Chapitre 5
Lorsque le loup en moi émergea, je sentis son instinct animal me submerger. J'entendais si bien que je pouvais dire avec précision que Jillian et Ethan étaient dans le salon et faisaient un puzzle. L'odeur des sous-bois emplissait mes narines, accompagnée de celles d'autres animaux qui étaient passés près de là et des senteurs familières de la maison. Je m'ébrouai, m'appropriant ce corps qui m'était presque inconnu, et regardai un instant ces énormes pattes que je possédais. Mes coussinets s'enfoncèrent dans la terre meuble et, quand je relevai une de mes pattes, l'empreinte énorme qu'elle laissa me fit gémir. Sous cette forme, mon gémissement d'impuissance se transforma en un grognement sourd et je sursautai. Alors, je dus me rendre à cette évidence que j'avais tenté par-dessus tout de renier : j'étais un loup.
Fier de cette conclusion, l'animal en moi reprit les rênes tandis que je demeurais stupéfaite. Bientôt, nous nous retrouvâmes à galoper gaiement dans la forêt, profitant de cet instant de liberté totale. Je mentirais si je disais que ce n'était pas agréable. Mes pattes frôlaient à peine le sol et mes muscles puissants se contractaient à chaque foulée pour me projeter au loin, dans un bond énorme. J'avais l'impression de pouvoir courir indéfiniment, sans jamais être fatiguée !
Soudain, une odeur familière me fit piler net. Impossible de savoir où je l'avais déjà sentie mais l'animal en moi s'appliqua à suivre la piste. J'arrivai rapidement en vue d'une petite clairière où un énorme loup marron sommeillait tranquillement, sa tête posée sur ses pattes. C'était lui cette odeur familière, familière parce qu'elle ressemblait à la mienne. Il se releva brusquement à mon arrivée fracassante et je sentis la panique me gagner. Mais combien y en avait-il ici ? Alors, je fis marche arrière et fonçai à toute allure sous les arbres, guidée seulement par mon instinct de fuite. Je ne voulais pas qu'ils me découvrent, surtout pas !
Je finis par le distancer sans réelles difficultés, il était beaucoup plus lent que moi. Je fis un grand tour pour éviter la zone où j'avais des chances de le trouver et finis par arriver en vue des habitations. Là, une odeur telle que je n'en avais jamais senti m'emplit le museau. C'était si bon, si enivrant ! Il n'y avait pas de mot pour décrire les sensations que cette odeur faisait naître en moi, mais mon cœur s'emballa. Entièrement envahie par cette délicieuse fragrance, je me retrouvai bientôt à l'arrière d'une petite maison en bois bleu et ne tardai pas à reconnaître l'homme qui se tenait sur la terrasse, téléphone à l'oreille.
Seth Clearwater.
Encore.
Dépitée, je m'assis brusquement. Mon loup jouissait de cette situation, forcément ! Alors je me couchai et posai ma tête sur mes pattes en soupirant lourdement. L'animal en moi ne semblait pas être décidé à partir, trop heureux d'être proche de mon imprégné. Quant à moi, je décidai que, quitte à être là, autant en profiter. Je tendis ainsi l'oreille pour entendre la conversation.
– Tracy, s'il te plait, soupira Seth en passant une main sur son front.
– Non, pas de « Tracy, s'il te plait. » qui tienne ! répondit la jeune femme au téléphone.
Sa voix était douce mais la colère la faisait vibrer et je devinai que les larmes ne tarderaient pas à ravager son visage.
– Je n'ai jamais rien dit quand tu disparaissais sans explication ! Jamais ! Mais là, ça fait des semaines que tu t'éloignes de moi. Tu es ailleurs les rares fois où on est ensemble et tu décroches à peine quand je t'appelle. Seth ! Je croyais que tu m'aimais, je croyais qu'on avait des projets ensemble.
– Je…, commença Seth en fermant les yeux. Excuse-moi.
– Je ne veux pas de tes excuses ! Je veux savoir ce qu'il se passe.
– Je ne peux pas te le dire.
– Tu ne peux pas ou tu ne le veux pas ? Écoute, si c'est comme ça je crois que c'est mieux qu'on en reste là, avoua-t-elle d'une voix faible qui me mit mal à l'aise.
