CHAPITRE 2: Musique Classique, Rock Dynamique - JAMES
« Il se hâta tout d'abord de s'enquérir de sa santé, expliquant sa visite par le désir qu'il avait d'apprendre qu'elle se sentait mieux. Elle lui répondit avec une politesse pleine de froideur. Il s'assit quelques… »
– Tu lis quoi ? demanda Elinor avec curiosité.
La réponse l'intéressait peu, en réalité. Elle essayait seulement de capter l'attention de son fiancé en faisant semblant de s'intéresser à ce que lui jugeait plus captivant que sa compagnie. Chaque après-midi qu'elle passait chez James, entre le déjeuner et l'heure du thé, la, jeune femme s'ennuyait ferme car James consacrait exclusivement ce temps à la lecture, et pouvait rester des heures enfermé dans sa bibliothèque, quand elle avait envie de discuter, rire, voire de sortir.
Elinor prenait sur elle et refusait de se plaindre, car on lui avait toujours dit de s'adapter le plus possible aux habitudes et préférences de son futur mari, mais c'était difficile: elle détestait lire, et il n'était pas dans sa nature de rester silencieuse plus de vingt secondes.
Au grand dam de son fiancé.
Lui refusait de faire le moindre effort : après tout, il lui avait dès le départ bien spécifié préférer avoir ses après-midi en semaine pour lui, ce qu'elle avait respecté dans un premier temps. Mais depuis l'annonce de leurs fiançailles, elle se croyait obligée de passer le plus de temps possible en sa compagnie, passait des journées entière avec lui et empiétait ainsi sur ses heures de détente.
Ainsi, irrité, James ne leva même pas les yeux pour répondre.
– Orgueil et préjugés.
Il espérait qu'en agissant d'une manière aussi peu engageante, elle comprendrait enfin le message et le laisserait terminer la page qu'il tentait de parcourir depuis déjà cinq minutes.
« ...Il s'assit quelques instants, puis, se relevant, se mit à arpenter la pièce. Elizabeth, saisie d'étonnement, ne disait mot. Après un silence de plusieurs minutes, il s'avança vers elle et d'un air agité, débuta ainsi :
— En vain ai-je lutté. Rien n'y fait. Je ne puis réprimer mes sentiments. Laissez-moi… »
– C'est intéressant ? s'enquit encore Elinor.
Elle s'était approchée de lui par derrière, et tentait de lire en même temps que James par-dessus son épaule.
– Oui, assez, répondit-il d'une voix absente.
« ...Laissez-moi vous dire l'ardeur avec laquelle je vous admire et je vous aime.
Elizabeth stupéfaite le regarda, rougit, se demanda si elle avait bien entendu et garda le silence. »
– Ça parle de quoi ?
James, qui détestait être interrompu, se retint de répondre de façon acerbe et expliqua très brièvement :
– C'est l'histoire d'un homme super orgueilleux qui tombe amoureux d'une femme pleine de préjugés.
– Oh ! Ça a l'air très intéressant. Qui donc a écrit ce roman ?
– Jane Austen. C'est une romancière moldue.
Il n'avait même pas besoin de tourner la tête pour savoir qu'elle avait pincé les lèvres. Elinor n'était pas vraiment raciste, malgré la terrible famille dans laquelle elle avait grandi, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir supérieure aux Moldus et méprisait leur culture. Ce qui agaçait passablement James.
– Une Moldue ?
– Oui, ils savent lire et écrire comme nous, très chère, dit James d'un ton moqueur.
– Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je voulais dire, se défendit-elle, vexée par son insinuation. Je m'étonne juste que tu t'intéresses à leur littérature. Mais si tu me dis que c'est bien, je te crois.
James ne répondit rien.
« Mr. Darcy crut y voir un encouragement et il s'engagea aussitôt dans l'aveu de l'inclination passionnée que depuis longtemps il ressentait pour elle. Il… »
– Et ils finissent par se marier ?
James soupira et déclara forfait. Elle avait gagné. Parfois, elle cédait et accepter de lire ou de dessiner jusqu'à ce que James daigne enfin mettre de côté son livre. Parfois, souvent, comme aujourd'hui, c'était lui qui cédait.
Il mit de côté le roman écorné et prêté par Remus, puis se leva :
– Ça te dit qu'on aille se promener ?
