Chapitre 7
Les jours suivants, j'avais l'impression de vivre en plein cauchemar. Je ne cessai de penser à Seth et, ça, c'était à cause de mon loup. Je réfrénai du mieux que je le pouvais mes pulsions animales, mais j'étais épuisée. Cette lutte incessante, je n'en pouvais plus. Et même les autres m'étaient hostiles. J'avais croisé mon cousin qui m'avait à peine adressé un signe de la main, puis j'étais tombé sur Jacob et Embry qui, eux m'avaient jeté un regard glacial. Même Maze m'observait d'un air peiné ! Tout le monde se liguait contre moi. Enfin, à par Jewell qui ignorait de près ou de loin ce qui se jouait à La Push…
Bref, ce fut ce qui me décida à aller rendre visite à Emily. Elle ne m'avait encore jamais jugée et je la considérai comme mon amie. J'espérais donc que sa présence apaiserait mes tourments. Elle fut surprise quand je me présentai à sa porte mais elle m'invita à entrer avec un sourire. Nous parlâmes un peu et elle ne mit pas longtemps avant d'aborder le sujet qui fâche.
– Seth ne comprend pas pourquoi tu ne cesses de le rejeter. Ça le rend triste.
Et moi, ça me rendait folle ! Pourtant, je ne lui répondis pas tout de suite, absorbée par ma tasse de café. Alors, Emily poursuivit de sa voix douce.
– Pourquoi tu agis ainsi ?
– Parce que je n'ai pas le choix, soufflai-je difficilement en resserrant mes doigts autour de la tasse.
Je sentis son regard intrigué se poser sur moi et je craquai. Pourquoi est-ce que ça lui était si important à Seth que je lui parle ou non ? Je soupirai, irritée, avant de lever les yeux vers elle.
– Il n'a qu'à faire comme si je n'existai pas. Je ne vois pas où est le problème !
Elle m'accorda un sourire douloureux et secoua légèrement la tête.
– Ce n'est pas aussi simple.
– Eh bien, pour moi, ça l'est ! Désolé, repris-je plus calmement, je crois que je ferais mieux d'y aller.
Et je me sauvais rapidement en la remerciant de son hospitalité.
x
Comme La Push était soudainement devenue étouffante, j'étais allée à Forks pour la journée. Au moins, là-bas, il n'y avait personne qui insisterait pour que j'aille parler à Seth ou, au moins, que je cesse de l'ignorer. Parce que Maze avait décidé de jouer les entremetteurs... Il avait décrété que ça faisait trop longtemps que je faisais l'autruche et que je fuyais la réalité. Il m'avait sermonnée sur le fait que je n'allais pas brusquement arrêter d'être un loup et que, après quatorze ans, il faudrait bien que je commence à l'accepter un jour. J'étais partie.
Au fond, je savais que ce que me disait Maze était pour mon bien, que c'était la vérité, mais… Je ne voulais pas accepter cette autre part de moi. J'avais toujours pensé que si j'arrivais à l'oublier, elle cesserait d'exister, mais non. Je réfléchissais donc, déambulant ici et là dans Forks, quand je décidai de m'arrêter dans un diner pour déjeuner.
J'attendais patiemment que ma commande arrive lorsqu'on s'assit soudainement en face de moi. En voyant son visage pâle, ses cheveux blonds coiffés avec application et ses yeux rouge sang, je dus faire appel à toute ma volonté pour ne pas me lever et fuir en courant. Je savais que la confrontation ne tarderait pas. Il n'était pas du genre à envoyer seulement un message, il préférait se déplacer en personne.
– Hope, susurra-t-il avec ce sourire qui avait toujours eu le don de m'attendrir.
– Victor, répliquai-je avec froideur, chaque muscle de mon corps tendu à l'extrême.
– Je t'ai connu moins… glaciale, s'amusa Victor en m'adressant un clin d'œil.
D'abord, lui arracher la tête, puis les bras et enfin les jambes. Ensuite, faire un tas à l'arrière du parking et trouver un briquet pour allumer le feu. S'il essayait de fuir, je me transformerais en loup. Je pouvais bien faire une exception pour lui !
– Tu as l'air bien songeuse, ma chère Hope.
– Je réfléchissais à comment j'allais te tuer !
Il éclata de rire à ma réplique et secoua la tête, comme s'il était face à une enfant capricieuse.
– Tu ne peux rien contre moi, je te l'ai déjà répété.
– Je ne suis pas toute seule, déclarai-je avec assurance.