Aussitôt il ouvrit les yeux et son visage se contracta. Je n'étais pas censée assister à ça, pourtant, je ne pouvais pas m'empêcher d'éprouver de la sympathie pour la jeune femme. Seth passa sa main dans ses cheveux et leva les yeux au ciel.
– Je crois que c'est mieux, en effet, souffla-t-il difficilement.
Un silence succéda à sa déclaration et je pus entendre distinctement un sanglot étouffé s'échapper du combiné, suivi par plusieurs autres.
– D'ac… D'accord, murmura-t-elle. Si c'est… ce que… que tu veux.
Je voyais d'ici la force que Seth mettait à serrer son téléphone portable entre ses doigts. Il aurait pu le briser à tout moment mais il se retenait. Je ne comprenais pas pourquoi il rejetait la femme qui l'aimait et qu'il avait l'air d'aimer. Le silence s'étendit et elle finit par se reprendre. Son ton se fit plus dur, froid.
– C'est à cause d'elle, de cette femme ? demanda-t-elle soudainement en réfrénant ses pleurs.
– De qui est-ce que tu parles ? rétorqua Seth en fronçant les sourcils.
– Alex m'a tout dit. Il t'a vu tourner autour de cette femme, cette Harper qui vient de revenir.
– Tracy…
– Je suis sûre qu'il a raison, ne me mens pas ! dit-elle avec une certaine colère.
– Je ne t'ai jamais menti, avoua douloureusement Seth en secouant la tête.
Tracy dut comprendre quelque chose qui m'échappa, car elle poursuivit d'une voix dénuée de toute émotion :
– Donc, tu ne me répondras pas ?
– Non.
Sa réponse avait été brève et instantanée. J'entendis le soupir résigné de la jeune femme à l'autre bout de la ligne.
– Bien, je crois qu'on n'a plus rien à se dire. Merci de m'avoir brisé le cœur, Seth. Adieu.
Et elle raccrocha. Le jeune Quileute resta un moment immobile avant d'envoyer valser son téléphone à l'autre bout de la table. Il accrocha ses doigts au rebord de bois et soupira lourdement. J'étais triste pour lui. Enfin, non, mon loup se sentait triste pour lui. Puis la sonnerie de son portable retentit à nouveau et il l'attrapa d'un geste rageur avant de hurler :
– Quoi ?
– Hé, c'est comme ça qu'on parle à son alpha, Seth ! répliqua une voix masculine à l'autre bout.
– Désolé, Jake, souffla mon imprégné en repassant encore une fois sa main dans ses cheveux. Tracy vient de m'appeler.
– Oh, désolé, vieux, dit Jacob Black – j'avais fini par le reconnaître – d'une voix peinée. Écoute, on a un problème urgent. Un loup inconnu est dans les bois. Il est apparu juste devant le nez d'Éric qui a eu la peur de sa vie. Il pensait que c'était Sam, mais il est plus petit. Sam n'est pas au courant non plus, alors on a décidé de patrouiller tous ensemble.
– J'arrive, répondit Seth en hochant la tête avant de couper la communication.
Alors qu'il rentrait à l'intérieur, j'en profitais pour m'éclipser discrètement avant qu'il ne décide de venir se transformer par ici. Je courus aussi vite que possible tout en réfléchissant. Ainsi, Jacob Black était un alpha et Seth faisait partie de sa meute. J'étais sûre que Sam était également un alpha, il était beaucoup plus impressionnant de carrure que les autres. Jared et Paul devaient être avec lui, mais les autres ? Et mon cousin, Quil ? Je décidai d'étudier leur organisation plus tard, mais pour le moment, j'arrivai là où j'avais déposé mes vêtements. Je m'habillai rapidement. Ça faisait du bien de retrouver ses deux jambes, même si je me sentais étrangement à l'étroit ainsi. Soufflant largement pour reprendre contenance, je rentrai à la maison.
x
Le jour où je me décidai enfin à commencer mon projet de livre sur les vampires et les loups, Maze débarqua. J'étais tranquillement assise au bureau de ma petite chambre à l'étage, pianotant avec application sur mon ordinateur – j'étais inspirée –, lorsque j'entendis une voiture se garer devant la maison. Je ne reconnaissais pas le moteur alors, ni une ni deux, je sautai à la fenêtre pour voir. Là, juste en bas, se trouvait la voiture de Maze. Je l'aurais reconnu entre mille : une Ferrari 488 Spider jaune avec deux bandes noires de part et d'autre du capot. Parce que figurez-vous que Maze voulait Bumblebee, la voiture de Transformers, mais qu'il n'aimait pas les Camaros ! Enfin, c'était tout lui, ça.