– Oh oui ! s'écria Elinor, ravie. Il fait tellement beau !
Elle lui prit le bras, et il l'entraîna dans le parc qui jouxtait la maison par la porte-fenêtre ouverte sur une large terrasse.
Ce fut une promenade plutôt agréable, et James dut admettre qu'un peu d'air frais faisait du bien. Après tout, après le dur hiver qu'ils avaient traversé, c'étaient les premiers jours de beau temps, et il fallait en profiter. Elinor et lui s'installèrent sous l'énorme pommier aux feuilles blanches situé au milieu du lac pour discuter. Enfin, c'était surtout elle qui parlait et lui qui écoutait.
Dire qu'Elinor était bavarde était un euphémisme. Elle aimait parler, et parlait tout le temps. De la pluie, du beau temps, des arts, des derniers commérages qu'on lui avait dit. Elle ne semblait pas supporter le silence. James essayait de ne pas être trop agacé par ce défaut, car quand il y réfléchissait, les seuls moments où il n'avait pas envie d'entendre sa voix était lorsqu'il lisait. Autrement, elle était certes bavarde, mais plutôt drôle et intéressante.
Il s'entendait même très bien avec elle, même s'ils n'avaient au fond que peu de points communs. Cela ne l'avait pas empêché de lui demander sa main, et cela n'avait pas empêché Elinor d'accepter. De toute manière, chez les Sang-Purs, l'amour et le mariage étaient deux choses distinctes. On aimait et chérissait les femmes que l'on voulait, mais on épousait uniquement celles de noble lignée. C'était quelque chose sur laquelle James ne s'était jamais posé de questions; c'était comme ça, et, quitte à choisir une Sang-Pur pour épouse, autant en prendre une qui ne serait constituerait pas une torture au quotidien.
Elinor était une gentille fille, qui aimait paraître plus stupide qu'elle ne l'était réellement, qui riait souvent, le soutenait en tout et se montrait d'une tendresse infinie avec James. Ses sourires étaient chaleureux, sa conversation intéressante, ses caresses agréables, ses attentions focalisées sur le jeune homme. Elle était un nuage de douceur. Et c'était exactement ce que James voulait. Lui qui refusait désormais d'avoir une véritable relation amoureuse, tout en désirant la tendresse d'une telle intimité, trouvait en la compagnie de sa fiancée un agréable compromis. Ellie était reposante, parfois exténuante, mais jamais ennuyante. Et, pour ne rien gâcher, vraiment très jolie et très conciliante. James considérait s'en être bien sorti.
Elinor ne lui avait pas caché non plus qu'elle trouvait son compte dans cette union : c'était pour elle le seul moyen de quitter le foyer paternel en sécurité, physique mais surtout matérielle. L'une de ses pires craintes était en effet de se retrouver sans le sous et de devoir… travailler. Travailler. Rien que la pensée la remplissait d'horreur.
À cinq heures, ils prirent la direction de la maison pour rejoindre les parents de James afin de prendre le thé. Juste avant qu'ils n'arrivent en vue de la maison, Elinor lui prit le bras pour l'arrêter. James se tourna vers elle, l'air inquisiteur. Elle se leva sur la pointe des pieds et posa doucement les lèvres sur les siennes. James fut légèrement surpris, car elle prenait rarement l'initiative de l'embrasser, mais l'enlaça bientôt et lui rendit son baiser
Ce n'était pas désagréable. Bien loin des « papillons dans le ventre », « frétillements », « frissons » et autres « enivrements » d'un vrai baiser, mais ce n'était pas désagréable.
Ça ne l'était jamais.
Lorsqu'ils se séparèrent, elle était rouge pivoine, et sa gêne s'accentua lorsque James recala l'une de ses mèches blondes derrière l'oreille. Sans lui lâcher la main, ils parcoururent les derniers mètres qui les séparaient des portes et se rendirent dans le salon du premier étage, où l'on prenait habituellement une collation.
James n'aimait pas vraiment le thé, et buvait en réalité du chocolat chaud dans la porcelaine ancienne de sa mère. Celle-ci ne parlait pas beaucoup, comme à chaque fois qu'Elinor passait au manoir. C'était surtout Mr Potter, bavard lui aussi, qui faisait la conversation. Mrs Potter tentait de garder une expression neutre, mais son regard passait régulièrement d'un fiancé à l'autre et elle ne pouvait s'empêcher de pincer les lèvres par moments.
