Chapitre 3
Seth Clearwater. En vérité, je n'avais rien contre lui, il semblait gentil et, avec tout ce que j'avais entendu, j'étais persuadée qu'il s'agissait d'une personne vraiment exceptionnelle. Pourtant, ça ne m'empêchait pas de commencer à le détester. Comprenez-moi, j'avais passé quatorze ans à renier cette autre partie de moi, je ne pouvais certainement pas laisser un homme anéantir tous mes efforts. Je ne serais jamais un loup, je ne le voulais pas. Alors, la seule solution qui me restait pour résister à cette imprégnation était de le haïr, de faire en sorte qu'il ne s'approche jamais de moi. Ensuite, peut-être que je pourrais l'oublier, oublier le fait que j'étais attirée inexorablement vers lui. Parce que ça, c'était mon plan.
Sur le papier, cela semblait plutôt facile, mais dès les jours suivants, je me rendis compte que mes efforts pour l'ignorer seraient plus compliqués que je ne le pensais. Il ne restait plus qu'une semaine avant les vacances, ce qui m'arrangeait plutôt bien. Je n'avais jamais croisé Seth à l'école, l'ayant aperçu rapidement de loin, mais j'étais persuadée qu'à présent, il se trouverait sur mon chemin lorsque j'emmènerais Ethan à l'école. Juste une intuition, comme ça, ou une expérience approfondie de ma poisse habituelle…
Et effectivement, dès le lundi matin, ça ne manqua pas. Je le vis à plusieurs mètres, sa silhouette était clairement reconnaissable. Il se tenait à côté d'Helen avec qui il discutait tranquillement en attendant les enfants. Je m'approchai, le cœur battant à tout rompre. L'ignorer, c'était facile. Juste, l'ignorer. Rien d'autre, pas un mot, pas un regard, rien. En arrivant, je lâchai un bonjour rapide, adressai un léger sourire à Helen, lui refourguai Ethan et repartis vivement. Voilà une chose de faite ! J'étais fière de moi.
Deux jours passèrent ainsi, et au troisième, je trouvai Emily en grande conversation avec Seth dans la cour de l'école. Ils riaient ensemble et le visage du jeune Quileute était transformé, si insouciant, si beau. Inconsciemment, je m'approchai d'eux et, lorsque je repris contenance, il était trop tard pour faire demi-tour et je les saluai donc rapidement. Emily m'invita à venir manger le samedi soir avant de disparaître, me laissant seule avec Seth. Je m'excusai rapidement, ne pouvant supporter plus longuement le poids de son regard brûlant sur moi, puis je partis chercher Ethan et rentrai à la maison.
S'il y avait un quelconque Dieu là-haut, il était déterminé à faire de ma vie un enfer. Car, pas plus tard que le lendemain, je croisai Seth – encore –, mais à l'épicerie de la réserve, pour changer. J'étais tranquillement en train de choisir les provisions de chocolat qu'il me fallait pour relire mon livre que je venais de finir, lorsqu'il m'aborda.
– Bonjour, Hope, me salua-t-il de sa voix profonde qui fit courir sur ma nuque un long frisson.
Je me tournai lentement vers lui, ayant reconnu sa voix, et le dévisageai un instant. Est-ce qu'à chacune de nos rencontres il allait être encore plus beau ? Parce que c'était mon impression. Il dégageait tellement de choses, de chaleur, et il m'observait avec une telle intensité, comme jamais on ne m'avait regardée auparavant. Je dus mobiliser toute ma volonté pour le saluer avec un air détaché, limite froid. Il fronça les sourcils.
– Est-ce que j'ai fait quelque chose ? demanda-t-il finalement en penchant légèrement la tête sur le côté, ce qui le rendit encore plus mignon. Tu m'ignores, tu es distante.
