus. Un rictus cruel se forma sur le visage de Victor lorsqu'il leur lança un revolver, et il s'accentua lorsqu'il leur révéla ce qu'il attendait d'eux.

– Bien, commença-t-il à l'adresse du loup qu'il avait presque achevé la fois précédente. Tu vas prendre cette arme et tuer l'un de tes chers compagnons. Si tu ne le fais pas, j'égorgerais ta tendre Hope.

– Jamais je ne ferais une chose pareille ! s'insurgea l'autre en serrant les poings.

– Oh, vraiment ? reprit Victor avec un sourire mauvais. Peut-être as-tu juste besoin d'une motivation supplémentaire…

Il entailla d'un geste vif la joue de sa fiancée et celle-ci eut un gémissement de douleur. Son compagnon loup, lui, commença à trembler de colère.

– Qu'est-ce que tu veux au juste ? lui lança un autre loup en faisant un pas en avant – il était plus grand et large que les autres.

– Je veux vous voir mort, toi et tous tes petits camarades. Vous ne méritez pas de vivre, pas après ce que vous lui avez fait.

– De quoi tu parles ? demanda Hope en haletant sous la pression qu'il mettait à la maintenir contre lui.

– Tais-toi, grinça Victor en appuyant la lame sur sa carotide, faisant perler une goutte de sang. Je parle de mon rayon de soleil que vous avez sauvagement tué il y a trois ans, poursuivit-il plus calmement.

– Si une sangsue se balade sur notre territoire, nous ne faisons pas de quartier ! lâcha un autre en le fusillant du regard.

– Ce n'était pas un vampire ! s'emporta Victor en se redressant. C'était un humain ! Vous n'êtes que des monstres à vous en être pris à lui !

Il y eut un moment de flottement parmi les loups et le plus costaud se reprit en premier.

– Nous ne tuons pas d'humains. Nous chassons seulement les vampires.

Victor eut un rictus sarcastique.

– L'un de mes dons de vampires est de ressentir ce que ressent une personne avant sa mort. Je vous ai vu vous précipiter sur lui, j'ai senti votre odeur infecte et j'ai entendu le craquement de sa nuque que vous avez brisée ! Vous l'avez tué ! s'écria-t-il. Vous m'avez pris mon Adrian !

Le plus grand des loups ouvrit la bouche, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre. Celui qui avait précédemment parlé eut un rictus moqueur avant de lâcher :

– On te l'a pas tué ton pyromane. Je sais pas ce que t'as vu, mais c'est une sangsue qui lui a brisé le cou.

– Alice a eu une vision et Carlisle est arrivé rapidement. Il l'a transformé en vampire, poursuivit celui qui surplombait tout le monde en hochant la tête.

Les yeux de Victor s'écarquillèrent et la main qui tenait son couteau trembla légèrement.

– Quoi ? souffla-t-il difficilement.

– Il est pas mort, on te dit ! râla le plus nerveux des loups. C'est devenu une saloperie de sangsue. Il est encore plus chiant que vous autres parce qu'il a failli foutre le feu à toute la forêt, mais il est aussi vivant que toi tu peux l'être.

Victor réfléchit rapidement et il replaça son couteau sur le cou de Hope.

– Prouvez-le ! Prouvez-moi ce que vous dites.

Le silence s'installa légèrement, puis un bruissement se fit entendre à l'entrée de la grotte.

– Ils disent la vérité, Victor.

– Carlisle ? s'étonna le vampire en voyant l'un de ses anciens amis avancer dans sa direction.

Ils ne s'étaient pas revus depuis une bonne cinquantaine d'années.

– Cela faisait longtemps, fit le médecin en hochant la tête. Ils disent la vérité. J'ai moi-même tenté de sauver Adrian, mais sa nuque était brisée. Heureusement, son cœur battait encore, il semblait se raccrocher à la vie avec une force peu commune. Je l'ai transformé.

– Où est-il ? souffla Victor qui n'y croyait toujours pas.

– Il est au nord avec le clan Denali. Il peut contrôler le feu, mais il se maîtrise difficilement, tout comme il maîtrise difficilement sa soif de sang. Il a provoqué plusieurs incendies qui ont failli raser la forêt. En Alaska, il peut s'entraîner en toute tranquillité, loin des humains.

Victor ne dit plus rien. Il connaissait assez Carlisle pour savoir qu'il ne mentait jamais. Mais il avait passé trois ans à penser qu'Adrian était mort, sauvagement tué par ces loups. Trois ans passés dans la haine avec sa soif de vengeance pour seule alliée. Il ne pouvait y croire, croire à ce miracle. Puis Carlisle sortit son téléphone, appuya sur un bouton et une tonalité se fit bientôt entendre avant de laisser place à la voix bourrue d'un homme qui grogna un « Ouais ? » désagréable.

– Garett, bonjour. C'est Carlisle.

– Ah, Carlisle, salut !

– Comment va Adrian ?

– Je te maudis toujours de nous l'avoir collé dans les pattes, râla l'autre au bout de la ligne. Il a failli faire cramer la maison pour la deux centièmes fois. Je vais bientôt finir par croire qu'il le fait exprès.

– Est-ce que je peux lui parler ?

– Ouais, attends. Hé, gamin ! Ramène tes fesses par-là, Carlisle veut te parler !

On entendit le téléphone changer de main.