Je me précipitai en bas de l'escalier et bondis dehors alors qu'il sortait à peine de la voiture. Puis je lui sautais purement et simplement dessus, trop heureuse de le voir. Il referma ses bras sur moi et j'inspirai à fond son odeur de savon et de cannelle qui m'avait tant manqué. Enfin, il me relâcha et posa ses mains sur mes épaules, un large sourire aux lèvres.
– Content de te revoir, Hopy !
– Idem ! Allez, viens, repris-je en m'éloignant. Prends tes affaires, on va t'installer.
Il hocha la tête et se dirigea vers le coffre, je le suivis et ne fus pas déçue. D'accord, un coffre de Ferrari, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus grand, mais il avait quand même trouvé le moyen de le remplir à ras bord. Je me demandai un instant comment tout faisait pour ne pas simplement tomber en dehors de la voiture… Enfin, lorsque Maze se déplaçait, il embarquait une grande partie de son matériel artistique, et ça prenait beaucoup de place. Il y en avait même sur le siège passager !
Alors que j'attrapai l'un de ses sacs, je me figeai brusquement. Une odeur âcre venait de se dégager du tissu et je l'aurai reconnue entre mille. Aussitôt, j'inspirais profondément, tâchant de déterminer de quand datait l'odeur. Ça devait s'être passé pendant la nuit.
– Tu as dormi à l'hôtel ? demandai-je brusquement à Maze.
Mon meilleur ami hocha la tête, sourcils froncés. Il ne comprenait pas mon manège ni ce qu'il se passait.
– Il t'a suivi.
– Quoi ? hoqueta-t-il, horrifié. Non, je ne l'ai pas vu.
– C'est un vampire, Maze. Il a dû venir dans ta chambre pendant que tu dormais et il a fouillé tes affaires pour voir où tu allais. C'est bien son genre. Mais je ne comprends pas pourquoi il cherche à me retrouver.
Je réfléchissais activement, mais ne trouvai aucune raison pour expliquer pourquoi cet immonde salaud cherchait à me retrouver. S'il avait touché à Maze, je l'aurais écartelé ! Et s'il touchait à ma famille, on pourrait retrouver ses morceaux éparpillés jusqu'à New York !
– Pourquoi est-ce qu'il veut te voir ? demanda Maze, le visage grave.
– Parce qu'il regrette ? lançai-je rapidement. Comment veux-tu que je sache ce qu'il se passe dans la tête d'un psychopathe pareil ! Dans tous les cas, repris-je plus calmement en baissant la voix, les autres loups ne laisseront pas un vampire approcher de la réserve.
– Il est intelligent, tu le sais mieux que quiconque.
Je grognai. Oui, je le savais mieux que quiconque. Il m'avait embrouillé l'esprit pour mieux me manipuler. J'avais été crédule ! Comment avais-je pu penser un seul instant qu'un monstre pareil pût m'aimer ? Comment avais-je pu me convaincre d'avoir des sentiments pour lui ? Alors que je pensais en avoir fini avec, pouvoir tourner la page, voilà qu'il revenait ! Ces vampires, c'étaient des monstres dont on ne se débarrassait jamais à moins de les immoler par le feu. Et croyez-moi, si je revoyais sa tête, s'il approchait à moins d'un kilomètre de ma famille, j'allais lui arracher la tête et je m'acharnerais sur lui jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que des confettis ! Et après, j'y mettrais le feu ! Parce qu'on ne s'attaquait pas impunément à ma famille, même lorsqu'on s'appellait Victor Whitelaw et qu'on avait cinq cent soixante-dix-huit ans !
Hello! Donc voici comment Hope se retrouva en loup... ^^ Moi, perso, j'adore Jacob qui râle sur Seth quand il décroche son téléphone :p
Chapitre corrigé par Lotirellle!
Je dois dire que je bug un peu au niveau du chapitre 10 et de la suite, donc je vais un peu ralentir mon rythme de publication jusqu'à ce que je retrouve l'inspiration. J'ai les idées, mais pas trop la motivation à écrire ces temps-ci. C'est comme ça quand on est en train de finir d'écrire sa thèse...
A bientôt! (Ce week-end normalement!)