Oui, il avait fait quelque chose ! Il avait croisé mon regard. Je captai un éclat de tristesse dans ses prunelles sombre et mon cœur se serra. Je blessais mon imprégné… À peine, cette pensée effleura mon esprit que je me repris. Non, il n'était pas mon imprégné, et je n'étais pas une mutante qui se transformait en loup ! J'étais une jeune femme normale, tout ce qu'il y a de plus normale. Et personne n'irait changer ça !
– Je n'ai pas envie de te parler, soufflai-je difficilement, allant à l'encontre de ce sentiment d'attraction et d'abnégation qui m'animait en sa présence.
Puis je partis avant de voir sa réaction et, lorsque je sortis de l'épicerie, mes mains tremblaient comme ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Dans la voiture, je serrai mes doigts autour du volant, tachant de me reprendre. Il fallait que je l'ignore, que je fasse comme s'il n'existait pas. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire.
Je ne croisais pas Seth les jours suivants, ce qui me satisfaisait grandement. Pourtant, une petite voix au fond de ma tête me répétait à quel point j'étais malheureuse sans lui et que j'avais dû le blesser par mes paroles, mais je l'ignorai. Et enfin, les vacances arrivaient, ce qui signifiait que j'avais moins de chance de rencontrer le jeune Quileute.
Le samedi soir, j'arrivai chez Emily et Sam. Il y avait quelques-uns de leurs amis : Paul Lahote, Rachel Black, Jared et Kim Cameron. Autant je me souvenais de la studieuse Rachel et du turbulent Jared, autant les deux autres m'étaient inconnus. En plus, Jared et cette Kim étaient mariés ! Je restai légèrement choquée par cette nouvelle. Ils avaient vingt-cinq ans tandis que moi, à trente-deux ans, je n'étais toujours pas foutue de trouver quelqu'un qui ne m'abandonnerait pas au pied de l'autel… Je les enviais, ils semblaient tellement heureux ensemble, tout comme les deux autres couples. Ça faisait tellement plaisir à voir que le fait d'être la seule célibataire de la soirée ne me dérangeait pas le moins du monde.
Peu après le repas, lorsque nous arrivâmes au dessert, je remarquai un détail intriguant. Les trois jeunes hommes étant en t-shirt, je pouvais clairement voir qu'ils arboraient tous un tatouage tribal en forme de cercle. Comment pouvaient-ils être assez proches pour avoir le même dessin, au même emplacement qui plus est ? Je me demandais si Quil et ses amis en avaient un aussi, ils se ressemblaient tous tellement, la même silhouette pleine de muscles, la grande taille, les cheveux noirs coupés courts. On aurait dit une secte, si vous voulez mon avis ! Et autre fait intriguant : ils semblaient tous avoir le même âge ! Même Sam qui devait avoir bientôt trente ans, même Seth qui n'en avait que vingt-trois ou Jared qui en avait vingt-cinq. Ils semblaient tous être restés bloqués au début de la vingtaine ! Cependant, je n'eus pas le temps de m'interroger plus longuement que la porte d'entrée s'ouvrit brutalement, laissant entrer mon cousin et Seth Clearwater qui portaient en tout et pour tout un short en jean – et qui arboraient également le même tatouage sur l'épaule.
Mettant ce détail de côté, je restai un instant stupéfaite de les voir se promener torse nu, et surtout pieds nus. Ce n'est pas qu'il faisait froid, mais quand même ! Qu'est-ce qu'ils venaient faire là ? Sam avait déjà bondi sur ses pieds, tout comme Jared. Je sentis le regard de Seth me détailler un instant, regard que je croisai involontairement, étant encore trop ahuri pour songer à le quitter des yeux. Il est vrai qu'il était plutôt pas mal, si vous voulez mon avis. J'aurais pu m'imprégner de bien pire ! Sa peau caramel était rendu brillante par la pluie qui tombait depuis plusieurs heures et je suivis sans m'en rendre compte une goutte plus grosse que les autres qui dévalait la ligne de son cou pour continuer sur son torse. Ok, on se reprend ! me corrigeai-je vivement en voyant que Seth reportait à présent son attention sur Sam.