– Oh, tes amis loups ! s'exclama-t-il avec un soudain intérêt qui me laissa songeuse. Comment vont-ils ?
Je fronçai les sourcils à ses questions, mais l'ignorai et me levai rapidement, déposant une liasse de billets sur la table. Je sortis précipitamment alors qu'il me suivait nonchalamment. Lorsqu'il m'attrapa par le poignet pour me tourner vers lui, j'observai Victor comme si c'était la première fois que je le voyais. À présent, je me rendais compte du monstre qu'il était. Son visage n'avait plus rien d'avenant et ses doigts ne tardèrent pas à comprimer mon poignet avec une telle force que j'entendis mes os craquer. Je serrai les dents sous la douleur et retins ma respiration lorsqu'il se pencha vers moi. Sa puanteur était insoutenable. Comment avais-je pu vivre à ses côtés ?
– Tu es à moi, tu m'appartiens. Ne me dis pas que tu l'ignorais, murmura-t-il d'une voix si froide, telle que je ne lui avais jamais entendu. Ce n'est pas toi ou tes loups qui m'empêcheront de décimer toute ta précieuse réserve pour t'avoir. Prends garde, car je reviendrai bientôt. Avec quelques amis.
Et il disparut, me laissant là, tremblante, sur le parking du diner. Que venait-il de se passer ? Je regardai mon poignet où, déjà, un énorme hématome se dessinait sur ma peau sombre, puis j'inspirai à fond. Je mis encore quelques minutes de plus à rejoindre ma voiture, et eut la mauvaise surprise d'y retrouver deux Quileutes adossés là. Paul et Collin. Le plus âgé m'adressa un regard froid.
– On t'a vu parlé avec la sangsue, déclara-t-il avec agacement.
– Et alors ? rétorquai-je vivement en me sentant agressée par son ton hargneux.
– Viens avec nous, on va chez Sam.
– Et si je ne veux pas ?
Paul s'avança vers moi, me dominant de plus d'une tête, comme tous les autres loups. Cependant, il paraissait menaçant et il me fit un signe du menton pour me désigner la lisière de la forêt. Là, j'aperçus trois énormes loups qui rejoignirent rapidement le couvert des arbres. Ainsi, je n'avais pas le choix. J'acceptai donc et déverrouillai la voiture. Paul et Collin s'empressèrent de monter à bord, Paul s'asseyant à la place du conducteur, et je m'empêchai de hurler. La confiance régnait…
Lorsque nous débarquâmes chez Sam, une grande partie des loups étaient présents. Tous me dévisageaient avec une certaine réticence, sauf Emily qui vint me saluer chaleureusement. Je sentais leurs regards inquisiteurs sur moi et cela me mit mal à l'aise. Je n'avais rien fait, à part me faire fissurer le poignet par un dégénéré !
– Qui est ce vampire ? demanda Sam avec sévérité. Il était chez toi la dernière fois.
Je lâchai un soupir exaspéré. On ne pouvait pas faire deux pas dans cette réserve sans que tout le monde ne soit au courant ?
– C'est Victor, mon ex, lâchai-je avec lassitude. On a failli se marier mais il s'est barré avant…
Ma révélation eut l'effet d'un coup de pied dans une fourmilière : tout le monde commença à parler en même temps et ça devint bientôt assourdissant pour toute ouïe de loup qui se respectait. J'entendis, en vrac :
– Il n'est même pas végétarien ! (Embry qui semblait atterré.)
– Une sangsue, elle était avec une de ces saloperies de sangsues ! (La colère de Paul dans toute sa splendeur...)
– Je vais lui faire la peau ! (Quil qui défendait mon honneur, ce qui me réchauffa le cœur.)
– Comment tu as pu t'approcher d'un monstre pareil ?
La dernière, c'était Colin. Il se trouvait juste à côté de moi et chaque mot de sa phrase me percuta violemment.
– Comme j'arrive à m'approcher de vous, j'imagine…, lui rétorquai-je avec un regard glacial.
J'appréciais peu lorsqu'on me jugeait sans me connaître. D'accord, Victor était un enfoiré fini, mais j'avais mis plus d'un an à m'en rendre compte. Merci de me rappeler à quel point je n'étais pas foutue de voir que je sortais avec un psychopathe ! Le silence se fit peu à peu et Brady intervint, outré :
– On n'est pas des monstres !