– Salut, Carlisle ! entama joyeusement une voix masculine avec un fort accent du Texas.

Le visage de Victor se contracta à l'entente de ces mots. C'était vrai, il était vivant. Carlisle lui tendit le téléphone après avoir dit à Adrian que quelqu'un souhaitait lui parler. Victor relâcha Hope et s'avança vers Carlisle pour prendre le téléphone.

– Adrian ? murmura-t-il, encore incertain.

Il y eut un moment de silence, suivi d'une exclamation de joie.

– Victor ! Bordel, c'est toi ? T'étais passé où ? Tu sais le nombre de messages que j'ai laissés sur ton foutu téléphone à la con ? On n'a pas idée de disparaître comme ça ! T'étais où, putain ?

– Je vois que tu jures toujours autant, soupira Victor en levant les yeux au ciel. Je croyais que t'étais mort, espèce d'imbécile !

– Mort ? Oui, j'étais mort et maintenant je suis un vampire. C'est trop cool ! Comment tu savais ce qui m'était arrivé ? Pourquoi t'es pas venu me voir ?

– Avec mon don, je t'ai vu mourir, sombre idiot ! Il y avait ces loups qui courraient droit sur toi, puis c'était le noir complet.

– Ouais, j'ai fermé les yeux. Tu crois quoi ? Ça fout les jetons une bande de loups qui arrive à toute blinde. Attends, t'as pas cru que c'était eux qui m'avaient tué quand même ?

Le silence fit place à sa question.

– Mais t'es con ou quoi ? J'espère que t'as pas touché à un poil de Seth ou de Jacob, sinon ça va pas le faire.

– Je croyais que t'étais mort ! hurla Victor dans le téléphone.

– Ouais, c'est bon, j'ai compris l'idée, pas la peine de me détruire les tympans. Mais pas ma faute si t'as mal interprété. Attends, t'as plus de cinq cents ans et tu sais toujours pas te servir de ton don ? Ça craint un max, Vicky !

Victor ferma les yeux et inspira pour se calmer.

– C'est moi qui vais finir par te tuer ! J'avais oublié à quel point tu étais insupportable.

– Ouais, c'est pour ça que tu m'adores. T'es tellement coincé aussi ! En fait, le proverbe est vrai, il faut se méfier de l'eau qui dort. Je devrais me sentir flatté que t'aies essayé de me venger, c'est trop mignon ! Tout le monde est indemne ? Pas de mort ou de trucs moches à déplorer ?

Victor accorda un bref regard à Hope qui disparaissait dans les bras de son compagnon, mais qui lui accordait toujours un regard méfiant.

– Non.

– Bien. Seth ou Jacob sont dans les parages ?

Victor leva un regard curieux vers les loups et leur tendit le combiné. Celui qui protégeait Hope l'attrapa du bout des doigts avant de le mettre à son oreille.

– Salut, Seth ! Je sais pas ce que l'autre nouille a fait, mais essaye de pas trop lui en vouloir, hein ?

– Ça va être dur, grinça le dénommé Seth en accordant un regard furibond à Victor.

– Il a voulu tuer ta petite-amie ? demanda Adrian après un instant de silence.

– Comment tu le sais ? s'étonna l'autre en écarquillant les yeux.

– J'ai un peu développé mon pouvoir d'intuition. Enfin, c'est l'une des rares fois où ça marche, tu me diras… (Il garda le silence un instant.) Victor ! hurla-t-il dans le téléphone et Seth l'éloigna vivement de son oreille. Ramène-toi tout de suite en Alaska que je te botte les fesses !

Et il raccrocha tandis que Victor lâchait un soupir excédé. Carlisle s'approcha de lui pour poser sa main sur son bras.

– Je vais te donner l'adresse, va le rejoindre.

L'ancien inspecteur de police acquiesça, ne semblant toujours pas réaliser qu'Adrian était vivant. Ses yeux étaient toujours posés sur son ex fiancée.

– Et on le laisse partir comme ça ? lança sombrement le loup nerveux.

Victor grimaça. Il avait fait tout cela pour rien. Il avait laissé la colère l'emporter dans une vengeance qui n'avait pas lieu d'être. À la lumière de ce qu'il venait d'apprendre, il réalisa qu'il n'avait plus été lui-même depuis la mort d'Adrian. Jamais il n'avait été aussi près de la folie.

– Je suis désolé, souffla-t-il faiblement, ne sachant pas quoi dire d'autre à celle qu'il avait tant fait souffrir.

– Tu peux te les mettre où je pense tes excuses foireuses, la sangsue !

Hope ferma les yeux un instant avant de soupirer. Son regard était plus calme à présent, comme résolu.

– Vas-y, va le rejoindre, c'est lui que tu aimes depuis le début, n'est-ce pas ?

Victor fut surpris de sa conclusion, mais il acquiesça tout de même. Non, il ne l'aimait pas ainsi. Ou peut-être que si. Peut-être était-ce là la raison à tout cela, à toute cette haine ? Ne pouvant y songer plus en avant à présent, il disparut rapidement avec Carlisle, laissant les loups derrière lui. Maintenant, il lui restait à retrouver son Adrian. Peut-être qu'ensuite, il réfléchirait à cela, au fait qu'il était sûrement amoureux du jeune homme le plus indiscipliné et exaspérant qu'il n'ait jamais rencontré.