Ce n'était pas qu'elle n'appréciait pas Elinor (qu'elle trouvait charmante, par ailleurs), mais elle n'était pas entièrement satisfaite du choix de son fils. Elle lui avait fait part de ses réserves dès l'annonce de leurs fiançailles :
– Es-tu sûr de ton choix, Jamie ? avait-elle demandé une fois que la jeune femme s'en était allé.
– Tu ne l'aimes pas ? s'était étonné James.
C'était pourtant sa mère qui les avait présentés l'un à l'autre à un bal donné en l'honneur d'il ne savait plus trop quoi, six mois plus tôt, en lui disant qu'il était temps de passer à autre chose, qu'il avait assez déprimé comme ça, et en lui assurant qu'il s'agissait d'une jeune femme très vive et agréable et qu'il gagnerait à faire sa connaissance. Ce que James avait fait.
Un peu trop, au goût de sa mère.
– Elle est adorable, avait prudemment concédé Mrs Potter, et il est certain que je la préfère à Emily. Mais je ne comprends pas très bien pourquoi tu souhaites l'épouser, pourquoi aussi hâtivement. Je vous ai observé, et je ne pense pas que c'est l'amour qui te presse.
– On y trouve tous les deux notre compte, avait admis James en haussant les épaules d'un air indifférent. Je pense qu'on s'entendre parfaitement tous les deux.
– Est-ce que tu l'aimes ?
James avait eu un sourire triste.
– L'amour est mort, maman.
Mrs Potter avait été très attristée par la dernière affirmation de James, et avait vainement tenté de raisonner son fils, mais celui-ci était resté sur son choix. Il épouserait Elinor Bell.
Une heure plus tard, James raccompagna Elinor jusque chez elle, dans la banlieue de Londres. Ils s'embrassèrent de nouveau sur le perron de la porte, puis James transplana jusqu'au chemin de traverse. Il détacha sa cravate alors parfaitement nouée, ouvrit sa chemise et s'ébouriffa les cheveux. La musique classique dans sa tête laissa place à un rock dynamique. Enfin, il pouvait être lui-même.
Il parcourut les petites rues, qui se remplissaient progressivement des employés venus se distraire et faire quelques courses après le travail, jusqu'à arriver au Garage, le nouveau pub en vogue où il avait convenu de rejoindre ses amis en début de soirée.
Remus et Peter étaient déjà arrivés, et étaient parvenus à trouver une table dans un coin de la pièce. James sourit. Rien que leur vue le revigorait. Il ne se sentait lui-même que lorsqu'il se trouvait avec ses amis.
– Où est Sirius ? s'étonna-t-il en se laissant tomber sur une chaise.
– Au bar, il est allé chercher à boire, l'informa Peter. T'es en retard, qu'est-ce qui s'est passé ?
– J'étais avec Ellie.
– Comment ça se passe, entre vous deux ? demanda Remus. Toujours décidé à faire ta connerie ?
Ses amis avaient été très choqués par l'annonce de ses fiançailles, qu'ils avaient prise avec autant de consternation que s'il leur avait annoncé entrer dans les ordres. Remus et Sirius, notamment, ne perdaient pas espoir de lui faire changer d'avis avant qu'il ne soit trop tard.
– Toujours, dit James avec un soupir. Et pour quelqu'un qui va aussi bientôt se marier lui-même, je trouve ça curieux que tu considères que le mariage est une connerie.
– C'est pas pareil, se défendit Remus. Ce n'est pas le mariage, la connerie: c'est Bell.
James fronça les sourcils.
– Ellie est une chouette fille.
– Je n'ai jamais dit le contraire, Prongs. Et je ne dis pas ça pour te vexer, tu sais que j'ai ton intérêt à cœur. Je pense juste que tu pourrais trouver… disons mieux. Et sans grande difficulté.
– Pourquoi est-ce que tu la détestes tant?
– Oh, tu sais pourquoi, s'impatienta Remus. Mais ce qui me dérange le plus, - et qui m'aurait dérangé avec n'importe qu'elle autre fille, soit dit en passant - c'est que j'ai l'impression que tu es avec elle par défaut. Elle n'est pas celle qui te faut.