– On a… un problème, commença-t-il avec précaution tout en me jetant un regard rapide. Il nous faudrait plus de personnes.
Je vis Sam hocher la tête avec gravité alors que je ne comprenais vraiment pas de quoi ils parlaient ou ce qu'il se passait. Rapidement, Sam attrapa son téléphone, s'isola pour passer quelques coups de fils – j'entendis à peine les noms et Sam dire qu'ils avaient besoin d'eux dans la forêt –, puis il partit avec mon cousin et Seth. Entre temps, personne n'avait bougé mais l'ambiance s'était visiblement refroidie. Après leur départ, Emily tenta de faire diversion en apportant le désert, mais c'était peine perdue. Brusquement, Paul se leva et je pouvais sentir d'ici sa nervosité.
– J'y vais, décréta-t-il en se dirigeant vers la porte à grandes enjambées.
– J'arrive ! s'exclama Jared en lui emboitant le pas.
Bientôt, ils disparurent et je me retrouvai avec les trois autres jeunes femmes, complètement éberluée. Il venait de se passer quoi au juste ? Mes camarades ne semblaient pas plus étonnées que cela, mais j'avisai leur mine inquiète qui me fit froncer les sourcils. Il se passait quelque chose ! Je sus que si je posais la question, on ne me dirait rien. Aussi, je décidai de faire comme si de rien n'était et nous mangeâmes tranquillement le désert. Emily et Rachel essayant de meubler le silence, je les aidai à détendre l'atmosphère que je sentais lourde. La soirée se termina rapidement et je rentrai chez moi, mille questions m'emplissant la tête. Bien entendu, je n'eus la réponse à aucune d'entre elles.
x
J'avais fini mon livre ! C'était officiel, je venais même de l'envoyer à Marc, mon éditeur. À présent, j'attendais les corrections mais j'avais bon espoir pour mon quinzième chef d'œuvre. Enfin chef d'œuvre… Je savais qu'il se vendrait aussi bien que les autres, mais je n'étais pas réellement satisfaite. Je voulais écrire autre chose, de la fantasy, du fantastique ! Tout mais plus de romans policiers ! Je saturais. Pour me changer les idées, j'appelai Maze qui décrocha à la cinquième sonnerie.
– Ouais ? grogna-t-il dans le téléphone, semblant d'une humeur massacrante.
Il devait être en train de dessiner, il détestait être dérangé en plein travail.
– Tu bosses ? demandai-je malgré tout. Tu veux que je te rappelle plus tard ?
Il y eut un silence puis j'entendis distinctement un bruit métallique et il lâcha quelques jurons.
– Marlowe, m'inquiétai-je brusquement. Ça va ?
– Ne m'appelle pas Marlowe ! s'énerva-t-il.
J'avais tendance à l'appeler par son prénom entier lorsque je m'inquiétais pour lui ou qu'il ne répondait pas à une de mes questions. Sinon, je le surnommais Maze, comme tous les gens qu'il côtoyait parce qu'il n'aimait vraiment pas qu'on lui rappelle qu'il était Marlowe Thomas Johnson, l'héritier d'un énorme conglomérat de la construction. Finalement, j'entendis encore des bruits puis plus rien.
– C'est bon, rien de grave, commença-t-il d'une voix plus détendue. J'essaye de faire à manger.
Il essayait de faire à manger ? C'était une plaisanterie ? Maze n'avait jamais cuisiné de sa vie. Il venait d'une famille richissime qui avait plusieurs cuisiniers et, lorsqu'il s'était installé dans son propre appartement, il avait toujours commandé sa nourriture pour être livré à domicile. Qu'est-ce qui lui passait donc par la tête ?
– Tu es malade ? lui demandai-je, subitement inquiète, et il soupira.
