Chapitre 6

Lorsque nous revînmes de promenade cet après-midi-là, je sus tout de suite que quelque chose n'allait pas. Arrivée dans l'entrée avec Ethan et Maze, je leur fis un geste pour qu'ils ne bougent plus et arrêtent de parler. Mon meilleur ami s'immobilisa, sourcils froncés, et j'avançais jusque dans le salon. Là, dans l'air, ça flottait comme un nuage lourd et nauséabond. L'odeur de vampire, son odeur à lui, à Victor. Mes muscles se contractèrent et je balayai rapidement la pièce du regard. La puanteur datait d'au moins une heure mais je pris le temps de vérifier toute la maison. Alors que je revenais vers l'entrée, j'aperçus la petite enveloppe de papier vélin posée sur le guéridon, mon prénom s'étalant dessus en lettre de sang.

Je fis signe à Maze qu'il n'y avait pas de danger et attrapai le mot d'une main tremblante. Décachetant l'enveloppe tant bien que mal, je m'affalai sur le canapé pour lire. Son écriture allongée et datant d'un autre siècle apparut sous mes yeux :

Ma très chère Hope,

Ton visage me manque, ton sourire. Tes yeux magnifiques me hantent à chaque instant depuis que je suis parti. Je sais que ce que je t'ai fait est impardonnable et je n'ose espérer que tu me pardonnes. Pourtant, j'espère qu'un jour tu pourras comprendre mes motivations.

Je t'aime tellement, tu es mon tout, mon univers. J'avais l'impression de ne pas savoir ce qu'était la vie avant que je ne te rencontre. Tu m'as montré la lumière, alors que je m'enfonçais dans les ténèbres de ma condition.

Je regrette de n'avoir pas été courageux, de t'avoir laissée seule le jour de notre mariage. Mais… j'ai eu peur ! Après ces siècles de solitude, savoir que je pourrais vivre à tes côtés jusqu'à la fin de mon éternité… Excuse-moi. Excuse-moi, mon ange, de t'avoir abandonnée.

Tu as rejoint les tiens, c'est bien, tu m'as écouté. Les autres loups te protégeront. Pour ma part, je t'attendrai le temps qu'il faudra, pour l'éternité si tel est ton souhait. Je t'aime tant.

À toi pour toujours,

Victor

À la fin de ma lecture, mes mains tremblaient : de rage. Cet enfoiré osait ! Il osait venir ici, dans ma maison, et déposer cette lettre pleine de mensonges. J'allais le tuer, lentement mais surement. Pourtant, au fond de moi, un doute subsistait. Et si tout ceci était la vérité ? S'il avait vraiment eu peur ? Alors cela voudrait dire que ses sentiments pour moi avaient été réels…

Maze eut un ricanement méprisant comme il venait de finir de lire par-dessus mon épaule. Je soupirai largement, ne sachant pas quoi en penser. Puis, prise d'un brusque élan, je froissai la lettre et l'enveloppe dans ma main et partis la jeter dans la poubelle de ma cuisine. Ce fut à cet instant qu'on sonna à la porte.

Maze alla ouvrir et je le rejoignis quelques secondes plus tard, surprise de trouver Sam et Jared sous le porche. Ils avaient tous les deux l'air agités et jetaient des regards inquiets vers l'intérieur de la maison. Oui, eux aussi devaient sentir qu'un vampire était passé par là.

– Vous allez bien ? demanda l'alpha en posant son regard sombre sur moi.

– Oui, pourquoi ça n'irait pas ? répliquai-je en essayant de retrouver mon calme habituel.

Il se contenta de hausser les épaules.

– Il y a des animaux qui rôdent dans le coin. On est là pour t'inviter au feu de camp de demain soir, Hope. Les Anciens raconteront les légendes.

L'invitation de Sam me surprit un instant, mais je m'empressai d'accepter. Ça faisait tellement longtemps que je n'avais plus entendu les légendes ! Lorsqu'il partit, je regardai Maze qui eut un rictus amusé.