– Si tu étais honnête avec toi-même, tu admettrais qu'elle est parfaite.
– Elle est peut-être parfaite, mais pas pour toi, insista Remus.
– Elle est belle, drôle et gentille, et elle n'est pas avec moi seulement pour mon argent ou pour ma popularité, dit James, les dents serrées. C'est tout ce que je demande.
Bon, oui, certes, en réalité Ellie l'était en grande partie, mais Remus n'avait pas besoin de le savoir.
Personne n'avait besoin de le savoir.
– Toutes les femmes ne sont pas avec toi pour ton argent ou ta popularité, Prongs!
– Beaucoup d'entre elles, en tout cas. Je dirais même toutes celles que j'ai rencontré jusque là.
– Ce n'est pas parce qu'Emily...
– Hé ! Vous n'allez pas commencer, vous deux, gémit Peter en claquant des doigts pour attirer leur attention.
Lorsque le prénom d'Emily apparaissait dans une conversation, ce n'était vraiment pas bon signe, et il préférait avorter la dispute pendant qu'il était encore temps.
– Je suis venu ici pour me détendre, poursuivit-il. A la limite, si vous voulez revenir encore sur ce sujet, renouvelez vos arguments, j'en peux plus d'entendre la même conversation.
Il y eut un petit silence. Remus finit comme toujours par s'excuser d'avoir critiqué Elinor, James l'accepta, et ils passèrent à autre chose.
Ils discutèrent ensuite des emplois de chacun. Sirius, lui, suivait une formation pour devenir Auror: il avait raté le concours les deux années précédentes, et espérait que cette fois-ci serait la bonne. Remus cumulait deux emplois mal rémunérés pour joindre les deux bouts et semblait toujours sur le point de s'écrouler de fatigue, en fin de journée. Peter avait un petit poste au Ministère, quelque chose de si ennuyeux que même aujourd'hui James aurait été incapable de se souvenir dans quelle branche il travaillait précisément. Peter était d'ailleurs en train de leur détailler la promotion qu'il venait d'avoir, et James s'ennuyait tellement qu'il finit par maladroitement le couper dans son assommant monologue:
– Il en met du temps, Sirius, fit-il remarquer.
Cela faisait bien dix minutes qu'il était arrivé, et son ami n'était toujours pas revenu. Ils avaient pratiquement finit de grignoter le bol d'apéritifs gratuits qui accueillait les clients à chaque table.
Peter se renfrogna un petit peu, vexé par l'interruption, mais James ignora totalement son agacement.
– Normal, il drague, dit Remus avec un sourire consterné. Regardez.
Ils se tournèrent tous les trois vers le bar. A travers la foule, on pouvait en effet voir Sirius parler avec animation à une jeune femme rousse, et semblait les avoir complètement oubliés. James soupira. Sirius n'était pas près de revenir. Il irait se servir au bar lui-même.
– Bon, ben je vais aux toilettes, en attendant, dit James en se levant. Il faut que je me lave les mains.
Il avait les mains poisseuses, à cause de la table collante sur laquelle on avait renversé de la boisson et qui n'avait pas été bien nettoyée.
Au même moment, la voix de Sirius leur parvint par-dessus le brouhaha de la foule.
– LES MECS ! REGARDEZ SUR QUI JE VIENS DE TOMBER ! VOUS N'ALLEZ PAS LE CROIRE !
Ils se tournèrent tous les trois à nouveau vers Sirius, qui leur faisait à présent de grands signes pour les inviter à le rejoindre.
– Qu'est-ce qu'il fout, encore ? se demanda Peter en se levant.
– Allez-y, je vous rejoins, dit James. Et prenez-moi un Firewhisky.
Il fit un petit détour de quelques minutes par les toilettes avant de rejoindre ses amis, toujours amassés au bar.
– Ben qu'est-ce que vous foutez là ? s'étonna-t-il en passant la tête entre Sirius et Remus. Vous m'avez acheté un verre ?
Il allait finir par mourir de soif, bon sang!
– Regarde sur qui on vient de tomber, dit Remus d'une voix surexcitée. C'est Lily Evans !