– C'est bon, je peux cuisiner une fois dans ma vie, non ?
– Non, répliquai-je du tact au tact. Allez, sérieux, dis-moi ce qui se passe.
Nouveau soupir mais je le sentais prêt à me céder.
– Mon père a décidé de me couper les vivres…, avoua-t-il dans un grognement.
La nouvelle ne me surprit pas plus que ça. Ça lui pendait au nez depuis des années et je me demandais juste pourquoi son père avait mis si longtemps. Il devait penser que Maze finirait par se lasser de sa carrière d'illustrateur et reviendrait à la raison.
– Donc, plus de livraison à domicile ?
Il grommela un « Non ! » rageur et soupira encore une fois.
– Je vais devoir déménager. Impossible de rester dans cet appart avec le salaire que j'ai.
– Tu as vendus des toiles ?
– Oui, quelques-unes, répondit-il avec un ton légèrement exaspéré. Mais ce n'est jamais régulier, comme mon boulot d'illustrateur. Comment tu veux que je me paye un appartement au centre de Berkeley ?
– Tu veux que je vienne t'aider à déménager ? lui demandai-je rapidement.
– Non, ce n'est pas pour tout de suite. J'ai encore assez de côté pour quelques mois.
Le silence s'installa un moment et je repensai à ce dont je voulais lui parler.
– Au fait, j'ai fini mon dernier livre, tu sais ce que ça signifie…
– Du boulot pour moi ! s'exclama-t-il en reprenant sa bonne humeur habituelle. Tu veux que je vienne te rejoindre ? Un changement d'air me ferait du bien.
– Quand tu veux ! La chambre d'ami est encore libre.
Je raccrochai peu après, un énorme sourire aux lèvres à l'idée que Maze serait bientôt là, à me changer les idées pour m'empêcher de penser à Seth. Enfin, il devait d'abord finir deux projets avant de pouvoir venir, mais je savais qu'il ne lui faudrait que quelques jours.
x
Un après-midi où Ethan faisait la sieste, je m'étais assise sur la terrasse avec un livre, profitant du fait qu'il ne pleuvait pas ce jour-là. Aki dormait tranquillement à mes pieds et tout était calme. Plongée dans un passage particulièrement intéressant de mon livre, une sensation étrange me gagna rapidement : j'avais l'impression d'être épiée. Je levai rapidement la tête pour regarder autour de moi, mais je ne vis rien. Puis mes yeux parcoururent un instant la lisière de la forêt, à quelques mètres du jardin, et je sus qu'il y avait quelqu'un, ou quelque chose, là-bas, tapi dans l'ombre et qui m'observait.
Je reculai ma chaise, incertaine sur le comportement à adopter, et mon mouvement fit se lever d'un bond Aki qui se cogna à ma jambe. Se réveillant tout à fait, il renifla l'air puis sa tête se tourna vers la forêt et, sans que je ne puisse rien faire, il bondit à toute vitesse dans cette direction. Ni une ni deux, je le suivis en courant, même s'il allait beaucoup plus vite que moi. Après tout, je ne voyais pas ce que je risquais à m'embarquer dans la forêt ainsi, ce n'est pas comme si je n'avais pas de quoi me défendre… Et je ne voulais pas qu'Aki se perde.
Je le suivis quelques minutes au bruit de ses pattes qui foulaient le sol, pourtant avec légèreté, de sa respiration et de son odeur. Mes sens surdéveloppés me servaient enfin à quelque chose ! La forêt était étrangement calme. J'aurais dû entendre les animaux, mais non, il n'y avait rien. Aki ralentit brusquement et j'arrivais à une petite clairière. Il s'y trouvait là, aboyant gaiement parce qu'il voulait jouer avec son tout nouveau compagnon : un énorme loup couleur sable !
Hey, j'espère que vous avez aimé cette suite ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
Et merci à Lotirelle pour sa correction !
A très bientôt !