Je lui accordai un rictus sarcastique, le mieux que je pouvais faire après avoir été kidnappée sur un parking pour passer devant un tribunal version Quileute. En plus, j'avais le poignet blessé ! Bon, j'avais déjà commencé à guérir mais ça me faisait encore mal.
– Si, bien sûr que vous êtes des monstres. Ça n'a rien de normal de se transformer en un énorme loup !
Ma remarque fit place à un silence assourdissant. Oui, je venais juste de tous les insulter, moi y compris, mais je n'en avais que faire. Comme personne ne bougeait plus, je me dirigeai lentement vers la porte en secouant la tête, épuisée par tous ces évènements qui se bousculaient depuis mon retour ici.
– Ce vampire, reprit Sam dans le calme qui régnait. Il reviendra ? Pour toi ?
– Avec des amis, oui.
– Alors nous le tuerons, lui et tous les vampires qui franchiront les limites de notre territoire.
Sa voix était dure, mais il émanait de lui une force et un charisme incroyable. Il était né pour diriger. Je haussai simplement les épaules pour toute réponse. Ça m'était égal, même si j'essayerais d'avoir Victor avant eux. Je voulais qu'il paye et qu'il me regarde en face lorsque je le tuerais.
Alors que je franchissais le seuil, j'entendis quelqu'un s'approcher de moi à pas lents mais décidés. Je le reconnus à son odeur : Seth. Il n'avait encore rien dit. Ma main se serra dans l'attente de ce qui allait suivre et je retins un gémissement de douleur : j'avais contracté les muscles du mauvais poignet.
– Nous ne sommes pas des monstres, souffla-t-il à voix basse, même si presque tout le monde dans la pièce devait très bien l'entendre.
Je me tournai vers lui, le dévisageant pour la première fois depuis le feu de camp. Il semblait pâle et de grands cernes entouraient ses yeux. Ses poings étaient serrés et son visage contracté. Il ne souriait plus. Et c'était ma faute.
– Bien sûr que si, lui répondis-je comme si c'était une évidence. Ceux qui se transforment en loup sont des monstres.
Et ça m'incluait dedans… Un éclair de douleur passa dans ses yeux et il baissa légèrement la tête. Je sentis avec force son désespoir, alors je commençai à trembler. J'étais en colère. Contre toute cette situation, contre ma nature de loup, contre tout le monde. Mais surtout contre moi. À cet instant, je me haïssais de lui faire ressentir cette souffrance. Il ne le méritait pas. Mes mains tremblèrent encore plus comme il me dévisageait de son regard si malheureux. Mon imprégné était triste, à cause de moi.
– Arrête, murmurai-je dans un souffle. Arrête de me regarder comme ça.
Il ne comprit pas et ses sourcils se froncèrent, indécis. Lorsqu'il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, je fis brusquement volte-face et sortis de la maison. Tout mon corps tremblait à présent et, bientôt, je n'arriverai plus à contrôler le loup en moi. À peine dehors, je sentis mes muscles se tendre comme jamais, prêts à muter. Alors, je ne pus plus lutter et tombai violemment à genoux, les mains au sol. J'entendis des pas et vis Seth du coin de l'œil qui me rejoignait, inquiet.
Non, non, je ne pouvais pas le blesser en me transformant. Il se figea, stupéfait, tandis que je me traînai lamentablement le plus loin possible de lui. J'avais du mal à respirer et à me concentrer. Le loup prenait peu à peu sa place dans mon esprit. Je levai un dernier regard vers Seth, immobilisé à quelques mètres de là, les bras ballants, et vis que les autres l'avaient suivi dehors. Je captai le regard perdu et peiné de mon imprégné et ne pus réussir à me contrôler plus longtemps. Je me transformai en ce loup que je haïssais tant.
Un silence total accompagna ma mutation. Tous me regardaient avec des yeux ahuris et je m'ébrouai un instant, retrouvant ce corps avec un plaisir qui me surprit. Enfin, je gonflai mes poumons, m'imprégnant de l'odeur des arbres, et de celle si particulière de Seth. Puis je décampai vers la forêt.
Hello! Alors, verdict de ce chapitre? J'aime bien la fin, moi ^^
Donc je suis en retard, je le sais. Mais j'avoue que je suis bloquée au chapitre 10, puis je suis assez occupée par mon manuscrit de thèse que je dois rendre dans même pas un mois, donc je n'ai pas trop la tête à la fancfiction ces temps-ci... :/ Enfin, j'espère avancer dans les prochains temps et pouvoir publier une fois par semaine.
Chapitre corriger par Lotirelle.
A bientot!