Intrigué, James se tourna vers la femme à qui ils avaient vu Sirius parler. Elle avait les cheveux d'un roux qui tirait sur le brun, des yeux verts en amandes, et un visage légèrement moucheté de tâches de rousseur.
– Qui ça ? dit-il d'un air absent.
Il ne comprenait pas l'excitation de ses amis, qui le regardaient comme s'il ne pouvait que reconnaître la jeune femme. Pourtant, elle lui était parfaitement inconnue, son nom ne lui rappelait rien, et de toute manière il était certain qu'il n'aurait jamais oublié un si joli visage.
– Tu sais, la copine de Marlène ! insista Sirius. Celle dont Peter était amoureux lorsqu'on était en septième année.
– Oh, mais oui ! s'exclama Remus avec un sourire. Même qu'elle t'avait jeté comme une vieille chaussette ! Je m'en souviendrais toute ma vie.
– Hoy ! protesta Peter en rougissant. C'était il y a longtemps ! Et je croyais qu'on en reparlerait plus !
– C'était vraiment ton plus beau râteau, Peter, dit Sirius avec émotion.
Pendant que ses amis chahutaient le pauvre Peter, qui semblait vouloir disparaître sous terre, James plissa les yeux et fouilla dans chaque recoin de son cerveau un souvenir qui lui permettrait de se souvenir de la jeune femme. Lily Evans… Lily Evans…
Et d'un coup, il eut un déclic. Il revit cette jeune fille de Gryffondor, un peu rondelette et très timide, qui suivait la magnifique Marlène McKinnon partout. Pas étonnant qu'il ne l'ait pas reconnue : elle avait à présent perdu ses rondeurs d'enfants, et se tenait avec bien plus d'assurance qu'alors. La robe qu'elle portait d'ailleurs laissait deviner une silhouette des plus agréables... et ces magnifiques cheveux roux! Épais, long, encadrant un visage certes renfrogné mais beau. Tout à fait son style de femme. James afficha automatiquement son sourire le plus charmeur.
– Ah oui ! Evans ! dit-il, très content de l'avoir identifiée. Ça me revient...
Son sourire s'élargit. Elle était parfaitement à son goût. Evans n'avait pas changé: elle s'était métamorphosée. Le vilain petit canard s'était transformé en un cygne plutôt ne put s'empêcher de détailler de nouveau la jeune femme de haut en bas. Belle poitrine, taille marquée, hanches généreuses, longues jambes. Cheveux roux foncés, yeux verts émeraude. Jéfinitivement jolie. Oui, c'était le moins qu'il puisse dire: elle était devenue vraiment jolie. Vraiment très jolie, presque de plus en plus jolie au fur et à mesure que les secondes passaient… Il eut soudain chaud.
– Eh bien… je ne t'aurais jamais reconnue. Tu es devenue une très belle femme, dis donc. Très, très jolie…
Elle semblait s'offusquer qu'il la reluque aussi peu discrètement, et lui jeta un regard mauvais auquel il resta parfaitement imperméable. Cela ne dissuada en effet nullement ses yeux de glisser rapidement sur la jeune femme, et visiblement, il appréciait ce qu'il voyait.
– Salut, Potter, dit-elle d'une voix claquante, le tirant de ses pensées. Toi non plus, tu n'as pas changé.
Le sourire de James s'affaissa un peu. Il se trompait peut-être, mais il avait l'impression qu'elle lui était… hostile. Elle avait les yeux revolver, et ne souriait pas du tout en le regardant.
Mais il se reprit. Hostile? C'était ridicule : il se souvenait à peine d'elle, pourquoi le détesterait-elle ? Il s'en souviendrait, s'il s'était mal comporté avec elle… non?
Et puis, tout le monde l'aimait bien. Il était James Potter. Même lui s'aimait bien.
Il décida de mettre sa froideur sur le compte de la timidité et poursuivit d'une voix qu'il espérait suave:
– Ça doit faire quoi, cinq ans, six ans qu'on s'est pas vus ?
– Je suppose, dit-elle vaguement.
Cette fois, ce n'était pas qu'une impression : elle ne semblait vraiment pas l'aimer. Sa voix était glaciale, ses yeux plein de répulsion.