– T'inviter au feu de camp, hein ? dit-il avant de baisser la voix. Ils étaient là à cause de Victor, n'est-ce pas ?

Je hochai la tête pour toute réponse. Oui, ils étaient là parce qu'un vampire avait gambadé sur leur territoire. Ni plus ni moins. Et moi, j'étais au milieu de deux camps, à me demander pourquoi j'étais revenue à La Push !

x

– Tu crois que je suis assez habillée ? demandai-je à Maze en débarquant dans sa chambre.

Il releva vaguement les yeux de sa tablette graphique pour me détailler et revint à son dessin.

– Tu as parfaitement l'air d'un humain normal qui va à un feu de camp, si ça peut te rassurer.

– Super ! m'exclamai-je en ouvrant la porte. À plus tard.

Il m'adressa un signe de la main et je refermai sa chambre. Bon, une chose de faite. J'avais toujours des difficultés à m'habiller pour correspondre aux températures de saison. Si ça ne tenait qu'à moi, je me promènerais en short et t-shirt même en hiver par -20 °C. Je n'avais jamais froid, mais essayais de faire illusion. Tout le contraire de mes petits camarades, en somme… Eux, ils se promenaient torse nu dans la réserve ! Sérieusement, personne ne trouvait ça étrange ?

J'arrivai rapidement sur la plage qui n'était qu'à quelques centaines de mètres de chez moi. Le vent marin me fouetta le visage, envoyant balader mes courts cheveux et je pestai. Je passai une main dans mes mèches pour les discipliner un tant soit peu, puis aperçus au loin le feu déjà allumé. Lorsque j'arrivai, la plupart des loups étaient déjà présents et j'allai saluer Billy Black. Je l'avais aperçu la semaine dernière quand ma sœur était allée se promener avec lui un après-midi. J'esquissai ensuite un sourire en direction d'Emily qui disparaissait presque dans les bras de Sam et, enfin, je m'employai à saluer tout le monde, ce qui se traduisit par un signe de la main général et un « Salut ! » plus qu'hésitant. Mon grand-père me sauva de cette situation embarrassante en arrivant avec mon cousin préféré – et le seul également ! –, et il m'accorda un sourire énigmatique avant de s'asseoir. OK, maintenant, j'avais peur !

Finalement, je pris le parti de m'asseoir à côté de Quil et un jeune homme inconnu se plaça de mon autre côté. Après un instant à humer l'air en toute discrétion, je reconnus le loup à ma droite. C'était lui que j'avais rencontré dans la clairière l'autre jour ! Éric, si mes souvenirs étaient bons. Seth fut l'un des derniers à arriver, et mon cœur loupa un battement en le voyant. Bien sûr qu'il serait là, qu'est-ce que je croyais ?

Billy Black eut la gentillesse de me présenter tous les loups et compagnes de loups qui étaient présents – une petite trentaine –, puis l'heure du dîner sonna. Là, j'admettais que voir avec quelle vitesse les loups se jetaient sur la nourriture et l'engloutissaient m'amusa beaucoup. C'était un truc de loup ça : on avait la dalle en permanence ! Quand j'avais débarqué chez Jewell le premier soir, elle m'avait regardé comme deux ronds de flans lorsque j'avais eu fini mon assiette en un temps record et que j'en redemandais une autre. Depuis, ma sœur cuisinait pour cinq…

Je réussis du mieux que je pus à ignorer Seth qui se trouvait en face, plusieurs mètres sur ma gauche. Emily était de l'autre côté d'Éric, mais ce dernier bougea rapidement pour aller faire un concours du plus gros mangeur avec Collin et un autre dont j'avais oublié le nom, ce qui nous permit de discuter un peu.