Mais James était connu pour son assurance hors norme. Loin de se laisser démonter, il se fraya un chemin entre ses amis pour se rapprocher d'elle. S'il lui avait laissé une mauvaise impression, il allait se rattraper dès maintenant.
– En tout cas, je suis très content d'être tombé sur toi, reprit-il avec sincérité. Tu viens boire un verre avec nous ?
– Désolée, dit Lily en se levant brusquement, le faisant presque sursauter. En fait, je comptais y aller. Je travaille tôt demain. Pas vrai, Nathan ? ajouta-elle en se tournant vers l'homme qui se trouvait à sa droite, et que James n'avait pas remarqué jusque-là.
– Tout à fait, répondit aussitôt le dénommé Nathan. J'allais te le proposer. On y va ?
James scruta de haut en bas le bellâtre, tandis qu'il aidait Lily à remettre sa veste avec un air très protecteur et suffisant, comme pour faire comprendre à l'assemblée que la jeune femme était son terrain de chasse gardée. James le détesta aussitôt. Il avait toujours détesté ce genre d'homme plein d'assurance, taillés comme des statues grecques, qui arboraient en permanence cet air hautain, altier, très agaçant.
Lily dégagea d'un élégant mouvement ses cheveux coincés dans col de sa veste, et ce banal geste attira de nouveau l'attention de James sur elle.
– C'est ton copain ? lui demanda-t-il sans cérémonie.
Il espérait bien que non.
– Quoi ? s'exclama Lily, prise au dépourvue. Non !
Face à l'empressement de la rousse de nier un tel lien, le sourire de Nathan s'effaça aussitôt et il eut l'air un peu blessé. Lily adopta un teint écrevisse. Un sourire satisfait s'épanouit sur les lèvres de James. C'était plutôt intéressant. Et bonne nouvelle, elle était célibataire.
– Et je ne vois pas en quoi ça te concerne, d'ailleurs, siffla-t-elle à son adresse, l'air mécontent.
James haussa les épaules, parfaitement indifférent à son agacement.
– C'était juste pour savoir, dit-il d'une voix évasive. En tout cas, ça m'a fait plaisir de te revoir.
– C'est ça, dit Lily en prenant son sac. Eh bien, à la prochaine, lança-t-elle au groupe avant de s'éloigner.
James la suivit des yeux, jusqu'à ce qu'elle disparaisse par la porte d'entrée. Et il resta même quelques instants à fixer la porte bien après son départ, perdu dans ses pensées. Elle lui avait laissé un sentiment étrange, mais par-dessus tout, il se demandait ce qu'il avait bien pu faire pour qu'elle se montre aussi froide avec lui.;,
Finalement, il se tourna vers ses trois amis, qui étaient toujours aussi surexcités par les retrouvailles.
– C'est dingue comme elle a changé, dit Peter d'un ton admiratif.
Ils prirent enfin leurs boissons et rejoignirent leur table.
– Moi, ce que je me dis surtout, c'est que si Evans est devenue aussi canon, Marlène doit faire carrément mal aux yeux aujourd'hui ! dit Sirius, les yeux brillants. Déjà qu'à Poudlard elle était pas mal du tout…
– C'était le bon vieux temps, dit James avec un sourire nostalgique. On en a fait des conneries, avec Hestia aussi, et Mary – je l'avais oubliée aussi… et Caradoc…
– Je suis toujours en contact avec Dorcas d'ailleurs, je pourrais essayer de la recontacter, dit Remus d'un ton pensif. Ça pourrait être sympa. Je pense qu'elle voit encore tout le monde, on pourrait essayer de passer une soirée ensemble…
– C'est dingue, quand même : quel hasard ! résuma Sirius. Evans, quoi !
– Vous pensez qu'elle était contente de nous voir ? demanda James. Elle avait l'air un peu froide, quand même.
Et plus particulièrement avec lui.
– C'est clair, approuva Peter. Si elle ne faisait pas aussi peur, je serai retombé amoureux d'elle.
– Elle a toujours été timide, dit Remus en haussant les épaules. Je suis sûr qu'elle a été ravie de nous revoir.
Ça ne pouvait être autrement, tout le monde les aimait. Ils étaient les Maraudeurs.
Bien entendu, il se trompait. Il fallait bien une exception à la règle.