Puis, alors qu'il ne restait plus une seule miette à des mètres à la ronde, les Anciens commencèrent leur récit. Tour à tour, d'abord Billy, puis Sue Cleawater et enfin mon grand-père, ils décrivirent avec une certaine passion les légendes de notre peuple. Je les avais entendus un nombre incalculable de fois, mais je ne m'en lassai jamais. Et ce soir, alors que j'étais entourée par mes semblables, ces histoires avaient quelque chose de magique. Je me sentais bien, à ma place.

Lorsque mon grand-père acheva la dernière histoire, les yeux braqués sur moi, je sus qu'il y avait un problème. Il savait ! Ou alors, il savait que je savais pour les autres ! Dans tous les cas, j'étais grillée, et il était trop tard pour tenter une fuite discrète, maintenant. Peu à peu l'attention se dirigea sur moi et je sentis mon cœur battre plus vite. Ce n'était pas pour eux qu'ils avaient organisé ce feu de camp, c'était pour moi !

Alors, quand Billy commença à me dire que les légendes étaient vraies, que certains habitants de la réserve se transformaient effectivement en loup pour chasser les vampires, je retins un soupir de soulagement. Personne ne savait pour moi ! Je l'avais échappé belle ! Pourtant, je ne comprenais pas pourquoi on m'incluait dans le secret maintenant. Je jetai un regard à mon grand-père et il souriait, clairement amusé. Oui, lui il savait que j'étais aussi un loup, je n'avais aucun doute, mais il ne semblait pas avoir révélé mon secret puisqu'on continuait à me parler des autres loups avant de me les désigner tout autour du feu de camp.

Je pris le parti de paraître surprise. Vous auriez fait quoi à ma place ? Je ne pouvais pas leur dire : « Ah, des loups ? Ouais, je le savais déjà, c'est con, hein ? ». Bref, j'ouvris de grands yeux et, quand ils guettèrent la réaction que j'allais avoir face à cette révélation, je bondis sur mes pieds et m'enfuis sur la plage. Oui, très mature, je sais... J'avais trente-deux ans, mais je n'étais toujours pas foutue de trouver une réponse adéquate à cette histoire de loup. La fuite avait toujours été mon option numéro un quand il était question de mon petit souci de fourrure.

J'étais déjà loin lorsque j'entendis des pas derrière moi. Je me retournai rapidement, prêt à envoyer se faire voir l'importun, quand je me figeai. Seth m'avait rattrapée et il me surplombait de toute sa hauteur, le visage soucieux. J'inspirai à fond, me préparant à faire ce qui allait à l'encontre de mes instincts.

– Je ne veux pas te parler, lui dis-je avant de me détourner

– Pourquoi ? demanda-t-il, et je sentis la tristesse dans sa voix. Qu'est-ce que je t'ai fait ?

Lentement, je levai les yeux vers lui et mon regard se durcit volontairement, laissant transparaître toute ma colère à être devenue un loup. Il semblait tellement malheureux que je luttai pour ne pas m'approcher de lui et le serrer dans mes bras. C'était une idée vraiment débile ! À la place, je pris mon courage à deux mains et le regardai en face pour lui lancer violemment :

– Tu vis, et c'est ça le problème.

Et je partis sur ces paroles. Il ne me suivit pas alors que je rejoignais le chemin menant à la maison. Je n'avais pas besoin de me retourner pour savoir que je l'avais blessé. J'avais été cruelle, et le fait qu'il soit mon imprégné… Mon cœur sembla se consumer lentement et je ne fis rien pour empêcher les tremblements violents qui secouèrent mes mains. Parce que je le savais, j'avais volontairement fait du mal à mon imprégné. Et ça, le loup en moi ne pouvait pas le supporter. J'avais été horrible avec lui. J'étais horrible de le rejeter ainsi à chaque instant, mais après tout… après tout, n'étais-je pas un monstre de toute manière ?


Alors ce feu de camp? J'avoue, Hope est horrible avec Seth, le pauvre...

Chapitre corrigé par Lotirelle. Je voulais poster ce chapitre ce week-end mais je n'ai pas eu le temps...

A bientôt!